Correspondances en Onco-Hématologie - Vol. VII - n° 2 - avril-mai-juin 2012
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raconté à Juliette - M.C. Béné, G. Cartron
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Lymphomes - S. Le Gouill
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de l’enfant - T. Leblanc
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la rechute d’une hĂ©mopathie maligne : comment
en amĂ©liorer l’eïŹƒcacitĂ© ? - C. Alanio, J.L.Cohen, S. Maur y
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aux manifestations auto-immunes - T. Braun, O. Fain, L. AdĂšs
‱ Cellules NK et hĂ©mopathies malignes - N. Vey, D. Blaise

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Injection de lymphocytes du donneur
pour la rechute d’une hĂ©mopathie
maligne : comment en améliorer
l’efficacitĂ© ?
Searching to improve the antitumoral eïŹ€ect of donor lymphocyte infusions
C. Alanio*, J.L. Cohen**, S. Maury***
*Centre d’immunologie
humaine, département
d’immunologie, Institut
Pasteur, Paris.
**CIC biothérapie, hÎpital
Henri-Mondor, Créteil.
***Service d'hématologie
clinique, hĂŽpital Henri-
Mondor, Créteil.
RÉSUMÉ
Summary
»
Les injections de lymphocytes du donneur (ILD) sont
classiquement utilisées dans le traitement des rechutes
aprĂšs allogreïŹ€e de cellules souches hĂ©matopoĂŻĂ©tiques, mais
leur eïŹƒcacitĂ© reste incomplĂšte. AïŹn d’augmenter leur eïŹ€et
antitumoral (Graft versus Tumor [GvT]), plusieurs tentatives de
stimulation des lymphocytes du donneur ex vivo, ou in vivo aprĂšs
leur réinjection, ont été développées. Bien que ces expériences
aient apportĂ© des rĂ©sultats encourageants, elles n’ont pas Ă©tĂ©
adoptées en pratique courante. Récemment, nous avons testé
la possibilité de dépléter les lymphocytes T régulateurs des ILD
avec l’idĂ©e de stimuler ainsi la prolifĂ©ration des lymphocytes
allorĂ©actifs. Chez des patients en rechute aprĂšs allogreïŹ€e et sans
antĂ©cĂ©dent de maladie du greïŹ€on contre l’hĂŽte, cette approche
permet d’induire des manifestations d’allorĂ©activitĂ© incluant un
eïŹ€et GvT. Elle ouvre des perspectives pour l’optimisation des ILD
en pratique courante.
Mots-clĂ©s : Allogreffe de cellules souches hĂ©matopoĂŻĂ©tiques –
Injection de lymphocytes du donneur – EïŹ€et greïŹ€on contre tumeur –
Lymphocytes T régulateurs.
Although routinely used for relapse after allogeneic
hematopoietic stem cell transplantation (HSCT), donor
lymphocyte infusion (DLI) is often not successful in
controlling malignancy. Previous attempts to increase
response rates, using ex vivo or in vivo activated T-cells, have
provided encouraging preliminary results. However, these
strategies have not been incorporated into a wide clinical
use. Regulatory T-cells (Tregs) may reduce alloreactivity, the
major component of the graft versus tumor (GvT) eïŹ€ect. We
recently tested the possibility to deplete Tregs from DLI in
order to improve alloreactivity and likewise the GvT eïŹ€ect of
donor T-cells. In patients relapsing after HSCT and who did
not experience graft-versus-host disease before, this approach
permits to induce alloreactivity manifestations including a
GvT eïŹ€ect. It oïŹ€ers a rational for DLI optimization in a wide
clinical use.
Keywords: Allogeneic hematopoietic stem cell transplan-
tation – Donor lymphocyte infusion – Graft versus tumor
eïŹ€ect – Regulatory T-cells.
