4.4. Le système génital
4.4.1. De la femelle
4.4.1.1. Du vagin
Les infections bactériennes à hauteur du vagin sont assez courantes mais leur
diagnostic étiologique est très difficile. La flore vaginale est abondante et composée à
90% d'anaérobies strictes et à 10% d'autres bactéries. Une culture à partir du vagin sera
donc toujours positive.
Pour qu'un résultat soit valide il faut que l'organisme soit isolé en culture pure et
de manière répétée en dehors de tout traitement. Des résultats différents sur divers
prélèvements dans le temps ne sont pas hautement significatifs.
Les bactéries, mycoplasmes et uréaplasmes impliquées sont les mêmes que dans
la métrite (voir 4.4.2.).
Les bactéries anaérobies strictes sont presque toujours impliquées, mais il n'est
pas utile de les demander car faire la part de la flore commensale et du pathogène
opportuniste impliqué n'est pas possible. La seule qu'il soit en théorie possible de
rechercher est Gardnarella vaginalis, responsable de vaginites chez la femme et que
l'on a récemment isolée de juments avec vaginite aussi.
De nombreux mycoplasmes peuvent aussi être isolés mais sans que leur rôle ne
soit connu.
4.4.1.2. De la matrice
4.4.1.2.1. Les métrites
La matrice est le siège d'infections diverses. Certaines infections spécifiques
sont étudiées dans le chapitre des avortements car elles affectent aussi le foetus. Les
autres infections peuvent être la manifestation d'une infection généralisée (septicémie,
infection systémique: leptospirose, tuberculose....) ou d'une infection localisée après
bactériémie ou bien par voie vaginale.
a) Etiologie
Les bactéries qui provoquent ces problèmes de métrites cliniques ou
subcliniques varient selon l'espèce animale et selon les études. Elles proviennent, le plus
souvent, de la flore vaginale. Il est important, ici, de rappeler, une nouvelle fois, que
cette flore est composée à 90% de bactéries anaérobies strictes. Donc, il est simple
d'affirmer qu'une bonne partie des métrites a une composante anaérobie stricte seule ou
en combinaison avec d'autres bactéries.
Parmi ces dernières les plus fréquentes sont:
A - Espèce bovine: Actinomyces pyogenes, Escherichia coli et coliformes,
Streptococcus spp bêta-hémolytiques, Enterococcus faecalis, Histophilus somnus.
Accessoirement, des isolements de Staphylococcus aureus et spp, de Bacillus spp,
Pasteurella spp, de Neisseria spp, Branhamella spp, Acinetobacter spp, Proteus spp et
Pseudomonas aeruginosa sont aussi rapportées ainsi que Mycoplasma bovis et
bovigenitalium.
Le rôle de nombreuses autres espèces de mycoplasmes demande à être clarifié
(voir 4.4.5.5.).
B - Espèce ovine: les mêms bactéries peuvent être citées pour la brebis, sauf Hist.
somnus qui est remplacé par Hist. ovis.
C - Espèce porcine: les mêmes bactéries peuvent être citées pour la truie (sauf le genre
Histophilus).
D - Espèce canine: les bactéries les plus citées sont Staphylococcus intermedius,
Streptococcus spp beta-hémolytique (canis et groupe L), Escherichia coli et coliformes.
Accessoirement des isolements de Proteus spp, Pseudomonas aeruginosa, Neisseria
spp, Branhamella spp, Acinetobacter spp, Haemophilus spp, Corynebacterium spp sont
rapportés.
E - Espèce féline: les mêmes bactéries peuvent être citées pour la chatte, avec, en plus,
Haemobartonnella felis (sans oublier les virus félins dont on parle tant).
F - Espèce équine: les bactéries les plus citées sont semblables à celles des autres espècs
animales (Staphylococcus spp, Streptococcus spp bêta-hémolytiques, Enterococcus,
Escherichia coli et autres coliformes, Proteus spp, Pseudomonas aeruginosa...,
auxquelles il faut ajouter bien sûr, Taylorella equigenitalis responsable de la métrite
contagieuse équine (CEM) ainsi qu'une bactérie que l'on ne décrivait que chez l'homme
jusqu'à présent: Gardnerella vaginalis et une bactérie dénommée Actinobacillus suis -
like.
