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1. Introduction
Les tourbières, vastes étendues marécageuses caractéristiques de l'Europe du Nord, sont souvent
considérées comme des terrains inhospitaliers et étranges, renfermant en réalité des trésors
archéologiques et historiques inestimables. Leur apparence austère combinée à une végétation toute
particulière contribue à cette aura mystique et sinistre. Les légendes locales et les récits folkloriques
abondent de créatures mythiques et de phénomènes inexplicables renforçant le caractère
mystérieux et énigmatique des découvertes qui y sont faites.
Mais, au-delà de leurs mystères, elles ont une capacité unique à préserver des objets et des corps
sur des millénaires, offrant une fenêtre d’approche d’exception sur les âges des Métaux nordiques.
Ces environnements particuliers couvrent environ 3% de la surface terrestre. Il s’agit
d’écosystèmes uniques où la végétation partiellement décomposée forme une accumulation de
matière organique appelée tourbe. Ses actions y sont remarquables : stockage du carbone,
régulation des cycles hydrologiques, conservation de la biodiversité.
Les tourbières constituent à elles seules des archives naturelles offrant des indices précieux sur les
changements climatiques passés ainsi que sur les pratiques culturelles anciennes. Il existe à ce
propos une multitude de dépôts d’artefacts en tout genre, y compris des dépôts humains.
Ces milieux humides et acides dépourvus d’oxygène ralentissent considérablement le processus de
décomposition des tissus organiques. En conséquence, les corps et autres matières organiques
peuvent être préservés pendant des millénaires, conservant généralement certains détails
anatomiques précis.
L’état de préservation des corps varie selon les différentes tourbières d’Europe, mais peut aussi
varier au sein de la même tourbière. Il en existe certaines dites surélevées ou hautes, là où la laine,
le coton, les cuirs, les peaux et les organes s’y préservent généralement bien. Les célèbres momies
des tourbières (cf. annexe, fig.1 ; fig.2) sont issues de ce type d’environnement où les propriétés
antibiotiques de la sphaigne
sont essentielles dans la bonne conservation des tissus mous.
Dans les zones humides plus alcalines telles que les tourbières dites calcaires, les structures
calcifiées et kératinées, comme les dents, les cheveux, les os et les ongles, survivent mieux.
La sphaigne est un composant organique appartenant au genre Sphagnum, qui fait partie des mousses de marais dont
la décomposition est à l’origine de la formation de la tourbe.
Le Robert, dico en ligne, Editions Le Robert, [en ligne] https://dictionnaire.lerobert.com/definition/sphaigne consulté
le 06/06/24.