Expérimentation humaine: Par Capitaine Elie Khazzaka

Direction Générale de Sureté d'Etat
Expérimentation humaine:
Par Capitaine Elie Khazzaka
Expérimentation humaine et essais cliniques contrôlés
"L'expérimentation de nouveaux médicaments chez l'homme est moralement
nécessaire et nécessairement immorale."
Jean Bernard1
La science biomédicale dont l’ultime but était de conserver la santé peut
maintenant « toucher à la vie » et « bricoler le vivant », comme le fait la nature
depuis des milliards d’années. De « guérisseur » le scientifique prétend devenir
« créateur »2.
Il faut de même se rappeler que les essais cliniques sont irremplaçables pour
établir la valeur réelle d’un traitement.
L’essai clinique vise à évaluer l’efficacité et la sécurité d’un traitement
médical. Très réglementé, il doit respecter des directives strictes, que l’on
appelle « bonnes pratiques », et suivre une procédure bien définie, appelée
protocole. Avant qu’un essai puisse démarrer, son protocole doit être approuvé
par une commission d’éthique et notifié aux autorités sanitaires.
La recherche doit donc être évaluée de manière indépendante, par des médecins
et des non-médecins, en ce qui concerne ses avantages, ses risques potentiels et
l’assurance que les participants sont bien informés et que leurs droits ainsi que
leur bien-être sont protégés.
Est-il moral de se servir de l’être humain comme support d’une recherche? Ou
plutôt, une telle recherche, destinée à développer de nouveaux ou de meilleurs
traitements des maladies qui affligent l’humanité, n’est-elle pas un impératif
moral ? Es-ce qu'il est éthique d'accéder à ce chantage mettant la vie d'un
patient attendant sa mort face à une possibilité et a un espoir envisage par un
traitement prototype?
1 Médecin et professeur français, spécialiste d'hématologie et de cancérologie, 1907-2006. Membre de
l'Académie française, il fut le premier président du Comité consultatif national d'éthique, ainsi que
président de l'Académie des sciences et de l'Académie nationale de médecine.
2Fouad .Boustany, Ancien Président de l’Ordre des médecins du Liban. Secrétaire général du Comité
libanais de bioéthique. Membre du Comité international de bioéthique (CIB) de l’UNESCO.
Expérimentation et religion:
Dans les religions monothéistes, l’islam est la seule qui puisse vraiment être
qualifiée de « religion du Livre ». Henri Lammens1 écrit : « Le Coran est pour
le croyant un épitomé d’histoire sainte et d’histoire profane, un manuel de
prières, un code pour la vie religieuse et sociale, un mémorandum pour la
conduite quotidienne… »
Dans la plupart des pays de notre région, c’est par les instances2 responsables,
politiques et surtout religieuses de chaque pays, que les comités d’éthique,
quand ils existent, ont saisis des problèmes que posent les rapides progrès des
sciences biologiques. Souvent, ces instances responsables proposent par des
saisines ou des fatwas des textes que ces comités entérinent simplement vu la
prééminence des lois religieuses (chari’a) qui sont des lois d’État. Ce dialogue
doit par ailleurs tenir compte du degré de tutelle de l’État sur l’activité
scientifique dans certains pays arabes.
Cette tutelle, parfois sévère est d’origine souvent religieuse ou politique, née
de l’inquiétude suscitée chez les responsables par les risques qu’une découverte
scientifique ou ses applications menacent de changer les traditions ou
l’environnement social. Cette tutelle est de degrés différents d’un pays arabe à
un autre. Il faut aussi tenir compte que, dans la majorité des pays arabes,
l’islam est religion d’État et que la bioéthique islamique s’est bâtie dans le
respect des normes défendues par la chari’a et le fiqh (jurisprudence
islamique). En milieu culturel musulman tout n’est pas sujet à innovation en
matière de réflexion éthique ou juridique. Il faut toujours garantir à toute
jurisprudence sa justification logique aux préceptes initiaux de la Parole divine
(Le Coran, les hadith et la sunna). Il existe donc une véritable difficulté dans
les pays attachés à une dogmatique islamique rigoureuse à créer des comités de
bioéthiques indépendants, pluralistes, pluridisciplinaires et autonomes par
rapport au pouvoir religieux ou politique. Toutefois, grâce aux fatwas émises
par des instances qui paraissent perméables aux percées de la science moderne,
le Droit en pays musulman n’a pas trouvé jusqu’ici des difficultés dogmatiques
majeures pour statuer sur la plupart des problèmes suscités par la révolution
biologique et thérapeutique récente.