L’
efficacité de la greffe de cellules souches
hématopoïétiques (CSH) allogéniques pour le
traitement des hémopathies malignes repose
à la fois sur la myéloablation induite par le conditionne-
ment et sur le transfert, au sein du greïŹ€on, de cellules
immunocompĂ©tentes du donneur exerçant un eïŹ€et
antitumoral (1). Cet eïŹ€et Graft versus Tumor (GvT) a Ă©tĂ©
suggéré initialement en comparant les taux de rechute
entre des patients recevant un greïŹ€on non manipulĂ©
et ceux recevant un greïŹ€on dĂ©plĂ©tĂ© en lymphocytes T
(2, 3). Il a ensuite été prouvé cliniquement dans le cadre
des rechutes de patients atteints d’une leucĂ©mie myĂ©-
loĂŻde chronique (LMC) aprĂšs greïŹ€e, oĂč l’injection de
lymphocytes du donneur (ILD, ou DLI en anglais, pour
Donor Lymphocytes Infusion) pouvait induire une nou-
velle rémission sans nécessiter de chimiothérapie com-
plémentaire (4).
Les ILD sont aujourd’hui utilisĂ©es dans presque toutes
les pathologies malignes concernées par la transplan-
tation médullaire, et notamment dans le cadre des
rechutes (5). On distingue les ILD thérapeutiques, majo-
ritaires, administrées aux patients en rechute de leur
maladie ou chez qui le chimérisme du donneur (aprÚs
conditionnement d’intensitĂ© rĂ©duite) reste incomplet, et
les ILD prĂ©ventives, d’application plus restreinte, admi-
nistrĂ©es de façon programmĂ©e Ă  des intervalles dĂ©ïŹnis
Correspondances en Onco-Hématologie - Vol. VII - n° 2 - avril-mai-juin 2012
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Immunologie
et onco-hématologie
dossier thématique
aprĂšs la transplantation, le plus souvent dans le cadre
d’un greïŹ€on initialement dĂ©plĂ©tĂ© en lymphocytes T.
Les facteurs prédictifs de la réponse aprÚs ILD sont le
nombre de lymphocytes T CD3+/kg injectĂ©s (> 10 × 106)
et la survenue d’une GvH post-ILD (6, 7). La GvH, dans
sa forme aiguë ou chronique, représente à la fois la
principale complication, parfois létale, rencontrée
aprĂšs ILD, et l’un des principaux facteurs signiïŹcati-
vement associĂ©s Ă  un eïŹ€et bĂ©nĂ©ïŹque sur la maladie
hĂ©matologique. Cette dualitĂ© rend diïŹƒcile la mise au
point de stratĂ©gies visant Ă  diminuer l’incidence de
la GvH aprùs ILD. Aujourd’hui, la principale approche
utilisée pour limiter ce risque consiste à injecter des
doses successives et progressivement croissantes de
lymphocytes du donneur, Ă  des intervalles variables,
selon l’évolution clinique (8). L’idĂ©e sous-jacente Ă  cette
utilisation est que l’incidence de la GvH augmente
avec la dose de lymphocytes injectĂ©s et que l’on peut
ainsi atteindre un juste Ă©quilibre entre la GvH et l’eïŹ€et
GvT désiré. Les résultats obtenus avec cette approche,
bien que les schémas varient selon les études, sont
encourageants.
Chez des patients en rechute aprĂšs allogreïŹ€e, pour
lesquels il y a peu d’alternatives et dont le pronostic
est sĂ©vĂšre, l’ILD constitue une option thĂ©rapeutique
acceptable, mĂȘme si son eïŹƒcacitĂ© reste actuellement
trÚs relative dans la plupart des pathologies considérées.
En eïŹ€et, dans une sĂ©rie rĂ©trospective de 140 patients
traitĂ©s par ILD, les taux d’obtention d’une rĂ©mission
complĂšte Ă©taient de 60 % pour la LMC (n = 55, toutes
formes de la maladie confondues), mais de seulement
15 % pour la leucémie aiguë myéloïde (LAM) [n = 39]
et de 18 % pour la leucémie aiguë lymphoblastique
(LAL) [n = 11] (9). Dans ce cadre, de nombreux eïŹ€orts
de recherche visent actuellement Ă  amĂ©liorer l’eïŹƒcacitĂ©
antitumorale de l’ILD sans pour autant augmenter la
mortalité. Ils sont présentés ci-aprÚs.
