9CHU magazine - N° 61 - Décembre 2010
recherche
souche «embryonnaire», pour ensuite
générer des cellules plus différenciées,
en quantités très importantes et tester
ainsi des nouvelles thérapies anti-tu-
morales.
Notre deuxme thématique de recherche
porte sur l’emploi de ces cellules sou-
ches embryonnaires afin de générer des
tissus utilisables dans la médecine régé-
nérative. L’intérêt des cellules souches
embryonnaires est qu’elles sont capables
de se différencier en n’importe quel type
de tissus : cœur, sang, peau, foie, cellules
vasculaires… Mais, utiliser ces cellules
en thérapeutique pose un problème éthi-
que. Aussi, la découverte des techniques
de programmation des cellules souches
adultes en cellules «pluripotentes» ou
embryonnaires, en 2006, a représenté
une avancée majeure dans ce domaine.
Leur principal avantage est qu’elles sont
issues de tissus différenciés, des cellules
de peau par exemple. Après des manipu-
lations de reprogrammation artificielle,
elles redeviennent des cellules embryon-
naires ayant les mêmes caractéristiques
que celles issues d’un embryon. Notre
unité Inserm nous permet d’être très
compétitifs dans ce domaine. Cela s’est
traduit récemment par la génération de
la première lignée en France de cellules
souches programmées de porc.
Quelles avancées médicales peut-on
attendre de vos recherches ?
La force de Poitiers est de proposer,
avant la mise en place de ces techniques
en clinique, un modèle expérimental, no-
tamment un modèle animal qui soit pro-
che de l’homme. Les travaux que nous
menons dans le cadre d’une convention
avec l’INRA ont permis, récemment, la
génération de la première lignée de cellu-
les programmées de porc identiques aux
cellules souches embryonnaires. C’est
une avancée très importante car aucune
équipe n’a réussi, à ce jour, à fabriquer
des cellules souches embryonnaires de
porc. Grâce à cet outil, on peut tester
dans ce modèle la possibilité de fabri-
quer des cellules cardiaques, de foie, de
sang, et de les greffer directement chez
l’animal pour voir leur fonction. Dans la
première application préclinique de ces
cellules, nous travaillons en lien avec
l’équipe Inserm l’U927 des professeurs
Thierry Hauet et Gérard Mauco, pour
tester le potentiel de ces cellules dans la
réparation des lésions vasculaires rénales
in vivo. Ces expériences valideront ce
qui peut être envisagé par la suite chez
l’homme et seront décisives pour passer
à une étape pré-clinique en médecine
régénérative.
A terme, sur quel type d’application
clinique ces travaux pourraient-ils
déboucher à Poitiers?
Les expériences que nous menons avec
Thierry Hauet pour tester l’utilisation
des cellules souches dans la réparation
des ischémies rénales (défaut de vascu-
larisation au niveau des reins) pourraient
déboucher sur une application clinique
dans le cadre des greffes rénales, soit
pour conserver le rein à greffer soit pour
prévenir des lésions post-greffe. Notre
second objectif est de tester dans le mo-
dèle de porc la possibilité de génération
de cellules sanguines à partir des cellules
souches programmées, ce qui peut avoir
des applications cliniques évidentes par
la suite. n
* Poitiers a eu l’autorisation
en 2007 – seules une
quinzaine d’unités en France
l’ont obtenue – de travailler
sur des cellules souches
embryonnaires humaines
pour modéliser les leucémies.
Professeur Ali Turhan
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