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PROBLEMES DE PHILOSOPHIE
Bases : A/ Bibliographie : La laïcité, Editions Que sais-je 2 derniers chapitres
Les fantômes de la liberté, Editions Labor, Bruxelles
Les démocraties survivront-elles au terrorisme ? , Editions Labor,
B/ Cours oral
 Définitions
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étudie les problèmes de la philosophie, pas l’histoire
Problèmes au pluriel : tiennent une place importante dans la philosophie morale

Philosophie : - étymologie grecque. Concept créé en Grèce (de même que la démo(peuple)cratie(pouvoir), idéal
politique contemporain qui s’oppose à la dictature)
- signifie : recherche, amour de la sagesse
- attitude modeste du philosophe (Socrate) : « je suis un amoureux, je la cherche, donc je ne la
possède pas » (par opposition aux sages qui l’ont et qu’il faut donc imiter)
Sagesse :
- Une vie sage est une vie harmonieuse, accomplie et heureuse (comparée à celle de quelqu’un qui vit dans
les mêmes conditions)
- Prendre une décision sage, c’est être capable de choisir la meilleure solution possible dans cette
situation
L’exemple est donné par ceux qui font face aux catastrophes avec humour, ceux qui s’accomplissent
même dans les circonstances difficiles.
Objet de la philosophie : C’est la recherche de la vie réussie. C’est le plus important, même si on y pense peu.


Dans l’histoire de l’humanité, les premiers prétendants à la vie réussie sont les représentants des mouvements religieux. Il
n’y a que dans l’occident contemporain qu’on trouve des gens sans religion.
La sagesse obtenue par voie religieuse est très différente de celle obtenue par voie philosophique.
On parle de religion dès qu’il y a distinction entre profane (monde de tous) et sacré / religieux (mystère). La vérité est
difficile à atteindre. Le prêtre, le sorcier est l’interprète entre l’homme et l’esprit. Dans les religions monothéistes, les
intermédiaires ont la prétention de dire ce qu’est la sagesse. Dans la religion, pour être sage, il faut s’élever, dépasser ses
imperfections pour atteindre et comprendre le sacré.
Les religions sont plus vieilles quez la philosophie. On trouve des traces ( ?) de pratiques religieuses dans les peintures
rupestres de la préhistoire ( 20 à 30000 ans), la religion a un grand pouvoir chez les Egyptiens, en Mésopotamie (-3000, 2000 av JC)… La philosophie fait son apparition à l’apogée de la civilisation grecque, càd vers 700 à 600 av JC.
La philosophie se pose en concurrente de la religion. Parfois, les deux peuvent s’arranger. La philo recherche la sagesse
mais avec ses propres moyens profanes, ses propres lumières. Elle avance par critiques, questionnements, expérimentations,
discussions,…
Si le but est le même (la recherche de la sagesse), les instruments sont très différents ! La philo utilise la raison, la religion
fait un acte de foi, elle fait acte de croyance au sacré. Toutes deux ont la prétention de l’outil. Aristote : « la philo est la
recherche de la vie bonne »
Philosophie – Religion – Sciences modernes sont en étroite corrélation.
Les sciences modernes sont la branche la plus récente. Elles deviennent beaucoup plus précises (ex : physique, biologie),
elles sont très efficaces grâce aux techniques (ponts, avions, ordinateurs…). Elles partagent avec la philo l’utilisation de la
raison, l’expérimentation, les calculs… ce que ne fait pas la religion. Elles se différencient de la philo parce qu’elles ne
visent pas la découverte de la sagesse.
Philosophie
raison
sagesse
Découverte Foi
de la sagesse
Sciences
Religion
1
Sciences et philo sont très présents dans le monde contemporain. Mais la religion a beaucoup d’importance pour beaucoup
de gens dans le monde.
La science est omniprésente tandis que la philo est peu représentée, peu interactive. Or, l’activité philosophique concerne
tout le monde. On ne peut vivre sans s’orienter dans la vie. Il faut faire des choix en fonction de ce qui est important pour
chacun.
Dans les sociétés de liberté, le choix est total, il n’y a aucune direction donnée. Dans les religions intégristes, tout est
imposé : l’habillement, la nourriture, l’occupation, …En philo, on propose une voie face à laquelle il faut prendre des
distances et réfléchir.
C’est un travail difficile à faire sur soi-même, surtout si on est seul, car on a tendance à l’auto complaisance.
La science divertit. Réfléchir sur soi-même n’est pas indispensable mais pourtant, choisir une voie est obligatoire. Dès
lors, deux outils sont à notre disposition : la religion ou la philosophie.
 Les enjeux de la philosophie
A) Le modèle le plus connu : Socrate
Il n’y a pas d’écrit de ce philosophe. Il a vécu entre –440 et –399 av JC. (Son procès et sa condamnation à mort ont eu lieu
en –399). Athènes avait alors une configuration qui était à l’image de son pouvoir. Au plus bas, l’Agora, le marché où tout
le monde circulait, faisait son marché, vivait. Les gens libres comme les esclaves. Un peu plus haut sur une colline, la Pnyx,
se tenait l’assemblée des citoyens, composée, en démocratie directe, des mêmes gens que ceux qui vivent dans la cité…
(seuls pouvaient y aller les hommes – pas les femmes- libres – pas les esclaves- originaires de la ville – pas les marchands
et autres immigrés). Socrate était en droit d’y siéger. La ville était dominée par l’acropole, lieu du culte.
Socrate restait au niveau de l’agora. Il n’allait jamais à l’assemblée. Il n’utilisait donc pas son droit de vote. Il ne souhaitait
pas assister aux débats car la vie politique était manipulée par des démagogues qui trompaient les gens. Toute vérité n’est
pas bonne à dire. Quand on lui demandait pourquoi il ne s’investissait pas dans la vie politique, Socrate répondait qu’il se
fiait à son démon qui lui interdisait de monter à la Pnyx. (Son démon lui disait ce qu’il ne devait pas faire = philosophe. S’il
avait dû lui dire ce qu’il faut faire = illuminé !)
Socrate utilise l’ironie comme moyen de retarder les attaques. Plusieurs degrés à son discours : pour ses détracteurs, il prend
son discours au premier degré et est inattaquable. Il est conscient que cela ne durera qu’un temps et que l’agressivité se
manifestera malgré l’utilisation de l’ironie mais il veut gagner du temps pour pouvoir faire passer son message. Or il pense
que pour « vivre bien », il faut réfléchirA l’époque, il est traité d’impie dans un monde où la religion est très importante.
Socrate veut apprendre aux gens à raisonner. Pour cela, il les attend au pied de la Pnyx et discute avec eux.. Les gens croient
qu’ils sont capables de raisonner, ils n’écoutent pas les arguments des autres. S’ils les ont laissés intervenir, de toute façon,
ils reprennent la conversation où ils l’ont interrompue. Socrate les questionne. Il leur dit : « A Delphes, la pythie m’a dit :
« Tu es le plus sage parmi les hommes de notre temps ». Or je ne sais pas ce qu’est la sagesse. Vous qui avez pu décider,
vous devez savoir comment orienter bien la vie. Pourquoi et pour quoi avez-vous voté ? » Après quelques temps, les
discours s’effondrent. Les gens se rendent compte que leur prétendu savoir est un faux savoir. Même si cette expérience leur
rend service, ils sont vexés. De plus, Socrate s’attaque à de gros intérêts. Et il se fait petit à petit de nombreux ennemis.
L’ironie de Socrate, c’est de se présenter comme un ignorant qui interroge. Sa supériorité c’est de connaître ses limites, de
reconnaître son ignorance. Les autres ont perdu beaucoup de temps à créer l’illusion d’une connaissance.
La lucidité est le commencement de la sagesse.
Quand on essaie de dire aux gens de pratiquer la philo, de réfléchir correctement aux directions à prendre dans leur vie, le
message passe difficilement car les réactions sont ambiguës. D’une part, ils se plaignent d’être mal à l’aise dans leur vie,
d’autre part, ils ne veulent pas en changer. Pour pouvoir faire de la philo, il faut avoir la capacité de l’autocritique.
B) Les orientations de la philosophie
On en distingue deux.
La philosophie individuelle : nous concerne, nous, notre propre vie et les voies que nous devons choisir.
La philosophie collective : s’occupe de la vie du groupe. Elle sous-entend qu’une partie de nos libertés est transférée à une
instance.
Les anarchistes prônent la liberté individuelle radicale. Dans cette situation, le plus fort écrase le plus faible. L’Etat se doit
d’être garant de la justice, sinon on procède à des vengeances arbitrales subjectives expéditives.
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Or la justice doit être rendue avec sérénité. Elle doit donc être exercée par l ‘Etat et non par des individus.
Comment faire pour que les décisions soient prises dans l’intérêt général ?
Les décisions collectives dépendent des régimes et des pouvoirs (religieux, despote, …) Il y a peu ou pas de démocratie si le
pouvoir a un grand pouvoir décisionnel. Les gouvernements les pires sont ceux qui durent le plus longtemps ! Dans certains
pays, la collectivité décide de tout. Si le pouvoir est religieux, les dirigeants imposent la volonté de Dieu. Il n’y a pas de
liberté individuelle.
En démocratie, le pouvoir de la collectivité est strictement réglementé. Il y a des domaines privés qui n’ont rien à voir avec
l’Etat : les problèmes personnels de conscience, les orientations philosophiques, religieuses, etc.… Le rôle de la sphère
individuelle est plus large. (Liberté d’aller et venir sans passeport ou contrôle strict, liberté d’expression, …). Tous ces
acquis reposent sur des bases qui peuvent être fragiles !
La réflexion philosophique doit tenir compte de cette double orientation, la part du politique et la part de l’individuel. Les
deux sont très liés.
1. La philosophie politique
Polis : c’est le groupe, l’entité collective.
Le rôle de l’organisation politique est de garantir une liberté équitable à chacun. Il y a des collectivités dans lesquelles un
pouvoir de contrainte est laissé à ceux qui le représentent. (les Etats, les institutions nationales et internationales –imposent
en condamnant). Le but est de limiter les prises de libertés pour éviter les abus préjudiciables.
En démocratie, c’est le peuple qui choisit. Concrètement, un peuple mécontent désavoue son gouvernement aux élections et
change de représentants. En non-démocraties, les leaders se perpétuent ou les élections sont arrangées.
N.B. : la démocratie est bien plus que la loi de la majorité, mais la majorité reflète l’avis le plus nombreux dans une
population informée.
La partie prépondérante de la philosophie est la philo politique car si le politique prend toutes les décisions, s’il impose tout,
il n’y a plus de place pour la liberté individuelle. Dès que les choix personnels s’écartent un peu de ceux du politique, il y a
persécution, destruction. A l’opposé,
C’est très important de réfléchir aux limites où se cantonnera le politique, sinon il se rapproche et la répression s’installe. Le
but de la philosophie politique est de se demander comment prendre de bonnes orientations en commun. Où placer les
distances, les limitations ?
Un état totalitaire est semblable à un petit espace limité par des murs. La liberté politique éloigne les murs sans garantir que
les gens vont exploiter l’espace créé. « Les murs, le blocage peuvent être dans la tête. » De toute manière, même dans les
sociétés ouvertes, les murs existent, pour protéger les minorités et les faibles de la loi de la jungle.
Faire ces choix est difficile car les débats autour des grands problèmes politiques sont animés. Trop souvent, les gens ne
retiennent que les arguments qui les arrangent et réfutent ceux qui remettraient leurs à priori en question. Trop souvent, les
gens se satisfont de pensées simplistes qui leur font rater l’étape de la réflexion critique, le libre examen. Mais cette réaction
évite les blessures narcissiques.
2. La philosophie existentielle
Lorsque l’espace des libertés est défini, si on a trouvé des solutions aux problèmes politiques, si des lois ont été
promulguées contre les distinctions arbitraires, la philosophie individuelle doit aussi trouver sa place. C’est elle qui définit
les voies que l’on choisira, c’est elle qui traduit le degré de liberté individuelle. (Ex : LE MARIAGE. Avant, il y a 100 ans,
les mariages étaient arrangés, il n’existait aucune liberté. Maintenant, on n’est même plus obligé de se marier pour vivre
ensemble et on a voté le mariage des homosexuels) Mais la liberté individuelle n’est pas toujours bien ressentie, elle est
angoissante.
Qu’est-ce qui inquiète dans la liberté ? On n’aime pas forcément décider soi-même car on est responsable du résultat des
décisions que l’on a prises. Ne pas prendre de décision bloque les situations mais assure de ne pas faire de mauvais choix.
Les gens sont donc naturellement tentés de laisser d’autres décider à leur place.
Le rôle de la philosophie existentielle est d’apprendre aux gens combien la liberté est angoissante mais combien elle vaut la
peine, combien il faut rejeter toutes ces fuites de l’angoisse de la liberté que sont les drogues, le conformisme, l’habitude…
3. Les philosophes de la liberté
Les philosophes de la liberté ont un ton angoissé. Ils dénoncent le fait que, bien qu’il semble mieux que le régime politique
accorde un maximum de liberté, les gens préfèrent des régimes autoritaires qui imposent une voie qu’il ne faut donc plus
chercher.
Sartre : est un philosophe de la liberté, du XX° siècle. Né en 1905 à Paris, mort en 1980. Il s’est engagé politiquement, a
écrit différents essais « Carnets de la drôle de guerre ».
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Il écrit un roman « La Nausée » en 1938, dont le héros, un homme d’une trentaine d’année lui ressemble énormément et qui
décrit l’accession à la liberté. En 1968, il publie « Les mots », une autobiographie qui raconte son enfance, sans avoir connu
son père, élevé par son grand-père à la personnalité écrasante. Il y développe sa recherche d’identité, notamment dans
l’anecdote d’une réception, lors de sa pré-adolescence (moment où il souffre particulièrement de son physique disgracieux)
où son grand-père a invité le gratin du village. Sartre déambule dans les pièces. Sa présence est bienveillamment acceptée,
sans être reconnue, pour autant. Lorsqu’il entend que toute l’assistance attend un certain Simoneau (éminent professeur de
son état) qui est en retard. Ce monsieur qui paraît si nécessaire au groupe représente l’idéal de l’enfant, le statut auquel il
aspire. Il est encore trop jeune pour savoir qu’il doit payer pour atteindre son idéal : il doit reconnaître et adopter les valeurs
du groupe puis répondre aux attentes des gens dont il veut être reconnu.
Le problème des non-choix
Notion de nécessité opposée à la contingence : Simoneau est nécessaire, indispensable au groupe qui s’écroule s’il est
absent (comme un auditoire se déplace sans raison, si le professeur ne vient pas). Sartre lui est présent, mais son absence ne
change rien.
Céline a traduit cette notion dans une pièce « L’église » : « C’est un garçon sans importance collective, c’est tout juste un
individu ». Sartre pense justement qu’il n’a pas de signification dans l’existence. Il va rechercher ce qui donne tant de
« puissance » à cet inconnu et va vouloir s’y identifier. (Il devient lui aussi professeur connu, demandé. A 33 ans, il a
émergé de son groupe social pour atteindre une reconnaissance quasi mondiale.)
A 33 ans, Sartre commence à se demander pourquoi il a bâti sa vie sur ce non-choix. Le malaise s’est installé mais il est
difficile à identifier car il sous-entend des choix difficiles, un recommencement à zéro, or il est bloqué dans l’immobilisme.
Ces deux romans sont l’expression de son cheminement : « Quel usage vais-je faire de ma liberté ? »
En essayant de s’approprier les attributs d’un autre, Sartre n’exerce pas son droit au choix libre, il abandonne sa liberté. De
l’extérieur, il paraît avoir réussi mais il n’est pas heureux. Il existe tout un espace de liberté qui n’a pas été exploité. Sartre
pense que les ennemis ne sont pas les autres mais nous même. Il n’y a pas moyen de changer les autres mais on peut un peu
changer soi-même.
L’effet « vitrine »
Sartre souhaite occuper la place de Simoneau. Cette place lui est interdite. Il éprouve de la fascination pour ce qui est
interdit. C’est « l’effet vitrine », un obstacle entre soi et l’objet convoité. La perversité, c’est qu’inaccessible, l’objet est
convoité mais si on enlève la vitre, il ne présente plus aucun attrait. On ne désire que ce qu’on ne peut avoir. Pourquoi
sommes-nous attirés par les choses et les gens qui nous sont interdits ?
Groucho Marx (cinéaste des années 30/40) parle de la « soupe aux canards », phrase reprise par Woody Allen qui met en
scène un petit juif new-yorkais torturé qui rêve de rentrer dans un club de grands blonds baraqués alors qu’un club de
personnes lui ressemblant ne l’attire pas du tout. Lorsqu’il arrive à être admis dans cette élite, ce club ne lui plait plus, il se
rend compte que les gens qui en font parties n’en valent pas la peine, au fond. Après quoi, il se remet à fantasmer sur un
autre club ! C’est l’interdit qui suscite le désir.
Le piège
Dans l’idée de s’intégrer à un groupe, il y a un « pré-requis ». Préalablement à cette envie, il faut que ce groupe ait de
l’importance, de la valeur pour l’individu, avant que cet individu ne souhaite en devenir le moteur. Cela se joue à tous les
niveaux, familial, scolaire, communal, national, mondial. Le piège, c’est qu’on doit faire de nombreux sacrifices pour
obtenir toute reconnaissance. Si on n’est pas à sa place, le malaise s’installe. Mais il est difficile à identifier et à accepter
puisqu’il implique qu’on balaie tous les efforts consentis par le passé.
N.B. : la névrose, c’est se présenter aux autres différent de ce que l’on est, chercher à occuper une position qui est interdite,
or l’interdit est valorisant.
La redécouverte de l’espace de liberté
Comme Roquentin ne peut accepter qu’il se soit piégé, la vérité va s’imposer à lui de façon détournée. Cette découverte
commence par le questionnement : qu’est-ce qui l’a poussé à vouloir s’identifier à quelqu’un qu’il ne connaît pas ? Il doit
reprendre sa liberté, renoncer à sa profession, sa place dans la société, il a peur. Il commence à écrire dans un journal « sa
nausée », les symptômes, les signes de son malaise (le caillou, la main de l’autodidacte, les bretelles, les racines du
marronnier) contre sa satisfaction. Et ce qui le comble de ravissement (le morceau de Jazz : « One of this days you’ll miss
me, honey »).
En psychanalyse (cherche les symptômes d’une désorganisation difficile à mettre en évidence car refoulée dans
l’inconscient en faisant parler l’analysant tellement qu’il perd la maîtrise de cet inconscient qui afflue dans son discours.
L’analyse fait réapparaître les refoulements par la parole), Roquentin aurait parlé jusqu’à se saouler et aurait fini par
nommer plusieurs fois Simoneau. Après quelques essais mal reçus, l’analyste aurait décrypté l’importance de ce personnage
pour Roquentin et lui aurait fait comprendre que ces réactions au caillou, aux bretelles … étaient des symptômes de rejet du
monde choisi, des formations de compromis entre les désirs conscients et inconscients. Le compromis satisfait la tendance
inconsciente tout en ménageant le conscient. Sans compromis, la situation explose.
L’agressivité est la réaction quotidienne à des conflits plus ou moins inconscients. On ne peut pas exprimer les vraies
raisons de mécontentement de peur des conséquences. Roquentin attaque des éléments secondaires à son milieu car sa
tendance consciente veut continuer à exister dans ce monde-là.
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A la fin de la nausée, Roquentin conclut : « Je suis de trop, de trop pour l’éternité », alors que l’enfant des « Mots » disait
« je suis de trop dans mon milieu mais ce n’est que temporaire, jusqu’à ce que je devienne un Simoneau. »
Assumer sa liberté, c’est assumer qu’on n’est indispensable nulle part. La dernière phrase des « Mots » : « Que reste-t-il ?
Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui. »
La puissance de l’interdit et l’ennui
Stendhal (Souvenirs d’égotisme) écrit « Le rouge et le noir ». Julien Sorel, ambitieux précepteur sans reconnaissance sociale
n’accepte pas la hiérarchie de la Restauration (Napoléon). Il est l’amant de madame de Rhénal dont il s’occupe des enfants
jusqu’à ce que le mari de celle-ci le chasse. Monté à Paris, il est engagé par le Marquis de La Mole. La fille de celui-ci est
très belle et est habituée à recevoir beaucoup de marques d’admiration. Elle ne fait pas attention à l’insignifiant Sorel qui
pour conquérir cette personne intouchable joue les indifférents. La vanité de la jeune fille est piquée au vif et elle lui cède,
pour obtenir ce qui est hors de portée.
C’est l’illustration de la puissance de l’interdit.
Aussitôt son désir assouvit, Mathilde de La Mole se détourne de Julien pour retourner à ses mondanités. Julien décide de
jouer la carte de la jalousie pour la ramener à lui.
Parfois l’objet du désir est réellement voulu, il faut alors tenter de l’obtenir rationnellement.
Schopenhauer disait : « Dans la vie, au fond, il y a le désir et l’ennui. » Le désir est douloureux car il est l’expression d’un
manque prolongé. L’ennui arrive lorsque le désir a été assouvi une fois. L’ennui aussi est douloureux. Après l’ennui, naît un
nouveau désir…
Proust, « À la recherche temps perdu », cette œuvre est très autobiographique. Dans « un amour de Swan », le héros, juif
fortuné du 19° siècle, bien reçu dans l’aristocratie catholique, est fasciné par la peinture de la Renaissance mais n’aime pas
celle de son temps. Sa vie est très stratifiée. Il fréquente les salons du quartier Saint Germain, ceux obligés –duchesse de
Guermantes – ceux plus amusants – madame Verdurin. Mais il ne peut dire dans le premier qu’il se rend dans le second ! Il
a rencontré Odette de Crécy qu’il qualifie de belle mais « pas son genre ». Elle est toujours là pour l’écouter, Swan s’y est
habitué jusqu’au jour où elle disparaît. Il fouille tout Paris pour la retrouver. Tout à coup, elle lui est interdite et il
commence à souffrir pour cette femme qui ne l’attirait pas, avant. Il se souvient l’avoir aperçue dans « une attitude lui
rappelant un tableau de Boticelli ». Odette « devient » un personnage de la Renaissance. Quand il la retrouve, il
l’accompagne partout. Tout est beau, la musique est belle. Il est toujours à côté d’elle, la surveille. Elle se refuse à lui, il fait
des folies pour elle. Tout cela pour un désir suscité par des choses artificielles. La puissance de l’interdit.
Dans « La prisonnière », Proust raconte que, jaloux, complètement malheureux, il enferme Albertine. C’est un exemple
pathologique, comme le jeune Sartre qui veut devenir Simoneau. Roquentin, dans « la nausée », est malheureux et négocie
des compromis médiocres pour éviter que ces désirs contradictoires ne le mènent à une plus grande violence. (Lire ces
exemples dans « les fantômes de la liberté »). Quelqu’un de vertueux fait des compromis pour éviter la violence. Chez
quelqu’un dominé par les défauts, les compromis gèlent la situation, empêchent les changements. « Les compromis à la
Belge », caractéristiques de notre pays, alliés à la complexité de notre constitution, ont permis en Belgique de vivre sans
crise de violence mais en dépensant beaucoup d’énergie à des bêtises, comme la gestion de la situation des francophones en
communes à facilités, par exemple (obtenir les documents en français).
Le conflit en Yougoslavie a pris sa source à la fin de l’empire Austro-hongrois. Par un régime répressif, Tito a contenu les
poussées centrifuges de la Croatie, la Serbie et la Macédoine. Le groupe était multiculturel, mais il y avait des échanges, des
mariages interethniques. Fin 80, début 90, les Serbes, majoritaires en Yougoslavie, ont joué la carte nationaliste. Croatie et
Bosnie Herzégovine ont réclamé leur indépendance. S’en est suivi une période de repli sur soi. Une forte minorité de Serbes
(orthodoxes) coexistaient avec des Croates (catholiques) et des musulmans. Milosevic a mis au point un plan d’épuration
ethnique et les Serbes ont assiégé Sarajevo. Dans un premier temps, la communauté internationale n’a pas bougé. La
diplomatie ayant échoué, il a fallu envoyer un soutien armé pour stopper Milosevic et ses troupes et arrêter la violence.
Maintenant, ces pays sont en «paix ». Ils doivent redécouvrir la richesse de leurs cultures grâce à des compromis. Mais ils
resteront étrangers les uns aux autres, sans vrai réconciliation possible tant qu’on ne prendra pas le problème à la base, dans
l’enseignement. C’est à l’école que le message de tolérance et d’ouverture à la différence doit passer. C’est à l’école que
l’on permet ou que l’on interdit la possibilité de synthèse. Pour l’instant, les mentalités n’ont pas changé mais le contexte a
changé : des soldats empêchent les gens de se tuer.
Bien que profondément pacifistes, nous reconnaissons l’existence de la guerre et sa nécessité pour défendre les plus faibles.
« Saddam Hussein est une calamité, un dictateur qui sévit sur un pays riche, avec une bande de gangsters. »
 La synthèse, alternative aux compromis
On rencontre des problèmes à tous les niveaux, en international, en communautaire, en individuel. Les compromis ne sont
des solutions que dans la mesure où ils évitent pire, l’explosion, une solution à moindre mal. Faire comprendre aux Serbes
et aux autres que leur opposition est néfaste, que rien n’est pire que se battre pour des raisons ethniques, c’est les ouvrir au
fait que leurs forces ne sont pas antagonistes et leur permettre de travailler ensemble à former quelque chose de plus solide.
La synthèse est une sorte d’unité supérieure. Après tout, les intérêts en jeu ne sont pas contradictoires. Les différences sont
enrichissantes. Des personnes qui ont vécus des expériences différentes ont quelque chose de plus à apporter au groupe, au
sein d’un débat critique et respectueux. La synthèse, c’est l’ouverture à l’autrement, et par là même le contournement des
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difficultés. Les sociétés démocratiques ont réussi la synthèse, elles sont plus prospères, la vie y est plus enrichissante à tous
les niveaux. Le dogmatisme enferme les gens.
Dans les sociétés contemporaines, la difficulté de cohabitation découle de la multiplicité des groupes et des cultures. Si
certains groupes forment des coalitions, l’autre est considéré comme étranger, jaugé et rejeté.
C’est l’enseignement qui rend possible –ou impossible- la synthèse des cultures différentes. Dans notre pays, le discours à
l’école est laïc. Encore faut-il éviter les discours simplifiés.
Le problème majeur des mondes politiques, même démocratiques, est l’hypocrisie qui leur permet de créer des alliances
avec des régimes qui ne respectent pas les droits de l’homme. L’autre problème, c’est lorsque les discours simplifiés du
politique descendent parmi le peuple. (ex : Sabra - Shatila. Sharon, ministre est jugé à la place du général qui a commis les
exactions) De temps en temps, il faut être capable de ne pas suivre le troupeau et d’analyser le problème jusqu’au fond. Il
faut fuir les simplifications vers lesquelles la paresse nous pousse et affronter la complexité des problèmes. La multiplicité
des expériences aide à éviter les simplifications de discours.
Pour Roquentin, déchiré entre ce qu’il a déjà réalisé et ce qu’il souhaite pour lui, présentant déjà des comportements
anormaux, c’est en agressant son entourage qu’il dévoile ses envies de tout lâcher. Sartre a vécu ce problème. Il l’a résolu en
prenant conscience qu’il pouvait utiliser tout ce qu’il avait appris, non pour devenir notable, mais pour dénoncer ceux qui
écrasent les autres, pour devenir un intellectuel. Il fait la synthèse entre sa tendance à la libération (et les charges de sa
fonction) et les pouvoirs liés à sa position.
 Le combat des intellectuels
Qu’est-ce qu’un intellectuel ? C’est quelqu’un qui utilise son intelligence, ses compétences techniques (notaire, ingénieur,
médecin, …) , ce qu’il a appris dans un domaine précis pour réfléchir aux problèmes des droits de l’homme (l’humanité est
Une et chacun a droit, au nom de cette appartenance, à certains droits : vie privée, liberté d’expression, d’association, droits
sociaux, …), en regardant la société par le bas (les humiliés, les offensés dont parle Dostoïevski). Ce quelqu’un va
combattre pour une égalité de base idéale et universelle.
Roquentin part en guerre pour défendre les Droits des hommes les plus humiliés avec ses capacités de réflexion.
Quelle est l’origine du mot intellectuel ?
C’est l’affaire Dreyfus qui donne naissance au concept « d’intellectuel ».
1.
Fin 19°siècle, 3° République (la première vraie, longue), l’ordre républicain s’installe difficilement car il se heurte
à de nombreuses résistances en prônant la fin des privilèges, notamment de l’Eglise catholique et de l’armée qui se
révoltent contre la laïcisation et le principe de Res Publica.
2.
Après la guerre contre les Prusses, en 1870, la France a perdu l’Alsace et la Lorraine et ne les retrouvera qu’en
1918. Les passions nationalistes sont exacerbées. Les patriotes sont remontés contre l’Allemagne. On est obsédé
par la chasse à l’«espionite ».
3.
Qui dit nationalisme dit purification. « La France aux vrais Français ». L’Eglise dénonce les juifs (religion
émancipée à la Révolution Française mais qui ne reconnaît pas Jésus). Le vieil antijudaïsme chrétien réapparaît,
alimenté par de nouveaux délires d’antisémitisme, de type racial (le juif est une sous race, une race inférieure à la
race arienne).
L’Etat Major au sein duquel travaille le capitaine Dreyfus (juif alsacien, comment est-il arrivé à ce poste ?) surveille
l’ambassade allemande grâce à une « voie ordinaire » qui ramasse les poubelles. On découvre ainsi un message
divulguant des informations importantes sur l’armée. La conclusion est simple : un officier haut placé est un traître.
Les soupçons se portent immédiatement sur le capitaine Dreyfus qui est convoqué et, très stressé, soumis à une
épreuve d’écriture. Le test est déclaré positif. L’officier est traduit en conseil de guerre, condamné et emprisonné à l’île
du Diable en Cayenne. L’affaire a été rondement menée, la France est convaincue de sa culpabilité. Seuls sa famille et
quelques hommes publiques crient à l’injustice : Jaurès (socialiste), Clemenceau (journaliste)…

