Expérience et analyse de la mise en place de la méthode du patient

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Résumé Abstract
PRATIQUE & EXPÉRIENCE
Experience and analysis of implementing the
patient tracer methodology in a rehabilitation
center
This article describes the implementation and continuous use of the
patient tracer methodology in a rehabilitation center. It focuses on
organization and management of the system and discusses its condi-
tions for success. This approach showed that the establishment, the
quality service, the manager and the management had a philosophy
of management by quality. The close association with the daily work
of the nursing staff and the central position of the patient make the
patient tracer methodology ideal for health facilities. It should enable
facilities to optimize treatment and give nursing staff the opportu-
nity of being at the heart of decision-making processes. In a situation
where healthcare facilities are being restructured and reorganized
and where some personnel are questioning their place in the health-
care process, the patient tracer methodology can be a powerful lever
allowing nursing staff to refocus on the meaning of their commitment
and the quality of the care they provide.
Keywords: Patient Tracer – Improving Care – Evaluation of Profes-
sional Practices.
L’article décrit la mise en place et l’utilisation continue de la démarche
du patient traceur dans un centre de rééducation en insistant sur l’or-
ganisation et la gestion de l’opération, et en discutant ses conditions
de réussite. À travers cette démarche, il apparaît que l’établissement,
le service qualité, le manager, mais aussi la direction adoptent une
philosophie du management par la qualité. Sa proximité avec le travail
quotidien des soignants et la place prépondérante du patient font de
la méthode du patient traceur un outil idéal pour les établissements
de santé. Son utilisation doit permettre aux établissements l’optimi-
sation du parcours de soins mais donne l’occasion également aux
professionnels d’être au centre des processus décisionnels. Dans un
contexte de restructuration et de réorganisation des établissements
de santé où certains professionnels s’interrogent sur leur place dans
le processus de soins, la méthodologie du patient traceur peut être
un formidable levier permettant aux soignants de se recentrer sur le
sens de leur engagement, la qualité des soins dispensés.
Mots-clés : Patient traceur – Amélioration des Soins – Évaluation des
Pratiques professionnelles.
L
a Haute Autorité de santé (
has
) dénit la méthode
du patient traceur comme « une évaluation rétros-
pective qui consiste, à partir d’un séjour d’un patient
hospitalisé, à analyser les processus de soins, les orga-
nisations et les systèmes qui concourent à sa prise en
charge » [1]. En quelques années, par le caractère
obligatoire de la certication, la
has
a imposé aux éta-
blissements de santé français la mise en place d’une
démarche dynamique d’amélioration continue de la
qualité et de la sécurité des soins.
Le patient traceur
1
est l’une des grandes nouveautés de
la certication V2014. Cette méthodologie du patient
est utilisée comme un outil d’évaluation pour les
experts-visiteurs lors de leur visite, mais elle peut éga-
lement être mobilisée comme méthode d’évaluation
des pratiques professionnelles au sein d’une structure.
C’est à ce titre que le centre Richelieu de La Rochelle a
décidé sa mise en place dans ses unités de soins. Nous
décrivons ici le déploiement du projet en cherchant à
répondre à un certain nombre de questions concernant
ses effets, ses points critiques et difcultés, mais aussi
la dynamique impulsée par cette méthode.
Présentation du centre
Le centre Richelieu est un établissement de santé privé
d’intérêt collectif de la Croix Rouge Française, situé en
Nicolas Landry1, Jean-Charles Erny2
1- Groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis
2- Centre Richelieu
La Rochelle
i Jean-Charles Erny – Directeur des soins – Centre Richelieu – 37, rue Philippe Vincent – 17000 La Rochelle
Expérience et analyse de la mise
en place de la méthode du patient
traceur dans un centre de rééducation
1- Méthodologie déjà utilisée depuis 2004 aux
usa
(The Joint Commission) et depuis 2008 au Canada.
RISQUES & QUALITÉ • 2015 - VOLUME XII - N° 4
15 9
plein cœur de La Rochelle. Il exerce depuis plusieurs
décennies ses activités dans le champ de ce qui est
maintenant déni comme soins de suite et de réadap-
tation spécialisés (prise en charge des affections respi-
ratoires, des affections de l’appareil locomoteur et du
système nerveux). En 2004, la construction d’un nou-
veau bâtiment a permis un accueil de soixante-cinq
lits en hospitalisation complète et de quinze places
d’hospitalisation de jour spécialisée alors en médecine
physique réadaptative de l’appareil locomoteur et de
neurologie. En 2010, le centre a inauguré une unité
de réadaptation respiratoire permettant l’accueil de
vingt-huit lits et de deux places supplémentaires en
hospitalisation de jour.
