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Le bouquet des expressions imagées - Robert Laffont (2016)

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BOUQUINS
Collection fondée par Guy Schoeller
et dirigée par Jean-Luc Barré
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L’Aventure des mots de la ville, sous la direction de Christian Topalov, Laurent Coudroyde Lille, Jean-Charles Depaule
et Brigitte Marin
Le Bouquin des citations, par Claude Gagnière
Le Bouquin des dictons, par Agnès Pierron
Le Bouquin des mots du sexe, par Agnès Pierron
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Pour tout l’or des mots, par Claude Gagnière
« Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client.
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suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute
atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. »
© Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 2016
En couverture : © Illustration studio Robert Laffont
EAN : 978-2-221-19848-3
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo.
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Nous dédions le présent ouvrage
à nos prédécesseurs, colligeurs vivants et passés,
amateurs ou académiques – tous beaux jardiniers du langage
qui nous ont permis d’assembler ce BOUQUET.
PRÉFACE À LA NOUVELLE ÉDITION
Si vous ne connaissez pas Le Bouquet, avant la lecture de cette courte préface, nous vous
engageons à lire les deux textes de présentation de la première édition : la passionnante
introduction intitulée « 400 ans d’imaginaire du français » et l’indispensable « Mode d’emploi » qui
explique la construction de l’ouvrage.
*
*
*
Voici donc une nouvelle édition du Bouquet des expressions imagées, selon la formule
consacrée, « revue, corrigée et augmentée ».
« Revue ». Une révision permet d’améliorer, d’aménager, de rendre plus lisible… Pour ce
faire, nous nous sommes penchés sur les explications des expressions : nous en avons ajouté de
place en place, nous en avons complété ou modifié. Une étymologie, le signalement de variantes
de l’expression ou l’explication de sa construction, une idée présente bien avant l’apparition de la
locution figurée elle-même sont des éléments de compréhension pour le lecteur. Certaines
expressions qui n’en avaient pas ont été enrichies par des exemples, car rien ne vaut la mise en
situation pour comprendre un usage !
« Corrigée ». Répartition par thème de sens, déroulé chronologique dans chaque thème :
l’ouvrage repose sur ces deux axes. La datation a donc été au centre de notre attention. Nous
avons tenté d’être toujours plus précis quant à l’époque d’apparition d’une expression. Par
exemple, nous savions que parmi les locutions figurées réunies par Oudin dans ses Curiosités
e
françoises (1640) beaucoup existaient déjà au XVI siècle. Il fallait aller y voir de plus près. Ainsi,
nous avons lu de nombreux textes de cette époque, ce qui nous a permis de mieux cerner la
période de naissance de certaines expressions. Nous avons procédé au même affinement pour les
autres siècles.
Plusieurs fois, des lectures nous ont permis aussi d’ôter le flou autour de l’apparition d’une
expression – concernant aussi bien sa date que le motif de son invention – et de trouver ce qui est
quasi certainement à son origine (voir, par exemple, « retourner à ses chères études »).
« Augmentée ». Rappelons que nous avions fabriqué l’ossature du premier Bouquet avec un
e
certain nombre d’ouvrages de langue : essentiellement ceux d’Oudin et de Furetière au XVII siècle,
e
de Delvau et de Larchey au XIX . Nous avions ensuite étoffé le squelette de muscles et de chair
avec d’autres ouvrages de référence, puis avec des romans, des chansons, des journaux… C’est cet
enrichissement qui est continué ici.
Il fallait bien entendu ajouter des expressions anciennes qui manquaient dans la première
e
e
édition, en particulier pour ce qui concerne les XVIII et XX siècles – il y a tant de locutions figées et
de manières de dire ! – et intégrer des expressions nouvelles entrées dans le langage du plus grand
nombre.
Augmentation limitée, toutefois, pour ces dernières : la relecture de la première édition nous
y a invités. En effet, nombre des locutions figurées des années 1980 que nous avions intégrées
sont depuis – déjà – surannées. Nous ne les avons pas supprimées, nous avons simplement indiqué
qu’elles ne s’utilisaient plus. Même si, comme nous le disions en 1990, il faut être prudent quant à
la désuétude, pour ces expressions-là, nous pensons ne pas nous tromper : nées comme un effet
de mode, elles n’ont pas eu le temps de s’ancrer.