1894 : Le mouvement se met en marche car des irrégularités sont mises à jour dans le déroulement du procès :
des pièces (trafiquées) ont été transmise au conseil de guerre sans avoir été communiquées à la partie adverse.

La « voie ordinaire » travaille toujours et rapporte un papier signé Esterasy. Le colonel Picard découvre les
similitudes d’écriture entre les deux documents. Il rapporte ses soupçons à la hiérarchie qui veut étouffer
l’affaire. Il s’adresse au ministre de la défense pour réclamer une révision du procès. Picard est un homme
droit qui défend les valeurs de la République : un procès équitable, on n’enferme pas un innocent…Le général
rejette la demande et exile le colonel Picard.

Des écrivains dont Emile Zola commencent à écrire dans la presse. Zola est le premier intellectuel, injure
utilisée par l’opposition pour stigmatiser un écrivain à la réputation bien installée qui prend fait et cause pour
un opprimé. L’histoire de Picard est diffusée. La France est divisée en deux. LEtat major ne peut éviter un
second procès. Le colonel Henri produit des faux documents à charge de Dreyfus.
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
Dans le même temps a lieu le procès du haut gradé hongrois Esterazy qui est acquitté.

Dreyfus est rejugé et recondamné.

Zola sort le « j’accuse » et est attaqué en diffamation. Il passe en cours d’assise où il essaye de plaider la
cause de Dreyfus. C’est Laborie qui le défend. Chaque fois qu’il prononce le nom de Dreyfus, le président le
coupe : « la question ne sera pas posée ». En 1898, ce grand écrivain renommé et riche doit fuir en Angleterre.

Les faux d’Henri sont découverts, le colonel se suicide.

Dreyfus est finalement gracié, sans être réhabilité. A sa sortie de prison, il déçoit ceux qui se sont battus pour
lui. Il est petit, effacé, dévoué sans faillir à l’armée, n’a aucune compétence d’orateur et refuse totalement de
reconnaître la moindre implication d’antisémitisme dans son affaire. Ce héros de la République n’est pas à la
hauteur des attentes

En 1906, finalement a lieu un nouveau procès qui le réhabilite, 12 ans après les faits

En 1914, Jaurès est assassiné.
Le droit a retrouvé sa place, l’armée est rentrée dans les casernes et l’Eglise a dû se réconcilier avec les valeurs de
la République.
 Les débats de la guerre froide
C’est la guerre de 40-45 qui a lancé Sartre dans le monde intellectuel car il y trouve matière à réaliser sa synthèse, utiliser
ses capacités à défendre les autres. Sartre et Camus sont de grands amis, très proches jusqu’à ce qu’ils se disputent sur le
rôle des intellectuels. L’opinion publique a donné raison à Sartre, rétrospectivement, il semble que ce soit Camus qui ait eu
raison et que Sartre se soit écarté de l’idéal intellectuel ! Les faits :

En 1930, Sartre commence à s’intéresser à la notion d’intellectuel car il cherche un moyen de sortir de sa névrose.
Il veut faire la synthèse entre les gens prétendument indispensables et les droits de l’homme.

1940 est la violation par excellence des droits de l’homme. Le système mis en place privilégie la violence et
l’oppression. La vocation d’intellectuel se fait urgente.

Après la guerre, les allemands ont été battus par l’Ouest et par la résistance de l’Union des Républiques
Soviétiques Socialistes. (La révolution communiste de 1917 a instauré une dictature maquillée. La question
communiste va dominer tout le 20 siècle. Derrière l’égalité des hommes annoncée se cachent l’arbitraire et les
purges. ) C’est Staline, le pire, qui est au pouvoir (jusqu’en 1953). Il profite de la fin de guerre pour occuper tous
les pays jusqu’à l’Allemagne. Les tensions sont très palpables entre l’URSS et les USA. L’idéal communiste est
très attachant pour le monde démocratique occidental qui le cite en exemple. En réalité, il y a plus d’égalité à
l’Ouest qu’à l’Est.
On parle de guerre froide car la possession de l’arme nucléaire a créé l’équilibre de la terreur. Il existe une paix
armée entre l’URSS et les USA qui s’affrontent en périphérie (Vietnam, par exemple).

Les intellectuels occidentaux sont d’accord sur le problème des camps d’extermination mais ils commencent à se
disputer sur les questions de fond. Qui de l’Est et de l’Ouest défend le mieux les valeurs des droits de l’homme ?
Certaines informations venues d’URSS dénoncent le despotisme et la brutalité. Dès lors, faut-il avoir ou non la
même attitude, vis-à-vis des violations des droits de l’homme, contre les communistes que contre les nazis ?
Camus reste totalement fidèle à l’idéologie républicaine. C’est un gauchiste convaincu, anti-capitaliste. Il ne fait
pas de différence de classe. Il tient compte de tous les hommes. Il se bat pour un principe d’identité : une victime
reste une victime et un bourreau, un bourreau ; mais il reste vigilant car rien n’empêche une victime d’hier de
devenir un bourreau demain. Dans la révolution russe, les victimes du régime tsariste arrivent au pouvoir et
établissent un régime pire que celui qui les opprimait. Si beaucoup de gens ne font pas le mal, c’est parce qu’ils
n’en ont pas l’occasion !

Krachenko est arrivé à s’échapper d’URSS et arrive en France où il raconte les systèmes concentrationnaires. Le
parti communiste est alors un parti influent, en France, à égalité avec le parti socialiste. Il refuse totalement ce type
d’information. La machine de la propagande est en marche. Beaucoup d’écrivains se mobilisent contre les « intox »
de Krachenko et de ceux qui le soutiennent. L’avenir nous montrera que Krachenko n’était au courant que d’une
petite partie de l’horreur. Camus, d’emblée, s’est rangé du côté de Krachenko.

Début 1950, Sartre choisit de défendre les communistes pour ne pas « désespérer Billancourt », le lieu mythique de
ceux qui se battent pour les égalités sociales. Selon lui, le communisme est la seule planche de salut pour les
opprimés. Bien que du même bord, Camus ne peut cautionner des exactions, il attaque donc les intellectuels qui se
7
voilent la face. « Le 20ème siècle est un siècle où on a transformé les bourreaux en victimes et les victimes en
bourreaux ». Camus veut qu’on lutte contre les abus. Sartre demande qu’on ne parle pas des méfaits du
communisme pour lui laisser une chance. Ce faisant, il écrase les victimes d’URSS, il les renie car ce dont on ne
parle pas n’existe pas. Mais Sartre attaque Camus et le traite de capitaliste de droite, de tout le poids de sa
renommée. Le monde intellectuel ajoute foi à ses dires et juge Camus

Fin 80, le régime communiste implose. Le mur de Berlin tombe, l’Europe de l’Est est libérée. Mais le régime
mafieux qui prend place n’est pas meilleur pour la situation sociale.
Ces faits illustre le concept selon lequel on trie les informations qui nous arrivent. Nous prenons pour avéré tout ce qui
va dans le sens de nos convictions, mais si ce n’est pas prouvé. Mais nous sommes extrêmement méfiant pour ce qui
infirme nos thèses, même preuves à l’appui. Quand fin 1980, le parti communiste perd son influence et que ses résultats
s’effondrent, les gens ont perdu leurs illusions, beaucoup se tournent vers les valeurs des droits de l’homme et la
démocratie. C’était le moment privilégié d’un rassemblement autour de valeurs pareilles.
Les situations sont toujours beaucoup plus compliquées et les désaccords nombreux. Les « droits de l’homme » sont
dangereux car ils signifient une perte de pouvoir pour ceux qui ne les respectent pas. D’un point de vue intellectuel,
l’exercice est difficile car il reste toujours les vieux réflexes.
Platon se demandait déjà pourquoi, lorsqu’on avait besoin d’un service précis, on s’adressait toujours aux gens les plus
compétents et les plus spécialisés. Par contre, pour décider de la guerre ou la paix, l’organisation de la vie sociale, on
s’adresse à une assemblée de gens qui agissent avec désinvolture et ne raisonnent pas correctement. Les systèmes
manichéens sont attirants car simplistes. Le peuple est bête et choisit entre le Bien et le Mal. Les dirigeants sont
coupables.
6 Les conditions d’une véritable intégration
Il faut trouver un lien entre les communautés. La démocratie et les Droits de l’homme peuvent régir les différences de
culture. Dans un état démocratique, même la majorité ne peut faire n’importe quoi car elle doit se conformer au respect de la
dignité des individus. C’est le principe de non discrimination = pas de traitement différent en fonction des convictions, à
condition qu’on respecte celles des autres. Dans ce cas, les D. de l’H peuvent rassembler tout le monde. Mais sous certaines
conditions !

Il existe des contradictions entre les valeurs sacrées de certaines religions et les valeurs des droits de l’homme.
(égalité homme / femme, très différent pour les musulmans). Il faut protéger les femmes musulmanes contre les
hommes musulmans et contre les autres, méprisants. L’intolérance existe aussi au sein même des minorités.

L’islam admet difficilement que l’on change de religion. La liberté de culte et l’un des droits de l’homme, elle
comprend le droit de changer de religion, ou de la rendre plus libérale. La religion est rarement choisie librement,
surtout chez les musulmans. C’est une culture familiale, communautaire. Le moment de la liberté est le moment de
la réflexion critique (voir le problème du foulard). Si il existe des conflits entre la religion et les D. de l’H, c’est la
religion qui doit plier. Sinon, çà donne une génération d’hypocrites qui restent au sein de la communauté par peur,
ce qui n’est pas profitable à la religion.

