
Animation d’atelier d’écriture
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Pour suivre
4. G. Pérec, Espèces d’espaces, Paris, Galilée, 1974.
son développement, c’est-à-dire la vraie
clinique, la vraie psychologie, la vraie
médecine.
Qu’est-ce que la praxis ? Jacques Lacan,
dans le séminaire XI, dit : « C’est le terme
le plus large pour désigner une action
concertée pour l’homme, quelle qu’elle
soit, qui le met en mesure de traiter le réel
par le symbolique. »
La psychothérapie institutionnelle s’inscrit
d’elle-même dans les faits du champ de la
société qui considère le malade comme
l’auteur de sa guérison et tend à créer des
systèmes de médiation que Tosquelles
appelait « objets institutionnels » – ce sont
aussi bien des ateliers, des réunions, des
lieux privilégiés de fonction… Le point le
plus important est la liberté de circulation,
c’est le lieu où la parole peut émerger…
Il n’y a que la poésie qui permette l’inter-
prétation, rappelle Lacan en 1977.
L’atelier d’écriture est la création d’un
espace qui participe à faire surgir du théra-
peutique. Un espace de dire, un espace de
paix.
Existe-t-il un savoir chez les gens censés
ne rien savoir ? La validation anthropo-
logique, c’est de faire passer l’oral à l’écrit
pour constituer un savoir. Quand nous
prendrons le temps de lire, nous saurons
que la parole efeure le sable et que l’écri-
ture grave dans la pierre. Accueillir à la
source ce qui deviendra peut-être source.
Georges Perec a très bien lu, dans Espèces
d’espaces, cette écriture ordinaire : « Il
y a peu d’événements qui ne laissent au
moins une trace écrite. Presque tout, à
un moment ou à un autre, passe par une
feuille de papier, une page de carnet, un
feuillet d’agenda, ou n’importe quel autre
support de fortune (un ticket de métro, une
marge de journal, un paquet de cigarettes,
le dos d’une enveloppe, etc.) sur lequel
vient s’inscrire, à une vitesse variable et
selon des techniques différentes, selon le
lieu, l’heure ou l’humeur, l’un ou l’autre
des divers éléments qui composent l’ordi-
naire de la vie4. »
Les notes de réexion, les souvenirs rédi-
gés, le journal intime, ou comme il m’ar-
rive parfois tandis que je marche dans les
bois, ou sur une plage, de noter sur un bout
de papier la demande urgente du moment
qui commence à s’énoncer dans ma tête.
L’écriture ordinaire serait, en principe,
toujours bridée, elle ne s’émanciperait
guère de l’exercice de style, d’où cette
fascination qui naît à la n du xixe siècle
et qui rassemble des écrits où triomphe
l’écart ; c’est une véritable fracture dans
« l’ordre du savoir et du pouvoir » tel que
Michel Foucault le proposait.
Nous voyons apparaître une plume au
vent fou, cultivant l’ignorance, le mépris
ou l’oubli des règles. Les textes d’en-
fants, de naïfs, de déments, ceux qu’on
nommera « écrit brut » seraient les seuls
à se défaire des lois d’airain de la lettre.
Pourtant, l’écriture du berger n’est pas
celle du médecin, même si elles doivent
être traduites l’une et l’autre.
Dénicher des oiseaux de mots pour partir
comme d’autres pour des aventures de
papier. Sauver des mots qui sont en train
de se noyer dans une goutte d’encre. Ne
jamais oublier que c’est toujours un sujet
qui écrit de sa main. Ce simple geste le
qualie comme unique, il lui confère au
moins l’autonomie du nom propre.
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© Érès | Téléchargé le 01/05/2023 sur www.cairn.info via Haute École Léonard de Vinci (IP: 193.190.75.181)
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