Chapitre I – Des cartes pour comprendre le monde

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Thème I – Les clés de lecture d’un monde complexe
Chapitre I – Des cartes pour comprendre le monde
5 heures
Introduction
 Définition : qu’est-ce qu’une carte ?
La carte est une représentation graphique, en réduction, de la surface de la Terre ou d'une partie de
cette surface. Nous sommes habitués aux projections européano-centrées :
- La projection de Mercator (mathématicien et cartographe flamand, 1569) est une projection
cylindrique tangente à l’équateur. L’ennui, c’est que plus on s’éloigne de l’équateur, plus les continents
sont déformés et étirés. Ainsi le Groenland paraît à peine plus petit que l’Afrique (alors qu’il est 15 fois
plus petit dans la réalité), et l’Antarctique ou le nord de l’Eurasie sont excessivement étirés. Cette
projection est à l’avantage de l’hémisphère nord car les terres émergées se rapprochent davantage du
pôle que dans l’hémisphère sud.
- La projection de Peters (historien et cartographe allemand, 1973) a voulu respecter la
superficie/taille des Etats mais sa vision fausse les distances et ne respecte pas les contours. Sa
carte montre l’importance des terres émergées de l’hémisphère sud, et la petitesse des terres situées
au nord.
Représenter la terre sur une surface plane est donc une affaire de choix, la géographie est donc bien un
instrument politique.
 La vision européano-centrée que nous avons du monde est une vision subjective
La vision européano-centrée que nous avons du monde est subjective :
- « Le Monde vu de l’Australie », où le nord est en bas et où le centre n’est plus le méridien de
Greenwich mais le 130ème méridien Est, a été créée en 1979 par un Australien, Stuart McArthur, lassé
de toujours voir son pays « en bas à droite ». Le contexte est celui des années 1980, où la mondialisation
s’accélère et où les échanges de marchandises à travers le Pacifique rattrapent ceux qui traversent
l'Atlantique. L'Europe n'est plus qu'un centre parmi d'autres.
- « Le monde vu de la Chine » montre la Chine au centre, retrouvant son statut d’Empire du Milieu. En
outre, Taïwan apparait comme une île chinoise !
- « Le monde vu par Facebook » (pages 204-205) semble montrer que la Russie et le Brésil ne seraient
pas attachés aux réseaux sociaux. Or ce n’est pas le cas : Facebook n’est pas le principal réseau social de
ces pays, voilà pourquoi ils apparaissent en noir.
Ces cartes changent de notre représentation traditionnelle de l’espace mondial : sur nos planisphères,
l’Europe est placée au centre, et le Nord est toujours en haut.
I – Représenter la complexité géopolitique du monde
A – Un monde fragmenté et en évolution
Doc. 1 page 206 – Nouveaux Etats, nouvelles frontières, un monde en évolution depuis 1990
 Etudions l’évolution du nombre d’Etats et de leurs frontières depuis 1990.
Il existe 197 Etats reconnus par les Nations Unis (193 en sont membres). Le morcellement est inégal selon
les continents : l'Amérique du Nord et l'Asie orientale sont moins fragmentés que l'Afrique et l'Europe.
Le nombre d’Etats ne cesse d’augmenter. Les créations de nouveaux Etats interviennent fréquemment après
des conflits comme en Erythrée (1993) ou après un processus de négociations comme au Monténégro (qui se
sépare de la Serbie en 2006).
 Qu’est-ce qu’une frontière ?
Une frontière est la limite de la souveraineté d’un Etat (déf. page 207). Les frontières se sont multipliées
depuis 1990 (avec l’éclatement de l’URSS qui donne naissance à 15 Etats ou l’éclatement de la Yougoslavie suite
à un sanglant conflit de 1991-95 qui donne naissance à sept Etats) : on compte 35.000 km de frontières
nouvelles. Sur les planisphères, seules les frontières reconnues par les Nations Unies apparaissent. Mais ce
n’est pas le cas de toutes : le Samaliland, qui s’est autoproclamé indépendant en 1991 (il a son propre président,
son propre drapeau et sa propre monnaie), n’est pas reconnu par la communauté internationale. C’est aussi le cas
de la Palestine ou plus récemment de la Crimée qui s’est séparée de l’Ukraine.
