
convient. Il peut, s’il le désire, s’attaquer au stock de la dette en levant, en une seule fois, un
impôt unique sur le patrimoine. Il peut, s’il le souhaite, imposer les revenus du capital plus
lourdement que ceux du travail pour s’approcher des 3% fatidiques. Ainsi, dans une période
de vaches maigres, il peut favoriser une répartition plus égalitaire du revenu national.
Il peut préférer l’impôt direct sur les revenus à l’impôt indirect qui frappe tous les
consommateurs et principalement les consommateurs des tranches de revenus les plus basses
puisqu’elles consomment proportionnellement plus que les tranches de revenus les plus
élevés. Si donc le pacte de stabilité constitue une «contrainte budgétaire dure», il n’empêche
que tout gouvernement peut, dans le respect de la norme, décider de la politique de son choix.
Les restructurations industrielles de la fin des années soixante-dix limitaient le pouvoir
économique national ; la politique de la concurrence de la Commission empiète sur les
compétences des gouvernements nationaux ou régionaux (subventions, monopoles naturels...)
; les critères de Maastricht imposent aux Etats des règles de conduite intangibles. Depuis
2002, un droit régalien, le droit de frapper monnaie, échappe aux gouvernements nationaux de
la zone €.
Depuis le premier janvier 1999, la Banque centrale européenne, qui défend et gère l’euro, fixe
les grands déterminants de la politique monétaire (taux d’intérêt) et la politique du taux de
change. Chaque pays sera contraint de limiter les différentiels de prix, puisqu’il ne dispose
plus de l’arme du taux de change pour compenser une hausse éventuelle des prix intérieurs.
La norme des 3% restera en vigueur et elle aura même tendance à se renforcer pour
s’acheminer vers l’équilibre budgétaire absolu : solde net à financer = 0. Les marchandises
«made in Belgium» continueront à être concurrencées par les marchandises des autres pays
européens et du reste du monde. La politique des revenus, qui constitue de facto une politique
salariale, deviendra la seule arme pour favoriser la compétitivité. Cet aboutissement n’a rien
d’inéluctable. Il dépendra du rapport des forces sociales en présence. Néanmoins l’étau va se
resserrer. Les pressions de la Banque centrale européenne et de la Commission, conjuguées à
celles du patronat en Belgique, risquent d’annihiler certaines conquêtes des salariés.
A part cela, l’euro ne changera pas grand chose à la politique économique menée par les
gouvernements belges. La règle d’or était de coller au DM, les taux d’intérêt en Belgique se
décalquaient déjà sur les taux allemands. Et puisque la Banque centrale européenne mènera de
Francfort, la même politique que la Buba, les changements ne risquent pas d’être majeurs.
4. LE POIDS DES MARCHES FINANCIERS
La libéralisation tous azimuts des mouvements de capitaux et la dérégulation des marchés
monétaires et financiers constituent une quatrième limitation aux politiques économiques
nationales. La précédente limitation était librement consentie – chaque Etat a délibérément
transféré une partie de la souveraineté à un organisme supranational ; celle-ci agit, au
contraire, comme un deus ex machina.
Nous l’avons vu, ces marchés financiers sont débridés, ils peuvent faire des foucades dans
toutes les directions. Ils sont hypersensibles : à la moindre indication ou rumeur, au battement
d’aile d’un papillon, ils s’emballent. Ils sont puissants : des milliards de dollars peuvent être
lancés à l’assaut d’une monnaie. Ils sont rapides : ils réagissent au quart de tour.