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l’intelligence, le jugement, l’attitude, le caractère ». (Michaels et al., 2001, p 12). Bien
que cette définition laisse la porte ouverte à l’idée que le talent est distribué dans
tous les segments de la main-d’œuvre, ce qui importe aux protagonistes de « la guerre
des talents » dépeints par McKinsey est le « grand talent managérial », qui est « une
combinaison d’esprit stratégique fort, de capacité de leadership, de maturité affective,
de compétences en communication, de capacité à attirer les autres et inspirer d’autres
personnes talentueuses, d’instinct entrepreneurial, de compétences fonctionnelles, et
de capacité à produire des résultats » (Michaels el al., 2001, p. 13, traduction libre). Les
gestionnaires de talent sont invités à classer leur main-d’œuvre entre les ‘A’, ‘B’ et ‘C’,
à savoir les « performers » élevés, moyens et faibles. Le talent est caractéristique de la
sous-population de ‘A’ ainsi identifiée et donc indissociable de la notion de performance.
Le talent s’observe donc dans le présent au travers d’une haute performance, et il est
supposé hautement transférable d’une entreprise à l’autre puisqu’il fait l’objet d’une
‘guerre’ visant à l’accaparer.
S’inscrivant dans le prolongement de Michaels et al. (2001), pour Dejoux et Thévenet
(2010), le talent est une combinaison rare de compétences rares. Pour Thévenet (2009,
p. 420) on peut définir le talent comme « un ensemble de compétences personnelles
tout à fait originales ». Pour Dejoux et Thévenet (2010, p. 93) le talent concernerait
moins de 5 % des salariés. Les talents sont donc rares et ils concernent « des compé-
tences spécialisées qui n’apparaissent pas dans le référentiel habituel des compétences
des DRH ». Selon Roger et Bouillet (2009) de façon similaire, le talent consiste en des
compétences clés exceptionnelles dont on a besoin pour assumer de nouvelles activités,
maîtriser des technologies ou simplement améliorer la performance. Les talents sont
considérés comme un sous-ensemble des compétences, celles dans lesquelles la per-
sonne excelle, dans lesquelles elle se distingue des autres, sans qu’on puisse les définir
à l’avance. C’est la performance exceptionnelle qui va révéler le talent, non une norme
définie à l’avance.
Les consultants sont là justement pour aider les entreprises à attirer et à conserver ces
ressources rares, et les récits de la gestion des talents servent précisément l’objectif
de persuader les responsables d’entreprises d’avoir recours à leurs services. L’approche
McKinsey constitue la vision communément admise comme management des talents
(espoused theory ou théorie admise) dans les termes d’Argyris et Schön, (1978). Cette
approche intègre des influences théoriques déjà présente dans la littérature sur les
compétences et le management des hauts potentiels, mais avec une approche psycho-
logique et dans une temporalité différentes. Il s’agit d’une approche exclusive au sens
où elle ne vise que les salariés les plus performants. L’enjeu est d’identifier les salariés
supposés talentueux le plus tôt possible, quitte à se livrer à une véritable guerre pour
les capter. Dans ce sens, le talent est implicitement supposé fixé, non développable. Il
importe de capter le talent, non de le développer.
© Association de Gestion des Ressources Humaines | Téléchargé le 12/07/2022 sur www.cairn.info (IP: 41.87.131.72)
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