1
 Qu’est-ce que la ZEE ?
La ZEE est la zone économique exclusive qui accorde à l'Etat bordier la souveraineté et donc l'exploitation des
ressources sur un espace large de 200 milles marins (360 km) à partir du littoral.
Les demandes d'extension se sont multipliées depuis les années 2000 : recherche de puissance, volonté
d’exploitation des richesses maritimes (halieutiques, minières). Par exemple, la Russie a demandé une extension
de sa ZEE vers le Pôle Nord. Mais cela provoque des tensions entre Etats (par exemple, l'archipel des Falkland,
entre l'Argentine et le Royaume-Uni).
B – Une géopolitique marquée par des conflits
 Géographie des principaux conflits dans le monde
Doc. 2 page 207 – Conflits et missions de paix de l’ONU
Les conflits sont nombreux au Proche et Moyen Orient et en Afrique, dans une zone allant du Sahel (Afrique)
au Cachemire (Asie Centrale). Cette zone très instable est qualifiée d’« arc de crise », définie par l’historien
britannique Bernard Lewis en 1980. Notons plusieurs échelles de conflits :
- Il y a les conflits internes à un Etat. Ils prennent la forme de guerre civile (Somalie, Syrie), de
guérillas révolutionnaires (Colombie), de révolution du peuple (Printemps Arabes).
- Il y a des conflits interétatiques, devenus peu nombreux, même si les tensions entre pays restent vives
(entre la Chine et Taïwan, entre la Russie et l’Ukraine plus récemment).
- A l’échelle internationale, le terrorisme, en particulier islamiste, est une nouvelle forme de conflit. Il en
est de même pour la piraterie et le cyber-terrorisme.
 A quoi sont dus les conflits dans le monde d’aujourd’hui ?
La plupart des conflits sont actuellement internes. Quelles en sont les causes ?
- Comparons le doc. 1 page 214 et le doc. 2 page 207. Il y a une corrélation entre le faible
développement de l’arc de crise et les conflits : les pays touchés par les conflits sont aussi les plus
pauvres, en retard de développement. On se bat alors pour contrôler les ressources énergétiques ou
minières importantes dans ces pays.
- Un facteur aggravant est le déficit démocratique de ces pays qui alimente l’instabilité politique. Des
tensions religieuses ou ethniques peuvent aussi envenimer la situation.
Inversement, il n’y a pas de conflits entre les pays les plus riches (doc. 3 page 208 – Puissances et alliances
dans le monde) car :
- Ces pays sont des puissances militaires : possession de l’arme nucléaire (une arme de dissuasion),
réseaux d’alliances hérités de la Guerre Froide et étendus ensuite (comme l’OTAN).
- Il existe aussi un lien entre prospérité économique et stabilité politique.
C – Parvenir à une gouvernance mondiale
Le terme de gouvernance est défini à la page 209 : il s’agit de l’action de gouverner, de gérer, d’administrer.
Quels Etats sont suffisamment puissants pour être au cœur de la gouvernance mondiale ?
 Les grandes puissances nucléaires mondiales
Doc. 3 page 208 – Puissances et alliances dans le monde
Les puissances militaires se mesurent avec l’arme nucléaire (le terme de puissance est défini page 209). Huit
Etats la possèdent :
- Les grandes puissances militaires nucléaires officielles sont anciennes, puisqu’elles possèdent l’arme
nucléaire depuis l’époque de la Guerre Froide (entre 1945 et 1967), qui servait à l’époque d’arme de
dissuasion. Ce sont aussi les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU et les Etats
qui ont les budgets militaires les plus importants.
- Mais la carte montre que d'autres Etats possèdent l'arme nucléaire : Inde, Pakistan, Israël (pays qui
ont refusé de signer le Traité de Non-prolifération des Armes Nucléaires – TNP de 1968, traité qui a
été signé par 189 pays sinon, établi en temps de Guerre Froide).
- Nous observons aussi des Etats dits « proliférants » dont on suppose qu'ils ont l'arme nucléaire
comme la Corée du Nord, ou qui sont suspectés de développer un programme nucléaire militaire (Iran),
en violation du TNP de 1968.
2
D’une façon générale, depuis la fin de la Guerre Froide, on note les difficultés croissantes pour les grandes
puissances de contrôler à l'échelle mondiale, la détention des armes nucléaires.
