Évolution de l`emploi et du chômage en Région de Bruxelles

Évolution de l’emploi et du chômage
en Région de Bruxelles-Capitale : 1989-2009
À l’occasion des vingt ans de la création d’ACTIRIS, l’Observatoire bruxellois de l’Emploi synthétise dans ce
document les principales évolutions de l’emploi et du chômage à Bruxelles. Ce document met en évidence les
transformations du contexte socioéconomique ainsi que ses incidences sur le marché de l’emploi. Il relève en
particulier les défis liés à un chômage important et à une dualisation sociale marquée.
La situation de la Région de Bruxelles-Capitale (RBC) est spécifique dans la mesure elle est simultanément l’une
des trois régions du pays et une ville-région, ce qui fait d’elle l’une des plus petites régions d’Europe avec une très
grande densité de population. Bruxelles est également la capitale de la Belgique, des Communautés française et
flamande. Elle accueille aussi en son sein de nombreuses institutions européennes ainsi que de multiples organisations
internationales. Ces différents rôles ont des répercussions importantes sur les caractéristiques de l’emploi et l’attrait
qu’elle exerce sur une main-d’œuvre provenant d’horizons variés.
Le fait que le territoire de la Région bruxelloise soit limité entraîne des liens économiques et sociaux très étroits entre
la Région et son hinterland. Les limites institutionnelles de Bruxelles ne correspondent donc pas à ses limites
socioéconomiques. Dès lors, on s’intéressera tantôt à l’entité politique et administrative de la Région de Bruxelles-
Capitale, tantôt à la zone urbaine élargie, englobant la Région bruxelloise et sa banlieue, soit la zone métropolitaine
bruxelloise (ZMB).
Paradoxe urbain : dichotomie entre l’évolution économique et l’évolution sociale
La situation de la zone métropolitaine bruxelloise
illustre le phénomène qu’on appelle le « paradoxe
urbain ». En effet, les grandes métropoles
européennes, dont Bruxelles, sont redevenues les
moteurs de la croissance de l’Union européenne.
Néanmoins, cette richesse créée ne se traduit pas
nécessairement dans la réduction de la fracture
sociale. Malgré une forte concentration des emplois
en ville, une partie importante des résidents peut être
exclue de cette richesse.
En effet, la Région de Bruxelles-Capitale compte
parmi les régions les plus riches d’Europe en termes
de PIB par habitant et affiche, simultanément, un
taux de chômage très élevé (17,1%, cf. page 5)
contribuant à la paupérisation d’une part croissante
de sa population. Ce paradoxe de la ville, productrice
de richesse et de pauvreté, est encore plus accentué en
Région de Bruxelles-Capitale lorsquon examine les
clivages socioéconomiques en son sein.
Au cours des dix dernières années disponibles (1997-
2006), le taux de croissance économique dans la zone
métropolitaine bruxelloise a été de 2,8% par an (avec
cependant une croissance davantage marquée dans la
périphérie), soit une performance supérieure à celle
observée en Flandre (2,1%) et en Wallonie (1,9%).
À partir de la seconde moitié des années nonante, la
zone métropolitaine bruxelloise a connu un essor
économique important sous les effets conjugués des
facteurs suivants :
Ð le développement des secteurs d’activi les plus
qualifiés de l’économie (services aux entreprises,
finances, haute administration, services non
marchands, …) ;
Ð l’élargissement de l’Union européenne à 27 États
membres, renforçant sa vocation internationale ;
Ð le développement très marqué de sa périphérie ;
Ð les dynamiques démographiques qui ont entraîné
une hausse importante de la population.
Évolution de l’emploi et du chômage en Région de Bruxelles-Capitale : 1989-2009
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Néanmoins, ces bonnes performances économiques
ont eu peu d’impact sur la résorption du chômage en
Région bruxelloise, en particulier au sein de ses
quartiers centraux. Le marché du travail bruxellois se
distingue donc par leffet des dynamiques démo-
graphiques et économiques qui minorent les
performances réelles de la région au bénéfice de sa
périphérie, sous les effets conjugués de la navette
entrante et de l’exode urbain.
