Paysage, paysage méditerranéen, paysages des peintres, Grecs

FIG 2012 – P. CLAVAL, C. JOURDAIN-ANNEQUIN
L’invention du paysage méditerranéen. Images contemporaines et réalités antiques 1
L’invention du paysage méditerranéen
Images contemporaines et réalités antiques
Paul CLAVAL, professeur, université Paris IV
Colette JOURDAIN-ANNEQUIN, professeur, université Grenoble II
Notions, mots-clés
Paysage, paysage méditerranéen, paysages des peintres, Grecs, espace perçu.
Inscription dans les programmes
– 6e : La civilisation grecque.
Jusqu’en 1808, il n’y a pas d’objets ou d’êtres méditerranéens.
Le paysage méditerranéen naît avec deux sens : géographique et artistique ou littéraire.
I. Invention du paysage méditerranéen par les géographes et les peintres
à la fin du XIXe siècle
A. Le paysage des géographes
Le terme « paysage » appartient au langage des peintres.
Humbolt parle de « vues » ; le terme « paysage » est employé 40 ans plus tard, mais pas
encore au sens géographique.
Puis convergences des deux termes.
Le paysage du peintre est vu d’un point précis.
Le paysage du géographe évoque une surface, une interface entre atmosphère, lithosphère et
hydrosphère, une dynamique naturelle et humaine ; il implique la recherche d’explications
fonctionnelles.
Ce concept est utilisé par Vidal de La Blache dans les années 1880.
À l’origine, quand on parle de Méditerranée, c’est un lieu de rencontre, de passage (canal de
Suez ; la Méditerrané-carrefour).
Les travaux de Th. Fischer (climatologie, différence du climat par sa saison sèche) qui sont
repris par Charles Flahaut en 1885, introduisent l’idée d’un monde méditerranéen différent.
Le premier paysage méditerranéen connu est une aquarelle de Dürer de 1494, avec des
oliviers, de la vigne…
Pendant la Renaissance, on a peu l’occasion de percevoir le monde méditerranéen.
B. Le paysage des peintres
Les peintres sont plus sensibles à la diversité qu’à l’unité, qu’à un sujet commun (les
caractéristiques orientales à l’Est, la corrida en Espagne…).
Puis mutation des sensibilités.
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Évolution liée à l’introduction des tubes de peintures (début des années 1880 ; les premiers
impressionnistes, du Nord, commencent à fréquenter le Midi).
Puvis de Chavannes : des nudités exposées ; retour à une certaine conception classique de la
vie, de ce qui est sacré.
Cézanne et les rochers de l’Estaque.
Monet : Cagnes, 1883.
Renoir à la même époque.
Une nouvelle image, souvent liée à la mythologie.
Cristallisation des paysages dans une sorte de stéréotype.
II. Les Grecs et le paysage méditerranéen
A. Les Grecs et le paysage
Pausanias : description des monuments, temples, images des dieux… ; les paysages sont
pratiquement absents sauf lorsqu’ils reflètent le divin (Delphes).
Strabon : la « pierreuse », plaine très éventée (La Crau) ; il conclut que c’est encore le mythe
qui en rend le mieux compte (pluie de cailloux par Héraclès).
La colonisation : « comme des grenouilles autour d’une mare » (Platon).
Des fruits de toutes sortes, des métaux rares en Ibérie…
Hérodote : « Il paraît que ces régions extrêmes regorgent de choses rares… »
Strabon : la Gaule chevelue : elle produit partout les mêmes fruits que l’Italie alors que, plus
au nord, ils disparaissent, puis la vigne… donc idée que les climats modifient les paysages.
B. Le paysage méditerranéen : l’espace vécu des Grecs
Les Grecs n’ont pas inventé le paysage méditerranéen.
Comment Grecs et Romains ont-ils vécu ce paysage ?
Dans un paysage, il n’y a pas que ce qui apparaît, mais aussi ce qui se vit (voir Hésiode,
Aristophane, Virgile…).
Pas une mais des Grèce (cités).
Des territoires exigus avec des terroirs complémentaires dans leur potentialité (voir sur la
montagne) au VIIIe siècle.
Au Ve siècle : Aristophane : blé, orge, vigne et figuiers, oliviers… (dans Les Acharniens).
Les manières de table sont éloquentes : pain, oignons et de quoi boire apportés à l’assemblée,
plus du vin (coupé d’eau), des figues fraîches ou sèches…
Ces données permettent de recomposer un espace vécu.
Une certaine idée de la spécialisation des cités autour de la chôra, la structure de l’eschatie
avec des terrains de parcours, l’arbusta (tuteurs des vignes).
Plan des Géorgiques de Virgile : différentes parties dont une sur l’apiculture.
Donc dans leur vécu, ce qu’ils mangent ou plantent, les Grecs sont bien des Méditerranéens
(polyculture variée à côté des spécialisations).
Aristophane : « Les oiseaux » donnent les saisons ; l’hirondelle dit quand il faut le manteau
d’été ; la cigale…
Hésiode : dépendance de l’homme par rapport à la nature (« la borée du N… » = hiver ; belle
saison = « quand fleurit le chardon… »).
Le climat est le premier indice de l’unité du monde méditerranéen.
Dans les Géorgiques apparaissent les dieux de la nourriture : Déméter…
Une conception sacrée de la nature ; voir aussi les offrandes et sacrifices (miel…), les danses
qui réveillent les énergies végétatives.
Peu de descriptions mais des évocations qui ont pesé sur les descriptions.
La grille de lecture des anciens : un esprit diffractif (cités) mais aussi unifiant.
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C. Le bouclier d’Achille : un monde méditerranéo-centré
Voir Homère.
Héphaïstos qui forge un bouclier : une représentation du monde cerné par le fleuve-océan ; la
mer = Thalassa = la Méditerranée ; autour : la cité humaine en paix en haut, en guerre en bas ;
une troisième fonction qui touche à la fécondité (2e cercle) ; le 3e cercle : une place de danse ; le
4e = l’océan.
Donc une véritable description et la première description du paysage rural, avec omniprésence
du sacré.
III. Conclusion double
Le paysage méditerranéen
Colette Jourdain-Annequin
Controverse entre les rationalistes et les constructivistes.
Une construction historique.
Paul Claval
Pourquoi le paysage occupe-t-il une telle dimension à la fin du XIXe siècle ?
Une ville conçue pour être méditerranéenne (pergolas…).
Époque où la France, l’Angleterre, l’Italie… ont pris possession de tous les rivages de la
Méditerranée (sauf l’Empire ottoman) : une mare nostrum occidentale (voir la re-plantation
d’oliviers dans la région de Sfax où il n’y en avait plus).
Dans la lecture du paysage, on peut découvrir un certain nombre d’idéologies politiques.
Compte rendu réalisé par Maryse Baudson, académie de Reims.
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