« Le discours de la réciprocité ». En occident, les musulmans sont une minorité. En Arabie, il existe une minorité
chrétienne. Le principe de réciprocité sous-entend que la minorité musulmane pourra prétendre à l’égalité en
occident lorsque la minorité chrétienne bénéficiera du même respect chez eux. En Arabie, les minorités juives et
chrétiennes tendent à disparaître car elles ne sont pas protégées. Il y a des affrontements interethniques sanglants.
On ne peut être musulman en Europe et demander l’égalité tout en défendant l’idée de terre de l’islam, là-bas. Il
faut qu’il y ait cohérence mais on ne peut accorder l’égalité des droits aux musulmans qu’à conditions qu’ils
aillent changer le monde arabo-musulman ! Ce discours est irréalisable car il pénalise les musulmans installés chez
nous. Considérer que l’Europe est un club chrétien coincera éternellement les musulmans en Europe, ils ne
deviendront jamais des musulmans d’Europe. Or, pour la première fois, des gouvernements se sont associés en
Europe, librement et en cédant une partie de leurs pouvoirs. Ils travaillent à une constitution commune prônant les
valeurs des D.H. Ils s’engagent à ne jamais les rattacher à des religions. Les peuples qui veulent faire partie de cette
association doivent se conformer à cette règle et mettre de l’ordre à l’intérieur de leurs valeurs religieuses pour
qu’elles correspondent aux valeurs de la CEE. Il faut lutter pour l’uniformité mais pas réclamer la réciprocité.

Si les D.H. sont un moyen de protection des minorités, ils sont aussi des protections pour les majorités. Gare au
laxisme qui permet l’infiltration des extrémistes. Ce type de complaisance est nuisible à tout le monde mais surtout
pour la minorité musulmane. C’est aux musulmans de dire « non » à Al Qaïda, aux Palestiniens de dire « non » aux
attentats suicide, aux Israéliens de dire « non » aux colonisations sauvages.
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N.B. : Il ne faut pas faire d’amalgame entre arabes et islam. L’islam est né en Arabie, l’arabe est la langue sacrée par
laquelle le Dieu s’est adressé à Mohamed. Du 8 au 14° siècle, les arabes ont colonisé un territoire qui s’est arrêté à
Poitiers. Il faut distinguer l’islamisation (conversion des populations) qui s’est faite de paire avec l’arabisation
(adoption de la langue arabe qui a soulevé bien des résistances, ex : les Berbères, les Kabils…). Au-delà de cette sphère
Maroc / Irak, il y a eu islamisation sans arabisation (ex : Iran, Pakistan, Indonésie, Afrique…). L’arabe y est langue
sacrée mais pas langue nationale.
7 L’impact médiatique
La focalisation médiatique sélectionne les informations. Personne ne s’occupe du Tibet ou du Soudan. En 2003, on est
concentré sur le problème Israélo-Palestinien mais on parle peu de la Tchétchénie.
Le port du foulard a déchaîné les passions. Est-ce en conflit avec les D.H. ? Cela ne fait de mal à personne. Mais quelle
signification a ce foulard. Si c’est un choix librement consenti, une pudeur, un engagement personnel alors, il faut le
respecter. Si c’est un moyen de pression sur une minorité (les femmes musulmanes), si c’est une contrainte, nous devons
offrir le moyen à ces femmes de s’émanciper.
Permettre le port du foulard à l’école est préjudiciable pour celles qui sont contraintes, l’interdire est une atteinte à celles qui
veulent le porter par conviction. Aucune solution n’est parfaite. Mais il est particulièrement important de soutenir
l’émancipation des femmes musulmanes et lutter contre toute imposition.
En 1988, Salman Rushdie est un écrivain musulman de Bombay, immigré en Angleterre lors du retrait des anglais d’Inde en
1945. Il s’en est suivi une guerre civile avec une épuration ethnique massive. Gandhi a milité pour la réconciliation
musulmans / hindous. Il s’est fait assassiné par un intégriste hindou. L’Inde a cédé le Pakistan et l eBengladesh (Pakistan
oriental). Dans un premier temps, Rushdie a écrit sur la condition des immigrants indopakistanais qui subissent le racisme,
le mépris, la mauvaise intégration. Un jour il veut publier « les versets sataniques », roman qui postule l’existence de versets
dictés par Satan au milieu des versets dicté par Allah. Avant qu’il ne soit publié à l’étranger, le livre est dénoncé et brûlé
dans les rues de Londres. Pas encore traduit, il est brûlé au Pakistan, lors de grandes manifestations. (Rappel des SS qui
brûlaient les écrits des auteurs juifs). Puis il y a eu des alertes à la bombe dans les librairies qui voulaient vendre le livre.
Enfin l’Ayatollah Koméni lance une fatwà contre l’auteur. Rushdie a émigré aux USA après avoir dû se cacher pendant des
années. La fatwà existe toujours, un traducteur a été assassiné, d’autres ont été inquiétés.
Face à ces réactions, il n’y a pas moyen de discuter. Il n’y a aucune excuse à ces comportements car Rushdie n’a agressé
personne et n’a violé aucun droit.
8 Le problème spécifique de l’immigration
Il ne faut pas faire de confusion entre l’immigration et le droit d’asile.
L’immigration, c’est le déplacement de gens d’un pays à un autre pour un temps bref ou long, pour visiter ou s’installer,
pour travailler, pour demander un changement de nationalité…
Dans les « 30 glorieuses », 45 – 75, on a vu une grosse immigration portugaise et italienne, surtout. C’était tout de la main
d’œuvre peu spécialisée qui affluait car le développement industriel était gros pourvoyeur d’emploi. Leur intégration s’est
faite plus ou moins facilement car elle dépendait non seulement des différences de culture, d’histoire, de traditions mais
aussi de la réaction des gens qui étaient là avant eux. On peut tout rencontrer : les réactions de méfiance, de xénophobie,
voire de racisme ou la tolérance ou l’ouverture. L’expérience de l’immigration n’est enrichissante que si il y a un dialogue.
La vie ensemble ne peut durer s’il n’y a pas une loyauté vis-à-vis de l’Etat, de la communauté dans laquelle on vit,
ressortissant et immigré.
En 1970, c’est le début de la crise économique, immédiatement ressentie par les ouvriers non qualifiés. On a moins besoin
de main d’œuvre et les pays occidentaux se ferment à l’immigration. On ne délivre plus de permis de travail. Il reste encore
une immigration illégale mais dans des circuits fermés qui ne respectent pas les droits, exploitent les gens, les prostituent...
Il existe encore des opportunités pour les surdiplômés.
Il en va tout différemment pour les réfugiés politiques ou religieux. Nos pays restent ouverts à ceux qui sont en danger de
persécution, tous ceux qui ne sont pas conformes aux normes de leur pays. Ceux-là doivent entamer des procédures du droit
d’asile pour être accueillis. Dans notre pays, ces réfugiés, quand ils sont en ordre, sont libres mais ils doivent faire preuve de
retenue et ne pas afficher leurs idées politiques ou religieuses, par respect pour la paix du pays d’accueil. Bien sûr, les pays
occidentaux ont dû mettre des filtres en place pour éviter les abus. Il n’existe pas encore de politique commune au sein de
l’union européenne. D’un autre côté, on a laissé trop de pouvoirs aux administrations. Les droits à la défense de ces réfugiés
sont difficiles à faire valoir. Il y a toujours des suspicions d’excès, d’abus. C’est une situation difficile et précaire.
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Il y a toujours une immigration par « regroupement familial », par rapport à ceux qui sont là. Souvent, les immigrés des
premières vagues ont acquis la nationalité. Ils restent une minorité avec une autre culture et une autre religion. Que faut-il
faire pour vivre ensemble ? Quelles valeurs communes adopter ?
9 La question du terrorisme
C’est la nouvelle phase terrible du conflit mondial.
Définitions :
Acte terroriste : tout acte qui vise à obtenir un résultat politique en semant la terreur (faire plier sous la peur)
Classification :
A) Selon la cible :

Les dirigeants. L’acte est dirigé contre un responsable. Il y a une certaine « légitimité ». Sadate, arabe égyptien, qui
a négocié la paix avec Israël, s’est fait assassiné par un extrémiste musulman qui refusait de pactiser avec le juif.
Rabbin, juif Israélien, s’est fait assassiné par un extrémiste qui ne voulait pas pactiser avec les palestiniens
musulmans.
Le terroriste est législateur, juge et bourreau. Il accuse et il exécute. Il y a confusion des pouvoirs. Il ne reste plus
de place pour le droit à la défense. L’extrémiste terroriste viole le principe du droit à un procès équitable. Il n’y
a rien de pire que la justice expéditive.
Dans ces deux exemples, la cible est « un bon », selon notre système de valeurs, celui qui défend le même système
de valeurs que nous. D’autres exemples peuvent –être trouvés qui s’attaquent à des « mauvais », des actes
terroristes qui liquident des gens sans procès mais dont les valeurs sont partagées par nos démocraties. Le ministre
« Carero Blanco » du gouvernement franciste, sa mort a paru ouvrir la porte à la démocratie. Le terrorisme est-il
dédouanable pour autant ? Le successeur désigné par Franco, Juan Carlos, était aussi un homme à abattre. Pourtant,
à la mort de Franco, on a découvert qu’il travaillait déjà à la démocratisation de l’Espagne. Qu’aurait été l’après
Franco sans cet homme, comment aurait-on éviter la guerre civile ? Dans quelle mesure peut-on cautionner un acte
terroriste s’il est le fait d’un démocrate humaniste ? Peut-être est-ce la seule solution ?

Les civiles, le hasard. Ces cas transgressent encore plus les valeurs morales. Le dirigeant abattu n’a pas eu droit à
un procès équitable. Mais pour qu’il y ait procès, il faut qu’il y ait charges contraignantes (ex : Nihoul). Les
dirigeants sont difficiles à atteindre car ils sont bien protégés. Ici, on s’attaque à des innocents. Ce n’est plus une
transgression au principe du procès mais c’est un crime contre l’humanité. On chute dans l’échelle de la moralité
mais on grimpe dans l’échelle de l’efficacité. S’attaquer aux dirigeants mobilise peu de monde car concerne une
petite poignée de gens, ceux qui font de la politique. Si tout le monde est potentiellement en danger, la mobilisation
est totale. Les gens exigent que cela cesse quel que soit le prix à payer. Ils sont prêts à accepter toutes les
revendications.
B) Selon l’auteur : cfr plus haut.
Bases de la situation présente : Les attentats du 11 septembre. Le fait réel : 3000 morts. Dans une interprétation
manichéenne : d’un côté, ceux qui critiquent la politique extérieure des Etats-Unis, de l’autre, ceux qui critiquent
l’Islam.
Les morts, dans les tours ou les avions étaient-ils responsables de la politique extérieure ? Les communautés musulmanes de
tous les pays, cautionnent-elles ces actes terroristes ?
Les actes terroristes du XI septembre se sont attaqués aux symboles du pouvoir américain. Les moyens sont sataniques.
Choisir des vols commerciaux, civils, contenants des inconnus de toutes castes, cultures, âges… Les transformer en bombes
vivantes pour les précipiter soit sur des tours commerciales, symboles de la puissance économique des USA, soit sur le
Pentagone, symbole de la force armée des USA, et sur le capitole, symbole du pouvoir américain. C’est une vraie gifle.
Comme l’horreur s’est passée derrière l’écran des tours, comme on n’a pas vu de cadavre ou d’atrocité, personne n’a été
choqué ni n’a concrétisé l’enfer de ces actes. On peut parler d’actions symboliques puisqu’il n’y a pas de victimes
concrétisées. Il y a même une sorte de négation des victimes (cfr Camus et les victimes du communisme). Or, on éprouve de
la compassion pour les victimes matérialisées. Il faut lutter contre cette négation car qui dit victimes oubliées dit tyrans
impunis. Ben Laden a choisi l’endroit et le nombre de victimes pour choquer un maximum, mais à aucun moment, dans ses
cassettes, il ne parle de ces victimes, il ne leur reconnaît la moindre existence, il ne montre la moindre compassion. C’est
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très différent des dommages collatéraux. On vise une base militaire et la bombe touche un bâtiment civil, à côté, provoquant
des morts. Cela n’est pas intentionnel et on regrette ces accidents.
Poser un acte symbolique, c’est, par exemple lors de la guerre au Vietnam, brûler le drapeau américain devant la maison
blanche en signe de protestation contre les attaques au napalm, ou déchirer les carnets militaires quand on est conscrit. Ces
gens ont été arrêtés pour insulte à l’Amérique. La cour suprême, gardienne de la constitution, a débouté la plainte en vertu
du I° amendement, « la liberté d’expression ». Dès lors qu’ils étaient permis, ces actes ont perdu leur impact médiatique et
ont été abandonnés. Mais jamais ils n’ont fait de victimes.
Les attentats ont été préjudiciables aux minorités musulmanes. Le terrorisme vient d’une perversion de l’Islam. Mais après
les attentats, les gens craignent pour leur sécurité, ils généralisent et se méfient de tous les étrangers.
D’après Haarscher, deux positions mènent à l’impasse. Prendre très au sérieux les attentats accentue le fossé entre les pays
islamiques et les pays occidentaux. Çà équivaut à confondre un million de musulmans avec un petit nombre de terroristes.
Beaucoup plus nombreux sont les musulmans qui glorifient ces extrémistes, Ben Laden en premier. A l’opposé, sousestimer les actes et le terrorisme est dangereux car il offre l’opportunité aux extrémistes d’infiltrer les démocraties.
Causes du terrorisme : Penchons nous sur les événements exactes du 11 septembre 2003.
Il s’agit d’un assassinat prémédité, ni un accident, ni des dommages collatéraux.
Il s’agit d’un crime contre l’humanité. C’est une notion nouvelle qui émerge mais qui est encore floue. Elle vient du
Statut de Nuremberg, en 1945 quand on a voulu édicter de nouvelles lois pour juger et condamner les criminels nazis.
Crimes de guerre : Au XIX° siècle, Henri Dunant s’aperçoit que les guerres existent depuis que l’homme existe et qu’il est
impossible de les supprimer. Il se demande si on pourrait (pourvoir à l’insuffisance du service sanitaires dans les armées en
campagne) les humaniser (soins des blessés sans discrimination de nationalité, protection des ambulances, des hôpitaux, du
personnel soignant, pas de torture des prisonniers, rendre les prisonniers une fois le conflit terminé, ne pas s’attaquer aux
civils,…). On parle de droits humanitaires, qui régissent la Croix-Rouge qu’il vient de créer (stricte neutralité pour
pouvoir avoir accès à toutes les victimes°). En 1864, la première Convention de Genève donne une protection juridique à la
Croix-Rouge. En 1949, 4 nouvelles conventions établissent les droits des victimes de guerre.(révision de la convention sur
la protection des malades, blessés et des soins, protection des prisonniers de guerre en 1929, protection des civils en 1945,
amélioration du régime des captifs, ) Enfin, en 1951, révision du sort des réfugiés et des apatrides.
Ex : Claus Barbie, chef de la gestapo de Lyon, en fuite en 1945, n’a pas été jugé à Nuremberg pour ses « crimes de guerre ».
On lui a fait un procès 40 ans après, pour avoir arrêté, torturé puis tuer Jean Moulin. En droit normal, il y a prescription
après 20 ans, si des poursuites n’ont pas été entamées avant. Jean Moulin était un combattant, un adversaire. Le statut de
Nuremberg fait la différence entre crime de guerre et crime contre l’humanité.
Crime contre l’humanité : porte directement contre des innocents (extermination des tziganes et des juifs, arméniens,
Rwanda …) Cela inclut tous les génocides, tout se qui tend à faire disparaître une population, mais pas toujours. Barbie était
aussi accusé d’avoir envoyé des enfants juifs dans un camp de la mort en Pologne. Ces enfants n’étaient ni des combattants,
ni des adversaires. En France, il n’y a pas de prescription pour les crimes contre l’humanité.
Le XI septembre. Trop d’importance ? Oui, en comparaison d’autres conflits que l’on a oublié, le Tibet, le Soudan… On a
surmédiatisé New York. On n’a pas traité tous les sujets sur le même poids, même mesure.
Trop peu d’importance ? Oui, on a trop peu parlé de l’attentat, on a de suite extrapolé sur la politique et l’Islam. Or TOUT
crime mérite qu’on poursuive les assassins. Si le conflit avec l’Irak s’enlise, cela provoquera une haine de l’Amérique et de
l’Occident. Al Qaïda récupèrera ainsi des milliers de soldats. Il faut pourtant, armée ou non, débarrasser le monde d’un des
pires tyrans de la planète.
Contexte
Les discours caricaturaux

