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Telechargé par Hadjer Bekhouche
La croissance économique
David de la Croix, IRES, Université catholique de Louvain
Thomas Baudin, Centre de Recherche en Démographie, Université catholique de Louvain
1. La croissance économique: définition et mesure
Quand il concerne l’économie, le discours politique et journalistique adopte le plus souvent un horizon de quelques
années, une décennie tout au plus; sil se comprend aisément par les impératifs qu’imposent les échéances
électorales, un horizon temporel aussi court ne permet pas de construire une réflexion sérieuse quant aux
déterminants de la croissance économique. La croissance économique que l’on mesure le plus souvent par le taux de
croissance du Produit Intérieur Brut par tête, nous y reviendrons, est un phénomène de long terme, une tendance
lourde animée de soubresauts de court terme. Comprendre les soubresauts de court terme occupe bon nombre de
macroéconomistes, comprendre les déterminants de long terme est une tâche qui incombe aux théoriciens de la
croissance.
1
A la condition que la redistribution des richesses ne soit pas outrancièrement inégalitaire, la croissance économique
est un moteur d’amélioration des conditions de vie de l’humanité. Elle tire ses origines de la Révolution Industrielle
anglaise qui a eu lieu aux alentours de 1820. Pourquoi une telle révolution a-t-elle pu voir le jour? Pourquoi a-t-elle
éclaté en Europe? Voici deux questions que nous aborderons. Nous montrerons qu’il n’est pas possible de
comprendre les ressorts de la croissance de long terme en se concentrant exclusivement sur l’évolution des variables
dites purement économiques que sont le capital physique, la distribution de la production entre agriculture et industrie
ou le progrès technologique. Les conditions de santé, d’éducation, la géographie, la biologie voire la génétique ainsi
que les institutions et la mographie comptent; elles comptent parce qu’elles influencent ou sont influencées par les
décisions individuelles. Economistes orthodoxes, nous adoptons ici une approche basée sur le modèle de choix
rationnel, modèle qui, nous le montrerons, permet de capter l’essence des volutions économiques qui ont façonné
notre monde.
Graphique 1 le déclin des heures travaillées
Source: The Conference Board Total Economy Database™
Pour la définir simplement, on peut dire que la croissance économique nous permet, au fil du temps, d’acquérir plus de
biens et de services sans travailler plus, elle correspond à un accroissement de la productivité moyenne du travail.
Comment cela se traduit-il? Presque toujours par une hausse du revenu par tête, hausse qui peut être accompagnée
1
Bien entendu, bon nombre de chocs économiques peuvent affecter simultanément la dynamique de court et de long terme d’une
économie.
1,200
1,500
1,800
2,100
2,400
1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010
Heures prestées annuellement, par travailleur
Belgique France
Allemagne Pays-Bas
Espagne Etats-Unis
Australie Japan
d’une baisse du temps de travail puisque moins de travail est nécessaire pour préserver le même niveau de richesse.
Dans l’histoire économique récente, on peut observer simultanément une hausse du revenu par tête moyen et une
baisse du temps de travail par individu dans certains pays comme la France. Le Graphique 1 illustre ce phénomène et
montre à quel point certains pays, plus que d’autres, ont choisi de transformer une part de leurs gains de productivité
en loisir plutôt qu’en revenu. Bien entendu, rien ne nous assure que la faiblesse du niveau des heures travaillées dans
un pays soit également réparti parmi ses citoyens, comme en témoigne l'existence de chômage structurel. Néanmoins,
la tendance à la baisse des heures travaillées par personne reste un fait marquant. Le graphique 1 illustre donc une
première difficulté lorsque qu’il faut comparer les revenus au niveau international: faut-il comparer les revenus moyens
par habitant ou simplement les productivités moyennes du travail? Si nous optons ici pour la comparaison des PIB par
habitant, nous garderons en tête les nombreux défauts qui entourent cette mesure. Parmi ces derniers, nous pouvons
noter l’absence de prise en compte de l’économie souterraine, le double compte des activités polluantes (l’acte de
pollution et de dépollution accroissent le PIB), la non-valorisation des logiciels libres, etc.