b) Incidence
Après la mise-bas, il est normal de retrouver des bactéries dans la matrice. Chez
la vache, jusqu'à 90% des parturientes sont ainsi infectées. Deux mois plus tard moins
de 10% restent infectées car la matrice est capable de contrôler l'infection. Or, afin
d'optimaliser les chances de conception et de nidification, il est admis que la matrice
doit être quasi stérile. Les bêtes avec des problèmes de retour en chaleurs donnent plus
souvent une culture positive que les bêtes sans problème. Mais le problème n'est pas
aussi clair car de nombreuses bêtes réputées fertiles donneront aussi une culture
positive.
c) Pathogénie
L'infection procède, dans la grande majorité des cas, par voie vaginale, surtout
lorque le col est ouvert. En quelques jours, une endométrite se développe, suivie d'une
métrite, éventuellement. Selon le type d'infection, l'évolution va vers la guérison avec
retour à la fertilité, la guérison sans retour à une fertilité normale, l'aggravation ou la
chronicité. Cependant, l'infection peut persister encore un long moment.
d) Signes cliniques
Le signe clinique, en dehors des problèmes de fertilité est l'apparition d'un
écoulement vulvaire, séro-muqueux et purulent.
e) Lésions
La matrice présente des degrés variables d'inflammation avec des ulcérations
éventuelles. Une infiltration de poly- ou mononucléaires est observable au microscope.
f) Diagnostic
Le diagnostic clinique est basé sur les problèmes de fertilité et l'écoulement
vulvaire. Le diagnostic étiologique peut être apporté par un laboratoire mais celui-ci
devra commenter les résultats de la culture selon le site de l'écouvillonnage (vagin, col,
matrice) et surtout si le prélèvement est l'écoulement vulvaire.
h) Prophylaxie
Hygiénique générale et de l'accouplement.
Vaccination dans les cas de maladies spécifiques (vibriose, paratyphose,
brucellose, leptospirose) ou éradication (brucellose, tuberculose).
g) Traitement
Antibiothérapie locale et générale empirique ou sur base des résultats de
l'antibiogramme sur les bactéries isolées au laboratoire.
Lavage antiseptique de la matrice.
Un certain nombre d'animaux restent porteurs.
4.4.1.2.2. Le pyomètre
Il s'agit d'une infection purulente de la matrice (présence de nombreux pyocytes
dans l'écoulement vaginal) avec accumulation de pus à l'intérieur de celle-ci, fermeture
éventuelle du col (plus d'écoulement vaginal) et intoxication progressive de l'animal. Le
traitement est chirurgical (autant que possible) et médicamenteux (antibiothérapie
massive et prolongée par voie parentérale).
4.4.2. De l'appareil génital mâle
4.4.2.1. Des testicules et de l'épididyme
a) Etiologie
Diverses bactéries sont les agents étiologiques d'orchites et/ou d'épididymites.
Certaines causent spécifiquement des problèmes dans l'appareil génital mâle et femelle
(Brucella spp); d'autres, au contraire, sont responsables d'affections diverses.
A - Taureau: Brucella abortus, Actinomyces pyogenes, Streptococcus spp, Histophilus
somnus etc...;
B - Bélier: Brucella ovis, Actinobacillus seminis, Actinomyces pyogenes,
Corynebacterium pseudotuberculosis et spp, Streptococcus spp, etc...;
C - Verrat: Brucella suis, autres;
D - Chien (Chat): Brucella canis, Escherichia coli, Proteus spp, Streptococcus spp bêta-
hémolytiques, Staphylococcus intermedius et spp;
E - Etalon: Streptococcus equi et spp bêta-hémolytiques, Salmonella abortusequi,
Pseudomonas mallei.
b) Incidence
Chez le taureau le taux d'infection est faible (<0,5%) dans des études extensives
en exploitations de haut standard. Les chiffres doivent être équivalents dans les autres
espèces animales.
c) Pathogénie
Si l'infection procède par voie hématogène l'orchite précède la périorchite. Si
l'infection procède par voie ascendante, l'épididymite est d'abord observée. Dans le cas
d'une infection du péritoine, la périorchite est présente en premier lieu.
d) Signes cliniques
L'orchite/épididymite sera uni- ou bilatérale. Les cas aigus montrent les signes
classiques de l'inflammation avec répercussion sur la qualité du sperme (voir cours
d'obstétrique). Les cas chroniques montrent les signes classiques de la fibrose.
e) Lésions
Lésions pathologiques et histologiques classiques de l'inflammation aiguë ou
chronique.
f) Diagnostic
Basé sur les signes cliniques. Le diagnostic étiologique doit être fait au
laboratoire. Dans le cas de certaines affections spécifiques, le diagnostic sérologique
peut être fait (brucellose par exemple).
g) Traitement
Des traitements prolongés aux antibiotiques par voie générale peuvent être
instaurés, mais le pronostic est réservé. Dans tous les cas, il faut penser aux infections
spécifiques et prendre les mesures légales et hygiéniques qui s'imposent.
h) Prophylaxie
Hygiène générale et de l'accouplement. Hygiène spécifique des maladies bien
définies. Eradication des animaux malades (mesures légales).
