Telechargé par qlong090

La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik

publicité
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
Critique de film
L'histoire
Il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine... Les forces impériales tentent de
mettre la main sur les plans secrets de l’Etoile Noire, puissante arme destructrice, volés par l’Alliance
Rebelle qui lutte vaillamment pour délivrer la galaxie du règne maléfique de l’Empire. Les
circonstances vont réunir dans le même combat Luke Skywalker, un jeune fermier qui rêve
d’aventures, Obi-Wan Kenobi, un vieil ermite seul survivant de la confrérie des Jedi, la princesse Leia,
haut dignitaire de la Rébellion, Han Solo contrebandier au grand cœur accompagné de son fidèle
compagnon Chewbacca, et les deux droïdes facétieux C-3PO et R2-D2. Ils devront affronter le terrible
Darth Vader, incarnation du mal et ancien chevalier Jedi converti au côté obscur de la Force.
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
1/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
Après une première victoire acquise contre l’Empire, le Rébellion connaît des mauvais jours et subit
une lourde défaite qui la disperse aux confins de la galaxie. Alors que Luke Skywalker débute sa
formation avec le vieux sage Yoda, ses amis tombent dans un piège fomenté par Vader qui veut attirer
vers lui l’apprenti Jedi. Face au chevalier Sith, ce dernier apprend le lourd et terrible secret de ses
origines. Sauvé par ses compagnons, il part achever sa formation. Réunis au complet après une
dernière entreprise de sauvetage, Luke et ses camarades s’apprêtent à se lancer avec toute la flotte
rebelle dans un dernier assaut contre l’Etoile de la Mort en construction, dans laquelle s’est installé
l’Empereur qui souhaite attirer le jeune Jedi vers le côté obscur et en faire son esclave. Luke Skywalker
devra à nouveau combattre Darth Vader pour accomplir son destin.
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
2/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
Analyse et critique
Par un bel après-midi de juin 1977, un enfant de sept ans se promène avec ses parents dans le
centre de Miami. Au détour d’une grande rue, il s’arrête net devant un cinéma où se presse une foule
nombreuse, bigarrée et enthousiaste. Le film projeté dans la grande salle rallie tous les suffrages. Les
gens rient, crient, se défient, s’invectivent ou lèvent les yeux au ciel ; certains reviennent voir le film
pour une deuxième ou une troisième fois, d’autres accourent impatients de percer le mystère d’un
événement culturel inattendu qui commence à créer un véritable sentiment communautaire. Le petit
garçon observe la scène avec émerveillement et lève la tête : l’affiche du film a déjà de quoi susciter son
intérêt, mais le titre est encore plus évocateur : Star Wars. Et là, il se souvient : ne s’agit-il pas de ce
petit film de science-fiction sorti récemment et dont les médias ne cessent de rendre compte depuis
quelques jours maintenant ? La mère ne résistera pas longtemps aux suppliques de son fils. Et maman
ne le regrettera pas car elle aussi, conquise d’entrée par l’assaut des cordes et des cuivres du puissant
thème musical composé par John Williams, tombera sous le charme d’un spectacle fabuleux et
excitant. Ce gamin aux yeux embués de larmes, et tous ces spectateurs transportés par cette projection,
pouvaient-il se douter que le film serait plus tard considéré comme le fossoyeur du cinéma américain
par certains esprits rigides et généralisateurs, de la même façon que Jean-Luc Godard se complaît
tristement à répéter que le cinéma est mort ? Cette "noble" question sera soulevée plus loin dans cet
article. Mais l’essentiel reste que l’impact produit par cette sortie mémorable se poursuit encore
aujourd’hui. Trente années se sont écoulées depuis, et voilà que le petit garçon devenu grand a été
chargé de rédiger le texte que vous êtes en train de lire, et son enthousiasme pour cette trilogie
exceptionnelle ne s’est pas éteint malgré les attaques des détracteurs de tout poil et, il faut l’avouer
hélas sans ménagement, par les torts causés à son encontre par son propre créateur George Lucas.
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
3/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
Avant toute chose, il est nécessaire de rappeler que la tentation de
l’anachronisme, qui guette tout commentateur de la trilogie
lucasienne, se révèle un frein à l’analyse filmique et sociologique
d’un tel phénomène. Discourir sur George Lucas et son travail en
prenant comme référence la personne qu’il est actuellement (ou du
moins celle qu’il est devenu à partir des années 1990) peut
facilement amener à commettre plusieurs contresens quant à ses
ambitions originelles en général et à son œuvre en particulier. Comme chacun sait, Lucas fait partie de
ce petit groupe de réalisateurs cinéphiles tout frais émoulus des écoles du cinéma qui, dès la fin des
années 1960, entendent se faire une place dans ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui le "Nouvel
Hollywood". La volonté de se frotter au système établi tout en apportant une réelle indépendance
d’esprit est l’un des points communs de cette génération comptant en son sein des artistes brillants,
reconnus depuis comme des "auteurs classiques" tels que Francis Ford Coppola, Brian De
Palma, Martin Scorsese et Steven Spielberg. Tous ces cinéastes se sont croisés à un moment ou
à un autre dès la fin des années 1960 ou le début des années 1970 et, malgré un style et une carrière
individuelle respectifs assez différents, possèdent un véritable esprit de corps. Il peut paraître
étonnant de parler de cinéma indépendant à propos de Star Wars, considérant les budgets de ces
films et ce que leur succès considérable au box office a induit dans la façon de produire à Hollywood.
C’est pourtant bien le cas. Cette indépendance est due en premier lieu à la personnalité même de
Lucas, jeune rebelle à l’imagination fertile, personnage solitaire, casse-cou, et nourri de culture
populaire dès son plus jeune âge. L’image du nabab embourgeoisé, régnant confortablement à
l’intérieur de son Skywalker Ranch, qu’il projette depuis maintenant bien des années, donne une
image faussée du jeune artiste multitâche qui s’apprêtait à révolutionner le cinéma américain dans
bien des domaines.
George Lucas, né dans la petite ville de Modesto en 1944, est un Californien pur jus élevé dans la classe
moyenne. Il grandit dans un ranch familial, le lieu idéal pour entretenir sa solitude. Car le jeune Lucas
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
4/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
était un adolescent plutôt introverti, dont l’esprit était bien plus
attiré par les bandes dessinées comme Buck Rogers et Flash Gordon
que par les études. Une seule véritable passion l’animait à cette
époque : les voitures. Et plus spécialement les courses automobiles.
Lucas était fasciné par la vitesse et ambitionnait de devenir pilote
professionnel. Mais ce rêve se fracassa contre le mur d’une réalité
terrible. En effet, en juin 1962, à peine quelques jours avant la
remise de son diplôme du second degré, George Lucas frôla la mort
lors d’un accident de voiture à bord de sa Fiat qui faisait sa fierté au
lycée. Il passa plus de trois mois à l’hôpital pour rééducation (la
légende dit que le concept flou de la Force lui vint pendant ce séjour
douloureux, mais il est permis de ne pas y porter trop de crédit
d’autant que, on le verra, certaines de ses futures lectures se
révèleront directement à l’origine de cette idée phare). Ce très
douloureux événement fut néanmoins une sorte de seconde
naissance pour Lucas qui décida alors d’amorcer un virage à 180 degrés. Comme il le confiera des
années plus tard : « Vous ne pouvez pas connaître ce genre d’expérience et ne pas sentir qu’il doit y
avoir une raison pour expliquer sa présence sur Terre. J’ai réalisé que je devais passer mon temps à
essayer de deviner quelle est cette raison et tenter de la justifier. » Il mit justement à profit cette
période d’immobilisation pour se plonger dans la lecture et prit la décision de suivre des études
artistiques, malgré l’opposition de ses parents qui l’orientèrent d’abord vers un bref cursus en sciences
sociales dans une faculté de sa ville de Modesto. Il commença à tourner quelques petits films avec une
caméra 8mm et, tout naturellement, en vint à filmer des courses automobiles. Il s’intéressa aussi à la
fabrication de voitures de course (quelques années auparavant, l’enfant Lucas aimait déjà s’isoler dans
son ranch pour construire et assembler toutes sortes d’objets comme des montagnes russes de
fortune). L’une de ces voitures était destinée à un certain Haskell Wexler, directeur de la photo dont la
renommée commençait à croître dans le milieu du cinéma avec des films tels que Le Mal de vivre
(1961) et A Face in the Rain (1963) d'Irvin Kershner (tiens donc !), mais surtout America,
America (1963) d'Elia Kazan et Que le meilleur l’emporte (1964) de Franklin J. Schaffner. Les
deux hommes se trouvent des points communs et deviennent amis. Grâce à des résultats scolaires
satisfaisants et au soutien de Wexler, George Lucas parvient à s’inscrire au programme cinéma de
l’USC (University of Southern California), fameuse université de la côte ouest des Etats-Unis. La
légende est en marche.
