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Le conflit sunnites-chiites dans l’histoire et dans l’actualité
Le conflit qui oppose les sunnites et les chiites, deux branches de l’islam, est
une des composantes de l’invraisemblable imbroglio politique qui s’est créé au Moyen-
Orient. En effet, si les chiites sont très minoritaires à l’échelle du monde musulman dans son
ensemble, (ils ne représentent que 12 à 15% des musulmans), leur proportion est beaucoup
plus élevée au Moyen-Orient : ils sont majoritaires en Iran (80% de la population), en Irak et
au Bahreïn (65%), en Azerbaïdjan, et représentent des minorités plus ou moins importantes au
Liban, dans le Golfe, en Oman et au Yémen, au Pakistan.
On le sait bien : ce conflit entre sunnites et chiites camoufle (mal) la rivalité
régionale entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, une rivalité qui a toutes sortes d’implications des
plus dangereuses pour les peuples de la région et hors de la région. Mais le fait que cette
rivalité mobilise à ce point les passions religieuses nous impose de nous pencher d’un plus
près sur ces passions et sur leur histoire, avant d’en relativiser l’importance et d’en voir tous
les arrière-plans.
C’est un conflit vraiment très ancien. En un sens, il est presque aussi vieux
que l’islam lui-me, puisqu’il a pour origine le destin très particulier d’Ali, cousin et
gendre de Mahomet (« chiite » vient d’un mot arabe qui signifie « parti » : les chiites sont « le
parti d’Ali »). Ali avait partagé tous les combats de Mahomet et se considérait comme le
dépositaire de son enseignement. Or, après la mort de Mahomet, ce n’est pas lui qui a été
choisi pour être son successeur (calife) et, bien qu’il ait fini par accéder à cette fonction 24
ans plus tard, il s’est trouvé très vite violemment contesté et périt assassiné en 661. Le califat
a été finalement accaparé par une grande famille de La Mecque, les Omeyyades, qui avait
longtemps combattu Mahomet et s’était rallié à lui par opportunisme.
On a donc, au départ, une opposition de type principalement politique pour la
succession du prophète Mahomet : les chiites affirment carrément que Mahomet avait désig
Ali comme son successeur, ce que contestent les sunnites. Mais cette opposition a revêtu
ensuite un contenu religieux. Les chiites pensent en effet qu’Ali et ses descendants
immédiats bénéficiaient d’une inspiration divine faisant d’eux, après Mahomet (le dernier
prophète), des guides spirituels pour les croyants, des « Imams ». Ces Imams auraient
notamment autorité pour interpréter les textes sacrés, notamment le Coran, pour en révéler le
sens caché (les chiites accordent une grande importance à la distinction entre le sens apparent
et le sens caché). Après Ali (assassiné en 661), douze imams se seraient ainsi succédé, du
moins pour la majorité des chiites, appelés pour cette raison « duodécimains ». Deux d’entre
eux ont acquis une importance particulière :
d’abord le fils cadet d’Ali, Hussein, massacré avec toute son escorte par les hommes
de main du calife omeyyade en 680 à Karbala (Irak). Il est, pour cette raison, vénéré comme
un martyr exemplaire, notamment par des pèlerinages au mausolée qui lui a été élevé en ce
même lieu de Karbala et aussi, tous les ans, par des processions avec flagellants (fête de
l’Ashura) et aussi par des représentations théâtrales (tazieh). La commémoration de sa mort
rappelle à l’évidence la façon dont les chrétiens commémorent la passion du Christ.
Ensuite, le douzième imam qui, en 874, serait entré en « occultation » : il aurait
disparu de la vue des hommes, tout en restant vivant et devenant « l’imam caché », un imam
caché appelé à revenir (on lui donne souvent le nom de « mahdi » : littéralement, « celui qui
est guidé »). L’attente de son retour donne ainsi au chiisme une coloration messianique,
« millénariste », dont le sunnisme est dépourvu et qui, là aussi, manifeste une certaine
ressemblance avec le christianisme.
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Pour les sunnites, toutes ces croyances sont une hérésie ayant pour
conséquence de dévaloriser le rôle du Prophète et ainsi d’introduire la fitna, la discorde, dans
la communauté des croyants. A cette différence de croyances s’en est ajoutée une autre, plus
pratique : en attendant le retour de l’imam caché, la guidance spirituelle des croyants est
assurée par un clergé fortement hiérarchisé (mollahs, ayatollahs, marjas) qui se considère
comme habilité à parler en son nom (et, de ce fait, à percevoir l’impôt religieux !). Ce clergé,
qui est en quelque sorte l’intermédiaire entre l’imam et les fidèles, n’a pas d’équivalent dans
l’islam sunnite. Il est transnational en ce sens qu’il comporte des réseaux reliant les religieux
chiites de différents pays.