Nous avons donc restreint notre choix de nouvelles expressions. Ainsi, celles figurant dans
l’ouvrage existent depuis plusieurs années et sont utilisées par un grand nombre de locuteurs :
elles ne disparaîtront pas trop vite, nous en faisons le pari.
On le percevait déjà dans les années 1980, et cela n’a fait que s’accentuer : les manières de
dire d’aujourd’hui sont souvent polysémiques, chaque expression est une sorte de couteau suisse,
son sens dépendant du contexte d’utilisation.
L’inventivité langagière, à chaque époque, dit quelque chose de la société, des
préoccupations de ses contemporains. Il y a trente ans, la création d’expressions montrait le souci
de l’apparence et le goût de la rapidité. Aujourd’hui, elle se fait beaucoup autour de l’agressivité et
du ratage. Mais l’époque n’est pas totalement triste, le rire est présent aussi…
*
*
*
Certains textes ont été de vraies mines d’or pour préciser l’époque d’apparition d’une
expression.
CORRESPONDANCE ENTRE MME DE SABRAN ET LE CHEVALIER DE BOUFFLERS, de 1777 à 1787. Ils se
rencontrèrent en 1776, ils se marièrent en 1797. Leur longue liaison fut entretenue par une
correspondance soutenue, surtout en 1786-1787, alors que Boufflers était gouverneur du Sénégal.
(Cette riche correspondance a donné lieu à de nombreuses éditions partielles, sous divers titres.
Nous avons principalement utilisé les deux volumes édités par Sue Carrell et parus sous les titres
Le Lit bleu, 1777-1785 et La Promesse, 1786-1787, chez Tallandier.) Tout écrit intime (journal,
lettres) permet de repérer des tournures de langue « familière » et donc généralement non encore
entrées dans la littérature.
LE PÈRE DUCHESNE, journal du révolutionnaire Jacques-René Hébert, qui parut de 1790 à 1794.
Son « épluchage » nous a permis de remonter à l’époque révolutionnaire la datation de certaines
e
expressions que nous n’avions enregistrées qu’au XIX siècle.
MÉMOIRES DE CASQUE D’OR. Amélie Élie, dite Casque d’Or, prostituée, fut l’amante de deux chefs
de bandes rivales parisiennes, Manda de la Courtille et Leca de Charonne. Ses Mémoires ont été
publiés en dix-huit livraisons dans la revue littéraire Fin de siècle, entre le 5 juin et le 3 août 1902
(et réédités en livre au Mercure de France en 2008). L’ouvrage nous a permis de fixer au tout
e
début du XX siècle des expressions dont on savait qu’elles se disaient entre 1900 et 1930. La date
de 1902 ainsi repérée à l’écrit nous indique que l’expression existait dans le langage oral, au
e
minimum chez les Apaches, et assez sûrement chez le peuple parisien, à la fin du XIX siècle. En
outre, que ces Mémoires aient été écrits par Amélie elle-même ou par le journaliste Henri
Frémont, ce qui est plus probable, n’a aucune importance : ce qui fait sens pour nous, c’est la
date.
Pendant aux voyous : la police. Nous nous sommes beaucoup servis des trois volumes des
Souvenirs de police (1923-1926) d’ERNEST RAYNAUD, commissaire un peu particulier, lié avec
Verlaine, poète lui-même. Raynaud est un raconteur hors pair des situations rencontrées par un
policier dans les salons mondains et dans la rue parisienne. Là encore, les ouvrages nous ont
permis de préciser et/ou de remonter des datations, certaines expressions n’étant jusqu’ici
e
répertoriées qu’au milieu du XX siècle.