Les universités américaines dans les années 1960 connaissent une effervescence intellectuelle et
artistique sans précédent, et l’USC est l’un de ces pôles bruyants et agités qui voit accourir une
jeunesse cultivée et avide d’en découdre. Une nouvelle fois, la personnalité de George Lucas détonne
au milieu de ces étudiants. Il n’est pas venu au cinéma par une passion cinéphile chevillée au corps et
acquise très jeune à l’exemple de ses nouveaux camarades d’études. Il avouera même qu’il fréquentait
les salles de Modesto pour une unique raison : le flirt. Mais dès son entrée en fac, Lucas commencera
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
5/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
vite rattraper son retard. Et surtout, son caractère obstiné et une
détermination de tous les instants, entièrement tournée
vers la réalisation de ses objectifs, viendront compenser
ce décalage. Etudiant d’abord l’animation puis la prise
de vues et le montage, Lucas démontre déjà un intérêt
pour le média cinéma dans sa totalité. Sans surprise, il
tourne une série de courts métrages qui reflètent les
centres d’intérêt de sa jeunesse : l’un d'eux est consacré à la course automobile et un
autre à un disc-jockey nommé Emperor Hudson (on voit ainsi se dessiner la matrice
de son futur American Graffiti). De ses nombreux travaux d’étudiant, l’on
retiendra essentiellement un court métrage : THX-1139 : 4EB qui remportera le premier prix du
Festival du film d’étudiant en 1967. Lucas démontre un goût affirmé pour la science-fiction et le
futurisme technologique. Très inspiré par George Orwell, il propose une version sombre et clinique de
l’avenir qu’il aura l’occasion de développer par la suite sous la forme d’un premier long métrage. Sorti
diplômé de l’USC, il effectue plusieurs petits travaux : opérateur pour Saul Bass, cameraman sur un
concert des Rolling Stones, enseignant pour les opérateurs de l’US Army, monteur sur des
documentaires produits par l’United States Information Agency (chez qui il rencontre sa future épouse
Marcia, qui travaillera comme monteuse sur ses films). De retour à l’USC, Lucas fait partie d’un groupe
d’étudiants choisis pour réaliser le documentaire 6-18-67 sur le tournage du western L’Or de
Mackenna (1969) de Jack Lee-Thompson. Il obtient ensuite une bourse d’études pour apprendre
l’assistanat chez Warner Bros. Cette opportunité va considérablement bouleverser sa vie.
Sur les plateaux déserts du studio Warner en crise (rachat par la
société Seven Arts, départ forcé du fondateur Jack Warner), se
tourne une comédie musicale avec Fred Astaire et Petula Clark (un
film qui tente de raviver la flamme presque éteinte de la grande
époque du "Musical", mais qui se révélera finalement un semiéchec artistique et commercial, symptomatique de la fin de l’âge
d’or hollywoodien). Son titre : La Vallée du bonheur (Finian’s
Rainbow, 1968). Son réalisateur : un ancien étudiant de l’UCLA qui a fait ses débuts chez Roger
Corman, un jeune homme robuste et conquérant répondant au nom de Francis Ford Coppola. Coppola
prend Lucas sous son aile et lui confie un poste d’assistant sur son film. Les deux hommes, bien que
très différents, deviennent de grands amis. Lucas travaille également comme assistant de production
sur le prochain film de Coppola, le road movie Les Gens de la pluie (The Rain People, 1969). Il
profite de cette occasion pour réaliser un documentaire sur son tournage, nommé Filmmaker, tout
en œuvrant la nuit à l’écriture de son premier long métrage. Car entre-temps, Francis Coppola avait
convaincu la Warner de produire THX 1138, la version longue de son fameux film d’étudiant. En
1969, Coppola entreprend sa longue marche vers sa conquête du pouvoir et, avec George Lucas, crée à
San Francisco une structure de production pour permettre aux artistes de confronter leurs idées et de
créer en toute indépendance. Son nom : American Zoetrope. Malin et joueur, Coppola finance son
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
6/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
studio grâce à des idées de scénario proposées à la Warner. En toute
logique, THX 1138 devient le premier projet de la nouvelle société de
production que Lucas pourra développer en toute liberté.
Malheureusement, les dirigeants de Warner écarquillèrent les yeux à
la vision de ce film expérimental, à l’imagerie complexe et d’une
grande noirceur dans le propos, et entrèrent dans une telle colère que
la distribution du film en 1971 fut complètement sabotée et ne
bénéficia d’aucune promotion (des coupes furent même pratiquées dans le montage, Lucas dut
ressortir plus tard son film, en 1978, dans sa version intégrale). THX 1138 fut ainsi un véritable four
au box-office, malgré une couverture critique très positive, et se révéla un désastre financier. Warner
mit le holà au financement d'American Zoetrope et Coppola finit endetté à hauteur de 300 000
dollars. Les deux amis furent obligés de mettre temporairement un terme à leur association. Coppola
accepta de diriger pour Paramount un obscur film sur la mafia pour se renflouer, tandis que Lucas
resta sur le carreau, très atteint par cette première expérience calamiteuse mais toujours aussi
volontaire et opiniâtre.
George Lucas décide de fonder sa propre compagnie, Lucasfilm Ltd.
Pour son deuxième film, il revient à ses premières amours, les voitures
et la musique rock, qu’il juge susceptibles de donner matière à
spectacle fédérateur. Avec l’aide de Willard Huyck rencontré à l’USC
et de son épouse Gloria Katz (futurs scénaristes d'Indiana Jones et
le Temple maudit), il écrit un scénario relatant la nuit agitée de
plusieurs adolescents ayant terminé leurs études secondaires. Drague, belles voitures, rock’n’roll,
Lucas reproduit à l’écran sa vie à Modesto. Il parvient à vendre son projet à Universal. American
Graffiti sort sur les écrans en août 1973 après deux années de préparation. Le public américain se
reconnaît dans cette chronique sensible et nostalgique et fait un triomphe au film qui fit 55 millions de
dollars de bénéfices pour un budget de 700 000. Le succès critique est également de la partie, le film
remporte plusieurs prix dont le Golden Globe du Meilleur Film et reçoit cinq nominations aux Oscars.
American Graffiti devient un petit phénomène de société et l’argent coule à flots dans les poches de
George Lucas. Mais ce dernier est entièrement plongé dans l’écriture de son nouveau projet de film.
On pourrait penser que cet énorme succès personnel allait lui ouvrir grandes les portes des studios,
mais ce fut tout le contraire. La science-fiction au cinéma venait pourtant d’amorcer un retour en grâce
depuis le phénoménal 2001 : L’Odyssée de l’espace réalisé par
Stanley Kubrick. Mais le succès de ce dernier film était bien plus
d’ordre critique qu’économique, et l’histoire mettra du temps à
digérer la révolution tant artistique que technique engendrée par le
chef-d’œuvre de Kubrick. De même, l’échec sévère au box-office de
THX 1138 ne parlait pas en faveur de Lucas qui préparait pourtant
un film radicalement différent. Aucun studio ne voulait donc
entendre parler de Star Wars jusqu’à ce que la 20th Century Fox se montrât intéressée sous réserve
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
7/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
d’un budget resserré. Lucas propose alors au studio un marché financier qui allait définitivement
changer son existence : il renonce à son salaire de réalisateur en échange de 40 % des recettes et
surtout des droits complets sur le merchandising. En 1975, Lucas fonde ILM (Industrial Light &
Magic), sa propre société d’effets spéciaux, qui deviendra une formidable pépinière de talents. A la
lecture du générique de fin impressionnant de Star Wars, l’on s’aperçoit que la majorité des
techniciens, considérés aujourd’hui comme des sommités en matière d’effets spéciaux, ont officié,
voire tout simplement débuté, sur ce film.