Dans sa volonté de considérer la certication des éta-
blissements de santé comme un processus continu et
non comme une évaluation quadriennale, le centre
Richelieu a choisi d’intégrer les méthodes recom-
mandées par la has dans ses pratiques quotidiennes.
Le patient traceur, par son caractère innovant et sa
proximité avec les réalités quotidiennes des équipes,
a donc été la première motivation pour déclencher
cette dynamique. L
has
met à disposition de nom-
breux guides et d’outils d’aide à la mise en place de
cette évaluation, sur lesquels le centre Richelieu s’est
appuyé et qu’il a souhaité adapter aux spécicités de
l’établissement tout en les maintenant conformes aux
recommandations.
Une préparation indispensable
An d’ajuster au mieux la méthodologie pour la
rendre pérenne et efcace, une phase test se déroule
sur les trois unités du centre. Plusieurs étapes sont
nécessaires au bon déroulement :
La première étape consiste à identier les animateurs
des patients traceurs. Le rapport d’expérimentation
disponible sur le site de la
has
préconise un binôme
composé d’un professionnel de santé et d’un interve-
nant expert dans la démarche. La constitution d’un
groupe d’animateurs au centre, composé du directeur
des soins et qualité, du stagiaire qualité, de l’assistant
qualité et du président de la commission médicale
d’établissement (cMe) permet de croiser les regards de
manière complémentaire sur les organisations, sur la
qualité de prise en charge, et sur les processus de soins.
À tour de rôle, des trinômes d’animateurs se forment
avec pour principe de conserver au moins un profes-
sionnel de santé dans le groupe. Comme le recom-
mande la
has
et an d’éviter le lien de dépendance
qui peut exister entre le soignant et le soigné, il nous
semble important de choisir des animateurs extérieurs
aux équipes prenant en charge le patient.
La seconde étape est centrée principalement sur la
diffusion de l’information. Une présentation de la
méthode et de ses objectifs aux professionnels se
déroule lors des instances (
cMe
, comité de pilotage
Qualité et Gestion des risques, réunion des cadres…).
e
xpérience
et
analyse
de
la
mise
en
place
de
la
méthode
du
patient
traceur
dans
un
centre
de
rééducation
En effet, en fonction du patient choisi, tous les profes-
sionnels de gestion de santé de l’établissement sont
susceptibles d’être sollicités pour réaliser l’évaluation
du parcours patient. Cette période, certes chrono-
phage, permet d’impliquer progressivement les soi-
gnants dans la démarche.
Parallèlement, la cellule qualité travaille sur l’adap-
tation des grilles d’entretien des patients et des
équipes : le choix d’un « prol patient », réalisé par
le corps médical, doit répondre à un certain nombre
de critères préétablis par la cellule qualité : fréquence
de prise en charge dans l’unité, patient sortant dans
la semaine et en capacité de répondre aux questions.
Le choix des patients répondant aux prols choisis
est la dernière étape préparatoire : la cellule qualité
rencontre les patients pour les informer ; une note
d’information est remise et après un accord oral, une
traçabilité dans le dossier médical est réalisée.
Une évaluation riche d’enseignements
L’évaluation des pratiques professionnelles par la
méthodologie du patient traceur commence par la
rencontre avec le patient, puis elle se poursuit par
l’organisation d’une réunion avec les professionnels
ayant participé à la prise en charge du patient choisi.
Entre le moment où l’accord du patient a été recueilli
et celui où il a rencontré les animateurs, l’un des
patients a vu son état de santé se dégrader. Celui-
ci n’étant plus en mesure de rencontrer les anima-
teurs, il a donc fallu choisir un autre patient répon-
dant au même prol. À ce titre, il semble nécessaire,
voire indispensable, de sélectionner plusieurs patients
répondant aux critères préétablis. En dehors de ce
léger contretemps, les rencontres avec les patients se
sont déroulées dans de bonnes conditions. Le choix
du lieu de rencontre a été décidé chaque fois par les
patients eux-mêmes, les entretiens ayant eu lieu dans
le service où ils étaient suivis (salle de réunion, salle de
repos). L’entretien, d’une durée de 45 minutes, a été
réalisé de manière semi-directive à l’aide de la grille
d’entretien patient.
