IEP d`Aix en Provence

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IEP d’Aix en Provence
année 2009
2eme année
Cours de THEORIE POLITIQUE
deuxième semestre
Théories de la démocratie représentative et de ses
fondements
ou
« Inégale liberté je te chéris, j’écris ton non »
Il peut y avoir des erreurs
Les modalités d'épreuves sont à suite du cours ainsi que la bibliographie
Liberté
Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom
Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom
Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom
Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom
Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom
Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom
Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom
Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Paul Eluard
in Poésies et vérités, 1942
PREMIER COURS
Le modèle de la démocratie représentative. Discussion sur l'interprétation de la révolution.
De Tocqueville en ligne de mire.
Vincent Peillon écrit La Révolution Française n’est pas terminée. Perspective de François Furet,
Penser la révolution française.
La théorie marxiste de la révolution française avec la révolution sociale ne serait pas terminée.
Au Parlement, depuis la III° République, il y a un débat pour considérer la Révolution Française
comme un bloc ou pas.
Depuis Jaurès, il y a un débat qui se serait arrêté en 1989 : révolution démocratique, révolution des
droits : première partie du bloc (socialistes SFIO + PCF jusqu’en 1980). Deuxième bout du bloc :
1795 à 1800 on ne sait pas (Constitution 1795 : développement des devoirs du citoyen).
Pointer ce modèle de la démocratie représentative pour savoir sur ce quoi elle se fonde, étapes et les
impensés (en prise avec le disregard)?
Avant Tocqueville, même problème avec Rousseau (pire avec Voltaire et Diderot, voire Condorcet).
Y a-t-il une révolution visible ou une révolution invisible dans la manière de penser les droits et les
libertés individuelles dans les démocraties européennes ? Cette question doit être posée du point de
vue de la devise républicaine : liberté, égalité, fraternité. Ces principes amènent aujourd’hui à une
double réflexion sur le retour en force parmi eux du principe de dignité de la personne humaine
dans les droits de l’Homme depuis la DUDH de 1948 mais aussi dans le droit positif français depuis
une dizaine d’années et sur le nouveau contenu de celui sécurité physique dans les systèmes de
droits positifs de pays de l’UE et en particulier en France . Cf. Hobbes, Spinoza, et avant la
révolution des Pays-Bas avec la Hanse : théoriciens du droit des gens, du droit international public
qui sont souvent soit des dominicains jésuites soit des espagnols : Vittoria, Suarez, Las Casas (on
parle de l’école de Salamanque). Ils traitent du droit des gens : qui a droit au droit ? Qui fait partie
des gens, qui fait partie du genre humain? question importante quand on rencontre des gens à
évangéliser ou à domestiquer... hommes ou animaux?
Puis Grotius et Pufendorf (droit de la paix et de la guerre, origine du droit international). Posent la
question des piliers fondateurs du genre humaine.
L'école de Salamanque se pose aussi la question. Qu'est ce qui fait la nature de l'espèce humaine :
ce qui définit la nature humaine, les piliers fondateurs du genre et du droit que la nature donne à
l'espèce humaine sur elle-même.
Cela positionne sur une ligne relativement simple : ce qui définit la question humaine (Aristote : la
nature de l’Homme c’est de faire partie du règne du vivant ; le seul homme qui a des qualités chez
Aristote, c’est celui qui est doué du logos: le citoyen). Distinction classique aristotélicienne : la
nature de l'homme c'est de faire partie du vivant, le seul qui est doué du logos c'est le citoyen. Ce
qui sont doués du logos et les autres (font partie du règne du vivant mais sont des animaux).
Descartes : ils ne sont pas dotés d'une conscience ce sont donc des machines.
Aristote chez les Modernes. On relit Hannah Arendt qui distingue ceux qui vivent du travail de leurs
corps, de leurs mains, et ceux qui vivent du travail de leur esprit. Ceux qui vivent du travail de leur
corps sont assignés à la vie nulle, la vie sans qualité.
L’homme n’est rien tant qu’il n’est pas doué de langage (aujourd’hui les historiens définissent l’être
humain à partir de la bipédie et du renversement du larynx qui lui permet de former des sons plus
complexes). Les mots ne sont plus le reflet des choses : on entre dans le nominalisme.
Zoe et bios : vie en grec.
Platon : théorie de l'amour, les êtres hermaphrodites se sont séparés et donc on doit donc chercher
sa moitié.
Provocation : avant la parole, avant l'action (diabolein : lancer au loin, polemos)
Distinction entre le genre humain et les droits de l’Homme. Pour Aristote, l’humanité est sans
qualité : elle peut se qualifier éventuellement, dans le cadre exclusif de la cité, qui elle aussi est la
communauté naturelle. Je sors de la nature, du monde des animaux où je ne suis doué que de voix
qui me permet d’exprimer mes émotions, pour entrer dans la cité où le logos est naturel. Quand on
lit Aristote, on lit l’opposition nature/culture : ceux qui sont dans le travail de leur corps n'ont pas
les mots pour exprimer les sensations, les émotions et les intuitions : chez Aristote pas d'humanité
donc pas de droits de l'homme, il y a des citoyens mais ils sont les seuls à être libres a bénéficier
d'un justice proportionnée à leurs qualités, ils sont libres mais inégaux. S'ils sont solidaires : c'est
l'amitié -philia-(nécessaire protection). Car dans amitié il y a une complémentarité (maître-esclave ;
femme-mari...).
Amour pour ceux qui ont le logos : caractéristique c'est d'être agape (pas eros : amour charnel et
sans issue).
Une humanité non qualifiée (qu'est ce qu'on va mettre dedans?) qui ne parle pas qui n’a pas les mots
pour avoir des émotions. Il faut des représentations, un langage construit pour avoir des émotions et
se distancier de la sensation, se distinguer de la bête qui éprouve physiquement ce que l’on ne peut
même pas appeler une sensation. Hobbes décrit l’état affreux de l’état de nature : l’homme a envie
que l’autre le reconnaisse comme ayant la chose que l’autre n’a pas --> théorie précurseuse de la
théorie de Freud : l’inconscient est une force de vie qui doit avoir moyen de s’exprimer soit par le
langage ou par l'œuvre (sublimation), sinon perversion.
Hobbes montre que si on a une frustration intense, on craque, on passe à l’acte comme dirait Freud.
On va agir : la pulsion va « m’agir ». J’ai besoin du logos pour exprimer le ressenti. On a envie
d’être reconnu.
Besoin d’une représentation de mots et d’une représentation de choses à ce que l’on appelle les
passions, les intuitions qui combinent le corps et l’esprit.
« enhaurme » Lacan (vient de énorme)
On a un misfit sur cette théorie du genre humain qualifié. Descartes dit que ce qui fait l’humanité
c’est la ratio : ce n’est pas que je sais exprimer la différence entre envie et désir, mais ce qui fait
cette différence entre le bête et l’Homme, c’est la raison (l’âme est dans le corps comme un pilote
dans son avion). Ce qui fait l'humanité ce n'est plus le langage, mais ce qui fait la différence entre la
bête et l'homme, c'est la raison. « Cogito ergo sum » : l'âme est dans le corps comme un pilote dans
son navire. Quel rapport dois-je avoir avec mes émotions, mes sentiments, mes passions ? Je dois
m’en méfier : c’est un malin génie qui me trompe qui me fait voire des hommes là où il y a des
ombres. Il faut faire table rase : je dois éradiquer en moi la moindre expérience d’émotion, de
sensation, de passion. il faut désensibiliser mon rapport au monde. Pourquoi? parce que guerres de
religion.
Comment faire pour penser la raison dans un monde livré aux guerres de religion? Faire table raz du
passé. Renan fera la même chose, pour penser la nation. Même chose pour Locke et pour Hobbes
(je dois penser comme si je n'étais pas dans cette urgence de penser un contrat social pour préserver
l'humanité). Il s'ampute des sentiments. L'expérience sensible et regardée comme nulle (n'existe
pas).
La distinction entre l’esclave et l’homme libre, c’est pour Aristote un critère de force, une
distinction naturelle physique et psychique selon Descartes.
Barbarein : qui est pareil au chant des oiseaux, opposition entre homme et animaux, problème de la
langage que l'on ne comprend pas, dès lors on est différent. Lévi-strauss.
Paul Virilio : femme comme moyen de transport. nombre textes sur la notion de vitesse
L'esclave est assimilé presque définitivement à son statut de non qualifié. Ne peut pas devenir un
citoyen même émancipé. Le modèle grec est particulier. La question de l’esclavage n’est pas
anecdotique est l’exemple entre l’humanité qualifiée et l’humanité non qualifiée. L’esclave en
Grèce Antique ne peut jamais devenir un citoyen.
Toutes ces théories qui parlent du Contrat social invente un point zéro fictif, la fiction du Ground
Zero à partir d’où tout commence. Le Contrat Social consiste à appliquer par convention la loi
naturelle en en faisant un droit positif. Il faut un degré zéro de l’humanité (fiction de l’Etat de
nature) et un point de basculement pour dire «avant c’était pire!» C’est l’invention d’une «so
story», une «histoire comme ça» : personne n’y croit mais on a besoin de cela pour faire tenir le
raisonnement. Jusqu’en 1848, voire jusqu’à aujourd’hui avec la Guadeloupe. en amont de cette
histoire, j'ai cette question qui nous taraude : qu'est ce qui fait la nature de l'homme? Qu'est ce qui
différencie l'homme de l'animal?
Pour le mot « Créole » voir Bénédict Andersen. La communauté imaginée.
Sinon voir : Sabir, charabia, galimacia.
L’Abbé Grégoire : enquête sur les patois ; enquête sociologique avant l’heure. Il veut repérer qui
parle français dans le peuple. Etre libre : échapper à ce rôle de nécessité. De la traite et de
l'esclavage des noirs. Mitterand l'a fait rentrer au Panthéon.
On va étudier dans Hobbes le scénario du passage de l’Etat de nature. Rousseau condamne
l’esclavage notamment dans deux textes.
Mot passe d'une langue à l'autre : acculturation.
Sala Mollins « Pauvres Lumières ».
COURS DU 18 MARS
Théories de la démocratie représentative et de ses fondements
ou
« Inégale liberté je te chéris, j’écris ton non »
Quelles étapes par lesquelles on est passé la semaine dernière.
Fondements de la Démocratie Représentative, c'est la question de savoir comment ses fondements,
se sont construits et articulés depuis les révolutions, à la fois dans leur dimension de révolution
démocratique et de révolution sociale? Comment s'est constitué cette base du système de la
Démocratie représentative?
Pourquoi? S'interroger sur la manière dont se sont articulés après leur émergence, après s'être
concrétisés après des phases, des points de rebroussement. Elias explique qu'il y a des régressions
des principes, mais pas pour tous les principes et pas de manière inégale. Par exemple, la
Restauration est une période régression de l'égalité des droits des citoyens (suffrage restreint) ; mais
la liberté progresse (de parole... notamment au parlement : possibilité d'engager la responsabilité
politique du gouvernement).
C'est pendant cette période que Tocqueville va concevoir son double chantier 1830 : De la
Démocratie en Amérique, 1848, De l'ancien régime et de la révolution. En posant cette question de
l'articulation de ces principes : cela n'est pas une question pratique, elle est théorique. Ce n'est pas
une question d'une histoire du droit, il va s'intéresser à la question des textes (critique interne des
textes, critique de la mise en cohérence des textes avec eux mêmes). Aujourd'hui à l'inverse, il faut
faire une théorie politique située, donc il faut aussi faire une analyse externe, cad qu'il faut situer le
texte dans un moment de controverse avec d'autres théories, mais aussi le situer dans les positions
socio-historico-économique occupées pas les auteurs. Cela revient à se poser comme questions :
comment l'auteur se situe-t-il par rapport aux débats de son temps, et quel est alors son statut?
Furet (Penser la révolution française 1986 ; première partie : la révolution française est terminée)
qui reprenant Tocqueville, se pose la question de savoir si la Révolution française est terminée, et
qu'est ce qu'elle a apporté.