Ceci dit, il convient de ne pas exagérer l’importance de cette opposition entre
sunnites et chiites. D’abord elle a mis du temps à se clarifier : ces deux catégories de
« sunnisme » et de « chiisme », en tant que désignant deux groupes bien identifiés, ont mis
environ trois siècles à émerger. Ensuite, pendant longtemps, ce n’est pas cette opposition
qui a été au premier plan dans l’histoire de l’islam. Les uns et les autres ont généralement
préférer s’ignorer, d’autant que les chiites pratiquaient souvent la taqiya, la dissimulation de
leurs opinions (que leurs théologiens considéraient comme légitime en cas de persécution).
C’est surtout à l’intérieur de chaque communauté qu’ont eu lieu les déchirements les plus vifs.
Ainsi, chez les chiites, des schismes ont donné naissance aux zaydites (711, ils ne
reconnaissent que cinq imams) puis aux ismaéliens (765, eux n’en reconnaissent que sept),
lesquels ismaéliens se sont trouvés à leur tour fragmentés en multiples sectes… Chez les
« sunnites », on a assisté aussi à des conflits religieux d’une très grande violence, notamment
au VIIIe siècle avec l’apparition du mutazilisme (problème du Coran « créé » ou « incréé »)
puis du soufisme, le courant mystique de l’islam, à quoi s’ajoutent évidemment les conflits
politiques proprement dits, dont le plus significatif est, en 750, le renversement de la dynastie
omeyyade par les abbassides.
Evoquons maintenant les différentes figures historiques qu’a prises leur
opposition au cours de l’histoire. Commençons par l’époque qui est généralement considérée
comme « l’âge d’or de l’islam » et qui correspond à notre haut Moyen-Âge, plus précisément
lorsque le califat abbasside (arabe et sunnite) établi à Bagdad commence à voir son autorité
contestée (IXe et Xe siècles). Cette décadence permet à tous les courants chiites de se
manifester avec force.
- C’est ainsi qu’en 945, des chefs de guerre iraniens qui se sont convertis au chiisme
duodécimain entrent à Bagdad, imposent leur autorité au calife abbasside, mais le laissent en
place pour mieux gouverner en son nom, ce qu’ils font pendant plus d’un siècle (genre
« maires du palais » sous les Mérovingiens ou encore genre « cohabitation » sous la Ve
République) : c’est la dynastie bouyide. Elle est chassée par l’arrivée des Turcs en 1055.
- Les ismaéliens, eux, se montrent autrement plus opposants, sous la double forme d’un
prosélytisme intense et de nombreuses révoltes violentes. Ils mettent au point un système
particulièrement efficace de propagandistes missionnaires qui se répandent aux quatre coins
du monde islamique, annonçant le retour imminent de l’imam caché qui, en tant que mahdi,
établira une ère de justice… Ils réussissent ainsi à convertir des régions entières, et à pénétrer
toutes les couches de la société.
Un de leurs groupes, les Qarmates, s’établit à Bahreïn à la fin du IXe siècle et
y fonde un Etat aux principes égalitaires, quasi communistes (sans aller toutefois jusqu’à
abolir l’esclavage…) qui dure plus d’un siècle. Sa politique sociale très généreuse est financée
par des razzias à l’extérieur (notamment au détriment des pèlerins qui se rendent à La
Mecque). Un autre courant ismaélien prend le pouvoir dans le Maghreb oriental (Tunisie
actuelle) en s’appuyant sur les tribus berbères. Son chef prend alors le titre de calife, en
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concurrence directe avec le calife de Bagdad : califat qualifié de « Fatimide » en l’honneur de
Fatima, fille de Mahomet et épouse d’Ali. Son arrière-petit-fils s’empare aussi de l’Egypte, et
des régions voisines. C’est sous ce califat fatimide qu’est fondée la ville du Caire et construite
la mosquée Al-Azhar (devenue par la suite le principal centre de formation des oulémas du
monde musulman). Cette période fatimide marque l’apogée du chiisme au Moyen-Age.