Encadré 1 : Dynamisme économique
En 2006, Bruxelles contribue pour 19,1% de la valeur ajoutée du pays. En termes de richesse produite par habitant, elle
constitue de loin la première région du pays et une des premières régions d’Europe. Elle occupe, parmi les régions
européennes, la troisme position au classement du PIB par habitant. Il convient de noter cependant que le niveau du
PIB par habitant est fortement influencé par les flux de navettes. Les arrivées nettes de navetteurs accroissent la
production à un niveau qui ne pourrait être atteint par la seule population active résidante.
Le graphique ci-dessous indique qu’entre 2004 et 2007, le taux de croissance du nombre de nouvelles entreprises est
systématiquement plus élevé en Région bruxelloise que dans les deux autres régions du pays.
Figure 1 : Taux de croissance du nombre de nouvelles entreprises par Région
9,7
11,6
15,8
11,2 10,1 9,0
5,9
10,1 9,8
13,1
7,0
12,5
0
5
10
15
20
2004 2005 2006 2007
en %
gion de Bruxelles-Capitale Région flamande Région wallonne
Sources : Unizo, calculs Observatoire bruxellois de l’Emploi
Le baromètre des « villes d’affaires européennes » (Cushman & Wakefield) indique qu’en 2008 Bruxelles se positionne
en 4
e
position parmi les métropoles les plus attractives d’Europe, après Londres, Paris et Francfort. Bruxelles occupe une
position stratégique par rapport aux autres grandes villes européennes.
Premier bassin d’emploi du pays : 680.000 emplois
Le poids relatif de la région dans lemploi intérieur
national est très important puisqu’il s’élève à près de
16%, soit 680.000 emplois, alors qu’un peu moins
de 10% de la population belge habite la région et que
celle-ci représente 0,5% de la superficie du pays. En
considérant la zone tropolitaine, on comptabilise
un volume total de 1.170.000 emplois, représentant
26,7% de l’emploi du pays tandis que 23,2% de la
population y réside.
La notion demploi intérieur se rapporte donc à
l’ensemble des emplois situés engion de Bruxelles-
Capitale, qu’ils soient ou non occupés par des
résidents bruxellois. Cette notion d’emploi intérieur
est à distinguer de la notion de population active
occupée bruxelloise qui informe, quant à elle, de
loccupation des Bruxellois indépendamment de leur
lieu de travail. Ces deux concepts, ainsi que le
phénomène de la navette, sont éminemment cruciaux
dans la problématique de l’emploi à Bruxelles.
Le schéma suivant reprend ces deux notions.
L’emploi intérieur s’élève donc à 680.000 postes de
travail, dont plus de la moitié est occupée par des
résidents des deux autres régions (soit un taux de
navette entrante de 52,7%). En s’intéressant à
l’ensemble de la zone métropolitaine, le taux de
navette entrante passe de 52,7% à 25%.
D’autre part, la population active occupée bruxelloise
s’élève à 377.000 personnes dont 84% travaillent en
Région bruxelloise, 10,5% en Région flamande et
4,3% en Région wallonne.
Évolution de l’emploi et du chômage en Région de Bruxelles-Capitale : 1989-2009
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Figure 2 : Emploi intérieur et population active occupée : Région de Bruxelles-Capitale (1989-2007)
Sources : SPF Économie – DGSIE (EFT), calculs Observatoire bruxellois de l’Emploi
Encadré 2 : Région de Bruxelles-Capitale et zone métropolitaine bruxelloise
Dans le cadre de ce document, la zone métropolitaine bruxelloise comprend la Région bruxelloise, la province du
Brabant flamand et celle du Brabant wallon. La zone urbaine élargie couvre donc l’ancienne province du Brabant. Plus
fréquemment, on considère que la métropole bruxelloise correspond plutôt aux territoires de la Région bruxelloise, du
Brabant wallon et de l’arrondissement d’Hal-Vilvorde (partie de la province du Brabant flamand). Néanmoins, le
découpage provincial offre lavantage de couvrir une zone dans laquelle un plus grand nombre de données sont
disponibles auprès d’Eurostat (Nuts-2), permettant des comparaisons internationales.
Figure 3 : Indicateurs socioéconomique de la Région bruxelloise et de sa zone métropolitaine
Sources : Eurostat, carte Institut Géographique National, calculs Observatoire bruxellois de l’Emploi
Zone métropolitaine bruxelloise
Superficie : 3.358 km² (11%)
Pop. : 2.454.142 hab. (23%)
Emploi : 1.170.466 (26,7%)
Taux d’emploi : 60,6%
Taux de chôma
g
e : 9,6%
UE 27
Superficie : 4.376.780 km²
Pop. : 495.000.000 hab.
