
1. Contexte
1.1. L’alternance politique de 2012: grands espoirs de changement
La deuxième alternance politique dans l’histoire du pays est porteuse de grands espoirs de changement
auprès des populations. Elle s’est produite suite à une mobilisation citoyenne importante et diversifiée
contre une réforme constitutionnelle visant à biaiser les règles démocratiques du pouvoir au Sénégal. Le
vote de l’électeur de 2012 reflète une volonté de changer les modes de gouvernance du pays et une
demande d'un développement plus équitable au bénéfice de toute la population.
Ce rejet massif du système de gouvernance du passé s’explique par le bilan plutôt sobre du Sénégal en
matière de développement. En s’appuyant sur une diversité ethnique et culturelle assumée, le pays peut
se vanter d’avoir su construire et maintenir une culture démocratique lui permettant de demeurer un pôle
de stabilité dans une région secouée par les conflits. Mais le pays n’a pas connu un succès comparable
dans le domaine économique et social. Ayant hérité de la puissance coloniale d'une infrastructure
relativement étoffée, les gouvernements successifs n’ont pas réussi à mettre le pays sur une trajectoire
développementale durable. Aujourd’hui le Sénégal fait partie des pays les moins avancés. L’économie ne
s’est pas suffisamment diversifiée. Plusieurs secteurs clés n’ont pas été soutenus par des politiques
publiques complètement pertinentes et mises en œuvre de façon cohérente dans la durée. L'efficacité de
la dépense publique demeure un défi. La croissance est insuffisante pour faire reculer la pauvreté et
consolider la situation budgétaire du pays. Il en découle que le Sénégal occupe la 155ième place (sur 187
pays) dans l’indice sur le développement humain. Presque 50% de la population vit sous le seuil de
pauvreté. Les inégalités s’aggravent, tout comme le fossé entre le monde urbain et rural. A cela s’ajoutent
la vulnérabilité du pays aux chocs exogènes/climatiques et la porosité des frontières qui amène des
menaces transnationales à la sécurité. Au Sénégal le cercle vertueux entre démocratie, gouvernance
et développement n'est pas encore matérialisé. Ce constat est également partagé par les grandes
consultations citoyennes conduites dans le cadre des Assises Nationales de 2008-2009
.
Dès son avènement au pouvoir, la nouvelle équipe dirigeante a voulu porter clairement cet espoir de
changement. Elle a donné des signaux forts en termes d’amélioration de la gestion des affaires
publiques, comme la diminution de la taille du gouvernement, l'amorce de la réduction du nombre
d’agences, la réalisation d’audits des organismes publics, l'adoption d'une loi créant un Office national Anti-
Corruption (OFNAC), l’activation de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (et la préparation de
son évolution vers une Cour de répression du crime économique et financier), ainsi que l’adoption de la loi
transposant le Code de transparence des finances publiques de l'UEMOA et de la loi portant réforme de la
Cour des Comptes. Les dispositions prises par le gouvernement pour la campagne arachidière et pour la
relance de la production agricole, les discussions en cours sur les prix de denrées de base, et les
annonces faites pour une renégociation et transparence des contrats miniers sont autant de signaux
donnés par les autorités de leur souci de plus grande justice sociale.
Si ces différentes initiatives ont été bien accueillies, tous les observateurs s’accordent à dire que « le plus
dur reste à faire ». Des étapes ont été franchies mais de nombreuses autres réformes de nature
structurelle sont nécessaires pour répondre aux multiples défis de développement et pour désamorcer des
« bombes à retardement » tels que le désespoir des jeunes face au chômage et le manque de
perspectives, la détérioration généralisée du pouvoir d’achat ou l’accroissement des inégalités – toutes
sources de frustration et de conflits potentiels.
Confrontés au durcissement de la vie quotidienne, les citoyens sénégalais augmentent constamment la
pression sur le gouvernement pour passer du discours à l’acte et accélérer la mise en œuvre de
réformes pour qu'elles se traduisent en bénéfices directs pour les populations.