L’ESSOUFLEMENT DES BRIC : CAUSES ET
CONSEQUENCES
Nada MALLAH BOUSTANI-Maître de conférences à la FGM
RESUMÉ
Après une décennie de forte croissance économique durant les années 2000, les BRIC
font face à de nouveaux défis qui remettent en question la soutenabilité à long terme de
leur expansion. En effet, le nivellement de l’écart qui les sépare des pays avancés
suscite une controverse autour de leur positionnement à l’avenir dans l’économie
mondiale. Au vu des perfectionnements structurels entrepris récemment par les
gouvernements de ces pays pour la construction de modèles de croissance durable, les
BRIC pourront-ils dépasser les barrières qui entravent leur passage d’une phase
d’expansion économique à une phase de maturité ? Ont-ils encore le potentiel de
s’affirmer sur les marchés mondiaux ?
L’objectif de cet article est de proposer des éléments de réponse à ces questions qui
alimentent le débat autour de la performance économique des BRIC dans le futur. Pour
ce, il s’agira danalyser les causes conjoncturelles et structurelles du ralentissement
dont souffrent ces économies depuis 2010 et d’en étudier les conséquences après avoir
survolé les agrégats économiques actuels de ces pays.
Mots Clefs
BRIC ralentissement économique PIB par habitant taux de chômage taux
d’inflation importations et exportations IPC.
1-INTRODUCTION
Un pays émergent est un pays en développement affichant une montée en puissance
du taux de croissance du PIB le plaçant sur une trajectoire de convergence avec les
pays développés. La liste des pays auxquels s’applique le concept d’ « émergence
économique » est constamment sujette à des modifications en raison de la diversité des
critères de définition et de leur caractère dynamique en relation avec les fluctuations
des agrégats macroéconomiques dans le temps. Mais dans cette liste, se détachent de
grandes puissances, les BRIC
1
(Brésil, Russie, Inde et Chine), qui se distinguent de par
1
Le terme BRIC a été inventé en 2001 par la banque d'affaires américaine Goldman Sachs pour désigner les quatre
pays qui devraient, selon leurs anticipations, peser à eux seuls 50 % de l'économie mondiale en 2050. Fin 2010,
l'Afrique du Sud a rejoint le groupe des BRIC, devenu BRICS (avec un s pour « South Africa »). Si l'on met à part la
Russie, qui est davantage une puissance ré-émergente qu'émergente, le Brésil, l’Inde et la Chine sont trois pays
émergents à forte population sur un territoire immense : ce sont des États-continents.
la taille de leur territoire et de leur population. Dans les années 2000, ces pays, qui
regroupent près de la moitié de la population mondiale, ont connu la croissance
économique la plus marquée et la convergence la plus rapide avec les pays
développés.
Le développement des BRIC est étroitement lié à leur insertion dans la mondialisation
puisque l’ouverture leur a permis de profiter de leurs avantages comparatifs,
notamment le faible coût de la main d'œuvre et l’abondance des matières premières,
pour s’affirmer sur la scène économique internationale. En effet, les excédents
commerciaux réalisés suite à l’accroissement de leurs exportations leur a permis
d’investir dans les pays développés, de racheter des entreprises en difficulté et de
profiter du transfert de technologies qu’ils n’auraient pu développer aussi rapidement
dans un contexte protectionniste anti-concurrentiel. L’exemple le plus souvent cité à cet
effet est l’achat en 2010 de Volvo par le constructeur automobile chinois Geely ; la
transaction témoigne d’un transfert de 50 ans de recherches technologiques en sécurité
automobile pour seulement 1.8 milliard de dollars
2
. L’ouverture des marchés et
l’accroissement du revenu national ont également contribué à améliorer la distribution
des revenus, à la création d’une classe moyenne et à la réduction du taux de pauvreté
même si les inégalités persistent.