A de rares exceptions près, tout ce qu’une personne achète aujourd’hui nécessite moins de jours de travail que par le
passé. L’histoire de la lumière de Nordhaus (1996, Table 1.6) nous livre un exemple édifiant. Selon les calculs de
Nordhaus, dix minutes de travail aujourd’hui permettent d’acquérir trois heures de lumière chaque nuit de l’année alors
que deux siècles plus tôt, ces mêmes dix minutes de travail ne permettaient d’acheter que dix minutes de lumière
chaque nuit de l’année. La théorie de la croissance tente determiner les facteurs responsables de ce processus et
de modéliser les mécanismes par lesquels ils opèrent. Si les économistes classiques tels que Smith (1776) se sont
attachés à déterminer les ressorts de la prospérité des Nations, la théorie de la croissance reste un champ de
recherche relativement jeune. Comme le montre le Graphique 2, parmi tous les ouvrages publiés que Google a scanné
à ce jour, soit environ 10% de tous les livres jamais publiés, l’occurrence du terme “economic growth” ne commence à
croitre significativement qu’à partir des années 50. Comment expliquer ceci? Premièrement parce que la croissance
économique soutenue est un phénomène récent à l’échelle de l’histoire humaine (voir le graphique 3). Deuxièmement
parce que comprendre et théoriser la croissance économique nécessitait des données fiables.
Graphique 2 Occurence du terme “economic growth” dans les livres publiés, par année de publication
Source: Google NGram
Mesurer la croissance est une tâche difficile particulièrement pour les périodes les plus reculées n’offrant que très peu
d’information. Dans beaucoup de pays, les comptes nationaux ont été créés après la Seconde Guerre mondiale; ils
mesurent le revenu moyen par habitant de différentes manières: produit intérieur brut, produit national brut… Pour
rendre possibles les comparaisons internationales et temporelles, il est nécessaire de corriger les données de revenus
pour prendre en compte les différences de pouvoir d’achat de la monnaie dans laquelle ils sont exprimés.
2
Il est
question ici de comparer des revenus réels, c’est à dire exprimés en quantités de biens. Les Penn World Tables
version 8.0 (Feenstra et al. 2013) constituent les bases de données les plus complètes pour qui cherche à comparer
les niveaux de revenu, de production, de productivité ainsi que l’utilisation des facteurs de production au niveau
2
La technique la plus utilisée pour comparer les revenus par tête au niveau international consiste à convertir ces derniers en $
Parité de Pouvoir d’Achat (PPA). L’opération consiste simplement (en théorie en tout cas) à exprimer le revenu, initialement
exprimé en monnaie national, en $ puis de diviser ce dernier par le prix d’un panier de consommation commun à tous les pays
considérés. Parmi toutes les critiques adressées à cette méthode, celle concernant l’existence d’un panier de consommation
représentatif à l’échelle mondiale est la plus probante. Si des indicateurs alternatifs tel que l’Index Big Mac ont été proposés, les $
PPA restent une option solide et plébiscitée pour la comparaison internationale des revenus.
1800 1850 1900 1950 2000
international. Ces tables couvrent 167 pays sur la période 1950-2011.
Collecter des données plus anciennes est la tâche complexe que s’est attribué Maddison (2001). Partant d’un
ensemble d’études historiques, cet économiste est parvenu à reconstruire les données de revenu par habitant sur les
deux derniers siècles. Pour certaines dates clés des époques plus reculées (l’an 1, l’an 1000, 1500, 1600 et 1700
après JC), Maddison a pu fournir des estimations. Si de telles estimations ont forcément nécessité des approximations
éclairées sur des tendances inobservables et appellent donc une lecture prudente, elles ont le mérite de montrer ce
que l’on peut faire de mieux étant donné l’état de nos connaissances. Successeurs de Maddison, Bolt et van Zanden
ont récemment visé et complété les travaux de ce dernier (the “Maddison project”, Bolt and van Zanden, 2013). Le
graphique 2 nous montre les dernières estimations du produit intérieur brut par habitant disponibles.
Graphique 3 PNB par habitant, 1-2010CE.
Echelle logarithmique. Ligne horizontale = 5,000 dollars (1990 GK$).
