Pain de l`amour ou de la discorde - A. Le

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Genese 14-18
1 cr 11 23-28
La semaine dernière, un baptême a été célébré dans ce temple, ce fut l’occasion pour Alain Le
Joncour d’aborder le thème du sens de ce sacrement.
Hasard des textes du jour c’est de l’autre sacrement dont il est question aujourd’hui , dans le texte
de Paul qui rappelle l’institution de la cène.
Loin de moi l’idée de faire une étude exhaustive de ce sacrement, mais nous allons tenter d’aborder
l’aspect du pain et par voie de conséquence du vin comme nous y invite les textes du jour.
Lorsque nous abordons le thème du pain dans la cène, la question qui vient a l'esprit
immédiatement est de savoir ce qu'il faut comprendre par "ceci est mon corps" "ceci est mon sang"
Pour certains, le pain est vraiment la chair et le vin vraiment le sang, l'un et l'autre s'étant purement
et simplement transformé comme l'eau en vin aux noces de cana.
Pour d'autres, il ne s'agit pas de mutation physique, mais d'une présence réelle certes mais mystique
du corps et du sang du christ dans les espèces
Pour d'autres encore, cette présence n'est que symbolique alors que pour certains c’est
essentiellement « le souvenir « qui prime.
Bien sur je ne vais pas résister a employer des gros mots, puisque nous abordons le sujet, rappelons
ce que veulent dire ces mots que nous connaissons mais dont nous ne savons pas tous ce qu'ils
impliquent en dehors d'un casus belli entre les tenants de l'une et l'autre thèse.
Donc nous allons parler de transsubstantiation et de consubstantiation
La transsubstantiation est la doctrine qui affirme que les matières se transforment réellement, selon
le dictionnaire et selon la définition de l’église catholique est littéralement la transformation
d’une substance en une autre. Dans la théologie catholique, c’est la doctrine selon
laquelle au cours de l’eucharistie, au moment de la consécration, les espèces du pain et
du vin deviennent le Corps et le Sang du Christ tout en conservant les caractéristiques
physiques et les apparences originales. Aujourd’hui, les catholiques préfèrent utiliser
l’expression "présence réelle". Cette doctrine prend le nom de transsubstantiation au
concile de Trente (1551) où elle est officiellement proclamée par l’Église catholique,
prenant ainsi position à l’encontre de la consubstantiation envisagée par les protestants.
Alors que la consubstantiation est plutôt La conception luthérienne
Elle peut se résumer en trois points.
1. Premièrement, elle se caractérise par la thèse de la "consubstantiation", terme qui ne se trouve
pas sous la plume de Luther, mais rend bien compte de sa pensée. Selon les luthériens, le pain et le
vin consacrés à la fois restent substantiellement pain et vin et deviennent substantiellement corps et
sang du Christ. Ils ont, en quelque sorte une double substance. La substance du pain et du vin porte,
contient la substance du corps et du sang du Christ.
2. Deuxièmement, elle insiste sur la parole. Le pain et le vin ne deviennent corps et sang du Christ
que "saisis dans la Parole de Dieu, et liés à elle"*. Quand la parole ne les accompagne pas, il n'y a pas
sacrement. Autrement dit, après la cérémonie, quand la parole a cessé de retentir, le pain et le vin
consacrés redeviennent du pain et du vin ordinaires (il n'y a donc pas "réserve eucharistique").
3. Troisièmement, elle refuse le caractère sacrificiel de la Cène. Luther et Mélanchthon opposent le
sacrement, œuvre de Dieu offerte à l'être humain, et le sacrifice, œuvre humaine offerte à Dieu*.
Mélanchthon admet bien que la Cène ait, comme la prière ou les bonnes œuvres, un aspect
sacrificiel; mais, d'une part, il s'agit d'un sacrifice de louange (c'est à dire d'un remerciement adressé
à Dieu pour ce qu'il a fait) et non d'un sacrifice propitiatoire (c'est à dire, un acte humain pour
obtenir la faveur de Dieu); et, d'autre part, ce sacrifice est second, subordonné, accessoire.