Vincent Peillon, La révolution fr n'est pas terminée (cf. commentaire Philippe Reynaud). Il fait
l'historien des idées qui répond à Furet. Furet met en avant implicitement et explicitement qu’il faut
suivre le texte de Tocqueville pour repérer la Révolution dans sa portée politique, pour dépasser
l'analyse marxiste (la révolution française est une révolution bourgeoisie) et en finir avec l'histoire
marxiste de la révolution française, cette histoire qui dans les années 30-40 continue à représenter la
révolution comme une transformation de la structure, qui se prolongerait dans une transformation
des rapports politiques et juridiques (superstructures) par la mise en place de la DDHC...
Par la montée d’un libéralisme politique, le principe de fraternité début XVIII va peser plus lourd
dans la balance qu’égalité et la fraternité dans ce moment théorique de la grande école marxiste des
années 30 de l’Histoire de la Révolution Française (RF) avec les travaux Soboul et Porchnev qui
montrent que la RF c’est la révolution des égaux, la révolution des sans-culottes. Pour eux,
l’essence de la RF, c’est la révolution sociale (juin 48/février 48 ; constitution 1793) : la RF est
fausse tant qu’elle n’est pas achevé dans la transformation sociale car il lui manque une impulsion
ouvrière, il lui manque la lutte active pour les droits socio-économiques.
Que dit Furet qui se pose en contre? Le problème de la lecture française de l'école marxiste, de
l'école des annales (Labrousse, Mathiez), c'est qu'ils n'ont pas vu que la révolution française avait
une spécificité dans sa partie démocratique, c'est qu'elle n'est pas pragmatique, car elle est faite par
des théoriciens (Rousseau, Montesquieu...) qui sont coupés de l'action politique. Ils sont coupés des
enjeux de réalisations pratiques, de transformations en régime politique, de principes théoriques
qu'ils proposent pour fonder le système qu'ils proposent. Le cours va s'appuyer sur le défis lancé par
Furet : il y aurait deux idéals-types de la révolution :

Un idéal pragmatique : idées concrètes de mise en œuvre de ces droits, référence à la
révolution américaine, où les penseurs révolutionnaires (Lincoln, Jefferson) pensent une
pensée presque déjà mise en actes, qui enracineraient leur pensée dans l'histoire sociale et
dans les événements historiques qu'ils traversent eux mêmes aux USA. Le but c'est de
rendre le modèle durable, que les résultats ne disparaissent pas dans les soubresauts d’une
nation plus passionnée par l’égalité que par la liberté. Le texte de Tocqueville (l'Ancien
Régime et la Révolution) parle de ces deux passions qui s’opposent : la passion de l'égalité

qui s'oppose à celle la liberté. Dans l'idéal type réaliste américain, la passion de la liberté ne
cède jamais en rien devant la passion de l'égalité (ils perdent jamais de vue la liberté comme
norme constitutive de tout système mais seraient, auraient un amour, voire une passion au
sens cartésien, et ne cède jamais en rien devant la liberté).
Un idéal français: une vision totalement abstraite, ou totalement théorique sur la base de ce
modèle fictioné, théorique sur la base du modèle théorique, où « ils préfèrent être libres mais
égaux dans l’esclavage », que libres mais inégaux. Cela est lié à des siècles de sujétion où la
liberté n’est qu’un privilège.
« Inégale liberté » : caractère un petit peu ironique, pour dire que dans tous les discours que l'on va
entendre qui semblent privilégier une absolue symbiose entre liberté et égalité alors que cela n'est
pas aussi simple. Notamment dans toutes les déclarations de la révolution (« égalité liberté... dans la
DDHC ») ; en 1946 avec le vote sans distinction de sexe, et enfin le vote sans distinction de race.
Quand est-ce? Ce n'est pas en 1848, ou même 1794 -la Convention à la suite de la révolte de saint
domingue abolit l’esclavage- Napoléon le rétablit deux ans après, car ce sont des dates fantasmées.
Smith, Ricardo, défenseurs jusqu’à la mort de la liberté politique font passer la ligne de l’accès à
cette égale liberté par l’intermédiaire non plus de l’inhumanité des colonisés, mais seulement sur le
fait que le colonisé ne peut pas être émancipé (questions soulevées par Condorcet, Abbé Grégoire,
Monge). Même si Aimé Césaire voit l’Abbé Grégoire comme un abolitionniste modèle, comme un
premier penseur de la décolonisation, l’Abbé Grégoire et a fortiori Condorcet (livre sur la traite des
nègres) ne considère pas que l’émancipation des esclaves est possible à un horizon d’un demi-siècle
ou de trois quarts de siècles. Ils ne considèrent pas que l’égale liberté des êtres humains l’emporte
sur l’égale liberté des Blancs...
Ce choix de titre c'est aussi pour laisser d'entendre que ce principe d'une inégale garantie à tous de
leurs droits et de leur liberté en démocratie -ce qui est une contradiction théorique et
philosophiquement insoluble selon qu'ils sont l'élite ou des esclaves- ce modèle là ne pose problème
à personne dans la théorie politique démocratique pas plus qu'il ne pose de problème aux acteurs
politiques. Jusqu'à quand? On pourrait dire ça s'arrête avec la décolonisation, ou avec le premier
penseur anti-colonial, de la libération de ceux dont l'émancipation n'avait pas suffi à faire des
citoyens. Quel est le grand penseur? Franz Fanon. Quel est le manifeste du PC des prolétaires noirs,
jaunes...?
Les damnés de la terre ; Peaux noires, masques blancs. Seule question, la question
du métis, du créole : qu'est ce qu'un métis dans la représentation de l'empire portugais et espagnol?
C'est celui qui est le mélange du petit blanc fonctionnaire, qui a engrossé la négritude et va la
blanchir, et va en faire un ½, un ¼... de blanc.
3 modèles différents
→ Le modèle du métis de B. Anderson, in L'imaginaire national. Le métis est l'espagnol qui
s'est abâtardi (parle les créoles qui vont être les vecteurs de la révolte de ces métis contre leurs
maîtres. Révolte des élites métissés de l’administration coloniale. Ces élites administratives qui
maîtrisent l’espagnol ont fait souche du «mauvais côté», pas du côté de la métropole, se voient
dénié tout accès au centre, à la métropole. Ces élites se servent du créole comme d’une contre
langue, d’un nationalisme (la langue fait la nation, au sens où c’est toujours une langue minoritaire
dont les élites vont se saisir pour en faire la langue des actes administratifs et une langue cultivé).
La littérature créole sert de vecteur de révolution contre le nationalisme d’Etat. Ce créole est l’outil
clef de la construction d’une littérature d’une langue de la lutte, de l’émancipation de l’Empire
européen. Le métisse est celui qui se sait une contre langue (voir que le sang ne se mélange pas pour
les espagnols).
→ Le modèle français est l'inverse : ceux auxquels on va s'intéresser en premier, ce sont qui
ont une goutte de sang blanc. Le sang se mélange, mais même si le sang n'est pas le même sang que
le blanc, il est le modèle de transition entre celui qui a les droits, qui n'a jamais été dans les fers
(Discours de l’origine de l’inégalité, Rousseau), et celui qui n'en a aucun : l'esclave. Celui qui n'est
pas né libre mais qui a pu le devenir car a rencontré le blanc : le métis.
→ Le modèle américain : modèle de l'incompatibilité des sangs mais de la criminalisation
du mélange des races, d'engendrer en pratiquant la mixité dans le mariage.
Remarque de Laurent : les blancs ont connu aussi l'esclavage (serf féodal), il ne sont pas les seuls à
être des esclavagistes.
1) Il existe une ligne de continuité entre esclavage et le servage (féodal ou dans le cadre de propriété
russe), mais il y a une différence dans l'horreur et dans la privation de liberté.
Pour le Serf, il y a un soupçon d'humanité dans sa condition car comme il serait attaché à la terre,
(moins terrible) car quand la terre est vendu, il est vendu avec, donc cela serait mois pire.
Contrairement à l'esclavage qui est possédé par le maître. Le serf supporterait une condition de
moindre souffrance, il serait « moins pas libre » que l'esclave.
Intéressant, car toute l'histoire du droit a travaillé sur cette « chance relative ».
→ Première lecture de ???? jusqu'à 1990 (désolée je ne l'ai pas).
→ Deuxième lecture : 1990-2000s : autour de la thèse sur « Les traites négrières, essai d'histoire
globale » de Pétré-Grenouilleau parue en 2004. Elle a suscité de nombreuses contestations non pas
dans la communauté historienne mais ceux même qui avaient tenter de faire reconnaître l'esclavage
comme déportation, voir la « Loi Taubira » du 17 février 1999.
Idée de « repentance » : Quel auteur?« en ce qui me concerne, je n'ai pas l'intention au cours de ce
débat de me repentir de ce qu'on pu faire éventuellement nos ancêtres mais je en veux pas que les
ancêtres rougissent de moi et je n'ai pas me livrer à de telles actes de repentance ». Repentir à un
sens chrétien.
2) Les traites négrières françaises à partir du XVIe seraient en faite à moindre mal. Il y a une
nécessité de les comparer à d'autres traites négrières (arabes, mais aussi les traites négrières
espagnoles, 1787 code noir espagnol dit code carolin ; 1686 code noire français + code
l'indigénat.).
Loi mémorielle : nouvelle façon de faire l'histoire de l'esclavage. Pétré-grenouilleau dit qu'il n'y pas
que l'esclavage chrétien du triangle d'or, mais il y en a bien eu d'autres et c'était tout aussi grave (La
notre avait été plus meurtrière mais plus concentrée dans le temps, donc au final moins violente). Il
met en perspective, la réalité française avec la réalité arabe.
Ce qu'on appelle les mois mémorielles (90s) et qui concernent : loi Gayssot il est interdit de nier
l'existence du génocide juif ; une autre loi sur le génocide arménien, puis sur la traite et l'esclavage.
Et la dernière : celle sur les bienfaits de la colonisation.
La question est : est-ce que ce modèle implicite -égale liberté sauf pour certains et qu'il sera
toujours temps plus tard de les faire accéder à ce privilège d'être français- peut on dire que cela
s'arrête en 1848? Même pas en 1999 au moment de la loi Taubira car vient ensuite la loi sur les
bienfaits de la colonisation. Mais tout cela c'est de la politique de la science historique et non de la
théorie pure (ironie).
Mais cet ouvrage « thèse » pose une question : et si l'histoire devait imposer un devoir de mémoire?
Et si l'histoire officielle pouvait s'accommoder de cette exigence cad si elle pouvait accepter des
travaux non historiques sur ces questions mais aussi des travaux historiques. Jospin a mis le feu au
poudre : car a ouvert les archives de la guerre d'Algérie à des historiens, mais aussi à des famille.
Commission « liberté pour l'histoire » présidée par Françoise Chandernagor, appartient-il à la loi de
dire la vérité historique? Question de la loi Chirac à l'époque. Françoise Chandernagor a qualifié la
loi Taubira pendant une conférence de « loi méprisable ».
« Les traites négrières, essai d'histoire globale » de Pétré-Grenouilleau parue en 2004. Elle a
suscité de nombreuses contestations non pas dans la communauté historienne mais ceux même qui
avaient tenter de faire reconnaître l'esclavage comme déportation, voir la « Loi Taubira » du 17
février 1999.
Ce qu'on appelle les mois mémorielles (90s) et qui concernent : loi Gayssot il est interdit de nier
l'existence du génocide juif ; une autre loi sur le génocide arménien, puis sur la traite et l'esclavage.
Et la dernière : celle sur les bienfait de la colonisation.
La question est : est-ce que ce modèle implicite -égale liberté sauf pour certains et qu'il sera
toujours temps plus tard de les faire accéder à ce privilège d'être français- peut on dire que cela
s'arrête en 1848? Même pas en 1999 au moment de la loi Taubira car vient ensuite la loi sur les
bienfaits de la colonisation. Mais tout cela c'est de la politique et non de la théorie.
