
amour, Perdican utilise une parole indirecte et intellectuelle. Cette question
révèle ainsi un paradoxe : la parole permet d’exprimer une vérité sur l’amour,
mais elle sert aussi à dissimuler les sentiments personnels du personnage.
Perdican parle de l’amour en général pour éviter de parler de son propre amour
pour Camille.
ex 2:
Camille et Perdican cachent leur véritable amour derrière l’orgueil et le refus de
se livrer. Du côté de Perdican, l’orgueil est omniprésent : lorsqu’il découvre la
lettre de Camille, il se sent blessé dans son ego et nie ses sentiments. Il déclare
ainsi : « Non, non, Camille, je ne t’aime pas, je ne suis pas au désespoir, je n’ai
pas le poignard dans le cœur » (acte III, scène 3). Il préfère préserver l’estime
qu’il a de lui-même plutôt que d’avouer son amour. Camille, quant à elle, se
dissimule derrière la religion en affirmant ne pouvoir aimer que Dieu : « Je veux
prendre le voile » (acte II, scène 5). La religion apparaît alors comme un
prétexte pour refuser ses sentiments. Toutefois, les deux personnages sont
trahis par leur corps, qui révèle leur véritable amour à travers les didascalies,
comme dans l’acte III, scène 8 : « il l’embrasse », « il la prend dans ses bras ».
Ainsi, la parole sert à nier l’amour, tandis que le corps révèle la vérité des
sentiments.
ex 3:
On ne badine pas avec l’amour est un drame romantique qui mêle le comique et
le tragique. Les personnages secondaires comme le Baron, Dame Pluche,
Maître Bridaine ou Blazius sont souvent ridicules et apportent une dimension
comique à la pièce. À l’inverse, les personnages principaux, Perdican et
Camille, incarnent une dimension plus grave et fatale. Le contraste entre ces
deux tonalités renforce la portée de l’œuvre. Par exemple, dans l’acte II, Blazius
prononce un monologue comique et maladroit : « Tout à l’heure j’étais par
hasard dans l’office… », tandis que Perdican adopte un ton solennel lorsqu’il
demande à Camille : « Sais-tu ce que c’est que l’amour ? ». Cependant,
derrière le comique se cache une véritable tragédie, puisque le jeu cruel entre
les personnages conduit à la mort de Rosette. Ainsi, la pièce commence comme
une comédie mais se termine comme une tragédie.
ex 4:
Dans On ne badine pas avec l’amour, la parole permet d’exprimer une vérité
indirecte des sentiments. Les jeux du cœur et de la parole sont intimement liés.
Dans l’acte II, scène 5, Perdican interroge Camille en lui demandant : « Sais-tu
ce que c’est que l’amour ? ». À travers cette question, il adopte une voix
solennelle mais impersonnelle. En rendant son discours universel, il évite
d’évoquer directement ses propres sentiments, ce qui révèle sa peur d’être
rejeté par Camille. D’autre part, cette dimension universelle rend sa parole plus
crédible et plus convaincante. Cette scène met ainsi en évidence un paradoxe
de la parole amoureuse : elle dévoile subtilement les sentiments de Perdican,
tout en les maintenant dissimulés derrière son orgueil et sa crainte d’être jugé.