Identités, Identités nationales, nations, nationalismes - Cours

Telechargé par André Tallon
Cours : Identités, Identités nationales, nations, nationalismes
Documents étudiants
Citation 1
On soutient que les beautés réelles sont de tous les temps, de tous les pays : oui, les beautés de
sentiment et de pensée, non les beautés de style. Le style n’est pas, comme la pensée, cosmopolite :
il a une terre natale, un ciel, un soleil à lui ».
(Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe)
Le Beau idéal varie comme les climats.
(Stendhal, Vie de Rossini, chapitre XX)
Citation 2
Je suis beaucoup plus inscrit dans cette lignée-là [Scherchen, Rosbaud, Bour] que dans la lignée
française qui m’a toujours profondément agacé, probablement parce que justement, on a toujours
prétendu : oui, la musique française, l’Ile de France, la mesure, la clarté, etc. Moi je trouve qu’il y a
certains grands génies français qui ne sont pas du tout clairs, ni mesurés, ni quoi que ce soit… Voyez
Claudel, qui est vraiment le génie le plus farfelu qui soit par rapport à l’archétype français. Voyez
comme Berlioz n’est vraiment ni mesuré ni harmonieux ni rien de tout cela. Cette espèce de
ratiocination, de rabougrissement du génie français, ou de ce qui était nommé tel, m’a toujours agacé.
C’est pour ça que j’ai eu tendance à toujours regarder ailleurs.
(…)
Je trouve que les gens les plus intéressants de la production française ne sont pas forcément de ce
genre et même en général pas du tout. C’est vrai qu’il y a une certaine élégance française ; mais… Je
prends trois exemples : Mallarmé est d’une élégance de langage absolument démente, mais cache
beaucoup d’abîme en dessous. Mieux ces abîmes sont présentés, moins vous vous rendez compte au
départ de leur profondeur. Vous vous laissez prendre et découvrez seulement après la profondeur de
sa pensée. De même Cézanne. Ses tableaux élégants sont en quelque sorte plus élégants que ceux de
Van Gogh. Mais derrière cette élégance se cache une grande profondeur, une grande radicalité du
point de vue. De même avec Debussy, et son élégance certaine.
(Pierre Boulez, « Entretien avec Guy Cogeval », in Allegro Barbaro, catalogue d’exposition, éd. Hazan
Musée d’Orsay, Paris 2013, page 23)
Citation 3
Définition
Culture : ensemble d’acquis communs aux membres d’un groupe + expressions et réalisations issues
de ce système d’acquis. Au sens anthropologique, une culture comprend les croyances, les normes, les
valeurs et représentations communes mais également les coutumes, les mœurs, l’ensemble des objets
quotidiens et des expressions artistiques…
La culture intériorisée c’est l’ensemble acquis des principes culturels (croyances, normes et valeurs),
des représentations collectives et des modèles et codes de référence.
Une culture est comme une langue : elle s’apprend. Elle a ses règles et ses tournures. Elle porte en elle
une conception du monde et des modes, des codes culturels.
Les stéréotypes culturels
Tous les biens que l’on possède (vêtements, voiture, maison, femme, enfant…), ainsi que nos relations,
connaissances, conduites sont évalués par les autres individus partageant notre culture et permettent
de se situer dans la stratification de la société dans laquelle on vit.
L’accord sur les critères communs d’évaluation est d’autant plus fort que la société est cohésive.
Ex. Au Moyen Âge, les vêtements indiquaient très exactement l’appartenance professionnelle et le
rang social. L’habillement était d’ailleurs codifié et il était interdit à telle ou telle profession ou classe
sociale de porter tel ou tel vêtement ou tissu. De nos jours, l’aspiration à l’égalité tend à estomper les
différences trop voyantes, mais personne ne se trompe sur l’évaluation sociale d’autrui — les grilles
d’évaluation culturelle sont seulement devenues plus raffinées et complexes.