 L’apparition de nouvelles puissances militaires
On assiste aujourd’hui à la montée en puissance des pays émergents comme les puissances régionales
d’Amérique latine (Brésil), d’Asie orientale (Inde, Corée du Sud) et du Moyen-Orient (Arabie Saoudite) et sur
des zones de tension interétatique (Inde-Pakistan, Corée du Nord-Corée du Sud).
Mais la force militaire ne reflète qu’un aspect de la puissance d’un pays. Par exemple, le Japon n’est pas une
grande puissance militaire, l’Union européenne ne dispose pas d’une force commune, etc. Au contraire, pour les
États-Unis, leur puissance militaire leur permet d’être au cœur de la gouvernance mondiale.
 Les instances de gouvernance mondiale
Les organisations internationales garantissent un certain ordre mondial : il s’agit de l’ONU (Organisation des
Nations Unies), du FMI (Fonds Monétaire International), de la Banque Mondiale (dont les sièges sont à NYC
pour l’ONU et à Washington pour les deux autres), etc.
Mais d’autres organisations sont venues compléter le dispositif: il s’agit des associations régionales telles que
l'Union Européenne ou encore des groupes de réflexion plus larges à l'image du G8 ou du G20, figurés que le
doc. 4 page 209. Le G7, créé dans les années 1970, regroupait au départ les pays les plus riches du bloc Ouest,
auxquels on a ajouté la Russie après la fin de la Guerre Froide. Mais depuis 1999, le G20 réunit les pays les plus
puissants du monde, en intégrant les pays émergents ou encore un pays pétrolier (Arabie Saoudite). Le G20
reste une institution informelle, au contraire de l’ONU, où les chefs d’Etats discutent des grandes questions
économiques du Monde et émettent des recommandations (comme la lutte contre les paradis fiscaux dans le
monde par exemple).
II – Représenter la complexité géoéconomique du Monde
A - Des cartes montrant les inégalités de développement
Doc. 1 page 214 – L’IDH dans le monde
Ce document fait figurer deux informations. Tout d’abord, on voit l’IDH (indice de développement humain), créé
en 1990. Cet indicateur, créé par l’ONU, va de 0 à 1 et se calcule par la combinaison de trois indicateurs :
- l'espérance de vie (santé),
- le taux d'alphabétisation des adultes (éducation)
- et le PIB/revenu par habitant (niveau de vie).
Plus l'indice est proche de 1, plus le développement est important et inversement en s'approchant de 0. Les
écarts entre les pays sont importants, la Norvège occupe le 1er rang avec un IDH de 0,944 et la République
Démocratique du Congo est au dernier rang avec l'IDH le plus faible 0,286.
En outre, le document montre la limite Nord-Sud, séparant les pays riches/développés et les pays en
développement. Cependant, cette limite Nord-Sud est aujourd’hui très contestée voire obsolète car :
- On voit que certains pays du Sud ont un IDH supérieur aux pays du Nord : le Chili ou l’Argentine ont
un IDH plus élevé que la Russie ou les anciens pays de l’Europe communiste.
- En outre, cette limite Nord-Sud se base sur des critères économiques comme le PIB (produit intérieur
brut : l’ensemble des richesses produites à l’intérieur des frontières d’un pays). Le doc. 2 page 215 nous
permet de différencier la richesse et le développement (déf. page 215). Le RNB est un autre indicateur
économique (voisin du PIB) calculé pour exprimer la richesse produite annuellement dans chaque État. La
Chine est la 2ème puissance mondiale en termes de RNB mais au 101ème rang pour son IDH : sa richesse
cache de grandes inégalités de développement au sein de sa population. Le choix de l’anamorphose pour
représenter le RNB associé à des aplats de couleur pour l’IDH permet de comprendre la distorsion qui
peut exister entre les deux (richesse et développement).
- Enfin, la limite Nord-Sud ne permet pas de comprendre que la catégorie « pays du Sud » est très
hétérogène. En effet, elle comprend des pays émergents qui connaissent un développement rapide
(Brésil, Inde, Chine) autant que des pays les moins avancés (PMA) localisés surtout en Afrique.
