Philosophie de l`habitant.

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Daniel Ramirez.
Docteur en philosophie politique et éthique, Université Paris-Sorbonne, Master en philosophie de l’art,
Université Paris I, Panthéon-Sorbonne. Maîtrise en philosophie, Université Catholique du Chili.
Note d’intention, projet d’écriture pour 2014 :
Philosophie de l’habitant.
Dans quel monde vivons-nous ? Une enquête sur l’habiter humain.
Dans les années 2000, il m’a été donné la possibilité de réaliser différentes expériences
philosophiques en rapport avec des populations défavorisées, particulièrement mal logées. J’ai
réalisé pendant 4 ans un café philosophique avec des SDF à la Maison de la Solidarité à
Gennevilliers. Par la suite, j’ai été formateur à la fondation Abbé Pierre, auprès du personnel
salariéqui encadre des maisons d’accueil. J’ai réalisé aussi des cafés-philo dans des
communautés Emaus.
Á la suite de cette expérience j’ai écrit un article et donné quelques conférences sur le sujet
« Qu’est-ce qu’habiter ? ».
Il m’a paru, en effet, frappant que l’habitat (ou son manque) puissent être si décisif pour la
conception qu’on se fait de soi-même et du monde.
Après avoir achevé un Doctorat dans la spécialité « Éthique et philosophie politique », où j’ai
travaillé sur la question des identités culturelles, il me semble un moment adéquat pour
reprendre cette recherche sur l’habiter humain. Les conséquences éthiques de la question de
l’habitat sont très grandes et me sembles dépasser de loin les considérations économiques et
même sociales et politiques au sujet de la question du logement1, telles qu’on les aborde
habituellement.
Afin de développer ces questionnements je me propose écrire un livre d’environ 180 pages,
dont les abords oscillent entre une anthropologie philosophique (l’homme en tant qu’habitant),
1
Des informations et réflexions marquantes et profondes sur cette problématique se trouvent dans Bourdieu,
Pierre, La misère du monde, Paris, Seuil, 1993, pp. 144 -165.
une phénoménologie de la vie actuelle et une éthique de l’hospitalité2. Les recherches
thématiques étant en bonne mesure déjà entamées, j’estime à un an le temps de cette écriture.
Voici quelques approches de la thématique :
Habiter un lieu en effet n’est plus une chose évidente ni peut être subsumé sous le fait de
simplement vivre quelque part.Pourquoi parle-t-on d’un « lieu habité » ? Il y a des lieux qui ne le
sont pas ? Comment choisissons-nous un endroit pour vivre, pour apprendre, pour aimer, pour
travailler, pour mourir ? Et une fois choisit, l’habitons-nous vraiment ?
Habitons-nous notre corps, notre demeure, notre quartier, notre ville ? Cités dortoirs, mégarégions3, mobilité, communications, voyages. A-t-on encore une terre natale, une patrie ? Et la
planète, l’habitons-nous vraiment ?
Autrefois, les gens portaient même le nom de l’endroit qu’ils habitaient, ils se reconnaissaient
comme natifs de tel ou tel, paroisse, chef-lieu, contrée… La révolution industrielle a déjà porté
un coup à cette ressource identitaire. Puis les mégapoles ont rompu le lien entre l’habitant et la
nature. La déterritorialisation, concept dû à l’intuition deleuzienne, est devenu une réalité.
Depuis que la mondialisation permet d’être connecté, de s’informer et même de travailler en
rapport avec des personnes qui habitent à l’autre bout de la planète…4
Vivre aujourd’hui, est-ce encore habiter quelque part ?
Et ceux qui « ne sont pas d’ici », ceux qui n’ont pas de « chez soi », comment habitent-ils ? Déjà
Kant avait entrevu un droit cosmopolite qui devrait s’imposer tôt ou tard: la planète n’étant pas
illimitée, nous sommes forcés de vivre les uns avec les autres5. Certains se déterritorialisent, et
plongent dans un nomadisme stimulant et novateur (ses objets et ses medias culturels se
dématérialisent) ; d’autres, par précarité, par danger ou par étouffement, cherchent à habiter
quelque part, dans un lieu vivable. L’hospitalité n’est pourtant pas ce qui les attend de prime
abord. Et la mobilité, soit un vue de l’esprit, soit une contrainte.
Mais qu’est-ce qu’habiter, au juste ?
Habiter a un lien étymologique avec l’habitude (habitus), les coutumes, les mœurs (liés
d’ailleurs avec le terme « demeure »), et partant, avec la morale. L’habitus est aussi une
2
On trouve l’inspiration chez Emmanuel Levinas, Totalité et infini, Essai sur l’extériorité, Paris, Le livre de poche,
Biblio Essais, 1996, p. 167.
3
Concept développé par Richard Florida, Who’s is your city, ch. 3, Basic Books, New York, 2008.
4
Le philosophe anglaisd’origineghanéen Kwame A. Appiah, parle d’un « cosmopolitismeenraciné »,
Cosmopolitanism: Ethics in a World of Strangers, Norton & Co. New York, New York, 2006.
5
Kant, Vers la paix perpetuelle, Paris, Vrin, 2007.
caractéristique des vertus, dispositionsà l’action qui deviennent une seconde nature ; cela
constitue l’éthos, le caractère. Donc l’éthique. Habiter a aussi un rapport avec l’habit, celui que
l’on porte, celui qui nous porte (dans nos rôles sociaux), et par là aussi le corps. On parle aussi
d’un corps habité, pour une danseuse, ou pour l’acteur… Mais, qu’est-ce qu’habiter son propre
corps ?
Voisinages linguistiques qui nous parlent de l’habiter, qui ne serait pas un détail dans l’ontologie
de l’homme6. Nous cherchons à suivre la trace de l’être de langage, del’« animal politique »,en
tant qu’habitant. Un « monde » est ce qu’entoure quelqu’un, chaque monde est unique et
différent. Comme créons-nous un monde commun pour y habiter ensemble ?
Entre ceux qui cessent peu à peu d’habiter leur lieu de vie et ceux qui voudraient à tout prix en
avoir un, n’y a-t-il lieu de faire connaissance etde découvrir quelques points communs, de ne
pas seulement se croiser dans des destins divergents ?
Comment construire une éthique (et une politique) à la hauteur de ce défi ?
Entre habiter notre corps et habiter la Terre, tous les niveaux intermédiaires de la société
humaine, la maison, la commune (ou le quartier), la ville, le pais, l’Europe (oud’autres
ensembles), le monde (qui est aussi celui de la guerre et de la paix, des inégalités et des exclus),
viennent s’inscrire. Sans doute nous ne les habitons pas tous, nous ne les investissons pas tous
de la même façon, certains n’ont même pas de signification pour telle personne, mais il a lieu à
penser que dans cette dimension de l’existence humaine, l’habiter, se cache unepart du
mystère de ce que nous sommes.
Prendre la direction de cette exploration me semble passionnant.
6
Plus de développements ici : http://philo-music.eu/2009/12/02/quest-ce-quhabiter/
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