Stimulation des lymphocytes T du donneur
Une premiĂšre approche consiste Ă  stimuler les lympho-
cytes T du donneur avant de les injecter Ă  des patients
ne rĂ©pondant pas Ă  une ILD standard. L’activation des
cellules peut se faire soit in vitro avant l’injection, soit
in vitro et in vivo aprùs l’injection, par de l’IL-2 recom-
binante humaine (10, 11). Plus rĂ©cemment, l’activation
des lymphocytes s’est faite in vitro par costimulation
par des billes anti-CD3 et anti-CD28 (12). Bien que ces
essais aient apporté des résultats encourageants, les
techniques qui s’y rattachent n’ont pas Ă©tĂ© adoptĂ©es
en pratique clinique courante.
Combiner chimiothérapie et ILD
Une deuxiùme approche consiste à combiner l’adminis-
tration d’une chimiothĂ©rapie Ă  l’ILD aïŹn d’en intensiïŹer
l’eïŹ€et. Cette approche repose sur 2 concepts :
✓
l’un suppose que l’eïŹ€et antileucĂ©mique sur des cel-
lules tumorales en faible quantité aura plus de chances
de succĂšs ;
✓
l’autre se fonde sur une activation plus forte (et donc
un eïŹ€et GvT plus important) provoquĂ©e par les lympho-
cytes T du donneur dans un contexte lymphopénique
induit par la chimiothérapie. Dans le seul essai clinique
publié, utilisant de fortes doses de lymphocytes T, la
survenue de GvH gravissimes, souvent mortelles dans
le bras chimiothĂ©rapie, a conduit Ă  l’interruption prĂ©-
maturĂ©e de l’étude (13).
Améliorer la présentation des antigÚnes
tumoraux
Une troisiÚme approche vise à améliorer la présentation
des antigĂšnes tumoraux aïŹn de rendre les patients plus
sensibles Ă  l’eïŹ€et GvL. Elle repose notamment sur des
données obtenues in vitro sur des cellules de leucémie
myĂ©loĂŻde, qui peuvent ĂȘtre diïŹ€Ă©renciĂ©es en cellules
dendritiques (DC) Ă  l’aide de cytokines telles que l’IFNα
ou le GM-CSF (14, 15). Cette méthode est en cours de
perfectionnement.
Manipulation ex vivo d’une sous-population
des lymphocytes du donneur
L’approche que nous prĂ©sentons ici repose sur la mani-
pulation ex vivo, avant l’injection, d’une sous-population
des lymphocytes du donneur, Ă  savoir les lymphocytes T
CD4+CD25+Foxp3 immunorégulateurs (T-régulateurs).
Présentation des lymphocytes T régulateurs
L’ensemble des mĂ©canismes empĂȘchant une activation
pathologique du systĂšme immunitaire contre les tissus
(le “soi”) tout en prĂ©servant les rĂ©ponses dirigĂ©es contre
les agents exogĂšnes (le “non-soi”) est appelĂ© “tolĂ©rance
immunitaire”. Celle-ci a 2 composantes :
✓
la tolĂ©rance centrale, qui agit au lieu mĂȘme de gĂ©nĂ©-
ration des lymphocytes ;
✓
la tolérance périphérique, qui contrÎle les lympho-
cytes matures une fois ceux-ci libérés dans la circulation.
