
La théorie Malthusienne parait n'avoir aujourd'hui qu'un intérêt historique. Pourtant, le mouvement prônant la
croissance zéro, voire la décroissance, a incontestablement des accents malthusiens. Il y est aussi question de
ressources limitées, en quantité fixe, tout comme la terre dans le modèle de Malthus. Il est aussi question de
l'impossibilité d'une croissance soutenue, car butant sur la contrainte de cette ressource fixe, et des rendements
décroissants par rapport aux autres facteurs de production. Une réécriture complète de Malthus avec des mots
modernes est sans doute possible, mais nous laissons cet exercice aux tenants de la croissance zéro.
2.2 Théories de la croissance
On distingue deux voire trois grands types de modèles de croissance: le modèle de croissance néoclassique,
également nommé modèle de croissance exogène; le modèle de croissance endogène et les modèles de piège à
pauvreté.
2.2.1 La croissance néoclassique
La première source de croissance potentielle, celle qui a alimenté et alimente encore le débat, est l’accumulation de
capital physique. Pour que le capital puisse être un moteur de croissance à long terme, la production d’une économie
doit être proportionnelle au stock de capital utilisé dans le processus de production (rendements constants du capital).
Dans ce cas, la croissance sera proportionnelle à l’investissement, que cet investissement vienne de l’économie locale
via l'épargne, ou du reste du monde. A la suite de Solow (1956), la théorie économique orthodoxe a établi que les
rendements du capital ne sont pas constants mais décroissants: il n’est pas possible d’accroître la production par
travailleur indéfiniment en augmentant simplement le nombre de machines que ces derniers utilisent. En effet, pour
générer une croissance soutenue par l'augmentation du capital, il faudrait que l'épargne des ménages qui finance ce
capital augmente dans une même proportion. A cette fin, le revenu d'où cette épargne est tirée devrait également
augmenter proportionnellement. En raison des rendements décroissants du capital, les revenus et l'épargne croissent
à un taux moindre que le capital lui-même, rendant toute croissance illimitée impossible. Autrement dit, si le nombre de
machines par employé croît à un taux constant le surcroit de machines finira par entrainer un accroissement de
productivité insuffisant pour financer un tel investissement.
Bien que, par ses rendements marginaux décroissants, le capital est incapable de soutenir la croissance économique à
long terme, il n’en reste pas moins une des sources de croissance les plus importantes à court et moyen terme.
McGrattan (1998) montre que, dans de nombreux pays, la période d’après guerre se caractérise par une relation
positive et fortement significative entre taux d’investissement moyen et croissance. L’émergence des tigres
est-asiatiques lors de la seconde moitié du 20ieme siècle est un exemple typique de cette relation: ces pays ont
rattrapé les pays riches essentiellement en accumulant du capital.
Le capital physique ne pouvant pas être le moteur de la croissance à long terme, au moins tout le temps que ses
rendements demeurent décroissants, il existe au moins une autre variable responsable de l’accroissement du revenu
par tête au cours du temps. Enfantée par Solow (1956), la théorie néo-classique de la croissance conclut que le
progrès technique, exogène, est le moteur de la croissance à long terme. Il est source de croissance car il rend le
travail plus efficace puisque plus à même de travailler avec beaucoup de machines. Dans le modèle de Solow, la
croissance de la population est exogène et ne réagit pas aux variations du niveau de vie. De plus, il n’existe pas de
facteur de production en quantité fixe tel que la terre. Ces deux particularités expliquent pourquoi le progrès technique
y est source de croissance économique alors qu’il ne l’est pas dans le modèle Malthusien.
Avec ses rendements décroissants du capital et son progrès technique exogène, le modèle de croissance
néoclassique a des implications empiriques fortes. Premièrement, il prédit une convergence des niveaux de revenu par
tête au niveau international, à la condition que les pays en question partagent des structures économiques proches.
Les pays qui se trouvent loin de leur sentier de croissance de long terme (ici, la situation où l’accumulation de capital
ne contribue plus à la croissance et où seul le progrès technique compte) devraient croître plus vite que les pays qui
ont déjà beaucoup accumulé. Pourquoi? Parce qu’en ayant accumulé peu, les pays en retard bénéficient de forts
rendements du capital physique, chaque investissement rapporte gros et ces pays croissent vite.
Selon cette théorie, l’investissement international devrait donc aller des pays du Nord fortement dotés en capital vers
les pays du Sud aux rendements élevés. Cette arrivée massive de capitaux dans les pays du Sud devrait alors
permettre aux écarts de revenus entre les deux grandes zones de se réduire. Dans un papier célèbre, Lucas (1990)
pointe l’existence d’un paradoxe : alors que le capital par tête est bien moins élevé dans les pays pauvres, le capital
des pays riches n’y afflue pas. Il existerait deux grandes raisons à ce phénomène. Premièrement, les fondamentaux
des pays du Sud seraient différents des fondamentaux des pays du Nord, le Nord et le Sud ne partageraient donc pas
le même sentier de croissance rendant toute convergence illusoire. Deuxièmement, même si les fondamentaux des
pays riches et pauvres étaient les mêmes, le marché international du capital est imparfait puisque l’information n’y est