acquisition de la syntaxe et analyses syntaxiques en temps

MEMOIRE DE MASTER 2 RECHERCHE
SCIENCES COGNITIVES
2007/2008
ACQUISITION DE LA SYNTAXE ET
ANALYSES SYNTAXIQUES EN TEMPS-
REEL
CAUVET ELODIE
Sous la direction d’ANNE CHRISTOPHE
Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique
2
INTRODUCTION...........................................................................................................................3
Comment les enfants acquièrent-ils le sens des mots ?............................................3
Le problème de l'initialisation Syntaxique .....................................................................5
Le squelette syntaxique : prosodie et mots grammaticaux .....................................5
Calculs syntaxiques réalisés en temps réel ...................................................................8
1
ère
Expérience : CATEGORISATION SYNTAXIQUE SANS LEXIQUE...................10
Matériel et méthodes ............................................................................................................11
Résultats et Discussion ........................................................................................................14
2
ème
Expérience : ANALYSE DES CATEGORIES SYNTAXIQUES EN TEMPS
REEL ................................................................................................................................................17
Matériel et méthodes ............................................................................................................18
Résultats et discussion .........................................................................................................21
3
ème
expérience : ACQUISITION DES CATEGORIES SYNTAXIQUES ...................24
Matériel et méthodes ............................................................................................................25
Résultats et Discussion ........................................................................................................29
DISCUSSION GENERALE ET CONCLUSION.................................................................31
Références : ..................................................................................................................................33
ANNEXE 1 : Variantes de l’expérience Jabberwocky...................................................34
ANNEXE 2 : Stimuli utilisés pour les expériences en Jabberwocky ......................36
ANNEXE 3 : Stimuli utilisés pour l'expérience phonologique..................................44
ANNEXE 4 : Instructions données pour l'expérience en Jabberwocky ................53
ANNEXE 5 : Instructions données pour la 2
ème
expérience.......................................54
3
INTRODUCTION
Comment la parole vient-elle aux enfants ? Comment juste à partir de l'écoute des personnes
qui l'entourent un enfant acquiert-il sa langue maternelle ?
L'enfant, dès sa naissance et même avant, est confronté à la parole. Comprendre sa langue
maternelle et ensuite la parler sont indispensables à la communication avec les êtres humains qui lui
sont proches.
Les enfants, face à la parole, doivent réaliser plusieurs étapes pour analyser, comprendre et
ensuite parler leur langue. La première étape correspond à la segmentation du flux sonore continu
en unités de sens et mots indépendants les uns des autres. En effet, dans la parole contrairement à
l'écrit, il n'y a pas de pause, ni d'espace entre les mots, les enfants doivent donc réussir à trouver des
frontières dans le flux continu. Une fois que les mots sont séparés les uns des autres, il faut associer
un sens à chacun d'entre eux. Tous ces mots associés à un ou plusieurs sens formeront le lexique, ou
dictionnaire mental de l'enfant. Il faut également comprendre comment sont agencés les mots entre
eux et quelles relations ils entretiennent les uns avec les autres. L'organisation hiérarchisée des mots
en unités puis en phrases est appelée la syntaxe. Enfin grâce à la syntaxe même basique et au
lexique même partiel, l'enfant est à même de comprendre les phrases et la parole plus généralement
dans son ensemble, il réalise des calculs sémantiques.
Comment les enfants acquièrent-ils le sens des mots ?
De façon spontanée, on imagine que les enfants apprennent le sens des mots en écoutant les
adultes qui passeraient leur temps à pointer du doigt les choses dont ils parlent. Ainsi les enfants
pourraient associer un sens aux mots.
Est-il possible que simplement en regardant autour d'eux et en analysant le contexte d'apparition des
mots, ils puissent assigner un sens à un mot ?
Prenons un exemple : « Regarde, le petit chien »
Comment savoir que le mot « chien » est l'animal et « petit » un qualificatif ? Il pourrait aussi bien
s'agir de la couleur de l'animal ou de l'action qu'il est en train d'effectuer ... Comment attribuer le
bon sens à chien ? Il semble difficile sans aucun autre indice que le contexte d'apparition d'assigner
un sens à un mot.
Une série d'expériences menée par Gillette et collègues a montré qu'il était difficile de
découvrir le sens des mots seulement à partir du contexte, sans information auditive (Gillette,
Gleitman, Gleitman, & Lederer, 1999). En effet, dans cette étude, les participants étaient placés face
à des films courts et sans son, représentant des situations d'interaction entre une mère et son enfant
âgé de 18 à 24 mois. Un mot dont la catégorie grammaticale était spécifiée à l'avance (un nom ou
un verbe), était à deviner ; au moment ce mot apparaissait un bip était émis. Les sujets voyaient
4
six scènes différentes pour un même mot. Les adultes ont, en moyenne, trouvé 45% des noms, alors
qu'ils n'ont deviné que 15% des verbes. On se rend bien compte de la difficulté d'assigner un sens à
un mot. On remarquera également qu'il était plus facile en moyenne de découvrir un nom qu'un
verbe. Ceci va dans le sens de précédentes recherches montrant que les enfants acquièrent plus
rapidement les noms que les verbes, tout du moins dans leur production (Bates et al., 1994). Dans
toutes les langues du monde, la distinction entre noms et verbes est faite. Les objets, qu'ils soient
concrets ou abstraits, sont le plus souvent repésentés par des noms et les actions par des verbes
(Pinker, 1984). Pour aller plus loin et comprendre comment peuvent tout de même être acquis les
verbes, Gillette a mené une autre expérience.