Les lymphocytes T régulateurs (Treg) sont des cellules
immunitaires qui jouent un rĂŽle primordial dans la
tolérance périphérique et la régulation du systÚme
Correspondances en Onco-Hématologie - Vol. VII - n° 2 - avril-mai-juin 2012
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Injection de lymphocytes du donneur pour la rechute d’une hĂ©mopathie maligne :
comment en amĂ©liorer l’eïŹƒcacitĂ© ?
immunitaire aïŹn de conserver l’homĂ©ostasie lymphocy-
taire. Ils maintiennent la tolérance au soi et préviennent
l’auto-immunitĂ©. Ils modĂšrent l’inïŹ‚ammation induite par
les pathogĂšnes et autres agressions environnementales
telles que les allergĂšnes, et participent Ă  l’établissement
et au maintien d’une ïŹ‚ore microbiotique au niveau
intestinal. Cette population a Ă©tĂ© initialement identiïŹĂ©e
chez la souris (16). Elle y représente environ 5 % des
T CD4+ et se caractérise par une expression forte et
constitutive du marqueur CD25 (chaßne α du récepteur
Ă  l’IL-2) ainsi que par des fonctions immunorĂ©gulatrices
observables in vitro et in vivo.
La complexité des travaux portant sur les Treg chez
l’homme vient en partie de la diïŹƒcultĂ© Ă  identiïŹer prĂ©-
cisĂ©ment cette population. En eïŹ€et, les Treg expriment
de façon forte et constitutive le marqueur CD25, mais
celui-ci n’est pas spĂ©ciïŹque, car il est Ă©galement sur-
exprimĂ© par les T eïŹ€ecteurs activĂ©s (TeïŹ€). En moyenne,
on retrouve dans le sang humain plus de 30 % de
T CD4+CD25+, dont seuls 2 Ă  4 % ont une expression
forte de CD25 et peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des
Treg. La diïŹƒcultĂ© est donc de bien dĂ©ïŹnir la limite entre
les CD25 forts (Treg) et les CD25 intermĂ©diaires (TeïŹ€),
et que celle-ci soit reproductible entre diïŹ€Ă©rents labo-
ratoires, diïŹ€Ă©rents patients et diïŹ€Ă©rents examinateurs.
D’autres marqueurs fortement surexprimĂ©s par les Treg
ont Ă©tĂ© identiïŹĂ©s et aident Ă  leur identiïŹcation. Le prin-
cipal est le facteur nucléaire de transcription Foxp3
(Forkhead box P3), dont la surexpression est primordiale
pour l’acquisition de fonctions rĂ©gulatrices par ces cel-
lules. Une dĂ©ïŹcience en Foxp3 entraĂźne un syndrome
lymphoprolifĂ©ratif avec des manifestations d’auto-
immunité qui touchent de multiples organes, que ce
soit chez la souris (mutant scurfy) ou chez l’homme (syn-
drome Immunodysregulation Polyendocrinopathy and
Enteropathy, X-linked [IPEX]). On peut citer Ă©galement le
GITR et le CTLA-4 intracellulaire, et l’absence ou la faible
expression membranaire du rĂ©cepteur Ă  l’IL-7, CD127.
Cependant, tout comme CD25, aucun n’est totalement
spĂ©ciïŹque des Treg, un pourcentage signiïŹcatif de TeïŹ€
activĂ©s ayant un proïŹl immunophĂ©notypique semblable
sans pour autant avoir de propriétés régulatrices.
Les Treg Foxp3+ expriment un rĂ©cepteur T Ă  l’antigĂšne
Ă  leur surface, qu’ils utilisent pour reconnaĂźtre spĂ©ci-
fiquement leur antigÚne cible ; ils ont un répertoire
qualitativement distinct des T conventionnels. Leurs
mĂ©canismes d’action sont nombreux et souvent mul-
tiples : inhibition de la prolifération des Teff, inhibi-
tion de la sécrétion de cytokines pro-inflammatoires,
inhibition de la maturation des DC, inhibition de la
prise de contact des Teff avec les DC, production de
cytokines Ă  action anti-inflammatoire (TGFÎČ, IL-10,
AMPc), ou encore conversion des DC en cellules
tolérogÚnes.
