
Monnaie Locale Complémentaire
Le 10 novembre dernier, Philippe Derudder est venu faire une conférence à Lignières, pour exposer
l'intérêt de mettre en place et développer, localement, une Monnaie Locale et Complémentaire.
Il a resitué dans un premier temps la réalité de notre société, ainsi que l'évolution de l'économie :
« En ce début de XXI° siècle, l'humanité se trouve face à une situation unique dans son histoire :
- Une démographie qui est passée en l'espace de deux siècles de 1 à plus de 7 milliards
- Des ressources naturelles non renouvelables, en voie d'épuisement
- Un'e pollution croissante de notre milieu naturel
- Une contradiction fondamentale : l'idéologie économique ne propose pas d'autre option que la
croissance, alors que le respect des équilibres écologiques réclame plus de sobriété.
Si en 1800, aux débuts du capitalisme, le défi était de produire plus, celui qui se pose à notre époque
est de produire moins, mais mieux, et de partager équitablement, pour rendre possible à tous une vie
de suffisance et de dignité, en harmonie avec les exigences écologiques.[...]
La clé se trouve dans l'inention d'un nouveau paradigme qui dépend complètement de la réponse
que nous donnerons à la question : qu'est-ce que la richesse ?
C'est cela qui sejoue au travers du mouvement des monnaies localescomplémentaires. […]
Tout reste à faire, certes, car une monnaie locale n'est pas une solution en soi, mais un outil
pédagogique de transformation de la pensée humaine. » (extrait de l'Age de Faire numéro spécial)
Philippe Derudder nous a parlé de la place de la monnaie, sa fonction d 'échange, et toutes les
formes que peuvent prendre les moyens de paiement. Il y aurait environ 5000 monnaies « non
souveraines » aux quatre coins de la planète : un coupon papier pour le troc dans un village africain,
un ticket resto, des monnaies avec leur propres banques de prêt dans les favelas brésiliennes, des
points de fidélité pour consommateurs captifs en Europe….
Les premières expériences contemporaines de monnaie complémentaire se situent au coeur de la
crise des années 1930.Ceux qui possédaient de l'argent avaient tendance à le thésauriser, pour faire
face « au cas où ». Le ralentissement de la circulation de la monnaie aggravait la crise. Il fallait, au
contraire que les gens dépensent, pour relancer la consommation, la production. Plusieurs
expériences se feront, certaines échoueront, d'autres réussiront, mais seront interdites.
C'est le cas à Lignières, commune qui végète, dont la population a diminué presque de moitié entre
1900 et 1956. Deux hommes, désireux d'animer leur ville, se rendent compte que toutes leurs
propositions sont rejetées sans aucune étude. Ils décident alors d'agir, créent une association et le 26
avril 1956, est déclarée au journal officiel la « commune libre de Lignières en Berry » (aucune loi
ne régit les communes libres qui peuvent s'administrer librement), et les deux hommes lanceront
rapidement des « bons d'achat », aidés par un économiste s'appuyant sur les travaux de Gesell. Ces
bons d'achat perdent de leur valeur chaque mois (1%), et de ce fait, cette « monnaie » inhabituelle
circule localement, les personnes ne la conservent pas, de crainte qu'elle perde toute valeur
brusquement. Plusieurs commerçants acceptent cette monnaie, sans que le maire officiel ne réagisse
à cette action peu banale.
Petit à petit, cette monnaie est prise d'une véritable fièvre circulatoire, et le pari était gagné,
Lignières semblait revivre. L'aventure dura 2 années ! La Banque de France s'inquiéta du succès de
cette initiative, et bien que la Police Judiciaire n'ait trouvé aucun motif de condamnation, cette
monnaie parallèle fut interdite par le gouvernement en 1958.
Et aujourd'hui ?
Durant les années 90, il y a un fort développement des SEL, Systèmes d'Echanges Locaux. Il y a
échange, au sein de groupes de personnes, de biens et de services, sur la base de la « valeur temps ».