Quels pourraient être les indices les plus pertinents pour acquérir le sens des mots et plus
particulièrement des verbes, en plus du contexte ?
Dans le but de répondre à cette question, Gillette a conduit une deuxième expérience toujours dans
laquelle les participants devaient découvrir le sens du verbe signalé par un bip. Elle a exposé les
sujets à différents indices : visuels (film sans son), liste des noms utilisés, phrases avec pseudo-mots
à la place des mots de contenu, phrases sans les verbes ou encore une combinaison de ces éléments.
Les résultats de cette expérience sont résumés par le graphique ci-dessous
Les indices visuels seuls ne conduisent à la déduction du verbe que dans 7,7% des cas. Les noms
seuls ne semblent pas non plus très efficaces pour deviner le sens d'un mot. Même la combinaison
de ces deux éléments ne permet de déduire le verbe que dans 30% des cas. Un grand pas dans la
déduction est faite lorsque la syntaxe apparaît même sans lexique (condition syntaxe seule) et sans
information visuelle. Les sujets déduisent alors le bon verbe dans 50% des cas. Dès lors que l'on
combine la syntaxe avec l'une ou les deux autres sources d'informations, le pourcentage de
déduction augmente énormément.
Il semble donc que la syntaxe soit un très bon indice pour déduire le sens des mots, tout du moins
Vidéo Noms Vidéo + noms syntaxe Syntaxe + noms
Vidéo + syntaxe + noms
0
10
20
30
40
50
60
70
80
90
100
7,7
16,5
29
51,7
75,4
90,4
Fig 1 : Pourcentage des
moyennes des réponses
correctes
Vidéo : informations visuelles
sans son
Noms
: liste alphabétique des
noms par phrase.
Syntaxe : structure syntaxique
préservé ainsi que mots de la
classe fermée, les mots de la
classe ouverte sont remplacés
par des pseudo-mots.
Syntaxe + noms : seul le verbe
à découvrir est remplacé par un
pseudo-mot.
Figure adaptée de Gillette et al.
Cognition 1994
5
des verbes, bien que ceux-ci soient particulièrement difficiles à apprendre. Il n'en reste pas moins
qu'ils sont acquis et ce même sans contexte visuel (Landau & Gleitman, 1985).
A la suite de son expérience sur les enfants aveugles, Gleitman (1990) propose une solution
pour acquérir le sens des mots : l'initialisation syntaxique.
Le problème de l'initialisation Syntaxique
Elle montre que si les enfants disposaient de la syntaxe ou tout du moins de notion de
syntaxe il leur serait plus facile d'associer un mot avec un sens.
Dans l'expérience de Gillette décrite ci-dessus, les sujets avaient accès à plusieurs indices
syntaxiques : l'ordre des mots était préservé, ainsi que la morphologie verbale et les mots
grammaticaux ou mots de la classe fermée (il s'agit de tous les mots ne portant pas directement de
sens : articles, pronoms, auxiliaires ..., ils sont opposés aux mots de la classe ouverte qui contient
tous les mots de contenu : nom, verbe, adjectif ...). Les adultes ont donc eu accès au cadre
syntaxique dans lequel apparaissaient les pseudo-mots. Ils savaient qu’ils recherchaient un verbe, ce
qui leur a permis d'analyser la construction syntaxique du verbe cible : combien et quels sortes
d'arguments prend-il ? A partir de ces indices ils ont pu deviner le sens du verbe cible dans la moitié
des cas.
Acquérir le lexique serait plus facile si les enfants disposaient de la syntaxe. Mais construire
la syntaxe est plus facile dès lors que l'on connaît le sens des mots. Le problème semble circulaire.
Comment apprendre la syntaxe sans lexique ? Quelles données sont importantes pour fabriquer une
ébauche de syntaxe ?
Pour comprendre comment sont agencés les mots les uns avec les autres, il est important de
regrouper les mots qui ont une fonction commune dans une même catégorie fonctionnelle, les
catégories noms, verbes, mots grammaticaux seront donc créées ... Après avoir assigné un mot à la
bonne catégorie, il faut apprendre quelles relations entretiennent ces catégories. On peut aussi
affiner ces catégories, par exemple tous les verbes ne fonctionnent pas de la même façon, ne
prennent pas le même nombre, ni le même type d'arguments. Il faut structurer les composants de la
phrase les uns par rapport aux autres. Cette structuration de la langue est permise par plusieurs
sources d’information différentes.
Le squelette syntaxique : prosodie et mots grammaticaux
Dans la langue orale, les enfants ont accès à différentes informations qui pourront leur
servir à segmenter la parole en unités de sens créant ainsi une première structure. La prosodie
(mélodie ou variation d'intonation et de rythme d'une langue) donne une première idée globale sur
les émotions du locuteur, mais introduit aussi des frontières entre les différentes unités de sens de la
phrase, créant ainsi des groupes phonologiques.
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