George Lucas possède donc sa société de production
indépendante et sa propre compagnie d’effets spéciaux. Malgré
tous les obstacles financiers et logistiques qui se dressent contre
lui, auxquels s’ajoutent les rushes jugés peu rassurants par la
plupart des gens qui y ont eu accès et un tournage souvent
difficile (les délais ne sont pas respectés et l’entente avec les
techniciens britanniques est difficile), le réalisateur parvient à
conserver une vision d’ensemble de ce qu’il est en train
d’accomplir. Son entreprise ambitieuse devra bientôt être jugée comme une tentative globalisante de
concevoir une épopée moderne et populaire, basée sur des traditions et un savoir ancestraux et
universels. Le cinéma américain des années 1970 est profondément marqué par une lecture sombre et
critique de la société qui connaît alors d’intenses bouleversements historiques et politiques
(contestation morale, revendications sociales, guerre du Vietnam, choc pétrolier, scandale du
Watergate). Tous les genres cinématographiques d’une décennie exceptionnellement riche en termes
qualitatifs sont concernés : du drame social à la comédie, du polar au film d’anticipation, du film
catastrophe au film de guerre, du film d’horreur au western. Un vent contestataire, vecteur de pensées
sombres et d’un sentiment diffus de paranoïa, souffle aussi bien sur Hollywood que sur la production
indépendante. Lucas aura lui-même contribué à cet état d’esprit avec
THX 1138. Mais sa volonté dorénavant est toute autre. C’est en
confrontant la culture populaire de sa jeunesse avec ses récents centres
d’intérêt culturels, au sein d’un film destiné à renouer avec la tradition
épique du genre, que le cinéaste saura répondre à la soif d’imaginaire
et de transcendance des spectateurs en cette période d'incertitude. A la
fois œuvre très personnelle et grand spectacle ébouriffant, Star Wars
va ainsi connaître un triomphe populaire sans précédent (400 millions
de dollars de recettes mondiales pour un budget d’environ 11 millions).
Le grand public va aisément se projeter dans un film qui combine un grand nombre de références
visuelles et narratives, mises au service d’une histoire traitant de la lutte traditionnelle du Bien contre
le Mal menée par des personnages archétypaux : le western (les grands espaces désertiques de
Tatoiine, la cantina faisant office de saloon, Han Solo à qui il ne manque que le Stetson pour parfaire
sa panoplie, le duel Solo / Greedo), le comics (Flash Gordon essentiellement, avec un Empire
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
8/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
combattant des rebelles originaires de planètes et de cités mystérieuses), la bande dessinée
européenne (Valérian de Christin et Mézières, avec son personnage voyageant dans l’espace et le
temps dans un cosmos livré au totalitarisme, et son ingéniosité graphique), le film de chevalerie
mêlant influences occidentales et orientales (la confrérie des Jedis
et leur religion, les combats de sabres laser, le costume de Darth
Vader, la princesse à délivrer de son "donjon" spatial), le film de
guerre (les vaisseaux X-Wing de l’Alliance aux allures d’avions de
chasse attaquant en formation des destroyers impériaux
ressemblant à des porte-avions, le cockpit du Faucon Millenium
au design inspiré des bombardiers, les réunions d’état-major et
les salles de commandement permettant de suivre des combats
réglés sur le modèle des batailles navales organisées lors de la Seconde Guerre mondiale), la comédie
(avec le couple de droides C3PO et R2D2), et le film romantique (avec son triangle amoureux). George
Lucas convoque ainsi une iconographie et des éléments tant historiques que mythologiques émanant
de la culture populaire et intégrés dans l’inconscient collectif, afin de construire un film-monde qui fait
appel à la naïveté de l’enfance (territoire des rêves les plus fous et des aventures les plus
décomplexées) et qui est susceptible, in fine, d’alimenter la foi dans une forme de cinéma offrant toute
leur place au merveilleux et au mysticisme séculaire dissimulés sous le vernis séduisant de la toutepuissance technologique.
L’écriture du scénario de ce qui allait devenir Star Wars s’étale sur
près de quatre ans. Une longue période pendant laquelle George
Lucas se plonge intensivement dans la lecture. Avide d’enrichir ses
connaissances, le réalisateur étudie les récits mythologiques anciens,
les contes de fées et les légendes nordiques, de même que plusieurs
grands écrivains de science-fiction tels qu'Asimov ou Herbert. C’est
lors de cette préparation que Lucas en vient à s’intéresser de plus près
aux écrits de Joseph Campbell dont l’apport va se révéler essentiel à son travail. Joseph Campbell est
un mythologue particulièrement apprécié en Amérique du Nord (hormis de ceux qui l’accusent de
prosélytisme car nombreuses sont les personnes qui le considèrent comme un guide spirituel).
Ecrivain et universitaire, il est issu d’une longue lignée d’intellectuels qui ont longuement réfléchi sur
la nature et la structure des mythes et leur fonction initiatique. Le livre fondateur de sa pensée, Le
Héros aux mille visages (1949), que Lucas avait par ailleurs
découvert lors de ses études, eut une forte répercussion dans les
milieux universitaires. Campbell y exposait sa vision du monomythe. Selon sa théorie, tous les mythes adoptent une même
structure universelle pour raconter la même histoire. Un mythe se
décompose en trois étapes fondamentales : l’isolement et le départ
du héros, l’initiation (qui suppose presque toujours une
confrontation directe ou indirecte avec la mort) et enfin le retour du héros. Voici un extrait tiré de son
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
9/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
livre : « Un héros s’aventure hors du monde de la vie habituelle et pénètre dans un lieu de merveilles
surnaturelles ; il y affronte des forces fabuleuses et remporte une victoire décisive ; puis, le héros
revient de cette aventure mystérieuse, doté du pouvoir de dispenser les bienfaits à l’homme, son
prochain. » Grâce aux enseignements dispensés par Campbell, Lucas réussit à mieux définir le
potentiel spirituel contenu dans sa saga en devenir, de même qu’il parvient à clarifier et ordonner un
scénario complexe qui comprend plusieurs personnages et de multiples ramifications au fil des
versions.
Cependant, il ne faudrait pas déduire de l’influence exercée par la
rhétorique campbellienne que le scénariste-réalisateur se contente
d’appliquer une simple grille de lecture à son film. Et cela même si
George Lucas restera fidèle à la pédagogie de Joseph Campbell au
point d’organiser, des années plus tard, dans son Skywalker Ranch,
l’enregistrement d’entretiens avec le mythologue destinés à la
télévision américaine. C’est bien la faculté qu’a démontrée Lucas de
digérer la multiplicité de ses influences et de ses emprunts qui va
permettre à Star Wars de trouver sa propre identité. Et cela ne s’est
pas fait sans mal tant le script va connaître de nombreuses
évolutions. Comme on l’a vu, Star Wars à l’origine est une sorte de
démarquage des aventures de Buck Rogers et surtout de Flash
Gordon, dont la lecture des comics et la vision des serials à la
télévision occupaient les loisirs du jeune Lucas. Dans les années
1960, la jeunesse occidentale va tomber sous le charme d’un événement littéraire d’une grande
ampleur : une œuvre monumentale de Heroic Fantasy écrite par un
éminent linguiste et universitaire anglais, J.R.R. Tolkien. Son titre :
Le Seigneur des Anneaux. George Lucas sera logiquement influencé
par la puissance évocatrice et la transfiguration des mythologies
scandinaves propres à Tolkien. Les correspondances entre Le
Seigneur des Anneaux et Star Wars sont nombreuses (l’utilisation
de la magie, les vieux mentors, la lutte éternelle du Bien contre le
Mal, la pléthore d’ethnies et de langues apparentées). Mais encore une fois, ces éléments apparaissent
bien plus comme des supports, des repères susceptibles d’encadrer le travail de création de Lucas, que
comme le témoignage d’une volonté ordinaire d’adaptation voire, pire, de reproduction pure et simple.
En fait, la base de son premier jet, un court synopsis rédigé en 1973, provient du nouvel intérêt porté
par George Lucas à la culture japonaise et surtout de son admiration pour l’immense réalisateur
japonais Akira Kurosawa. Lucas construit sa brève intrigue en s’inspirant du film La Forteresse
cachée (1958) avec les deux paysans peureux et chamailleurs, qui donneront naissance aux deux
droïdes C-3PO et R2-D2, et la princesse Yukihime, que l’on doit protéger et convoyer en pleine guerre
féodale, qui servira de modèle à la princesse Leia Organa (de même que le stratagème visant à
dissimuler l’identité de la reine Amidala dans La Menace fantôme s’inspire vraisemblablement de
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
10/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
celui utilisé par cette même princesse pour tromper ses poursuivants). Du Japon découlent aussi
plusieurs choix narratifs et artistiques. Le costume de Darth Vader (son casque en particulier) évoque
la tenue du samouraï ; et sa position indépendante à l’égard de la hiérarchie militaire de l’Empire,
Vader ne répondant de ses actes qu’à l’empereur, rappelle la fidélité de ces nobles guerriers japonais à
leur shogun. De son côté, Le mot Jedi provient de la dénomination "Jedaï-Geki" qui désigne la
catégorie de films relatant les aventures des samouraïs avec un arrière-plan politique (dérivée des
"Ken-Geki", les traditionnels films de sabre japonais). Lucas conservera ces éléments au fil des
différentes versions de son histoire.