Source: Maddison (2001) et Bolt and van Zanden (2013)
Au cours du dernier millénaire dans les pays que nous avons sélectionnés, le revenu par habitant a été multiplié par
32, passant de 717$ par an par individu autour de l’an 1000 à 23,086$ aujourd’hui; bien entendu, une telle explosion
contraste avec la quasi stagnation du millénaire précédent. Le Graphique 3 montre que le revenu par habitant a
commencé à croître autour de 1820, cette croissance s’est accélérée avant d’atteindre un rythme stable et soutenu lors
des deux derniers siècles. Autrement dit, la quasi-stagnation qui régnait avant 1820 empêchait l’individu moyen de
bénéficier d’amélioration de ses conditions de vie à l’échelle d’une vie. Après 1820, dans un pays comme la Belgique,
le niveau de vie de l’individu moyen (estimé par le PIB par tête) a été multiplié en moyenne par 2 tous les 50 ans, moins
d’une vie actuelle.
3
Le principal enjeu de la théorie de la croissance est d’expliquer ce passage d’une stagnation
millénaire à une croissance durable et d’identifier les facteurs responsables de ce décollage. Nous montrerons, dans
les sections suivantes, qu’au delà de la croissance du PIB par habitant qu’il a occasionné, ce décollage a transformé
nos conditions de vie et a façonné nos économies contemporaines. Il sera également primordial de comprendre
pourquoi ce collage n’a pas concerné l’entièreté de la population mondiale. L’écart entre les régions leader et les
régions pauvres a explosé au cours du temps. Les habitants d’Europe de l’Ouest étaient trois fois plus riches que les
habitants d’Afrique autour de 1820; aujourd’hui, ils le sont 13 fois plus.
Le Graphique 3 présente aussi l'intérêt de montrer que la croissance est un phénomène récent. Deux siècles
seulement. Les millénaires qui précèdent la révolution industrielle ont certes été témoins de phase d'expansion
(technologique, démographique), et de phases de déclins, mais le revenu par personne n'a pas eu tendance à
augmenter systématiquement durant cette période. En ces jours nous nous demandons, particulièrement en
Europe, si la croissance économique peut ralentir durablement, voir s'arrêter, il semble plus que jamais nécessaire de
comprendre l'histoire, la phase de stagnation, la phase de croissance, et les raisons de la transition de l'une à l'autre.
Avant de chercher une quelconque explication générale, il est primordial d’évaluer à quel point la stagnation du niveau
de vie avant 1820 est un fait robuste. Ce dernier est d’autant plus étonnant que, de la révolution olithique à
l’invention de l’imprimerie, l’humanité a connu des améliorations technologiques notables, améliorations qui auraient
3
Données issues du Maddison Project. La période post 1820 va de 1820 à 2010. La période pré-1820 va de l’an 1 à 1812.
0 500 1000 1500 2000
Belgique Italie
Pays-Bas Suède
Royaume Uni Espagne
Etats-Unis
augmenter la productivité et le revenu par individu. Le Tableau 1 reprend quelques progrès majeurs, à titre
illustratif.
Période
Nature du progrès
8500 av. J.-C.
Révolution Néolithique (premières céréales, domestication)
7900 av. J.-C.
Poterie
5600 av. J.-C.
Métal (début de la métallurgie du cuivre)
3200 av. J.-C.
Ecriture
2200 av. J.-C.
Cheval (domestication pour attelage)
6000 av. J.-C.
Monnaie (pièces)
2000 apr. J.-C.
Moulin à eau
1190 apr. J.-C.
Boussole
1454 apr. J.-C.
Imprimerie
Tableau 1 Quelques progrès majeurs durant la période de stagnation
Trois faits pourtant étayent l’idée que la plus grande partie de l’histoire humaine s’est déroulée dans la stagnation.
Premièrement, avant 1700, on ne peut pas détecter d’amélioration soutenue de l’espérance de vie, quelque soit le type
de population, de période et d’espace pour lesquels les estimations ont été menées (de la Croix and Licandro, 2015).
Deuxièmement, les restes humains exhumés lors de fouilles archéologiques n’indiquent aucune évolution significative
de la taille des individus or cette dernière dépend crucialement de la nutrition reçue pendant la jeunesse (Koepke and
Baten, 2005). Si il y avait eu une augmentation du revenu par habitant, la nutrition en aurait été la première
bénéficiaire, et la taille des individus aurait dû s'accroître au court du temps. Troisièmement, les salaires réels calculés
à partir de sources historiques ne montrent aucune amélioration soutenue avant la Révolution Industrielle (Allen,
2001).