Les avantages de la mondialisation n’ont pas renforcé uniquement la stabilité
économique au sein des BRIC. La croissance du quatuor a contribué au
développement des relations de coopération entre les pays développés et ceux en
développement d’une part et, d’autre part, a servi à compenser la récession
économique des pays avancés suite à la crise de la dette européenne dans le sillage de
la crise financière de 2008.
Cependant, la décélération du taux de croissance des grands émergents observée
depuis deux ans suscite des interrogations autour de la pérennisation de leur puissance
et de leur positionnement futur dans l’économie mondiale (figure ci-après). Alors que
pour certains économistes il ne s’agit que d’un ralentissement conjoncturel à caractère
temporaire dû à la récession économique mondiale suite à la crise des Subprimes, pour
d’autres la dégradation est structurelle liée à des problèmes de dépendance vis-à-vis de
l’extérieur et à des facteurs sociaux.
2
www.lemonde.fr « le constructeur chinois GEELY s’offre Volvo » -Le Monde 28/03/2010
Source :Banque mondiale
Les BRIC pourront-ils dépasser les barrières qui entravent leur passage d’une phase
d’expansion économique à une phase de maturité ? Ont-ils encore le potentiel de
s’affirmer sur les marchés mondiaux ?
L’objectif de cet article est de proposer des éléments de réponse à ces questions qui
alimentent le débat autour de la performance économique des BRIC dans le futur. Pour
ce, il s’agira d’abord d’analyser les causes conjoncturelles et structurelles du
ralentissement dont souffrent ces économies depuis 2010 et d’en étudier les
conséquences. La deuxième partie portera sur la nécessite et l’efficacité des réformes
structurelles mises en place pour soutenir les taux de croissance élevés. Ces réformes
dessineront la nouvelle trajectoire de convergence des puissances émergentes avec les
pays développés.
2-ANALYSE DES AGREGATS ECONOMIQUES ACTUELS DES BRIC
Dans cette partie, le PIB par habitant, l’inflation, le chômage, le commerce extérieur
seront étudiés conjointement pour les quatre pays du BRIC afin de dégager les points
faibles et forts de chacun d’eux.
2.1 PIB par habitant
Le PIB représente l’indicateur le plus utilisé pour évaluer la production des biens et des
services d’un pays pendant une période donnée et permet d’évaluer l’importance de
l’activité économique du pays ainsi que des richesses générées.
Dans ce qui suit, on a eu recours à des données publiées par la Banque Mondiale
affichant les PIB réalisés par le Brésil, la Chine, l’Inde et la Fédération de Russie allant
de 2004 à 2013.
PIB par habitant, ($ PPA internationaux courants)3
Indicateurs du développement dans le monde
Les BRIC ont témoigné d’une forte croissance de leurs PIB respectifs tout au long des
dix dernières années ce qui justifie leur émergence face aux pays développés.
2.1.1 La Russie
On remarque une diminution notable des PIB en Russie en 2009, nous rappelant la
période qui a suivi la chute du bloc soviétique. Malgré la reprise mondiale, l’économie
russe affiche la croissance la plus faible depuis la crise de 2008-2009 et souffre d’une
contraction des investissements. Cette lente croissance peut être justifiée par la
politique monétaire restrictive que la banque centrale adopte, qui cherche à diminuer
l’inflation s’élevant à 7% par an. Cette politique monétaire conduit à la fuite des capitaux
qui jouent un rôle très important dans l’économie.
2.1.2 Le Brésil
Il représente la sixième économie mondiale et dispose de ressources naturelles
abondantes. Son économie est relativement diversifiée et a pu résister à la crise
mondiale de 2008-2009 grâce aux politiques économiques et monétaires prudentes
3
PIB par habitant basé sur les taux de parité des pouvoirs d'achat (PPA). Le PIB en PPA est le produit intérieur brut
converti en dollars internationaux courants au moyen des taux de parité des pouvoirs d'achat (PPA).