La faute à l’Islam. C’est une religion intolérante et obscurantiste qui engendre un phénomène intégriste. Tel quel,
cela ne se dit pas mais c’est pensé par beaucoup de gens. Il n’est pas « politiquement correcte » de dire « c’est la
faute à l’Islam ». Berlusconi a dit « cette religion médiévale ».
La position socio-économique de l’Occident
et de l’Amérique suscite du ressentiment dans le monde. Entre réalité et phantasme, le rapport à l’essor
économique dynamique de l’Amérique est ambigu, même pour les Européens. On éprouve de l’admiration pour le
dynamisme mais du ressentiment pour ce pays brutal à la politique étrangère cynique et qui pratique encore la
peine de mort…
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
On ne peut pas faire l’impasse sur l’image de l’Amérique dans le monde. La richesse est ressentie comme une
arrogance. La genèse de l’Islamisme est récente. L’Amérique était admirée dans le tiers-monde car elle n’avait pas
de colonie et ce pays s’était libéré tout seul. L’image s’est beaucoup détériorée. Or, il y a la doctrine de ceux qui
disent que si tout va mal en Orient, c’est parce qu’on s’est écarté de l’Islam. Il faut retourner vers le prophète. Cela
existe dans toutes les religions (Gilles Kepel, la revanche de Dieu). Il existe toujours des intégristes dans toutes les
religions, ceux qui ne font pas de compromis (parmi les protestantistes et les judaïstes, les fondamentaux veulent
revenir aux éléments fondamentaux). Dans chaque cas, au nom d’un retour à une religion pure, ces intégristes
veulent prendre le pouvoir. Jusqu’à présent, cela a toujours été des mouvements marginaux qui étaient relativement
contrôlés.
L’importance, toujours grandissante de l’Islam, ces 20 dernières années
Il y a un contentieux entre le monde musulman et le monde chrétien. Entre les 8° et 12° siècles, les Arabes étaient en
Espagne. Cela correspond à une période de grandeur et d’ouverture à la science, une période de collaboration avec les
savants juifs et chrétiens. Ce sont les Arabes qui nous ont rapporté les écrits d’Aristote. Puis les chrétiens ont amorcé
leur déclin en reconquérant l’Europe, jusqu’en 1492. C’est la fin des années d’or, le temps de la colonisation et de la
dépendance jusqu’à la fin du 19° siècle. A ce moment, quelques minoritaires islamistes et tous les laïcs réfléchissent sur
les moyens de lutter contre le déclin et retrouver leur grandeur. Emerge l’idée de la création de Républiques laïques :
l’Algérie, la Turquie, la Libye, l’Egypte, le Liban. En Arabie Saoudite, seule exception, c’est une idéologie
fondamentaliste intégriste qui prend le pouvoir. Au Maroc et en Jordanie, patrie du prophète, subsiste des royautés
légitimées par leur filiation avec le prophète. Ex : Nasser a mis en place un état moderne qui a longtemps suscité
l’admiration des autres pays arabes. Il a même nationalisé le canal. Son aura est, alors, extraordinaire. Il est un modèle
jusqu’en 1967.
Deux facteurs ont précipité sa chute :
 Dans un premier temps, Nasser ferme le détroit aux Israéliens. Il se fait écrasé en six jours par les Israéliens
qui détruisent son aviation au sol et en profite pour conquérir la Cisjordanie.
 Ces régimes despotiques ne laissent aucun droit. De fortes sommes sont détournées par des dirigeants
corrompus. Face au boum démographique, ces régimes ne sont pas capables de fournir les services de base,
soins, éducation, …
Les groupes islamistes s’appuient sur ces valeurs modernes ratées qu’ils attaquent et critiquent pour reprendre de
l’importance et prôner un retour aux valeurs « pures ». Dans un premier temps, ils essayent une réislamisation par le
haut en voulant prendre le pouvoir. Cela n’a jamais réussi dans le monde arabe mais bien dans le monde chiite (Iran) ou
en Afghanistan (pays enclavé entre l’Iran, le Pakistan et l’URSS. A fait alliance avec l’URSS jusqu’à ce qu’en 1970
l’URSS trouve que le régime communiste installé au pouvoir est en perte d’influence et l’envahisse. En pleine guerre
froide, les USA soutiennent les ennemis de l’URSS. Ils financent des groupes fondamentalistes. Le conflit s’enlise
jusqu’en 1980, où Gorbatchev retire ses troupes, laissant la place à un capharnaüm. Le pouvoir est aux mains de
multiples petits chefs de village, aux fidélités restreintes et multiples. C’est le chaos. Le Pakistan a formé des étudiants
en religion fondamentalistes. Ces talibans prennent le pouvoir en 1995 et instaurent une répression épouvantable. Quand,
en 2001, les USA font pression pour récupérer Al Qaïda, ils envahissent l’Afghanistan pour installer à nouveau les
Tadjikt, nouveaux chefs de guerre peu démocratiques.) Les Islamistes ont bien essayé de dénoncer la corruption des
pouvoirs arabes mais cela s’est toujours terminé par une répression sauvage (en Tunisie, Benali en a profité pour
éliminer ses ennemis ; en Algérie, il y a toujours des massacres).
Alors, ils essayent la réislamisation par le bas. Ils forment les populations. Ils ont passé un double pacte avec les
pouvoirs en place :
1. on n’attaque pas le pouvoir en place, on ne le critique pas sinon on est écrasé. Pour le reste, on peut dire ce
que l’on veut. Nous assistons à une surdimentialisation de la responsabilité internationale, puisque les
vrais coupables sont hors d’atteinte. Ces propos sont biaisés mais les générations, elles, sont
déformées.
2. Comme ces régimes sont incapables de satisfaire les besoins élémentaires, les fondamentalistes ont
proposé de le faire eux-mêmes. En Arabie Saoudite, ce sont les musulmans sunnites qui ont construits
des mosquées, un égouttage, des écoles, qui ont amené l’eau courante, les hôpitaux. Les dirigeants leur
ont laissé plein pouvoir sur l’enseignement de base. Ils font un véritable lavage de cerveau à la
population la plus faible, dopant la popularité de Ben Laden.
Les pouvoirs en place ont crus qu’ils pourraient apaiser les fondamentalistes. De même pour les USA qui ont joué avec le
feu en soutenant les talibans et les autres fondamentalistes. Et Israël qui a soutenu le Hamaz contre Arafat jusqu’à ce qu’ils
se retournent contre eux en pratiquant le terrorisme.
Méfiance face au « noircissement » d’argent blanc. L’Arabie Saoudite produit du pétrole qu’elle vend à l’Occident. Elle
utilise une partie pour faire des projets sociaux et une partie est subtilisée pour alimenter le terrorisme. Ce sont des potentats
très riches qui sont à la tête d’un pays très riche et très fondamentaliste. Ils ont eu besoin des Américains pour les protéger.
12
Jusqu’au jour les fondamentalistes se retourneront contre eux et les renverseront pour corruption car ils ne sont pas
respectueux des principes de l’Islam. D’un point de vue international, il est très difficile de combattre le blanchissement
d’argent noir (l’argent du crime qui paie) mais nous n’avons que peu de moyen de combattre le noircissement d’argent
légal ! On peut difficilement attaquer des fondations très honorables, sociales, qui envoient une partie de leurs ressources
pour soutenir les discours fondamentalistes et les terroristes
Trop de monde a joué avec le feu, notamment les USA qui pour avoir accès aux ressources mondiales à un prix abordable,
négocient avec ces régimes qu’ils appellent « modérés ». Ils soutiennent, par cette politique, des régimes corrompus et
impuissants.
Les islamistes actifs sont minoritaires, les terroristes encore plus. La vraie menace, ce sont les sympathies. Il faut donc
mettre en place un service éducatif qui apprend aux enfants ce qui est un fait, quelles en sont ses faiblesses, comment
analyser et critiquer les faits….Les ouvrir au discours démocratique. C’est l’activité, le rôle de l’intellectuel. Sartre a résolu
son problème dans la « nausée », il utilisait ce qu’il avait appris contre ceux qui utilisent ce qu’ils ont appris pour prendre le
pouvoir.
1989 : à la chute du mur de Berlin, l’idéologie communiste était affaiblie. On a pu étudier et évaluer les problèmes en
fonction de valeurs cohérentes et réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour faire respecter ces valeurs, lutter contre le
crime… Malgré les impunis, la justice a une fenêtre pour se manifester.
10 La mémoire
Actuellement, nous avons des visions simplistes, trop idéologiques. Il faut rester vigilant car , dans les système de
propagation autoritaire, les gens ne peuvent pas exprimer de pensée critique. Dans nos pays, les gens n’en expriment pas par
paresse.
Un élément important, au service de la « désidéologisation » est la mémoire. Les grands conflits impliquent une mémoire
des drames, des peurs et des hantises. Ces drames se transmettent de génération en génération :

Après la deuxième guerre mondiale, les Français et les Belges appelaient les allemands « les Boches »
=>processus d’amalgame de la population avec les nazis.

Après le 11 sept, on adit que les USA l’ont bien cherché étant donné l’arrogance du gouvernement =>
amalgame régime et victimes inacceptable.
50 ans après la guerre, il ne reste plus de préjugé et Allemands et Français se tiennent contre la guerre. La peur de l’ennemi
ne se manifeste presque plus car il y a eu un travail de mémoire collectif. On a enseigné la mémoire du nazisme aux deux
peuples. On en a parlé à l’école. La chaîne de collaboration « Arte » présente la même vision des évènements aux deux
communautés. En Autriche, on a tu le problème, on a gardé le cadavre dans le placard : grosse poche de préjugés racistes et
d’antisémitisme. En Yougoslavie, la deuxième guerre a été synonyme de terrible répression sous le régime « oustachi »
installé par Hitler. Les Serbes étaient du « bon » côté mais, après la guerre, ils ont appelé les Croates les « oustachi ». Pas de
travail de mémoire, la situation s’est dégradée. Pour les Croates, les Serbes sont les « Tchetniks ». Il y a eu transmission de
conflit au cours des générations.
Le travail Il faut retrouver, dans l’histoire, les éléments qui ont été refoulés. C’est un travail de collaboration. On doit
soigner, corriger le passé, prendre tous les témoignages. Il faut aussi corriger l’espace, ouvrir les frontières et permettre aux
gens de communiquer. Dans la construction européenne, il est important qu’une langue commune nous permette de
communiquer.
Le cas de Talisma Nasreen : médecin musulmane du Bengladesh, elle décide de témoigner. « La honte » parle de la
situation d’une famille hindoue persécutée par des musulmans au Bengladesh. En faisant le contraire, elle aurait renforcé le
sentiment nationaliste « ns sommes les bons ». Elle a préféré dénoncer les exactions de son propre peuple. S’en sont suivies
des manifestations de haine et des menaces de mort.
Symboliquement, elle a fait un travail de mémoire que tous les hindous et les musulmans devraient faire. Mais faire ce
travail est dangereux, d’ailleurs, elle a dû s’exiler. Ce qui est transmis est gênant. Or, si on dénonce :

les vôtres vous traitent de traître car les discours simplistes sont toujours bien perçus, plus facile à admettre. Or, il
est important, si on a des valeurs, de ester vigilant et de dénoncer les actes mauvais. (pareil pour les manifestations
des Palestiniens contre les actes suicides qui souillent leur combat)

les ennemis, eux, trouvent une preuve supplémentaire pour alimenter leur discours.
C’est difficile pour une femme musulmane, dans un monde d’hommes, de faire une autocritique. Bien qu’elle ait raison,
quel danger représente son acte car elle est, à présent, détestée par les siens et utilisée par ses ennemis… Le conformisme
facile est très tentant, surtout si on a un gourdin au dessus de la tête (ex : Irak, Allemagne des nazis). Le groupe a tendance à
sélectionner ce qui l’arrange dans le passé, il se protège. Mais si on se cache les défauts, on ne peut pas se corriger. Dans
nos pays, le conformisme n’est pas obligatoire, le ciel ne risque pas de tomber. Pourtant, beaucoup de gens sont
conformistes et hypocrites. Cela ne paie pas car, si vos amis ne vous critiquent pas, seuls vos ennemis vous critiqueront et à
13
tort. Quand quelque chose n’est pas bien, ce peut être la faute de l’autre ou la nôtre ! Si le conformisme est spontané,
l’indépendance engendre le respect. ! Il existe aussi le conformisme de l’anticonformisme
Le monde et nous comme partie du monde :
1.
Que perçoit-on du monde ?
L’endroit où nous sommes. Et encore, le point de vue peut différer. Par rapport à quelqu’un assis plus au fond, nous
n’aurons pas conscience de se qui se passera derrière nous. Tout ce qui se passe hors de la pièce n’est appris
qu’indirectement. Le rapport de l’évènement est-il bien ou mal fait. (cfr les médias ou d’autres personnes). Même
quand on est témoin d’une chose, on n’en comprend pas les tenants et les aboutissements (les motivations des gens, ce
qui s’est passé avant…) La vision est toujours superficielle, ou bien il n’y a souvent pas de visu. Nous dépendons des
autres qui interprètent. Donc la vision des choses est toujours distordue. Il y a en fait peu de rapport entre la réalité
présente (car pas d’ubiquité et distorsion de vision) et la réalité rapportée. Le monde nous est opaque. Ce qui n’est pas
présent, ce qui est dans la tête de l’autre ou ce qui se passe dans la nôtre mais dont nous ne sommes pas pleinement
conscient, nous reste incompréhensible.
2. Tout ce qui est passé n’est pas présent et doit être reproduit par notre mémoire ou par le témoignage des autres.
Ce travail d’interprétation est très fragile. C’est un travail intellectuel. Platon critiquait les philosophes matérialistes :
quand on embrasse un arbre, on est trop près pour le saisir dans sa globalité et dans sa relation avec son environnement.
Un livre explique cette vision distordue : « Bonfire of the vanities » de Tom Wolfe. Ce livre raconte l’histoire d’un « maître
de l’univers » de Wall Street qui, reconduisant sa maîtresse chez elle dans sa grosse voiture tape-à-l’œil, se trompe de
bretelle d’autoroute, se perd dans le Bronx et qui retrouvant enfin un passage vers l’autoroute est coincé par un obstacle.
Arrivent deux noirs à l’attitude peu engageante mais qui proposent de l’aide. Contexte dangereux mais paroles douces. Mc
Koy doit prendre une décision rapide. Il saisit le pneu qui était dans le chemin et le jette sur l’un des noirs. Commence un
combat. La maîtresse, affolée, prend le volant, démarre, le fait remonter en voiture. En faisant marche arrière, ils entendent
un bruit sourd puis ils s’enfuient. Mc Koy pense un instant aller à la police pour dénoncer les faits mais la femme l’en
dissuade. Quelques jours après, les journaux titrent qu’un noir a été écrasé par un blanc riche. Le grand noir a inventé un
délit de fuite. Le jury qui n’était pas présent, devra se faire une idée au procès en écoutant les deux versions.
Aux USA, il n’y a pas de juge d’instruction. Le jury ne peut pas retenir « la vérité ». Il doit retenir la version la plus
vraisemblable en fonction des traces du passé qui lui sont rapportées.
Si la nausée nous donnait un exemple d’opacité par rapport à soi, le bûcher des vanités illustre l’opacité par rapport à l’autre
par rapport au passé. Le récit est partiel et partial. On doit donc INTERPRETER, essayer de savoir ce qu’on n’a pas vu
grâce à ce que l’on voit, mais avec toute la partialité, toutes nos tendances et nos envies à croire une version, plutôt qu’une
autre. (Quand on a un préjugé positif face à une version, on finit toujours par privilégier cette version)
L’idéologie est une sorte de « prêt-à-penser » qui influence encore plus partialement l’interprétation. Cette idéologie
s’exprime beaucoup dans les discours que les hommes tiennent sur eux-mêmes : - soit ils se connaissent mais ils présentent
une image faussée d’eux-mêmes
- soit ils pensent vraiment qu’ils sont tels qu’ils se présentent. Ils se
mentent à eux-mêmes. (cfr. Roquentin qui tente de se cacher son mal-être)
La condition humaine, c’est devoir se fier à des traces, à des incertitudes pour pouvoir se positionner par rapport à soimême, aux autres, au temps et à l’espace. Beaucoup préfèrent la certitude de l’idéologie plutôt que la relativité,
l’incertitude de la liberté d’interprétation.
11
Genèse de la philosophie jusqu’à Galilée
Sa naissance remonte au 7°, 6° siècle av. JC, au temps des cités grecques et de l’empire grec qui s’étendait jusqu’en Asie
Mineure.
Dans l’actuelle Turquie, à Milet, naît en 624 av JC, Thalès considéré comme le premier philosophe de tous les temps (bien
qu’il ne subsiste aucun écrit !) Thalès et ses successeurs sont appelés les PRESOCRATIQUES. Longtemps dénigrés, ils ont
été réhabilités en période contemporaine.
Thalès est un scientifique, mathématicien (introduit la géométrie en Grèce, les angles droits dans un hémi cercle), astronome
(il prédit une éclipse du soleil) et ingénieur (sa branche est la navigation). Il utilise la réflexion mais son sujet n’est pas la
vie bonne. Il s’occupe du monde extérieur. Comment cela fonctionne-t-il ?
On lui attribue le principe que « tout est eau », tout est fait d’eau et tout se solutionne dans l’eau. L’eau est à la base de tout,
d’ailleurs la terre est une assiette qui flotte au milieu de l’eau. Cette idée est paradoxale et va à l’encontre de toutes les idées
du moment. Il est donc tenu d’argumenter car l’époque est polythéiste et anthropomorphique (les dieux à aspect humain
sont les « bons » dieux, ceux qui ne ressemblent pas aux hommes sont les mauvais qui perdent toujours). Les cités grecques
ne privilégiaient pas toutes les mêmes dieux. Elles étaient dirigées aristocratiquement, c’est-à-dire en fonction de
14
descendance divine, par les meilleurs. (Uranus et Gaia ont engendré les Titans, premiers dieux à formes humaines. Ceux-ci
se sont fait la guerre. Le vainqueur, Zeus est devenu le dieu suprême. Ceux qui descendent de sa lignée sont les aristocrates)
Tout trouve son explication par les dieux. Ceux qui gouvernent sont plus proches des dieux et les comprennent, connaissent
leurs intentions…
Thalès révolutionne cette théorie, il renie la mythologie et propose une explication « naturelle ». On connaît le travail de
Thalès par les propos rapportés par Aristote (-384, -322) qui dit notamment « Avant Thalès, on racontait la grande histoire,
la Mythos. Depuis Thalès, on explique et on argumente ».
Thalès n’est pas un politologue ni n’a de rôle politique, bien qu’il persuadât les états séparés d’Ionie de former une
fédération (capitale : Téos) et dissuada une alliance avec Crésus, sauvant sa ville. Il est bon citoyen mais aussi savant
progressiste écouté. Il n’est pas le premier à prétendre simplifier la nature à ses éléments. Il décide que l’eau est l’élément le
plus important mais n’en fait pas un dogme à prendre tel quel. Il raisonne, explique, argumente. Même si tout cela nous
paraît bien naïf, à présent, son regard sur le monde est neuf et sa vision d’un monde sans dieu remet en question le système
politique de l’époque. (Le même problème s’est posé à l’Eglise catholique qui était accrochée au récit créateur de la Bible
lorsque Darwin a proposé sa théorie de l’évolution. Tout se qui est en contradiction avec le récit sacré pose problème à ceux
qui veulent s’en tenir au sens premier des textes)
Thalès est celui qui est passé à la postérité comme étant le premier qui propose une approche scientifique et philosophique
de la raison.
Anaximandre : disciple de Thalès, né en 611av.J.C. L’origine du monde doit être indéterminée, afin de pouvoir revêtir
toutes les déterminations. L’eau est un élément déterminé qui ne peut donc être à l’origine des autres éléments
Anaximène : disciple des deux premiers, né en 570 av.J.C. ( ?) L’indéterminé est trop vague. Pour lui, le premier élément
doit être l’air
Héraclide d’Ephès : né en 540, profondément misanthrope. L’élément principal est le feu, selon lui. Dans la nature, tout est
changement, le torrent semble rester le même mais les gouttes d’eau se succèdent à toute vitesse. 3on ne se baigne jamais
deux fis dans le même fleuve
Atomiste : cherchait quelque chose de si petit qu’on ne peut plus le couper : l’atome. (le terme sera repris par les
scientifiques, lorsqu’ils ont cru avoir découvert ce qui existait de plus petit mais il y a encore les protons les neutrons, le
noyau…)
Les écoles se succèdent, les idées aussi. Ceux qui ne sont pas d’accord apportent de meilleurs arguments qui se discutent et
les avis changent !
Peu à peu émergent des procès pour impiété contre ces scientifiques qui remettent en cause l’aristocratie en démentant
l’existence des dieux et leur suprématie sur tout. Tous ces arguments invoqués font réfléchir les gens et l’idée d’une
explication naturelle à toute chose, plutôt qu’une explication divine, se répand.
Xénophane d’Elée : dit que « les hommes ont inventé les dieux à leur image », en Grèce, ils sont blonds ou roux, en
Afrique, ils sont noirs et crépus. Si les chevaux et les lions avaient des mains, ils peindraient leurs dieux et leur donneraient
des corps en forme de chevaux et de lions ! C’est lui qui transforme les « opinions » en « observations ».
Le pouvoir en place, descendant des dieux réagit fortement car en remettant les dieux en cause, on supprime la légitimité de
leur pouvoir ! Or nous en sommes encore à une situation où seule l’aristocratie a des droits politiques. En supprimant les
dieux, le peuple va réclamer le pouvoir puisqu’il n’y a plus de différence de descendance. Ce sont ces scientifiques
apolitiques qui ont donné le pouvoir au peuple !
Au Moyen Age, le commencement de réflexion libre et basée sur la raison a disparu. La philosophie est totalement
subordonnée à la religion catholique et soutient la théologie. Aucune contradiction aux textes sacrés n’est tolérée.
Galilée : mathématicien, inventeur né à Pise en 1564. Ce pur scientifique n’a jamais fait de politique, même s’il a enseigné
les mathématiques dans plusieurs universités italiennes. Grand astronome, il observe les planètes et les étoiles au travers
d’une lunette qu’il a mise au point. Il réfute la théorie des quatre éléments. Par contre, vers 1610, il publie une théorie des
mouvements de la terre et donne raison à l’intuition de Copernic : la terre et les planètes tournent autour du soleil. Ses
calculs de mathématicien le lui confirment et bientôt la communauté des scientifiques le suit. Il a été appelé une première
fois à Rome pour s’expliquer. Le collège des mathématiciens romains lui a donné raison en 1611. Mais les attaques et les
sermons se multiplient car les écrits sacrés disent que la terre est immobile et que les astres tournent autour. La voix Sacré a
primauté sur la voix de la raison dans l’Eglise de la contre-réforme du XVII° siècle ! (le 16°siècles a subi la Réforme de
Lutter et la naissance du Protestantisme en réaction à l’Eglise qui n’applique pas les paroles de Dieu et les principes de la
15
Bible en vivant dans l’opulence et le stupre. Les protestants sont très sobres et puritains). L’Eglise est repliée sur elle-même,
sur la défensive, c’est la contre-réforme mise en scène par le Baroque. Galilée n’a pas saisi immédiatement l’importance de
ses découvertes contre la doctrine religieuse. Il est catholique et a simplement découvert que la théorie de Copernic se révèle
exacte. L’Eglise réagit violemment car elle se sent attaquée de l’intérieur par les protestants qui s’en sont séparés et de
l’extérieur par les scientifiques qui contredisent des textes qu’elle prend au sens littéral. (Dans la Bible, Joshua, frère de
Moïse, arrête la course du soleil. Dans un système géocentrique, le mouvement du soleil est un mouvement vrai tandis que
dans le système copernicien, le mouvement du soleil est apparent ce qui est une notion plus difficile à saisir) Galilée, par la
logique de sa réflexion (principe d’inertie)est convaincu que Copernic a raison. L’Eglise perçoit la contradiction entre la
raison et la Bible que relaie le système géoconcentrique de Ptolémée. Selon l’Eglise, il faut préférer le créateur à la créature,
c’est-à-dire le texte sacré à la théorie humaine faite par un être humain issu du pécher originel. Dans un premier temps,
Galilée, bien que bon chrétien, refuse de mettre la déontologie et la science en cause. Il tient bon et continue ses recherches.
Il est le symbole de la préférence portée à la raison et représente, en tant que tel, un danger pour les esprits étroits de l’Eglise
qui concluent que quand Galilée est face à une contradiction entre la raison et la Foi, il choisit le point de vue de la créature
au défit du texte sacré du créateur. Même si c’est pour un détail, l’Eglise pense que si elle cède, rien n’empêchera de
remettre en cause toutes les doctrines, morales, sociales, politiques…Si on reconnaît une erreur au texte sacré, tout peut être
contesté et l’Eglise sera dépossédée de tout ! En 1616, l’Eglise empêche la divulgation des œuvres de Copernic et, en 1632,
l’Inquisition condamne Galilée à la prison à vie (commuée en résidence surveillée à vie) pour grave suspicion d’hérésie
pour avoir enseigné les théories de Copernic et pour avoir écrit des essais à ce sujet ; a été réhabilité en 1992.
« Le nom de la Rose »campe l’histoire d’un monastère qui aurait retrouvé le texte de la comédie d’Aristote, dans lequel il
apprend aux gens à rire. Si les gens se mettent à rire de tout, ils vont rire des choses, réfléchir… Le pouvoir de l’Eglise va
s’effondrer : un moine empoisonne les pages.
Il existe donc un point commun entre Thalès et Galilée, même si les contextes sont différents : ce sont tous deux des
scientifiques qui ne se mêlent pas de politique mais dont les travaux mettent le pouvoir en place en danger. L’un appartient à
un monde polythéiste, l’autre au monde catholique mais ils se demandent tous deux : « Quels sont les éléments
fondamentaux du monde dans lequel je vis ? ». Ils ne se demandent pas encore : « Comment bien vivre ? » ou « Quel est le
bon régime politique ? ». Si la religion s’occupe des choses intérieures, de la vie intime ET de politique, les philosophes
attaquent et ébranle son pouvoir au nom des principes qu’elle prétend défendre. En Grèce, c’est le pouvoir de l’aristocratie
qui est en jeu si on accorde une quelconque crédibilité à des scientifiques qui ne parlent plus aux dieux. C’est le risque de la
démocratie, la différence entre aristocratie et peuple n’ayant plus de sens. Les philosophes aident à soutenir ce discours en
affaiblissant la croyance en dieux, ils amorcent le déclin de la foi : il sont impies et on leur fait procès…Ce n’est pourtant
pas la faute des philosophes si les pouvoirs en place ont subi des poussées.
La légitimation d’un pouvoir
12
Comment justifie-t-on un pouvoir ?
Si quelqu’un a de l’autorité, il peut exercer son pouvoir sans contrainte si les gens l’ont choisi, ont donné leur consentement.
Un pouvoir peut être muet, c’est le pouvoir de la peur, de la répression. C’est très important de justifier un pouvoir.
L’autorité est établie sur un discours. La population obéit car elle est convaincue. Il faut donc des mots, un discours pour la
persuader.
Pour qu’il y ait discours, énoncé, il sous-entend :