JULIEN BLANC : les trois volumes de son autobiographie. Julien Blanc, né en 1908 et mort en
1951, a connu orphelinat, maison de redressement, bagne militaire, guerre d’Espagne… Il a déjà
écrit trois romans quand Jean Paulhan lui donne ce conseil : « Vous avez tort de vous obstiner à
écrire des œuvres d’imagination. Crachez d’abord votre vie, vous reviendrez au roman plus tard. »
Conseil que Blanc suit, rédigeant Confusion des peines (1943), Joyeux, fais ton fourbi (1947) et Le
Temps des hommes (1948), long récit d’une vie hors de l’ordinaire. Ces volumes (réédités entre
2011 et 2013 par l’excellente maison d’édition Finitude) racontent, avec une mémoire fidèle quant
à la manière de dire, sa vie dans l’entre-deux-guerres. Ils sont une source précieuse des façons de
parler de l’époque, en particulier le deuxième volume, qui traite de la vie dans les bat’ d’Af’.
e
Enfin, nous avons pu effectuer certaines vérifications, en particulier pour le XVI siècle, grâce
aux travaux de PIERRE ENCKELL, passionné de langage et de textes « mineurs » – nous mentionnions
déjà l’importance de ses Datations et documents lexicographiques dans la première édition de ce
Bouquet.
Outre ces mines, nous avons lu des centaines de textes. Certains pour rien – ce qui pour nous
veut dire « pas d’exemple suffisamment intéressant » ou « pas de datation plus ancienne » –,
d’autres pour citer un seul passage en illustration ou pour attester une unique date, d’autres
encore pour quelques confirmations d’époque ou quelques citations. Vous les rencontrerez au fil
du livre.
Et Internet, qui n’existait pas en 1990 ? Oui, mille fois oui, pour les anciens dictionnaires que
l’on peut télécharger d’un clic sur son ordinateur et pour les textes rares que l’on peut y trouver
(Gallica, Projet Gutenberg, etc.) ! Pour quelques sites fondamentaux (au premier rang desquels Le
Trésor de la langue française informatisé, ou TLF), et d’autres très utiles pour confirmer une
information (Bob). Mais la plupart de ceux qui s’intéressent à la langue ont un intérêt limité : on y
trouve beaucoup de redites, de répétitions des mêmes erreurs ou historiettes fausses, bien
qu’amusantes, liées à des expressions.
Écran ou papier, notre lecture particulière n’a pas changé, la recherche de textes méconnus
non plus.
*
*
*
Nous avons commencé à travailler sur cette « encyclopédie des locutions figurées » en 1986.
Cela nous prendrait un an, croyions-nous. Le travail a duré quatre ans.
La première édition est donc sortie en 1990, et nous pensions déjà à une réédition – pour l’an
2000, pourquoi pas. Parce que ce type d’ouvrage ne peut jamais être achevé, il laisse toujours un
goût de trop peu, un goût de manque.
Le temps a passé, la vie, les projets, et nous ne nous sommes remis dans l’idée de retravailler
Le Bouquet qu’en 2010. Nous avons alors commencé à trier les documents accumulés durant ces
vingt années – car nous étions en veille, et de temps à autre, chacun de notre côté, nous
dénichions un ouvrage suffisamment intéressant pour l’« éplucher », nous tombions sur un texte
permettant d’expliquer une expression ou en donnant un bon exemple, nous trouvions une
attestation à une date plus ancienne que celle que nous avions indiquée, nous notions l’apparition
d’une locution…
Puis Claude Duneton est tombé gravement malade, il est décédé en 2012.
J’ai donc établi cette réédition seule, puisqu’il le souhaitait.
Elle lui est dédiée.
Sylvie Claval
Lagleygeolle, le 21 avril 2016
400 ANS D’IMAGINAIRE DU FRANÇAIS
Le parler que j’ayme, c’est un parler simple et naïf, tel sur le papier qu’à
la bouche ;
un parler succulent et nerveux, court et serré,
non tant délicat et peigné comme véhément et brusque :
Haec demum sapiet dictio, quae feriet.
(Le parler qui frappe est un bon parler.)
MONTAIGNE, Essais, Livre I, ch. 26.