Le système culturel contient aussi une série d’images et de représentations partagées par les membres
du groupe : des stéréotypes : des images schématiques façonnées par le bain culturel et concernant
les différents groupes sociaux de notre culture. On a ainsi des stéréotypes sur les possesseurs d’une
Telsa, d’une Audi ou d’une Mercédès ; sur les médecins ou sur les avocats ; etc.
Le noyau identitaire du groupe
Système culturel d’un groupe : mentalité, ensemble d’acquis communs aux membres d’un groupe ;
une mentalité prote en elle une vision du monde et développe des attitudes.
Ex. jeunes cadres formés dans les grandes écoles : les prémisses de leurs mentalités renvoient à une
idéologie du mangement libéral : agir, faire, créer, innover, se définir comme dynamique et
progressiste, analyser et raisonner (être rationaliste), s’appuyer sur la technique (être scientiste),
savoir commander (être élitiste), s’avoir s’imposer.
Leurs modèles sont les grands commis de l’État, les grands chefs d’entreprise, les hommes politiques
en vue. Leurs identités négatives sont prises dans les foules travailleuses de provinces : les prolétaires,
les petits bureaucrates : ils ont sur eux des stéréotypes forts.
Le noyau identitaire individuel
Système perceptif, affectif, cognitif et comportemental
Ces informations sont de toutes sortes, internes : sensations corporelles, sentiments et émotions
éprouvées, pensées et réflexions ; externes : sensations, perceptions, informations diverses… Une
partie de ce savoir sur l’univers se rapporte à soi-même. C’est ce savoir sur soi-même qui est la source
du sentiment d’identité personnelle.
Ce savoir en action cohérent a été abordé par tous les psychosociologues et on peut le concevoir
aujourd’hui sous la forme d’une structure de la personnalité sous-tendant tous les actes de l’individu.
Il s’agit là d’une conception empiriste, culturaliste et structuraliste de la personnalité qui offre les
avantages de la simplicité, de la cohérence, de l’utilité et sans doute d’une grande part de réalité. Pour
aborder ce système, nous allons examiner successivement sa formation et son fonctionnement.
(in Alex Mucchielli, L’identité en sciences humaines, éd. Vrin, Paris)
Citation 4
1) Émergence de sentiments d’appartenance durant le Moyen Age : France à la fin de la
guerre de Cent ans ; Espagne à l’époque de la Reconquista ; Bohème lors des guerres
hussites, etc.
2) Naissance de la nation moderne avec les révolutions anglaise, américaine et française :
XVIIe et XVIIIe siècles
3) Développement du sentiment national en réaction à l’invasion napoléonienne
(notamment en Allemagne, Espagne et Russie)
4) Indépendance du Brésil et des colonies espagnoles d’Amérique latine
5) Unifications allemande et italienne
6) Indépendance irlandaise, restitution de la Pologne
7) Indépendance des nations d’Europe centrale et orientale soumises aux empires austro-
hongrois et ottoman
8) Indépendance des colonies ou des protectorats (Asie, Afrique, Moyen Orient)
9) Réunification de l’Allemagne
10) Émancipation des pays d’Europe centrale de la tutelle soviétique
11) Nouveaux empires (USA, Chine, Russie) : volonté annexionniste
Citation 5
1770 – 1830 : trois champs de définition de la nation
La France : aspect social et sociologique de la nation
L’Amérique (soulèvement des colonies dépendant des Anglais) : l’idée de nation est liée à la
lutte contre un pouvoir impérial.
L’Allemagne : les philosophes allemands, fascinés par la Révolution française déchantent du
fait de la violence (Terreur, guerres napoléoniennes). Au nom des valeurs de la liberté, on
violente et on occupe un pays.
Hegel, Fichte, Jahn : insistent sur une définition culturelle de la nation — d’autant que les
frontières de l’Allemagne ne sont pas fixes (elles ne le seront qu’après 1945). Idée qu’il n’y a
pas d’état naturel allemand mais une civilisation allemande.
Travail mené par ces philosophes, historiens, philologues, folkloristes visant à recueillir des
traditions, codifier une langue pour en faire des symboles de la nation.