Le discours
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La matérialité de ce qui est dit : un écrit, un écran, une parole (ce qui est dit) que tout le monde puisse
entendre, appréhender le message
12
Comprendre l’origine de ce discours : qui a dit quoi ? (c’est l’amont)
13
Le contenu du discours (c’est l’aval)
L’énonciateur (n’est pas toujours défini, n’est pas toujours important)
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Dieu
12
Un individu
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Une collectivité (les coutumes)
Le contenu : qu’est-ce que cela signifie ?
Galilée envisage les choses du point de vue du contenu (les textes de Copernic en contradiction avec ceux de Ptolémée)
tandis que l’Eglise s’attache juste à l’énonciateur (Ptolémée est en concordance avec Dieu, la parole sacrée). L’Eglise
privilégie l’amont et Galilée l’aval de l’énonciation. L’argument de l’Eglise est un argument d’autorité (qui légitime le
pouvoir) « c’est ainsi » pour ne plus devoir argumente par la suite.
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En Grèce aussi, l’argument des aristocrates est un argument d’autorité. Au nom de quoi prétendent-ils gouverner ? Non au
nom d’une éligibilité et d’un droit de vote mais au nom d’une généalogie proche des dieux : c’est un argument pour ne plus
devoir argumenter par la suite. Les philosophes ne font pas de politique. Ils font de la recherche, ils confrontent leurs
résultats, ils contredisent, ils argumentent. C’est l’apprentissage de l’argumentation. Les gens refusent de plus en plus
l’argument d’autorité et préfèrent la discussion.
A) la légitimation du pouvoir par le rapport aux dieux

C’est le pouvoir de l’aristocratie, descendante des dieux et interlocutrice privilégiée entre le peuple et les dieux

C’est le pouvoir de l’Eglise catholique qui interprète la parole de Dieu qui ne peut être mise en doute.

C’est le pouvoir de l’Islam dont les prêtres interprètes les sourates et dictent au peuple sa conduite tant au niveau
politique qu’au niveau privé