Mais cette ouvrage « thèse » pose une question : et si l'histoire devait imposer un devoir de
mémoire? Et si l'histoire officielle pouvait s'accommoder de cette exigence cad si elle pouvait
accepter des travaux non historiques sur ces questions mais aussi des travaux historiques. Jospin a
mis le feu au poudre : car a ouvert les archives de la guerre d'Algérie à des historiens, mais aussi à
des famille.
Commission « liberté pour l'histoire » présidée par Françoise Chandernagor, appartient-il à la loi de
dire la vérité historique? Question de la loi Chirac à l'époque. Françoise Chandernagor a qualifié la
loi Taubira pendant une conférence de « loi méprisable ».
COURS DU 26 MARS
Thèmes :
inégale liberté parmi les égaux
Fraternité.
La révolution des Egaux.
SENS DE THEORIE POLITIQUE?
Michael Oakeschott : Theos = thea c'est la vue, théorème c'est observer/contempler. Regarder le ciel
des idées. Le philosophe qui est dans le bios politikos n'a plus besoin du logos car il n'a plus besoin
de la méditation du langage. Renvoie aussi à l'idée de la vie contemplative. Image de la prière avec
Dieu. Stade suprême du développement humain, qualifié au plus haut. Celui qui échappe le plus aux
nécessités du labor (travail des mains) ; il est dans le travail comme la femme accouchant. Il est un
instrument vivant (procréation) ; c'est celui qui est esclave de son corps car soumis aux lois de la
nécessité biologique. Il est distingué de celui qui fait un travail de ses mains qui permet de produire
l'ouvrage.
Théoriciens de la liberté
Problématique : comment se fonde cette réflexion sur les fondements de la démocratie (égale liberté
entre les égaux). Comment cette égale liberté entre les égaux repose ?
Il existe 2 temps :
 la liberté des anciens (inégale liberté entre les égaux et les autres), modèle antique d'une
liberté qui n'est pas individualisée. La Cité est le lieu naturel de la vie de l'animal politique.
Le zoon politikon a une vie nue (biologique) mais aussi une vie bios qui peut être politikos/
théoritikos/ bios technikos (technique) : distinction entre la technique et le logos (bios
politikos ou technikos) et son absence (humanité non qualifiée, réduite à ce que Arendt
Conditions de l'homme moderne (chapitre l'Oeuvre) appelle « l'animal laborans (avec labor
pour travail du corps, dans l'accouchement/travail de l'accouchement qui s'oppose ai travail
de nos mains. Animal qui est celui dans la vision aristotélicienne et platonicienne de la vie
nue car hors du logos, ne peut exprimer des émotions autrement que par le cri, ne peut
exprimer la douleur et le plaisir mais ni la joie, ni le chagrin, ni le bien, ni le mal).
Arendt oppose donc ceux qui sont dans le travail du corps (vie nue, femme, esclave), celui qui est
esclave de son corps, uniquement soumis à la nécessité biologique, qui ne peut que crier, ne peut
articuler ; et ceux qui sont dans le travail de ses mains, si production d'un outil en se servant de ses
mains (mains est-elle un outil?). On produit de l'ouvrage l'artisan qui avec la techné qui va pouvoir
avoir une prise sur la nature.
 Première opposition : entre la parole et cri
 Deuxième opposition entre la nature : zoon et bios
 Troisième opposition : citoyens (police) et ceux qui ne sont pas (l'oikos : maison, le foyer
économique)
→ Opposition phonétique : Voix, Logos / Nature, Zoon et Bios / à l'intérieur de la vie qualifiée ceux
qui sont citoyens (polis) et ceux qui ne le sont pas (Oikos = Economie cad être cantonné au travail
du corps et des mains).
Pour Arendt être cantonné à la sphère du privé, c'est être cantonné au travail du corps, ne pas être
libre car ne pas disposer d'une entrée dans la sphère publique. Le retournement de la priorité entre le
public et le privé (l'Oikos) se produit au XVIIIe, l'oikos devient le lieu même de réalisation de soi.
Des individus apparaissent alors, là arrive des inégales libertés entre des égaux et des égos au
XVIIIe siècle (vision de l'économie politique et de la démographie). Pourquoi le privé passe devant
le public? Car on parle d'un autre sens du privé : le privé est le secret du domicile, à la protection à
la vie privée (privé s'est réduit à l'intime comme le dit Arendt).
Aujourd'hui l'intime est réduit au minimum, même plus d'intime dans le rêve. C'est le délire du
schizophrène : il a peur qu'on lise dans ses pensées. Psychose maniaco-dépressive théorisée par
Lacan : la psychose est un dédoublement de la personnalité. Renvoie aussi au Docteur Jekyll and
Mr Hyde.
Foucault, in La volonté de savoir, Tome II : la société victorienne est le triomphe d'une intimité où
jusque dans le lit de la jeune fille on va contrôler qu'elle était bien vierge. Contrôle des activités du
corps pour le sexe féminin. À partir de l'économie politique et de la démographie : on est passé à
l'Etat bio-politique, moment dans le stade de l'Etat où l'Etat a besoin de contrôler le vivant, il
contrôle la quantité et même la qualité de la population. Plus on a dans un Etat une population qui
est vive, en bonne santé plus l'Etat est fort. On a dans l'histoire un passage du modèle absolu où
monarque a tous les droits (droit de vie et de mort) où la puissance du monarque, se mesure dans
l'Etat de sécurité dont la puissance est le territoire et le contrôle de la puissance se résumant à faire
mourir et laisser vivre, à ce renversement qui se produit au XVIIIe : désormais la puissance se
traduit par « laisser vivre et faire mourir ».
Références
Giorgio Agambem : Homo sacer, le pouvoir souverain et la vie nue
Arendt, Essai sur la révolution américaine,
Menaces liées à la mondialisation : 60 et 70, autour du club de Rome.
La problématique de la démographie apparaît avec Malthus : il traite de la régulation permanente
entre la taille de la population et ce qu'il lui faut pour vivre. D'où la logique de la famine : qui
permet de faire baisser le nombre de la population si cette dernière n'a pas assez à manger et si
l'agriculture rencontre des problèmes. Malthus est le premier à dire : il faut laisser varier la
population à ce qu'offre la nature.
D'où problématique d'adaptation de la population à la richesse (revue dans la réflexion sur la
croissance 0 avec le Club de Rome).
D'autres considèrent, au contraire, qu'il faut accroître la productivité pour l'adapter à la taille de la
population : Smith, Ricardo, Marx dans ses écrits de jeunesse cf voir Althusser et Balibar. La force
de travail dans la théorie marxiste : est celle qui permet d'augmenter la productivité (car on fait la
plus-value sur elle). Il faut accroître la production en augmentant la productivité pour pouvoir
parvenir à adapter la production alimentaire à la population ; grâce à de nouvelles techniques avec
une technique d'allocation de ressources naturelles parmi lesquelles la force de travail qui comprend
(Marx, Ecrits prosthumes) l'esclavage [économie c'est la science de l'allocation des ressources :
définition du XVIIIe] - On insiste moins sur l'idée anti-esclavagiste émise par Smith.
Smith est un anti-esclavagiste : sa théorie est très intéressante. tout un chapitre est consacré au
commerce colonial, dans La richesse des nations. C'est le paradoxe américain qui est permanent :
moment de l'essor maximal de la traite de l'esclavage dans les plantations de coton alors qu'essor de
la démocratie.
Les grands libéraux qui ont pensé la liberté politique n'ont pas traité de cette question. Smith va
cartes avoir un argument économique : on le trouve aussi chez Jacques Marseille (cf. thèse sur
l'empire colonial français : la seule manière de délégitimer l'esclave et le colonialisme c'est de dire
que c'est économiquement non profitable) mais Smith développe aussi un argument moral cf. La
théorie des sentiments moraux. Dans cette théorie, il y a comme chez Rousseau, l'idée d'un
sentiment de pitié ce qui n'est pas la même chose chez Rousseau que la compassion (pitié =
souffrance à distance). Chez Smith la délégitimation de la conquête coloniale n'est donc pas que
économique.
Opposition entre les écossais et les français : car les écossais ont des théories anti-esclavagistes, des
arguments abolitionnistes, des arguments à base économique (l'esclavage est mauvais pour les
blancs car pousse à la paresse, le maître dépend intégralement de l'esclave cf Hegel ce qui pousser à
un renversement du rapport, dialectique du maître et de l'esclave) et vont chercher à pousser
les abolitionnistes français. Ils vont dire que c'est économiquement mauvais et civilisationnellement
cela abâtardit le blanc, cela le rend mauvais chef, et surtout cela provoque des révoltes d'esclaves ce
qui n'est pas bon pour l'ordre public.
Hegel : Phénoménologie de l'esprit (chapitre « la dialectique du maître et de l'esclave »)
Judith Butler : La vie psychique du pouvoir où elle évoque la théorie de l'assujettissement
Jacques Lacan : Théorie des quatre discours (cf le discours du maître ; le discours de l'université, le
discours de l'hystérique et le discours du capitaliste).
L'abolitionnisme à la française autour de Condorcet, l'abbé Grégoire est bizarre. Premier argument
est celui civilisationnel : c'est mauvais pour les maîtres (prennent de mauvaises habitudes, sont
dépendants, ne savent pas gérer la force de travail, le domaine, ils se dé-civilisent et donc c'est
mauvais pour les esclaves. Idée défendue par la société des amis des noirs et l'abbé grégoire. En
effet les anti-esclavagistes français s'organisent en société des amis des noirs. Deuxième argument
qui est très spécifique au cadre français : l'abolition de l'esclavage sera progressive (il faut leur
apprendre à devenir des êtres humains). Condorcet pense qu'il faudra 70 ans (le dit 1790) pour les
habituer à la liberté et pour que les maîtres puissent faire la transition économique.
Il y a donc cette différence entre la liberté des Égaux et des Ego (ceux qui sont dotés de l'humanité à
laquelle on confère cette raison).
→ Eleni Varikas : « institution embarrassante », se pose la question dans le cas français (même
qu'aux USA)
→ Samuel Johnson , L'institution embarrassante : se pose la question : « Comment se fait –il que
les cris les plus forts en faveur de la liberté s'élèvent parmi les meneurs de nègres? » Ce sont les
planteurs, et ils ont un lobby à l'assemble législative de 1791, celle qui veut voter l'abolition de
l'esclavages.
Démocratie antique, démocratie moderne : Moses Finley.
L'histoire de la main gauche de l’Etat Bourdieu
Problématique du cours : l'idée de départ est la liberté chez les anciens et les libertés chez les
modernes. Qu'est ce qui fait qu'on passe d'une égale liberté entre les égaux (sans ego) dans la cité
antique à une égale liberté entre des égaux avec ego (oui dans la DDHC, individu-sujet porteur de
droit individuel, à condition d'escamoter chez les modernes l'humanité des esclaves et la civilité des
maîtres, puisque le maître s'avilit à faire le mauvais maître)?
Il y a donc toujours un maître? (remarque de Laurent) réponse sinon un maître du moins un mètre
du monde et un mètre-étalon : cf Denis Guedj Le théorème du perroquet.
XXe siècle, Brecht, Maître Puntila et son valet Matti :
La ronde des obstinés : nouvelle forme d'action collective, en phase de grève elle tourne
quotidiennement = manière d'écrire le non. En permanence sur la place de Mai était les folles de
douleur d'Argentine (souffraient en permanence) = ronde des obstinés qui a lieu en ce moment sur
la place de grève lancée par la faculté de Paris 8 autrefois Vincennes
Comment s'écrit le nom et le non de l'égale liberté dans la DDHC? : question que nous allons
développer « Comment se fait-il les cris les plus forts en faveur de la liberté s'élèvent parmi les
meneurs de nègres? » Samuel Johnson, 1775.
