Sagesse des Aînés : Vieillir avec l'Éveil

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LA SAGESSE DES AÎNÉS : UN APPEL À VIEILLIR
SOUS LE SIGNE ET AU RYTHME DE L’ÉVEIL
CONNIE ZWEIG
Extrait deThe inner work of age : Shifting from role to soul’’
Connie Zweig a été enseignante de méditation transcendantale pendant une cennie,
journaliste et éditrice au cours de la décennie suivante, puis psychologue pendant une
trentaine d'années. C'est une spécialiste de l'ombre, auteure de plusieurs livres primés, et
c'est aussi une activiste qui milite en faveur du climat.
LA PARABOLE DU FAISEUR DE PLUIE : UN CONTE CHINOIS
Une grande sécheresse sévissait. Depuis des mois, il n'y avait pas eu une seule goutte de
pluie et la situation était devenue catastrophique. Les catholiques organisèrent des
processions, les protestants multiplièrent les prières, et les Chinois brûlèrent des bâtons
d'encens et tirèrent des coups de feu pour effrayer les démons de la sécheresse, mais sans
résultat. Au bout du rouleau, les Chinois dirent : ‘’Allons chercher le faiseur de pluie !’’
Issu d'une autre province, un vieil homme tout desséché apparut. La seule chose qu'il
réclama fut une petite maison tranquille quelque part, il se cloîtra pendant trois jours. Le
quatrième jour, les nuages s'amoncelèrent et il y eut une formidable tempête de neige. La
ville grouillait tellement de rumeurs sur le merveilleux faiseur de pluie qu'un habitant nit
par se rendre auprès de l'homme pour lui demander comment il s'y était pris.
‘’On vous appelle le faiseur de pluie. Pouvez-vous me dire comment vous avez fait tomber la
neige ?’’
''Je n'ai pas fait tomber la neige, je ne suis pas responsable !'', dit l'homme.
’Mais qu'avez-vous fait pendant ces trois jours ?’’
‘’Cela, je peux l'expliquer. Je viens d'un autre pays, où les choses sont en ordre. Ici, ce n’était
pas le cas. Elles n’étaient pas comme elles devraient l'être, selon l'ordonnance du ciel. Par là
même, le pays tout entier n'était pas en accord avec le Tao, et moi non plus, je n’étais pas en
harmonie avec l'ordre naturel des choses, puisque je me trouvais dans un pays en sordre.
J'ai donc dû attendre trois jours avant d'être à nouveau en accord avec le Tao, et alors, la
pluie est arrivée naturellement.
- Paraphrasé à partir de Carl Jung,
Mysterium Coniunctionis
,
qui reprend une histoire qui lui a été racontée par Richard Wilhelm.
Ce récit d'un monde sans eau et d'un sage qui apporte la pluie n'est pas un récit d'exploits
héroïques. Il ne court pas partout pour trouver des solutions dans le monde, en essayant de
résoudre le problème au même niveau que le problème. Il ne veut pas changer les croyances
des gens. Il n’accomplit aucun rituel magique pour lutter contre les démons. Le faiseur de
pluie sait qu'aucune action, physique ou magique, ne créera un raccordement avec les eaux
de la vie.
Il s'agit plutôt de l'histoire d'un sage qui se met au diapason, en s’alignant sur quelque
chose de plus grand, qu’on appelle ici le Tao, an que le monde puisse retrouver son
harmonie. Cette histoire nous procure la vision d'un aîné spirituel qui regarde en lui et qui
reconnaît s’il s'éloigne du Tao et qui sait comment revenir au Tao. Le faiseur de pluie
ressent la dissonance dans la Force à l'intérieur de lui-même. Il la ressent dans le monde
qu'il visite et sait qu'il n'est pas étranger à ce monde desséché et dévasté.
Le faiseur de pluie s'aligne sur la source, la nature répond et la communauté entière est
réalignée. Ainsi, son travail intérieur n'est pas séparé de son travail extérieur pour la
communauté. Au contraire, en guérissant sa propre âme, il guérit l'âme du monde.