Emploi : 219.000.000
Taux d’emploi : 65,4%
Taux de chôma
g
e : 7,1%
Belgique
Superficie : 30.528 km²
Pop. : 10.584.534 hab.
Emploi : 4.380.278
Taux d’emploi : 62,0%
Taux de chôma
g
e : 7,5%
Région de Bruxelles-Capitale
Superficie : 161 km² (0,5%)
Pop. : 1.031.215 hab. (9,7%)
Emploi : 679.889 (15,5%)
Taux d’emploi : 54,8%
Taux de chôma
g
e : 17,1%
Emploi
intérieur
Population active
occupée bruxelloise
Postes de travail
en RBC
1989 : 602.000
2007 : 680.000
+ 12,9%
Bruxellois occupés
en RBC
1989 : 281.000
2007 : 321.000
+ 14,2%
Navette
sortante
1989 : 32.000
2007 : 56.000
+ 78,3%
Navette
entrante
1989 : 321.000
2007 : 359.000
+ 11,7%
Évolution de l’emploi et du chômage en Région de Bruxelles-Capitale : 1989-2009
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Des emplois très exigeants en termes de qualification
La désindustrialisation de Bruxelles et le
développement d’une économie axée sur les services
ont eu comme répercussion une accentuation de la
spécialisation spatiale de la région. Le tertiaire
représente aujourd’hui près de 90% de l’emploi. Plus
de la moitié des emplois à Bruxelles sont occupés par
des personnes ayant un diplôme d’études supérieures
ou universitaires (53%). À titre de comparaison, la
part de ces emplois s’élève à 38% au niveau de la
Belgique et à 26% au niveau de l’UE. Ce phénomène
de la hausse de la qualification se retrouve également
dans la plupart des régions européennes, mais est plus
accentué dans les grandes villes à caractère
international. La proportion d’emplois occupés par
des travailleurs diplômés du supérieur s’élève à 55%
dans Inner-London, correspondant au noyau urbain
(46% pour le grand Londres) 43% pour lÎle-de-
France et 42% à Berlin.
Entre 1989 et 2007, le nombre de travailleurs à faible
qualification a diminué en Région bruxelloise de
41% alors que le nombre de travailleurs à
certification élevée a augmenté de 62%. Les secteurs
dactivité les plus qualifiés de léconomie ont connu
une hausse marquée à Bruxelles.
Figure 4 : Proportion de diplômés du supérieur dans
l’emploi - 2007
25,9%
42,0%
43,0%
48,0%
53,0%
55,0%
37,9%
0% 20% 40% 60%
UE-27
Belgique
Berlin
Paris
ZMB
RBC
Inner-Lo ndon
Sources : Eurostat, calculs Observatoire bruxellois de l’Emploi
Figure 5 : Évolution de l’emploi intérieur selon le niveau
de qualification entre 1989 et 2007
(en milliers)
119
200
222
360
202 17 8
0
10 0
200
300
400
1989 2007
Inférieur Moyen Supérieur
+ 62%
-41%
Sources : SPF Économie -– DGSIE (EFT), ONSS, calculs
Observatoire bruxellois de l’Emploi
Recomposition de l’emploi
Les cinq secteurs d’activité qui regroupent le plus de
main-d’œuvre en Région bruxelloise sont, par ordre
décroissant : l’administration publique (15,9%), les
services aux entreprises (12,7%), les activités
financières (10,2%), le commerce (9,4%) et le
secteur de la santé et de l’action sociale (9,4%). Ces
cinq secteurs représentent près de 60% de l’emploi.
Si la croissance de l’emploi a été plus modérée en
Région de Bruxelles-Capitale que dans sa périphérie
ou dans le reste du pays, on a néanmoins assisté à une
recomposition importante de celui-ci. Trois secteurs
d’activité ont connu une diminution conséquente de
l’emploi salarié : l’industrie, la construction et le
commerce de gros (sous la pression de la
délocalisation de ces activités en périphérie). Par
contre, les secteurs constituant les principaux
moteurs de la croissance de l’emploi bruxellois sont,
par ordre décroissant : la santé et l’action sociale,
l’hôtellerie et la restauration, les services collectifs,
ladministration, les services aux entreprises, les
activités financières, les télécommunications et
l’éducation.