D'un côté les lobbys de planteurs et de l'autre les anglais ont aboli l'esclavage et ne comprennent pas
pourquoi la terre de la liberté ne le fait pas?
→ Eleni Varikas : « institution embarrassante », se pose la question dans le cas français (même
qu'aux USA)
→ Samuel Johnson , L'institution embarrassante : se pose la question : « Comment se fait –il que
les cris les plus forts en faveur de la liberté s'élèvent parmi les meneurs de nègres? » Ce sont les
planteurs, et ils ont un lobby à l'assemble législative de 1791, celle qui veut voter l'abolition de
l'esclavages.
Pocock : Les origines idéologiques de la révolution américaine.
On réfléchit à l'autonomie et la liberté des hommes sur leurs corps, moment de la révolution
anglaise et américaine, moment de la révolution française : mais la question de l'esclavage est quasi
absente dans ses réflexions.
Question que se pose un théoricien américain Edmund S. Morgan : Slavery and freedom : the
American paradox 1972.
Ce paradoxe repose sur un rapport antinomique entre liberté et esclavage qui oppose l'universalité
abstraite du concept de liberté d'un côté et la particularité ou la dissonance du cas isolé (non liberté),
c'est-à-dire le développement de la liberté et celui de l'esclavage sont non seulement simultanés
mais en plus ils sont étroitement liés et interdépendants.
Réponse à la question de Johnson
Comme ils ne travaillent pas, ils ont du temps pour penser (Sébastien) : ils n'ont pas à lutter pour
leur survie donc le luxe de la réflexion leur est ouvert (Salomé).
Arendt (je ne suis pas sûre) « il n'ont pas à lutter pour leur survie donc le luxe de la réflexion leur
est ouverte » (il ne sont pas dans le negotium/commerce = négation de l'otium, cf.Théorie de la
classe de loisir de Thorstein Veblen 1893 ; ceux qui sont dans l'otium, comme les femmes de
négociants, peuvent acheter les biens Veblen ( ceux-là ne pâtissent pas de l'inflation). Elles peuvent
penser, se cultiver, travailler leurs ego et travailler l'égalité des autres. « ...ils ont le luxe de l'activité
politique (décider des fins de la Cité à savoir le bien vivre) ». pourtant dans la réalité, cela ne
marchait pas. Pourquoi?
Ouvrages
Impossible de théoriser en politique avec le féminin, mais on ne fait que de la sociologie politique :
Colette Guillaumin, Les femmes et la théorie sociale
Il y a la construction d'une distinction, d'une dénomination-stigmatisation, de mise à part ceux qui
sont majoritaires démographiquement.
Ceux qui sont la minorité construit par la majorité, sont en faite la majeure partie de la population.
Gayatry Chaworky Spivak, Can the subalterns speak ? en français : Les Arts de la résistance
James Scott, Act of resistance, mobilisation of subalterns
→ Elles sont soumises à la nécessité du travail du corps : politique inégalitaire des hommes et des
femmes car ne sont pas en position d'être autre chose que cela. Elles sont incapables d'atteindre à
l'universalité = cf. tension du paradoxe américain entre l'universalité des majoritaires qui se
construisent comme détenteurs de l'égale liberté des droits pour eux et pour les autres et le pôle des
autres (femmes, prolétaires, colonisés, décolonisés, émigrants : ceux qui sont construits en
minorités particulièrement invisibles qu'on cherche à invisibiliser = Idéologie raciste de Guillaumin
= égalisation qui est une idéologie de minorisation de ceux qui sont majoritaires
démographiquement). Droits sont construits par les privilégiés qui ne sont qu'une minorité de la
population.
Abbès Siéyès (Qu'est ce que le Tiers Etat?). Ce texte est un modèle du plan dialectique, qui aide à
penser sa liberté. On aurait aimé qu'ils nous disent que dans ce tiers-état il y avait des citoyennes,
des noirs... Pourquoi ne le fait pas? Parce qu'il n'est pas anti-esclavagiste. Cela va ruiner l'économie
dans les colonies.
Réponse de Sébastien : Sieyès pense l'homme comme une cellule familiale. La famille est
représentée par le chef de famille.
Remarque de Caroline : le code civil au temps de Sieyès indique que la femme est attachée à son
mari, comme les fruits sont attachés à l'arbre. Code de l’esclavage le fruit suit le ventre sous
entendu les enfants d’une femme esclave le sont aussi même si le père est libre (ou le patron).
COURS DU 9 AVRIL
On était reparti sur le fait que le point d'aboutissement possible sur la réflexion de la liberté.
Mais qui a donné en France un statut particulier en France, le statut de l'indigénat : à partir de la
conquête algérienne, on constitue des règles administratives les mêmes pour la gestion
administratives des territoires colonisés, mais on a institué un statut de droit particulier : le code de
l'indigénat . A partir de 1848, il n'y a plus d'esclaves mais des statuts de citoyenneté variable, avec
ceux considérés comme des indigènes. Dans les années 30, il a aussi un traitement différent des
métisses.
Hiérarchie : métropolitains en Métropole, métropolitains installés en DOM-TOM, métisses,
indigènes dits de souche. Il y a beaucoup de travaux sur ça : à partir du Décret Crémieux,
concernant le département d'Algérie, avec la première administration territoriale où on importe le
modèle du département. Décret Crémieux : 18780 : donne de manière automatique la nationalité
française aux Juifs installés en Algérie. A l'intérieur de l'Algérie, on a différentes catégories de
population. On a des Français métropolitains qui font souche, des juifs qui ont un statut particulier,
les indigènes, etc. Cela rappelle le mouvement lancé dès 1791 l'idée que les Juifs sont des citoyens
comme les autres qui doivent récupérer la nationalité française. Règle particulière donc en Algérie.
En 1943, la loi de Vichy abroge rétroactivement le décret Crémieux, concernant ceux de race juive
(concernant ceux qui ont un parent, un grand parent ou un conjoint juif). A l'intérieur de la
colonisation, on peut faire le même constat selon les pays. (parenthèse sur la controverse de
Valadolid entre Las Casas et Gines de Sepulveda : les indiens sont-ils des hommes ? aux avantspostes de la conquête, ce sont des religieux)
--> Controverse qui naît sur deux points :

les peuples que découvrent les explorateurs sont-ils des êtres humains dotés d'une âme ? (on
pourrait les convertir, sinon on peut organiser la traite de leur esclavage) (Las Casas, passage
sur le Mexique et sur la rencontre avec les civilisations incas, considérées comme des
animaux)

est-ce qu'il n'y a pas un droit de la conquête ? grand débat XVII-XVIII autour de l'œuvre de
Grotius Du droit de la guerre et du droit de la paix, autour de l'œuvre de Pufendorf, et
autour de l'oeuvre de Locke, et surtout de Rousseau, Voltaire et de l'Encyclopédie. Voltaire et
Rousseau cherchent une argumentation pour discuter le fait que la théorie aristotélicienne
des deux raisons de l'esclavage (la naissance et la conquête), tandis qu'en Europe, on a une
multiplication des absolutismes. Para nature, l'être humain, ce qui le distingue, c'est ce droit
naturel, il est serait dénaturé s'il devenait esclave : l'homme a le droit de défendre sa vie.
Qu'est-ce que serait un humain qui renoncerait à ces règles qui s'imposent à tout être
humain? se demande Locke notamment, alors que ceci est la base de toute liberté
individuelle et la base du contrat social. Chacun a la possibilité de se voir garanti dans tous
les cas de figure ce droit naturel qui résulte d'une obligation de la nature, de rester en vie et
de défendre sa vie contre quiconque chercherait à attenter contre sa vie Si quelqu'un cherche
à se détacher de ces obligation alors cet être humain est contre-nature, il est un animal
dénaturé, il est pire qu'un animal.
Cette loi naturelle qui s'impose à eux et qui est leur premier droit, dira Rousseau, qu'en est-il dans le
cas de la conquête ? Dans le cas de la conquête, il y a deux réponses : est-ce que je conserve tous les
droits contre des personnes qui entraveraient en me punissant de manière à entraver mes droits
naturels, ou est-ce qu'il y a un moment où ce n'est pas un droit positif, où une société reste civilisée
même si elle ne me garantit pas en permanence ces droits. Grotius défend ce deuxième principe : le
conquérant a droit de vie et de mort sur le conquis.
Dans le cas des sociétés européennes, la réponse est totalement différente, on considère que ce droit
est tellement imprescriptible (Bill of Rights, DDHC, Constitution US), il s'impose tellement aux
individus eux-mêmes que les individus ont un devoir de renoncer à l'oppression : ils doivent
dénoncer le contrat social quand celui-ci n'a pas pour première clause que le souverain est dans
l'obligation de protéger la vie des sujets corps et âme contre des agressions d'autres sujets, bref si le
souverain ne garantit pas la sûreté sur les biens et sur les personnes. Le modèle de déclaration des
droits DDHC et la Constitution des US sont inspirés de John Locke. Dans le texte sur le Traité du
Second Gouvernement Civil, Locke insiste que pour garantir la sécurité physique des individus, il
faut garantir la sécurité matérielle de ce qui, leur permet de se maintenir en vie : les biens qu'ils ont
produit. La sûreté est à la fois sur la personne et sur ses biens. Le droit de sûreté est la base de
l'Habeas Corpus
Dans la philosophie politique, la question de l'âme de la femme est découplée de la question de
l'âme des indigènes (question de la gemme indigène n'apparaît que dans les années 1930, même si
peu d'hommes politiques s'élèvent contre l'exposition de la Vénus Hottentote). La question de la
femme indigène est davantage envisagée comme un objet de construction iconographique, de
construction spectaculaire autour de l'idée que la femme indigène s'apparente à des animaux :
soumission complaisance. Théories reprises après la guerre Willem Reich a toute une théorie sur le
rapport à la femme inférieure dans le cadre des mariages entre juifs et non juifs : fantasme primitif
chez l'homme blanc civilisé de vouloir consommer des désirs avec la femme inférieure. Ce
fantasme là se retrouve dans le texte Histoire de la famille, de la propriété et de l'Etat, Marx et
Engels : la femme est soit la bourgeoise, soit la cocotte/putasse, soit la mère, motif derrière on ne
fait as rentré l'intersectionnalité de race et de genre. La période de la première moitié du XX est
hantée par cette question de l'intersectionnalité. Plus indigène que l'indigène, il y a la femme
indigène! (figure de Joséphine Becker qui laisse penser que son destin n'est pas d'être mise en cage
mais en laisse pour se faire dresser par l'homme blanc nostalgique de sa primité)
Le siège de l'âme féminine ne se trouverait pas dans le cerveau (crânologie : crâne plus petit) mais
dans l'utérus. Modèle dans le roman Notre Dame de Paris, avec la figure d'Esmeralda : la Rohme, la
tsigane d'origine égyptienne : croisement entre la race et le genre autour de l'hystérie et de la
déviance qualifiée sous les termes de la médecine.
La première déviance est donc de placer l'âme de la femme dans l'utérus, on ne rallie la femme qu'à
sa fonction de procréation.
Sur la première question de l'intersectionnalité :
Livre Elsa Dorlin : La matrice de la race : elle montre le croisement des théories autour du
concept d'hystérie; hystérie correspond à une lointaine étrangeté, race de nomade avec des sangsmêlés
pour suivre l'histoire de la psychiatrie comme une histoire racisée. La psychiatrie devient
une science moderne en s'attachant à la question de libérer les folles de la Sainte Pétrière non la
Salpétrière !!!!, avec les niches où les femmes étaient attachées . Pinel et non Pinay (gardez les elles
sont trop marrantes) adoucit le traitement des fous.