B – Un monde de plus en plus interdépendant…
Doc. 3 page 214
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Depuis 1950, la planète a connu une explosion des flux/échanges mondiaux. Les marchandises, les hommes, les
capitaux, les informations circulent massivement d'un bout à l'autre de la planète. L'intensification des flux
conduit à une mise en réseau des pays du monde.
C – La Triade est aujourd’hui concurrencée par l’affirmation des pays émergents
 La Triade reste le moteur de la mondialisation…
Doc. à projeter – Le commerce mondial de marchandises en 2010
La Triade comprenait au départ les Etats-Unis, l’Europe de l’Ouest et le Japon, mais le concept a évolué : la
Triade s’est élargie. Le commerce mondial des marchandises reste organisé autour de ces trois pôles : l’Union
Européenne, l’Asie Orientale (Japon, Chine littorale, NPIA – Taïwan, Singapour, Corée du Sud) et l’Amérique
du Nord. Ces trois pôles représentent à eux seuls 83 % du commerce international et ¾ de la richesse
mondiale. Ces territoires disposent d'un PIB/hab. et d'un IDH élevés. Ces sont les principaux lieux
d'impulsion de la mondialisation : places boursières, sièges des grandes FTN, sièges des institutions
internationales, etc.
 …Ce qui n’empêche pas l’apparition d’un monde polycentrique/multipolaire
Mais la Triade est aujourd’hui un concept daté. En effet, malgré de la prééminence des trois pôles évoquée plus
haut, nous assistons à l’affirmation de pays dits émergents. Ce sont des Etats qui disposent d'IDH et de
PIB/hab. moyens, mais qui connaissent une croissance rapide. Ils deviennent incontournables dans les
échanges économiques et de plus en plus présents dans les relations internationales. Ils sont visibles sur le doc.
2 page 215 (PIB important) :
- En Asie, on retient avant tout l’Inde et la Chine, auxquels on peut ajouter parfois l’Indonésie (qui fait
partie du G20), la Malaisie ou la Thaïlande.
- En Amérique du Sud, on compte le Brésil et le Mexique auxquels on peut ajouter le Chili et l’Argentine.
- On ajoutera aussi l’Afrique du Sud.
Certains de ces pays sont qualifiés de puissances émergentes, car ils ne jouent pas seulement un rôle important
dans le domaine économique, mais aussi dans le domaine diplomatique, militaire, etc. On appelle ce groupe les
BRICS, un acronyme désignant le Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Leurs chefs d’Etat se réunissent
une fois par an.
Doc. 4 page 217 - Les principaux États producteurs d’automobiles
En 1969, les deux principaux États producteurs d’automobiles sont les États-Unis et le Japon. En 2012, on voit
l’apparition de pays du Sud, et notamment des pays émergents. La Chine est devenue le premier
producteur : c’est un pays atelier, en raison du faible coût de sa main d’œuvre. Certains pays du Nord ont vu
leur production stagner voire diminuer : leur économie est maintenant davantage axée sur les services, et le
coût de la main d’œuvre plutôt élevé les rend moins rentables.
Notons que la catégorie des pays émergents a largement été façonnée par le monde des économistes et des
financiers. Les critères liés au développement sont rarement pris en compte. C’est donc une vision d’économiste
et pas celle d’un géographe.
III – Représenter la complexité géoculturelle du monde
A - Vers une uniformisation culturelle ?
Doc. 4 page 213 – La pratique du football dans le monde
Ce cartogramme publié dans l’Atlas du monde de demain émane des recherches de Pascal Boniface, auteur de
Football et mondialisation, paru en 2010. Pascal Boniface écrit : « S’il y a un empire sur lequel le soleil ne se
couche jamais, c’est bien celui du football ». Inventé en Angleterre au 19ème siècle, le football s’est imposé
sur tous les continents. La FIFA (Fédération internationale de football association) qui gère les compétitions a
plus de membres que l’ONU (207 contre 193) car elle regroupe en son sein à la fois Israël et la Palestine, etc.
Les régions où se concentrent le plus grand nombre de licenciés dans le monde sont l’Europe occidentale et
l’Amérique dans son ensemble. L'Asie compte peu de licenciés. Le football est donc un sport inégalement
pratiqué. Si on compare cette carte avec celle de l’IDH, on voit que les pays où l’on pratique le plus le football
sont les pays les plus développés. En réalité, dans les pays développés, les fédérations sont parfaitement
organisées et listent précisément les licenciés, système qui n’existe pas dans les pays moins développés où le
football de rue prédomine.
