
été submergée par la peur et j’ai eu l’impression que je perdais la toute dernière
goutte de mon sang. J’ai pensé : ‘’Je vais mourir !’’
En voyant que je n’avais plus de force, l’infirmière s’est tournée vers le docteur et
elle a dit : ‘’Elle n’arrive plus à pousser.’’ A ce moment-là, il y a eu un changement
brutal dans la pièce. Le sentiment d’inquiétude qui régnait s’est transformé en
crise. Tout s’est passé très vite. Je n’avais aucune idée de ce qui avait mal tourné,
juste qu’il semblait y avoir urgence. La dernière emprise que j’avais sur moi
disparaissait et j’ai pu entendre de l’urgence dans la voix du docteur. Ensuite, il y
a eu une sensation aiguë d’arrachement, comme si j’avais été scindée en deux et
j’ai perdu connaissance. La lumière s’est éteinte et je suis partie.
Il y a eu un moment d’obscurité. Puis, une partie de moi s’est élevée en flottant
dans un coin de la salle. J’ai plané là, brièvement, tout en observant la scène en
dessous de moi. J’ai vu mon corps allongé sur la table d’opération, entouré par
des personnes en blouses blanches en proie à l’agitation.
Puis lentement, j’ai flotté en dehors de la salle et du bâtiment, par-dessus les
arbres et dans un ciel noir rempli d’étoiles. Dans cette constellation, j’ai été
doucement transportée au loin, comme un pétale flottant à la surface d’une
rivière et j’ai fini par reposer dans un dense espace noir, velouté, qui m’a
enveloppée dans la paix. Je n’avais pas peur. J’ai pris conscience que le temps
n’existait plus. Il n’y avait plus d’hier, plus de demain. Plus de limites. Plus de
douleur.
Alors que je flottais ainsi dans l’obscurité, la Terre est apparue, loin en dessous de
moi et elle a progressivement occupé mon champ de vision et soudain, j’ai su
sans l’ombre d’un doute que j’étais entrée dans une autre existence qui n’était ni
un rêve, ni une hallucination. Je savais qu’elle était réelle, aussi vraie, aussi
tangible et aussi certaine que l’avait été ma vie sur la Terre et j’ai pris conscience
du fait que, bien que j’avais laissé mon corps derrière moi, ce qui me constituait
était toujours bel et bien vivant et demeurait inchangé.