Treg et alloréactivité
L’allo-immunitĂ© correspond Ă  la reconnaissance d’anti-
gÚnes étrangers codés par le systÚme du complexe
majeur d’histocompatibilitĂ© (CMH), et par diïŹ€Ă©rents
loci d’antigĂšnes mineurs d’histocompatibilitĂ©. Elle
implique Ă  la fois l’immunitĂ© innĂ©e et l’immunitĂ©
acquise. Cette derniĂšre joue un rĂŽle primordial via les
lymphocytes T CD4+
et/ou CD8+, dits allogéniques,
qui peuvent directement reconnaßtre des molécules
étrangÚres du CMH et leurs peptides associés présentés
par des cellules prĂ©sentatrices d’antigĂšne allogĂ©niques,
ou indirectement reconnaĂźtre des peptides Ă©trangers
prĂ©sentĂ©s par des cellules prĂ©sentatrices d’antigĂšne
syngéniques.
Les Treg naturels ont un rĂŽle physiologique dans la
régulation de la tolérance aux alloantigÚnes paternels
durant la gestation, ainsi qu’aux allergùnes de l’envi-
ronnement (17). Ainsi, chez la souris, l’élimination des
Treg par un anticorps anti-CD25 entraĂźne la perte des
fƓtus en cours de gestation lorsque les 2 gĂ©niteurs sont
de fonds gĂ©nĂ©tiques diïŹ€Ă©rents. En greïŹ€e d’organe, une
sĂ©rie d’études prĂ©cliniques chez la souris a montrĂ© que
les Treg du receveur Ă©taient critiques pour l’induction
de tolĂ©rance et la prise de greïŹ€e au long cours (18).
En transplantation hématopoïétique, plusieurs études
ont analysĂ© le compartiment de Treg au sein du greïŹ€on
et/ou dans le sang du receveur, aïŹn de corrĂ©ler ces
donnĂ©es Ă  l’incidence de la GvH aiguĂ« ou chronique
(19). On pense aujourd’hui qu’il existe une corrĂ©lation
inverse entre le nombre absolu de Treg du greïŹ€on −
ou plutĂŽt le ratio entre Treg et T conventionnels au
sein du greïŹ€on − et la survenue d’une GvH aiguĂ« (20).
Concernant le nombre de Treg dans le sang des patients
greïŹ€Ă©s, les rĂ©sultats des diïŹ€Ă©rentes Ă©tudes sont glo-
balement discordants. La localisation semble ĂȘtre un
Ă©lĂ©ment important Ă  prendre en considĂ©ration : en eïŹ€et,
les patients greïŹ€Ă©s prĂ©sentant de forts taux de Treg
dans la muqueuse intestinale ont un risque diminué
de GvH aiguĂ« ou chronique. Chez l’animal, dans un
modĂšle murin de greïŹ€e de CSH, la dĂ©plĂ©tion en CD25
chez le donneur accélÚre la GvH, alors que leur injection
prévient ou améliore la GvH aiguë ou chronique et
accélÚre la reconstitution immunitaire (21).
EnïŹn, en pathologie tumorale, les Treg chargĂ©s physio-
logiquement d’induire une tolĂ©rance vis-Ă -vis des anti-
gĂšnes du soi ont un eïŹ€et dĂ©lĂ©tĂšre en induisant une
puissante immunosuppression vis-Ă -vis des antigĂšnes
tumoraux, qui sont justement souvent des antigĂšnes du
soi. Ils représentent en pratique clinique un important
Correspondances en Onco-Hématologie - Vol. VII - n° 2 - avril-mai-juin 2012
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Immunologie
et onco-hématologie
dossier thématique
mĂ©canisme d’échappement tumoral, et un obstacle
important au succĂšs de l’immunothĂ©rapie en patho-
logie tumorale (22). Ces cellules sont donc la cible de
nombreux essais cliniques visant à réduire leur nombre
et/ou leurs fonctions au sein du microenvironnement
tumoral, et donc Ă  augmenter l’immunitĂ© naturelle
anticancéreuse.