En l’espace de quatre ans, le scénario de Star Wars va en effet
connaître plusieurs réécritures (on dénombre cinq traitements
consécutifs, synopsis inclus, sans compter les corrections
intermédiaires qui s’étendront jusqu’à la veille du tournage). Les
bouleversements sont nombreux de script en script. Il serait assez
fastidieux de les recenser tous, le plus intéressant reste la progression
générale adoptée par le scénariste. Dans les deux premières versions,
le contexte politique est très développé (constitution de l’Empire, corruption des dignitaires et chute
de la République après l’extinction des chevaliers Jedi, avènement des chevaliers Siths, destruction de
l’Etoile noire) et les personnages plutôt nombreux. Les sous-intrigues pullulent, de même que les
retournements de situation, et George Lucas entrevoit peu à peu la possibilité de bâtir une saga étalée
sur neuf films. Les thèmes religieux sont encore faiblement traités et ne se démarquent pas de la
culture judéo-chrétienne. Puis le principe de la force, avec ses deux côtés, commence à s’affirmer. Et
même si les personnages évoluent, le thème central des relations filiales et de la transmission du savoir
reste affirmé. Enfin, les noms de Skywalker et Starkiller
correspondent à des personnes différentes. C’est après la rédaction
de la deuxième version du scénario que Lucas redécouvre Le Héros
aux mille visages de Joseph Campbell. Si l’intrigue de base
demeure la même, les deux dernières versions prennent alors une
direction plus personnelle, le récit se simplifie du fait de la
disparition progressive d’un contexte politique chargé, Skywalker
et Starkiller deviennent la même jeune personne, la mythologie du héros passe au premier plan, la
relation père/fils prend une importance capitale. Si Darth Vader n’est pas encore le père de Luke
Skywalker dans le premier volet de la trilogie, l’on comprend que Luke et son père Anakin éliminé par
Vader sont faits de la même eau, et une relation triangulaire s’installe entre ces trois personnages (sans
oublier l’influence du mono-mythe de Campbell qui soutient cette relation). Enfin, le thème de la
Force, la composante "Sword & Sorcery" de Star Wars, s’affranchit de la tutelle du monothéisme
pour embrasser toutes les religions et obéir ainsi à la volonté initiale de Lucas de conférer une portée
universelle à sa création.
L’universalisme défendu dans l’édification du mythe s’accompagne, comme très souvent, d’une
implication personnelle de l’auteur sans laquelle toute création risquerait de tendre vers un exercice
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
11/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
fallacieux et vain. En modifiant progressivement la nature du héros,
George Lucas transmet au récit ses obsessions et au personnage ses
propres aspirations. Luke Skywalker est un jeune fermier qui
s’ennuie profondément et qui ne rêve que d’aller s’inscrire à
l’Académie. Il a la passion de la vitesse et il est un pilote
naturellement doué. A travers ce simple portrait, il n’est pas difficile
de reconnaître celui du cinéaste, au vu de sa biographie. Comme il a
été rappelé en début d’article, le jeune Lucas, garçon solitaire élevé dans un ranch, était passionné par
les courses automobiles. Il n’est donc pas étonnant de voir Lucas incorporer des courses de vitesse
dans les différents volets de la saga Star Wars (sauf dans L’Empire contre-attaque, dont il n’a pas
écrit le scénario). Des chasseurs X-Wing virevoltant dans les tranchées de l’Etoile noire de La Guerre
des étoiles, jusqu’à la course des pods de La Menace fantôme (Anakin Skywalker est déjà un pilote
exceptionnel pour son jeune âge), en passant par la séquence poursuite des speederbikes sur la lune
forestière d’Endor, visuellement impressionnante mais totalement
gratuite, dans Le Retour du Jedi. L’horrible tragédie meurtrière
qui coûte la vie à l’oncle et à la tante de Luke agit comme le déclic qui
pousse l’apprenti Jedi à débuter son aventure, comme le terrible
accident de voiture dont avait été victime le futur cinéaste et qui
conduisit ce dernier à changer de vie. Il n’avait pas non plus échappé
à personne que le nom Luke S. (prononcé à l’anglaise) renvoie à
Lucas. Amusons-nous un peu et considérons Han Solo. Voilà un
personnage charismatique, malin et un brin fanfaron, qui accepte
d’aider un jeune homme avant de le protéger et de devenir son ami
pour combattre l’Empire ; il est de plus débiteur d’une grosse somme d’argent. Voici maintenant un
réalisateur charismatique et joueur, qui prend sous son aile un jeune étudiant de cinéma, devient son
ami et produit son premier film au sein d’une compagnie rebelle aux canons économiques en vigueur
et qui s’oppose à la grande industrie ; il est de plus endetté à la hauteur de 300 000 dollars après
l’échec dudit film. Question : Han Solo est-il une représentation déguisée de Francis Coppola ? Cette
comparaison peut prêter à sourire, mais elle ne manque pas de sel, et nous ne serions d’ailleurs pas les
premiers à l’avoir tentée. Enfin, avec THX1138, George Lucas mettait en scène l’opposition entre une
société technologique aseptisée, désincarnée et totalitaire et des êtres privés de liberté et en quête de
leur humanité perdue. Le cinéaste prolonge ici, certes de manière moins violente et pernicieuse, le
conflit entre une dictature régnant par le biais d’une technologie considérée comme toute-puissante et
une rébellion incarnée par un héros animé par un mysticisme ancestral et se battant pour une cause
noble et humaniste. Lucas est en phase avec les attentes d’un public en quête de nouvelles légendes
héroïques dont la morale positiviste enflamme les cœurs et exalte la conscience. La saga Star Wars
illustre à sa manière la pensée de Joseph Campbell qui déclarait dans le livre d’entretiens La
Puissance du mythe : « Quand vous comprenez la véritable nature du problème - se perdre,
s’abandonner à quelque chose de plus grand que soi - vous comprenez aussi qu’il est l’ultime épreuve.
Quand on arrête de penser à soi, à la préservation de sa propre vie de façon primaire, on subit une
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
12/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
transformation véritablement héroïque de la conscience. »
Au cours de ce long processus de maturation, George Lucas abat un travail énorme à chaque
réécriture. Il soumet ses différents projets à ses amis et collaborateurs mais sans nécessairement
suivre leurs conseils. Lors des dernières modifications du scénario, le brillant illustrateur Ralph
McQuarrie, responsable des dessins de production de la trilogie, permet à Lucas de parfaire les
personnages et de donner une identité visuelle à son récit. Mais un autre homme, collaborateur du
réalisateur depuis American Graffiti, va imprimer sa marque sur l’œuvre en gestation et son
aboutissement. Il s’agit du producteur Gary Kurtz. Comme Lucas, Kurtz est féru de mythologie et
d’anthropologie. Sur La Guerre des étoiles, il sera en premier lieu responsable de la logistique d’un
tournage compliqué en raison du manque d’argent, de la mise en œuvre difficile d’effets spéciaux
particulièrement ambitieux, et de la cohérence narrative de l’histoire auprès du cinéaste. Mais c’est
surtout en travaillant sur L’Empire contre-attaque que son apport créatif s'avèrera déterminant.
Après le succès planétaire du premier film, George Lucas éprouve le besoin de
prendre du recul. Le travail de réalisation l’ennuie et le simple fait de se trouver
sur un plateau de tournage l’exaspère. De plus, devenu un businessman occupé, il
a fort à faire pour développer Lucasfilm et ILM. Il se contente de superviser le
second film de la trilogie après en avoir écrit l’histoire originale. Pour le scénario, il
fait appel à une scénariste expérimentée, Leigh Brackett, au palmarès
cinématographique court mais impressionnant avec des films tels que Le Grand
Sommeil (1946), Rio Bravo (1959), Hatari (1962) et El Dorado (1966) de
Howard Hawks et Le Privé de Robert Altman (1973). Auteur réputé de nouvelles
policières, mais surtout de romans fantastiques et de science-fiction (L’Epee de Rhiannon, Le Secret de
Sinharat, Le Peuple du talisman), Leigh Brackett lui fait profiter de sa grande expérience du spaceopera. Malheureusement, elle meurt juste après avoir écrit la première version du script. Lucas engage
alors un scénariste débutant et prometteur nommé Lawrence Kasdan. Diplômé de littérature anglaise
et rédacteur publicitaire depuis cinq ans, Kasdan essaie depuis des années de vendre ses scénarios. Il
réussit à faire lire son script de Continental Divide (une comédie romantique qui sera tournée en
1981 par Michael Apted) à George Lucas et Steven Spielberg qui apprécient son talent d’écriture.
