
Spécialiste des questions économiques, influencé par Perroux, Henri Desroches et Louis-Joseph
Lebret, Dia met en place le premier plan de développement économique du Sénégal3. Il tente aussi
de développer un islamisme éclairé et une administration moderne, non sans provoquer quelques
heurts avec les milieux conservateurs3.
Alors qu’il incarne au sommet de l’État un système politique bicéphale – la politique économique
pour lui, la politique extérieure pour Senghor – ses relations avec le Président s’enveniment peu à
peu. Dia milite pour une rupture plus nette avec la France et prépare une sortie planifiée de
l’économie arachidière. Cette volonté, exprimée en 1961 dans un ouvrage, heurte les intérêts
français.
Dans un discours sur « les politiques de développement et les diverses voies africaines du socialisme
», le 8 décembre 1962 à Dakar, il prône le « rejet révolutionnaire des anciennes structures » et une «
mutation totale qui substitue à la société coloniale et à l’économie de traite une société libre et une
économie de développement ». Cette déclaration motive des députés à déposer une motion de
censure contre le gouvernement les jours suivants. Jugeant cette motion irrecevable, Dia tente
d’empêcher son examen par l’Assemblée nationale au profit du Conseil national du parti, en faisant
évacuer la chambre le 17 décembre et empêcher son accès par la gendarmerie. Malgré ce qui est
qualifié de « tentative de coup d’État » et l’arrestation de quatre députés, la motion est votée dans
l’après-midi au domicile du président de l’Assemblée, Lamine Guèye.
Deux visions de la politique du Sénégal indépendant se sont affrontées : SENGHOR défendait des
relations privilégiées avec la France et composait avec les intérêts en place notamment l’économie
arachidière (bourgeoisie nationale, lobby des marabouts) et Mamadou DIA prônait une
diversification de la production, l’autogestion à partir des communautés de base, en voulant, à
travers les coopératives, libérer les paysans de ce système de la traite arachidière au cœur du
système colonial. Pour lui, l’indépendance devrait permettre de libérer le monde rural de cette
situation d’assujettissement à l’Administration coloniale et au commerce colonial, exercée par le
biais des SIP, pour promouvoir un mouvement coopératif, comme stratégie de sa libération
économique et sociale et de modernisation de l’agriculture. La volonté de Mamadou DIA est de
substituer une agriculture vivrière à l’économie arachidière développée par les Français avec l’appui
des marabouts mourides ; ce qui froisse de nombreux intérêts et va provoquer sa
chute.L’indépendance proclamée, Mamadou DIA met en place le premier plan de développement du
Sénégal, s’efforce de mettre en place une administration modernisée, ou de faire avancer un islam
éclairé. Il veut liquider l’économie de traite, rendre le pouvoir aux paysans, promouvoir une
décentralisation administrative, un ordre social et politique plus juste. Cependant, cette orientation
politique lui vaudra des inimitiés, qui précipiteront sa chute. Ce qui domine aussi sur la scène interne
et internationale, c’est l’atmosphère exacerbée de la Guerre froide. Par ailleurs, il lutte pour
l’indépendance de l’Algérie et demande des négociations avec la France, et se rapproche de la
Yougoslavie de Josip Broz TITO (1892-1980). Le monde étant divisé entre deux camps radicalement
antagoniques : SENGHOR a choisi le camp modéré de l’Occident et Mamadou DIA a été suspecté
d’être en connivence avec les communistes, et d’être «un antifrançais». Sa conception du socialisme
africain est jugée trop révolutionnaire par la France. Le régime constitutionnel bicéphale, avec deux
fortes personnalités, à l’indépendance, conduira à la crise de décembre 1962.
Considérait que l’indépendance politique du pays ne suffisait pas. Il fallait une politique nationaliste,
un vrai réformisme, pour garantir la souveraineté du Sénégal «Il faut, maintenant, préparer