C’est le pouvoir des juifs, dans les colonies, qui y justifient leur présence au nom de Dieu. Ils sont le peuple choisi
et ont un droit sans partage sur la terre..
B) la légitimation du pouvoir par la loi de la majorité ou démocratie
 L’autorité est conférée par la « loi de la majorité » = ce que le peuple veut. Platon dira que la majorité est
manipulable et qu’une décision à la majorité n’est pas forcément la décision la plus intelligente.
L’énonciateur : les premiers philosophes politiques ou « sophistes » / le rapport aux dieux
Sophister : le sage, le professeur de sagesse « démocratique » dans l’histoire de la Grèce, aux débuts de la démocratie. Pour
que la démocratie puisse s’exercer, il faut apprendre aux citoyens (6000 hommes libres natifs de la ville) à prendre des
décisions, maintenant qu’elles ne sont plus du fait des « meilleurs », les aristocrates. La démocratie a des garde-fous très
hauts. Pas de pouvoirs à long terme sauf pour quelques stratèges comme Périclès car on a besoin de compétences
stratégiques pour faire la guerre. Les autres magistrats sont tirés au sort régulièrement pour éviter les occupations
prolongées du pouvoir. Chacun a l’appui de professeurs pour apprendre à organiser ses arguments et à les exprimer. C’est
d’autant plus vital, à Athènes, que tous les citoyens doivent participer à l’Ecclesia et que des décisions doivent émerger.
La « rhétorique » est l’argumentation, le « rhéteur » est celui qui parle, l’argumentateur. Au début, les sophistes sont très
valorisés puisqu’ils permettent au peuple d’apprendre à prendre des décisions sages. Ce système va faire des merveilles à
Athènes, de -480 à -430 av.J.C, depuis la fin des guerres Médiques qui ont écrasé les Perses jusqu’aux guerres du
Péloponnèse. Dès -410, la démocratie est très affaiblie par l’impérialisme jusqu’à ce qu’en -338, les cités soient abolies puis
qu’Alexandre le Grand conquière la Grèce, la Perse jusqu’à l’Egypte.
En -460, Périclès exerce une autorité formidable et Athènes vit son apogée tant au niveau théâtre que statuaire, philosophie,
architecture, sciences…Les sophistes enseignent à la jeunesse athénienne à bien parler. Un siècle plus tard, Aristote définit
le sophisme qu’il oppose au paralogisme (erreur involontaire de raisonnement). Le sophisme est une erreur volontaire qui na
d’autre but que de trompe autrui. Le sophiste distord son discours pour arriver au résultat qui l’arrange. De professeur de
valeur, il est devenu un démon manipulateur. C’est toute l’ambiguïté de la rhétorique qui, d’une part, permet à chacun de
sortir ce qu’il a de meilleur en lui en lui fournissant des moyens d’aligner ses arguments mais, d’autre part, ouvre la voie à
tous les abus puisque les gens savent si bien parler qu’ils sont capables, par leur charisme, leur habileté démagogue qui
flatte le peuple, de faire prendre des décisions contraires aux gens en leur faisant croire qu’ils ont raisonné. Le contenu ne
compte plus, c’est l’énonciateur qui prévaut (le contexte de l’énonciation). Or, en démocratie, la primauté est à l’aval. Si
les sophistes éduquent la jeunesse à manipuler, ce sont, alors, des corrupteurs de jeunesse. « La raison du plus fort est
toujours la meilleure. »
Le loup et l’agneau de Jean de la Fontaine nous montre un loup qui argumente « qui te rend si hardi de troubler mon
breuvage ? » L’agneau contre argumente « je me vas désaltérant dans le courant plus de vingt pas au-dessous d’elle ». Le
loup invoque l’attaque « et je sais que de moi tu médis l’an passé » « Comment l’aurais-je fait, si je n’étais pas né ? » Le
loup déplace la menace « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère » Comme l’agneau n’en a point, le loup lui jette la
responsabilité de la collectivité « C’est donc quelqu’un des tiens ; car vous ne m’épargnez guère, vous, vos bergers et vos
chiens. » (c’est la politique de l’amalgame, on fait payer à un peuple entier le fait d’un seul homme), « on me l’a dit : il faut
que je me venge », le loup se cache derrière l’avis d’autres : c’est l’argument de la lâcheté. Puis, il l’emporte « et le mange,
sans autre forme de procès ». L’agneau a les raisons les plus fortes mais c’est la raison du plus fort qui l’emporte !
On a accusé les sophistes de faire prévaloir la cause la plus faible contre la cause la plus forte, c’est en tout cas l’accusation
invoquée au procès de Socrate. Le sophiste n’exerce pas de pouvoir physique, il ne fait pas acte de violence pour persuader
le s gens qu’ils ont raisonné avant de prendre leur décision
En -399, Socrate discutait avec les citoyens qui redescendaient de la Pnyx, pour voir quelles lois avaient été votées. Sa
technique était toujours la même : la rhétorique courte (au contraire d’Aristote qui explique la rhétorique longue que l’on
utilise à l’assemblée). Dans ses discours, Platon décrit la maïeutique (faire accoucher les âmes) et la dialectique (dialogue)
employées par Socrate. Il poussait les gens à rendre l’argumentation qui les avait convaincus en leur posant toujours plus de
questions et en les interrompant. Il s’avérait rapidement qu’ils ne pouvaient pas reproduire le développement. Or, Socrate
s’étonnait : si quelque chose est bien argumenté, on doit être convaincu et on doit savoir dire pourquoi. Socrate affirme :
« Si je questionne, bien que la pythie m’ait dit que j’étais le plus sage, c’est parce que je ne sais rien ». Ceux qui savent
doivent savoir quelle orientation donner à la cité. Il déconstruit tous les mirages construits par les sophistes.
17
Fable : imaginons, en plein milieu des guerres du Péloponnèse, alors qu’Athènes décline, qu’à l’assemblée, un bon
orateur prend la parole. De grands enjeux sont discutés, à l’époque, dans ces assemblées. Notre orateur aurait été
payé par le lobby des armateurs pour pousser une attaque immédiate et par voie maritime (pour que leurs affaires
soient florissantes, il faut qu’on leur commande beaucoup de bateaux).
1. L’orateur part d’une valeur admise par tous. Parler, par exemple, de la lutte pour la survie d’Athènes et de
l’unité à réaliser pour y parvenir est un début qui fait l’unanimité.
2. Il cite, alors, un fait (qui, pour l’éthique, devrait toujours être établi et pas être juste un bruit). « Il y a une
menace imminente, on a vu des mouvements de troupes spartiates ». Socrate aurait demandé des preuves.
« L’orateur a décrit très concrètement ce qui se passerait Si…C’était très vraisemblable et effrayant ». Les
gens, emballés, émotionnés, ne voient plus qu’il manque la preuve.
3. Ensuite l’orateur argumente « Quand il y a une menace, on a le choix : soit on est courageux, soit on est
lâche ». Présentée ainsi, personne ne peut invoquer la lâcheté comme une vertu. A nouveau, tout le monde
est d’accord. L’orateur donne une définition du courage.
4. « La conséquence à la menace, et dans le but d’une action courageuse, est l’attaque immédiate ». Il ne
manque plus que quelques arguments pertinents pour privilégier la voie maritime.
Socrate n’est connu qu’au travers de ses contemporains. Xénophon, historien romancier, nous présente un homme qu’il
admire mais qu’il ne semble pas avoir compris. Platon est un disciple de Socrate qui a fini par écraser son maître sous son
génie à lui. Dans ses discours, il est difficile de savoir quand il rapporte les vrais faits et paroles du philosophe et quand il
l’utilise comme personnage littéraire. (cfr philologie du XIX° siècle) On considère que les dialogues de la jeunesse de
Platon sont fiables mais qu’ensuite, il fait passer sa propre évolution philosophique et politique.
La notion de courage, les malentendus du langage
Dans le « Lachès », Platon oppose Socrate à Lachès, un général. Ils discutent de courage et cherchent à définir ce mot. La
définition que le général, dont le courage est le métier, ne tient pas la route car il ne tient pas compte de la fermeté réfléchie.
Il y a distorsion chez l’orateur. Il arrive que le courage commande d’attaquer immédiatement. « Etre courageux, c’est ne
jamais reculer ». Socrate se réfère à Homère : « Enée était-il courageux ? Pourtant il a fui avec ses troupes » « Oui, car ce
n’était pas le moment d’attaquer. Le courage n’est pas la témérité » Il y a contradiction dans les propos du général. Etre
courageux, c’est ne jamais reculer, or Enée est courageux et il recule. Donc il y a des moments où l’on recule et où on est
courageux. Faut-il être seulement courageux ou faut-il être courageux et intelligent. Socrate affirme que le courage sans
l’intelligence est de la témérité. Il faut savoir déterminer le moment opportun pour attaquer.
C’est tout le problème de l’exemple que l’on donne pour aider à comprendre et qui finit par réduire le concept à son seul
exemple. (La justice, qu’est-ce que c’est ? C’est donné son dû à chacun. « Diviser un gâteau en parts égales pour chacun »
est un exemple. Or, la justice, c’est aussi distribuer à chacun selon ses mérites) L’orateur ne donne plus qu’une définition
partielle du courage. Il a donné un exemple pour augmenter la compréhension de son interlocuteur mais si celui-ci restreint
la définition au seul exemple, il n’a qu’une vision limitée qui ne tient pas compte des variations et de la complexité de la
notion étudiée. Ceux qui sont éduqués par les sophistes confondent l’essence et l’exemple. Ils s’arrêtent à l’exemple et
n’atteignent pas l’essence. « La vérité est une idée cachée qui se révèle au terme d’une recherche, en se dégageant
progressivement des objets ou des images concrètes qui n’en sont que le pâle reflet ». Les exemples sont toujours plus
pauvres que la notion (allégorie de la caverne)
Le propre du langage est d’être capable de parler d’un objet absent (les termes déitiques –indexicalité- supposent que
l’interlocuteur soit présent : moi, ici, maintenant). L’objet dont on veut parler a des attributs généraux de deux catégories.
Les attributs contingents sont présents mais sont sans utilité, on peut les enlever sans que l’objet soit dénaturé. Les attributs
essentiels font partie intrinsèque de la définition de l’objet. Dans la notion de courage, Socrate montre que l’attribut
contingent du courage est « reculer ». On peut reculer sans dénaturer le courage. L’essence commence à faire comprendre la
définition de la notion. Socrate, lui, veut trouver l’essence de la chose. Pourtant, par paresse, l’auditoire accepte souvent de
se limiter à l’exemple et fait ainsi un paralogisme, une faute de raisonnement, faite de bonne foi. Par contre, l’orateur, lui, ne
prend pas son exemple au hasard. Il choisit l’exemple qui réduit la vision de la notion à la facette qui l’intéresse. Dans la
définition de courage, il y a une notion d’intelligence et de temps. Quand on voit les cavaliers reculer, on ne sait pas si c’est
par courage ou par lâcheté.
Dans « Les mains sales », Sartre fait un procès, avec trois personnages en présence. Un communiste militant originaire d’un
pays dictatorial est face à une camarade, Olga qui doit tenter d’évaluer si on peut le rééduquer. Accusé du meurtre
commandité par le parti d’un dirigeant, Hoederer, il avait été emprisonné puis libéré. Puis il a été dénoncé par ses
camarades, a été reconnu à la frontière. Son départ ressemble à une fuite mais il le justifie par la nécessité d’alerter l’opinion
publique internationale. C’est l’opposition d’un idéalisme puritain et prêt au sacrifice, à un pragmatisme humaniste prêt à se
« salir les mains » pour améliorer le sort de ses compatriotes (Hoederer).
Dans « Huis clos », 3 ans avant, Sartre campe Garcin, mort en lâche au cours d’une fuite honteuse, Inès, lesbienne
assassinée par sa maîtresse envers laquelle elle faisait preuve de trop de cruauté et Estelle, femme coquette qui a noyé son
enfant illégitime. Chacun essaye de se justifier, chacun essaye de se séduire mais sans succès. « L’enfer, c’est les autres » :
leur châtiment est de vivre pour l’éternité sous le regard des deux autres. Chacun est la proie de l’autre et chacun est
prédateur de l’autre (thèses existentielles de Sartre). Dans la vie, déjà, les rapports humains sont faits de malentendus.
L’interprétation de nos actes par les gens se fait toujours au plus bas.
18
Les notions simples sont donc plus séduisantes car elles sont plus rassurantes et demandent moins de travail intellectuel.
Le mythe de la caverne
Dans les dialogues de la maturité de Platon, Platon met ses idées dans la bouche de Socrate. Si, de nos jours, République et
monarchie constitutionnelle ne contiennent plus de grandes différences puisqu’elles respectent, toutes deux, les Droits de
l’Homme, au temps de Platon, république signifiait le régime politique en général. L’allégorie de la caverne nous donne une
image d’un concept abstrait. Des prisonniers sont enfermés au fond d’une caverne. Ils ne peuvent voir que la paroi du fond.
Un feu brûle plus haut sur la colline. D’autres gens bougent, vivent entre le feu et la caverne. Les hommes de la caverne ne
voient que des ombres. Arrive le philosophe pour les libérer. Il détache leurs chaînes et veut les emmener au-dehors, pour
leur faire voir le vrai monde. Mais les hommes sont fâchés et éblouis. Il y a trop de choses à voir. Dans ce vrai monde, la
position de spectateur ne peut suffire, il faut devenir actif et prendre des décisions. Les hommes, affolés veulent retourner au
fond de la caverne. Platon illustre le problème du discours des sophistes : La notion n’est qu’une ombre à peine esquissée
par l’exemple, le spectacle du monde est simplifié à l’extrême. Le philosophe doit faire sortir l’homme du théâtre pour
appréhender la notion complète et apprendre à être « courageux » actif, plus simple spectateur. Par ses dialogues, Socrate a
perturbé les gens qui votaient en démasquant les dominants « clandestins » des assemblées de la Pnyx. C’est pourquoi il n’y
allait pas car il se serait fait arrêter tout de suite. Socrate est considéré comme le premier philosophe moral car il utilisait
l’ironie pour durer.
Après les guerres du Péloponnèse, la démocratie d’Athènes est balayée. On la rétablira quelques années plus tard. Elle
n’atteindra plus jamais la qualité de la première démocratie car les assemblées sont agitées et les ressentiments nombreux.
Socrate est un réel danger pour les sophistes. On l’arrête et on monte de toutes pièces un procès contre lui. Ces
manipulations sont le signe de la décadence de la démocratie. C’est pourquoi Platon affiche un tel scepticisme.
L’apologie de Socrate est son discours personnel, pour sa propre défense lors du procès. Nul juge, nul avocat, tant la
population craint les manipulations des dominants de l’assemblée. Socrate doit utiliser la sophistique pour son apologie. La
sophistique est une arme à double tranchant : dès que l’interlocuteur se rend compte qu’un argument sert à le tromper, il se
méfie de tout le développement. Socrate dit qu’il ne fera pas venir ses enfants et son épouse pour faire pleurer le peuple. Il
veut dénoncer les travers de cette démocratie pour sauver La démocratie.
A la fin de son procès, tout condamné devait proposer une sentence. Socrate propose d’être installé et nourri, comme les
émissaires étrangers importants, au Prytanée. Il a renoncé, jusqu’au bout, à flatter ses juges ! Il a été condamné à boire la
ciguë.
Son procès reposait sur deux accusations : ne pas croire aux dieux (c’est l’accusation portée aux physiciens) et de corrompre
la jeunesse (l’accusation portée aux sophistes). Dans l’une de ses pièces, Aristophane (écrivain de pièces de théâtre satyre)
qui se moquait régulièrement de la personnalité de Socrate, l’avait assimilé aux sophistes qui pinaillent sur tout. Le public
en a gardé l’idée. En parlant de lui, Socrate se décrivait comme un taon qui harcèle les gens, leur tourne autour, les pique.
Mais il justifiait ses actions car, sans lui, le peuple se serait endormi dans la simplicité
La condamnation de Socrate et le dégoût de Platon
Dans un autre de ses dialogues de jeunesse, « Le Criton », Platon aborde la sentence. Il met en scène un Socrate harcelé par
un interlocuteur qui le pousse à fuir plutôt qu’à boire. La fuite se justifie car tuer un philosophe juste serait lourd sur la
conscience du peuple athénien. En fuite, Socrate ne serait plus une menace pour les dominants mais il garderait la vie…
Platon est , alors, un jeune homme aisé que le jugement de la « démocratie » a choqué. Il est l’un des premiers à voir quels
conflits peuvent surgir entre la philosophie et la démocratie. Il nourrit alors une rancœur contre la démocratie et son action
tendra à la remplacer.
C) la légitimation du pouvoir par la philosophie
Platon rejette la loi de la majorité dans ce qu’elle a de manipulable. Il réfléchit à ce que Socrate prônait. Pour obtenir une
vrai démocratie, il faut être capable de discuter sans se faire manipuler : il faut sortir de la caverne et devenir un
philosophe.. Pour avoir un pouvoir décisionnel, il faut devenir philosophe mais cette voie est difficile et les gens préfèrent
rester dans la caverne. Le chemin sera long. Les rares philosophes que l’on peut trouver accepteront-ils de retourner dans la
caverne pour guider les autres ? La situation est donc inadaptée : la démocratie concerne la loi de la majorité alors que les
philosophes sont en minorité ! Selon Platon, il faut donner le pouvoir aux philosophes.
Platon part en Sicile, à Syracuse où règne, alors, un tyran. Le beau-frère de celui-ci, Dion, est un philosophe que Platon
influence. A eux deux, ils tentent de convaincre le tyran à s’ouvrir au pouvoir de la philosophie. Non seulement, Denys
l’Ancien ne se laisse pas convaincre mais, en plus, il vend les philosophes comme esclaves. Platon est racheté et rendu à la
liberté. Tant que la démocratie persistera telle qu’en 397 av. J.C., les philosophes seront en danger car leurs positions
réfléchies vont à l’encontre des desseins des sophistes.
Donner le pouvoir aux philosophes revient à pratiquer un certain élitisme. Ce n’est plus l’aristocratie dans ses rapports aux
dieux, mais c’est une sélection en fonction de savoirs et d’un pouvoir de réflexion. La sophocratie présente autant de risques
qu’une technocratie. Le philosophe, seul en hauteur, est aussi seul à savoir : il peut faire faire n’importe quoi, et même
profiter ou mentir.
D) la légitimation du pouvoir par la défenses des droits de l’hommes
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Défendre les Droits de l’Homme est la condition minimale à une vie humaine. Le pouvoir qui respecte les Droits de
l’Homme défend les faibles, les minoritaires en leur assurant un espace de liberté pour vivre selon leurs croyances.
E) Conclusion : la hiérarchie dans la légitimation du pouvoir
Toute légitimation du pouvoir, religieuse (si l’on croit en un dieu, il est normal de vouloir respecter ses commandements, de
respecter des principes), démocratique (puisque tous les hommes sont égaux, il est normal que chacun soit consulté et que
ce soit la majorité qui l’emporte), philosophique (comme les philosophes ont la sagesse et la connaissance, il est normal et
plus efficace que ce soit eux qui décident, que le pouvoir soit laisser à ceux qui sont compétents) ou selon les Droits de
l’Homme est bonne. Mais entre elles, ces légitimations peuvent s’opposer. Que se passe-t-il si un pouvoir est légitime en
fonction d’un critère mais pas en fonction des autres ? Quel est le principe qui doit prévaloir ?
Actuellement, c’est la défense des Droits de l’Homme qui doit toujours prévaloir, d’autant plus qu’elle est constitutionnelle.
C’est la valeur politique fondamentale. L’ONU a déclaré que cet objectif était primordial. Parfois, pour faire progresser les
Droits de l’Homme, il faut en violer certains (cfr Saddam Hussein). Le rétablissement des Droits de l’Homme rencontre
parfois des résistances car les tyrans s’accrochent au pouvoir. Parfois, comme en URSS, le pouvoir tyrannique s’effondre de
l’intérieur. La Tchécoslovaquie, par exemple, a vécu une « révolution de velours » quand Gorbatchev a renoncé au pouvoir
sur les pays satellites. En démocratie, une loi peut aller à l’encontre des Droits de l’Homme, si la majorité décide de ne pas
tenir compte d’une minorité. Les Droits de l’Homme ont un caractère constitutionnel. Si une loi ne respecte pas les Droits
de l’Homme, la cour d’arbitrage est habilitée à la dénoncer. En France, une « loi multi média » avait été votée, légalement,
en 1986, qui permettait à des directeurs de presse de diriger aussi des chaînes de télévision. Mais en 1946, la constitution
avait prévu de limiter ces activités pour préserver le pluralisme de la presse (ce qui n’existe pas en Amérique, cfr Murdoch).
L’opposition a saisi le conseil constitutionnel. Un débat énorme a eu lieu. Comme disait Montesquieu : « Que le pouvoir
arrête le pouvoir ». Bien que la loi ait été votée à la majorité et que le pouvoir en place avait été élu démocratiquement et
était donc légitime, puisqu’il y avait contradiction avec les Droits de l’Homme, la loi a été vidée de son contenu.
Montesquieu avait raison et ce politicien, qui en 1981 voulait faire taire son adversaire en lui affirmant « Vous avez
juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire », aurait mieux fait de se taire !
Au niveau international, c’est la cour de Strasbourg qui fait respecter la convention internationale des Droits de l’Homme
auprès des différents états. En Belgique, elle a fait changé la loi qui marquait une différence entre les enfants légitimes et les
enfants naturels.
Quand il y a un conflit entre les exigences d’une religion et les droits démocratiques ou les Droits de l’Homme, ce sont ces
derniers qu doivent être choisis.
Droits de l’Homme
Démocratie
---------------------subordination
Religion et philosophie
Le combat pour la défense des Droits de l’Homme est difficile. Même en état de guerre, il faut respecter les règles et
défendre les Droits des hommes.
Les tensions et les dérives
Le principe même de la laïcité est de ne pas intervenir dans le domaine de la vie privée. En aucun cas, un état ne peut
imposer une religion. Il doit protéger ses citoyens pour qu’on ne puisse leur imposer des convictions religieuses ou
philosophiques. Or, il existe des tensions entre les Droits de l’Homme et les religieux (cfr Salman Rushdie que les
intégristes attaquaient alors que son seul tort était d’avoir user de son droit à la liberté d’expression et de conscience). L’état
doit garantir le droit de croire et de pratiquer ce que l’on veut en matière religieuse, mais il doit interdire qu’on l’impose.
Les principes religieux ne peuvent pas violer le principe d’égalité. On ne peut admettre les discriminations. Il faut aussi
respecter la liberté d’expression, tant qu’elle ne nuit pas à quelqu’un. C’est le problème des propos racistes. Dans quelle
mesure faut-il les pénaliser ? En Amérique, le droit à l’expression est défendu envers et contre tout.
Il existe aussi des tensions entre les Droits de l’Homme et la légitimation par compétence. Platon a dénoncé l’abus qui
pouvait exister si on donnait le pouvoir à ceux qui « savent ». Dans le « dialogue du banquet », des convives mangent et
décident de faire un concours, une joute orale dont le thème est l’amour. Platon met en scène Socrate et Aristophane.
L’histoire d’Aristophane raconte qu’auparavant les êtres humains étaient double, quatre jambes, quatre bras, deux têtes,
deux organes sexuels…Dévorés d’arrogance, ils auraient décidé d’escalader l’Olympe. Les Dieux ont châtiés leur démesure,
leur outrance en les coupant en deux. Depuis ils errent à la recherche de leur vraie, seconde moitié afin de se reconstituer.
Chacun cherche donc la vraie part de lui-même. Il peut se tromper et connaître le désenchantement, voire même l’hostilité.
Cette histoire n’est pas sans nous rappeler le mythe de la tour de Babel, où les hommes voulaient atteindre Dieu et celui-ci,
pour les en empêcher, a créé les langues différentes. Les hommes, incapables de communiquer, n’ont pu coordonner leurs
actions et la tour s’est effondrée.
20
Imaginons : Si un philosophe, seul capable de sortir de la caverne, arrivait. Il connaît les essences. Platon utilise
aussi l’image de l’ascension. Le préjugé est l’horizon de notre monde, derrière lequel rien d’autre n’existe. Le
philosophe se vante de pouvoir escalader la montagne, d’aller au plus haut. Lui en est capable. Il a accès à la
theoria, cette action d’observer. Il peut voir loin, puisqu’il est capable de faire l’ascension. Il peut retrouver la
moitié, il peut reconstruire les identités et aider les autres à retrouver la paix, la sagesse, il peut mettre fin aux
guerres. Il a le pouvoir.
Mais si notre philosophe est un menteur, il peut aussi s’éloigner hors des regards, attendre un temps suffisamment
long pour prétendre avoir fait l’ascension puis rejoindre ceux qui cherchent et les envoyer aux quatre vents. Quel
contrôle a-t-on sur le discours du philosophe ? Il a peut-être intérêt à éloigner les hommes de chez eux. Dans la
bible, encore, Moïse a erré dans le désert pendant quarante ans. Il s’est éloigné sur une montagne et est redescendu
avec les tables des dix commandements. Déjà, son peuple s’était détourné vers le veau d’or.
Les gens sont prisonniers d’une information qui leur apparaît comme une vérité (voir les deux phases du discours, p 24 :
l’amont et l’aval). Puisqu’on ne peut être partout à la fois (l’ubiquité) et qu’on ne peut tout savoir, on dépend des gens
compétents. C’est un problème de plus en plus pointu, au fur et à mesure que notre société se complexifie. La compétence
est un argument d’autorité omniprésent. A l’époque, c’est le philosophe qui est le plus compétent. Les autres se doivent
donc de le suivre aveuglément. A l’assemblée, on dialogue, la porte est ouverte à la critique. Mais le philosophe, lui, ne doit
pas s’expliquer puisque, de toute façon, on ne le comprend pas, on ne sait pas le comprendre ! Le « dialogue du banquet »
ne répond pas à la question cruciale : « Qui contrôlera le contrôleur ? »
En 1970, à la prestigieuse université de Yale, dans le New Haven, une expérience a rappelé ce principe du philosophe de
Platon qui envoit les gens faire des recherches incongrues. Stanley Milgram (Obedience and individual responsibility), est
interpellé par la défense que Adolf Hachman avait adopté lors de son procès à Jérusalem et que Hannah Arendt rapportait
dans le « New Yorker » avant d’en écrire un livre qui a soulevé un vent de protestation car elle l’avait sous-titré « Un essai
sur la banalité du mal », voulant dire que les actes étaient atroces mais que les gens qui les avaient commis étaient banaux.
Hachman ressemblait à un petit fonctionnaire, humain, bien élevé, propre, sans signe monstrueux de brutalité… Quelle
explication trouver au crime ? Dans certaines conditions, est-ce que tout le monde est susceptible de commettre de telles
atrocités ? Hittler avait été élu démocratiquement, son élection était légitime. Une fois au pouvoir, il avait déclaré le régime
d’exception. Hachman avait obéi, même s’il n’était pas convaincu. Hitler incarnait les principes de l’Allemagne, « il
savait ».
Milgram est épouvanté de cette abdication. Il pense qu’en 1970, les partis politiques ne suscitent plus une adhésion aussi
forte, jusqu’à l’obéissance aveugle. La religion non plus, d’ailleurs. La valeur de ces temps moderne est le savoir, la science.
Il décide de tester le pouvoir de la science. Il recrute, dans la presse, des volontaires pour mener « une expérience sur la
mémoire ». L’hypothèse à démontrer est que la douleur augmente les capacités de mémorisation. Trois personnes en salles :
un professeur de Yale, sommité de la connaissance, un comparse derrière une paroi qui est sensé retenir des associations
d’adjectifs à une liste de mots sans corrélation, un assistant naïf qui doit administrer des décharges électriques si la réponse
n’est pas bonne. A chaque erreur ou en cas de non-réponse, le naïf doit augmenter l’intensité. Plusieurs variantes ont été
testées, parfois avec contact visuel, parfois sans. Au début, le comparse ne réagit pas, puis il émet des petits cris, il hurle, il
se plaint d’avoir des troubles cardiaques, il exige d’arrêter l’expérience puis il se plaint qu’on l’a enfermé avant de ne plus
réagir… A chaque hésitation du naïf qui quémande l’avis du professeur, celui-ci répond que tout est normal et que cette
expérience se justifie au nom des progrès de la science. Le naïf a de bonnes réactions, il fait preuve d’humanité mais il
abdique ses responsabilités face au plein pouvoir de la compétence. Lors de certaines expériences, des naïfs demandent
même au « savant » s’il endosse la responsabilité de continuer l’administration des décharges puis ils continuent car ce
dernier a acquiescé alors qu’en réalité, la loi continue à tenir l’exécutant pour responsable. 60% des testés poursuivent
l’expérience jusqu’au bout. Ils terminent le test en état de léthargie, en réactions amoindries. Pour eux, la victime est
désincarnée, elle n’est plus humaine. Le résultat des variantes est différent selon qu’il y a contact visuel ou non, ou si un
second savant vient marquer son désaccord
La conclusion de l’expérience de Milgram est que le principe de hiérarchie dans la légitimation du pouvoir est bouleversé
par la science. On peut violer les Droits de l’Homme sans être contraint mais sous l’aura de la science. Que des peuples
menacés par la répression agissent par conformisme s’explique par le souci de rester en vie. Mais il est affolant de voir le
conformisme sans arme ou sans risque. Qu’une dictature crée le conformisme et la collaboration est une nécessité car ceux
qui ont très peu ont peur d’avoir encore moins. Mais dans nos pays démocrates, il n’y a pas de pression, le conformisme est
de la paresse d’esprit, de l’idéologie. Milgram a démontré que le conformisme des gens non contraints est énorme, même
s’ils éprouvent un malaise, car ils sont incompétents à juger de la compétence des savants. C’est tout le problème de
l’énonciation face à la demande d’information. Comme le commun des mortels ne sait pas vérifier, il accepte l’énonciation
sans pouvoir faire de différence entre l’information valide et l’information farfelue. Comme nous sommes habitués à ce que
les résultats de al science soient différents de notre intuition, nous ne sommes pas surpris qu’un énoncé soit différent de ce
que nous attendions. Comment le contester ? Au nom de quoi le contester puisque nous n’y connaissons rien ?
Cette expérience nous révèle que la hiérarchie de légitimations de pouvoirs a été mal enseignée, mal intégrée, puisque,
lorsqu’il y a conflit entre la compétence et les Droits de l’Homme, on privilégie la science alors que les Droits de l’Homme
sont plus importants. La conviction dans les Droits de l’Homme est trop faible, elle cède au savant. L’obéissance aveugle
pourrait-elle se répéter ? OUI, seuls, 35% des gens résistent. Pour les autres, la soumission au pouvoir est inquiétante.
21
L’indépendance s’apprend. Dans n’importe quelle relation, il est important d’apprendre à dire « non ». Si les gens ne
mettent pas de limite, dès le début, ils ne sont pas respectés. Une opposition après une attitude de soumission est vécue
comme un scandale, une trahison.
Il existe des circonstances dans lesquelles on ne peut pas défendre les Droits de l’Homme, même si on est prêt à le faire, car
on pense aux conséquences de nos actes. (cfr le Lachès). Les peuples opprimés ne peuvent se placer devant les chars qui
contournent les villes, sans se faire décimer. Ils doivent ruser, les attirer en territoire plus favorable (comme sur la Berezina
en 1812 ou à Stalingrad en 1943). En cas de guerre ou de tyrannie, on ne peut respecter les Droits de l’Homme, il faut
choisir le moindre mal en fonction des conséquences.
Quelles sont les différentes manières d’action ?
Il existe essentiellement deux manières d’agir
1.
La morale des principes. Après mûre réflexion, on adhère à un principe d’action. Après quoi, on l’applique en toute
circonstance. Par exemple, on décide de respecter les droits des prisonniers, quelles que soient les préventions, les
manipulations, les menaces terroristes, le danger… « Fiat justitia, mundus perit » le monde peut mourir tant que la
justice soit rendue. La morale de principes est le mode d’action des pacifistes qui disent NON à la guerre en toute
circonstance. Dans ce cas, les régimes totalitaires ne rencontreront jamais de résistance
2.
La morale des conséquences. Au moment de l’action, on introduit la notion de conséquences. Peut-être les
conséquences seront-elles terribles pour le principe que l’on veut défendre. Comme dans le cinquième cavalier de
D. La Pierre et L. Collins, peut-on torturer quelqu’un si c’est pour obtenir un renseignement qui pourrait sauver un
million de personnes. Si on s’en tient à la morale de principe, un million d’innocents mouront.
On ne peut agir que par morale de principes. Comme disait Charles Peguy, « le moraliste kantien a les mains propres parce
qu’il est manchot ». Kant prétendait que lorsqu’on doit défendre un principe, on peut le faire dans deux contextes différents.
Soit on le défend conformément au devoir, soit on le défend par devoir. Dans ce dernier cas, la motivation est le devoir,
quelles que soient les conséquences ou le danger.
La morale de principes est plus solide si elle est appliquée par des gens qui agissent par devoir, envers et contre tout. S’ils
agissent conformément au devoir, c’est qu’ils agissent en fait pour un motif autre que ce devoir : par intérêt, par peur d’une
sanction… La loi Moureau réprime les actes de discrimination raciale, toutes les restrictions concernant des cafés, des
appartements à louer… Ce critère de restriction est posé à priori, c’est une morale de principe. Comment peut-on lutter
