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4) Les distorsions engendrées par la taxation dépendent de la distribution des revenus. D’une
part, le taux de taxe marginal effectif est très élevé pour les plus pauvres, tandis que les
plus riches ont généralement accès à plus d’opportunités d’évasion fiscale. Alors plus
d’inégalités fait que la taxation entraîne plus de distorsions, et donc le taux de taxe préféré
par la majorité diminue quand les inégalités augmentent.
Plus de redistribution n’est pas nécessairement pénalisant pour la croissance.
Le second principe traditionnel de l’économie politique de la croissance est que plus de
redistribution affecte négativement la croissance, parce que plus de redistribution signifie plus
de taxe sur les rendements de l’investissement, ce qui décourage et réduit l’investissement et
la croissance. Si ce raisonnement semble approprié dans de nombreux papiers théoriques, il
est contredit dans plusieurs analyses empirique, en particulier par Sala-i-Martin et Perotti qui
trouvent une relation positive entre les transferts et la croissance. Les auteurs exposent
quelques arguments qui expliquent que la redistribution n’est pas nécessairement pénalisante
pour la croissance :
1) D’abord quand la redistribution est faite à travers l’éducation publique comme dans Saint
Paul et Verdier 1993. L’éducation publique peut tout à la fois égaliser les niveaux de revenus
entre les dynasties et augmenter le stock agrégé de capital humain dans l’économie. Quand ce
dernier est le moteur de la croissance, cela génère un effet bénéfique sur la croissance.
2) Ce qui soutient cette vue standard sur la redistribution et la croissance est que les
incitations à investir sont basées uniquement sur le rendement privé net des taxes. En
particulier les agents n’ont aucune contraintes de liquidité. Cela est évidemment faux quand le
marché des capitaux est imparfait. En particulier les agents pauvres peuvent alors être
incapable d’investir dans les projets ou les facteurs cumulatifs qui sont essentiels à la
croissance (Galor et Zeira,1993 ; Aghion et Bolton 1992 ; Banerjee et Newman 1993 ; Perotti
1993). On a alors des comportements d’investissement différents pour les riches et les pauvres
et les inégalités s’accroissent. La croissance n’est déterminée que par l’investissement des
riches. Si l’économie est assez riche, la redistribution qui facilitera l’investissement des
pauvres sans empêcher celui des riches sera positive pour la croissance.
3) Effet de composition de la demande : la redistribution affecte la croissance si les
préférences ne sont pas homothétiques et si la demande agrégée dépend des distributions de
richesse et de revenu (ex : Murphy et al. 1989). A cause des technologies à rendements
croissants, l’industrialisation ne peut surgir que si les marchée domestiques sont importants. Il
faut qu’il y ait suffisamment de richesse initiale pour couvrir les coûts fixes des industries.
Mais de plus la richesse agrégée doit être suffisamment largement distribuée afin de générer
une demande importante. Dans ce cas la redistribution en générant une classe moyenne
importante peut avoir des effets positifs sur la croissance, au moins à un certain stade du
développement.
4) Crime, envie et inégalité : les transferts du gouvernement écartent les personnes pauvres
d’activités socialement néfastes et qui diminue la rentabilité des investissements, comme le
crime. Les pauvres ont peu à perdre s’ils se font prendre à voler. Les transferts augmentent le
coût potentiel associé au crime en les rendant plus riches. On peut aussi développer
l’argument de l’envie, par exemple le classement dans la distribution de richesse. S’il n’y a
que peu de mobilité sociale par des moyens légaux et si les inégalités initiales sont grandes,
alors les incitations à entrer dans des activités illégales sont grandes. Donc réduire les
inégalités à travers la redistribution réduit l’envie et le crime, et donc stimule l’investissement
et la croissance.
CCL : les connexions entre les inégalités, la redistribution et la croissance doivent être plus
subtiles et complexes que ce que la vision conventionnelle suggère. On peut expliquer