La dĂ©plĂ©tion en Treg accentue l’eïŹ€et GvH/GvT
aprĂšs ILD
Depuis que l’on a dĂ©couvert que les Treg participent Ă  la
suppression des réponses antitumorales, la possibilité
d’inhiber leur fonction est devenue un atout pour le
dĂ©veloppement d’immunothĂ©rapies anticancĂ©reuses
eïŹƒcaces (23). Dans le cadre de l’ILD, amĂ©liorer l’eïŹƒca-
citĂ© thĂ©rapeutique reste un dĂ©ïŹ important pour des
patients ayant souvent peu d’alternatives. Nous avons
ainsi cherchĂ© Ă  optimiser l’eïŹ€et antitumoral aprĂšs ILD
par déplétion des lymphocytes T régulateurs CD25+
contenus dans la lymphaphĂ©rĂšse (ïŹgure 1). Cet essai
clinique s’adressait Ă  des patients rĂ©fractaires Ă  une ou
plusieurs ILD ; ils devaient Ă©galement n’avoir jamais
présenté de manifestations de GvH par le passé, ni aprÚs
la greïŹ€e, ni aprĂšs une ou plusieurs ILD antĂ©rieures. Chez
ces sujets, que l’on pourrait qualiïŹer de rĂ©fractaires Ă 
l’allorĂ©activitĂ©, l’objectif Ă©tait de dĂ©clencher pour la
premiĂšre fois depuis la greïŹ€e des stigmates cliniques
d’allorĂ©activitĂ© (GvH et/ou GvT) grĂące Ă  une ILD dĂ©plĂ©-
tée en Treg (d-ILD).
GrĂące Ă  la collaboration de 5 centres français de greïŹ€e,
17 patients ont été inclus dans cet essai (24). Une dose
moyenne de 4,3 × 107 CD3+/kg (range: 1-10) a Ă©tĂ©
injectée aux receveurs sans aucune toxicité aiguë. Sur
les 17 patients, 2 ont développé une GvH aprÚs d-ILD
alors qu’ils n’en avaient jamais prĂ©sentĂ© au dĂ©cours de
traitements antĂ©rieurs. Cet eïŹ€et Ă©tait associĂ© Ă  un eïŹ€et
GvT documenté dans les 2 cas. Chez 3 autres patients,
un eïŹ€et GvT sans manifestations cliniques de GvH a
été observé.
Chez les patients toujours rĂ©sistants Ă  l’allorĂ©activitĂ©,
nous avons ensuite Ă©mis l’hypothĂšse que les Treg
prĂ©sents chez le receveur au moment de l’injection
pouvaient limiter l’aptitude de la d-ILD à induire l’allo-
réactivité. Nous avons donc administré une d-ILD dans
un contexte de lymphodéplétion du receveur, qui per-
met Ă  la fois d’éliminer les Treg du receveur et d’entraĂźner
Figure 1. Déplétion des cellules CD25+ du donneur. Les cellules du donneur sont incubées avec un anticorps anti-CD25 couplé
à des microbilles, puis passées sur colonne magnétique. La fraction négative, déplétée en cellules CD25+, est alors collectée et
conditionnĂ©e en vue de son injection au receveur. L’analyse en cytomĂ©trie de ïŹ‚ux de l’expression des molĂ©cules CD25 et Foxp3
parmi les lymphocytes T CD4+ atteste d’une dĂ©plĂ©tion en Treg constamment supĂ©rieure Ă  90 %.