2. Les théories de la croissance économique… ou de son absence
Le lecteur avisé aura déjà compris que la théorie parfaite devrait pouvoir expliquer l’ensemble des mutations
économiques qu’a connu notre monde ainsi que les déterminants profonds de l’existence ou de l’absence de
croissance économique à un endroit et une époque donnés. Si les évolutions les plus récentes de la théorie de la
croissance tendent vers cet idéal, c’est grâce au rapprochement qui a pu s’opérer entre les modèles dits de stagnation
et les modèles dits de croissance. Nous commencerons par évoquer ces deux types de modèles avant d’envisager la
manière de les réconcilier.
2.1 Théorie de la stagnation
La théorie Malthusienne permet d’expliquer pourquoi, pendant des siècles, le progrès technique, tel que par exemple
les inventions reprises au Tableau 1, n’a pas amélioré les conditions de vie. Attribuée à Malthus, cette théorie s’inspire
de travaux anciens tels que le chapitre de Bruckner (1767) sur les obstacles que dresse l’excès de population
humaine. Si elle a été formulée par Malthus dans son Essai sur le Principe de la Population (1798), on la trouve
également dans les écrits de Ricardo (1817). Notons que les économistes classiques plaçaient les interactions entre
sphère démographique et sphère économique au centre de leur pensée, ouvrant la voie, en cela, à la théorie de la
croissance unifiée qui naitra deux siècles plus tard (voir section 3.3). Récemment formalisée par Ashraf et Galor
(2011), la théorie Malthusienne se construit autour de deux hypothèses. La première consiste en une technologie de
production les biens agricoles sont produits avec du travail et de la terre; la terre est disponible en quantités fixes.
Les rendements du travail, seul facteur variable, s’avèrent de plus décroissants. Ces rendements décroissants
impliquent qu’ajouter plus de travail réduit la productivité horaire de l'individu. Arrive alors la seconde hypothèse, celle
d’une fécondité (nette de la mortalité infantile) fonction croissante de la quantité de nourriture disponible pour tout un
chacun. Une plus faible quantité de nourriture par personne implique une plus forte mortalité (“positive checks” dans la
terminologie de Malthus) et une plus faible fécondité (les individus se marient plus tard et ont moins d’enfants par
année de mariage, ce que Malthus nomme “preventive checks”). Lorsque la technologie de production s’améliore,
pensons, par exemple, à l’invention des outils métalliques, la nération innovante bénéficie de meilleures conditions
de vie. Le surcroît de nourriture augmentant la fécondité, la taille de la génération suivante est plus grande ce qui
diminue la productivité de chaque travailleur, la loi des rendements décroissants est à l’oeuvre. Le temps passant, la
population converge vers un nouvel état stationnaire la quantité de nourriture par individu revient à son niveau
initial: l’accroissement de la productivité engendré par l’invention des outils en métal a été compensé par la croissance
de la taille de la population. Les innovations technologiques mènent finalement à une plus grande population et non à
de meilleures conditions de vie.
La théorie Malthusienne parait n'avoir aujourd'hui qu'un intérêt historique. Pourtant, le mouvement prônant la
croissance zéro, voire la décroissance, a incontestablement des accents malthusiens. Il y est aussi question de
ressources limitées, en quantité fixe, tout comme la terre dans le modèle de Malthus. Il est aussi question de
l'impossibilité d'une croissance soutenue, car butant sur la contrainte de cette ressource fixe, et des rendements
décroissants par rapport aux autres facteurs de production. Une réécriture complète de Malthus avec des mots
modernes est sans doute possible, mais nous laissons cet exercice aux tenants de la croissance zéro.
2.2 Théories de la croissance
On distingue deux voire trois grands types de modèles de croissance: le modèle de croissance néoclassique,
également nommé modèle de croissance exogène; le modèle de croissance endogène et les modèles de piège à
pauvreté.