Broca étudie les symptômes de l'hystérique (musée de l'assistance publique, magnifique tableau
avec une classe et Broca étudiant une bourgeoise hystérique), spasmophilie (femme arquée). Le
deuxième qui travaille sur cette réémergence de l'hystérie, c'est Foucault: Histoire de la Folie à
l'Age classique. Broca persiste, fait des centaines de notes cliniques (bases de la médecine
moderne), présente en amphi les malades devant les étudiants hommes. Broca traite l'hystérie non
plus à l'eau froide comme on le faisait avant, mais avec l'hypnose. A partir du XVIII, autour du
messmérisme (premier inventeur de l'hypnose), on peut lire l'avenir quand on est sous hypnose.
Broca reprend l'hypnose au départ (Freud tentera d'exploiter cette technique mais voit qu'elle ne
marche pas) pour soigner ces patients. Quand Freud écrit sa première théorie, il a une idée que ce
qui se dit sous hypnose et ce qui est la cause de l'hystérie, c'est un trauma initial relié à un viol ou
une violence faite sur la personne pendant sa petite enfance.
Broca ne s'arrête pas à cela : il met en avant l'idée qu'il y a une forme d'hystérie masculine (cf. Jean
Claude Winter qui publie un livre chez Payot à ce sujet, ou jan claude Beaune Le Vagabond et la
machine) sous la figure du somnambulisme. La femme hystérique est frigie, elle court après sa
jouissance, ne s'occupe pas d'être une bonne reproductrice. Pour l'homme, le somnambulisme a un
modèle d'explication assimilé au vagabondage. Beaune parle de la théorie de la dromomanie, une
maladie du déplacement : ne pas pouvoir tenir en place, considérée comme une maladie non pas
comme symptôme de la transformation de la société, mais comme un symptôme qui explique le fait
que ces individus se trouvent à la rue. Foucault propose la figure du SDF, du clochard toujours en
parlant de celui qui ne tient pas en place.
Actuellement, ce débat est re-racisé concernant un débat sur une exposition anatomique où les
dépouilles de jeunes chinois ont été transformées en oeuvre d'art notamment avec l'utilisation de la
plastination (un corps exposé aurait une balle dans la tête. Dans toute l'anthropologie physique, un
musée exposait les moulages des têtes des criminels. Maintenant ce sont celles des prisonniers
politiques exécutés dans des camps de travail ou de rétention du Laogaï.
L'apparition d'une distinction genrée dans les théories racistes est contemporaine des années 30
Nicolas Bancel & Blanchard Zoos humains Ça date d'une dizaine d'années : travailler autour des
clivages de race, de genre, derrière lesquels il y a des clivages sociaux également.
Chez Durkheim, l'anomie vient de la société ; quand il parle de suicide, il ne parle pas d'un individu
déviant, il parle d'un individu qui ne sent pas le poids des règles sociales qui pèsent sur lui car ses
règles évoluent, on est en période de changement.
Dans la théorie sociale durkheimienne de la fin du XIX, il y a l'idée de réfléchir à une organisation
sociale forcément harmonieuse, et éventuellement à ses maladies à ses pathologies
Discours psychologisant dans la dromomanie : mode de contrôle de fond, de l'identité des
populations. Jusque dans les années 1860, un ouvrier qui change d'employeurs doit présenter son
livret ouvrier. 1870-1880 : invention du fichier d'identité nationale des empreintes. Bertillon
importe cette méthode (cf. Livre de Pierre Piazza). On quitte le modèle où on contrôlait les ouvriers,
en commençant par le fichier des criminels (on parle de sommier). 1914 : Fichier A et fichier B : on
applique ces fichiers aux étrangers ressortissants d'une nation ennemi.
On psychologise la différence sociale la déviation sociale qu'est le nomadisme dans une société
sédentaire. On trouve que le nomade a un comportement attaviste (c'est inscrit dans son sang, c'est
plus fort que lui). L'émergence dans les nouvelles nomenclatures psychiatriques de l'hyperactivité
va dans le sens d'une délinquance où l'enfant déviant se retrouverait dès la maternelle. Importance
de l'articulation des travaux expliquant l'évolution de la société et de la psychiatrie ainsi que du
regard sur la criminalité. Ces approches sont racisées et genrées. On pourrait refaire une lecture à
partir des catégories raciales implicitement utilisées.
Dans les livres faisant partie du lot, on le livre de Carole Reynaud Paligot La République
raciale1860-1930, Paradigme racial et idéologie républicaine PUF : relecture de la vision
républicaine de la méritocratie républicaine des anthropologues et autres à l'époque qui exclut
l'univers colonial. Deuxième livre de CRP à regarder également. Possibilité d'étudier le livre par
chapitre.
Dromomanie : libéraux qui masqueraient les effets sociaux ? Non trop caricatural.
On ne peut pas considérer qu'il y ait certaines disciplines au service d'une idéologie politique. On ne
peut pas dire que les psychologues, les historiens, les sociologues, etc proposent une théorie de
l'égale liberté des hommes au service de la promotion d'une politique (sauf exception). On ne peut
pas considérer que la psychiatrie de la fin du XIX est au service du libéralisme effréné.
Sciences sociales
du XIX : souci très positiviste. Donner des explications qui ont l'air d'être des lois. Rapprochement
avec l'univers du médical et des théories psychiatriques.
Le problème est qu'à ce moment-là de nombreux théoriciens ont aussi pris la position de
"l'intellectuel engagé".
SI VOUS TROUVEZ QUELQU UN QUI A LA FIN…..
Fiche de lecture sur les ouvrages suivants
André Brink. Paul Coetzee, Nadine Gordimer, Alan Paton (Cry the beloved country) sur l’apartheid
Aimé Césaire Discours sur le colonialisme
Histoire de la littérature francophone
Le soleil des indépendance, Kourouma
Platon, La République
Cicéron,
Aristote, La politique et Ethique à Nicomaque
La Boétie, More, Erasme, Las Casas, Vittoria, Grotius, Pufendorf, Descartes, Hobbes, Spinoza,
Locke, Rousseau, Kant, Hegel
…. –
Action Humaine, L. von Mises, 1949
- La cité libre, Lippmann, 1938
- De la liberté, J.S. Mill, 1864
- Théorie des peines et des récompenses, J. Bentham, 1816
- L'individu contre l'Etat, H. Spencer, 1885
- L'économie est une science morale, A. Sen, 2004
- Éthique et économie, et autres essais, A Sen, 90'
La Révolution française n'est pas terminée, Peillon
François Furet, Penser la révolution française (1e partie)
Claude Nicolet, L'idée républicaine en France
Raoul Girardet, L’idée coloniale en France
Albert Soboul, Les sans-culottes
Franz Fanon Les damnés de la terre, ou Peaux noires, masques blancs
Brückner le sanglot de l’homme blanc
Albert Memmi, Portrait du colonisé ou La dépendance
Sartre, Réflexions sur la question juive
Octave Mannoni, psychologie de la colonisation, le racisme revisité
Arjun Appaduraï Après le colonialisme et Géographie de la colère
Homi Bhabha, Les lieux de la culture
Maurice Bloch, « la psychanalyse au secours du colonialisme A propos d'un ouvrage d'Octave
Mannoni », Terrain n°28 mars 1997 Miroirs du colonialisme
http://terrain.revues.org/document3176.html. Consulté le 28 août 2006.
William Shakespeare Prospero et caliban,
Karl Marx, la question juive
Althusser Montesquieu et Pour Marx
Judith Butler La vie psychique du pouvoir
Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français
Adam Smith, la théorie des sentiments moraux ( de la richesse des nations : chapitre sur le
commerce colonial)
Carmen Bernand avec Serge Gruzinsky
Michel Duchet, Anthropologie au siècle des lumière …
Louis Sala Molins Misère des lumières, ou Le code noir ou le malheur de Canaan
Serge Gruzinski, la pensée métisse
Colette Guillaumin L’idéologie raciste
Pierre-André Taguieff , La force du préjugé
Colette Guillaumin, Les femmes et la théorie sociale
Gayatry Chaworky Spivak, Can the subalterns speak ?
James Scott, Act of resistance, mobilisation of subalterns en français Les Arts de la résistance
Démocratie antique, démocratie moderne : Moses Finley et L’esclavage antique
Pierre Vidal Naquet Le chasseur noir
Giorgio Agambem : Homo sacer, le pouvoir souverain et la vie nue
Arendt, Essai sur la révolution américaine, ou condition de l’homme moderne
Louis Sala Molins « Pauvres Lumières ».
Lévi-strauss.
Paul Virilio
Victor Schoelcher.
Bénédict Anderson. La communauté imaginée.
Abbé Grégoire : De la traite et de l'esclavage des noirs.
Tocqueville: De la Démocratie en Amérique, 1848, L’ancien régime et de la révolution de la
colonisation en Algérie, De l’esclavage, Le système pénitentiaire aux Etats-Unis
Michel Foucault La volonté de savoir ou L’histoire de la folie à l’âge classique
Hegel : Phénoménologie de l'esprit (chapitre « la dialectique du maître et de l'esclave »)
Judith Butler : La vie psychique du pouvoir où elle évoque la théorie de l'assujettissement
Jacques Lacan : Théorie des quatre discours (cf le discours du maître ; le discours de l'université, le
discours de l'hystérique et le discours du capitaliste).
Pocock : Les origines idéologiques de la révolution américaine.
Eleni Varikas « L’institution embarrassante. Silences de l’esclavage dans la genèse de la liberté
moderne », Raisons politiques , n° 11, août 2003, p. 81-96.
Examen de théorie politique
Cours d'Hélène Thomas
A - Traitez un des trois sujets au choix ( 20 points)
1/ Présentez de manière synthétique et critique un texte, un ouvrage ou un article de votre choix en
rapport avec la thématique du cours.
2/ Commentez l'extrait suivant de la Boétie.
3/ Commentez un extrait de texte de votre choix en rapport avec la thématique du cours.
B - Question bonus (Cinq points)
Commentez aux choix
Comment supporter sa liberté ? (titre de l'ouvrage de Chantal Thomas).
Pourquoi l’égalité est-elle insupportable aux citoyens des démocraties ?
Tous les documents personnels et de cours sont autorisés (à l'exception des livres et des manuels)
Document 1 : « La Révolution est un bloc » Georges Clémenceau.
Discours prononcé à la Chambre des députés : 29 janvier 1891
En janvier 1891, une pièce de Victorien Sardou, « Thermidor », représentée à la Comédie Française, est frappée
d'interdiction (la censure des théâtres ne sera abolie qu'en 1907). Pour les radicaux, dominants dans le Gouvernement
Freycinet, Sardou n'y défend Danton que pour mieux attaquer la Convention et l'ensemble de la Révolution française.
Clemenceau refuse de faire le tri entre « bons » et « mauvais » révolutionnaires. La Révolution française est un « bloc »,
qu'il faut accepter ou rejeter dans son intégralité, car le combat révolutionnaire continue. Le discours de Clemenceau
marque l'entrée du terme bloc dans le discours politique : on parlera plus tard sous le Gouvernement Waldeck-Rousseau
(1899-1902) du « bloc des gauches » — la droite parlera des « blocards », mais le mot sera repris à droite (« le bloc
national ») aux élections de 1919. Quant à la formule d'une Révolution « unie et indivisible », la plupart des
républicains à l'époque auraient pu la faire leur. Dix ans plus tard, Waldeck-Rousseau, républicain modéré, s'exprimait
presque dans les mêmes termes, le 15 janvier 1901, à l'ouverture du débat sur l'autorisation des congrégations : « Il faut
choisir : être avec la Révolution et son esprit ou avec la contre-révolution contre l'ordre public ». http://www.assembleenationale.fr/histoire/Clemenceau_1891.asp
M. Clemenceau. A l'heure où nous sommes arrivés, j'estime qu'il faut parler net et court.
Je viens à cette tribune pour expliquer mon vote. Je demande la permission de le faire aussi brièvement que possible,
mais sans réticences et avec une franchise absolue.
Messieurs, ce serait une erreur de croire, comme quelques-uns de nos collègues paraissent le penser, que le résultat de
cette discussion, c'est de nous faire voter « pour » ou « contre » Danton ou Robespierre. (Très bien ! Très bien ! à
gauche.)
