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en Asie) ou vont-ils en attendre passivement les
résultats, comme ils l’ont fait jusqu’à présent?
I. Les reLatIons du Japon avec L’asIe du
sud-est, étabLIes après La guerre, sont ancrées
sur des bases solides: la guerre froide les a
rapprochés.
1. Il a rétabli des relations diplomatiques
avec ces pays dès les années 1950
L’Indonésie et les Philippines ont pris part à la conférence
de San Francisco de 1952 qui abouti à la signature d’un
traité de paix, mais elles ne le ratieront pas : c’est par
des accords bilatéraux que le Japon rétablit ses relations
diplomatiques avec ces pays. La Birmanie, invitée à la
conférence, n’y prend pas part. La normalisation des
relations avec les pays d’Asie du Sud-est intervient avec le
gouvernement de Hatoyama Ichirô au milieu des années
1950 et marquera, après le versement des réparations de
guerre, le début de liens économiques étroits.
Des accords sont ainsi signés avec la Birmanie (1954), les
Philippines (1956), l’Indonésie (1956), le Vietnam Sud, puis
Nord (1973), le Cambodge (1953) et le Laos (1955). Ces
accords n’octroient pas d’indemnités de guerre, mais des
aides économiques, sous la forme de dons, de prêts, de
contrats ou de livraison de matériels.
S’il ne rétablit ses relations avec le Vietnam qu’en 1973,
il applique à ces relations un principe de séparation
des questions économiques et politiques (seikeibunri) :
le Japon ne prétendra pas donner de leçons de
démocratie à ces pays qui entendent tirer prot de la
politique d’aide au développement et d’investissement
du Japon en Asie. Il est vrai aussi que le contexte de
guerre froide laissait de côté ce volet politique et que d’une
certaine façon, le Japon suivait la diplomatie américaine
sur ce terrain.
En 1977, la doctrine Fukuda (Takeo), en 1977, souligne,
d’une part, l’engagement paciste du Japon, d’autre part, sa
volonté d’établir avec ses voisins des relations de conance
et de contribuer à la stabilité de la région en favorisant les
échanges avec les pays de la péninsule indochinoise. En
1993, la doctrine Miyazawa (Kiichi) souhaite que le Japon
contribue à libéraliser et à démocratiser la région et prône
le dialogue avec le bloc communiste.
2. La Guerre froide les a rapprochés
La Guerre froide a rapproché le Japon des pays de l’Asean
qui étaient neutralistes (Malaisie, Indonésie) ou proches
des États-Unis (Philippines, Thaïlande).
Même si le passé de la Seconde Guerre mondiale
est moins évoqué en Asie du Sud-est qu’en Asie du
Nord-est, il n’est pas oublié: en mars 2007, lorsqu’Abe
Shinzô avait déclaré que le rôle de l’armée dans l’esclavage
sexuel des « femmes de réconfort » (qui auraient été
entre 80000 et 200000, notamment des Philippines, de
Malaisie et d’Indonésie) et la coercition exercée sur ces
femmes n’étaient pas avérés, ces pays avaient protesté.
Toutefois, ce passé ne fait pas l’objet d’une
instrumentalisation comme en Corée ou en Chine où il est
une composante du nationalisme. Le Japon a remplacé
dans ces pays d’autres colonisateurs qu’il a contribué
à chasser. Ce faisant, il a encouragé l’émergence des
nationalistes locaux (Sukarno par exemple). En outre,
après le départ des Japonais, ces pays ont souvent
connu des conits (indépendance de Singapour, conit
Indonésie-Malaisie de 1965; guerre du Vietnam; Khmers
rouges au Cambodge) qui ont pu estomper le souvenir de
la Seconde Guerre. Plus récemment, la religion a pu servir
de lien national (Indonésie), et les gouvernements n’ont
pas éprouvé le besoin de nourrir l’anti-japonisme de des
populations.
Surtout, la reconversion japonaise a été admise par les
dirigeants de ces pays qui voyaient avantage à attirer les
investisseurs japonais. De fait, la contribution du Japon à
l’essor régional y est reconnue (elle ne l’est toujours pas
en Chine et pas volontiers en Corée du Sud) : « géant
économique et nain politique », la formule convenait
parfaitement à l’Asie du Sud-est. Elle ne sera pas aussi
performante dans le contexte actuel.
La n de la Guerre froide a encore rapproché le Japon
de ces pays : leurs relations économiques sont restées
importantes malgré l’attraction exercée par l’économie
chinoise. Le Japon s’est impliqué dans la construction
régionale, notamment par le biais de l’Asean+3, et dans la
résolution des conits régionaux.
Les relations Asean-Japon subissent toutefois le
contrecoup de la croissance chinoise: une partie des ux
a été divertie vers la Chine et le Japon peine à prendre
l’initiative dans le domaine commercial. La partie semble
déjà perdue entre un Japon, qui même encore riche et
puissant, est confronté au déclin et au vieillissement
de sa population et un marché chinois de plus d’un
milliard de consommateurs : il est frappant de
constater qu’à présent, les États d’Asie du Sud-est ne
raisonnent pas à un horizon à dix ans mais à cinquante
ans. On revient au temps long chinois.
Sur un plan politique et stratégique cependant, la poussée
régionale de la Chine en mer de Chine méridionale apparaît
nalement favorable au Japon qui, de plus en plus, fait
ofce de contrepoids, de relais de la puissance américaine
et de facteur de stabilité.
II. dans Le domaIne commercIaL, Les pays du
sud-est mesurent La contrIbutIon du Japon aux
dynamIques régIonaLes, maIs Le Japon peIne à
préserver le «doux leadership» qu’il exerçait.
1. La contribution du Japon au dynamisme
régional n’est pas oubliée.
Le Japon a servi de modèle de développement à ces pays. Il
a associé substitution des exportations aux importations et
montée en gamme progressive de sa production industrielle,
et s’est appuyé sur une proximité entre administration,
entreprises et parti politique dominant, le recours à la
sous-traitance, un État peu dépensier, l’importance
de l’épargne privée, une main d’œuvre abondante.