Mélanchthon précise qu'en rédigeant la Confession d'Augsbourg, il a volontairement écarté le mot
"sacrifice" qu'il a jugé trop équivoque, qui prête trop à malentendus*.
Mais il existe encore d’autres approches comme la conception zwinglienne
Il serait plus juste de dire "la conception suisse", ou “la conception de la première génération
réformée” car, après Zurich, Bâle, Berne et Lausanne l'ont adoptée. Elle se résume en deux points.
1. Dans le temps qui suit l'Ascension, c'est l'Esprit qui assure la présence du Christ et non le
sacrement. Quarante jours après Pâques, le corps du Christ a quitté la terre, il siège à la droite de
Dieu et il y restera jusqu'à son retour à la fin des temps. Entre temps, on a une présence qui n'est pas
corporelle, tangible, mais spirituelle et invisible. Elle se sent, se vit, s'éprouve dans la foi, dans notre
lien intérieur et intime avec le Christ.
2. La Cène a pour fonction d'extérioriser cette présence vécue et sentie intérieurement et d'en
témoigner, un peu comme on porte le deuil pour exprimer et manifester son chagrin. Cette
comparaison n'est pas très bonne, parce que, pour Zwingli, la Cène est essentiellement heureuse et
joyeuse; lui-même utilise plutôt la métaphore de l'alliance, de l'anneau nuptial*. Le pain et le vin ne
portent donc pas ni ne véhiculent la présence du Christ, ils la signalent. Quand Jésus, le soir du
vendredi saint déclare : "ceci est mon corps", il faut comprendre, écrit Zwingli, "ceci signifie mon
corps". De même, lorsqu'il dit "je suis la porte" ou "je suis le bon berger", il ne faut pas prendre dans
ces expressions le verbe “être” à la lettre.
Zwingli rejette, bien évidemment, toute idée de sacrifice. La Cène est une cérémonie, une action de
grâces publique par laquelle les croyants proclament ce que le Christ a fait et ce qu'il représente pour
eux.
Et enfin La conception calviniste
Il serait plus juste de parler de la conception qui domine dans la seconde génération réformée, celle
qui subit fortement l’influence de Calvin, mais sans oublier ni abandonner les thèses de Zwingli. En
fait, l’élaborent ensemble Calvin et Bullinger (le successeur de Zwingli à Zurich). Elle distingue deux
choses dans la Cène :
- D'une part, il y a le pain et le vin qui sont des signes du corps et du sang de Jésus, qui les
représentent ou les figurent. Le pain et le vin restent ce qu'ils sont. Ils ne sont pas transformés, ils ne
deviennent pas autre chose. Il ne s'opère ni transsubstantiation ni consubstantiation.
- D'autre part, il y a l'action du Saint Esprit dont Zwingli a eu raison de souligner l'importance. C'est
l'Esprit, et non des éléments matériels qui rendent le Christ véritablement présent. C'est lui qui nous
met en communion avec le Seigneur et Sauveur et qui nous fait participer à sa grâce.
Jusqu'ici on est très proche de Zwingli. Calvin s'en distingue cependant parce qu'il voit dans le pain et
le vin non pas, comme le Réformateur de Zurich, des signes que le croyant fait pour ceux qui
l'entourent, des signes par lesquels il exprime ce qu'il a reçu, mais des signes que Dieu utilise pour
atteindre le croyant, pour lui faire percevoir, sentir la présence du Christ. Dans la Cène, Dieu agit en
opérant une rencontre, en produisant une conjonction entre le signe et l'action de l'Esprit. Quand
nous prenons le pain et le vin de la Cène, Dieu, au même moment, nous donne intérieurement, par
son Esprit, ce que représentent extérieurement le pain et le vin. Le pain et le vin ne deviennent pas
corps et sang du Christ, mais en recevant le pain, nous recevons le Christ. Comme le dit le Consensus
Tigurinus, Dieu accomplit "vraiment dedans nous par son Esprit tout ce que les sacrements figurent
par dehors"*. La Confession helvétique postérieure précise : "le ministre nous représente par dehors,
et nous fait comme voir à l'œil en ce sacrement ce de quoy le saint Esprit nous fait jouir invisiblement
au dedans et en l'âme"*. L'officiant donne le pain, et en même temps Dieu donne sa grâce, son salut
et la présence du Christ.