La fin de notre siècle s’en vient. Déjà les trompettes, de toutes parts, annoncent le suivant –
avec une étrange retenue, cependant, et infiniment plus de crainte que l’on aurait imaginé il y a
quelques décennies, quand « l’an 2000 » faisait encore florès… L’an 2000 ! Mots magiques,
ferment d’un imaginaire débridé. Magnifique illusion d’un bonheur promis, personnel et social,
d’une félicité éternelle et scientifique ! L’importance des transformations mécaniques avait fait
e
monter la fièvre de l’espoir si haut que le XXI siècle devait marquer pour l’homme occidental
l’entrée au paradis terrestre de la modernité… Demain on rase gratis ! Les très anciens mythes de
prudence furent bousculés par un nouvel imaginaire en fusion – les déconvenues d’Icare aux ailes
de cire furent écartées en riant.
Il nous reste, au moins provisoirement, le souvenir de ces espérances ; car si les dieux qui ont
présidé à la naissance du monde nous ont masqué l’avenir sous le voile épais d’un nuage, le passé,
lui, appartient à l’homme en propre, et rien ne saurait le lui arracher. Vieille scie des antiques
philosophes : le passé est inaltérable, hors de l’atteinte des inventeurs, et des dieux mêmes.
Horace le disait, le vieux chanteur « aux oreilles pendantes », qui vécut juste avant Jésus :
Ces dieux, nos maîtres absolus
Sur le passé n’ont plus d’empire ;
Peuvent-ils changer ou détruire
1
Ce qui vit le jour qui n’est plus ?
Quoi qu’il en soit, ce siècle numéro XX aura marqué notre ère, chrétienne du nom, de
révolutions si vastes que les conséquences n’en seront équitablement mesurées que dans les
siècles à venir – si, toutefois, les hommes n’ont pas perdu d’ici là toute idée de mesure ! C’est une
banalité de souligner l’ampleur des chamboulements que les mœurs ont subis, les habitats, les
techniques, la pensée – le temps de la vie lui-même… Cette banalité vaut pourtant que l’on
s’étonne, en se retournant vers ces régions du temps sur le point de disparaître, d’où nous venons.
e
Aussi vrai que l’on s’inquiéta de la naissance du Christ seulement au VI siècle après lui, il est
maintenant convenable que l’on s’interroge, avant de franchir le cap du troisième millénaire
approchant, légitime que l’on s’émeuve… Cette émotion de nous, passants, plus que jamais
s’appelle l’Histoire.
Pour ce qui est de la langue française, qui est ici le sujet de notre attention, le moins que l’on
puisse en dire est qu’elle aura fort bien traversé la tourmente. La langue est justement ce qui tient
le mieux au cœur des peuples ; elle matérialise cet élan de vie qui nous cheville à nous-mêmes,
nous empêchant de flotter trop haut, trop loin de nous…
e
Depuis le début du XX siècle en tout cas, nous aurons assisté à une étonnante expansion du
français, et d’abord sur ses propres terres : son enracinement dans les couches populaires de la
nation, jadis largement plurilingues et dialectophones, aujourd’hui entièrement « francisées », ou
infiniment peu s’en manque. Cet étalement s’est accompagné d’un brassage inégalé entre les
couleurs variées de cet idiome variant au gré des différentes couches sociales ; ce remue-ménage
langagier s’est trouvé particulièrement favorisé, dès 1914, par ce « coup de pied dans la
fourmilière » que fut la Première Guerre mondiale. Il en est résulté dans l’usage ordinaire et
quotidien d’aujourd’hui une unité d’expression qui s’était perdue dans notre pays – toutes choses
e
égales et région par région – depuis le début du XVI siècle ou environ. De nos jours, tous les
membres de la communauté parlent et entendent un français plus ou moins riche, certes, mais à
peu près égal à l’intérieur du même espace géographique ; la langue tend à s’égaliser d’année en
année, très remarquablement d’une décennie à la suivante, par l’effet conjugué des médias
audiovisuels, de l’école, et aussi – il ne faut jamais l’oublier – par la jeunesse des locuteurs. Les
informations télévisées, par exemple, sont diffusées sur la totalité du territoire dans une édition
unique, écoutée et théoriquement comprise par tous, âges confondus, hommes ou femmes, à la
ville comme à la campagne : une situation linguistique qui ne s’était pas présentée
vraisemblablement depuis les époques très lointaines de l’agora d’Athènes !
