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BBonnin
C- La mobilisation économique de l’arrière
a- Des économies mal préparées
Lorsque le conflit éclate en 1914, tous les pays belligérants tablent sur une guerre courte.
Aucun gouvernement n’a prévu de stocks pour soutenir un effort de guerre sur une durée longue. La
mobilisation va entraîner un effondrement de la production industrielle, une désorganisation des
circuits commerciaux et une pénurie de matières premières et de main d’œuvre.
Quand le constat s’impose, les gouvernements vont restructurer leur production et mobiliser la main
d’œuvre. Des moyens sont mis en œuvre : le taylorisme est développé dans les usines européennes ;
la durée quotidienne du travail est allongée. Pour suppléer les ouvriers partis au front, le travail
féminin s’impose. En France, les « munitionnettes » vont ainsi travailler dans tous les corps de métier
et notamment dans la production d’armement et exercer bien souvent pour la première fois une
activité salariée qui se substitue à leur rôle traditionnel. L’effort de guerre concerne également les
personnes âgées, les enfants mais aussi les prisonniers de guerre, les réfugiés, la main d’œuvre
immigrée et coloniale. Il a fallu également assurer le ravitaillement des populations civiles. Pour ce
faire, les échanges sont réglementé, le rationnement est instauré, et des réquisitions ont lieu.
b- Une politique dirigiste
Les besoins militaires nécessitent une intervention grandissante de l’Etat dans
l’économie, ce qui rompt avec la tradition libérale qui prévalait jusque-là.
Cette économie de guerre a fonctionné autour d’un réseau complexe de partenaires directement ou
indirectement contrôlés par les Etats. Ainsi, les gouvernements fixent les priorités, votent les lois et
les budgets et prennent les décisions ; les ministères exécutent ; les états-majors militaires
déterminent les besoins des armées et exposent leurs conceptions ; les industriels (sidérurgistes,
fabricants d’armes et de minutions) comme Krupp, Renault ou Schneider exécutent les commandes.
De fait, l’économie a généré d’énormes enjeux financiers. Pour financer l’effort de guerre, les Etats
ont eu recours à l’impôt, mais aussi à des emprunts, se mettant en situation d’endettement durable.
Le conflit, en se transformant en guerre longue et totale, a obligé les Etats à intervenir directement
et durablement dans l’économie, prenant à contre-pied le système libéral traditionnel.
2- Les conséquences de la Grande Guerre
A- Une « grande saignée » humaine
La Grande Guerre a fait 9 millions de morts parmi les soldats des pays belligérants.
Proportionnellement, la France est le pays le plus touché avec 1,39 million de tués et de disparus,
soit 10,5% de la population active masculine. L’Allemagne comptabilise 1,95 million de tués, la Russie
1,8 million, l’Autriche-Hongrie 1 million, le Royaume-Uni 776 000… 500 000 de ces soldats sont morts
après guerre de blessures et de maladies contractés. Le nombre des blessés (invalides, aveugles,
amputés, gazés), les « gueules cassées », s’élève au total à 20 millions. Beaucoup ne pourront
reprendre une activité professionnelle et deviendront des pensionnés, à la charge de leur pays.
Morts et blessés concernent presque exclusivement le sexe masculin et les classes d’âges situées
entre 19 et 40 ans. Les soldats morts ont laissé 4 millions de veuves et 8 millions d’orphelins dans
l’ensemble des pays belligérants. Ces pertes ont entraîné un déséquilibre entre les sexes et un
vieillissement de la population aggravé par un déficit important des naissances des années de guerre.
Dans les pays industrialisés, cet effondrement a accentué le déclin démographique et la dénatalité.
La population française ne retrouvera son niveau d’avant Grande Guerre qu’au début des années 50.
A ces morts militaires, il faut ajouter les morts civils qui s’élèvent à 13 millions de personnes. Cette
hécatombe est principalement due aux famines, aux maladies (notamment l’épidémie de grippe
« espagnole ») mais aussi aux déportations et au génocide arménien.