
crochet, le trait anguleux, etc.
Les conventions de dessin étant très précises, il n'y a aucune ambiguïté pour un Chinois sur le
nombre de coups de pinceau nécessaires à un caractère. Ces conventions ne sont pas évidentes,
puisqu'un carré se dessine avec trois coups de pinceau. Le caractère carré 口 qui signifie "bouche" –
s'écrit donc par les trois mouvements.
En écriture cursive, il se compose sensiblement comme notre n minuscule. Si les traits étaient
exécutés dans un autre ordre, on n'arriverait pas du tout au même résultat pour un caractère écrit
rapidement à la main.
Les caractères peuvent avoir de un à plus de trente coups de pinceau. Il y en a des quantités
importantes qui nécessitent un nombre donné de traits.
Ainsi, sur le stock de 1850 idéogrammes chinois que les Japonais ont retenus comme caractères
de base, il y en a 182 qui comportent dix traits et 98 qui en comportent quinze.
Pour les quelque 6000 caractères chinois usuels, le nombre est au moins trois fois plus élevé.
Le nombre de traits n'est donc pas à lui seul suffisant pour retrouver commodément un caractère.
La difficulté a été tournée en distinguant dans un caractère une partie, en général plus simple,
appelée "clef". Originellement, elle donnait une idée de la catégorie d'objet représenté : il existe par
exemple une clef des poissons 鱼 qui se compose elle-même de onze traits et tous les poissons, ou
ce qui y ressemble, ont un caractère qui comporte cette clef dans la partie gauche du caractère. Par
exemple, "baleine" s'écrit 鱼京.
Ainsi, la clef du "bois" se trouve-t-elle pour toutes les espèces d'arbres, ainsi que pour de
nombreuses constructions : "maison à étage", "pont", etc.
La clef de l'eau se retrouve dans les liquides, celle de l'or dans tous les métaux, etc.
Le nombre de clefs étant relativement limité – il y en a seulement 214 – chacun est censé les
connaître et repérer dans un caractère inconnu la clef correspondante. On cherche alors dans la liste
des caractères ayant cette clef ceux dont le nombre de traits correspond au caractère cherché. Il n'y en
a le plus généralement qu'un maximum de quelques dizaines, dont on parcourt rapidement la liste.
En face du caractère trouvé se trouve le numéro de la page du dictionnaire où le sens du caractère
est expliqué.
On voit que tout cela est d'une simplicité enfantine ; il y a cependant parfois quelques petits
problèmes pour repérer la clef : par rapport au reste du caractère elle est le plus souvent à gauche,
comme dans le cas des poissons, mais il lui arrive d'être à droite, dessous, dessus, au milieu ou de part
et d'autre. Parfois aussi, un caractère est composé de deux clefs. Ces insignifiantes ambiguïtés se
résolvent simplement par quelques tâtonnements.
Les dictionnaires chinois modernes, et notamment ceux à l'usage des Chinois, classent les
caractères par ordre alphabétique, selon la prononciation figurée en écriture latine, dite pin-yin, que
les Chinois leur ont donnée.
Cela n'ôte rien à ce qui vient d'être dit, mais si, par hasard, le lecteur sait comment se prononce
son idéogramme, il peut le trouver directement selon la méthode qui nous est habituelle.
Cela conduit à donner quelques explications sur la transcription en caractères latins des
idéogrammes chinois. Les Chinois utilisent une telle transcription non pas en vue de supprimer les
idéogrammes, ce qui risque d'être repoussé aux calendes grecques, mais pour les besoins de
l'enseignement. Puisqu'il n'y a aucun lien obligatoire entre le caractère et sa prononciation, il est
nécessaire d'apprendre la prononciation en même temps que le caractère, et cette prononciation
est rendue par notre alphabet.
La presse s'est fait l'écho en 1979 d'un changement dans l'écriture des noms chinois : en fait,
les Chinois ont simplement demandé que nous utilisions leur système et non pas un autre qui aurait
mieux correspondu aux habitudes phonétiques françaises. Mao Tsé-toung se prononce toujours pareil,
mais s'écrit, selon le pin-yin, Mao Zedong, et Pékin s'écrit Beijing – ne pas prononcer [bejingue] !
Pékin est beaucoup plus compréhensible, même s'il demeure approximatif.
L’introduction du pin-yin a l’avantage de fixer une transcription latine au lieu d’en avoir plusieurs,
comme c’est encore le cas en coréen. Comme la phonétique chinoise n'est pas la phonétique
française et qu'il ne faut pas tomber dans un excès de simplicité, le pin-yin, donne à nos lettres des
valeurs légèrement différentes de la prononciation française. Mao Tsé-toung se prononce toujours
pareil, mais s'écrit, selon le pin-yin, Mao Zedong, et Pékin s'écrit Beijing – ne pas prononcer