
l’esprit est de part en part composé de mécanismes computationnels largement autonomes, dont
la structure ou le contenu est, dans une large mesure, innée, et adapté à la solution d’un problème
adaptatif particulier. Comme l’écrivent Tooby et Cosmides :
Selon cette perspective, notre architecture cognitive ressemble à une fédération de centaines ou de
milliers d’ordinateurs dévolus à une fonction (souvent appelés modules) et conçus pour résoudre
des problèmes adaptatifs endémiques chez nos ancêtres chasseurs-cueilleurs. Chacun de ces
dispositifs a son propre agenda et impose sa propre organisation exotique à différents éléments du
monde. Il y a des systèmes spécialisés dans la grammaire inductive, la reconnaissance des visages,
la reconnaissance de la mort, la construction des objets et la reconnaissance des émotions sur le
visage. Il y a des mécanismes pour détecter le mouvement, la direction des yeux, et la duperie. Il y
un module de « théorie de l’esprit », et une multitude d’autres élégantes machines (1995/1998, p.
13 ; nous soulignons).
L’objectif de ce chapitre est d’examiner une des thèses centrales de la psychologie évolutionniste,
celle de la modularité. Le sens que les psychologues évolutionnistes donnent au terme
« modularité » est, de l’avis même de ceux-ci (Tooby, Cosmides and Barrett, 2005, p. 309),
quelque peu atypique par rapport à l’usage qui en est fait dans une autre partie des sciences
cognitives. Nous croyons qu’un bon nombre des critiques récentes faites à la psychologie
évolutionniste (on pense à Fodor, 2000/2003, ou à Buller, 2005 ; voir également Bechtel, 2003)
repose sur un malentendu quant à ce qu’implique l’usage du terme « modularité » pour les
psychologues évolutionnistes. Nous voulons donc expliquer ce à quoi ces derniers s’engagent
lorsqu’ils postulent l’existence de ces « élégantes machines » pour expliquer certains aspects du
comportement humain. Comme nous le verrons, dire qu’un « module de X » existe (où X est un
terme désignant une capacité psychologique donnée, comme la lecture de l’esprit ou bien la
reconnaissance des visages) n’a que très peu d’implication pour ce qui est des propriétés
comprise de façon différente. En raison de son importance et de son caractère quelque peu
orthodoxe, nous avons nommé cette version la « bonne vieille psychologie évolutionniste »,
ou, pour faire bref, GOFEP (Good Old-Fashioned Evolutionary Psychology) (Poirier, Faucher
et Lachapelle, 2005, 2008). La bonne vieille psychologie évolutionniste (ou GOFEP)
correspond à ce que Quartz (2003) nomme la « psychologie évolutionniste étroite » (narrow
evolutionary psychology). Nous sommes conscients que, ce faisant, nous regroupons sous une
appellation unique des chercheurs qui ne s’entendent pas nécessairement sur le sens et la
portée de certaines grandes thèses qui constituent le noyau du programme de recherche de la
psychologie évolutionniste. Par souci d’économie, nous présenterons cependant la position des
partisans de la GOFEP sur la modularité comme relativement uniforme. Nous laisserons la
discussion des différences dans les points de détail pour une autre occasion. Afin d’éviter
d’encombrer le texte d’acronymes, lorsque nous emploierons « psychologie évolutionniste »,
il faudra entendre le programme de recherche de la « GOFEP ».