Je remercie au passage un jeune professeur émérite du nom d’André Gounelle pour m’avoir
« soufflé » ces définitions.
Voilà donc un débat qui dure depuis des siècles, et dont on peut penser qu'il ne sera pas
définitivement tranché dans les 15 jours qui viennent.
Mais tout cela ce n'est que de la doctrine, des discussions byzantines sur le sexe des anges avec tout
le respect que je peux avoir pour les croyances des uns et des autres.
Il saute aux yeux de chacun de nous que le pain est du pain, pas de la chair humaine, et le vin est bien
du vin, pas du sang ceci étant dit sur le plan strictement matériel.
Nous sommes donc amenés a constater qu'il y a une incohérence entre ce que nous sommes
supposés croire selon nos convictions et la réalité matérielle de ce que nous constatons.
Il convient donc de pousser plus loin.
La première chose qui apparait, c'est que Jésus n'a jamais dit : ceci est mon corps comme nous le
disons le plus souvent. Il y a une bonne raison a cela: il y a 2000 ans le français n'existait pas. Il a
donc dit autre chose.
On s'accorde a penser que Jésus parlais araméen, or en araméen "est" n'existe pas, il aurait donc dit
quelque chose qu'on peut traduire par "ceci mon corps"," ceci la coupe de l'alliance en mon sang".
Faites ceci en mémoire de moi.
Le sens de ces phrases nous affranchit d'une interprétation stricte et dogmatique de ce que nous
devons croire, et c'est a dessein que je parle de devoir croire.
Pourquoi devrions-nous obligatoirement croire que le pain devient la chair de Jésus ?
Si c'est ce que nous "devons croire" nous devons aussi chercher le sens de cette affirmation.
Si l'on croit que le pain est la chair de Jésus, au-delà du fait que le manger est de l'anthropophagie
pure et simple, il y a lieu de s'interroger sur le sens de cette consommation.
Nous savons que dans les peuplades primitives anthropophages, au-delà de la nécessité nourricière,
la consommation de la chair est supposée donner au consommateur les qualités et la force du
consommé. Faut-il donc faire un rapprochement entre cette doctrine de mutation et ces anciennes
coutumes ?
Ou encore, si l'on s'en réfère, a la doctrine de l'agneau de Dieu, donc du bouc émissaire, s'agit il de
participer au repas du sacrifice? Ce qui serait surprenant dans un monde juif ou les offrandes divines
ne peuvent être consommées que par les prêtres sauf erreur de ma part ?
La formulation "ceci mon corps" nous libère dans le sens que nous donnons a cette consommation
alimentaire. Elle n'interdit pas cette perception, mais ne nous enferme pas dans cette
interprétation.
Par le texte de la genèse, nous voyons que la consécration du pain et du vin ne sont pas une
innovation de Jésus, mais un rite bien plus ancien et antérieur au judaïsme puisque l'histoire se
passe au temps ou Abram n'a pas encore conçu ses enfants . Dieu n'a même pas encore scellé son
alliance avec lui. Cette alliance n’intervient qu’immédiatement après ce passage. Donc le texte nous
rapporte que Melki sedec roi de Salem il fit apporter du pain et du vin , il était prêtre du Dieu très
haut et il le bénit…
Nous voyons donc que par ce geste, Jésus s'inscrit dans une tradition extrêmement ancienne qui
donne au pain et au vin une valeur symbolique et centrale dans la relation a Dieu. Et rien ne permet
de voir dans ces versets un sens sacrificiel, mais plutôt celui d’une bénédiction donnée de la part du
Dieu très haut sur le pain et le vin qui seront partagés.
