
In Ennaji, M. (ed.). La Culture Amazighe et le Développement Humain, Défis d’Avenir, 75-87. Fès: Editeurs Revue L & L.
Quelques réflexions sur la standardisation
des thèmes verbaux en amazighe *
Karim Bensoukas
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Rabat.
1. Introduction
Le système verbal “global” de l’amazighe marocain dont puisent les différents
parlers oppose cinq thèmes verbaux: l’aoriste, l’aoriste intensif, l’aoriste intensif négatif,
le prétérit et le prétérit négatif. C’est ainsi que sont associées au verbe qui exprime le sens
d’écorcher, en tarifit, les formes azu, tazu, tizu, uzi/a, et uzi, respectivement. L’aoriste est
le thème le moins marqué et peut exprimer un ordre, une intention, un souhait ou le futur.
L’aoriste intensif exprime soit une action en cours, soit une action durative, répétitive ou
habituelle et peut avoir soit une valeur positive ou négative. L’intensif positif se
dinstingue de l’intensif négatif par un jeu vocalique. Le prétérit, qui sauf syncrétisme, se
distingue de sa forme négative par un jeu vocalique et exprime une action achevée. Une
vue globale du fonctionnement du système fera l’objet de la section 2.1.
Le présent article traitera, principalement, de la variation des thèmes verbaux dans
les parlers amazighes marocains et de ses incidences sur le processus de l’aménagement
linguistique, d’autant plus que la standardisation de l’amazighe est déjà mise en œuvre.
La distribution des thèmes verbaux, examinée dans la section 2.2, constitue une source de
variation morphosyntaxique pour les parlers amazighes marocains qui, par conséquent, se
divisent en trois groupes selon le degré de complexité de leur système. Premièrement, on
relève un groupe à trois thèmes, comme en témoignent certains parlers tachelhit de la
région d’Agadir et de Tiznit. Pour ces parlers, l’opposition entre thèmes verbaux se limite
à l’aoriste, l’aoriste intensif et au prétérit, les thèmes négatifs étant absents. Le deuxième
groupe de parlers oppose quant à lui quatre thèmes: l’aoriste, l’aoriste intensif, le prétérit
et le prétérit négatif. Dans ce groupe, l’aoriste intensif négatif semble ne pas être une
forme vivante. Ce système à quatre thèmes nous paraît être le plus répandu étant donné
qu’il est attesté dans de nombreux parlers tachelhit et tamazight. Le dernier groupe
oppose, en plus des quatre thèmes communs à la plupart des parlers, un thème d’aoriste
intensif négatif qui rend plus complexe l’opposition. Ce cinquième thème est une
particularité des parlers du Rif et de Figuig.
Certes, cette différenciation des parlers amazighes est intéressante du point de vue
linguistique (voir la section 3), mais elle risque de s’avérer problématique pour toute
tentative d’unification des trois systèmes en vue de leur standardisation. Dans la section
4, nous passerons en revue les trois choix qui sont d’ores et déjà possibles. La solution
*Lors de la préparation de ce travail, nous avons bénéficié de discussions fructueuses avec Rachid
Laabdelaoui, Abdallah Boumalk, Mena Lafkioui et Vermondo Brugnatelli. Une version assez sommaire de
ce travail a été présentée au colloque “La Culture Amazighe et le Développement Humain, Défis
d’Avenir”, 2ème Festival national de la culture amazighe, Fès 6-9 juillet 2006, et nous tenons à remercier
les participants et l’audience pour leurs commentaires. Nos vifs remerciements vont à Abdallah Boumalk
pour avoir eu l’obligeance de lire minutieusement la version préfinale de cet article et de suggérer des
améliorations de style. Pour toute imperfection que la version finale de ce travail peut contenir, la
responsabilité est entièrement la nôtre.