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Plateforme inter-associations en faveur des
territoires ruraux
Les territoires ruraux dans une définition large, c’est 80% du territoire et 60% de la population. Cette
définition de la ruralité inclut les villes moyennes et petites, des chefs lieux des départements ruraux qui
maillent les territoires ruraux et forment système entre eux et avec les campagnes.
Notre démarche a pour objet de représenter les espaces non métropolitains et de combattre ce sentiment
d’abandon, de relégation, de mépris lié au désengagement de l’État et à la concentration de la richesse
dont ils sont exclus.
Les travaux de Christophe GUILLUY, d'autres comme ceux d’Hervé LEBRAS font le même constat
que l'agence gouvernementale France Stratégie qui, dans sa note de juillet 2016, met en évidence un
accroissement des inégalités sociales et territoriales et certains décrochages territoriaux. Ces inégalités
fondent le sentiment d’abandon, de relégation et de discrédit de la parole politique à l'origine de
l'abstention et du vote extrême.
Jusqu'à présent, les mesures prises au bénéfice des territoires sont des mesures de court terme et, pour
l'essentiel, des mesures réparatrices ; il est temps que soient prises des mesures structurantes et
permanentes de long terme qui s'attaquent aux causes du sentiment de déclassement et pas seulement
aux conséquences.
En fait, nous avons besoin d'une vision sur la place des territoires ruraux dans la France de demain.
L'année 2017 doit permettre ce débat, sans démagogie, mais avec l'ambition qui redonne espoir,
confiance et fierté.
C'est pour cela que la parole politique à l'égard des territoires ruraux doit être beaucoup plus forte, en
rupture avec les demi-mesures qui ne font que lisser les inégalités et mettent très peu en avant les
potentiels largement sous-exploités : une parole qui doit être en rupture avec la pensée urbaine
dominante et avec la formation et la culture de nos élites.
Notre démarche est une démarche positive qui veut témoigner d’une réalité de territoires vivants qui
souhaitent trouver leur place dans les débats qui traitent des enjeux de la France.
Les territoires ruraux veulent monter ce qu’ils peuvent apporter à la France et en retour ils ont
besoin qu’on leur dise que la France a besoin d’eux !
Les territoires ruraux aujourd'hui et leurs potentiels pour la France
La France possède le plus vaste territoire rural d’Europe : 80% du territoire national est hors métropoles
et grandes villes, 60% de la population y réside ; il porte 55% des emplois.
Les territoires ruraux sont plus attractifs que les métropoles avec une inversion des flux migratoires
depuis 15 ans.
La réalité des territoires reste constitutive de la France dans la conception que nous avons de la
communauté nationale.
Enjeux démographiques et de logement et d’aménagement
Sur le plan géographique, la France dispose du plus bel espace rural en Europe tant par sa qualité que
par sa diversité. Avec la progression démographique de 10 millions d’habitants dans les 30 prochaines
années en France et les 10 millions de nos concitoyens qui expriment déjà leur désir de s’installer à la
campagne, le foncier disponible dans nos territoires est une chance et un atout pour l’avenir de notre
pays.
Les migrations se font désormais majoritairement en direction des territoires ruraux ; le désir d'une plus
grande qualité de vie est de plus en plus exprimé par les français. C'est un formidable enjeu qui suppose
une continuité d'équipement du territoire et de services.
La capacité d’accueil, les réseaux (eau, assainissement…), les équipements (écoles…) et les services
déjà présents en milieu rural et souvent non saturés offrent des réponses alternatives et peu coûteuses
aux phénomènes de concentration, de saturation et de pollution qui touchent les territoires urbains.
Pour le logement, le problème est d'abord qualitatif plutôt que quantitatif ; c'est donc bien la
réhabilitation ou la restructuration des logements qu'il faut fortement encourager, y compris et surtout
les logements privés anciens qui sont fréquemment des logements sociaux de fait. C'est en même temps
un formidable enjeu économique car le marché de la réhabilitation se chiffre pour les entreprises du
bâtiment à plusieurs dizaines de milliards d'euros ...et beaucoup d'emplois.
Il en est de même pour l’aménagement des centre-bourgs et des centres villes des villes petites et
moyennes villes qui nécessitent un programme national pluriannuel d’aménagement.
Développement économique et emploi (écodéveloppement, économie verte)
La croissance est en berne et la compétitivité de la France est faible : des régions entières sont frappées
par la désindustrialisation.
Les territoires ruraux ne peuvent pas être les territoires "servants" des espaces urbains. Ils ont des
capacités productives propres : ce sont les PME et TPE qui composent principalement leur tissu
économique qui sont les plus susceptibles de créer des emplois surtout avec les enjeux de la transition
numérique et de la transition énergétique et écologique qui sont devant nous.
La diversité de l’économie des territoires ruraux est réelle : économie présentielle, économie numérique,
économie technologique, économie du tourisme de la culture et du patrimoine…
La contribution économique de la ruralité au développement du pays peut aussi être illustrée par la
proportion d'emplois productifs plus importante que celle d’autres territoires (29% contre 15% en
moyenne nationale et 12% dans les métropoles). A cet égard, les territoires ruraux qui ont un passé et un
présent industriel revendiquent un avenir industriel.
De plus, ces territoires recèlent un formidable potentiel de création d'activités et de services y compris
de start-up ou d'activités innovantes ; le numérique est de ce point de vue fondamental, le télétravail un
des moyens.
Il y a lieu également de noter la présence d’une main-d'œuvre disponible qui peut facilement être formée
et adaptée aux activités à créer ou à développer.
