BACCALAUREAT EDITION 2022
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DISSERTATION PHILOSOPHIQUE CORRIGEE N° 03
La philosophie doit-elle en finir avec les préjugés ?
INTRODUCTION
La philosophie est une activité consciente et méthodiquement conduite de production et de mise en forme logique
d’idées, de concepts et de représentation, bref une activité qui tente d’expliquer le réel. Elle privilégie dans sa démarche la
remise en question, la pensée critique, l’usage de la raison et n’a pas la prétention de dire le vrai. Elle a tendance à rejeter les
préjugés qui sont un ensemble de croyances, d’opinions hâtives à priori favorable ou défavorable que le sens commun se fait en
fonction des critères personnels. C’est certes dans cette perspective que notre sujet nous invite à analyser la question selon
laquelle « La philosophie doit-elle en finir avec les préjugés ?». Autrement dit, la philosophie doit-elle renoncer aux illusions et
certitudes dont les hommes vivent ? Dès lors, philosopher, c’est penser par soi-même en interrogeant librement le monde. La
philosophie est-elle une entreprise de remise en cause de toutes les certitudes et préjugés ? Cependant, est-il possible d’instaurer
des croyances, des certitudes et d’y penser juste et bon sans préjugés ? Pour mieux élucider cette problématique, nous allons
tenter de répondre à ces questions. Dans quel contexte la philosophie doit-elle en finir avec les préjugés ? L’attitude du
philosophe est-elle compatible avec les préjugés ?
DEVELOPPEMENT
Les préjugés qui sont abordés aujourd’hui par notre sujet sont déterminés par notre milieu social, notre âge, notre sexe,
notre entourage, notre temps, notre environnement, nos origines.
Pour supprimer ces préjugés il faut cesser rechercher la vérité et ainsi permettre à l'ignorance de disparaitre au profit de la
raison. Par conséquent, puisque le préjugé relève d'une absence de réflexion, nous pouvons penser que la connaissance de la
vérité devrait éviter les préjugés. Or, l'outil qui permet l'exaltation de la vérité est la preuve. C’est en ce sens que DESCARTES
affirme que « Il fallait que je rejetasse comme absolument faux tout ce en quoi je pourrais imaginer, le moindre doute, afin
de voir s’il ne resterait point après cela quelque chose à ma créance qui fut entièrement indubitable ». La preuve est ce qui
conduit de façon indubitable et universellement convaincante l'esprit à admettre la vérité d'une proposition ou d'une idée. Le
face à face entre Socrate et Calliclès en est une preuve ; Socrate ne parvient pas à amener Calliclès à penser et à dialoguer
malgles arguments qu'il avance. Nous pouvons donc dire que l'homme se préoccupe peu de la vérité. Les préjugés ont donc
plus de force que la vérité et on peut ainsi se demander si ce n'est pas parce que les préjugés répondent à nos désirs que parfois
la vérité ne suffit pas. Par conséquent, nous serions prisonniers de nos préjugés puisqu'ils sont l'essence de nos désirs. Ces
préjugés ou opinions éloignent donc l'homme de la vérité et de la raison en plus de l'emprisonner dans une démarche sans
réflexion intérieur. Le préjugé est une opinion toute faite, un avis qui manque de fondement. Il relève donc d'un jugement pris
dans un état d'ignorance, nous pouvons donc penser que la connaissance de la vérité et la conscience en ces préjugés devraient
les éviter. Chaque homme ne se rend pas compte que sa conscience n'est qu'illusion et sans cette prise de conscience la remise
en cause des préjugés devient, dès lors, impossible.
Par conséquent, chacun croit avoir une pensée personnelle mais il n'en est rien puisque chacun répète seulement la pensée
des autres. Ceci peut s'expliquer par le fait que nous intériorisons ces opinions à un âge nous n'avons pas encore d'esprit
critique et les connaissances et expériences sont trop peu nombreuses pour nourrir cet esprit critique. Les préjugés relèvent
donc de notre inconscient. Ainsi, comment luttait contre quelque chose que l'on ignore. Marcien TOWA (philosophe
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camerounais contemporain), atteste prouvant que le début véritable de l’exercice philosophique. Il dit à ce sujet : « La
philosophie ne commence qu’avec la décision de soumettre l’héritage philosophique et culturel à une critique sans
complaisance. Pour le philosophe, aucune donnée, aucune idée si vénérable soit-elle, n’est recevable avant d’être passée au
crible de la pensée critique ». De plus, la condition humaine est définie par le désir, et c'est à cause de leurs désirs que les
hommes ne se préoccupent pas de la fiabilité de telle ou telle idée. Par conséquent, l'homme est maitrisé par ses désirs, ce qui
empêche toute prise de conscience de soi-même et comme certains préjugés relèvent de notre inconscient nous ne pouvons pas
en prendre conscience non plus. La condition humaine destinerait donc l'homme à avoir l'illusion de penser par lui-même
puisqu'il ne peut pas remettre en cause sa façon de penser. Au livre XII de la République, Platon décrit le chemin que suit le
prisonnier qui est détaché du fond de la caverne. En effet, le fond de la caverne figure le lieu de l'opinion, du préjugé qui rend
les hommes prisonniers de ce qu'ils voient et incapables de juger véritablement. Celui que nous détachons devient alors celui qui
n'est plus prisonnier de ses préjugés, il n'est plus soumis qu'à ce que ses yeux voient mais qui est guidé par l'intelligence. Cette
lutte contre les préjugés parait très douloureuse puisque l'homme vivant au fond de la caverne n'étant plus éclairé que par un feu
derrière lui. Lorsqu'il sort et qu'il rencontre la lumière du soleil, il souffre énormément. Cet homme chargé d'éclairer les autres
hommes est le philosophe qui se préoccupe peu du monde qui l'entoure et peut par conséquent acquérir la vérité relative et lutter
contre des préjugés infondés. La lutte des préjugés serait donc permis grâce à la philosophie et à l'exercice du doute méthodique.