Country Name 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
Brésil $10,020.482 $10,547.097 $11,181.592 $12,060.069 $12,808.963 $12,752.802 $13,759.420 $14,300.741 $14,580.859 $15,037.457
Chine $4,339.930 $4,956.948 $5,724.917 $6,675.012 $7,421.195 $8,128.350 $9,043.798 $10,040.630 $10,950.004 $11,906.507
Inde $2,665.600 $2,962.750 $3,289.587 $3,657.751 $3,822.057 $4,124.499 $4,544.293 $4,883.058 $5,140.977 $5,411.616
dération de Russie $10,249.219 $11,855.797 $14,976.322 $16,729.653 $20,275.223 $19,486.182 $20,541.334 $22,570.500 $23,503.998 $24,114.088
$0.000
$5,000.000
$10,000.000
$15,000.000
$20,000.000
$25,000.000
$30,000.000
2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
Brésil Chine Inde Fédération de Russie
adoptées. Ces dernières s’avèrent efficaces suite à une forte croissance du PIB malgré
un essoufflement en 2009 causé par la stagnation des prix à l’export des matières
premières, du tassement de la consommation intérieure à cause de l'endettement des
ménages et de la baisse des investissements. Pour la relance de la croissance
économique, la priorité a été donnée à la stimulation des investissements étrangers
mais plusieurs obstacles freinent ce développement notamment la forte appréciation de
la monnaie, le délabrement des infrastructures et les inégalités sociales et
géographiques. Pour l’accélération de cette croissance, l’état adopte une politique qui
attire les investisseurs par un programme de soutien des crédits alloués au financement
des investissements.
2.1.3 L’Inde
L’inde a réussi à maintenir une croissance du PIB malgré la crise. En effet, ce pays est
la onzième puissance économique mondiale qui a maintenu la croissance du PIB par
l’adoption d’une politique de diminution de son déficit budgétaire et d’augmentation des
dépenses publiques. Pour financer la modernisation de l’armée indienne, l’Inde a eu
recours à une augmentation de 10% des taxes sur les produits de luxe et le tabac.
L'industrie reste le point faible du pays, le secteur pâtissant des coupures d'électricité,
d'un difficile accès au foncier, et d'une législation du travail trop rigide. Malgré ce qui
précède, l’Inde reste un pays pauvre avec un PIB/habitant faible, près de 25% de la
population continue à vivre en dessous du seuil de pauvreté et les inégalités sont fortes.
2.1.4 La Chine
La Chine est la seconde puissance économique mondiale. La récession mondiale de
2009 a interrompu la dynamique de croissance continue dans laquelle la Chine s'était
engagée à cause du ralentissement économique mondial et de la baisse des échanges.
Le ralentissement de la croissance a incité le gouvernement à assouplir sa politique
économique. Pour relancer la croissance, le gouvernement a accordé des exonérations
d'impôts pour les très petites entreprises et a investi dans les infrastructures.
L'économie de la Chine, très diversifiée, est dominée par les secteurs manufacturier et
agricole. L'agriculture emploie près de 40% de la population active et contribue à une
hausse de 10% du PIB. La Chine est le pays le plus peuplé du monde et l'un des plus
grands producteurs et consommateurs de produits agricoles. Le pays se place en tête
dans la production mondiale de céréales, riz, coton, pommes de terre, thé. Le
gouvernement envisage une série de plans visant à moderniser l'agriculture et la
diversifiant en vue de la rendre plus productive. La Chine possède d'importantes
réserves en charbon lequel représente les deux tiers de la consommation totale
d'énergie primaire et possède d'importantes réserves trolières et gazières. Les
secteurs de l'industrie manufacturière et de la construction contribuent à près de la
moitié de son PIB. La Chine est devenue une des destinations préférées pour la
relocalisation d'unités de fabrications globales en raison d'une main-d’œuvre bon
marché. L’émergence économique a coïncidé principalement avec le développement
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