Citation 6
Aujourd’hui :
Moins de 200 nations reconnues par l’ONU. Si l’on prend le critère des langues parlées, il
faudrait reconnaître 8000 nations.
On oublie souvent les perdants et l’on se focalise sur les vainqueurs. Perdants : ont voulu créer
des nations, n’ont pas réussi.
Se regroupent sous l’appellation de « minorités nationales » qui sont souvent persécutées
(Kurdes par exemple) et obligées de fuir.
Citation 7
Concept même de nation :
Apport français : définition sociale de la nation (le Tiers-état, le peuple) ; concept centré sur la lutte
sociale. Peuple pensé comme représentant de la nation au détriment des Nobles, dénoncé comme
corps extérieur. Opposition des Francs aux Gaulois. Concept de souveraineté nationale.
Apport allemand : expérience douloureuse de l’occupation des terres par les armées napoléoniennes,
au nom des idéaux de la Révolution française. Incitation à repenser le concept de Nation et développer
une autre définition : volonté de dégager des critères de définition d’un peuple (tradition, culture).
Michelet et le principe des nationalités
Michelet : confusion entre une personne et un collectif ; à cette époque, les partisans de la nation sont
des hommes de gauche, qui s’inscrivent dans le sillage de la Révolution Française. Michelet est dans
l’esprit des Lumières. Première définition de la nation inscrite dans le contexte politique du « Principe
des nationalités » : luttes pour l’indépendance nationale autour de 1848 et qui s’achèvent dans la
répression.
Guerre franco-prussienne : on passe d’une vision progressiste de la nation à une vision conservatrice.
« Nationalisation de la société ».
La nationalisation – homogénéisation de la société française — la xénophobie
Napoléon III : clivage qui oppose les classes populaires et les élites.
1870 : échec de Napoléon III ; remplacé par les militants républicains (Gambetta) ; le programme
républicain est un programme de démocratisation de la société française ; cette démocratisation est
une dimension de la nationalisation de la société. L’idée de souveraineté, de citoyenneté implique que
toutes les couches de la nation sont parties prenantes de la politique d’état.
Jusqu’en 1880, on ne savait pas dans les classes populaires qui était français et qui ne l’était pas : cela
n'intéressait personne. Un enfant de parents étrangers arrivé à l’âge adulte pouvait récuser la qualité
d’être français : naissance de communautés mixtes qui se reproduisent de générations en générations.
Naissance d’une forme de xénophobie (les français sont envoyés au service militaire, ceux qui se
récusent d’être français ne le sont pas ; les patrons préfèrent embaucher des personnes qu’ils sont
sûrs de pouvoir conserver).
La nationalité (la « qualité de français » comme l’on dit alors) appartient au citoyen, non à l’état. Ce
phénomène est dénoncé par les républicains.
La question de l’immigration
Autre perspective : celle de l’immigration : beaucoup de réfugiés et d’émigrés allemands en France.
Napoléon III déclare qu’il fait la guerre aux princes et non au peuple ; refuse d’isoler ces émigrés. Les
Républicains, eux, dénoncent cette politique : c’est parce que l’on n’a pas enfermé ces émigrés que
l’on a perdu la guerre (idée que certains étaient des espions qui ont facilité l’entrée des troupes ;
notion « d’ennemis de l’intérieur »).
Construction d’une identité nationale :
Processus d’intégration des classes populaires au sein de l’état. Démocratisation du droit de vote,
liberté de la presse, liberté de réunion, droits et devoirs (service militaire obligatoire pour tous les
citoyens). Idée de Gambetta : si l’on fait participer le peuple à la politique, on évite les Révolutions.
Est passée par une réforme de l’enseignement : l’enseignement de l’histoire devient un roman
national (figures tutélaires, action des ancêtres, lieux mémoriels : Roncevaux, Verdun, grands
événements marquants) + rôle de la presse (explosion de la presse, journaux de masse) + série de
thématiques (faits divers, dénonciation des émigrés, etc.).
