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Pour les intellectuels du XVIII e siècle européen, l'homme se caractérise par ses facultés
cognitives, dont il doit faire un usage critique à l'encontre des préjugés et des superstitions. Ils
sont donc les héritiers de Galilée, de Descartes
,
de Newton qui les premiers ont donné la
priorité à la raison et à l'expérience sur la Révélation divine et l'autorité religieuse. Ils en
viennent du même coup à critiquer la monarchie de droit divin.
On a donc pris l'habitude de désigner sous cette expression la philosophie de l'Europe
du XVIIIe siècle caractérisée par la confiance en la raison (au moyen de laquelle les hommes
peuvent, seuls, accéder à la connaissance), la critique des autorités traditionnelles (religieuses
et politiques), l'invitation à penser et à juger par soi-même, l'optimisme qui comprend le
mouvement de l'histoire comme le progrès parallèle du savoir, du bonheur et de la vertu.
Selon cette présentation habituelle, ces traits constituent un horizon de pensée partagé par les
principaux philosophes de cette époque, malgré leurs différences.
A noter que l'expression « philosophie des Lumières » n'est pas l'invention tardive d'historiens
des idées : ainsi
Kant
(1724-1804), dans son article de 1784, Qu'est-ce que les Lumières? C'est
le cas aussi de
Diderot
, qui note dans l'Addition aux Pensées philosophiques :
«Si je renonce à
ma raison, je n'ai plus de guide: il faut que j'adopte en aveugle un principe secondaire, et que
je suppose ce qui est en question. Egaré dans une forêt immense pendant la nuit, je n'ai
qu'une petite lumière pour me conduire. Survient un inconnu qui me dit: "Mon ami, souffle la
chandelle pour mieux trouver ton chemin." Cet inconnu est un théologien.»
La notion de «philosophie des Lumières», malgré l'usage généralisé qui en est fait, pose
toutefois problème : l'unité ainsi présumée des différentes philosophies du XVIIIe siècle est-
elle effective ? A-t-on réellement affaire à une convergence, à une unité ?
Le postulat unitaire impliqué dans cette notion risque de faire oublier la diversité, les
divergences et les conflits qui font de cette philosophie un «champ de bataille» (Kant). Dans
cet ordre d'idées, il faut se rappeler par exemple les critiques virulentes de Rousseau à l'égard
de l'optimisme de ses contemporains ou bien encore les lettres mordantes de Voltaire
adressées à ce même Rousseau.
Tâche déterminante des Lumières : la pensée de l'histoire. Que l'histoire ne soit plus
seulement un récit, ayant pour fonction d'immortaliser des grandes et belles actions, mais
qu'elle devienne, à part entière, une science, chargée comme la physique de dégager des lois,
tel est l'horizon de travail d'une époque qui découvre avec l'histoire un «nouveau continent».
C'est d'abord l'émergence de l'idée d'une histoire de la nature. Le concept semble acquis vers
le milieu du siècle, et l'Histoire naturelle de Buffon (qui date de 1759) s'efforce, de faire
l'inventaire des règnes de la nature (d'où l'importance des questions de classification) et de
leurs transformations.
Qu'en est-il alors de l'histoire des hommes? Les sociétés humaines sont-elles, comme la
nature, aussi soumises à des lois? Peut-on assigner une raison aux différentes transformations
qui affectent les sociétés humaines? La philosophie tend à devenir une philosophie de
l'histoire.