
situation de périphérie et relégué au statut de
« réserve d’espace » par le modèle spatial
lié à la culture de l’arachide. La région de
Tambacounda n’a été que récemment reliée,
par des routes revêtues, à la capitale et au
Centre-Ouest du pays. La capitale, Tamba-
counda, située au centre de la région, à
450 km de Dakar, et la petite ville de Bakel,
à l’est, n’ont été rattachées au réseau routier
bitumé qu’à la fin du cinquième plan routier,
dans le courant des années 1980. La petite
ville de Kédougou, la plus éloignée de
Dakar au sud (700 km), ne le fut qu’en 1996,
et la localité de Kidira, principal poste fron-
tière entre le Sénégal et le Mali, qu’en 1999.
La fonction de bagne, longtemps assignée à
la ville de Kédougou où ont séjourné quel-
ques prisonniers d’opinion, comme l’ancien
Premier ministre Mamadou Dia, après sa
disgrâce de 1962, est révélatrice de la per-
ception politique de cet éloignement7.
Politiquement également très centralisé, le
Tchad ne présente pas une organisation de
l’espace analogue. La population se répartit
très inégalement entre la capitale N’Dja-
mena (10-15% du total national), une zone
sahélienne qui s’étend entre le 14eparallèle
et le Chari, et regroupe environ 40% de la
population avec des densités faibles de
moins de 10 habitants au km2, et le Tchad
méridional, qui concentre 40-45% de l’en-
semble sur 10% de la superficie nationale,
avec des densités nettement supérieures
(autour de 30 habitants/km2). Les immen-
sités sahariennes de l’extrême Nord sont
quasiment désertes. Lieu de redistribution
privilégié de l’aide internationale, N’Dja-
mena concentre une bonne part de l’activité
et de la richesse du pays. Le réseau urbain
méridional, longtemps largement indépen-
dant de N’Djamena et structuré autour des
deux villes moyennes de Moundou et Sarh
(130 000 et 85 000 habitants en 2003),
oppose un certain contrepoids au pôle n’d-
jamenois. Il n’en est pas moins apparu,
pendant longtemps, comme singulièrement
enclavé.
La principale ville du Sud du Tchad,
Moundou, n’est qu’à 880 km à vol d’oiseau
du port le plus proche, Douala, et à 460 km
de N’Djamena, la capitale nationale. Ces
distances, en elles-mêmes non négligeables,
ne disent rien des difficultés qui ont long-
temps caractérisé les relations de cet espace
avec l’extérieur. Elles s’interprètent à la
lumière des obstacles naturels (falaise de
l’Adamaoua, vers le Cameroun, plaine inon-
dable du Logone, au nord) et des quasi-
déserts forestiers du Cameroun et de
Centrafrique. Jusqu’à l’équipement de la
«voie camerounaise » dans les années 1980,
associant rail (Douala-Ngaoundéré) et route
(Ngaoundéré-Garoua-Maroua-N’Djamena,
avec une bretelle vers Léré), le sud du bas-
sin tchadien était caractérisé par une situa-
tion de concurrence originale dans le domai-
ne des transports, dont les parcours dou-
blaient aisément les distances à vol d’oiseau,
au moyen de maintes ruptures de charge
(voies d’eau, rail, pistes) [Sautter, 1959]. De
même, jusqu’en 2000, la crue annuelle du
Logone séparait durant quatre mois la zone
méridionale de N’Djamena et le Sahel tcha-
dien. Le récent bitumage de l’axe goudron-
né N’Djamena-Kélo (2001)-Moundou
(2004), puis la construction d’une route
goudronnée Moundou-Ngaoundéré (2003-
2005), présentent des améliorations notables
dans les relations extérieures du Sud tcha-
dien.
Néanmoins, l’acuité de l’enclavement
variait selon les échelles considérées : han-
dicapant fortement les relations lointaines,
le milieu offrait peu de résistance aux com-
munications au sein des savanes cotonnières
du sud du Tchad et de la République
Centrafricaine. Densité de peuplement et
ancienne exploitation cotonnière justifiaient
l’entretien d’un réseau de pistes à praticabi-
lité permanente.
L’éloignement des centres, la pauvreté des
infrastructures de communication, des
milieux contraignants ont contribué à singu-
lariser, au sein des territoires nationaux, des
régions aux caractéristiques bien différentes.
D’un côté, une région profondément rurale,
dominée et marginalisée ;de l’autre, la
région la plus urbaine du territoire, donnant
accès aux voies du désenclavement national.
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7À l’extrême sud du Tchad, la petite ville de Baïbo-
koum a une position comparable : enchâssée dans un
écrin montagneux d’une extrême périphérie du terri-
toire, sa prison accueillit des prisonniers politiques dont
le dauphin du régime de Tombalbaye, Antoine Bangui,
en 1965.
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