À la différence des questionnaires de satisfaction que
le patient remet à la n de son séjour, ces rencontres
ont permis une analyse nettement approfondie du
parcours des patients. À titre d’exemple, Madame T
évoque lors de l’entretien le manque d’intimité res-
senti lorsque les soignants entrent rapidement dans
sa chambre après avoir brièvement frappé à la porte,
élément qu’elle n’avait jamais transmis ni aux équipes,
ni formulé dans le cadre du questionnaire de satisfac-
tion. La prise en compte de l’expérience du patient,
apport innovant de la méthode du patient traceur, est
l’un des points forts de cette évaluation des pratiques
professionnelles.
Un débrieng entre les animateurs permet ensuite
de synthétiser les points forts, les points à amélio-
rer et prépare la rencontre avec les équipes. La ren-
RISQUES & QUALITÉ • 2015 - VOLUME XII - N° 4
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contre avec l’équipe constitue l’une des difcultés
majeures de la méthodologie du patient traceur car
l’organisation de cette réunion se révèle d’une com-
plexité importante. En effet, il faut réunir un certain
nombre de professionnels de santé du service durant
leur temps de travail, sans entraver le fonctionnement
normal du service. La direction doit être partie pre-
nant de la démarche an de mettre à disposition tous
les moyens permettant le bon déroulement de cette
évaluation collective.
Selon la méthodologie proposée par la has, l’évalua-
tion en équipe du parcours du patient doit durer entre
2 heures et 2 h 30. Le centre a décidé de consacrer
1 h 30 à cette étape, ce qui permettait à tous les par-
ticipants de s’exprimer librement. La richesse de cette
évaluation repose sur sa pluridisciplinarité, il est donc
essentiel de ne pas exclure de professionnels. Pour
chaque étape de la prise en charge (accueil, prise en
charge de la douleur…), les professionnels doivent
dégager les points forts et les points sur lesquels le
parcours du patient a connu des difcultés. L’anima-
teur a pour tâche de faire émerger ces points en res-
pectant un timing court.
Suite à une synthèse immédiate réalisée à partir des
constats de l’analyse, la dernière étape de cette réu-
nion consiste pour l’équipe à élaborer des proposi-
tions d’actions d’amélioration.
Cette phase constitue le temps fort de la méthode du
patient traceur. En effet, il est demandé aux profes-
sionnels d’être force de proposition dans l’améliora-
tion de leur unité et de leur travail au quotidien. L’ap-
propriation de ces actions sera favorisée à la fois pour
eux mais également pour leurs collègues. Les actions
d’amélioration n’émanent pas d’une hiérarchie mais
elles sont le fruit d’une réexion du collectif. Réé-
chir sur des actions simples, concrètes et proches des
réalités du terrain, donne tout son sens à la démarche
qualité. L’annexe I présente un exemple d’analyse de
parcours pour une patiente opérée d’une prothèse de
genou prise en charge en rééducation.
L’analyse critique de la méthode :
les points forts, les points à améliorer
Une évaluation (informelle) à chaud a montré que
100 % des participants conseilleraient cette méthode
à d’autres professionnels. L’ensemble du corps médi-
cal semble s’en être également félicité et a déjà fait
part de son désir de poursuivre cette démarche. Les
patients également se sont montrés satisfaits d’être
acteurs de l’amélioration des soins au sein du centre.
Tous ont d’ailleurs reçu un courrier de remerciement
pour leur participation, accompagné d’une synthèse
des actions d’amélioration prévues à l’issue de la
démarche.
La rédaction d’un document de synthèse, reprenant
les points forts, les points à améliorer et le plan d’ac-
tion, a permis de communiquer les résultats à l’en-
e
xpérience
et
analyse
de
la
mise
en
place
de
la
méthode
du
patient
traceur
dans
un
centre
de
rééducation
semble de la structure. Progressivement, les unités
doivent devenir autonomes dans la réalisation de
cette méthode d’évaluation. Un accompagnement de
la cellule qualité est indispensable, qui s’appuie sur
des supports maintenant existants (grille d’entretien,
note d’information, che de synthèse…).
Bien que la phase test ait été considérée comme satis-
faisante, la méthodologie du patient traceur ne peut
échapper, comme toutes les méthodes d’évaluation, à
une analyse de ses forces et faiblesses. Suite au bilan
réalisé avec l’ensemble des participants, la bonne
appropriation de la méthode par les professionnels
revient rapidement comme point fort. L’évaluation
sur le principe de parcours patient est conforme à la
réalité vécue au quotidien par les soignants. L’aspect
pluridisciplinaire de la méthode permet un échange,
sur un temps déterminé, de leurs pratiques et de leur
organisation. Les actions d’amélioration en découlent
naturellement et proviennent directement des pro-
fessionnels.
