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fondées sur les données transversales (voir BARRO, 1991) et sur l’évolution de la
distribution des revenus entre pays (voir QUAH, 19967).
Ainsi, comme le fait remarquer BARRO (1991), MANKIW et al. (1992) ou
BARRO et SALA-I-MARTIN (1995), le modèle de croissance néoclassique implique
plutôt la convergence conditionnelle que la convergence absolue, de sorte que le
rejet de l’hypothèse de convergence absolue n’implique pas forcément le rejet du
modèle de croissance néoclassique en soi.
L’hypothèse de convergence conditionnelle suggère que, parmi tous les pays
similaires en terme de préférence, de technologies, de croissance démographique,
de politiques publiques, etc., le taux de croissance est une fonction décroissante du
niveau de production par tête. En conséquence, les pays qui sont identiques à tous
égards, sauf en ce qui concerne leur niveau initial de revenu par tête, sont supposés
converger vers le même état stationnaire ou, ce qui est équivalent, converger les uns
vers les autres. Dans ce scénario, un choc temporaire ne peut altérer les
classements internationaux qu’à court terme, mais n’aura aucun effet persistant.
Cette hypothèse de convergence conditionnelle est étroitement liée à l’idée que
chaque économie se caractérise par un équilibre stationnaire unique, globalement
stable. Il s’en suit que les pays identiques dans leurs "fondamentaux" (et donc en
terme de système dynamique) convergent les uns vers les autres indépendamment
de leurs conditions initiales.
Par ailleurs, il est clair que si le système dynamique était caractérisé par
l'existence d'équilibres multiples et localement stables, l'hypothèse des clubs serait
préférable à celle de convergence conditionnelle. Les pays similaires dans leurs
caractéristiques structurelles convergent vers un équilibre de long terme identique si,
et seulement si, leurs niveaux initiaux de production par tête ne sont trop éloignés.
Dans ce scénario, un choc temporaire peut alors affecter l'économie de façon
durable.
L'évaluation des deux hypothèses revient donc à examiner la plausibilité de
l'existence d'un équilibre de long terme unique et globalement stable plutôt que de
l'existence d’équilibres multiples localement stables.
I. 2. 2- La robustesse de l’hypothèse de convergence conditionnelle
Oded GALOR (1996)8 démontre, en effet, que sous les spécifications
néoclassiques traditionnelles, l'hypothèse de convergence conditionnelle apparaît
comme la seule implication testable découlant tant du modèle de croissance
(SOLOW, 1956) que du modèle de croissance optimale (RAMSEY, 1928).
L'économie se caractérise par un équilibre stationnaire unique (et non trivial) et le
taux de croissance diminue au fur et à mesure que l'économie se rapproche de sa
solution de long terme. Dans le modèle de générations imbriquées, au contraire,
l'hypothèse de convergence des clubs devient aussi pertinente que celle de
convergence conditionnelle, pour autant qu'on n'impose pas d'autres restrictions sur
les préférences et sur la technologie que dans le modèle néoclassique.
7 La convergence au sein d’un sous-ensemble de pays sélectionnés sur base de proximité de leurs conditions initiales ou
terminales (BAUMOL, 1986) n’est pas une preuve empirique de l’hypothèse de convergence absolue, mais plutôt une
preuve
de l’hypothèse de convergence des clubs ou de la convergence conditionnelle (DE LONG, 1988).
8 Oded GALOR : «Convergence ? Les enseignements des modèles théoriques», 1996, Le Journal Economique, 106, pp.
1056-
1069.