4.4.2.2. Des glandes annexes
a) Etiologie
Des infections bactériennes des glandes annexes (prostate et vésicule séminale)
sont bien décrites dans certaines espèces animales.
A - taureau: Vésiculite: Brucella abortus, Actinomyces pyogenes, Streptococcus spp,
Pseudomonas aeruginosa, Escherichia coli, Proteus spp, Histophilus somnus,
Mycobacterium bovis, Mycoplasma bovis et lorigenitalium, Chlamydia spp;
B - Chien: Prostatite: Escherichia coli, Proteus spp, Pseudomonas aeruginosa,
Streptococcus spp bêta-hémolytiques, Staphylococcus intermedius, Brucella canis;
C - Etalon: Vésiculite: Streptococcus spp bêta-hémolytique, Pseudomonas aeruginosa
et spp.
b) Incidence
Chez le taureau, le taux d'infection des vésicules séminales est variable (de 1 à
10%) selon les conditions générales d'hygiène. Elle est présente chez des animaux de
tous âges avec une préférence pour les jeunes taureaux. Chez le chien, l'incidence de la
prostatite est inconnue. Chez l'étalon, l'infection des glandes annexes est faible.
c) Pathogénie
L'infection peut procéder par voie rétrograde depuis l'urètre (rare, suite au
flushing urinaire), par voie descendante depuis les testicules, ou bien par voisinage avec
une infection urinaire concomittante. Elle peut aussi être la conséquence d'une
septicémie, bactériémie et/ou pyémie avec localisations secondaires.
d) Signes cliniques
La forme clinique est très variable depuis l'infection asymptomatique fréquente
jusqu'à la forme sévère plus rare avec une péritonite locale aiguë. L'inflammation peut
être aiguë avec des répercussions sur l'état général et des signes cliniques généraux
(anorexie, apathie, fièvre), ou chronique sans signes généraux.
En ce qui concerne les répercussions sur la qualité du sperme, se référer au cours
d'obstétrique.
e) Lésions
Lésions pathologiques et histologiques classiques de l'inflammation aiguë ou
chronique.
f) Diagnostic
Difficile: basé sur l'ensemble des signes cliniques (y compris problèmes de
fertilité), des examens bactériologiques (éventuellement sérologiques) et de sperme.
g) Traitement
Antibiothérapie prolongée et massive. Chez le taureau la réponse au traitement
est variable mais le pronostic est toujours sombre en ce qui concerne les reproducteurs.
Des rechutes peuvent apparaître des semaines voire des mois après un traitement que
l'on pensait couronné de succès.
Chez le chien le traitement de la prostatite aiguë est possible mais le même genre
de remarques est valable.
De plus, tous les antibiotiques ne diffusent pas dans la prostate normale. Cette
considération n'existe plus si la prostate montre une inflammation aiguë. Cependant,
dans le cas de prostatite chronique, un traitement à base de trimétoprim-sulfamidés,
d'érythromycine, d'oléandomycine voire de chloramphénicol à fortes doses, peut être
instauré et maintenu pendant 2 à 4 semaines. Les autres antibiotiques sont inefficaces in
vivo dans le cas de prostatite chronique. Un traitement radical est bien sûr l'ablation
chirurgicale.
h) Prophylaxie
Hygiène générale, de l'accouplement. Une bonne proportion de vésiculites chez
le taureau est reliée à des activités homosexuelles.
4.4.2.3. Du sperme
Différentes bactéries peuvent être présentes dans un éjaculat, même en absence
de tout problème de l'appareil génital.
Chez l'étalon, par exemple, la présence des bactéries suivantes est rapportée:
Proteus spp, Streptococcus spp, Escherichia coli, Pseudomonas spp, Staphylococcus
spp, Enterobacter spp, Corynebacterium spp. Ces bactéries sont présentes dans le
fourreau à l'état de commensales.
De plus, les diverses bactéries associées à des infections des vésicules séminales,
de la prostate et de l'épididyme seront retrouvées dans l'éjaculat. Enfin, diverses
bactéries peuvent être transmises par le sperme et provoquer une maladie chez la
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