Article 1 - L'écart de richesse entre les pays du Nord et du Sud ne se comble plus
Les Echos – 17/01/25 - Richard Hiault
Le mouvement de convergence observé depuis plusieurs décennies est à l'arrêt, faute de
croissance économique suffisante, alerte la Banque mondiale.
Le fossé est toujours présent. Les pays en développement qui, depuis plusieurs décennies,
parvenaient à combler une partie de l'écart de richesse avec les pays les plus industrialisés,
vont voir ce mouvement s'arrêter. C'est l'un des constats de la Banque mondiale qui a publié,
jeudi, ses nouvelles perspectives de croissance mondiale.
Pour Indermit Gill, l'économiste en chef de l'institution multilatérale, « les 25 prochaines
années seront plus difficiles que les précédentes » pour les pays en développement. « À moins
d'une amélioration durable des taux de croissance, seuls 6 des 26 pays à faible revenu actuels
ont de bonnes chances d'atteindre le statut de pays à revenu intermédiaire d'ici 2050 », écrit il
en préambule du rapport annuel sur ces perspectives de croissance mondiale. En 2000, 63
pays étaient classés comme pays pauvres. Depuis, 39 d'entre eux, dont l'Inde, l'Indonésie et le
Bangladesh, sont entrés dans la catégorie supérieure des pays dits à revenu intermédiaire où,
en 2023, le revenu annuel par habitant était supérieur à 1.145 dollars. Les autres pays ont
stagné : en moyenne, leur PIB par habitant corrigé des effets de l'inflation a augmenté de
moins de 0,1 % par an au cours des quinze dernières années. Pendant le premier quart du
XXIesiècle, les performances des pays en développement étaient pourtant prometteuses. Leur
importance dans le paysage mondial s'est accrue. Si en 2000, ils représentaient 25 % du PIB
mondial, ils en totalisent aujourd'hui 45 %. Ils contribuent à hauteur de 60 % à la croissance
planétaire contre 30 % dans les années 1990 environ, grâce à l'émergence de la Chine, de
l'Inde et du Brésil essentiellement. Leur interdépendance s'est aussi renforcée : plus de 40 %
de leurs exportations de marchandises sont destinées à d'autres économies en développement.
C'est deux fois plus qu'en 2000.
De réels progrès
L'essentiel de leurs progrès s'est opéré au cours des premières années du siècle, jusqu'à la
crise financière de 2008-2009. Depuis, l'essoufflement prédomine. Au début des années 2000,
la croissance moyenne des pays en développement voisinait avec les 6 %. Elle est descendue
à 5,1 % dans les années 2010 et 3,5 % dans les années 2020. « Les perspectives de croissance
à long terme des économies en développement sont désormais les plus faibles depuis le début
du siècle », souligne Indermit Gill.
La dynamique de rattrapage des pays en développement sur les niveaux de revenu des
économies avancées va marquer le pas, précise la Banque mondiale. Depuis 2014, les taux de
croissance moyens du revenu par habitant dans ces pays - à l'exception de la Chine et de l'Inde
- sont inférieurs d'un demi-point de pourcentage à ceux des économies à revenu élevé,
creusant d'autant le fossé entre pays riches et pays pauvres. Malgré les progrès enregistrés, les
pays en développement dépendent plus que jamais des pays industrialisés. Selon les calculs de
la Banque, une augmentation de 1 % de la croissance du PIB dans les trois plus grandes
économies en développement - la Chine, l'Inde et le Brésil - augmente le PIB des autres
économies en développement de près de 2 % au total après trois ans. Ce n'est que la moitié de
l'effet de la croissance aux Etats-Unis, dans la zone euro et au Japon. Et à ce stade, les
perspectives ne sont pas des plus réjouissantes. La croissance mondiale reste faible, la Banque
anticipant une hausse du PIB de la planète de 2,7 % au cours de l'année 2025. Parallèlement,
la croissance des pays émergents et en développement est attendue à 4,1 %. Ce niveau, en
deçà de ceux observés avant la pandémie du Covid-19, ne sera pas suffisant pour permettre
les progrès nécessaires à la réduction de la pauvreté et, plus largement, à la réalisation d'ici
2030 des 17 objectifs de développement durable adoptés en 2015 par les Nations unies. Les
tensions géopolitiques, le recul des investissements directs étrangers, l'impact du changement
climatique, la hausse de l'endettement, la montée des barrières commerciales, cinq fois plus
élevées que la moyenne des années 2010, sont autant de facteurs
qui entravent le développement des pays pauvres. Et l'arrivée de Donald Trump à la Maison