La chose nous paraît si naturelle que personne ne songe à s’en émerveiller… Pourtant, cela
e
n’aurait pas été possible, tous progrès techniques mis à part, disons au milieu du XIX siècle. Il y a
cent cinquante ans, en supposant le problème technologique de la télévision résolu par une
baguette magique, la diversité des langues nationales en usage aurait exigé une « stratégie de la
communication » infiniment plus complexe. Pour obtenir un résultat similaire dans les diffusions
des nouvelles en 1840, il aurait d’abord fallu un premier journal télévisé dans la langue officielle de
base, le français littéraire et bourgeois, aussitôt ou simultanément doublé d’une émission
simplifiée, traduite et adaptée à l’usage des classes populaires – ouvriers et artisans des grandes
villes, petits commerçants, domesticité, et probablement femmes de la petite bourgeoisie… Il
aurait été nécessaire de réaliser en outre autant d’éditions supplémentaires qu’il existait de
langues régionales – et aussi de dialectes – dans l’Hexagone préferroviaire. Une vaste entreprise,
qui nous permet de mesurer le chemin parcouru !
e
À partir du XVII siècle, en effet, les clivages sociaux et culturels s’étaient approfondis à
l’intérieur de l’ancien royaume de France – celui de Navarre, étant de langue gasconne, se trouva
à vrai dire moins déchiré par les abus de pouvoir des monarchies absolues successives. Notre
idiome se scinda peu à peu en catégories basses et hautes, non pas selon les critères moraux
habituels aux autres langues – qui font le partage « normal » entre un langage châtié et les propos
grossiers, sexuellement inconvenants ou blasphématoires – mais selon une catégorisation sociale
arbitraire, engendrée par des choix d’ordre principalement politique. C’est ainsi que l’on proclama
une langue cultivée unique : celle de la Cour et de ses proches – la seule admise en littérature –,
qui prit valeur de langue officielle et dévalorisa ipso facto tous les autres parlers, aussi légitimes et
bien fondés qu’ils fussent. La totalité de la langue parlée usuelle en France s’en trouva
« déclassée », et le langage ordinaire de la petite et moyenne bourgeoisie de Paris fut qualifié
« bas » et « vulgaire » par la haute noblesse, souvent ignorante, mais soumise à un snobisme
versaillais terroriste, comme à une forme délirante d’auto-louange… Il en résulta en quelques
générations seulement une incompréhension problématique entre les couches extrêmes de la
société française… Il est bon de le rappeler, tant la chose nous paraît à présent insolite, la belle
société de jadis en était arrivée, d’exclusions en exclusions, à ne plus parler la même langue que le
peuple qu’elle était censée instruire et gouverner.
En 1752, Zacharie Chastelain, préfaçant la réédition du Dictionnaire comique de Le Roux,
écrivait ces mots qui éclairent la ségrégation sociale et linguistique du moment : « Il y a une
longue liste de termes populaires qui n’est pas à dédaigner comme elle pourrait le paraître
d’abord. Combien de personnes distinguées, qui ne sont jamais sorties de la Cour ou du grand
monde, et qui se trouvent parfois obligées de descendre dans de certains détails avec les gens du
peuple, ne comprennent rien à ce qu’ils leur disent ! »… Un dictionnaire « bilingue », destiné à
faciliter la communication entre les classes sociales – c’est bien cela qu’est devenu, au milieu du
e
XVIII siècle, le recueil de Le Roux. Curieuse nécessité, qui dit l’étonnant partage du français – et
que de chemin parcouru depuis 1640 où Antoine Oudin, avec ses Curiosités françoises, ne se
donnait encore pour but que « l’instruction des Estrangers » !
Quelques écrivains, à la fois réalistes et facétieux, prenaient conscience, en effet, autour de
1750, de cet état comique d’écartèlement langagier de la population parisienne. Le comte de
Caylus, érudit authentique – et donc moins engoncé dans les préjugés du temps –, et Jean-Joseph
Vadé, poète amuseur et fin observateur des petites gens dont il était issu, firent des œuvres dans
ce langage populaire qui fleurissait, précisément, « dans le ruisseau des Halles ». Ils furent bientôt
imités par beaucoup d’autres amateurs de poésie parodique et baroque.