Évolution de l’emploi et du chômage en Région de Bruxelles-Capitale : 1989-2009
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Figure 6 : Caractéristiques de l’emploi intérieur en Région de Bruxelles-Capitale - 2007
Niveau d’études
2007 En % Var. 1997-2006 % Femmes Faible Moyen Élevé % Bruxellois
Industrie 44 321 6,5 -20,1 31,0 19,8 29,8 50,4 33,7
Construction 26 751 3,9 -6,6 10,7 40,7 40,8 18,4 63,2
Commerce 64 050 9,4 -3,9 47,1 30,5 40,8 28,7 53,4
Hôtellerie et restauration 26 548 3,9 +31,8 38,7 35,6 42,0 22,5 73,4
Transports et communications 49 991 7,4 +8,9 26,2 20,7 37,4 41,9 33,0
Activités financières 69 082 10,2 +1,5 45,7 6,0 25,4 68,6 24,6
Services aux entreprises 97 213 14,3 +12,7 43,8 15,6 21,1 63,3 54,9
Administration publique 108 063 15,9 +14,4 46,2 16,6 37,0 46,4 35,4
Éducation 49 959 7,3 +11,5 68,1 9,3 16,5 74,1 52,6
Santé et action sociale 63 781 9,4 +33,7 70,9 12,5 24,0 63,4 59,9
Services collectifs 41 630 6,1 +24,9 44,3 16,1 26,5 57,4 54,4
Divers 38 498 4,7 .. 50,5 8,9 17,9 73,2 61,3
Total 679 889 100,0 +8,2 45,5 17,5 29,5 53,0 47,3
Sources : SPF Économie – DGSIE (EFT), ONSS, Calculs Observatoire bruxellois de l’Emploi
Le chômage en Région bruxelloise : un défi
De nombreuses villes européennes sont confrontées à
une augmentation importante des disparités
économiques et sociales sur leur territoire :
aggravation du chômage, accroissement de la
pauvreté, confinement de groupes sociaux défavorisés
dans des zones de pauvreté…
Figure 7 : Évolution du taux de chômage en RBC, dans
la ZMB, en BE et dans l’UE-27
13 , 9
17 , 1
9,6
8,1 7,5
7,0 7,2
9,2
0
4
8
12
16
20
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007
RBC ZMB BE UE-27
Sources : Eurostat, EFT, calculs Observatoire bruxellois de l’Emploi
Remarque : Il s’agit du taux de chômage Eurostat, établi à partir de
l’Enquête sur les Forces de Travail fournissant des données sur le
chômage au sens BIT et permettant les comparaisons internationales
La Région bruxelloise n’y échappe pas. Entre 2000 et
2007, le nombre de chômeurs BIT a augmenté de
40%. En termes de taux de chômage BIT, la Région
bruxelloise est passée de 13,9% à 17,1%.
Les particularités socioéconomiques de la zone
métropolitaine bruxelloise plaident pour une analyse
circonstanciée du chômage. La comparaison brute
avec d’autres régions, si elle satisfait au cadre
institutionnel, n’en est pas moins d’une pertinence
limitée au vu des spécificités de la Région bruxelloise.
Le rôle institutionnel de Bruxelles, le caractère exigu
et extrêmement ouvert du marché de lemploi
bruxellois ainsi que l’attrait qu’exerce Bruxelles sur
les travailleurs a pour effet que les employeurs
recrutent fréquemment en dehors de ses frontières.
Un taux de chômage de 17,1% en Région bruxelloise,
mais de 9,6% pour la zone métropolitaine
En examinant le chômage dans lensemble de la zone
métropolitaine bruxelloise, on constate des écarts
importants entre Bruxelles et sa périprie. En 2007,
le chômage bruxellois frappe 17,1% de la population
active alors qu’en périphérie, le taux de chômage
s’élève à 4,3% (3,4% dans le Brabant flamand et
7,0% dans le Brabant wallon). Cette différence très
marquée indique une polarisation socio-spatiale
importante entre Bruxelles et sa périphérie. En outre,
cette ségrégation spatiale se retrouve également au
sein même de la Région bruxelloise (cf. encadré 5).
Le taux de chômage BIT pour laire métropolitaine
bruxelloise se situe donc à un niveau intermédiaire,
soit à 9,6% ou à deux points de la moyenne
nationale (7,5%).
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