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Introduction
Ce n'est pas sans une certaine appréhension qu'un psychothérapeute gestaltiste aborde la question de la
classification psychopathologique. Historiquement, la gestalt et l'ensemble du courant existentiel-humaniste ont
contesté l'idée même du diagnostic comme étant dé personnalisante, antithérapeutique et politiquement
répressive.
«Le courant existentiel bien qu'il ail considérablement influencé la littérature contemporaine et la pensée
sociale, en étendant au champ thérapeutique les fondements de la philosophie existentielle, a exercé
relativement peu d'impact sur la recherche et la pratique clinique. De plus, plusieurs approches récentes en
psychothérapie (telles la Gestalt, la psychologie humaniste et l'analyse transactionnelle) se sont présentées
comme des antithèses du «modèle médical» et ont adopté des attitudes d'opposition plus ou moins farouches à
l'idée même de diagnostic et de classification.» (Klerman, p. 8. Contemporary directions in psychopathology)
Ceux qui ont animé les premières années du mouvement humaniste l'ont fait en réaction au modèle
médical qui jusque là, enfermait la question de la souffrance psychologique dans les paramètres étroits de la
pathologie. Ce furent les années de la contestation : contestation sociale, contestation politique. Dans
l'effervescence de ce climat, des thérapies nouvelles purent éclore et s'épanouir.
Ces façons de faire, mises en avant par des personnages attachant; et souvent hauts en couleurs puisaient
une bonne part de leur énergie dans le rejet non seulement des fondements théoriques de la psychanalyse et du
behaviorisme mais encore des positions relationnelles que ces approches sous-tendaient. On estimait que le
rapport professionnel-client (il ne s'agissait plus bien sûr de patients!...), véhiculait la perpétuation d'une culture
oppressive, culture qui, au premier chef, se trouvait mise en accusation comme principal facteur pathogène.
Les fondements théoriques du courant existentiel-humaniste se trouvaient assortis de jugements de
valeurs, de critiques sociales et d'idéaux généreux.1 Cari Rogers, parlant de son approche, utilisa le terme
«centrée sur l'expérience du client», par opposition à «centrée sur l'expérience du thérapeute». Bien que toutes
les approches du courant humaniste ne se soient pas explicitement définies de cette façon, on peut certes dire
que la plupart d'entre elles, y inclus la gestalt, se sont reconnues dans la saveur relationnelle que la formule
évoquait.
Toutefois, quelques décennies et quelques deux cents formes de thérapie plus tard, il y a lieu de se
demander si toutes ces approches sont aussi centrées sur le client qu'elles veulent bien le laisser croire. Nous
refusant à classifier et à «étiqueter» les problématiques des personnes qui nous consultent, nous avons
collectivement créé plus de catégories thérapeutiques qu'il n'y aurait eu de catégories pathologiques!
On ne peut nier que les distinctions entre les particularités des clients qui nous consultent soient
importantes et, en même temps, affirmer qu'il est essentiel de bien différencier telle méthode thérapeutique de
ses variantes plus ou moins originales. Il suffit de lire certains articles de revues spécialisées pour constater que
les débats d'école, bien que de moins en moins virulents, occupent encore une bonne partie de la scène. Pour les
gestaltistes, ce sont des réflexions comme celles entourant le débat côte est contre côte ouest. Ou encore : la
déflexion existe-t-elle vraiment ou ne serait-elle pas un sous processus de la rétroflexion? Le post-contact est-il
la même chose que le retrait?
Ces questions sont importantes car elles permettent l'affinage d'une théorie. Sans ce type de réflexion, il
est à craindre que les concepts de départ ne se fossilisent.
Toutefois, un système thérapeutique qui consacrerait l'essentiel de ses énergies à ce genre d'opérations
intellectuelles sans accorder une place équivalente à l'examen de l'objet principal de toute entreprise
thérapeutique, soit le client, risquerait de se caricaturer au point de devenir simple littérature. En maintenant
implicitement que la réflexion diagnostique est dépersonnalisante, nous avons peut-être oublié qu'il est tout
aussi dépersonnalisant, antithérapeutique et répressif de nier l'existence de différences réelles entre les individus
que de proclamer des différences inexistantes.
C'est peut-être ce qui explique en partie l'intérêt de bon nombre de psychothérapeutes humanistes pour
les orientations psychanalytiques récentes, où l'on n'a pas peur des mots et où l'on se permet de parler ouver-
tement, et en termes cliniques, des personnes qui nous consultent en tant que spécialistes de la psychothérapie.
Quoi qu'il en soit, il serait dommage que les transformations introduites dans la mentalité des psychothérapeutes
par la psychologie existentielle humaniste en général et par la gestalt en particulier, soient oubliées dans ce
«retour aux sources».
1 II ne faut pas croire que la psychanalyse et le behaviorisme soient exempts de jugements de valeurs. Loin de là. Toutefois leurs propositions sont
formulées de façon moins explicitement évaluative...