Il s'agit, à mon avis, de tout autre chose. Et c’est pour expliquer quel est, suivant moi, le sens du vote qui va être rendu
et dire pourquoi je vais voter la confiance au Gouvernement que j'ai demandé la parole. (Très bien ! très bien ! sur
divers bancs à gauche.)
M. Millerrand. Je demande la parole.
M. Clemenceau. Messieurs, il a été joué à la Comédie Française une pièce évidemment dirigée contre la Révolution
française. (Très bien ! très bien ! sur Ies mêmes bancs à gauche. — Dénégations au centre.) Il est temps d'écarter toutes
les tartuferies auxquelles on a eu recours pour dissimuler la réalité. (Vifs applaudissements à gauche.) Assurément, on
n'a pas osé faire ouvertement l'apologie de la monarchie contre la République. On ne pouvait pas le faire à la Comédie
Française. On a pris un détour, on s'est caché derrière Danton. Depuis trois jours, tous nos monarchistes revendiquent à
l'envi la succession de Danton. (Rires et applaudissements à gauche. — Interruptions à droite.)
J'admire, quant à moi, combien de dantonistes inattendus ont surgi tout à coup de ce côté (la droite) de la Chambre :
(Applaudissements à gauche et au centre.)
Toute cette comédie n'eût pas dû revivre ici. Il est temps d'en finir avec ces tartuferies indignes de cette Assemblée.
(Interruptions et bruit.)
Je dis et je répète, puisqu'on m'interrompt, que la pièce est tout entière dirigée contre la Révolution française. Voyez
plutôt qui l'applaudit, et dites-moi qui pourrait s'y tromper.
Mais voici venir M. Joseph Reinach qui monte à cette tribune entreprendre le grand œuvre d'éplucher, à sa façon, la
Révolution française. Il épluche en conscience et, sa besogne faite, nous dit sérieusement : J'accepte ceci, et je rejette
cela ! (Vifs applaudissements à gauche.)
M. Joseph Reinach. Mais vous-même, vous n'acceptez pas Thermidor !
M. Clemenceau. Ne m'interrompez pas, monsieur Reinach ! Je ne vous ai pas interrompu.
J'admire tant d'ingénuité. Messieurs, que nous le voulions ou non, que cela nous plaise ou que cela nous choque, la
Révolution française est un bloc. (Exclamations à droite. Nouveaux applaudissements à gauche.)
M. Montant. Indivisible !
M. Clemenceau.... un bloc dont on ne peut rien distraire. (Réclamations à droite. — Applaudissements prolongés à
gauche), parce que la vérité historique ne le permet pas.
Je ne pouvais m'empêcher, en entendant M. Reinach, de faire un rapprochement bizarre. Ah ! vous n'êtes pas pour le
tribunal révolutionnaire, monsieur Reinach ! mais vous avez la mémoire courte. Il n'y a pas longtemps, nous en avons
fait un ensemble, un tribunal révolutionnaire... (Applaudissements répétés à gauche et sur divers bancs à droite.)
M. Joseph Reinach. Vous identifiez la Haute Cour de justice établie par la Constitution de la République avec le
tribunal révolutionnaire établi par la loi de prairial !
M. Clemenceau. Mais laissez-moi donc parler ! Je ne vous ai pas interrompu !
Nous en avons fait un ensemble, un tribunal révolutionnaire, et le pire de tous. Nous avons livré des hommes politiques
à des hommes politiques, leurs ennemis, et la condamnation était assurée d'avance.
Voilà ce que nous avons fait. Dans cet acte réfléchi, voulu, je revendique ma part de responsabilité et je ne regrette rien
de ce que j'ai fait.
Vous souvenez-vous de l'état d'esprit de beaucoup de nos collègues à cette époque ? Oui, un jour néfaste est venu où
nous avons eu peur pour la République et pour la patrie — nous pouvons le dire, c'est notre excuse.
M. Clemenceau. Souvenez-vous, messieurs, de ce passé récent ; souvenez-vous qu'en ce jour où les dangers,
assurément, n'étaient en rien comparables à ceux de l'époque révolutionnaire, nous avons entendu dans cette enceinte
une voix partir de ces bancs, qui s'est écriée : « En politique, il n'y a pas de justice. » (Mouvements divers.)
M. Ernest Desjardins. Celui qui l'avait dit a été condamné par les électeurs, monsieur Clemenceau.
M. Joseph Reinach. Les actes de la Haute Cour ont été des actes de justice ! C'est aux lois seules, aux justes lois, que
nous avons fait appel !
M. Clemenceau. Voilà ce qui est d'hier, et devant un danger réel, mais combien moindre, nous avons pris des mesures
révolutionnaires.
Et aujourd'hui, après cent ans écoulés, vous arrivez gaillardement à cette tribune pour rajeunir cette vieille thèse d'école,
de fixer souverainement ce qu'on peut accepter de la Révolution française et ce qu'on en doit retrancher.
Est-ce que vous croyez que le vote de la Chambre y peut faire quelque chose ? Est-ce que vous croyez qu'il dépend de
la Chambre de diminuer ou d'augmenter le patrimoine de la Révolution française ? (Applaudissements à gauche.)
Ah ! vous ne voulez pas du tribunal révolutionnaire ? Vous savez cependant dans quelles circonstances il a été fait. Estce que vous ne savez pas où étaient les ancêtres de ces messieurs de la droite ? (Double salve d'applaudissements à
gauche et sur plusieurs bancs au centre. — Protestations à droite.)
Un membre à droite. Ils ont fait la nuit du 4 août !
M. le comte de Bernis. Je comprends que leur place ne vous fasse pas envie.
M. Cuneo d'Ornano. Ils étaient à la frontière pour combattre les ennemis de la France. Mon grand-père commandait
une demi-brigade de l'armée républicaine.
M. Clemenceau. Vous entendez ce qu'on me dit. On me dit : Ils étaient à la frontière. Oui, mais du mauvais côté de la
frontière. (Vifs applaudissements à gauche) Ils étaient avec les Prussiens, avec les Autrichiens et ils marchaient contre la
France. (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs. — Vives protestations à droite.)
M. le comte de Bernis. Vous vous ménagez des succès faciles.
M. Clemenceau. Ils marchaient contre la patrie, la main dans la main de l'ennemi et ceux qui n'étaient pas avec les
années étrangères, ceux qui n'étaient pas avec Brunswick, où étaient-ils ? Ils étaient dans l'insurrection vendéenne...
Interruptions à droite.)
M. le comte de Maillé. C’est leur gloire ! Ils se battaient contre des assassins !
M. Clemenceau. ... et, suivant le mot de Michelet, « à l'heure où la France était aux frontières faisant face à l'ennemi,
ils lui plantaient un poignard dans le dos. » (Vifs applaudissements à l’extrême gauche.) Monsieur Reinach, c'est une
besogne facile que de venir dire aujourd'hui à ces hommes qui ont fait la patrie, qui l'ont défendue, sauvée, agrandie :
« Sur tel point, à telle heure, vous avez été trop loin ! ». Oui ! il y a eu des victimes, des victimes innocentes de la
Révolution, et je les pleure avec vous. (Rires ironiques à droite.)
M. Camille Pelletan. Celait le comité d'alors qui voulait leur mort. C'était là la majorité de Robespierre.
M. Clemenceau. Vous avez tort de rire, quand vos ancêtres massacraient les prisonniers républicains à Machecoul,
quand Joubert, le président du district, avait les poings sciés, est-ce que ce n'étaient pas là des victimes innocentes ? Estce que vous n'avez pas du sang sur vous ? (Vives protestations à droite.)
Vous savez bien que la Terreur blanche a fait plus de victimes que l'autre. (Triple salve d'applaudissements à gauche.)
M. le comte de Maillé. C’est intolérable.
M. le comte de Bernis. Ce n'est plus de la discussion ; ce sont des provocations véritables.
M. Clemenceau. Et maintenant, si vous voulez savoir pourquoi, à la suite de cet événement sans importance d'un
mauvais drame à la Comédie Française, il y a eu tant d'émotion dans Paris, et pourquoi il y a à l'heure présente tant
d'émotion dans la Chambre, je vais vous le dire.
C'est que cette admirable Révolution par qui nous sommes n'est pas finie, c'est qu'elle dure encore, c'est que
nous en sommes encore les acteurs, c'est que ce sont toujours les mêmes hommes qui se trouvent aux prises avec
les mêmes ennemis.
Oui, ce que nos aïeux ont voulu, nous le voulons encore. (Applaudissements à gauche.).
Nous rencontrons les mêmes résistances. Vous êtes demeurés les mêmes ; nous n'avons pas changé. Il faut donc
que la lutte dure jusqu'à ce que la victoire soit définitive.
En attendant, je vous le dis bien haut, nous ne laisserons pas salir la Révolution française par quelque
spéculation que ce soit, nous ne le tolérerons pas ; et, si le Gouvernement n'avait pas fait son devoir, les citoyens
auraient fait le leur. (Applaudissements répétés à gauche. L'orateur regagnant son banc est félicité par un grand
nombre de ses collègues.)
http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/Clemenceau_1891.asp
Depuis Jaurès et jusqu’à l’école marxiste (Soboul, Matthiez) et matérialiste (Labrousse) de la Révolution français et
notamment aux travers de sa lecture par l’école des Annales, il y a un débat qui se serait arrêté en 1989 pour considérer
la révolution comme un tout ou dissocier la Terreur et parfois la Convention
première partie du bloc révolution démocratique, révolution des droits, inspirée de Montesquieu, Rousseau, Sieyès et
dans la lignée de la révolution américaine : (socialistes SFIO + PCF jusqu’en 1980).
Deuxième partie du bloc : révolution sociale 1793 et la Constitution Montagnarde 1795 la Terreur et la République
sociale1795 à 1800 on ne sait pas (Constitution 1795 : développement des devoirs du citoyen).
Document 2 : à propos de La révolution française n’est pas terminée de Vincent Peillon Seuil
2009
se veut comme une réponse au livre de F Furet La révolution française est terminée, Seuil, 1989.
Philippe Raynaud. - Je ne crois pas que l’on puisse présenter François Furet comme un historien militant. Dans
ses différents ouvrages sur la Révolution, il y a des évolutions. Ce que je vous accorde volontiers, c’est que ce
sont toujours des récits situés par rapport à un contexte d’argumentation. Mais c’est le cas de tout livre, le vôtre y
compris. Le premier livre qu’il a écrit, avec Denis Richet, parle en effet des thèses dominantes de
l’historiographie disons jacobino-communiste telle que Soboul et ses élèves pouvaient la défendre, et il s’attachait
à montrer que, pour ce qui concerne l’œuvre historique essentielle de la Révolution française, c’était plutôt de
1789 que nous étions les héritiers que de 1793. Puis il y a eu trois autres livres, dont le plus significatif, me
semble-t-il, celui d’ailleurs que vous citez le moins, est le « Dictionnaire critique de la Révolution française ».
Vous avez choisi un titre qui est évidemment une allusion à une formule de François Furet, « la Révolution
française est terminée ». Mais je me permets de remarquer que la négation que vous faites n’est pas la négation de
ce qu’il dit. La formule n’a pas le même sens chez vous et chez lui. Furet veut dire : la Révolution est terminée en
ce sens qu’elle n’est plus un enjeu majeur dans les années 1980, qu’il n’y a plus de forces contre- révolutionnaires,
que le répertoire révolutionnaire n’est plus celui de la politique française. Ce qu’il dit aussi, c’est que la Révolution
française est un processus qui a duré presque un siècle et qui, commencé en 1789, ne s’est achevé qu’avec la IIIe
République. Tous les grands républicains de la IIIe République, y compris Clemenceau, pensent que l’avènement
de la République a clos l’ère des révolutions, et en ce sens sont d’accord avec Furet pour dire que la Révolution
est en tant que telle terminée. Je crois donc que votre livre ne discute pas les thèses de Furet.