Deux éléments s’ajoutent :
Une mémoire, un passé : une identité se définit toujours par opposition
La possibilité de nommer l’ennemi. L’étranger prend à partir de là deux figures : soit le
colonisé, soit l’immigré (début de l’immigration de masse : les élites découvrent que les
Français font de moins en moins d’enfants, renâclent à travailler dans les campagnes, etc. : la
France devient l’un des principaux pays d’immigration).
La loi sur la nationalité française
Dans ce contexte surgit le rôle du droit : 1889 : loi sur la nationalité française. Code de la nationalité ;
loi qui facilite l’accession à la nationalité française pour les enfants d’étrangers + loi qui interdit aux
enfants d’étrangers de choisir leur nationalité. Xénophobie en progression ; xénophobie encouragée
par l’antisémitisme et par la fierté d’être français.
Devient désormais un enjeu : les journaux s’en emparent, les hommes politiques, les élites.
Contrôle des frontières
Statistiques
Législation
Programme politique d’assimilation ; la loi de 1889 à pour objectif d’assimiler les étrangers et
faire en sorte qu’ils ne puissent plus revendiquer leur nationalité d’origine à leur majorité.
La construction de l’identité nationale se développe en même temps que s’étoffe le monde ouvrier,
que se démocratise la société française, que se développe l’économie, le salariat.
Citation 8
L’État-nation a des avantages économiques : États monopolisant la fabrication de la monnaie,
contrôlant les finances publiques, passant des marchés, appliquant une politique fiscale, garantissant
la sécurité et la propriété des contrats. Aucune nation n’a jamais atteint un haut niveau de richesses
sans qu’il y ait un gouvernement régulier
L’État, la nation et l’économie sont liés : les grandes mesures nationales sont essentiellement
économiques :
Fondation d’une banque nationale
Responsabilité de la nation pour les dettes de l’État
Possibilité de création d’une dette nationale étalée sur plusieurs générations (continuité de
l’État)
Protection des entreprises par des droits de douane élevés
Impôts indirects obligatoires
Sécurité assurée par l’État (déplacement des biens et des personnes)
Frontières fixes
Une nation implique une économie nationale et son soutien systématique par l’État (ce qui, au 19ème
siècle, signifie le protectionnisme).
L’État-nation coïncide avec l’édification capitaliste
Citation 9
Le principe du seuil (Hobsbawm )
Les avantages économiques des États de grande taille sont démontrés par l’histoire de la France et de
la Grande-Bretagne. La prolifération de mini états (Kleinstaaterei) comme en Allemagne les ralentit
(« balkanisation » : division en petits états indépendants).
Le principe de nationalité, au 19ème siècle, ne s’est appliqué dans la pratique qu’aux seules
nationalités d’une certaine étendue
Ex. : on n’envisage pas l’indépendance de l’Irlande : les revendications des Siciliens, Bretons, Gallois ne
sont pas prises au sérieux.
Principe de seuil : taille du territoire. L’existence du Luxembourg et du Liechtenstein est demeurée
longtemps embarrassante. Les habitants de l’Autriche née du démembrement de l’empire austro-
hongrois, après la première guerre mondiale, désiraient presque à l’unanimité l’intégration à
l’Allemagne parce qu’ils ne pouvaient croire qu’un État aussi petit que le leur fût économiquement
viable. Ce n’est que depuis 1945 et la décolonisation que des entités comme la Dominique, les
Maldives ou Andorre ont accédé à la communauté des nations.
La construction des nations est inévitablement considérée comme un processus d’expansion. En
pratique, cela signifie que les mouvements nationaux doivent être des mouvements d’unification et
d’expansion nationale.
1 / 37 100%
La catégorie de ce document est-elle correcte?
Merci pour votre participation!

Faire une suggestion

Avez-vous trouvé des erreurs dans l'interface ou les textes ? Ou savez-vous comment améliorer l'interface utilisateur de StudyLib ? N'hésitez pas à envoyer vos suggestions. C'est très important pour nous!