Le doute méthodique ou Descartes suspend provisoirement un jugement afin d'établir la vérité. Cependant ne pouvons-nous pas
dire que certains préjugés sont utiles à la réflexion de l’homme ?
Après avoir développé les arguments qui confirment la thèse selon laquelle la philosophie doit en finir avec les
préjugés, nous avons pu constater les limites et les insuffisances de notre sujet, que nous chercherons à compléter et à
clarifier, à travers d’autres considérations philosophiques.
Certaines critiques sont internes au discours philosophique (critique des philosophes entre eux), d’autres lui sont extérieures (par
exemple les critiques su sens commun). Mais toute critique peut faire l'objet d'un examen philosophique ; nous ne pouvons
d'ailleurs concevoir de philosophie sans critique. La critique du sens commun est peut-être la critique de la philosophie la plus
ancienne. Les certitudes du sens commun sont partagées par la majorité de la société, mais elles peuvent se révéler fausses
comme les préjugés, les illusions et les dogmes. Relevant de la naïveté et du dogmatisme, le sens commun pense tout
simplement que la philosophie est pure spéculation, bavardage, théorie, verbiage. C’est la critique que Calliclès a adressée à
Socrate en lui reprochant de toujours se consacrer à la réflexion philosophique alors que le plus important est la
recherche des richesses matérielles et du pouvoir. Le sens commun reproche également à la philosophie d’être un discours
essentiellement critique, subversif et qui remet tout en question. C’est ce qui explique le conflit qui existe entre la philosophie et
la religion. La religion est fondée sur des vérités absolues que le croyant admet sans en douter, alors que c’est le doute qui
constitue le fondement de la philosophie. L’homme du sens commun ne se pose pas de question, il pense que le monde est
évident. Il prend les choses telles qu’elles sont. Comme le dit Bertrand RUSSEL l’homme du sens commun est : « prisonnier
de préjugés dérivés du sens commun, des croyances habituelles à son temps ou à son pays ». RUSSEL dégage ici l’identité de
l’homme du sens commun. Ce dernier ne critique pas et ne s’interroge pas sur ce que tout le monde a dit. Contrairement à lui, le
philosophe encourage l’esprit critique. Il s’arme du doute pour examiner et analyser tout ce qu’on lui dit. Il se méfie des
traditions, des coutumes et remet tout en cause. En d’autres termes, pour le philosophe, rien n’est évident. Le but de la
philosophie est de corriger les fausses certitudes, les illusions et erreurs du sens commun ou de la philosophie elle-même. Elle
est une critique de tous les savoirs, opinions, croyances, réflexions philosophiques etc. L’esprit critique se manifeste par une
remise en question de toute affirmation, de tout jugement. Toutefois, il faut faire la différence entre l’étonnement du philosophe
et l’étonnement du sens commun. L’étonnement du sens commun est paralysant, handicapant alors que l’étonnement
philosophique signifie arrêt admiratif de l’homme devant une chose qu’il ne comprend pas. Ce n’est donc pas la stupéfaction
devant une chose inhabituelle, mais devant une chose habituelle. La plupart des hommes ne s’étonnent que devant un
phénomène extraordinaire qu’ils ne comprennent pas. Or les phénomènes qui sont les plus communs nous échappent souvent, et
le sentiment de connaitre ce que l’on voit n’est qu’une illusion. Selon le philosophe allemand Arthur SCHOPENHAUER :
« Avoir l’esprit philosophique, c’est être capable de s’étonner des évènements habituels et des choses de tous les jours, de se
poser comme sujet d’étude ce qu’il y a de plus général et de plus ordinaire ». On peut donc dire que l’étonnement se produit
devant ce qui est habituel et dont la nature nous offre chaque jour le spectacle. En voici un exemple : Il est rapporté sur
Thalès une anecdote célèbre, reprise par Platon, dans le Théétète : « le philosophe qui tombe dans le puits ouvert sous ses
pas parce qu'il est occupé à regarder les choses du ciel. » Platon raconte qu'une domestique se serait moquée de lui en
disant : « Comment comptez-vous comprendre ce qui se passe dans le ciel si vous ne voyez même pas ce qui est à vos
pieds ? ». Ainsi, comme nous l'explique Platon, le philosophe, occupé de choses qui dépassent les préjugés ignore la valeur des
comportements de ses semblables : il ne les comprend pas, et ces derniers voient en lui un personnage risible. Pourtant, il savait
aussi tirer profit de ses observations.
CONCLUSION
Au terme de notre analyse, il convient de noter que penser et préjugés peuvent paraître au départ complément
contradictoire d'où la difficulté de notre sujet « La philosophie doit-elle en finir avec les préjugés ?». Certes, nous pouvons
penser qu’une preuve peut exalter la vérité mais les hommes étant dominés par leurs désirs, un préjugé pourtant non fondé peut
avoir plus de force qu'une preuve. Donc il serait impossible de penser sans préjugés puisque le sujet humain est dominé par ses
désirs et parce qu'il n'a pas conscience de tous ses préjugés. Seulement, le sujet humain est-il capable de penser par le seul usage
de sa raison ? Les aprioris sont donc nécessaires au savoir et permettent à l'homme d'envisager un certain nombre de conditions
préalables à la pensée.
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