Kasdan se voit ainsi offrir l’opportunité de travailler sur les scripts de L’Empire contre-attaque, Le
Retour du Jedi et Les Aventuriers de l’Arche perdue, avant de devenir le réalisateur de
quelques films hollywoodiens représentatifs des années 1980 dans leur travail de relecture des genres,
comme La Fièvre au corps (1981) et Silverado (1985), et d’œuvres plus personnelles et attachantes
comme Les Copains d’abord (1983) et Voyageur malgré lui (1988). Pour la mise en scène de
L’Empire contre-attaque, Lucas recrute Irvin Kershner, un homme expérimenté (il a cinquantecinq ans au moment du tournage) qu’il avait rencontré lors de séminaires à l’USC du temps de ses
études. Réalisateur de La Revanche d’un homme nommé Cheval (1976) et Les Yeux de Laura
Mars (1978), Kershner a le profil idéal pour insuffler de la tension dramatique à des personnages
victimes de violents conflits intérieurs et en difficulté avec leur destinée. Comme on le verra, si le
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
13/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
second volet de la trilogie Star Wars reste le plus réussi et le plus
apprécié, on le doit en grande partie à son apport artistique. Le
tournage du film comporte son lot de problèmes et de
déconvenues : le budget n’est pas respecté, des tempêtes de neige
s’abattent sur la Norvège où sont filmées les scènes se déroulant
sur le Système de Hoth, et le studio Elstree de Londres prend feu.
Un drame survient même au tout début du tournage quand le
réalisateur de seconde équipe décède subitement. Gary Kurtz le
remplace au pied levé, fortifiant ainsi son implication personnelle
dans le film. Kasdan, Kershner, Kurtz, mêmes initiales et même
vision, leur association va fortement contribuer à donner de la
profondeur aux personnages comme au récit, et conférer une
noirceur bénéfique aux aventures vécues par les héros et au dilemme moral qui ronge Luke Skywalker.
Depuis un certain nombre d’années, on formule de sévères
reproches à l’encontre de George Lucas. La mise en œuvre de la
seconde trilogie et les critiques négatives, souvent justifiées,
recueillies par les deux premiers épisodes La Menace fantôme
(1999) et L’Attaque des clones (2002), ont amplifié ce
phénomène. Il a été dit que Lucas ne devait pas être jugé
responsable de la réussite artistique de L’Empire contre-attaque
et qu’il suffisait de comparer les deux derniers films de la trilogie pour s’en persuader. On est allé
jusqu’à affirmer que le climax principal du film, la révélation de l’identité de Darth Vader, n’était
imputable qu’à Lawrence Kasdan et Gary Kurtz. Il est vrai qu’en minimisant sur le tard les apports de
Kershner et de Kurtz à son œuvre, Lucas a tendu le bâton pour se faire battre. Mais ces allégations font
peu de cas des différentes moutures du script écrites au début des années 1970 comme du sous-texte
mythologique et des pistes narratives qu’elles contiennent. De même, Kurtz allait déclarer par la suite
que les différentes discussions, parfois tendues, qu’il avait avec Lucas étaient plutôt constructives et
qu’il regrettait que ce dernier ne fût plus désormais entouré que de "yes men". Enfin, Kershner n’eut
jamais à se plaindre de son producteur et fut toujours soutenu dans ses décisions (« It’s going to be
your picture », lui disait Lucas). Il n’y a en fait pas d’indices suffisamment étayés par les
contradicteurs pour conclure que Lucas désapprouvait le film qui était en train de se tourner, ni qu’il
n’ait pas participé à sa réussite. En revenant à la source du conte, et à la caractérisation du héros selon
Joseph Campbell, l’on se rend bien compte que le deuxième épisode de la trilogie devait de façon
ontologique correspondre à la deuxième étape du voyage du héros, une étape marquée par une pause
dans l’action, de sombres présages et le souffle de la mort. Lucas laissa ses collaborateurs faire ce pour
quoi ils étaient doués et que lui-même n’aurait pas su mener à bien avec le même succès. Quant à la
relation paternelle unissant Luke et Vader, elle était inscrite dans les gènes du héros dont le parcours
s’inscrit dans ceux suivis par les grandes figures légendaires, même si Lucas était encore incertain de la
paternité de Vader à cette époque. Dans la mythologie grecque, les parents sont régulièrement victimes
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
14/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
de leur fils qui, devenus adultes, les tuait pour régner à leur
place. Ainsi, les enfants étaient souvent exilés pour protéger les
parents et se protéger eux-mêmes de la malveillance de ces
derniers. Pareillement, dans la Bible, le Pharaon Sethi 1er exilait
son fils adoptif Moïse dans le désert en raison du danger qu’il
représentait pour sa sécurité et celle de l’Egypte. Dans Star
Wars, Luke Skywalker est un jeune homme exilé aux confins de
la galaxie pour sa propre protection. Il est le descendant d’une
famille noble et héroïque car fils d’un chevalier Jedi. Si ce
dernier est déclaré mort depuis longtemps, les deux figures
anciennes et mystiques utilisant le pouvoir de la Force, donc la puissance maîtrisée par son père, sont
Obi-Wan Kenobi et Darth Vader. Tous deux deviennent naturellement des figures paternelles
auxquelles Luke devra se mesurer pour faire un choix et accomplir son destin. Si le nom Darth Vader
évoque clairement "Dark Father", c’est bien qu’il a été choisi à dessein.
Pour conclure la trilogie, George Lucas décide de revenir sur le devant de la
scène ; il coécrit le scénario du Retour du Jedi avec Lawrence Kasdan. Les
divergences artistiques avec Gary Kurtz deviennent insurmontables. Kurtz
souhaite poursuivre dans la même veine sombre que L’Empire contre
attaque. La trame narrative qu’il préconise, dans le scénario qui portait encore
le nom de Revenge of the Jedi, était toute autre. Darth Vader, sur la voie de la
Rédemption, tentait de convaincre son fils de renverser l’empereur pour régner
ensemble sur la galaxie et apporter la paix ; Luke quittait ses camarades à la fin
du film ; et Leia, qui ne devait pas être la sœur de Luke, était couronnée reine et
partait s’isoler dans son royaume. Mais Lucas, fidèle à sa construction tripartite,
défend l’idée du héros achevant son périple héroïque dans la lumière. La tonalité du dernier volet doit
être plus légère et joyeuse. L’ensemble des personnages doivent résoudre leurs conflits sans aucune
forme d’ambiguïté. Peut-on finalement reprocher au cinéaste d’avoir choisi une voie qui suit une
logique inhérente à son œuvre depuis ses origines ? La rupture avec Kurtz est consommée et ce
dernier, fatigué de se répéter, préfère relever d’autres défis et accepte l’offre de Jim Henson de
produire son somptueux Dark Crystal. Il est remplacé par Howard Kazanjian avec qui George Lucas
avait collaboré sur la production de More American Graffiti (1979). Lucas désire également
renouer avec l’action. L’Empire contre-attaque s’ouvrait de manière originale sur une fantastique
séquence d’action et s’achevait sur des scènes plus intimes et une fin ouverte, intense d’un point de vue
émotionnel mais toute en retenue d’un point de vue spectaculaire. Le Retour du Jedi devra donc
débuter par une scène d’action décoiffante et s’achever en apothéose avec une longue séquence très
spectaculaire, combinant le plus grand nombre d’effets spéciaux jamais produits. Pour assurer la
réalisation de ce troisième film, Lucas engage Richard Marquand, technicien britannique sans grande
personnalité, réalisateur de l’obscur Psychose Phase III (1980) et du néanmoins bon thriller
L’Arme à l’œil (1981). Dès lors, il n’était plus vraiment question d’accorder toute liberté au
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
15/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
réalisateur et Lucas était véritablement seul maître à bord. Il supervisa d’ailleurs l’intégralité du
tournage.