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Carte à projeter – Carte des McDonald’s dans le monde
L’entreprise, née en 1944 aux Etats-Unis, est implantée aujourd’hui dans 120 pays. Elle est moins présente en
Afrique où le marché des consommateurs est très réduit.
Ces cartes sont révélatrices d’une certaine uniformisation culturelle. La mondialisation favorise une diffusion
du modèle culturel occidental, et en particulier nord-américain, véhiculé par la révolution des modes de
communication et par l’action des FTN. Deux termes à connaître sur ce thème de l’uniformisation culturelle :
- On parle d’occidentalisation des sociétés pour qualifier cette uniformisation, cette standardisation
culturelle.
- Pour désigner cette capacité, pour un Etat, à diffuser sa culture, ses modes, ses habitudes de vie, on
parle de « soft power », puissance douce : les Etats-Unis peuvent sont la puissance culturelle
dominante. Mais il existe des puissances culturelles secondaires en Europe occidentale, au Japon, en
Chine, en Inde...
B - Les réseaux numériques homogénéisent-ils le monde ?
Doc. 3 page 212 - Les enjeux d'Internet
La diffusion d'Internet n’est pas planétaire. Observons la carte :
- Les Etats où la population connectée à Internet est la plus importante sont les pays développés : les
Etats-Unis (où le réseau est né en 1969) le Canada, les pays d’Europe Occidentale, l’Australie.
- La diffusion d’Internet dépend aussi du degré de liberté des internautes. On note la faible présence
d’Internet en Russie ou en Chine, ces deux pays ayant par ailleurs des réseaux sociaux spécifiques à
faible diffusion mondiale. Ces États veulent garder le contrôle d’Internet pour préserver leur
souveraineté : la Chine censure les informations et dispose de trois grands fournisseurs d’accès
nationaux (China Telecom, China Unicom et China Mobile) tous contrôlés majoritairement par l’État.
- Mais la projection choisie, centrée sur l’Amérique, instrumentalise un message, en montrant
l’importance des Etats-Unis dans le réseau Internet.
Internet et les réseaux numériques sont souvent présentés comme des vecteurs de la mondialisation. En effet,
ils sont à l'origine d'une certaine standardisation des pratiques culturelles par la multiplication des flux
d'informations qu'ils produisent.
Doc. pages 204-205 – Carte des 500 millions d'amis Facebook, décembre 2010
Nous avons déjà vu cette carte en introduction. Elle montre les connexions entre les membres du site et a
été réalisée par Paul Butler, stagiaire chez Facebook, en 2010. Elle est très belle, précise, mais est-ce une
carte ou une image de communication ?
Une carte pro-Facebook
Analyse critique de la carte
Plusieurs
critiques
peuvent être émises à l’encontre de
- Ce document a été produit par un stagiaire de
Facebook, il n’a donc rien d’objectif : il s’agit d’un cette carte :
outil de marketing destiné à mettre en valeur - C’est une reconstitution : les gens dorment et ne
sont pas tous connectés en même temps !
l’extension mondiale du réseau social Facebook, à
On pourrait croire en regardant la carte que
idéaliser son image de réseau, dans un contexte
chaque ligne regroupe les relations entre deux
où Facebook levait $90 milliards pour racheter
amis ; mais en fait, elle représente tous les amis
ses concurrents.
d'une ville ayant des amis dans une autre ville.
- La carte nous donne l'image d'un monde
Il n’y a pas de légende. Paul Butler a choisi des
interconnecté, d'un monde multipolaire qui
figurés dont la couleur est proportionnelle à
abolirait les vieilles images de la Triade.
l'intensité des relations. A quelle valeur
- Il y a aussi l'idée d'instantanéité : tout se
correspond telle nuance de bleu ? A partir de
connecte à un temps T dans l'espace mondial. La
quand la ligne devient-elle blanche ?
couleur bleue est la couleur de Facebook, un bleu
apaisant et rassurant. Les lignes sur la carte - Si on compare avec la carte de la répartition de la
population et avec la carte de l’IDH (doc. 1 page
peuvent faire penser aux lignes aériennes, l’avion
214), Facebook ne concerne qu'une petite partie
étant le seul moyen de transport mondial et
des zones densément peuplées et délaisse les
massifié (même si les messages de Facebook ne
zones où se concentrent les pauvres.
circulent pas dans les airs, mais des câbles
En outre, les limites de la présence de Facebook
enterrés et sous-marins). Le bleu apparait de
correspondent à des frontières politiques (Chine,
façon lumineuse, au cœur des ténèbres du monde
5
-
« non relié » (qui reste noir).