Evidemment, ces califes fatimides gouvernent exactement comme les califes abbassides qu’ils
combattent : mêmes palais luxueux, même étalage d’opulence, même cérémonial : l’ère de
justice que devait instaurer le Mahdi est remise à plus tard Ce califat fatimide dure tout de même
plus de deux siècles : c’est Saladin qui y met fin au temps des Croisades (1171).
Signalons encore un courant dissident, celui des « nizarites », qui sont plus
connus sous le nom que lui donnèrent les croisés : les « assassins », un mot dont la
signification est controversée : selon l’opinion la plus répandue, il signifiait « consommateurs
de haschich », mais selon d’autres, « fondamentalistes » (venant d’un mot persan assas =
fondement). Leur chef Hassan-i Sabbâh s’installe dans la montagne du nord de l’Iran,
l’Elbourz, d’où son surnom de « Vieux de la Montagne » et, de là, il envoie ses disciples
commettre des attentats ciblés contre les dignitaires des royaumes voisins. Ces nizarites ne
sont éliminés que par l’arrivée des Mongols au XIIIe siècle (1258). Leurs lointains
descendants, les ismaéliens d’aujourd’hui, ont fait souche surtout en Inde (leur chef est l’Aga
Khan…).
Avançons dans le temps et voyons quelques siècles plus tard. Aux XIVe et
XVe siècle, une tribu turque réussit à édifier un nouveau grand empire sunnite, à cheval sur
l’Asie occidentale et l’Europe balkanique : c’est l’empire ottoman. Il prend la place de
l’ancien empire byzantin (chrétien), dont il a pris la capitale, Constantinople, en 1453. Or, au
début du XVIe siècle, alors qu’il est déjà une puissance reconnue et fortement structurée, il
voit surgir sur ses frontières orientales, en Iran, un nouveau royaume créé par un jeune
turkmène, Ismaïl 1er, chef charismatique d’une confrérie militarisée, les safavides (ou
séfévides). Les partisans de cet Ismaïl, baptisés Kizilbash têtes rouges ») portent un bonnet
rouge avec douze plis en référence aux douze imams. C’est cet Ismaïl qui, devenu Shah en
1501, fait du chiisme duodécimain la religion d’Etat de son royaume, décision historique
qu’aucun autre dirigeant iranien n’a osé remettre en cause par la suite (pas même, au XXe
siècle, la dynastie Pahlavi, qui se voulait moderniste).
Rapidement, les rapports entre les deux Etats deviennent conflictuels, d’autant
plus que le nouveau Shah d’Iran a de nombreux partisans en Anatolie orientale. Il en résulte
une première guerre en 1514 : le sultan ottoman inflige alors aux Perses une cuisante défaite
qui lui permet d’annexer à son empire l'Anatolie orientale et le nord de l'Irak (l'actuel
Kurdistan). La paix ne s’instaure pas pour autant : pendant les deux siècles suivants, plusieurs
conflits opposent périodiquement les deux empires. L’enjeu en est souvent l’Irak : bien que
Bagdad ait perdu l’importance qu’elle avait auparavant, c’est en Irak que se trouvent les
principaux Lieux Saints du chiisme et, dans les régions environnantes, les chiites sont
nombreux. L’Iran cherche à cupérer cette province, mais sans y parvenir…
Quant à lempire ottoman, où le pouvoir est officiellement sunnite, et où les
seules minorités reconnues sont les « gens du Livre » (juifs et chrétiens), il existe aussi une
importante minorité « apparentée au chiisme », celle des alévis (ils adorent une trinité Allah-
Mahomet-Ali ; ils ne pratiquent ni les cinq prières journalières ni le pèlerinage à La Mecque).
Le gouvernement la tolère d’autant plus facilement que les janissaires (le corps d’élite de
l’armée) appartiennent souvent à une confrérie liée aux alévis (les bektachis). A noter que les
alévis existent toujours dans la Turquie moderne où ils représentent environ 15 à 20% de la
population (et votent souvent à gauche…).