V. Peillon. - Si dire que la Révolution est terminée c’est dire qu’il n’y aura plus de coups de force, de violences, il
n’y a en effet pas débat. Mais c’est réduire la position de Furet et la dénaturer jusqu’à l’insignifiance. Furet dit en
réalité beaucoup plus ! Il dit que les effets du complexe philosophique et historique ouvert par la Révolution sont
épuisés. C’est la fin de l’exception française. C’est le républicanisme n’existant plus que comme nostalgie !
Position que Furet assume et défend ! A l’inverse, je soutiens que le régime d’historicité, d’idéalité, d’organisation
du théologico-politique, d’articulation liberté-égalité, ouvert par la Révolution, n’a pas fini de produire ses effets ;
d’ailleurs, depuis les travaux de Furet, de nouvelles interprétations, qui contestent les siennes, se font jour, donc la
Révolution comme avènement, comme matrice de sens se continue. Vous dites qu’il n’y a plus de contrerévolutionnaires : je soutiens que cette thèse est déjà une thèse contre-révolutionnaire ! Dire qu’il n’y a plus de
réactionnaires, de conservateurs, de rétrogrades, c’est déjà céder à leurs sirènes ! Je soutiens que l’idéologie
aujourd’hui dominante est contre-révolutionnaire en partie, et que c’est là que se joue la bataille idéologique, en
particulier sur l’idée que la demande d’égalité contrarie l’émancipation individuelle. Je conteste aussi précisément
cette séparation entre 1789 et 1793 que vous évoquez. J’ajoute que la lecture de 1793 à travers 1917, ce qui est le
prisme de Furet, le concept de jacobino-stalinisme, est inopérant historiquement ! Et que c’est un héritage non
élucidé de l’historiographie communiste ! Les grands hommes politiques républicains de la IIIe sont, dites-vous,
du côté de Furet : pas du tout ! Ni Bourgeois, ni Clemenceau, ni Jaurès, ni Buisson, encore moins Blanc, Hugo et
Quinet : ils veulent poursuivre la Révolution, faire entrer ses principes dans le réel, et ils pensent que c’est là une
tâche interminable.(…)
V. Peillon. François Furet vient du marxisme, et son but est de nous délivrer de l’historiographie marxiste, celle
de Mathiez et de Soboul. C’était une tâche utile et nécessaire. Mais, comme souvent dans ces cas-là, il partage
avec ceux qu’il critique des présupposés. Furet a accompli sa tâche historique. Mais c’était une tâche critique. Et
le fait est qu’il ne nous a pas donné les instruments pour construire du positif et aborder notre temps. Plus
profondément, son récit conforte cette exception française qui est l’écart considérable entre nos pratiques
politiques et les instruments théoriques dont nous disposons pour les penser. Cet écart n’existe nulle part ailleurs
avec une telle puissance. Ce n’est pas avec Marx et Tocqueville que vous pourrez penser la spécificité du modèle
politique et social français. On méconnaît par contre ceux qui ont été les théoriciens et les artisans de notre
réalité politique : les lois sociales, les lois sur les libertés (association, presse, syndicat), le mouvement coopératif,
l’école et la laïcité, l’Etat-providence, les services publics doivent plus tout de même à Alfred Fouillée, Léon
Bourgeois, Edgar Quinet, Ferdinand Buisson, Jean Jaurès, Léon Duguit, Charles Gide qu’à Marx et Tocqueville !
P. Raynaud. - S’il s’agit de relire ces auteurs, je trouve cela très bien, de la même façon que la tentative qui est la
vôtre pour nous faire redécouvrir, en tout cas à la gauche française, une libre-pensée spiritualiste ou religieuse.
Mais la question me semble être bien plutôt de savoir si les questions du présent peuvent être pensées dans les
termes de leur époque. S’il s’agit, par exemple, de dire qu’il n’est pas très sage de supprimer totalement l’impôt
sur les successions ou qu’il ne faut pas stabiliser les inégalités, je signe des deux mains, mais cela ne me semble
pas être une question d’opposition philosophique entre libéralisme et République. Je ne crois pas que ce soit un
débat entre libéralisme et République, pas même entre libéralisme et socialisme ! Ce qui me gêne par ailleurs, c’est
que ce qu’on appelle le républicanisme se construit par opposition au libéralisme, et donc, en France, nous re
conduit à de faux débats.
V. Peillon. - Pas du tout. Mon deuxième chapitre s’intitule la « République libérale » et conteste la thèse d’un
illibéralisme des républicains français. Ce qui est vrai, c’est qu’il y a eu un premier retour au républicanisme vers
les années 1980. Ce retour au républicanisme a échoué. Pourquoi ? Parce qu’il a négligé la dimension
individualiste, spiritualiste, internationaliste et économique du républicanisme. En d’autres termes, ce fut un
républicanisme du repli ou de la nostalgie : repli sur le cadre stato-national ; confusion de l’anticléricalisme et de
l’antireligiosité ; opposition entre vertu républicaine et jouissance libérale. C’est un républicanisme inexact,
anachronique, et au final assez rebutant, qui a accordé une victoire facile à un ultralibéralisme se présentant
comme le meilleur défenseur de l’internationalisme, de la production des richesses, des libertés individuelles. Je
soutiens qu’il y a une autre doctrine républicaine, qui se préoccupe de la production des richesses, qui est pour
l’émancipation des personnes, qui est ouverte sur le monde, qui fait place à l’aspiration religieuse. C est en
reprenant cette doctrine que nous pourrons engager la bataille idéologique et reconstruire une pensée
progressiste en France. Il faut refaire droit, au nom des libertés, à la demande d’égalité, et montrer que celle-ci
porte avec elle une doctrine efficace de la production des richesses et de l’émancipation individuelle. Ce sera la
seule façon de lutter contre la doctrine dominante à droite aujourd’hui, une droite qui revendique d’ailleurs son
hégémonie idéologique, qui consiste à faire croire que toute recherche de l’égalité (dissolution des héritages,
impôt progressif, garanties collectives contre les risques et le hasard, égalité réelle des chances) est oppressive des
libertés et antiéconomique ! Ce qui permet de liquider le pacte républicain au nom même des valeurs
républicaines ! LE NOUVEL OBSERVATEUR, 28.08.2008 http://ihrf.univ-paris1.fr/spip.php?article301
Document 3 : Message à propos du Prix du Sénat décerné à Pétré-Grenouilleau de Louis Sala Mollins ......
http://www.wasadugu.org/PrSalaPrixSenatJuin2005.htm
*****
"Ainsi donc l'approximation historique devient science et le Sénat, que présidait une fois Gaston Monnerville, se pâme
d'admiration et ceint de ses lauriers le front de l'écrivain.
Ainsi donc la loi Taubira a un effet néfaste : elle permet à chacun de savoir ce que "crime contre l'humanité" veut dire et
autorise chacun à se livrer à l'ignominie, à l'indécence, à l'immoralité de la comparaison...
Ainsi donc, comme autrefois ailleurs et ici dans une période bien précise de l'histoire d'ici et d'ailleurs, il faudra
désormais à ceux qui osent, à ceux qui ont le front de se prétendre "descendants d'esclaves" exhiber les quatre quartiers
de leur ascendance, voire même tout leur arbre généalogique pour avoir droit... non à la justice, non à la réparation, non
aux regrets, pas même à l'insultante compassion, mais tout simplement à la parole.
Ainsi donc on peut écrire une "histoire" linéaire et foisonnante à la fois de l'esclavage, du jour où Yahvé condamnait
Canaan, du jour où les fils de Jacob (que Yahvé nomma Israël) vendaient en esclave leur frère Joseph jusqu'à ce matin,
en noyant par cette curieuse méthode la traite négrière de signe chrétien dans l'infinitude océanique des épisodes de
l'aliénation de soi au bénéfice d'autrui.
Ainsi donc on peut garnir de chiffres et de pourcentages l'histoire des captivités intra-africaines en octroyant égale
valeur aux rarissimes témoignages écrits habilement mêlés aux données, ô combien crédibles, des traditions orales.
Ainsi donc Pétré-Grenouilleau peut faire oeuvre d'"historien" en racontant les traites sans se préoccuper sérieusement de
l'idéologie convenant à chacune d'elles. Comme si les notions d'"homme", de "liberté", d'"esclavage", de "citoyenneté",
de "peuple" étaient les mêmes dans tous les continents depuis Hésiode et Esdras jusqu'à Montesquieu et les Lumières et,
tant qu'à faire, jusqu'à la "Déclaration des droits de l'homme et du citoyen" avant hier et à la "Déclaration universelle
des droits de l'homme" juste hier soir.
Et c'est ainsi que l'historien à qui on s'empresse de tendre papier, micros et caméras peut réussir cette merveille de
raconter la traite négrière de signe chrétien sans aucunement évoquer ni le tragiquement exemplaire Code Noir ni les
avatars juridiques européens de ce chef d'oeuvre juridique, voulu par l'immense Colbert et le Roi Soleil, célébré et remis
en honneur dans un torrent de sang par Napoléon.
La même idéologie, celle des Lumières, qui célèbre la libération de l'homme, qui combine inextricablement humanité et
citoyenneté, qui dit la grandeur des peuples et qui condamne l'esclavage gréco-romain, propose "des règlements à faire"
pour "mieux tenir les esclaves" (Montesquieu), insinue de faire travailler "en musique" les esclaves pour que, oubliant
leur douleur, ils oublient leur condition (Diderot) .
Et le Sénat se pâme.
Et par sa stupide pâmoison, le Sénat foule aux pieds la dignité, l'humanité de tous et chacun des descendants de ces
esclaves-là.
Quand le pouvoir législatif prévarique, la voie est ouverte à tous les excès, à tous les désordres.
Sénateurs, nos élus,honte à vous!
Sénateurs, nos élus, prenez garde! Les descendants d'esclaves sont légion. Et ils ne sont pas seuls" .
Document 4 : Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution, Livre III, Chapitre VIII «
Comment la Révolution est sortie d’elle-même de ce qui précède », 1856
Ceux qui ont étudié attentivement, en lisant ce livre, la France au XVIIIe siècle, ont pu voir naître et se
développer dans son sein deux passions principales, qui n’ont point été contemporaines et n’ont pas toujours
tendu au même but.
L’une, plus profonde et venant de plus loin, est la haine violente et inextinguible de l’inégalité. Celle-ci était
née et s’était nourrie de la vue de cette inégalité même, et elle poussait depuis longtemps les Français, avec
une force continue et irrésistible, à vouloir détruire jusque dans leurs fondements tout ce qui restait des
institutions du moyen âge, et, le terrain vidé, à y bâtir une société où les hommes fussent aussi semblables et
les conditions aussi égales que l’humanité le comporte.
L’autre, plus récente et moins enracinée, les portait à vouloir vivre non seulement égaux, mais libres.
Vers la fin de l’ancien régime ces deux passions sont aussi sincères et paraissent aussi vives l’une que l’autre.
A l’entrée de la Révolution, elles se rencontrent ; elles se mêlent alors et se confondent un moment,
s’échauffent l’une l’autre dans le contact, et enflamment enfin à la fois tout le coeur de la France. C’est 89,
temps d’inexpérience sans doute, mais de générosité, d’enthousiasme, de virilité et de grandeur, temps
d’immortelle mémoire, vers lequel se tourneront avec admiration et avec respect les regards des hommes,
quand ceux qui l’ont vu et nous-mêmes auront disparu depuis longtemps. Alors les Français furent assez fiers
de leur cause et d’eux-mêmes pour croire qu’ils pouvaient être égaux dans la liberté. Au milieu des
institutions démocratiques ils placèrent donc partout des institutions libres. Non seulement ils réduisirent en
poussière cette législation surannée qui divisait les hommes en castes, en corporations, en classes, et
rendaient leurs droits plus inégaux encore que leurs conditions, mais ils brisèrent d’un seul coup ces autres
lois, œuvres plus récentes du pouvoir royal, qui avaient ôté à la nation la libre jouissance d’elle-même, et
avaient placé à côté de chaque Français le gouvernement, pour être son précepteur, son tuteur, et, au besoin,
son oppresseur. Avec le gouvernement absolu la centralisation tomba.
