
temporelles (voies myélinisées). À l’inverse, les voies parvo-
cellulaires, non myélinisées, véhiculent plus lentement l’inté-
gralité du spectre fréquentiel. Par ailleurs, l’intégration de
l’information visuelle serait dirigée par un biais coarse-to-fine
lors de la reconnaissance de scènes naturelles [4], mais aussi
d’EFE [18]. Autrement dit, l’information plus rapide issue des
basses fréquences spatiales (voie magnocellulaire) fournirait un
aperçu global de la structure de l’image et permettrait une
première catégorisation perceptive qu’affineraient les informa-
tions locales issues des hautes fréquences spatiales dont
l’extraction est plus tardive (voies parvocellulaires). Dans cette
perspective, les travaux de Vuilleumier et al. [30] permettent de
supposer un couplage « propriétés du signal/circuiterie » aux
fonctionnalités cognitives différentes : un couplage « BF – voie
magnocellulaire » ayant pour objet la catégorisation émotion-
nelle des visages, versus un couplage « HF – voie
parvocellulaire » ayant pour objet l’identification des visages.
4. CONCLUSION
Les recherches menées actuellement ont pour objectif la
différenciation des structures limbiques, associatives et sensori-
motrices composant les ganglions de la base. Dans cette
perspective, le SGT offre un modèle théorique unique dans la
mesure où il s’agit d’une pathologie impliquant ces trois
composantes fonctionnelles constituant les ganglions de la base.
L’étude de la reconnaissance d’EFE dans ce domaine est un outil
particulièrement efficace pour ce type de recherches, car il
permet l’exploration de déficits perceptifs, émotionnels ou
cognitifs chez les patients victimes du SGT. Ainsi, nous testons
actuellement plusieurs hypothèses concernant un déficit
spécifique du canal HF (impliquant principalement des zones
corticales) en comparaison avec le canal BF (qui pourrait avoir
des relations privilégiées avec les structures sous-corticales)
dans le SGT. Néanmoins, l’objectif de cet article est de montrer
que les véritables progrès seront réalisés par l’intégration de
données issues de la psychiatrie, de la psychologie cognitive et
des neurosciences cognitives dans une réelle dimension
pluridisciplinaire. Par ailleurs, l’utilisation récente de la stimula-
tion cérébrale profonde ouvre de nouvelles perspectives de
recherches innovantes dans ce cadre. L’activation ou l’inhibition
de différents substrats neuroanatomiques liés aux ganglions de la
base devrait, en effet, permettre d’observer, dans un cadre
expérimental, les conséquences de ces interventions au niveau
comportemental et physiopathologique. Dans le cadre de la
psychologie cognitive, la reconnaissance d’EFE devrait permettre
de déterminer avec précision, en fonction de la zone stimulée ou
inhibée, la fonction cognitive, émotionnelle ou sensorimotrice
modifiée par l’électrostimulation.
Quel en sera le bénéfice pour les patients ? L’objectif
prioritaire actuel est de comprendre comment et pourquoi les
composantes limbiques, associatives et sensorimotrices sont
ainsi intriquées au sein des ganglions de la base, en interaction
avec des zones d’afférences et d’efférences corticales spécifi-
ques. La compréhension de la circuiterie neurofonctionnelle
impliquée dans le SGT, ainsi que des altérations à l’origine du
syndrome permettront tout d’abord un meilleur ciblage
médicamenteux. La compréhension du modèle permettra, en
effet, de déterminer quel médicament sera le plus efficace en
fonction de chaque altération spécifique. Les applications sont
encore plus évidentes sur le plan neurochirurgical, puisqu’il sera
possible d’utiliser la stimulation cérébrale profonde sur des
zones de ciblage qui seront de plus en plus précises et qui
permettront surtout de différencier les composantes cognitives,
sensorimotrices et émotionnelles, ainsi que les conséquences
comportementales de l’électrostimulation pour les patients sur
ces trois dimensions fonctionnelles. Enfin, la prise en charge et
l’accompagnement psychothérapeutique seront aussi améliorés
par la meilleure connaissance de l’origine du SGT.
Remerciements
Ce travail a été réalisé grâce à un financement de l’Agence
nationale pour la recherche (Projet ANR n
o
BLAN06-
2_145908, Projet ANR-06-CORP-019) et un programme
hospitalier de recherche clinique (PHRC) financé par le
CHU de Clermont-Ferrand ainsi qu’aux moyens mis en œuvre
par le CNRS (UMR 6024).
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