Enn, la prise en compte de l’expérience du patient
constitue une véritable richesse dans cette évaluation.
Les informations apportées par les patients ont mis
parfois en lumière certains décalages entre les pra-
tiques professionnelles et le ressenti des soignés. À
titre d’exemple, Madame R, souffrant d’une atteinte
neurologique la rendant paraplégique, a exprimé son
malaise lors de l’utilisation par l’aide-soignant d’un
verticalisateur, se vivant alors « comme une mar-
chandise manipulée par un transpalette ». L’équipe
pluridisciplinaire qui n’avait jamais recueilli ce type
de témoignage, s’en est émue. L’action d’améliora-
tion privilégiée est la suivante : les soignants prennent
désormais davantage de temps pour expliquer le
recours à ce matériel en se souciant de favoriser les
échanges avant d’y installer le patient.
Par ailleurs, cette phase test a permis de mettre en
évidence certains points à améliorer. La première dif-
culté a été d’organiser ces réunions pluridisciplinaires.
Bien que prévues longtemps à l’avance, ces réunions
peuvent subir les conséquences des aléas d’un service
de soins telles qu’une urgence vitale, des absences de
dernière minute, des congés du personnel. Ainsi, une
des évaluations a eu lieu sans la présence du cadre
de l’unité et du médecin qui a suivi la patiente. Cette
absence d’encadrement a affaibli considérablement
la méthode.
Bien qu’issues d’une réexion collective, les actions
d’amélioration proposées par l’équipe peuvent s’avé-
rer en décalage avec les possibilités de l’établissement.
Une validation par le coordonnateur médical, le cadre
de santé et le directeur des soins et de la qualité per-
met de contractualiser les propositions des équipes.
Leur validation est formalisée sur le document de syn-
thèse qui sert d’outil de communication. Puis, comme
le recommande la
has
, les actions les plus signica-
tives sont inscrites dans le Programme d’amélioration
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e
xpérience
et
analyse
de
la
mise
en
place
de
la
méthode
du
patient
traceur
dans
un
centre
de
rééducation
Validation
Médecin
coordonnateur :
Date : 20/04/2015
Visa : Dr
Validation
Directeur des soins /Qualité :
Date : 20/04/2015 Visa : J-C E
Validation
Cadre du service:
Date : 20/04/2015
Visa : K.M
Validation
Cadre médico-
technique :
Date : 20/04/2015
Visa : C.T
4
5
1
Mode de sortie : Domicile
2 3
Annexe I
Exemple d’analyse du parcours d’une patiente de 70 ans opérée d’une prothèse de genou
et prise en charge en rééducation.
Pourquoi ce patient ?
Dans le cadre de la phase
test, il a été décidé de
choisir un prol de patient
couramment pris en charge
dans l’unité
Patiente communicante
Patiente sortante dans les
deux semaines
Parcours du patient
Hospitalisation complète en
chirurgie orthopédique au
groupe hospitalier La Rochelle-
Ré-Aunis
Hospitalisation complète au
centre Richelieu
Personnes rencontrées
Médecin coordonnateur –
Unité locomoteur
Cadre de santé – Unité locomoteur
Inrmière – Unité locomoteur
Aide-soignante – Unité locomoteur
Secrétaire médicale – Unité locomoteur
Ergothérapeute – Unité locomoteur
Kinésithérapeute – Unité locomoteur
Professeur d’activités adaptées (APA) –
Unité locomoteur
o
utilS
utiliSéS
:
Grille d’entretien
Notice d’information au patient
Synthèse
P
ointS
PoSitifS
:
Patiente vue par le médecin à l’hôpital avant son admission
Organisation pluridisciplinaire de l’évaluation initiale
de la patiente
Prescription médicamenteuse faite dès l’admission
de la patiente (continuité de son traitement pris en compte)
Une réexion sur le rapport-bénéce risque sur la prise
en charge de la douleur
L’évaluation et prise en compte régulière de la douleur
Remise de document d’exercice de base liée à de
l’autorééducation
Enseignement par l’APA sur l’intérêt de la gymnastique
La vérication à toutes les étapes de la prise en charge
de l’identité de la patiente
Consultations pluridisciplinaires hebdomadaires
Organisation de la sortie de la patiente
Chambre double (stimulation avec l’autre patiente,
compagnie,…)
P
ointS
à
améliorer
:
Traçabilité des bilans orthopédiques en début de séjour
Absence d’information sur la convocation d’une possibilité
de déprogrammation de séjour
L’impossibilité pour l’IDE d’appeler à l’extérieur avec le
téléphone professionnel (non-connaissance de la procédure)
Qualité des bracelets d’identication
Checklist de sortie
Information du patient sur ses résultats d’examens
complémentaires (prise de sang)
Absence de déclaration d’un événement indésirable
suite à un défaut de respect de procédure
Évaluation de la douleur avant de proposer un antalgique
Actions d’amélioration
Tracer le premier bilan orthopédique très tôt sur séjour court
Tracer l’intervention de l’ergothérapeute à l’admission
dans le dossier du patient
Ajouter dans le courrier de convocation la possibilité
d’une déprogrammation de dernière minute
Tracer dans le dossier patient tous les événements liés
à la prise en charge
Créer une checklist de sortie, d’admission
(dossier patient informatiséI)*
Informer les patients sur leurs résultats d’examens
complémentaires
Evaluer la douleur avant de proposer un antalgique
(sensibilisation par l’IDE douleur)
* Action inscrite dans le Plan d’action - PAQSS
RISQUES & QUALITÉ • 2015 - VOLUME XII - N° 4
16 2
La réciprocité
Le patient traceur est propice aux échanges interpro-
fessionnels et interunités. Le décloisonnement des
unités, des métiers, permet d’accroître la cohérence
des pratiques au sein d’un établissement, d’un pôle
par exemple (pour les structures les plus importantes).
