
temps... Les parents jugent aussi, il y a des parents qui regardent ce qui a été noté,
les devoirs que tu donnes et puis aussi les inspecteurs quand ils viennent. Les pro-
viseurs, mais ils n’ont rien au niveau pédagogique, juste au niveau administratif.
En plus de ceux de la hiérarchie ou des bénéficiaires de leur travail,
d’autres jugements sont exprimés. Aussi, à la question : « Qui juge le
travail des enseignants ? », la réponse est-elle une longue liste mais le
doute sur sa validité et sur l’objet des évaluations est affirmé d’emblée
( « il est difficile d’imaginer une évaluation par rapport aux résultats » ).
La méfiance à l’égard d’évaluations portant sur les résultats vient du fait
que les enseignants ne s’en sentent pas comptables individuellement,
c’est l’ensemble du « système » qui est désigné comme responsable. La
méfiance devient défiance quand les évaluateurs sont institutionnels,
quand ce sont des organismes internationaux ou la presse. Les soupçons
de viser des économies budgétaires ou la normalisation des pratiques,
l’accusation de technocratisme et, surtout, d’incompétence sont massifs.
Tous les jugements n’ont pas le même poids. Certains sont sollici-
tés par les enseignants alors qu’ils en subissent d’autres. Avec l’expé-
rience, alors que les évaluations plus informelles des élèves conservent
leur impact ( « les élèves nous donnent un retour. Si on ne les a pas suf-
fisamment intéressés, s’ils n’ont pas compris quelque chose, on s’en
aperçoit assez vite » ), ils prennent du recul par rapport à des formes
administratives d’évaluation qu’ils estiment volontiers sans grande
signification... à condition qu’elle ne soit pas péjorative :
L’administration, il y a rien à prouver, c’est vrai que quand même quand vient la
notation administrative, je, moins maintenant, au début, si, je tenais compte des
termes, comment c’était formulé, si c’était positif, maintenant, ça ne signifie rien
pour moi, parce que j’ai remarqué que c’est la même appréciation remaniée d’une
année sur l’autre, finalement.
Les enseignants trouvent rarement une adéquation entre ce qu’ils
font et le retour qu’on leur fait : un sentiment de décalage entre l’enga-
gement de soi et l’évaluation de leur travail caractérise leur expérience.
Des « juges » leur semblent plus compétents que d’autres ; des avis
viennent au moment opportun, d’autres tombent mal, ou se font
attendre ; ils leur apparaissent justifiés ou pas, selon les cas. Les éléments
fondant le jugement sont de nature différente, « tenir sa classe », « inté-
resser les élèves » ou les résultats aux examens comme dans ce cas :
Dans mon lycée on a un proviseur qui regarde les résultats au bac et qui dit : « Ça
ne va pas. Si ça ne va pas, il y a quelque chose qui ne va pas. » Et son analyse : il
faut voir avec les profs. Moi je dis c’est culpabilisant !
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Les difficultés au cœur du travail des enseignants