Le message de cette carte est la facilité avec
laquelle Facebook met en relation les hommes du
monde entier : Facebook relie les hommes du
monde entier par-delà les mers, montagnes et
océans. Le slogan de l’entreprise est : “Be
Connected. Be Discovered. Be on Facebook.”
Iran, Russie, etc.). Par exemple, Facebook n'arrive
pas à s'implanter au Japon, pourtant une des
sociétés les plus connectées au monde. En effet,
les concurrents puissants y sont installés et la
culture Internet y est ancienne et organisée
différemment (réseau Mixi).
C – Une diversité culturelle persistante
Doc. 1 page 210 – Les grandes aires linguistiques dans le monde
C’est une carte par anamorphose / un cartogramme sur laquelle :
- Le nombre de langues apparaît relativement réduit, recouvrant de vastes territoires et des populations
nombreuses. Cependant, la carte ne figure que les langues officielles, alors que les langues non
officielles sont extrêmement nombreuses : on dénombre en tout un peu moins de 7000 langues
parlées dans le monde. Quinze langues comptent plus de 100 millions de locuteurs. L'anglais, le
chinois, l'espagnol et l'arabe arrivent en tête des langues les plus parlées.
- L’aire d’extension des langues européennes est mondiale ; elles s’étendent chacune sur au moins deux
continents (sauf l’allemand et l’italien), notamment en raison du passé colonial de l’Europe, alors que les
langues asiatiques se cantonnent en Asie.
- Le continent le plus homogène est l’Amérique, largement dominée par les langues des colonisateurs 1.
- On voit certains pays où la langue officielle se distingue des langues parlées. C’est le cas de l’Inde,
véritable tour de Babel (18 langues officielles, 1600 dialectes parlés !!) où l’anglais reste une des langues
officielles (ancienne colonie britannique).
Doc. 2 page 211 - Les religions dans le monde
Nous pouvons faire plusieurs observations sur cette carte :
- Les religions se partagent de vastes aires religieuses qui semblent cohérentes sur la carte. Mais il y a
d’autres religions minoritaires à l’intérieur de ces grandes aires religieuses, non représentées ici. La
carte simplifie donc la réalité.
- Les trois religions monothéistes dominent le monde : le christianisme (2 milliards de croyants environ),
l’islam (environ 1,5 milliard) et le judaïsme (environ 14 millions). L’avance numérique du christianisme
devrait continuer à l’horizon de 2050. Mais la croissance de l’islam est plus rapide car la population est
en forte croissance.
- Les aplats de couleurs donnent une impression statique des choses, mais la mondialisation s’accompagne
d’une diversification, d’une complexification de la carte religieuse du monde. Par exemple, la France est
pays officiellement laïc depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905. Mais elle est marquée en
jaune car le catholicisme est la religion principalement pratiquée (c’est plutôt du domaine de l’héritage
culturel aujourd’hui : calendrier, nombre d’églises, ancienne « fille ainée de l’Eglise » à l’époque de la
monarchie absolue, etc.) bien qu’étant en processus de sécularisation (éloignement de la société par
rapport à la religion). Mais elle connaît aujourd’hui une forte croissance de la religion musulmane (6
millions de musulmans) en raison des flux migratoires, qui n’est pas vraiment montrée (autrement que par
un petit « rubicube »). Le planisphère ne montre donc pas bien la complexité de la situation française. Un
autre exemple : la montée du militantisme islamique n’est pas bien montrée (petits triangles verts
statiques).
- Nous voyons que les conflits religieux sont nombreux, entre religions notamment (Centrafrique) ou à
l’intérieur d’une même religion (chiites et sunnites).