Lorsque l’on cherche à définir par un mot Le Retour du Jedi, le
premier qui vient à l’esprit est surenchère. Pour le pire comme pour le
meilleur, ce troisième film tombe dans le piège du trop-plein. Le meilleur
correspondra aux trois scènes d’action simultanées situées à la fin du
film, chargées de mettre un terme au combat de la Rébellion contre
l’Empire. Habilement montées, mêlant enjeux individuel (le destin du
héros) et collectif (la victoire de l’Alliance), elles conservent encore
aujourd’hui leur dynamisme, leur intensité dramatique - surtout
l’opposition physique et symbolique Skywalker / Vader - et leur capacité
d’émerveillement. La scène d’introduction se déroulant dans l’antre de
Jabba The Hutt tire en longueur malgré son aspect spectaculaire. Lucas commence à y accumuler des
personnages de toutes espèces formant une ménagerie hétéroclite qui vire souvent au ridicule (le
souvenir pénible de "l’éléphant bleu" suffit à faire oublier les qualités propres à l’ensemble de cette
séquence), alors qu’il avait réussi à fasciner les spectateurs lors de la scène de la cantina dans La
Guerre des étoiles. L’humour, particulièrement bien dosé dans les deux épisodes précédents, prend
également trop de place. Le droïde interprète C-3PO, le "Monsieur Loyal" de la saga qui joue
indirectement un rôle de narrateur, est mis au premier plan, souvent au détriment des autres
personnages (on pense à Han Solo qui perd beaucoup de sa superbe et de son ambivalence) et des
éléments dramatiques du récit. Un défaut quasi unanimement relevé concerne le choix des Ewoks,
petite peuplade habitant la lune forestière d’Endor. On a accusé Lucas de céder à des exigences
bassement commerciales en donnant à ces créatures une allure de nounours craquants pour vendre
des jouets. Vrai ou faux, cela n’a aucune importance, l’essentiel reste que l’on est malheureusement
passé de la magie de l’enfance à une forme d’infantilisation en s’appesantissant sur ces boules de poils
attendrissantes qui minaudent et piaillent jusqu’à saturation. La conséquence directe de ce choix
malheureux est le manque évident de crédibilité de la scène de combat dans la forêt d’Endor. Sans
vouloir sous-estimer la notion de surnombre dans la tactique militaire, regarder les Stormtroopers de
l’Empire se faire ridiculiser par ces mignons petits Ewoks se révéle une expérience plus ou moins
pénible. L’idée de la scène n’est pourtant pas à remettre en
question. Elle remonte d’ailleurs à l’époque de la première version
du scénario de La Guerre des étoiles en 1974, qui décrivait une
bataille forestière opposant les soldats de l’Empire aux Rebelles. A
une grande exception près : les combattants étaient des Wookies
commandés par Chewbacca. Plutôt qu’une lutte violente et
primitive initiée par une armée de puissants et féroces Wookies,
nous avons donc droit à une guéguerre improbable menée par des peluches animées. Au-delà de cette
séquence, le défaut principal du Retour du Jedi reste qu’il s’apparente à un remake du premier volet
de la trilogie : la destruction d’une Etoile noire, renommée Etoile de la Mort, est à nouveau le sujet du
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
16/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
film. Néanmoins, la partie réservée au parcours de Luke Skywalker offre les mêmes sensations fortes.
L’affrontement avec Darth Vader tient toutes ses promesses tant sur le plan cinématographique que
romanesque. La tragédie en trois actes se conclut avec la victoire de l’homme sur la machine et celle du
spirituel sur le matériel.
Afin d’assurer une continuité visuelle et thématique, l’esthétique de Star
Wars repose avant tout sur une direction artistique imaginative et
inspirée, des effets spéciaux innovants et quelques options de mise en
scène, bien plus que sur le brio de la réalisation. Ce n’est pas mésestimer le
talent protéiforme de George Lucas que d’affirmer qu’il n’est pas un
cinéaste virtuose comme ses compères Coppola, Spielberg, Scorsese et De
Palma, bien que THX 1138 demeure certainement l’un des plus grands
films de science-fiction de ces trente dernières années. L’originalité
cinématographique de la trilogie provient aussi de cette combinaison entre
classicisme de la mise en scène et effets spéciaux à la pointe de la
technologie, qui unit dans un même élan space-opera et heroic fantasy.
D’entrée de jeu, La Guerre des étoiles pose les bases visuelles de la saga
lucasienne. Lucas remet au goût du jour les transitions par volets, qu’il utilise pour raccorder des
séquences narratives indépendantes composant une suite de tableaux, conformément aux intentions
d’un scénario construit sur une succession de longs chapitres. Le spectateur a ainsi l’impression de
feuilleter un beau livre d’images. Comme avec THX 1138, Lucas privilégie les plans larges et
rapprochés. La respiration de chacune des scènes provient bien plus des déplacements des
personnages et de leur interaction que du mouvement de la caméra. Evidemment, lors des grandes
scènes d’action (en fait peu abondantes), les variations seront plus nombreuses. Lucas est bien
meilleur monteur que réalisateur et le résultat s’en ressent. Tous ces éléments servent à point nommé
un premier film au rythme particulièrement lent et qui ménage une longue exposition afin de
présenter un à un les personnages. Le Retour du Jedi fonctionne sur les mêmes principes de mise
en scène jusqu’à la séquence finale de l’attaque de l’Etoile de la Mort qui décuple tous les effets du
premier film. Néanmoins, mis à part ses scènes d’action jouissives, qui doivent leur efficacité aux
storyboards établis par Lucas et ses techniciens, Le Retour du Jedi déçoit. Car L’Empire contreattaque était passé par là.
Sans briser l’unité visuelle, Irvin Kershner avait sensiblement bousculé les quelques conventions
établies par La Guerre des étoiles. Le réalisateur accorde d’abord plus de confiance et de liberté aux
comédiens qu’il laisse parfois improviser (George Lucas n’est malheureusement pas un très bon
directeur d’acteurs, il réussira même à rendre mauvais Liam Neeson et Ewan McGregor dans la
plupart des scènes de La Menace fantôme). C’est Harrison Ford, par exemple, qui eut l’idée de
répondre « I know » à Carrie Fisher lorsque celle-ci lui dit « I love you » lors de la scène de
congélation. Toujours dans la même scène, c’est Kershner qui proposa de geler Han Solo avec son
visage criant sa peur et sa douleur. L’effet est saisissant. Kershner choisit également de donner bien
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
17/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
plus de mobilité à la caméra et utilise une plus grande échelle de plans, avec
un emploi plus probant de plans serrés et de gros plans. Le relation des
personnages aux décors est encore plus approfondie par l’usage d’avant-plans
et d’entrées de champs plus étudiés. Il livra lui-même ses propres storyboards
des scènes d’action à Ralph McQuarrie et aux responsables des effets spéciaux
qui les intégrèrent dans leur schéma de préparation, ce qui tient presque de
l’exploit dans ce contexte. La séquence magnifique de la bataille de Hoth lui
doit ainsi beaucoup. Gary Kurtz, en tant que réalisateur de seconde équipe
assura de son côté la mise en boîte de plusieurs scènes avec le même esprit
(comme celle de l’antre du Wampa où Luke
Skywalker, prisonnier, est promis au festin
du monstre des neiges). On doit également saluer la performance
du directeur de la photographie Peter Suschitzky, collaborateur de
Ken Russell et plus tard de David Cronenberg. S’appuyant sur le
travail du chef décorateur et des directeurs artistiques, il compose
une lumière éclatante et de toute beauté, véhiculant par ses choix
chromatiques une poésie morbide au destin funeste des personnages. A ce titre, les scènes de
l’affrontement Luke Skywalker / Darth Vader et de la congélation de Han Solo, toutes deux se
déroulant à l’intérieur de la cité des nuages de Bespin, resteront comme deux sommets esthétiques de
la trilogie Star Wars. Fluidité et introspection de la mise en scène participent donc à la noirceur de
cet épisode dans lequel tous les personnages acquièrent l’épaisseur nécessaire à l’importance des
enjeux auxquels ils sont confrontés.
Le choix judicieux des comédiens contribue au bon développement de la mythologie dans le sens d’un
enrichissement psychologique des personnages. Les acteurs désignés pour interpréter les rôles
principaux, tous inconnus en 1977, grandissent avec leurs personnages au fur et à mesure des films.
L’identification des spectateurs en est ainsi grandement facilitée.
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
18/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
Mark Hamill, qui avait entamé sa carrière à la télévision, se révèle parfait dans le rôle de Luke
Skywalker. Certes, son bagage apparaît limité comme certains commentaires l’ont souligné. Mais c’est
oublier que Luke est un garçon de ferme modeste et maladroit, constamment sous la domination de
son oncle. La jeunesse, les hésitations et l’inexpérience de Mark Hamill servent idéalement son
personnage. Et le voir progresser tout le long de l’aventure pour atteindre la maturité dans Le Retour
du Jedi va dans le sens du parcours symbolique effectué par le héros. La douce et belle Carrie Fisher,
dont c’est la deuxième apparition à l’écran, réussit malgré ses propres limites à défendre un
personnage de femme forte et combative. Son jeu prend progressivement de la consistance et l’on doit
vraisemblablement remercier Irvin Kershner de l’avoir montrée sous son meilleur jour dans
L’Empire contre-attaque, à la fois déterminée dans sa mission mais aussi fragilisée par l’amour
qu’elle porte à Han Solo. Han Solo justement, certainement le héros le plus nuancé de la saga, a permis
à un certain Harrison Ford d’apparaître au-devant de la scène et de prouver tout son talent après une
apparition inoubliable dans American Graffiti et un second rôle dans Conversation secrète
(1974) de Francis Ford Coppola, et avant de devenir une star incontournable dans le costume
d'Indiana Jones. Certainement l’acteur le plus doué et le plus charismatique du groupe, Ford joue à la
perfection un personnage de fier-à-bras gouailleur, rustre mais généreux, qui demeure pour une partie
du public la personnalité favorite de Star Wars. Ces trois comédiens sont entourés d’acteurs
confirmés tels qu'Alec Guinness et Peter Cushing, dont la seule présence convoque une imagerie
cinématographique qui renforce la dimension mythique de la trilogie. On s’en voudrait d’omettre la
performance d'Anthony Daniels, interprète de C-3PO, aussi drôle
et habile dans l’exercice du mime que dans l’élocution verbale,
maniérée comme l’est celle d’un majordome anglais. Et celle de
Frank Oz, animateur de génie et futur coréalisateur de Dark
Crystal, qui parvient à donner un cœur et une âme au personnage
de maître Yoda (on cherchera en vain l’équivalent d’une telle
incarnation dans le Yoda tout numérique de L’Attaque des
clones). Enfin, l’imposant Darth Vader devenu, depuis la nouvelle trilogie, la figure centrale de la
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
19/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
mythologie lucasienne est joué par trois interprètes. On retiendra surtout le grand comédien noir
James Earl Jones, responsable de la voix de Vader, impressionnante grâce au jeu puissant de l’acteur,
mais aussi par une tonalité grave comme sortie des ténèbres et par sa respiration profonde et
terrifiante, que l’on doit au magicien des effets sonores Ben Burtt, dont l’apport créatif à la saga est
capital. Il est en effet le concepteur de tous les bruitages, des sabres laser jusqu’aux langages des
différents robots et créatures, en passant par les vaisseaux spatiaux et leurs détonations.