CytaphérÚse Anti-CD25 Fraction positive
Fraction négative
(déplétée)
Fraction totale
CD4
CD4
CD25 Foxp3 CD25 Foxp3
Injection aux 17 patients
en rechute aprĂšs
allogreïŹ€e
Correspondances en Onco-Hématologie - Vol. VII - n° 2 - avril-mai-juin 2012
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Injection de lymphocytes du donneur pour la rechute d’une hĂ©mopathie maligne :
comment en amĂ©liorer l’eïŹƒcacitĂ© ?
l’expansion et la prolifĂ©ration homĂ©ostatique des cel-
lules eïŹ€ectrices infusĂ©es. Cette lymphodĂ©plĂ©tion Ă©tait
obtenue grñce à l’administration de cyclophosphamide
(1 g/m2 Ă  J-5) et de ïŹ‚udarabine (30 mg/m2/j Ă  J-5, J-4,
J-3 et J-2) avant l’injection de l’ILD dĂ©plĂ©tĂ©e. Ainsi, chez
4 patients qui avaient dĂ©jĂ  reçu une d-ILD sans eïŹ€et
notable, l’addition d’une lymphodĂ©plĂ©tion a entraĂźnĂ©
de façon constante l’induction d’un eïŹ€et GvH/GvT.
Globalement, nos résultats montrent que, chez ces
patients, l’injection de cellules T eïŹ€ectrices dĂ©plĂ©tĂ©es
en Treg dans un environnement lui-mĂȘme dĂ©plĂ©tĂ© en
Treg est optimale pour l’induction d’une allorĂ©activitĂ©.
Conclusion
Ainsi, l’induction de GvH dans cette cohorte trĂšs spĂ©ci-
ïŹque de patients Ă©tait signiïŹcativement associĂ©e Ă  une
meilleure survie globale (83 % ± 15 % versus 27 % ± 13 %
[p = 0,035]). Cependant, certains sujets ont eu un eïŹ€et
GvL sans GvH, et d’autres ont dĂ©veloppĂ© une maladie
progressive malgrĂ© l’induction d’une allorĂ©activitĂ©.
Point important : toutes les GvH induites aprĂšs d-ILD
ont pu ĂȘtre contrĂŽlĂ©es par une corticothĂ©rapie simple,
ce qui montre la sécurité de cette approche.
MĂȘme si l’eïŹƒcacitĂ© de cette nouvelle stratĂ©gie devrait
idĂ©alement ĂȘtre Ă©valuĂ©e de maniĂšre contrĂŽlĂ©e, la mise en
place d’un tel essai n’est pas simple, du fait notamment
de l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des patients et de leur statut hĂ©mato-
logique au moment de l’ILD. D’ores et dĂ©jĂ , une utilisation
compassionnelle de cette approche est possible, sous
rĂ©serve d’un ïŹnancement par le centre en charge du
patient. Tenant compte de notre expérience actuelle et
des donnĂ©es de la littĂ©rature, la place de l’ILD dĂ©plĂ©tĂ©e en
Treg peut ĂȘtre dĂ©ïŹnie de la maniĂšre suivante (ïŹgure 2) :
✓
elle est rĂ©servĂ©e aux patients n’ayant pas dĂ©veloppĂ©
de stigmates francs de GvH aprÚs la ou les ILD précé-
dentes ;
✓
elle doit ĂȘtre combinĂ©e Ă  un traitement lympho-
péniant de type Cy-Flu, qui augmente clairement son
eïŹƒcacitĂ© ;
✓
elle doit, dans la mesure du possible, ĂȘtre prĂ©cĂ©dĂ©e
d’une ILD non manipulĂ©e, combinĂ©e Ă  ce mĂȘme traite-
ment lymphopéniant.
■
Figure 2. ILD dĂ©plĂ©tĂ©e en Treg : proposition d’un schĂ©ma pour une extension d’utilisation en routine.
GreïŹ€e
allogénique
Absence de GvD
Cy-Flu
‱ Cyclophosphamide : 1 g/m2/j
J-5
‱ Fludarabine : 30 mg/m2/j
J-5 Ă  J-2
Rechute
de l’hĂ©mopathie
maligne
Cy-Flu
+
ILD
non manipulée
RĂ©ponse
insuïŹƒsante
RĂ©ponse
insuïŹƒsante
ILD Cy-Flu
+
ILD
déplétée en Treg
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Références
>>>
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