Doc. – Le dessous des cartes, J.-C. Victor, 2002
Le terme de civilisation désigne un ensemble de caractères (culturels, religieux, linguistiques, matériels)
communs à une société. En 1996, Samuel Huntington, ancien conseiller à la Maison Blanche aujourd’hui
professeur à Harvard, publie l'ouvrage Le choc des civilisations, dans lequel il définit neuf aires de civilisation,
1
Cependant, l’auteur de la carte fait un choix cartographique discutable en qualifiant de langues endogènes les langues européennes
employées comme langue officielle en Amérique (espagnol, portugais, anglais, français) ; ce sont bien évidemment des langues exogènes,
même si une part importante du peuplement américain descend de vagues de migrations successives venues d’Europe (et d’Afrique).
6
en expliquant que la finalité de chacune est de dominer les autres. Les attentats du 11 septembre 2001 ont
provoqué un regain d'intérêt pour ces théories.
Cette vision est très contestable :
- D'une part, l’auteur a du mal à définir ce qu’est une civilisation, parfois réduite à un niveau de
développement (comme entre la civilisation latino-américaine et la civilisation occidentale) ou à une
religion (comme la civilisation islamique qui regroupe des pays très différents).
- D'autre part, sa théorie oublie de montrer les relations, les interdépendances entre les différentes
aires et la vigueur des mélanges/métissages du fait de la mondialisation.
IV – Représenter la complexité géo-environnementale du monde
Rappelons ce qu’est le développement durable : développement économique, social et environnemental qui doit
répondre aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à
répondre aux leurs.
A – Une pression croissante sur les ressources
Doc. 1 page 218
L’anamorphose croise deux éléments :
- La population des États du monde (la superficie des pays est proportionnelle à la population des États)
- Leur taux d’accroissement naturel, c’est-à-dire la différence entre le taux de natalité et le taux de
mortalité.
Voici les informations que nous pouvons tirer de cette anamorphose :
- Les États les plus peuplés dans le monde sont la Chine, l’Inde, les États-Unis, l’Indonésie et le Brésil.
D’une façon générale, le continent asiatique reste le plus peuplé.
- Le taux d’accroissement naturel est calqué sur le niveau de développement des pays. En effet, les pays
en développement n’ont pas tous terminé leur transition démographique, au contraire des pays
développés. Ainsi, le taux d’accroissement naturel est particulièrement élevé en Afrique (indice de
fécondité : 5 enfants/femme en Afrique subsaharienne). Un pays comme le Nigeria pourrait être plus
peuplé que les États-Unis avant 2050 et les démographes n’excluent pas qu’il devienne, au tournant du
siècle, le 2ème pays le plus peuplé de la planète. Inversement, le taux d’accroissement naturel est faible
dans les pays développés.
- Cette forte croissance démographique (on prévoit 9.6 milliards d’hommes en 2050) génère des besoins
croissants (pour satisfaire les besoins vitaux de l’homme) entraînant une augmentation de la pression
sur les ressources. La croissance de la population pose donc la question d’un développement durable.
Doc. 2 page 219
Le cartogramme montre que l’accès à l’eau potable est inégal dans le monde. On estime que 1,1 milliard
d’hommes n’ont pas accès à l’eau potable (avoir accès à l’eau représente 25 litres/personne et par jour à
moins de 200 mètres du lieu d’habitation). Voici ce que nous observons :
- En valeur absolue, les pays où le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable est le plus élevé
sont en Asie (Chine, Inde) mais aussi en Afrique (Nigeria, RDC, où les ressources disponibles sont
pourtant parmi les plus importantes du monde !!, Éthiopie).
- En valeur relative, les pays où la part de la population n’ayant pas accès à l’eau potable est la plus élevée
sont majoritairement en Afrique subsaharienne : ce sont les pays les plus pauvres et où la croissance
démographique est la plus forte. L’accès à l’eau est d’abord un problème de développement avant d’être
une question de rareté ou d’abondance en ressources en eau. Le contraste Nord/Sud reste bien
marqué.
B – Une forte pression sur l’environnement : l’exemple des émissions de CO2
Doc. 3 page 220 - Les émissions de CO2 et le protocole de Kyoto
Le planisphère met en relation les émissions de CO2 par État et les pays qui se sont engagés dans la
limitation des émissions de gaz à effet de serre. La carte représente les données cartographiées en valeur
absolue par des cercles de taille proportionnelle pour les émissions de CO2, et en valeur relative par des aplats
de couleur (émissions en tonne par habitant).
