L’APPEL À L’ÉVEIL
Après cette illustration du faiseur de pluie, on peut revenir à l'histoire initiatrice de
Siddhartha, le Bouddha, qui rencontre pour la première fois des envoyés divins. Après avoir
été confronté à la maladie, à la vieillesse et à la mort, le Bouddha aperçoit un moine qui
incarne le potentiel de l'éveil spirituel, et dérouté par les nombreux chocs qu'il a subis,
Siddhartha se réoriente alors vers l'Esprit.
La plupart des traditions spirituelles considèrent la n de la vie comme le moment de se
concentrer sur cette transition et de concrétiser la promesse d'une évolution spirituelle.
Dans l'Inde traditionnelle, après avoir accompli leurs devoirs d'étudiants, de maîtres de
maison et de grands-parents, les gens étaient libres de laisser derrière eux leurs biens et
leurs responsabilités et de se tourner vers l'intérieur. L'image d'un moine indien ou d'un
sannyasi
errant dans les rues en robe orange, une sébile à la main, peut paraître extrême
pour nous qui vivons dans le confort. Il en va de même pour l'image d'un moine chrétien en
robe brune ou d'une nonne vêtue de noir et cloîtrée, qui ne sort pas des murs du
monastère. Mais ces illustrations montrent qu'il est possible de se détacher des identités,
des rôles et des dénitions du passé, de s'aventurer dans l'inconnu, tout en faisant
conance à quelque chose de plus grand que soi, et de devenir par là un aîné spirituel.
Dans notre culture, les aînés spirituels peuvent utiliser le vieillissement comme un
‘’monastère naturel’’, en permettant à leurs pertes sensorielles et à leurs limites physiques
de les amener à se tourner vers l'intérieur et à s'éloigner des distractions extérieures. Nous
pouvons permettre au ralentissement naturel de nous ouvrir à une nouvelle perception du
temps. Nous pouvons permettre à nos pertes émotionnelles de nous conduire à une
compassion plus profonde envers la souffrance des autres, loin d'un sentiment de
séparation. Nous pouvons permettre au déclin de notre corps et de notre esprit de nous
amener à nous départir de notre histoire personnelle, ses sentiments et ses croyances, et à
pratiquer le détachement comme dernière partie du voyage de l'âme pour se connecter à
quelque chose d'éternel. Il ne s'agit pas simplement d'un désengagement par rapport à
l'extérieur. Il s'agit plutôt de se dégager de l'ego, de trouver la liberté intérieure en
renonçant au contrôle égoïste et en arrêtant de croire que l’ego peut contrôler l'âge. Une
respiration après l'autre.