
souvent incontrôlée du concept de gouvernance vers le monde du développement,
du fait de la concaténation, autour de ce terme, de phénomènes de nature différente.
Quatre processus distincts, induits par les institutions internationales et les agences
d’aide et proposés avec insistance aux gouvernements africains, se sont en effet
« emmêlés », depuis les années 1980 jusqu’à nos jours : la subsidiarisation, la
privatisation, l’associationnisme et la gestionnarisation. Il convient donc de
« démêler » ces processus, d’autant plus qu’ils ont eu des impacts décisifs sur les
divers « modes locaux de gouvernance » que l’on rencontre en Afrique aujourd’hui.
1) En premier lieu, on a assisté dans le monde du développement à une pression
pour l’extension de l’ancienne « délégation de service public », qui est devenue une
subsidiarisation, sous diverses formes, de la délivrance de services publics ou
collectifs (en particulier vers des collectivités territoriales). Rapprocher la délivrance
de biens et services publics ou collectifs de ceux qui doivent en être les bénéficiaires
est la base de la subsidiarisation. Au niveau local, qui nous intéresse particulièrement,
la décentralisation, est évidemment l’exemple type de la subsidiarisation, et elle
constitue un fait majeur des deux dernières décennie en Afrique francophone. Le
« mode communal de gouvernance locale » est lié à ce processus.
2) En second lieu, les institutions d’aide et de coopération ont impulsé un processus
de privatisation de services autrefois publics, et désormais cédés ou concédés au
secteur privé. Les politiques d’ajustement structurel ont beaucoup insisté sur cette
dimension, au niveau des grandes entreprises nationales. Au niveau local, les mises
en régie de services publics (adductions d’eau potables, par exemple) sont devenues
de plus en plus fréquentes, mais elles ne relèvent pas nécessairement de l’idéologie
néo-libérale caractéristique des privatisations massives. Le « mode marchand de
gouvernance» est en partie un résultat de cette politique.
3) En troisième lieu, la promotion de la « société civile » par les agences de
développement et les ONG du Nord, pour des raisons en fait multiples, associées
aux thématiques de la « participation » et de l’« empowerment » et à une méfiance
envers les Etats, a engendré un fort associationisme (sous des formes diverses :
ONGs nationales, groupements de producteurs, comités de gestion, coopératives,
organisations faîtières, etc.). Le « mode associatif de gouvernance » en est le produit