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Ces informations sont en principe confidentielles et permettent une action correctrice précoce des
superviseurs sur les banques comme cela existe déjà à l'intérieur des Etats-Unis. Le superviseur
doit avoir un pouvoir d'injonction dès qu'il a détecté une anomalie : il peut recommander à la
banque de modifier la structure de son portefeuille, de restreindre le versement de dividendes,
d'accroître le montant des provisions, de désinvestir certaines activités, etc. Autrement dit, le
superviseur exercerait une action coercitive, graduée et précoce, fondée sur une information de
qualité.
L'existence d'un prêteur en dernier ressort aurait également permis de contenir la crise asiatique.
La fonction du prêteur en dernier ressort, lorsque des ventes s'effectuent en cascade, est
d'injecter des liquidités (par l'achat de titres ou de devises). Cela permet de maintenir les prix à
un niveau jugé crucial.
Seulement, les ressources d'un prêteur en dernier ressort ne peuvent être illimitées. D'où
l'importance des actes symboliques. On en a eu une illustration avec, par exemple, les
déclarations solennelles de la Banque de France et de la Bundesbank en 1992 au moment des
mouvements de spéculation autour du franc. En affichant leur volonté d'user de tous les moyens,
elles sont parvenus à y mettre fin.
Vers une régulation internationale
De même, en frappant les marchés par ce type de déclaration, le prêteur en dernier ressort peut
dissiper la panique à la source sans avoir eu à mobiliser les fonds.
Le FMI n'est pas le mieux placé pour jouer ce rôle. Le FMI n'agit qu'à la demande des
gouvernements. Une fois sollicité, il s'ensuit une période de négociation. Or, celle-ci ne fait que
contribuer à la dramatisation de la situation. Dans le cas de la Corée, les négociations se sont
échelonnées entre octobre et décembre 1996. Le coût social de l'action du FMI (en termes de
licenciements, de baisse du pouvoir d'achat, etc.) a finalement été très élevé. L'action immédiate
d'un prêteur en dernier ressort aurait pu réduire le coût social.
Dans un monde globalisé, les banques centrales sont les agents les mieux placés pour
comprendre l'interdépendance des marchés monétaires et financiers. Elles sont les seules en
mesure de comprendre les répercussions d'une crise localisée sur l'ensemble du système
financier international.
Cependant, toutes les banques centrales ne sont pas concernées au même titre par une crise
dans telle ou telle partie du monde. Seules les plus concernées interviendraient donc au titre de
prêteur en dernier ressort. S'il y avait eu une action conjointe de la Fed (la banque centrale
américaine) et de la Banque centrale du Japon (les deux pays les plus concernés a priori), sur le
marché des changes de la Corée - pour surmonter la crise de liquidité - la panique aurait pu être
évitée. La Banque du Japon est aujourd'hui celle qui paie le plus cher les effets de cette crise. Sa
passivité montre le chemin à faire pour ancrer le rôle de prêteur en dernier ressort dans les
pratiques. Cependant, le rebondissement de la crise en juin 1998 et sa focalisation sur le yen ont
fait avancer la prise de conscience de la fonction essentielle du prêteur en dernier ressort. La
baisse du yen tendait à devenir un processus auto- réalisateur dont les répercussions sur
l'ensemble de l'économie mondiale étaient fortement perturbatrices. Le trésor et la banque
centrale des Etats-Unis se sont convaincus de la nécessité d'arrêter ce mouvement en
fournissant au marché des dollars (2 milliards, le 17 juin 1998) pour permettre aux opérateurs pris
de panique de réestimer plus sobrement le niveau du yen. Le prêteur en dernier ressort traite les