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© Université de Liège - http://reflexions.ulg.ac.be/ - 19 April 2017
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Les scientifiques se sont donc penchés sur la question suivante : peut-on éviter la dégénérescence des
neurones dopaminergiques en bloquant les canaux calciques empruntés par le calcium pour entrer dans la
cellule ? « Cette question est étudiée depuis plus de 17 ans mais les observations expérimentales ont donné
des résultats tout à fait contradictoires », indique Guillaume Drion. Certaines études ont conclu que bloquer
les canaux calciques entraînait un arrêt de l'activité électrique spontanée des neurones dopaminergiques, ce
qui les empêche de produire une quantité constante de dopamine nécessaire au contrôle des mouvements.
D'autres études sont arrivées à la conclusion inverse : bloquer les canaux calciques n'a aucun effet sur l'activité
électrique spontanée de ces cellules nerveuses.
Modélisation mathématique et expériences, des approches complémentaires
Pour tenter de résoudre cette question, les chercheurs de l'ULg ont décidé de l'aborder avec une double
approche : la modélisation mathématique et l'expérimentation. « La modélisation mathématique permet de
comprendre les mécanismes qui régulent l'activité spontanée des neurones dopaminergiques car elle permet
de jouer avec des paramètres que l'on ne connaît pas ou que l'on ne sait pas modifier au cours des
expériences », précise Guillaume Drion. Le modèle mathématique utilisé pour cette étude a été développé à
l'ULg sur base du modèle Hodgkin-Huxley, largement utilisé en neurosciences. « C'est un modèle très simple
qui permet de reproduire l'activité électrique des neurones dopaminergiques », poursuit Guillaume Drion.
A côté de la modélisation mathématique, l'activité électrique de ces neurones a également été étudiée dans
une préparation de coupes de cerveau de rat. Les résultats obtenus grâce à l'utilisation combinée de ces deux
méthodes ont permis aux chercheurs de l'ULg de clarifier la question de l'importance des canaux calciques
pour l'activité électrique spontanée des neurones dopaminergiques. Ils sont publiés dans la revue PLoS
Computational Biology. « Nos recherches nous ont permis de conclure que les canaux calciques sont actifs
au cours de l'activité spontanée mais pas toujours indispensables », révèle Guillaume Drion.
Quand les canaux ioniques se relayent
En réalité, outre des canaux calciques, la membrane des neurones dopaminergiques est aussi équipée de
canaux sodiques pour le passage des ions sodium. Ces derniers sont également importants pour l'activité
électrique des neurones. « Ces deux types de canaux sont complémentaires. S'il y a une diminution de la
conductance calcique, les canaux sodiques permettent de maintenir l'activité électrique spontanée », explique
Guillaume Drion. Mais la capacité des canaux sodiques à prendre le relais en cas de « panne » des canaux
calciques dépend de leur nombre à la surface des neurones. « Ce nombre n'est pas constant, il varie
d'un neurone à l'autre et lorsque la quantité de canaux sodiques est faible, ils ne suffisent pas à maintenir
l'activité électrique spontanée », continue le scientifique. Difficile donc de prédire la quantité de neurones
dopaminergiques qui pourra garder une activité électrique spontanée si on bloque leurs canaux calciques…
De plus, outre son rôle dans l'activité électrique, le calcium qui entre dans les neurones y joue aussi un rôle de
signalisation afin que ceux-ci puissent réagir à d'autres stimulations. « L'empêcher d'entrer pourrait perturber
la biochimie de la cellule », souligne Guillaume Drion. A ce stade de la connaissance de l'activité électrique
des neurones dopaminergiques, on ne peut affirmer que le fait de bloquer les canaux calciques soit une bonne
piste pour lutter contre la maladie de Parkinson. Guillaume Drion et ses collègues sont d'ores et déjà en train
d'étudier l'importance du calcium intracellulaire pour la régulation de l'activité des neurones en conditions
physiologiques. « Beaucoup de choses doivent encore être analysées, tant au niveau de l'activité spontanée
que du comportement in vivo », conclut-il.