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Approchons-nous maintenant de la période actuelle en essayant de comprendre
comment s’est construit l’antagonisme des dernières décennies. Nous sauterons à pieds joints
sur la période de la colonisation : il n’y a pas alors de différence significative entre les deux
courants. Signalons toutefois que, lors de la liquidation de l’empire ottoman par la création de
ces sortes de protectorats baptisés « mandats de la SDN », l’opposition la plus vive est venue
des chiites. Ce sont eux surtout qui se sont opposés à la création de l’Irak sous contrôle
britannique (révolte de 1920 : 6 à 10.000 morts) alors qu’une bonne partie des « élites »
sunnites y trouvaient son compte. C’est ainsi qu’a commencé cet Etat irakien où les chiites se
sont trouvés pendant plus de 80 ans discriminés, marginalisés, alors qu’ils étaient
numériquement majoritaires, et ce, aussi bien sous la monarchie pro-occidentale des débuts
que sous la République nationaliste d’après la révolution de 1958 (devenue baasiste en 1968).
D’où une préférence marquée de cette population pour les engagements « à gauche » : ce sont
les chiites qui fournissent jusqu’au milieu des années 60 le gros des bataillons du Parti
communiste irakien, alors le plus puissant du monde arabe…
Autre fait marquant de l’entre-deux guerres : la création de l’Arabie Saoudite.
Elle résulte de la conquête militaire de la plus grande partie de la péninsule arabique (et
notamment des Lieux Saints de l’islam) par un émir arabe de la famille Saoud en 1924-25.
C’est le dernier épisode d’une histoire marquée par d’autres tentatives de la famille Saoud qui
avaient finalement échoué. L’importance de ce fait tient (entre autres) à ce que cette famille
Saoud s’est faite le défenseur d’une certaine conception de l’islam élaborée au XVIIIe siècle
par le prédicateur Abdelwahhab et connue sous le nom de wahhabisme : une conception
rigoriste, puritaine, intellectuellement très pauvre (fondée sur une lecture littéraliste des textes
sacrés) et très hostile au chiisme (considéré comme idolâtre, en raison des pèlerinages sur des
tombeaux) : en 1802, les Saoud sont allés saccager Karbala, la ville sainte des chiites. La
conquête de l’Arabie par Abdelaziz al-Saoud a pour instrument une petite armée de bédouins
fanatisés appelés les Ikhwan (les Frères) dont le mode de vie est particulièrement austère
(interdiction du tabac, de la soie, de l'or, du rire, du jeu, des instruments de musique).
Or ce royaume se découvre bientôt une richesse pétrolière extraordinaire et le
roi en confie l’exploitation aux Etats-Unis d’Amérique (pour se dégager de l’emprise
britannique qui domine à l’époque une bonne partie du Moyen-Orient, y compris certaines
parties de la péninsule arabique). D’où une alliance entre les deux pays (symbolisée par la
rencontre entre Roosevelt et Ibn Saoud en février 1945) qui ne s’est, pour ainsi dire, jamais
démentie depuis lors, en dépit des différences considérables qui les séparent sur de nombreux
plans (l’Arabie est une monarchie absolue, archi-réactionnaire, qui ne reconnaît aucune des
libertés individuelles, où les mœurs sont strictement contrôlées, etc.). D’où, surtout, un
enrichissement qui donne à l’Arabie Saoudite un rôle de plus en plus considérable au sein du
monde musulman, d’autant que son souverain s’est instauré « protecteur des Lieux Saints ». A
partir des années 1960, les dirigeants saoudiens se trouvent bientôt en mesure de se faire les
principaux propagateurs de l’islam dans le monde (de l’islam sunnite et wahhabite s’entend),
construisant des mosquées, diffusant le Coran et toute une littérature religieuse, formant des
prédicateurs, etc. Le sunnisme s’identifie dès lors au wahhabisme.
Parallèlement à cette expansion du wahhabisme, s’effectue dans tout le monde
musulman la montée de courants qu’il est convenu d’appeler « islamistes », faisant de l’islam
une arme politique pour s’opposer à la pénétration des tendances laïcisantes (ou
« sécularistes ») de certains Etats. Celles-ci ont triomphé dans la Turquie de Mustapha Kemal
(qui a aboli le califat en 1924) et cet exemple a été suivi avec plus ou moins de force par
l’Iran de la dynastie Pahlavi (en 1936, interdiction du voile dans l’espace public), puis par les
régimes s’inspirant du nationalisme arabe : Nasser en Egypte à partir de 1952, le parti Baas
(parti de la renaissance arabe) qui prend le pouvoir successivement en Syrie et en Irak (années
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1960). Mais cet islamisme se développe séparément et avec des caractères en partie différents
dans le sunnisme et le chiisme.