Mais quand cette génération vigoureuse, qui avait commencé la Révolution, eut été détruite ou énervée, ainsi
que cela arrive d’ordinaire à toute génération qui entame de telles entreprises ; lorsque, suivant le cours
naturel des événements de cette espèce, l’amour de la liberté se fut découragé et alangui au milieu de
l’anarchie et de la dictature populaire, et que la nation éperdue commença à chercher comme à tâtons son
maître, le gouvernement absolu trouva pour renaître et se fonder des facilités prodigieuses, que découvrit
sans peine le génie de celui qui allait être tout à la fois la continuateur de la Révolution et son destructeur.
L’ancien régime avait contenu, en effet, tout un ensemble d’institutions de date moderne, qui, n’étant point
hostiles à l’égalité, pouvaient facilement prendre place dans la société nouvelle, et qui pourtant offraient au
despotisme des facilités singulières. On les rechercha au milieu des débris de toutes les autres et on les
retrouva. Ces institutions avaient fait naître jadis des habitudes, des passions, des idées qui tendaient à tenir
les hommes divisés et obéissants ; on raviva celle-ci et on s’en aida. On ressaisit la centralisation dans ses
ruines et on la restaura ; et comme, en même temps qu’elle se relevait, tout ce qui avait pu autrefois la limiter
restait détruit, des entrailles même d’une nation qui venait de renverser la royauté on vit sortir tout à coup un
pouvoir plus étendu, plus détaillé, plus absolu que celui qui avait été exercé par aucun de nos rois.
L’entreprise parut d’une témérité extraordinaire et son succès inouï, parce qu’on ne pensait qu’à ce qu’on
voyait et qu’on oubliait ce qu’on avait vu. Le dominateur tomba, mais ce qu’il y avait de plus substantiel
dans son oeuvre resta debout ; son gouvernement mort, son administration continua de vivre, et, toutes les
fois qu’on a voulu depuis abattre le pouvoir absolu, on s’est borné à placer la tête de la Liberté sur un corps
servile.
À plusieurs reprises, depuis que la Révolution a commencé jusqu’à nos jours, on voit la passion de la liberté
s’éteindre, puis renaître, puis s’éteindre encore, et puis encore renaître ; ainsi fera-t-elle longtemps, toujours
inexpérimentée et mal réglée, facile à décourager, à effrayer et à vaincre, superficielle et passagère. Pendant
ce même temps la passion pour l’égalité occupe toujours le fond des cœurs dont elle s’est emparée la
première ; elle s’y retient aux sentiments qui nous sont les plus chers ; tandis que l’une change sans cesse
d’aspect, diminue, grandit, se fortifie, se débilite suivant les événements, l’autre est toujours la même,
toujours attachée au même but avec la même ardeur obstinée et souvent aveugle, prête à tout sacrifier à ceux
qui lui permettent de se satisfaire, et à fournir au gouvernement qui veut la favoriser et la flatter les
habitudes, les idées, les lois dont le despotisme a besoin pour régner.
La révolution française ne sera que ténèbres pour ceux qui ne voudront regarder qu’elle ; c’est dans les temps
qui la précèdent qu’il faut chercher la seule lumière qui puisse l’éclairer. Sans une vue nette de l’ancienne
société, de ses lois, de ses vices, de ses préjugés, de ses misères, de sa grandeur, on ne comprendra jamais ce
qu’ont fait les Français pendant le cours des soixante années qui ont suivi sa chute ; mais cette vue ne
suffirait pas encore si l’on pénétrait jusqu’au naturel même de notre nation.
Le Code Noir à l'ombre des Lumières
Dans son "Esprit des Lois" publié en 1748, Montesquieu "porte un coup fatal aux laborieuses disquisitions
philosophico-théologiques sur l'esclavage, qui jusque-là tenaient lieu d'anathème définitif", affirme Lluis Sala-Molins.
Cependant, Montesquieu écrit: "Il faut borner la servitude naturelle à de certains pays particuliers de la terre".
Et Lluis Sala-Molins d'écrire: "Montesquieu ferraille avec l'univers entier et avec toute l'Histoire". Ardent défenseur, de
la théorie des climats, Montesquieu ne fera jamais référence au Code Noir dans son livre, selon Lluis SalaMonlins. "En
l'ignorant, il ne peut l'évoquer c'est humain, ni au chapitre des "principes", ni a celui des "détails" remarquables" Lluis
Sala-Molins souligne aussi que Montesquieu renvoie à Labat (autre "philosophe", lequel dans ses livres parle du Code
Noir).
LES ÉLÉGANCES DE MONTESQUIEU
Ce même Montesquieu écrit: "l'esclavage est contre la nature, quoique dans certains pays, il soit fondé sur une raison
naturelle". Et plus loin, .il parle de "ce que les lois doivent faire par rapport à l'esclavage". Donc "d'en ôter d'un côté les
abus, et de l'autre les dangers".
Par abus, selon Lluis Sala-Molins, Montesquieu entend "sexe"; et par danger, "le nombre". Et pour pallier ces dangers et
ces abus, le "philosophe" propose un "règlement". Lluis Sala-Molins note qu'il s'approche beaucoup du Code Noir...
sans pour autant approfondir dans les détails...
"Il ne faudrait pas confondre. "la pitié" et la "miséricorde" avec le droit, ironise Lluis Sala-Molins à ce sujet, en
précisant encore que Montesquieu prévoyait qu' "il ne fallait pas faire et tout à coup par une loi générale un nombre
considérable d'affranchis".
ROUSSEAU: INEFFABLE ESCLAVAGE
Pour Lluis Sala-Molins, Jean-Jacques Rousseau dans "Le contrat social", dénonce le Code Noir écrit par Louis XIV et
Colbert, en "rejetant la valeur juridique de l'esclavage résultant de la vente de soi-même ou de son propre enfant à autrui
en vue de l'obtention de quelque bénéfice octroyé en échange par l'acheteur".
Selon l'argument de Rousseau, l'esclavage comme résultat du droit suivant la conquête d'un pays sur un autre (et du fait
de mettre les vaincus au service du vainqueur) est un "non sens juridique". Mais par ces trois cas de figure, Rousseau ne
dénonce aucunement les raisons qui ont poussé la France à pratiquer l'esclavage envers les peuples d'Afrique.
Or, dans "Discours sur l'origine des inégalités", ce même Rousseau parlait "de la richesse à la force et de celle-ci à la
maîtrise; de la pauvreté à la faiblesse et de celle-ci à l'esclavage". Mais là, explique Lluis Sala-Molins, Rousseau ne fait
pas forcément référence aux Noirs... loin s'en faut, car Rousseau subordonne le tout à une "convention".
Et jamais, souligne Lluis Sala-Molins, Rousseau ne se résoudra à "reconnaître franchement, définitivement et sans
arrière-pensée des égaux ou des hommes au sens plein du terme dans les Noirs razziés et enchaînés". Ce n'est donc pas
en pensant aux hommes d'Afrique que Rousseau lancera son anathème sur l'esclavage. Pas plus qu'il ne songera aux
peuples des Caraïbes décimés par la colonisation. Cet esclavage-là, Rousseau ne voudra jamais le connaître, estime
Lluis Sala-Molins, qui conclut:
"Rousseau mérite mille fois le titre de pourfendeur de la servitude et de l'asservissement des citoyens par les couronnes.
Mais il a usurpé totalement celui de contempteur, de l'esclavage, au sens des pratiques qui lui furent contemporaines",
avant de terminer sur ces mots: "Au fond, les révolutionnaires de 1789 et des années suivantes ont très bien lu
Rousseau: c’étaient eux les esclaves, à eux de briser leurs propres chaînes et de se débarrasser de leurs tyrans. L'affaire
des Noirs afro-antillais, elle, ne figurait pas dans le mode d'emploi de la révolution, elle ne les concernait pas".
RAYNAL ET LES AUTRES: UN AUTRE LANGAGE POUR D'AUTRES NOIRS
Lluis Sala-Molins est clair: c’est dans l’œuvre de l'abbé Raynal que l'on trouvera "une critique féroce de l'esclavage noir
et de la traite, un brocardage en règle des couronnes et des tiares et des mitres qui supportent le massacre, I'organisent y
collaborent, le bénissent".
L'abbé Raynal "forcera les Lumières à éclairer enfin le sol loin devant parce qu'il parla droit et philosophie, politique,
économie et morale avec le langage de la sensualité et avec le ton de la réprobation physique, corporelle, animale d'une
situation qui dépassait depuis plus d'un siècle la mesure du tolérable dans le scandale politique".
Cela ne doit pas pour autant faire oublier les limites du combat de Raynal, précise Lluis Sala-Molins.
LES SUBTILITÉS DES "AMIS DES NOIRS"
La Société des Amis des Noirs a été fondée en 1788. Elle s'est battue pour "les droits des gens de couleur habitant les
colonies". Gens de couleur... mais la libération des Noirs devait se faire.... à terme.
Et les méandres de la révolution française firent disparaître les timides et rares idées abolitionnistes en vigueur en
France. Et en 1792, la Société fut dispersée.
Malgré tout, le 4 février 1794, la Convention étend à toutes les colonies françaises et à toutes les personnes qui les
habitent, "sans distinction de couleur" et sans modalités d'application, l'émancipation des Noirs, déjà réalisée à SaintDomingue en août 1793. Une abolition accordée par la Convention non par respect des droits de l'Homme, mais parce
qu'il y avait de sérieuses menaces pesant sur les colonies, face à la politique anglaise et espagnole du moment.
Voulant "progressivement", "sans compromettre l'intérêt de personne", donner leur liberté aux esclaves, la Société des
Amis des Noirs a même écrit: "Il ne serait pas plus juste et plus humain de rendre subitement la liberté aux Noirs qu'il n
'est juste et humain de les avoir retenus dans l'esclavage. La première opération du gouvernement doit donc être de leur
rendre la faculté d'êtres libres".
Elle "pataugeait dans l'ignoble" pour reprendre l'expression de Lluis Sala-Molins. Et celui-ci conclut: "L'abolition a été
accordée enfin, et le Code Noir supprimé, non parce que cela avait été demandé par les conventionnels, mais pour
essayer de contrer les velléités sécessionnistes des colons et pour faire pièce à l’Anglais". Il s'agît là, précise SalaMolins, de l'abolition datant de 1794. "Un coup politique bassement politicien", rajoute-t-il.
ÉPILOGUE: DE NAPOLÉON A SCHOELCHER
L'abolitionnisme renaît avec la Restauration. Mais dans les colonies, on continue à pendre, à martyriser, à tuer, à
décapiter les Noirs.
Timide avancée en 1845, où un décret "réduit les punitions corporelles et autorise 1'esclave à monnayer sa liberté, que
cela plaise au maître ou que cela lui déplaise", explique Sala-Molins.
Les hommes d'Eglise ne veulent pas d'une abolition, ("les esclaves ne sont pas prêts, il faut faire un dernier effort de
moralisation"). Et les propriétaires parlent argent: ils veulent être indemnisés.
Sous la II ème République, les abolitionnistes sont au pouvoir. "Schoelcher est nommé sous-secrétaire aux colonies",
précise Sala-Molins. Le 4 mars est nommée une commission pour préparer l'acte d'émancipation immédiate, de toutes
les colonies françaises. Le 28 avril paraît la loi qui stipule dans son article 1: "l'esclavage sera entièrement aboli dans
toutes les colonies et possessions françaises deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune d'elles".
22/12/1994 http://col-r.verges.ac-reunion.fr/old_CRV/Dossiers/Reunion/cdrEsclavage/CodeNoir/cn17.htm
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