Pour terminer ce passage en revue, il reste un artiste, et non des moindres, sans
lequel Star Wars ne serait pas entré dans l’histoire du cinéma. On laissera les
uns et les autres débattre à l’infini des mérites comparés de Lucas, Kurtz,
Kasdan, Kershner ou Tartempion concernant la paternité de tel ou tel concept.
Pour ce qui nous concerne, Star Wars a un père, George Lucas, mais il a
également une mère et son nom est John Williams. En renouant avec la
mythologie des héros classiques des contes de fées et de la chevalerie, Star
Wars remet conjointement au goût du jour la musique symphonique de l’âge
d’or hollywoodien. Héritier, et parfois ancien élève ou collaborateur des grands
auteurs de musique de films tels Franz Waxman, Alfred Newman ou Bernard Herrmann, John
Williams, dont le grand public commençait à entendre parler suite au succès des Dents de la mer
(1975) de Steven Spielberg, s’impose comme le choix idéal pour conférer une ampleur jamais atteinte à
un film de science-fantasy. Sa musique, agissant tantôt en harmonie tantôt en contrepoint, sublime les
images par sa richesse thématique et sa puissance dévastatrice. Lucas avait demandé à Williams de
s’inspirer de grands compositeurs classiques tels que Mendelssohn, Tchaïkovski et surtout Wagner. En
pleine période rock et musique expérimentale, Williams réintroduit le concept du leitmotiv développé
par Richard Wagner dans sa Tétralogie du Ring et appelé à structurer les musiques des films de l’âge
d’or avec des compositeurs comme Erich W. Korngold (L’Aigle des mers, Les Aventures de
Robin des Bois) ou Miklós Rózsa (Ben Hur, Le Cid), autres
références souhaitées par Lucas. Jamais un film n’aura aussi bien
porté le label de space-opera. Par essence, John Williams devient le
second narrateur des aventures de Luke Skywalker et des batailles
de l’Alliance rebelle contre l’Empire. De concert ou en avance avec
ce qui se déroule à l’écran, le compositeur déploie une abondance
de thèmes qu’il module, assemble ou confronte selon les ressorts
dramatiques et la charge symbolique de l’histoire qui nous est
contée. Thèmes de la force, de Luke Skywalker, de la princesse Leia,
de Yoda, de Darth Vader, de l’Empire, de l’empereur, du Jedi, ou relatifs aux combats et aux duels.
Autant de frissons qui nous parcourent l’échine à l’écoute de ces compositions d’une magnificence
orchestrale inouïe, qui savent se faire violentes, guerrières, mécaniques ou empreintes de spiritualité,
lyriques, tragiques, enflammées, romantiques ou simplement intimes au gré du récit. Depuis plus de
vingt-cinq ans, les créations de John Williams pour Star Wars ont intégré la culture populaire
comme jamais une musique de film ne l’avait fait auparavant. Parmi tous ces leitmotivs, on avouera
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
20/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
une petite préférence pour la Marche Impériale qui introduit l’imposante flotte de l’Empire au début
de L’Empire contre-attaque et dont l’apparente simplicité, couplée à une puissance orchestrale
démesurée, dégage un souffle divin susceptible d’attirer tout spectateur transi d’émotion vers le côté
obscur de la Force !
L’aventure Star Wars est l’illustration moderne parfaite de la
sempiternelle lutte entre le Bien et la Mal, apte à chavirer les cœurs
d’un public conquis d’avance. Lucas et ses collaborateurs n’hésitent
pas à clairement identifier les forces en présence par l’utilisation de
motifs visuels significatifs. Les rebelles, qui évoluent sur des terrains
divers et accidentés et utilisent une technologie évoluée mais
poussiéreuse, sont associés à une palette de couleurs étendue et à des
valeurs chromatiques chaudes et organiques. En face, l’Empire est un univers rutilant et clinique, avec
la prépondérance de deux couleurs froides : le noir pour la puissance maléfique
et le blanc pour la froideur d’un totalitarisme désincarné (une esthétique bicolore
déjà présente dans THX 1138). On pourrait ajouter que le noir et blanc arboré
par Han Solo (du moins dans La Guerre des étoiles) renseigne sur la nature
ambivalente de ce personnage égoïste de contrebandier. Là où les vaisseaux de
l’Alliance sont caractérisés par un graphisme varié et souvent en rondeur, la flotte
de l’Empire a une structure plus rectiligne et accidentée, avec des arêtes
coupantes et menaçantes comme les différents types de chasseurs TIE. Certaines
de leurs armes destructrices prennent même l’apparence de monstres terrestres
(les quadripodes et les bipodes lors des batailles sur Hoth ou Endor). Ces
quelques exemples montrent que George Lucas assume pleinement le
manichéisme inhérent à son entreprise. Ce discours lui fut parfois reproché alors
que son œuvre s’inscrit pourtant dans une logique manichéenne propre aux récits
mythologiques. En outre, cette opposition forte et symbolique laisse deviner une thématique plus
complexe qui représente le socle moral de la saga. Celle-ci est illustrée visuellement par l’évolution
vestimentaire de Luke Skywalker. Au début de son voyage, le héros porte une chemise d’un blanc pur
pour souligner son innocence. Dans L’Empire contre-attaque, il arbore une tenue plus neutre en
revenant du système de Dagobah où il a débuté son initiation avant d’affronter Darth Vader pour la
première fois. Dans Le Retour du Jedi, il est vêtu de noir comme son père. Cette modification
progressive, du blanc jusqu’au noir de l’uniforme, nous indique que Luke a parfaitement intégré la part
d’ombre de son inconscient. L’acceptation de toutes les forces pulsionnelles contradictoires et la prise
de responsabilité individuelle menant à l’affirmation de soi constituent la leçon finale de la trilogie. On
mesure ici l’importance de Yoda, sorte de sage bouddhiste, personnage extraordinaire qui ne paie pas
de mine, mais dont l’enseignement prend toute sa dimension dans cette conclusion. La mise en valeur
de cette dualité existentielle et son assimilation, associée à la victoire de l’humain sur la machine
(vecteur de l’aliénation) est vivement ressentie (de manière consciente ou inconsciente) par tous les
spectateurs, et spécifiquement par les plus jeunes d’entre eux.
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
21/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
Dans la nouvelle trilogie, critiquable par bien des aspects (rien que
de voir le concept de la Force acquérir une justification scientifique
provoque un haut-le-coeur chez tout amateur normalement
constitué), George Lucas souligne clairement que la dictature est née
dans le giron de la République. La démocratie secrète ses propres
démons susceptibles de la détruire s'ils ne peuvent être identifiés
puis assimilés. C'est l'idée la plus mature de cette nouvelle série de
films dont les espoirs dans une conclusion à la hauteur des enjeux politiques et mythologiques
annoncés ont été remplis en 2005. Cette ambivalence éclaire d’un jour nouveau la personnalité de
Lucas et confirme que Star Wars est bien une œuvre représentative de son auteur. Avec le recul des
années, l’on s’aperçoit à quel point cet homme de cinéma complet est pétri de contradictions qu’il a
néanmoins réussi à digérer. Cinéaste indépendant détestant les grandes corporations (et leurs
représentants qui ont pris la direction des grands studios) mais lui-même homme d’affaires richissime
assis sur un empire, artiste expérimental dans l’âme mais prisonnier d’un cinéma commercial qui
tourne de plus en plus en rond, apôtre des valeurs humaines et de son pouvoir d’imagination face aux
contraintes de la technique mais promoteur naïf et enthousiaste des nouvelles technologies
numériques, producteur exigeant de Kagemusha (Akira Kurosawa, 1980) et Mishima (Paul
Schrader, 1985) mais inondant régulièrement les magasins de jouets chaque année, défenseur de la
conservation des œuvres et de leur restauration mais adoptant une posture révisionniste quant à ses
propres films. La liste est longue et fascinante.