Dans le sunnisme, son principal représentant est la « confrérie » des Frères
Musulmans, fondée en 1928 par un instituteur égyptien, Hassan Al-Banna. Il devient
rapidement un véritable mouvement de masse avec des écoles, des sections professionnelles
(une pour les enseignants, une pour les avocats, etc.), un mouvement de scouts, un
mouvement de femmes, etc. Il préconise une refonte totale de la société à partir d’un Etat
intégralement islamique (le slogan de base des Frères Musulmans est : « Le Coran est ma
constitution »). Après le coup d’Etat des « officiers libres » qui renverse la monarchie (1952),
les Frères Musulmans soutiennent le nouveau régime, mais ils entrent rapidement en conflit
avec Nasser qui n’hésite pas alors à les réprimer brutalement : ceux qui ne sont pas
emprisonnés se réfugient en Arabie Saoudite... C’est dans les prisons égyptiennes qu’un Frère
musulman, Sayyid Qutb, radicalise la doctrine du fondateur avant d’être pendu en 1966. Pour
lui, on peut déclarer mécréant un gouvernant, même s'il se déclare musulman, pour peu que
les principes qui fondent son action politique ne soient pas exclusivement islamiques. Et cet
anathème ne vise pas seulement les dirigeants de l'État : il s'étend aussi à leurs complices…
Contre eux, le djihad devient légitime. Ce qui n’est dans ses écrits qu’une position doctrinale
aura bientôt des applications pratiques : le président Sadate en fera les frais en 1981…
Chez les chiites, l’islamisme est plus directement lié au clergé (bien qu’il
existe au sein de celui-ci un courant « quiétiste », qui refuse de prendre des positions
politiques) et il se développe à la fois en Irak et en Iran (les deux grands pays pétroliers de la
région, avec l’Arabie Saoudite). En Irak, ce sont le parti al-Dawa l’Appel »), créé à la fin
des années 1950 à Najaf, et le réseau dit des « shirazistes » qui entrent en lutte contre Saddam
Hussein (et qui créent aussi des cellules au Liban, au Bahreïn, etc.). En Iran, c’est l’ayatollah
Khomeyni qui est l’opposant le plus en vue. Chassé d’Iran en 1964, il reste 14 ans en exil,
notamment à Nadjaf. C’est là qu’il élabore le projet d’une république islamique reposant sur
le principe du « velâyat-e faqih », terme que l’on peut traduire par « gouvernement du
théologien-juriste ». Il s’agit d’une sorte de théocratie constitutionnelle : les grandes
orientations seraient données par un religieux, choisi par ses pairs ; elles seraient mises en
œuvre par un Président de la République et une assemblée élue. Khomeyni agrémente cette
innovation programmatique par une exaltation de la lutte des « déshérités » contre les
« puissants », un thème qui est en phase avec le tiers-mondisme de l’époque.
Or il se trouve que, en 1978-79, une révolution populaire met à bas le régime
monarchique de l’Iran et chasse le souverain. Cette révolution est l’œuvre de tendances très
diverses (nationalistes bourgeois, parti Tudeh pro-soviétique, Moudjahidines du Peuple qui se
définissent comme islamo-marxistes), mais elle est rapidement accaparée par le clergé chiite
et par celui qui s’en est instauré le porte-parole, l’ayatollah Khomeyni qui revient en Iran
après un exil de 14 ans. Il proclame alors une « république islamique » dont la constitution
(approuvée par référendum) reflète les choix faits par Khomeyni à Nadjaf : elle attribue le
pouvoir suprême à un « guide suprême» choisi parmi les religieux (donc un régime
théocratique), mais en se dotant d’une façade démocratique avec des élections au suffrage
universel pour élire les députés et le président. Sa mise en place donne lieu à la création d’une
milice spéciale, les pasdaran (gardiens de la révolution), chargée de la répression des
opposants, en particulier des libéraux, des laïques et, en dernier lieu, des communistes.
Parallèlement, se produit la rupture avec les Etats-Unis, considérés comme le « Grand
Satan ». Elle se produit sous la pression des étudiants qui, en novembre 1979, prennent
d’assaut l’ambassade américaine de Téhéran et en retiennent les membres en otages pendant
plus d’un an : évènement qui provoque la démission du premier ministre (Bazargan, libéral
bourgeois) et qui donne au nouveau régime une coloration anti-impérialiste, bientôt doublée
d’une hostilité ouverte à l’Etat d’Israël.
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