2.2.1 La croissance néoclassique
La première source de croissance potentielle, celle qui a alimenté et alimente encore le débat, est l’accumulation de
capital physique. Pour que le capital puisse être un moteur de croissance à long terme, la production d’une économie
doit être proportionnelle au stock de capital utilisé dans le processus de production (rendements constants du capital).
Dans ce cas, la croissance sera proportionnelle à l’investissement, que cet investissement vienne de l’économie locale
via l'épargne, ou du reste du monde. A la suite de Solow (1956), la théorie économique orthodoxe a établi que les
rendements du capital ne sont pas constants mais décroissants: il n’est pas possible d’accroître la production par
travailleur indéfiniment en augmentant simplement le nombre de machines que ces derniers utilisent. En effet, pour
générer une croissance soutenue par l'augmentation du capital, il faudrait que l'épargne des ménages qui finance ce
capital augmente dans une même proportion. A cette fin, le revenu d'où cette épargne est tirée devrait également
augmenter proportionnellement. En raison des rendements décroissants du capital, les revenus et l'épargne croissent
à un taux moindre que le capital lui-même, rendant toute croissance illimitée impossible. Autrement dit, si le nombre de
machines par emplocroît à un taux constant le surcroit de machines finira par entrainer un accroissement de
productivité insuffisant pour financer un tel investissement.
Bien que, par ses rendements marginaux décroissants, le capital est incapable de soutenir la croissance économique à
long terme, il n’en reste pas moins une des sources de croissance les plus importantes à court et moyen terme.
McGrattan (1998) montre que, dans de nombreux pays, la période d’après guerre se caractérise par une relation
positive et fortement significative entre taux d’investissement moyen et croissance. L’émergence des tigres
est-asiatiques lors de la seconde moitié du 20ieme siècle est un exemple typique de cette relation: ces pays ont
rattrapé les pays riches essentiellement en accumulant du capital.
Le capital physique ne pouvant pas être le moteur de la croissance à long terme, au moins tout le temps que ses
rendements demeurent décroissants, il existe au moins une autre variable responsable de l’accroissement du revenu
par tête au cours du temps. Enfantée par Solow (1956), la théorie néo-classique de la croissance conclut que le
progrès technique, exogène, est le moteur de la croissance à long terme. Il est source de croissance car il rend le
travail plus efficace puisque plus à même de travailler avec beaucoup de machines. Dans le modèle de Solow, la
croissance de la population est exogène et ne réagit pas aux variations du niveau de vie. De plus, il n’existe pas de
facteur de production en quantité fixe tel que la terre. Ces deux particularités expliquent pourquoi le progrès technique
y est source de croissance économique alors qu’il ne l’est pas dans le modèle Malthusien.
Avec ses rendements décroissants du capital et son progrès technique exogène, le modèle de croissance
néoclassique a des implications empiriques fortes. Premièrement, il prédit une convergence des niveaux de revenu par
tête au niveau international, à la condition que les pays en question partagent des structures économiques proches.
Les pays qui se trouvent loin de leur sentier de croissance de long terme (ici, la situation l’accumulation de capital
ne contribue plus à la croissance et seul le progrès technique compte) devraient croître plus vite que les pays qui
ont déjà beaucoup accumulé. Pourquoi? Parce qu’en ayant accumulé peu, les pays en retard bénéficient de forts
rendements du capital physique, chaque investissement rapporte gros et ces pays croissent vite.
Selon cette théorie, l’investissement international devrait donc aller des pays du Nord fortement dotés en capital vers
les pays du Sud aux rendements élevés. Cette arrivée massive de capitaux dans les pays du Sud devrait alors
permettre aux écarts de revenus entre les deux grandes zones de se réduire. Dans un papier célèbre, Lucas (1990)
pointe l’existence d’un paradoxe : alors que le capital par tête est bien moins élevé dans les pays pauvres, le capital
des pays riches n’y afflue pas. Il existerait deux grandes raisons à ce phénomène. Premièrement, les fondamentaux
des pays du Sud seraient différents des fondamentaux des pays du Nord, le Nord et le Sud ne partageraient donc pas
le même sentier de croissance rendant toute convergence illusoire. Deuxièmement, même si les fondamentaux des
pays riches et pauvres étaient les mêmes, le marché international du capital est imparfait puisque l’information n’y est
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