En 1997, George Lucas décide de donner un coup de jeune à sa
trilogie avant de la ressortir en salles. Grâce aux progrès
considérables accomplis dans le domaine des effets spéciaux, il voit
la possibilité de parachever son œuvre pour qu’elle soit conforme à
sa vision originelle. En effet, le réalisateur s’est toujours senti limité
par la technologie et les contraintes d’argent et de temps lors des
différents tournages. Cette décision va l’amener à faire des choix
souvent contestables et encourir le risque de décevoir fortement les aficionados des premiers jours. En
premier lieu, il entreprend une restauration complète de l’image et du son des trois films. Ce choix ne
souffre aucune contestation tant les éléments d’origine (pellicules et bandes sonores) étaient abîmés.
Le résultat en salle sera probant et enchantera les spectateurs (la restauration des films présents sur ce
coffret DVD est encore plus exceptionnelle). De même, la plupart des effets spéciaux bénéficient
grandement de ce lifting. Fasciné par l’imagerie numérique et sa grande facilité d’exécution, Lucas
s’affaire ensuite à retoucher plusieurs plans de ses trois films. Il rajoute des personnages et en enlève
d’autres, remodèle quelques décors, fait retourner des scènes, modifie la musique et réintègre des
scènes coupées. Son ambition est également d’assurer une continuité visuelle avec la nouvelle trilogie
(on lui souhaite bonne chance...).
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
22/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
Le résultat divise. Les fans les plus anciens crient au scandale.
Leur réaction est compréhensible. Si Lucas est objectivement
dans son droit en agissant comme bon lui semble avec sa
création, il perd de vue que son œuvre appartient à une certaine
époque et que les idées et thèmes qu’elle contient ont reçu un
accueil exceptionnel de la part du public. Star Wars a eu une
descendance, contrôlée ou non par Lucas, qui dépasse de loin les
films : livres (dont certains reprennent des éléments non traités
des scripts originaux), bandes dessinées, jeux de rôle, etc. Ce sentiment d’appartenance, cet
accaparement d’un film par ses amateurs sont un phénomène inédit dans l’histoire du cinéma. En
outre, ces modifications entraînent de facto la disparition des films originaux. Le bouleversement le
plus douloureux concerne Han Solo. Dans la version 1977 de La Guerre des étoiles, il abat sans
ménagement Greedo, un chasseur de prime venu le menacer dans la cantina de Mos Eisley. Dans l
‘édition spéciale, Lucas insère un plan de coupe dans lequel Greedo fait feu le premier (un plan large
qui brise de plus la progression dramatique de la mise en scène). Solo réagit ainsi en état de légitime
défense. La nature ambivalente et cruelle du personnage est gravement altérée dans cet exercice
fâcheux de "politiquement correct". Lucas décide ensuite d'insérer la scène dans laquelle Han Solo
rencontre Jabba qu'il avait tournée en 1976, en espérant à l'époque pouvoir la compléter par l'addition
d'effets spéciaux. Scène inutile qui annihile l'effet de surprise du Retour du Jedi. Un bon point : le
Jabba numérique a été amélioré depuis 1997, le pudding ambulant a été remplacé par une créature
plus conforme à celle que l'on a découverte en 1983. Un autre exemple renvoie à la séquence
d’ouverture du Retour du Jedi dans laquelle la cour de Jabba
the Hutt se régale d’un spectacle de cabaret (scène moyennement
ridicule au demeurant). Le nouveau montage propose une
nouvelle musique et dévoile une nouvelle chanteuse que l’on dirait
tout droit sortie du clip Men in Black de Will Smith… La toute
fin du même film éclipse l’acteur original interprétant Anakin
Skywalker pour le remplacer par Hayden Christensen, comédien
qui l’interprète jeune dans L’Attaque des clones et dans La Revanche des Sith. De même, les
festivités finales sont allongées. Endor n’est plus la seule planète à célébrer la victoire sur l’Empire, des
plans décrivant la même liesse sur Tatoiine, Coruscant et Naboo viennent compléter la séquence.
Enfin, Lucas a modifié la musique d’accompagnement et a fait composer un nouveau thème à la
sonorité sud-américaine avec ses flûtes de pan caractéristiques. On ne citera pas la totalité des
changements apportés à la trilogie, de nombreux sites français et étrangers se sont déjà montrés
exhaustifs à ce sujet sur Internet. Si ces rajouts se révèlent parfois agréables à l’œil (Tatooine dans La
Guerre des étoiles, la cité de Bespin dans L’Empire contre-attaque), on reste néanmoins déçu
par leur présence et circonspect devant leur intérêt. D’autant plus que les inserts numériques se
marient souvent mal avec le rendu argentique de films âgés de plus de vingt ans. Ces maladresses et
fautes de goût annoncent la surenchère numérique qui allait bientôt frapper la nouvelle trilogie
entamée en 1999 avec La Menace fantôme. En dépit de tous ces remaniements, le plaisir
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
23/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
d’embarquer dans ce voyage de légende, qui allait bouleverser le cinéma pour le meilleur comme pour
le pire, reste heureusement quasiment intact.
Le procès fait à des personnes comme George Lucas et Steven
Spielberg, aux univers cinématographiques différents malgré leurs
nombreux points communs, est foncièrement injuste. L’erreur
consiste, comme souvent, à confondre les œuvres originales et leurs
copies. Dès le milieu des années 1970, Spielberg et Lucas étaient
sincèrement animés par une volonté de revisiter les mythes
fondateurs et de les confronter à une culture populaire issue du
cinéma, de la télévision et des arts supposés mineurs (la bande
dessinée par exemple), avec une ambition formelle et une liberté artistique propre à cette décennie. Le
produit de cette quête de l’impossible : Les Aventuriers de l’Arche perdue, chef d’œuvre ultime
du film d’aventures qui réunit classicisme et modernité. Sincérité, culture, spiritualité, art, ambition,
voilà des expressions étrangères aux nouveaux producteurs issus de Wall Street et des grandes
multinationales et en passe d’envahir Hollywood dans les années 1980. C’est ce changement radical,
formidable retour de bâton après la permissivité des années 70, qui est directement responsable de la
baisse sensible en qualité des productions issues de l’usine à rêve. Par un subtil tour de passe-passe,
les noms de Spielberg et Lucas ont été associés à cette révolution
alors que les deux hommes ont réussi à conserver leur intégrité,
le premier en continuant librement à bâtir une œuvre
personnelle au sein des studios grâce à un succès public
constant, le second en ayant conservé sa liberté économique
hors de Hollywood. Est-ce réellement leur faute s’ils ont
engendré une descendance bâtarde, se contentant d’appliquer
bêtement des recettes sans avoir compris l’essence même des
films qu’ils ont voulu reproduire ? Heureusement, les œillères finissent par tomber. L’histoire
commence enfin à rendre justice à Steven Spielberg. Pour George Lucas, la tâche est différente, comme
on l’a vu dans cet article. Néanmoins, après en avoir terminé définitivement avec Star Wars, ce
dernier déclare vouloir revenir aux expériences expérimentales de ses débuts. Lucas bénéficie de tous
les moyens possibles et inimaginables et d’une indépendance totale dans le milieu du cinéma. Nous
prenons d’ores et déjà les paris et nous nous bornerons à lui souhaiter : « May The Force Be With You
».
Toutes ces analyses et réflexions, ces deux petits bonhommes ne les
entendent pas et s’en moquent probablement. Turbulents de nature et
virevoltant dans les rayons d’une grande enseigne commerciale, ils se
sont vite assagis en passant devant un large écran plasma diffusant
des extraits de Star Wars. Ils ont entre dix et douze ans et leurs yeux
brillent. Luke Skywalker et Han Solo en jeans/basket, ils sont happés
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
24/25
14/06/2026 17:18
La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) - Analyse et critique du film - DVDClassik
par un spectacle qui a pris naissance il y a maintenant trente années. Il y a bien longtemps dans une
galaxie lointaine, très lointaine...
En savoir plus
La fiche IMDb du film
Voir le film
Location
Location
Achat
Location
Achat
Abo
Résultats fournis par JustWatch
Par Ronny Chester - le 6 octobre 2004
https://www.dvdclassik.com/critique/la-guerre-des-etoiles-lucas
25/25
Téléchargement