Le protocole de Kyoto (1997) vise à lutter contre le changement climatique en réduisant les émissions de gaz à
effet de serre (et notamment le principal d’entre eux : le dioxyde de carbone, CO2) : les États les plus riches,
7
responsables des émissions les plus importantes, ont pris l’engagement de stabiliser leurs émissions à moins 5%
par rapport au niveau de 1990. Observons la carte :
- Les principaux États émetteurs de CO2 sont les pays les plus développés : Canada, États-Unis,
Allemagne, Russie, Australie, etc. En effet, les pays industrialisés ont largement contribué à l’émission
de gaz à effet de serre depuis le milieu du 19 ème siècle. Aujourd'hui, les pays émergents participent
également aux dégradations. Notons le cas de la Chine qui est l’Etat qui émet le plus de CO2 dans le
monde.
- Les principaux pays qui se sont engagés à limiter ou réduire leurs émissions sont des pays du Nord :
la Russie, les pays d’Europe, l’Australie, le Japon, la Corée du Sud. L’Union européenne est la seule
structure internationale signataire du protocole. Mais les États-Unis n’ont pas ratifié le protocole et le
Canada s’est retiré du protocole en 2011 depuis qu’il exploite les sables bitumineux de l’Alberta.
- Les États à faibles émissions sont les pays les plus pauvres (notamment les États africains).
- La carte ne donne qu'une vision très incomplète de la question : le poids de l'Europe est minimisé du
fait de la division en petits Etats (mais c'est un gros émetteur de CO2).
Les dégradations environnementales sont généralisées : les atteintes à l'environnement sont présentes sous
toutes les latitudes. Les changements climatiques font courir à certaines régions des risques importants :
cyclones, sécheresses, inondations, incendies, désertification, montée du niveau de la mer, etc. Le protocole de
Kyoto montre à quel point il est difficile d’atteindre une gouvernance mondiale en matière d’environnement, qui
demeure encore inexistante malgré l’organisation des grandes conférences ou de sommets internationaux (Rio
en 1992, Copenhague en 2009).
C – La protection de l’environnement
Doc. 4 page 221
Ce planisphère pose la question de la protection des espaces naturels dans le monde. Cette protection n’échappe
ni à la mondialisation, ni aux tensions géopolitiques entre États :
- Elle est en grande partie contrôlée par des ONG qui sont pour la plupart originaires des pays du
nord, et notamment des pays anglo-saxons2, et qui ont un poids financier et une influence notables
dans les institutions internationales. Elles peuvent orienter les politiques des États en faveur de la
protection.
- Les pays où les ONG interviennent sont des pays du Sud. Cette situation n’est pas sans rappeler les
rapports de domination qu’exercent les pays du Nord sur les pays du Sud. Les actions menées tentent de
concilier parfois les piliers économique, social et environnemental (en Europe, par exemple), mais parfois
elles s’imposent à des sociétés pauvres pour qui le souci premier est de se développer (comme dans les
pays d’Afrique de l’Est). La carte vise donc à dénoncer la protection imposée par des acteurs
appartenant aux pays riches à des pays pauvres : les ONG restent centrées sur l’écologie ce qui pose
des problèmes de prise en compte des sociétés locales. On estime qu’environ 14 millions de personnes
sur la Terre ont subi une politique de déplacement forcé afin de mettre en place des mesures de
protection de la nature.
Conclusion
Le croisement des différentes grilles de lecture et des différentes cartes permet de mieux appréhender un
monde complexe, devenu polycentrique, qui s’éloigne progressivement des traditionnelles divisions Nord-Sud. La
carte est un outil géographique essentiel, facile à lire, mais qu’il faut toujours lire avec un certain esprit
critique.
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L’idée de protéger la nature prend ses racines dans le Sierra Club, créé en 1892 aux Etats-Unis. Il s’agit de la première association
écologiste visant à protéger le nouveau Parc National de Yosémite, symbole du Grand Ouest américain sauvage et vierge, contre les
éleveurs et ceux qui voulaient en réduire l’extension.
8
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