Pour l'ancien taoïsme chinois, c’est le principe
wu wei,
ou du non-agir. Celui-ci ne peut
opérer que dans un état d'esprit ou dans un niveau de conscience où nous sommes à
l’écoute des conditions intérieures et extérieures, de sorte que l'action jaillit spontanément,
en fonction des besoins du moment. Ce n'est pas une action qui découle d'un sentiment de
volonté, de séparation, de colère ou d'autosatisfaction. Ce n’est pas une action qui veut
aider, réparer ou contrôler.
1
Naturellement, l'ego du faiseur de pluie ne s'attribue aucun mérite ; il l'attribue au Tao.
C'est un aîné initié, un pont entre les dualités de l'être et de l'action, de l'intérieur et de
l'extérieur, de l'humain et de la nature, de l'Esprit et de la matre. Il s'aligne sur la pure
Conscience et il assume son destin. En d'autres termes, il accomplit sa tâche grâce à ce qu'il
est, à son niveau de conscience, plutôt que par ce qu'il fait.
En revanche, beaucoup d'entre nous nieront cette possibilité et résisteront. Peut-être vous
dites-vous : ‘’Ce n'est qu'une légende. Qui peut réellement être comme le faiseur de
pluie ?’’
2
Mais ce déni n'est qu'un obstacle intérieur supplémentaire : si nous continuons de
nous identier au sentiment étriqué et séparé du moi, nous perdrons l'opportunité de nous
réorienter en nous connectant à quelque chose de plus vaste - que nous l'appelions Esprit,
Être, intuition ou Dieu - et de passer à des niveaux de conscience plus élevés, comme le
décrivent les traditions mystiques de toutes les cultures. Nous galvauderons l'opportunité
de passer du statut d'aîné à celui d'aîné spirituel.
Permettez plutôt que l'aîné spirituel devienne pour vous un idéal inspirant, un archétype
qui s'éveille en vous — même maintenant — en lisant ce chapitre.
1
Je me souviens avoir écrit un petit texte, il y a pas mal d’années, qui précise bien de quoi il s’agit :
Le chemin du retour vers l’Unité – Pierre-Albert Hayen
https://studylibfr.com/doc/10178968/le-chemin-du-retour-vers-l-unite---pierre-albert-hayen
2
Par rapport à cela, on peut trouver des témoignages intéressants dans le livre du Prof. Erlendur
Haraldsson intitulé "Miracles Are My visiting cards - An Investigative Report on the Psychic Phenomena
Associated with Sathya Sai Baba’’. Erlendur Haraldsson était professeur émérite de psychologie à la
faculté des sciences sociales de l'Université d'Islande et il a publié des articles dans diverses revues de
psychologie et de psychiatrie, NDT.
LAPPEL À L’ÉVEIL
Après cette illustration du faiseur de pluie, on peut revenir à l'histoire initiatrice de
Siddhartha, le Bouddha, qui rencontre pour la première fois des envoyés divins. Après avoir
été confronté à la maladie, à la vieillesse et à la mort, le Bouddha aperçoit un moine qui
incarne le potentiel de l'éveil spirituel, et dérouté par les nombreux chocs qu'il a subis,
Siddhartha se réoriente alors vers l'Esprit.
La plupart des traditions spirituelles considèrent la n de la vie comme le moment de se
concentrer sur cette transition et de concrétiser la promesse d'une évolution spirituelle.
Dans l'Inde traditionnelle, après avoir accompli leurs devoirs d'étudiants, de maîtres de
maison et de grands-parents, les gens étaient libres de laisser derrière eux leurs biens et
leurs responsabilités et de se tourner vers l'intérieur. L'image d'un moine indien ou d'un
sannyasi
errant dans les rues en robe orange, une sébile à la main, peut paraître extrême
pour nous qui vivons dans le confort. Il en va de même pour l'image d'un moine chrétien en
robe brune ou d'une nonne vêtue de noir et cloîtrée, qui ne sort pas des murs du
monastère. Mais ces illustrations montrent qu'il est possible de se détacher des identités,
des rôles et des dénitions du passé, de s'aventurer dans l'inconnu, tout en faisant
conance à quelque chose de plus grand que soi, et de devenir par là un aîné spirituel.