Les territoires ruraux ne peuvent pas non plus n’être que des espaces récréatifs, même si leurs potentiels
touristiques, culturels et patrimoniales sont très importants économiquement.
Sécurité : les territoires ruraux sont une réponse à la vulnérabilité de nos sociétés
Il s’agit d’un sujet de plus en plus prégnant. La faible densité des espaces ruraux rend ces territoires
moins fragiles donc plus sûrs pour leurs habitants ou leurs entreprises.
Réchauffement climatique et pollution
En période de canicule, entre un espace rural et la ville, l’écart de température peut être de plus de 10°C ;
des températures amplifiées dans les villes par les îlots de chaleur urbains.
Dans un espace rural, les sols, la végétation et les surfaces aquatiques vont restituer l’eau qu’ils
contiennent par évaporation. Ce faisant, ces éléments rafraîchissent l’atmosphère. D’où l’énorme
contraste qu’on peut observer entre l’espace urbain et rural.
Participation, citoyenneté et démocratie
D’une manière générale, les territoires ruraux font preuve de créativité et d’innovation dans de nombreux
domaines notamment économiques, sociaux et culturels et peuvent servir d’inspiration à de nouvelles
modalités d’actions au sein de la société française. Ils sont prêts à expérimenter de nouveaux dispositifs
en matière économique et à devenir des laboratoires de la démocratie locale.
La Ruralité n’est pas un problème pour la France, c’est une solution !
Les politiques publiques attendues
Les politiques structurelles descendantes relevant de la responsabilité républicaine
La mondialisation, l’Europe, et l’idéologie du tout libéral pénalisent les territoires à plus faible densité
de population en plus de la dérégulation des services publics.
La cohésion sociale et territoriale de la République suppose d'offrir une égalité des chances à tous les
territoires, y compris aux territoires infra régionaux qui ne verront pas leurs difficultés réglées ou leur
potentiel exploité par la seule fusion des régions ou par la clarification des compétences entre les
collectivités.
Avec la pensée métropolitaine dominante, l’aménagement du territoire se résume trop à la massification
et à la concentration
On doit avoir une politique nationale d'équipement du territoire et de solidarité fondée sur la
différenciation afin de corriger ou de compenser les carences ou effets négatifs des seules logiques de
marché.
Il s’agit désormais de prendre au sérieux la ruralité et de lui donner les mêmes chances que les autres
territoires. L'interterritorialité doit être désormais conceptualisée et approfondie. Les métropoles ne sont
pas intrinsèquement rayonnantes, c’est la raison pour laquelle les politiques favorisant l’interdépendance
des territoires sont indispensables. Il y aura lieu d’évaluer la mise en œuvre des contrats de réciprocité
récemment proposés. Un des enjeux à venir est d’imaginer un rapport renouvelé entre le rural et l’urbain
et passer de l’approche d’un aménagement du territoire concentrique à un aménagement réticulaire (en
réseau).
Il faut enrichir les politiques publiques structurelles qui, jusqu’à présent, sont des politiques de la densité
par des politiques fondées sur la sous-densité.
Enfin, pour la plupart des dispositifs nationaux, il y a lieu de favoriser la différenciation territoriale plus
que la loi uniforme et permettre les adaptations normatives.
Les politiques structurelles ascendantes favorisant la participation citoyenne
Il s’agit de favoriser l’émergence de projets territoriaux. La question de l'ingénierie territoriale est alors
fondamentale. C’est le moyen de pouvoir bâtir des projets de territoire structurants, pluridisciplinaires
et pluriannuels. La qualité, la pertinence et la pérennité de ces projets nécessitent une ingénierie
territoriale de qualité qui doit être organisée. A cet égard, on ne peut nourrir que la plus grande crainte
sur les moyens affectés à l’ingénierie avec les premières décisions de certaines régions fusionnées.
Pour les projets territoriaux, la participation des citoyens est indispensable tant dans l’élaboration que
dans la mise en œuvre de ces projets. Elle repose sur une gouvernance partagée entre élus et forces vives
des territoires. Elle nécessite également une gouvernance partagée entre les différents niveaux
institutionnels territoriaux.
Les besoins de services en milieu rural
Ce sont les mêmes qu’en milieu urbain ou spécifiques, tels que l’enfance, mobilité, santé …. En
revanche, les modalités de mise en œuvre sont parfois adaptées à la situation ou à l’Histoire locale :
certains relèvent des pouvoirs publics d’autres d’actions associatives qu’il y a lieu de soutenir…
S’agissant du financement de ces activités, la baisse des financements publics sur le fonctionnement plus
que de l'investissement soulève de réelles craintes alors que nous sommes dans une époque où l’on a
plus besoin de liens que d'équipements.
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Les trois derniers comités interministériels d’aménagement et de développement du territoire ont adopté
des mesures spécifiques très utiles pour le rural mais insuffisantes. En effet, des mesures éparses ne font
pas système.
Il est impératif d’avoir une volonté politique nationale affirmée en faveur des territoires nonmétropolitains. Nous demandons l’élaboration et l’adoption d’une loi d’orientation et de programmation
pour un aménagement du territoire équilibré et une plus grande cohésion sociale nationale. Elle
constituerait un geste politique fort à l’instar des lois sur la politique de la ville et comporterait des outils
spécifiques et des moyens sur une période d’au moins 10 ans.
Cela constituerait une réelle reconnaissance du fait rural, trop longtemps occulté par l’émergence ou la
prégnance du fait métropolitain. Elle pourrait constituer le déclencheur d’une véritable révolution
mentale.
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