Favoriser le décloisonnement pourrait bien aboutir,
à terme, grâce à l’émergence d’échanges, de nou-
velles compétences, à un sentiment d’équité mieux
partagé, à une meilleure cohésion globale source de
satisfactions individuelles pour les soignants. Manager
aujourd’hui, c’est avoir la capacité d’apporter ou de
faire émerger des solutions originales aux problèmes
d’adaptation professionnels. Ainsi est créée une
« intelligence collective » [1], bénéque aux équipes,
aux patients, mais aussi au manager.
La lutte contre l’autoritarisme
L’encadrement est là pour permettre cet espace
d’échanges, pour susciter, pour interroger, et non
pour imposer des points de vue qui relèveraient de
l’autoritarisme. Le management autoritaire du « déci-
der-contrôler » laisse place au management partici-
patif pour encourager la « création du sens », être
garant d’une vision créatrice. Pour parvenir à cela, le
cadre de santé doit accepter de travailler lui-même
son rapport à l’autre, de s’interroger sur l’extériorité
et ne surtout pas s’enfermer dans la toute-puissance.
Référence
1- haute autori de san (has). Le patient-traceur en
établissement de santé. Méthode d’amélioration de la qua-
lité et de la sécurité des soins. Guide méthodologique. has,
Saint-Denis, 2014, 62 p.
Conit potentiel d’intérêts : aucun
de la qualité et de la sécurité des soins de l’établis-
sement.
Les autres difcultés rencontrées sont liées à l’anima-
tion des réunions. Il est parfois difcile de rester sur le
parcours du patient choisi sans faire de généralités. Il
est essentiel de recentrer les échanges sur le sujet du
patient sélectionné. Le rôle et la place de l’animateur
dans cette évaluation sont déterminants. Les anima-
teurs doivent adopter une attitude bienveillante. Les
professionnels doivent se sentir en conance et non
jugés par un élément extérieur du service. Une ani-
mation défaillante aboutira à l’échec de la méthode.
Le choix des animateurs doit être une étape à ne pas
négliger car, de ce choix dépend en partie la réussite
ou l’échec de la méthode du patient traceur.
Des leviers possibles
dans le management
Trois bénéces secondaires de l’utilisation de cette
méthodologie pour l’encadrant nous semblent
aujourd’hui intéressants à explorer :
La réflexivité
Les solutions toutes faites n’existent pas. Le patient
traceur tend à restituer une certaine autonomie aux
soignants. Il permet aux professionnels de santé
d’intégrer une démarche participative qui favorise la
réexion et les initiatives. Se questionner, s’interroger,
suppose une reconnaissance de l’autre, l’acceptation
des avis divergents. L’absence d’interrogation engage
une perte de sens pour les professionnels. Les difcul-
tés relationnelles au sein des établissements et celles
liées aux situations complexes des soins sont éclai-
rées par l’interrogation amenée par la démarche du
patient traceur qui permet un espace de dialogue et
de réexion. Cet effort d’aller au-delà de son quoti-
dien va permettre une délibération qui conclura à la
meilleure solution possible ou à la moins mauvaise.
e
xpérience
et
analyse
de
la
mise
en
place
de
la
méthode
du
patient
traceur
dans
un
centre
de
rééducation
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