1 le 1862 à Gand, Belgique, et mort en 1937 à Beyrouth, Liban, était un prêtre jésuite belge,
orientaliste arabisant de renom et historien de l'islam. Il passa presque toute sa vie au Liban.
2 Institutions ayant le pouvoir de décider.
Expérimentation entre la France et le Liban
Code de déontologie médicale français :
Art.89:L'essai sur l'homme de nouvelles médications et de nouvelles
techniques médicales est indispensable; il ne peut cependant être pratiqué
qu'après une expérimentation animale large et sérieuse.
Art.92
§2. (Modifié le 14 novembre 1998) Tout médecin qui participe à une
recherche biomédicale impliquant des sujets humains s'assurera que le
protocole de recherche a été soumis au préalable à un comité d'éthique
médicale agréé par le Conseil national de l'Ordre des médecins et prendra
connaissance de l'avis rendu.
§3.l'essai de nouvelles thérapeutiques ou de nouvelles techniques chirurgicales
doit présenter des chances raisonnables d'être utile et avant tout tenir compte du
bien-être moral et physique du malade. Il ne peut jamais lui imposer des
souffrances ou même un inconfort supplémentaire.
Art.94:L'éthique médicale interdit toutes recherches qui pourraient détériorer le
psychisme ou la conscience morale du sujet, ou attenter à sa dignité.
- Le Code libanais de déontologie médicale:
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Développement historique de l'éthique médicale:
L’insuffisance du matériau normative fourni par le serment d’Hippocrate1
abouti au code de Nuremberg2 fondé suite à une enquête menée contre 23
accuse 3.C’est seulement en 1964, après le scandale de la thalidomide214 et la
réforme de la réglementation américaine qui en découla (1962), que vient la
déclaration initiale d’Helsinki de l’Association médicale mondiale, point de
départ d’un essor normatif continu depuis lors.
1. Le code de Nuremberg:
Le consentement volontaire du sujet humain est absolument essentiel. Elle
doit avoir une connaissance et une compréhension suffisantes: la nature, la
durée, et le but de l’expérience ; les méthodes et moyens par lesquels elle sera
conduite ; tous les désagréments et risques qui peuvent être raisonnablement
envisagés ; et les conséquences pour sa santé ou sa personne. Il s’agit d’une
obligation et d’une responsabilité personnelle qui ne peuvent pas être déléguées
impunément.
1 Le serment d'Hippocrate est un serment traditionnellement prêté par les médecins en Occident avant
de commencer à exercer. Le texte original de ce serment, probablement rédigé au IVe siècle av. J.-C.,
appartient aux textes de la Collection hippocratique, traditionnellement attribués au médecin
grec Hippocrate. Le serment d'Hippocrate peut être considéré comme le principe de base de
la déontologie médicale.
2 est une liste de dix critères contenue dans le jugement du procès des médecins de Nuremberg (1946-
1947). Ces critères indiquent les conditions que doivent satisfaire les expérimentations pratiquées sur
l'être humain pour être considérées comme « acceptables ». C'est sur ces critères que le tribunal
condamna 16 accusés sur 23, convaincus d'avoir pratiqué ou participé à l'organisation d'expériences
médicales illicites dans des conditions atroces, notamment sur les prisonniers des camps de
concentration nazis.
3 Parmi les accusés, vingt étaient médecins. A l’issue du procès, sept accusés furent acquittés, seize
furent condamnés, dont sept à la peine capitale, cinq à l’emprisonnement à vie, quatre à des peines de
dix à vingt ans d’emprisonnement. Les expérimentations humaines incriminées portaient : sur la haute
altitude, sur la malaria, sur le gaz moutarde, sur la régénération des os, muscles et nerfs, et sur la
transplantation osseuse, sur l’ictère infectieux, sur la stérilisation de masse, sur le typhus et des vaccins,
sur des poisons, sur les bombes incendiaires. Certains accusés étaient prévenus, de surcroît, d’être
impliqués dans les meurtres de juifs pour la constitution de la collection de squelettes de l’Université
allemande de Strasbourg ; dans l’extermination des tuberculeux polonais en Pologne pour protéger de
la contagion les allemands de Pologne ; dans l’extermination massive des « bouches inutiles »
(personnes âgées, aliénés, enfants malformés, incurables, etc.) et dans l’envoi de médecins pour aider à
l’extermination massive des juifs dans les pays occupés.
4 La thalidomide est un médicament qui n’avait pas été suffisamment testé et qui provoqua une
épidémie de phocomélies (atrophie des membres à la naissance).
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