contre cette discrimination ? Il faudrait aller parler au propriétaire ou au cafetier et les convaincre de leur erreur mais cela
prendrait du temps et le résultat n’est pas garanti. Or le temps presse et des mesures efficaces doivent être mises en place. La
loi oblige les gens à agir selon des critères autres que leurs principes. Bien sûr, les gens n’agissent pas par devoir. Ils
agissent par morale des conséquences.
Dans la morale des principes est contenue la notion de « morale de l’impératif catégorique », une obligation
inconditionnelle. Cette morale s’oppose à la « morale de l’impératif hypothétique » qui n’est valide que dans certaines
hypothèses. C’est aussi l’impératif technique, logique. Même si défendre l’égalité est un impératif catégorique,
fondamental, il faut le transformer en impératif hypothétique. Pour convaincre le cafetier de laisser rentrer les étrangers dans
son établissement, il faut qu’il se sente menacer de fermeture. Si la morale des principes, qui fait agir par devoir, contient la
notion d’autonomie (autos, soi-même – nomos, loi), elle entend qu’on se soit fait sa propre morale. Les gens sont autonomes
puisqu’on ne leur impose pas ce qu’il faut faire. Les décisions sont prises en fonctions des principes que l’on a choisis.
Platon se dit qu’il y a peu de gens qui agissent par conviction car la tâche est trop difficile. Convertir au principe prend du
temps. Peut-être n’arrivera-t-on pas à convaincre. Les lois, dans ce cas, sont un moindre mal si c’est un pis-aller. Légiférer
transforme l’action en impératif hypothétique. Des gens non convaincus vont agir extérieurement conformément au devoir.
Si les réticences persistent, au moins n’y a-t-il plus de violation des Droits de l’Homme. Pascal disait : « faites les gestes,
vivez la liturgie, la foi viendra après ».
Les principes
La législation, les conséquences
Action par devoir
Action conformément au devoir
Impératif catégorique
Impératif hypothétique
Personne autonome
Personne hétéronome (Kant)
Prêt à appliquer le principe
Pas convaincu, pas prêt
13 Les philosophes de « fantôme de la liberté »
22
L’essence et l’existence en philosophie
Avant, on considérait qu’un homme était défini par un certain nombre de caractères propres qui le rendent différent des
autres, qui le distinguent. Chaque homme a un sens qui lui est propre. L’existence n’est jamais que l’actualisation des cette
essence, l’existence est la réalisation concrète de l’essence. Sartre renverse la perspective traditionnelle.
Dans l’optique de Sartre, l’homme est un être en situation. « L’existence précède l’essence ». C’est ce que l’on vit qui va
créer nos caractéristiques. L’être en situation prédétermine les caractères qui l’individualiseront. Il fait intervenir la notion
d’intentionnalité : la conscience est toujours conscience DE quelque chose, d’autre qu’elle-même. Nous sommes toujours en
train de projeter, d’orienter notre conscience, vide, dans le monde qui l’entoure et qui vient remplir cette conscience vide,
qui vient constituer ce néant. L’intentionnalité est cette conscience vide. La morale de Sartre est la néantisation et la
projection. La conscience est comme vide (néantisation) pour devenir conscience de quelque chose (intentionnalité)
Qu’est-ce que le monde ? Ce n’est pas seulement l’ensemble des objets autour de nous. Heidegger 1889 – 1976) montre que
ce monde est partie de nous-même. L’homme, l’existant est un être DANS le monde, il n’est pas face au monde qui serait
un ensemble de choses. Le monde est une partie de l’homme. Il n’est pas un pôle isolé devant le monde, il est constitutif de
l’Etre. Le propre de l’être est l’existence. L’homme n’est pas une substance pensante devant des objets. Le rapport entre
l’homme et le monde est la préoccupation. L’homme, l’être existant est d’emblée requis, aliéné par le monde qui l’entoure.
Le monde est un tissu de références, de significations qui font que, d’emblée, les tissus se renvoient l’un à l’autre.
N’importe quelle chose a une signification qui renvoie à d’autres significations. Chaque objet rentre dans un tissu de renvois
à d’autres objets et d’autres choses. Par exemple, pour un menuisier, son outil a d’emblée un sens qui renvoie à l’idée de
travailler le bois, qui lui fait penser au montage d’une charpente... Le tout reconstitue le « Dasein » (l’être-là), l’Etre
existant. Le monde est constitutif de Dasein. L’homme, sur le mode de la préoccupation est absorbé par l’ensemble de ses
notions qui le constituent. Si, comme pour Sartre, l’existence précède l’essence pour Heidegger, cela n’a pas la même
signification : l’homme est d’emblée projeté dans le monde qui l’entoure et l’aliène sur le mode de la préoccupation : c’est
la déchéance (déréliction). Blaise Pascal disait que l’homme se caractérise par le divertissement, l’homme est détourné de
lui-même par le monde. Pour Heidegger, cette vision est incomplète. Le sens même de l’existence, sa véritable situation
dans le temps est la mort. Cette découverte se fait dans l’expérience privilégiée de l’angoisse qui donne place au néant et à
la vérité de l’être.
Friederich Nietzsche ( 1844 – 1900) dénonce le nihilisme. Revenons à Platon qui, dans le mythe de la caverne, décrit la
structure de l’être. Seul le philosophe qui connaît la structure de l’être est dépositaire du savoir et de la sagesse. Ceux qui
restent dans la caverne sont prisonniers de la doxa (le monde des opinions, des apparences, des reflets, des illusions) qui les
sépare du monde réel. Il existe une dualité fondamentale entre le monde des idées et le monde des apparences. Le monde
des apparences contient moins de réel que le monde véritable. Nietzsche nous renvoie au christianisme, pour comprendre ce
dualisme. Le monde est créé par Dieu. C’est la transcendance qui crée le monde. Ce monde a un sens puisqu’il y a eu le
péché originel. L’existence, selon le christianisme, est vouée à un retour vers Dieu. Il y a théologisation du monde. On lui
donne une direction : c’est la rédemption. Chez Platon, comme dans le christianisme, le monde est finalisé. Il a un sens autre
que lui, pour le premier c’est le monde des idées, pour le second, c’est Dieu. Dans son sens courant, le nihilisme est
synonyme de relativisme : tout est relatif, toutes les croyances, toutes les valeurs. Pas pour Nietzsche. Pour lui le nihilisme,
c’est le fait de créer des arrières monde qui viennent donner un sens au monde.
Pour Nietzsche, donner une finalité au monde c’est du nihilisme. Cela a bien un sens négatif : ce dualisme est la négation
du vitalisme. Donner un sens au monde, c’est occulter le vitalisme, la volonté de puissance qui est l’essence même de
l’homme, pour autant que l’homme arrive à dépasser les arrières mondes. Nietzsche dénonce ces arrières mondes que l’on
ne peut atteindre et qui nous donneraient des sens. L’homme ne doit pas se laisser influencer, il doit donner lui-même un
sens en dépassant le nihilisme extatique. Pur cela, il doit d’abord reconnaître que le monde est vide de sens.
Quelle est l’origine du nihilisme ? L’homme a horreur du vide, il ne peut s’empêcher de donner un sens, une finalité au
monde. Nietzsche condamne cette idée de donner une finalité qui nous annihile, qui nous dépasse (puisqu’elle est
inatteignable). Il voudrait que l’on accepte que le monde n’a AUCUN sens. L’homme possède la volonté de puissance qui
permet de dépasser ce désir irrépressible de donner une vérité pour justifier la nature pécheresse. Seuls ceux qui ont la
« grande santé » sont capables de se rendre compte que le monde est vide de sens. Le fait nihiliste c’est la découverte que
rien ne vient donner du sens au monde.
Les sens du nihilisme (zienloos) pour Nietzsche
Dans le sens courant, le nihilisme signifie ne croire en rien. Tout est relatif, les croyances, les valeurs, c’est le relativisme
absolu. Pour Nietzsche, le nihilisme est positif. C’était un athée radical pour qui le monde dépourvu de sens n’avait pas
d’arrière monde puisqu’il ne pouvait être créé par l’homme. La volonté de vérité est condamnée puisqu’elle occulte le
« zienloos » du monde, le fait qu’il n’ait pas d’orientation. Tout don de sens au monde en créant des arrières mondes (le
monde des idées pour Platon – Dieu - …) est une division du monde, un dualisme et tout dualisme est du nihilisme. Mais
Nietzsche appelle aussi les réactions au nihilisme, du nihilisme. Il distingue quatre réactions :
1. Nihilisme actif : c’est l’étape où, face au fait nihiliste, l’on détruit rageusement les idoles, les arrières mondes, les
majuscules qui donnent un sens au monde.
23
2.
Nihilisme passif : Si l’individu croit sincèrement en l’existence d’arrières mondes, s’il croit qu’il y a des valeurs,
un Dieu unique, que le monde des idées est plus important que le monde réel, il se retrouve brutalement devant un
monde dépourvu de sens. Cet homme peut être fondamentalement désespéré. Ce désespoir est le nihilisme passif.
L’homme se retourne contre lui-même car il ne peut assumer le non-sens. Il ressent le désir incontrôlable de se
recréer de nouvelles idoles et risque de se suicider car il découvre qu’il n’est pas un être absolu.
Même si le nihilisme actif paraît positif, il est insuffisant car il ne mène à rien. Le second met l’existence en danger. Donc
Nietzsche condamne les deux réactions car elles renient la « grande santé » du « fait nihiliste » (la découverte que le monde
n’a pas de sens, rien ne vient lui en donner).
3. Nihilisme incomplet : l’homme qu découvre le vide de sens du monde remplace cet absolu et crée de nouvelles
idoles dans un relativisme où tout se vaut, du moment que ces nouvelles valeurs viennent redonner du sens au
monde. De ce point de vue, Nietzsche critique la laïcité ou la démocratie qu’il compare à du bavardage inutile
d’Ephésiens. « Pour lui, cela revient à remplacer Dieu par Hitler ou Staline »(1844-1900 !). Dans le même ordre
d’idées, il critiquerait la défense des Droits de l’Homme. Il condamne le nationalisme, Bismarck, le pouvoir absolu
autoritaire,… Pour Nietzsche, c’est la pire des réactions car non seulement l’homme est incapable de supporter le
non-sens du monde mais, mais en plus, il n’arrive pas à dépasser son besoin absolu de vérité. Il ne supporte pas
l’horreur du vide. Il est incapable d’assumer le non-sens du monde.
4.
Nihilisme extatique : c’est le dépassement du nihilisme (à ne pas confondre avec le dépassement du fait nihiliste).
Comment dépasse-t-on le nihilisme ? Par le Vitalisme ou la Grande Santé. Par l’auto affirmation, purement
individuelle, de soi, de sa force vitale dans la création artistique, par exemple. L’auto affirmation de soi va
remplacer les mensonges des faux dieux par un nouveau mensonge, LOYAL, qui s’affirme en tant que mensonge.
Le problème de la morale de Nietzsche est que, pour la première fois dans la philosophie, elle abdique de la prétention
philosophique à l’universalité. Elle abandonne l’idée qu’il y a des valeurs universelles. Elle est individualiste. Celui qui
parvient à réaliser son vitalisme dans la création est le surhomme. (Ce terme a été récupéré par les nazis, quarante ans plus
tard parce que l’œuvre inachevée de Nietzsche comporte quelques ambiguïtés, d’autant plus qu’il s’exprimait par
aphorismes et métaphores). Nietzsche parle de l’arien mais il ne veut pas remplacer la conception de l’homme normal par
un arien. Il désigne « l’au-delà » de l’homme, pas un homme supérieur. Ce surhomme dépasse « le dernier homme », cet
individu trivial et petit bourgeois qui a versé dans le relativisme complet, pour qui tout se vaut. Zarathoustra, le prophète,
annonce le dernier homme, puis « l’au-delà » de l’homme. La foule bêlante et grégaire acclame le dernier homme mais est
incapable de concevoir l’homme qui créera la véracité. Cet homme est un philosophe artiste qui s’affirme avec
« perspectivisme » (c’est la théorie de la connaissance pour Nietzsche). Chez Socrate et Platon, ce perspectivisme est une
survalorisation de la raison (logos) contre l’opinion : le philosophe qui retourne dans la caverne soit est aveuglé par la
lumière et est incapable de communiquer, soit peut communiquer mais reste incompris et peut même être en danger de
mort ! Pour Nietzsche, le modèle de philosophe décrit par les grecs est un prêtre ascétique car il dévalorise le monde au
profit du monde des idées et il condamne le corps par la raison.
le perspectivisme de Nietzsche
D’abord, il réhabilite toutes les dimensions de la connaissance, toutes les perspectives qui constituent notre être, le corps
compris. Nietzsche ne condamne pas les sens ni la raison. L’au-delà de l’homme s’affirme en passant avec son corps, qui
n’est plus le lieu du péché.
Ensuite, il revendique l’« immoralisme » de cette morale qui est dépouillée de son universalité. Nietzsche relève trois
périodes dans l’histoire de l’humanité.
1.
Le stade amoral : c’est la Grèce archaïque où l’on reconnaissait les forts qui prenaient le pouvoir, sans autre valeur.
2.
Le stade moral et les prêtres ascétiques (cfr Socrate, Blaise, la religion…) : ceux qui prétendent que les faibles sont,
en fait, les forts (les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers) « les malades qui rendent le
faibles encore plus malades ». Ceux-là condamnent les forts. Cette période dur depuis 2500 ans ! N.B. Nietzsche ne
condamne nullement les faibles.
3.
l’immoralisme : c’est le dépassement de la morale, le pouvoir de créer ses propres valeurs, la véracité, les
mensonges qui s’affirment comme mensonges. L’affirmation de la santé est la création. Mais la difficulté, c’est que
tout le monde n’est pas capable de récuser le moralisme, tout le monde n’a pas la vitalité pour pouvoir créer. Il y a
inégalité principielle du monde. Nietzsche oppose « la grande santé » à la « maladie ». Tout nihilisme (dualisme)
est un symptôme de maladie. Bien sûr, il condamne la maladie, mais pas les faibles. Il dit simplement que les
malades le resteront et que les philosophes comme Socrate ou Platon les rendent encore plus malades.
Nietzsche revendique « l’éternel retour de l’identique ». Ce n’est pas une durée continue mais le présent permanent.
L’homme qui a un vitalisme suffisant pour créer vit comme si le temps de sa création se renouvelait tout au long de son
existence.
L’affirmation supérieure de ce philosophe est l’acceptation du fait nihiliste et l’acceptation que chaque instant puisse être
renouvelé de la même manière pendant toute l’existence, comme si toute l’existence se jouait dans cet instant. « Je ne
regrette rien ». C’est l’acceptation totale du temps en un seul instant de la création. Cette affirmation, non plus, n’est pas
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acceptable par tout le monde. Zarathoustra explique cette acceptation mais le peuple qui l’écoute est incapable de dépasser
le stade de la vérité, le stade du moralisme.
Mensonge loyal de l’artiste
S’affirme comme mensonge
Dionysos / Apollon
Esprit de profondeur, de lourdeur
Symptôme
du
mensonge
des
arrières monde
= force vitale / belle forme
Cinquante ans plus tard, Heidegger se demande si Nietzsche ne réintroduit pas un arrière monde : le dualisme entre la
maladie et la grande santé. Il se demande aussi si le philosophe n’a pas créé une métaphysique autour de la notion de
« l’éternel retour de l’identique » car il réintroduit l’idée d’éternité, dont il avait fait, auparavant, la caractéristique des
arrières monde face aux flux du temps de notre monde, dans la période du moralisme.
Kant (1724 – 1804) était professeur de philosophie et grand croyant. Il devint l’une des cibles favorites de Nietzsche. Il n’a
jamais enseigné sa propre théorie appelée le « CRITICISME ». Il était considéré comme le représentant le plus important de
l’ « Aufklärung », mouvement allemand « des lumières », qui promouvait l’émancipation de l’homme, les progrès de
l’humanité vers l’autonomie (se donner sa propre loi), contre l’hétérotomie (le fait que cette loi soit imposée de l’extérieur à
l’individu). Ici, on parle de la loi morale, l’ensemble des prescriptions qu’un homme se donne à lui-même pour effectuer
une action vertueuse. Kant cherche le dignité da l’homme.
Selon Kant, chacun doit être capable de se donner sa propre loi. Doit-il y avoir une loi différente pour chacun, faut-il tomber
dans le relativisme ? Non, il faut une loi universelle, pour tous les lieux, pour tous les temps et pour tous les individus. Mais
les lois morales évoluent comme les cultures, les circonstances économiques. Une loi morale universelle a-t-elle le même
sens pour le prolétaire et pour le grand bourgeois ? L’universalité ne serait-elle pas un luxe réservé aux grands bourgeois ?
(« La bouffe passe avant la morale » résumait Bertolt Brecht. Dans le relativisme, il y aurait autant de lois qu’il n’y aurait
d’individus), auquel cas l’objectif n’est pas atteint. C’est le danger de l’autonomie. En hétéronomie, l’individu reçoit la loi
morale d’une injonction supérieure (Eglise, tyran,…). L’idée de Kant est de trouver un juste milieu entre deux pôles.
Le sens courant de « critique » est négatif. Pour Kant, ce mot est positif : critiquer, c’est rechercher des conditions de
possibilité (qu’est-ce qui rend possible…Ex : l’art).
Il a écrit, notamment, trois ouvrages :
1.
Critique de la raison pure (1781)
2. Critique de la raison pratique (1788)
3.
Critique de la faculté de juger (1790)
Son premier livre s’attarde sur ce qui rend possible la connaissance. D’un point de vue général, ontologique (l’ontologie est
la science de l’être, de ses premiers prédicats), on se demande pourquoi il y a de l’être et pas du néant et quels sont les sens
du mot « être ». Kant s’interrogera sur ces possibilités d’existence et dira que les positions ontologiques ne sont pas fondées.
D’un point de vue spécifique, Kant déterminera trois domaines dans lesquels on ne peut accéder à la connaissance objective
(Dieu, l’âme et le monde. Voir plus loin). Ce sont les objets de la métaphysique spéciale.
Dans l’agnosticisme kantien, l’homme ne peut tout connaître. Il est limité par l’espace et le temps. Ce sont les formes a
priori de la sensibilité. Les facultés intellectuelles humaines ne sont pas suffisantes pour connaître un objet. La sensibilité
limite la connaissance. La métaphysique s’occupe des objets que la connaissance ne peut atteindre : l’âme (est-elle
immortelle ?), le monde (où en est le début et la fin ?), Dieu (existe-t-il et a-t-il créé le monde ?)
On ne peut apporter une réponse scientifique à ces questions car elles ne sont pas données à la sensibilité, pourtant ce sont
des foyers de sensibilité.
Dans sa « critique »de 1781, Kant veut répondre à trois questions :
1.
Que puis-je connaître ? C’est ce qui est donné par la sensibilité
2.
Que dois-je faire ?
3.
Que m’est-il permis d’espérer ?
25
4.
Il voudra aussi répondre à Qu’est-ce que l’homme ? Concept qui reprend les trois questions précédentes
La finalité de la philosophie de Kant est anthropologique (c’est la dimension sociale de l’homme) mais son but ultime est la
morale.
Définition de la morale : Le monde est régi par des lois physiques : « les principes de l’entendement pur ». La loi de
causalité signifie que tout EFFET a une cause. La physique est donc basée sur un enchaînement continu d’effets en causes,
jusqu’à l’Inconditionné (Dieu). Or, Dieu est l’un des inconnaissables.
Qu’est-ce que l’action vertueuse ? L’action est posée dans la nature et est déterminée dans le temps. C’est un acte de
volonté, c’est consciemment voulu. Comment inscrire un acte de volonté dans la nature alors que celle-ci est régie par la loi
des effets à des causes ? Inscrire une action dans la nature c’est transformer un acte de volonté en principe naturel. Cela
signifie : rendre compossible la causalité de la liberté (qui dépend d’un acte de volonté libre) et la nécessité naturelle
(mécanique). Il y a un saut radical entre la causalité naturelle et la causalité de liberté. Le principe suprême de la
connaissance, les conditions de possibilité de l’objet de l’expérience sont en même temps les conditions de possibilité de
l’expérience de l’objet. Il y a un accord fondé sur l’espace et le temps entre nous et le monde. Cet accord est nécessaire et à
priori, avant toute tentative de connaissance. C’est la philosophie transcendantale.
Or, Kant est un pur croyant, à la foi profonde. Mais sa philosophie transcendantale dit qu’on ne peut tout connaître (seuls les
objets de la nature sont accessibles à la connaissance.). La théologie n’est pas fondée : c’est l’agnosticisme kantien (on ne
peut se prononcer sur ces objets car ils ne sont pas des objets de la connaissance). Malgré tout, ce que je ne peux connaître
influence la morale et ma manière de vivre car ce sont des foyers de sens et de désespoir.
Est-ce possible d’avoir une morale kantienne, en tenant compte de son agnosticisme, sans être croyant. Y a-t-il, chez Kant,
une morale laïque et universelle, indépendante de la foi ?
1. Que puis-je connaître ?
Pour Kant, je ne peux connaître que ce qui est dans l’espace et dans le temps. Je peux connaître la nature car ses objets sont
dans l’espace et le temps. Pour qu’il y ait connaissance, il faut une application du concept pur de l’entendement aux formes
de la sensibilité (espace et temps). Un objet de connaissance est donc un objet sensible dans l’espace et le temps. Je ne peux
pas connaître ce qui est hors du temps ou de l’espace. Je peux penser que je les connais mais je ne peux les connaître car ils
sont hors des limites de la connaissance. Dieu, l’âme et le monde ne sont pas donnés dans le temps et l’espace. Ils ne sont
donc pas dans les conditions de la connaissance.
Kant utilise une métaphore : Un navigateur quitte Königsberg (la ville natale de Kant, en Prusse !) et se dirige vers l’une des
îles de la mer baltique. Kant l’appelle « l’île du pays de la Vérité ». L’île est séduisante et le navigateur croit pouvoir
l’atteindre. L’île n’est île que parce qu’elle est entourée d’eau. Ses limites sont définitivement fixées (comme les limites de
la connaissance sont définitivement fixées. Il n’y a pas d’évolution de la connaissance au-delà de mes facultés de connaître,
selon la loi de l’entendement et des limites de la sensibilité). Un brouillard épais entoure l’île et cache ses récifs et ses
marécages (les objets que je ne peux pas connaître). L’île est le pays de la « connaissance légitime », ses récifs et ses écueils
sont ce que l’on pense pouvoir connaître. Le navigateur va perdre le contrôle de son navire et s’échouer. Kant dit que,
nécessairement, nous croyons pouvoir atteindre l’île mais nous tombons dans des erreurs (les apparences transcendantales =
l’âme, le monde, Dieu). Ces apparences transcendantales sont hors des limites de la connaissance (agnosticisme kantien).
Mais Kant rajoute une quatrième notion au-delà de nos connaissances : la liberté. Kant profondément croyant, dit que l’on
peut croire en Dieu et en l’âme. Il est tiraillé entre le pôle de son agnosticisme et celui de sa religiosité (Malgré le fait que
Dieu est hors des limites de la connaissance, on peut croire en lui, il peut avoir un sens). Le rôle de la philosophie est de
réfléchir sur les limites de l’île. Or on ne peut agir sur les limites de la connaissance. A l’intérieur des limites de la
sensibilité (les bornes sont l’espace et le temps), la connaissance, elle, est illimitée.
Le but de la morale, c’est l’objet de la connaissance (la nature). Cet objet, le monde, est régi par la loi physique et
rationnelle : le principe de causalité qui, comme nous l’avons vu plus haut, induit que les lois de la nature sont une
succession d’effets qui ont des causes. Si on remonte la succession mécanique des effets et des causes, on atteint
l’Inconditionné, selon Kant.
La morale, c’est inscrire la liberté dans la nature. Comment inscrire la causalité, non mécanique, de la liberté dans la
nature ? Comment faire pour inscrire un acte libre dans la nature, pour que mon action dépende de ma liberté, non régie par
les lois de la nature ?
La liberté est inconnaissable (comme Aristote, le Souverain Bien est la recherche du bonheur en accord avec la vertu. Mais
personne ne sait ce qu’est le bonheur) et personne ne sait ce qu’est la liberté ! Pour Kant, la liberté est exactement le
contraire d’un « faire ce que l’on veut » (çà, c’est le relativisme radical). Pour lui, cette attitude est pathologique, non
rationnelle. C’est, à nouveau, de l’hétéronomie.
Puisque la liberté est inconnaissable, il y a récusation de « l’intellectualisme moral » (je pourrais, par ma simple raison,
donner une définition de la liberté, je pourrais définir la morale). Mais la liberté est le contraire d’une simple volonté
soumise aux contingences économiques, sociales,… (Pour Kant, c’est retomber dans l’hétéronomie, le relativisme moral
absolu qu’il condamne).
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Le point de départ de la morale de Kant est la recherche d’une définition de la liberté. Selon Sartre, l’existence précède
l’essence. Pour Kant, au contraire, l’essence est première et l’essence est la liberté. Tout homme, parce qu’il est raisonnable
et rationnel est libre. Cette liberté, cette essence es la dignité de l’homme. Ainsi, Kant pose l’universalité de la liberté mais il
ne définit toujours pas la liberté.
2.
Que dois-je faire ?
Etre libre ! Il existe une morale laïque qui s’inscrit dans l’agnosticisme kantien. Le « postulat de la raison pratique » signifie
que l’homme est libre. Il a une essence première par rapport à son existence. L’homme, pour être authentiquement homme a
le devoir d’être libre. Tous les hommes sont donc libres mais que dire des prisonniers ? Pour Kant, la liberté n’a pas le sens
sartrien, ce n’est pas un objet que l’on peut connaître. C’est un factum rationis (fait doué de raison, donnée rationnelle et
raisonnable).
Qu’est-ce qu’être rationnel et raisonnable ? La réponse est « Que dois-je faire ? » : Inscrire ma liberté dans la nature, c’està-dire rendre compossible la causalité par la liberté dans la nature. Imaginons : en passant sur un trottoir, je vois quelqu’un
qui risque de se faire écraser. Je veux l’aider mais je ne peux le faire qu’en respectant les lois de la nature. Il n’est pas
nécessaire d’agir, mon action est contingente. Par devoir d’humanité, je souhaite prévenir l’accident. Mais mon action est
limitée par les lois de la nature, par les lois de la causalité : je ne peux pas voler pour sauver cet imprudent ! Mon action est
limitée par la causalité naturelle
Y a-t-il une liberté possible dans l’action ? Kant dit qu’on ne saura jamais s’il y a eu, s’il y a ou s’il y aura jamais une action
libre dans le monde puisqu’on ne sait pas ce qu’est la liberté. La liberté est la loi morale. Le fait de la raison est la raison
d’être de la loi morale qui est la manière d’appréhender la liberté. Ce sont les côtés pile (loi morale) et face (liberté) d’une
même réalité. La loi morale nous dit qu’il faut trouver une règle qui ait la même nécessité qu’une loi de la nature. Mais il y a
des tensions entre la loi naturelle (cause – effets) et la causalité de la liberté (qui dépend de la volonté).Toute action humaine
est nécessairement contingente (elle pourrait ne pas être). Mais toute loi est obligatoirement nécessaire. L’action
contingente, pour être libre, doit être régie par la loi de la liberté universelle, comme si elle avait la même nécessité qu’une
loi de la nature. La liberté a un caractère de nécessité (donc le contraire est impossible).
La philosophie de Kant est-elle du déterminisme radical, « du caporalisme prussien » ? Kant affirme le contraire : la loi
morale dit qu’il faut élever son action à la nécessité d’une loi de la nature. En aucun cas, elle ne dit CE qu’il faut faire, elle
est formelle et vide. La loi morale dit : « Respecte-moi » mais elle ne donne pas d’injonction pratique. Chacune de mes
actions contingentes, qui dépendent de ma volonté, est régie par une « Maxime », un principe subjectif. (Exemple : le
recteur tombe devant moi. Aller l’aider est un devoir d’humanité raisonnable, le fruit de la liberté …ou un désir
égocentrique !) L’intention peut être différente et seule l’intention compte. Personne d’autre que l’actant peut connaître les
motivations. Il est seul dépositaire de la pureté de son intention. La maxime de mon action est le produit de ma volonté mais
varie à chaque action. Elle est particulière et personnelle ; elle varie selon l’action, l’époque, l’individu, le contexte… Elle
inscrit ma causalité de liberté dans la causalité du monde. Il y a autant de maximes possibles qu’il n’y a d’action dans
l’univers. C’est un nouveau danger de relativisme que Kant condamne radicalement.
D’une part, la loi morale est la liberté mais elle est vide et formelle. « Fait en sorte que ta maxime ait la même nécessité que
la loi ». Ce qui motive l’action doit nécessairement être le DEVOIR (à première vue, aurait l’apparence du caporalisme
prussien, il suffirait de se soumettre à l’autre pour être vertueux. Mais cette apparence est fausse puisqu’en aucun cas cette
loi ne dit ce qu’il faut faire !).
D’autre part, toute action humaine est régie par sa maxime (la règle : « la décision que je prends et qui dirige mon action »,
le principe subjectif de la volonté).La maxime est parallèle à la liberté et les valeurs absolues reposent sur cette liberté.
Y a-t-il compatibilité entre la loi et la maxime ? Pour répondre à cette question, il faut s’arrêter au critère (cfr le fantôme de
la liberté) : le principe objectif qui dirige l’action.
L’impératif : le moteur de ce qui rendra compatible maxime et loi est fondé sur le devoir qui repose sur l’impératif (=
l’accomplissement de ma liberté). Mais il y a deux sortes d’impératifs.
L’impératif catégorique (tu DOIS) : Il ne peut pas y avoir contradiction entre l’action et la liberté. Or, Kant affirme qu’on ne
connaît pas la liberté ni l’action morale. Une action est morale si elle est régie par un impératif catégorique. L’impératif
catégorique est la finalité. « Tu dois respecter ta liberté comme une fin en soi ». Kant a condamné le pathologique (ne pas se
respecter en tant que finalité en soi). Chaque individu existerait en tant que fin propre, une autonomie qui a le même rapport
à l’universalité morale que le respect de l’autre. Un individu ne devrait jamais être utilisé comme un moyen car il est une
personne à part entière, une fin en soi. L’intention qui doit diriger l’action est le respect de la loi morale. L’actant est seul
dépositaire de l’impératif catégorique qui dirige son action. L’impératif catégorique est un critère objectif (une simple forme
à laquelle on soumet la maxime qui est subjective). Le critère objectif du « tu dois » est différent du critère subjectif de la
maxime. L’actant est seul à savoir s’il y a compatibilité entre les deux critères.
N.B. Celui dont la maxime serait le bonheur de l’humanité ne serait pas moral puisqu’il utiliserait une valeur absolue en vue
d’autre chose que de la simple vertu (principe objectif qui doit diriger l’action).
L’impératif hypothétique : fait dépendre la valeur de l’action d’une autre chose | Si…, alors…| Ma vertu (la valeur de mon
action) dépend d’une condition. Elle n’est donc pas faite pour la vertu elle-même mais en vue d’autre chose, même si c’est
le bonheur. Kant ne dit pas qu’il ne faut pas respecter les Droits de l’Homme mais il dit que si l’on identifie la vertu comme
27
un moyen en vue d’une autre fin, on n’est pas moral. On est dans le bon quand on est vertueux pour être vertueux … encore
faut-il que l’intention soit pure et on n’est jamais sûr de la pureté de l’intention, on ne sait jamais si l’action est morale. La
morale de Kant est une morale TRAGIQUE car on n’a la conscience que de son intention. Or on peut se tromper soi-même,
s’utiliser…
« Tu dois » : pourrait être une action morale
« si…, alors… » : toujours non moral
Dans l’exemple de la chute d’un supérieur devant moi, l’action peut être régie par les deux impératifs, soit le devoir d’aide,
soit / et l’intérêt personnel qui n’est pas toujours conscient. Le mal absolu, radical pour Kant est le mensonge. Il dit même
que le mensonge pratiqué en vue d’aider quelqu’un est le mal absolu, le pire car je me fais l’instrument de moi-même, je nie
ma liberté et ma personne. J’utilise ma liberté en vue d’autre chose. C’est le mal absolu qui dépend de l’impératif
hypothétique ;
Comment rendre compatible l’universalité de la loi morale (qui dit que la maxime de mon action doit être nécessaire
comme une loi) avec la contingence de la maxime (qui, elle, est différente à chaque action, singulière et particulière) ? Il
faut respecter la loi de telle manière que la maxime ait la même nécessité qu’une loi de la nature (ex. la loi de la causalité).
Si je ne peux déduire le principe subjectif de mon action (= la maxime) à partir de la loi, il faut trouver une maxime
compatible avec cette loi formelle et libre. C’est la morale de l’intelligence fondée sur les jugements réfléchissants (qui ne
dépendent pas de concepts donnés qui me diraient, à priori, la nature de ma maxime et, donc, que faire). Je dois trouver, par
moi-même, une maxime en accord avec l’universalité de la loi morale, la liberté. C’est un défi immense puisque je ne sais
pas ce qu’est la liberté. Je dois être à la hauteur de ma liberté. Kant dit « Nous sommes quelque part entre l’animal et
l’homme. Sois libre, digne, à la hauteur d’être un homme, de ta liberté, de ton essence. » L’homme parfait trouverait une
maxime équipotente à la loi morale. La morale kantienne est une morale de l’espoir (peu pratique !)
Liberté = loi morale => être libre = respecter la loi
morale
Liberté = fait de la raison = essence de l’homme
Loi morale est formelle et vide qui dit :