Il me semble que ceci doit nous questionner sur un sens sacrificiel donné au pain et au vin dans la
célébration de la cène.
A ce point de notre réflexion, nous avons exposé différentes doctrines, nous avons vu que certaines
sont quand même basées sur une compréhension improbables des textes, et nous avons vu que la
bénédiction du pain et du vin est un acte religieux bien antérieur au judaïsme.
Apres avoir exposer la doctrine, science de spécialistes chevronnés, il nous appartient de
redescendre de ces hauteurs intellectuelles et de nous interroger sur l'essentiel, non pas quelle est la
bonne doctrine, non pas ce que nous devons croire selon nos chapelles respectives, mais, lorsque je
participe a la cène, ce pain et ce vin, que représente t'ils au plus profond de moi ?
Jésus a souvent insisté sur l'accueil des simples, des petits, des cœurs purs. Croyez-vous qu'il attende
de ces petits de faire un choix entre transsubstantiation et consubstantiation?
Est-il nécessaire de consommer le pain et le vin pour que la présence de Jésus se révèle parmi nous ?
ou devons-nous plutôt insister sur la mémoire, le devoir de mémoire si cher a notre époque ?
Et là encore, n'y a t-il pas contre sens en se bornant a ce souvenir en attendant un retour
hypothétique en tout cas a l'échelle d'une vie humaine?
Ne serait-ce pas très réducteur et une manière de passer a côté de l'essentiel de faire de la cène
une simple célébration mémorielle?
Lorsque nous célébrons la cène, nous affirmons que les enfants peuvent communier mais que les
parents doivent expliquer a leurs enfants le sens de cet acte.
En tant que parent, j'ai été, je suis confronté a cette nécessité, comment expliquer a un enfant la
présence du christ ? ou est-il? Dans le pain? Dans le vin? Dans le temple? Partout ? Tout le temps ?
ET de se mettre ensemble autours de la table, de passer le plat rempli de ce pain rompu et cette
coupe de vin dont nous prenons? Que cela signifie t-il ?
Y a-t-il un seul sens? Doit-il y en avoir un seul ? ou bien devons-nous considérer que justement la
communion signifie que nous sommes en communion, c’est-à-dire ensemble, tout a la fois
collectivement et individuellement en accord , avec Dieu bien sur, mais aussi que nous sentons la
présence de Jésus avec nous comme ces compagnons qui sont là même quand ils sont absents.
Et je pense a ces parole de Jésus, Je suis la et je frappe, si quelqu'un m'entend je prendrais le repas
avec lui et lui avec moi.
En opposition avec les sacrifices, le prix du sang, le bouc émissaire, et cette idée même qu'un Dieu
d'amour puisse exiger le sacrifice de son propre fils pour apaiser sa colère, cette bénédiction du
pain et du vin partagés ensemble n'est-ce pas le symbole de l'amour et de la paix comme un repas
de noce, Un repas de joie et de remerciement comme Melki Sedecq et abram ?
Le repas qui rappelle que la vie est plus forte que la mort ?
Pour ne pas conclure, je n'ai pas tenté de dire ou est le vrai ou est le faux, je n'en sais rien. J'ai été
interpelé par cette histoire de pain, et ce que cela signifie pour chacun de nous quand nous
mangeons le pain et quand nous buvons le vin.
Nous vivons dans une église unie, dans cette paroisse, nos origines confessionnelles, nos parcours
personnels sont divers, et pourtant nous vivons ensemble et nous sommes tous invités au repas du
Seigneur et nous prenons ensemble le pain et le vin, quelques soit nos convictions intimes quelques
soit le sens que nous donnons a cet acte, quelques soit la manière dont nous ressentons la présence
du Christ parmi nous.
Jésus a dit, nous ne vivons pas de pain seulement, nous sommes aussi nourris par le sens que nous
donnons a nos actes et a nos pensées, que le questionnement soit le levain de vos méditation
Amen
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