
Fin septembre1998, l’évolution économique en cours dans les grands
pays reste conforme aux prévisions qui pouvaient être faites il y a six
mois: le ralentissement s’amorce aux Etats-Unis et au Royaume-Uni,
même si son intensité reste incertaine; le Japon s’enfonce encore plus
nettement dans la récession, ni la crise bancaire, ni la crise de rentabilité
n’étant résolues; l’Europe continentale est en phase de nette reprise,
impulsée par la demande intérieure, seule l’Italie reste à la traîne. Le fait
nouveau est l’extension de la crise financière à l’échelle mondiale qui se
traduit maintenant par la baisse de la Bourse et l’effondrement de cer-
tains fonds spéculatifs dans les pays développés; simultanément, la
crainte du risque et le reflux vers la qualité provoquent une baisse des
taux obligataires des titres publics. La contagion de la crise asiatique
provoque la fuite des capitaux hors des pays émergents; ceux-ci voient
leurs Bourses s’effondrer et sont condamnés, soit à monter leur taux
d’intérêt à des niveaux insoutenables, soit à accepter la dépréciation de
leurs taux de change. En même temps, la baisse du prix des matières pre-
mières provoque un transfert au détriment de nombreux pays en déve-
loppement dont bénéficient les pays industrialisés. La première victime
en est la Russie, dont l’incapacité à réorganiser son économie et sa
société éclate au grand jour. La crise actuelle oblige à réévaluer la force
respective des différentes monnaies et la rentabilité des différents mar-
chés financiers. Par contraste, elle met en évidence la crédibilité de
l’UEM. Ainsi s’achève une phase où le dynamisme de l’économie mon-
diale avait été impulsé par la croissance des pays anglo-saxons, par l’é-
mergence de nouveaux pays industrialisés, par la mondialisation et la
domination des marchés financiers, tandis que l’Europe continentale res-
tait à la traîne. La croissance mondiale ne serait que de 1,8% en1998
et1999 au lieu de 3,9% en 1997 (tableau1).
Un net ralentissement économique était un passage plus ou moins
obligé pour les Etats-Unis et pour la Grande-Bretagne dont le rythme
de croissance était devenu supérieur au niveau soutenable. Aux Etats-
Unis en particulier, la croissance était soutenue par la hausse de la
Bourse, la baisse du taux d’épargne et un dynamisme de l’investissement
qui n’étaient pas extrapolables à l’infini. Dans ces deux pays, le ralentis-
sement de la demande étrangère et la baisse de la Bourse rendent moins
nécessaire ou même inutile un resserrement de la politique économique
qui serait sinon survenu. Après une phase conjoncturelle de ralentisse-
ment au second semestre 1998 et en 1999, le dynamisme nouveau des
économies anglo-saxonnes devrait permettre un certain redressement.
Toutefois, la situation est plus favorable aux Etats-Unis qui bénéficient
de la grande souplesse de leur politique économique, de leur faible infla-
tion et de leur équilibre budgétaire. Mais l’exemple japonais montre que
ces atouts peuvent ne pas être suffisants si effectivement le dynamisme
des entreprises et des institutions financières est durablement affecté. Au
contraire, la Grande-Bretagne a la tâche délicate de piloter adroitement
Dans la tourmente financière11