respecte-moi

élève ton action à la nécessité d’une loi
La loi morale vient d’un fait de la raison. Dans la raison de chacun, l’homme est fondamentalement libre. Mais il doit
trouver cette loi. Le devoir fondamental est de se trouver soi-même, dans sa propre rationalité. L’autonomie s’oppose ainsi à
l’hétérotomie car l’extériorité imposerait ce qui doit être fait. L’essence de l’homme est l’autonomie de la volonté (la
liberté).
La loi que l’homme se donne est la loi morale, c’est, aussi, la vérité. La liberté est la raison d’existence de la loi morale. Qui
est la manière d’appréhender (ratio congnoscendi) la liberté.
Il faut agir dans le but de la vertu pour elle-même, mais sans avoir la certitude que la maxime est pure. Le critère
d’adéquation est le respect absolu (l’Inconditionné) de l’impératif catégorique vide et formel « tu dois respecter la loi ».
Chaque fois que j’analyse la maxime de mon action et que je peux dire qu’elle est régie par un « si…alors… », j’ai la
garantie absolue de l’immoralité de cette action. Même dans la pureté de mon intention, je ne sais jamais si ma maxime est à
la hauteur de la nécessité d’une loi. Kant n’envisage pas le problème d’amoralité présupposée. Il y a une ambiguïté : je dois
agir en vue de la vertu pour elle-même mais il est possible que je me mentes parce que mon intention est toujours
particulière et n’a peut-être pas la même nécessité qu’une loi. Je dois trouver une maxime réfléchissante, libérée des arrières
monde.
La morale est tragique puisqu’elle affirme que nus n’avons pas accès au bonheur. Nous devons tendre à notre humanité mais
nous ne savons pas si nous sommes dignes d’être des hommes vertueux. Kant laïcise les propos de Blaise Pascal qui disait :
« agenouille-toi, prie comme si Dieu t’entendait mais tu n’en sauras jamais rien ». Kant condamne l’intellectualisation
morale qui fait dire à Platon que celui qui connaît la structure de l’univers sort de la caverne. Il condamne ce savoir par la
raison les critères de la moralité.
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Si le devoir de respecter la loi en fonction de l’impératif est le fondement de la moralité, n’ai-je pas un sentiment de la
moralité, du bien, une intuition du bien (comme le prétendait Jean-Jacques Rousseau, alors interdit en Prusse) ? Est-ce que
la morale est le fait du cœur ? Kant dit qu’il est possible que l’on ait un sentiment du bien mais on ne peut le savoir QUE
parce que le devoir est le premier savoir. Parce qu’il est primordial et rationnel, parce qu’on sait que, pour être libre, il faut
respecter la loi, le devoir de se respecter soi-même et les autres uniquement comme des fins, et jamais comme des moyens.
Cette morale tragique est donc, aussi, une morale d’espoir puisqu’elle prône notre propre dignité comme une fin en soi. Le
problème est d’être à la hauteur de notre propre humanité. Un mensonge raisonné est immoral. Un mensonge non raisonné
est pathologique.
3.
Que m’est-il permis d’espérer ?
L’espoir est réel puisque malgré son agnosticisme, Kant a été profondément croyant. Non seulement il y a une morale laïque
conforme à Kant mais, en plus, il réhabilite la religion. Aristote relevait que tout le monde cherche le bonheur mais que
personne ne sait ce que c’est. Ce Souverain Bien (que Obbes condamne) est l’alliance nécessaire entre la vertu et le
bonheur. Or, chez Kant, celui qui serait vertueux en vue du bonheur serait immoral. Il y a donc antinomie de la raison
pratique : la vertu ne peut pas être la cause efficiente du bonheur et le bonheur ne peut pas être la cause finale de la vertu. La
vertu ne peut jamais être utilisée comme moyen en vue du bonheur (puisqu’il y a, alors, impératif hypothétique qui est
garantie radical d’immoralité). Si le bonheur est la finalité de mon acte vertueux, le résultat est tout autant immoral. On ne
sait pas s’il y a un lien nécessaire entre la vertu et le bonheur. Nous avons l’espoir, mais c’est du domaine du non connu.
Les postulats de la raison pratique sont, selon Kant :

Le factum rationis de la liberté : je ne sais pas ce qu’est la liberté mais je dis qu’elle existe parce qu’il y a
de l’humanité.

Pour l’auteur de l’intelligence de la nature (la pensée), je postule l’existence de Dieu. Pour Dieu, il y
aurait un lien entre la vertu et le bonheur. Le Souverain Bien ne serait possible que pour Dieu, parce qu’il
n’est pas un être sensible, le propre de la condition humaine, contingente dans l’espace et le temps. Dieu
serait le pure être rationnel.

L’immortalité de l’âme. Je ne saurai jamais si l’âme est immortelle ni ce qu’elle est mais je postule que,
dans un au-delà, l’âme aurait accès au Souverain Bien.
Qu’est-ce que l’homme ?
Pour Kant, l’homme est la liberté qu’il postule. Sa morale tragique est une morale de l’espoir.
N.B. Le conflit irakien
Au matin du 20/03/03, les Américains ont attaqué l’Irak. Le professeur est en désaccord multiple avec les mouvements antiguerre, avec le Non formel à l’agression armée.
1.
Il est contre Saddam Hussein car il défend les valeurs démocratiques et les droits de l’homme. Il attend l’aprèsguerre, quand les gens rassurés vont commencer à raconter.
2.
Il est très inquiet du moyen utilisé pour contrer ce tyran. La guerre est une catastrophe car elle fait beaucoup de
victimes et qu’on ne peut exclure l’utilisation d’armes chimiques. Il faut aussi envisager le problème des Kurdes et
l’ingérence de la Turquie qui dit refuser un soulèvement des kurdes de Turquie si l’on créait un état kurde
indépendant pour les kurdes de l’Irak. Il craint l’instabilité des royautés, la relance du terrorisme, la réaction des
chiites et de l’Iran…
3.
d’un point de vue américain, quelle que soit l’issue, Busch aura perdu la paix. De plus, le professeur regrette que
l’on n’ait pas suffisamment écouté le discours de la liberté. Il est ulcéré que ce soit des néolibéralistes qui
reprennent le discours de la gauche. « Choisissons nos interlocuteurs : les travaillistes, les démocrates, les
socialistes ». Il trouve que, s’il y a moyen, il faut redonner la parole au peuple irakien. Mais il est conscient que
laisser les Américains faire la guerre, seuls, exposent l’Irak de l’après-guerre a être dirigée par un gouvernement
qui ne travaillera qu’aux seuls intérêts de l’Amérique.
Non à la guerre manque les enjeux du XXI° siècle mais s’accommoder des tyrans est une injustice. Cette injustice a été
pratiquée par tous nos gouvernements depuis 1945 car on craignait la bombe nucléaire des URSS. Le professeur est
contre la « souveraineté de l’Etat » : il faut partir en guerre contre les tyrans.
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Les Américains ont adopté une morale de principes. Ils agissent en hommes convaincus. Ils ont abandonné la politique
du « containement » qui consiste à ne s’attaquer aux tyrans que lorsqu’ils représentent un danger pour l’extérieur et à ne
pas intervenir tant que leurs actions restent contenues dans le pays qu’ils oppriment. Cette réaction, soutenue par les
Français, les Belges et les Allemands, va à l’encontre de la défense des droits de l’homme, même si elle respecte la
légalité internationale. Cette légalité internationale est en grande partie dépendante de l’URSS et de la Chine qui sont
membres permanents de l’ONU. Quels sont nos interlocuteurs ? Qui sont ceux qu’on peut écouter ? L’Amérique défend
plus activement les valeurs de la démocratie, même si ce n’est pas vraiment par principe mais par souci de sécurité. Sa
position est plus cohérente. Il est regrettable de retrouver ce discours de la liberté, typiquement de gauche, dans le
programme de l’administration de Busch, totalement de droite.
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