
celui des patients édentés de longue date, dont la qualité des
tissus de soutien est médiocre, et qui ont expérimenté un grand
nombre de prothèses
[6]
.
L’influence de la composante psychologique est non négli-
geable, elle est liée au comportement du patient vis-à-vis du
praticien et à son implication dans la thérapeutique
[7, 8]
. Des
relations praticien-patient hostiles sont par exemple associées à
une perception négative de la thérapeutique. En revanche,
l’impact de la personnalité du patient sur le degré de satisfac-
tion reste controversé
[9, 10]
.
Sur le plan juridique, en prothèse complète, le praticien est
soumis à l’obligation de moyens et non de résultats. Mais la
définition des moyens requis demeure délicate. Dans toute la
littérature internationale répondant aux critères de l’Evidence
Based aucun critère de moyens n’a pu être défini. En France,
aucune valeur du « minimal » n’a été déterminée. En consé-
quence, en cas de difficultés majeures, certains experts
conseillent d’informer la compagnie d’assurance
[11]
.
En prothèse complète, la difficulté à concilier les paramètres
techniques, cliniques et les attentes du patient souligne
l’importance de la communication praticien-patient et du suivi
post-insertion. L’information délivrée au patient concerne les
options thérapeutiques, les étapes de réalisation, le choix des
dents et enfin les soins à apporter aux tissus buccaux et aux
prothèses après l’insertion
[3]
. Dans la majorité des cas, après
l’insertion, l’adaptation des nouvelles prothèses complètes
nécessite un à deux rendez-vous de contrôle
[12]
. Cependant,
pour 20 % des patients, le nombre de rendez-vous dépasse trois
consultations. Le suivi est notamment prolongé en fonction du
statut médical et de la prise médicamenteuse du patient
[13, 14]
.
Le nombre de rendez-vous est, par exemple, significativement
augmenté pour les patients souffrant de troubles du système
nerveux central, de désordres psychiatriques ou de pathologies
cardiovasculaires.
Seules les différentes doléances en rapport avec des prothèses
récemment réalisées au cabinet dentaire sont développées ici.
■Doléances immédiates
Elles sont exprimées immédiatement ou quelques heures
après l’insertion des prothèses.
Doléances objectives
Instabilité des prothèses
L’instabilité des prothèses évoquée par le patient, et mise en
évidence par le praticien, traduit un manque de rétention et/ou
de stabilité. La rétention directe des prothèses amovibles
complètes résulte de l’action conjuguée de facteurs physiques,
en particulier au niveau de l’interface entre le film salivaire et
l’intrados prothétique, de la pression atmosphérique, de la
gravité, et de facteurs anatomiques et neuromusculaires. La
stabilité ou la rétention indirecte découlent de l’action combi-
née des facteurs anatomiques, musculaires et occlusaux.
L’accumulation d’erreurs techniques, tant au niveau du
cabinet que du laboratoire, et la non-prise en compte de
troubles physiologiques sont responsables de la faible rétention
et de l’instabilité prothétique
[15]
.
Erreurs techniques au cabinet
Le temps clinique que le praticien consacre à l’essai fonction-
nel est souvent insuffisant et ne lui permet pas de rechercher et
de découvrir des erreurs qui se manifestent immédiatement
après l’insertion. Les doléances exprimées à propos de la
stabilité et de la rétention, doléances les plus fréquemment
rapportées, imposent de contrôler à nouveau la précision de
l’enregistrement de la surface d’appui, ainsi que celle des zones
fonctionnelles en rapport avec les prothèses. L’examen est guidé
par les informations subjectives fournies par le patient, mais on
recherche surtout à objectiver les imprécisions et erreurs
responsables de cette instabilité à l’aide de matériaux révélateurs
(crayon dermographique, pâtes à base de silicone ou papier à
articuler).
La majorité des trois sources de doléances préalablement
décrites peuvent être réglées de façon simple par soustraction.
Les corrections par addition (défaut d’un joint postérieur par
exemple) sont plus complexes et imposent une réfection de la
base prothétique
[16]
.
Les erreurs d’occlusion et les interférences occlusales, respon-
sables d’un déplacement des bases prothétiques lors des contacts
interdentaires sont éliminées par une équilibration occlusale
soigneuse, réalisée sur articulateur. Elle répartit de manière
harmonieuse, après contrôle de sa faisabilité, les charges
occlusales sur la surface d’appui, contribuant ainsi à la rétention
des prothèses
[17]
. En revanche, un remontage des dents doit
être envisagé en cas d’erreurs trop marquées (erreurs de dimen-
sion verticale, d’orientation et/ou de niveau du plan occlusal,
relation centrée, non-respect du couloir prothétique), non
décelées lors de l’essai fonctionnel.
Erreurs techniques au laboratoire
Certaines phases de laboratoire sont susceptibles d’altérer la
précision prothétique recherchée. Elles se concentrent essentiel-
lement lors de la phase de polymérisation.
Le cycle de la polymérisation influence les variations dimen-
sionnelles et les distorsions secondaires des bases prothéti-
ques
[18]
. En particulier, le refroidissement rapide entraîne des
distorsions particulièrement « visibles » au niveau du joint
postérieur, à l’origine d’un manque de rétention et de stabilité
prothétique.
“Points importants
L’attention du praticien se porte en particulier sur :
•l’adaptation de la base prothétique à la surface d’appui :
les différences de dépressibilité des tissus de soutien et les
exostoses peuvent générer une bascule des bases
prothétiques et dégrader la précision de l’adaptation aux
surfaces d’appui. Au maxillaire, la présence d’un torus doit
par exemple retenir l’attention, car il est souvent en cause
lors d’un défaut de rétention.
• les bords prothétiques, dont les surextensions interfèrent
avec les organes paraprothétiques et les différentes
insertions musculaires, ou dont les sous-extensions
réduisent les qualités rétentives de la prothèse. La
vérification fonctionnelle du libre jeu musculaire et de la
mobilisation de la zone concernée permet de souligner les
erreurs de conception.
• les volumes et extrados prothétiques (surfaces dites
« polies stabilisatrices »), qui peuvent interférer avec les
éléments de la cavité buccale. Des extrados para-
tubérositaires convexes sont susceptibles de gêner les
mouvements de latéralité de la mandibule en heurtant
l’apophyse coronoïde (Fig. 1). Le profil vestibulaire
convexe de la base prothétique mandibulaire peut aussi
entraver le jeu du muscle orbiculaire des lèvres et interférer
avec la sangle labiomentonnière.
•lejoint postérieur qui, trop court, n’assure pas
l’étanchéité postérieure, ou, trop long, peut interférer
avec les ligaments ptérygomandibulaires et/ou le voile du
palais (Fig. 2).
•lejoint sublingual et le frein de la langue qui, en fonction
de leur position, entraînent un défaut de rétention et de
stabilité.
23-325-G-15
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Doléances en prothèse complète
2Odontologie