Dans notre culture, les aînés spirituels peuvent utiliser le vieillissement comme un
‘’monastère naturel’’, en permettant à leurs pertes sensorielles et à leurs limites physiques
de les amener à se tourner vers l'intérieur et à s'éloigner des distractions extérieures. Nous
pouvons permettre au ralentissement naturel de nous ouvrir à une nouvelle perception du
temps. Nous pouvons permettre à nos pertes émotionnelles de nous conduire à une
compassion plus profonde envers la souffrance des autres, loin d'un sentiment de
séparation. Nous pouvons permettre au déclin de notre corps et de notre esprit de nous
amener à nous départir de notre histoire personnelle, ses sentiments et ses croyances, et à
pratiquer le détachement comme dernière partie du voyage de l'âme pour se connecter à
quelque chose d'éternel. Il ne s'agit pas simplement d'un désengagement par rapport à
l'extérieur. Il s'agit plutôt de se dégager de l'ego, de trouver la liberté intérieure en
renonçant au contrôle égoïste et en arrêtant de croire que l’ego peut contrôler l'âge. Une
respiration après l'autre.
Au nal, alors que le vieillissement modie notre conscience et notre expérience du monde,
nous nous éveillons à notre identité profonde : nous ne sommes pas notre corps. Nous ne
sommes pas notre esprit. Nous ne sommes pas nos histoires. Nous dépassons nos pensées
et intégrons peu à peu le point de vue de l'âme. Le monde nit par ne plus être séparé de
nous. Les écritures hindoues disent : ‘Je suis Cela. Tu es Cela. Tout ceci est Cela.’’ La dualité
des opposés se dissout et on se retrouve chez soi.
Naturellement, il y a autant de versions d'un aîné spirituel potentiel qu'il y a de personnes.
Dans un cours de 2017 sur l'activisme des aînés spirituels (La spiritualité pratique), Robert
Atchley, que j'interviewerai plus loin dans ce chapitre, dénit les qualités qui lui permettent
d'identier quelqu'un comme un sage ou comme un aîné spirituel :
La grande expérience de la profondeur spirituelle (de la pure Conscience)
La sérénité / l’équanimité face aux dés
L'ouverture d'esprit, plutôt que le jugement et la fermeture anticipée
La capacité à se focaliser ici et maintenant, plutôt que dans le mental
La clarté qui n’est pas brouillée par le désir ni par la peur
La compassion vis à vis de la souffrance d'autrui
La connaissance contemplative et globale issue d'une réexion profonde
(conscience de l’ombre)
L'humilité plutôt que l'ego.
En dépit des nombreuses pertes familières liées à la vieillesse se faisant sentir, ces gains
font aussi partie de la vérité globale. Le vieillissement est à la fois un déclin et une
ascension.
Ram Dass raconta à Katy Koontz, du
Unity Magazine
, son expérience intérieure à la suite
d'une attaque cérébrale invalidante à l'âge de soixante-six ans. ‘’Après l'attaque, je suis
devenu une nouvelle personne. Avant l'attaque, je jouais du violoncelle, je jouais au golf, je
pilotais mon avion et je conduisais ma belle bagnole, et j’étais tout ce qu'un bon célibataire
pouvait être. L'AVC a rendu mon côté droit pratiquement inutilisable et a supprimé ces
trucs de ma vie... J'ai arrêté de chercher le bonheur à l'extérieur de moi. J’ai commencé à
regarder à l'intérieur de moi et à ressentir de la joie, de la joie, de la joie ! C'était la grâce. À
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