Malgré la révolution de 1789 – ou peut-être à cause d’elle ! –, le fossé alla s’affirmant au
e
XIX siècle, au moins dans un premier temps qui correspond à la période d’avant le chemin de fer,
dont l’installation modifia profondément les données langagières dans la seconde partie du siècle.
Il se poursuivit d’abord un brassage goulu de tous les dialectes dans le creuset bouillonnant de la
capitale… Un langage ouvrier se créa dans la mouvance des chantiers, des ateliers, plus ou moins
distinct et original, peu homogène suivant les quartiers ou les corps de métiers, et se répandit face
à la langue officielle : c’est celui dont le Dictionnaire de la langue verte, publié en 1866 et 1867 par
le chroniqueur et romancier Alfred Delvau, restitue des fragments. Car les accents particuliers, le
jeu des contractions, toute une phonologie « faubourienne », c’est-à-dire déviante et cocasse,
manque nécessairement à l’œuvre de Delvau ; langue verte : ce serait celle des joueurs, dit-on – la
langue utilisée autour des « tapis verts » –, dont l’appellation aurait « déteint » sur l’ensemble des
parlers non conventionnels… Ce qui est certain, c’est que la langue verte, en version large,
empruntait souvent à l’argot véritable qui lui donnait un peu de sa couleur : verdeur et
indiscipline ! L’argot, lui, « né de la haine », se concoctait au bagne, dans les prisons, sur les grands
chemins du crime interlope. Il passait ensuite dans le bien commun des filles de joie, des valets et,
de proche et proche, par ces canaux obscurs, au grand jour des artistes, des chansonniers, des
bourgeois enfin lorsqu’ils partaient en goguette… « Une expression tombe des lèvres flétries d’un
forçat – écrit A. Delvau –, non pas au bagne, où il est défendu aux honnêtes gens d’aller, mais dans
un cabaret, une rue de Paris, où il est interdit aux coquins de séjourner et où ils accourent tous
comme des frelons sur un gâteau de miel : dix paires d’oreilles la ramassent, et dix bouches la
répètent – sans l’essuyer. Elle fait son chemin d’atelier en atelier, de faubourg en faubourg,
jusqu’au jour où, tombant à son tour des lèvres d’un ivrogne, elle est alors recueillie par quelque
curieux aux écoutes, par quelque flâneur aux aguets, qui la trouve accentuée, originale, et la
colporte ici et là – tant et si bien que, finalement, elle entre dans un article, puis dans un livre, puis
2
dans la circulation générale » (Delvau se dépeint lui-même dans le « flâneur aux aguets » de sa
dernière phrase !).
Mais la langue verte jaillissait principalement de l’imaginaire parisien en traits moqueurs,
dans un foisonnement tout à fait similaire, en somme, à celui qui agitait les chapeaux du
romantisme triomphant – et fascinait ses proéminents zélateurs par son contre-pied comique et
discordant. « L’esprit court les rues et les ateliers – continue Delvau –, l’œil du voyou ou du rapin,
toujours ouvert, comprend plus rapidement que l’œil du bourgeois, toujours endormi ou toujours
affairé : lorsqu’un ridicule ou un vice insolent passe à la portée de cet impitoyable rayon visuel, il
est happé – gare à la gouaille féroce qui va le fusiller ! Ce que, dans mes déambulations diurnes ou
nocturnes à Paris, j’ai entendu de phrases énormes, pimentées, saisissantes, cruelles, appliquées
en plein dos comme des coups de pied, ou en plein visage comme des soufflets, à de pauvres
diables de l’un ou de l’autre sexe, affligés, celui-ci de cette infirmité, celle-là de ce ridicule, ce que
j’ai entendu composerait un gros livre – inimprimable. Ah ! je ne sais pas ce que l’homme a fait à
l’homme, mais il se venge bien odieusement de lui – sur lui ! »
La distinction entre les deux manières de parler – sinon d’écrire –, populaire et bourgeoise,
suivit longtemps le strict partage des habits : la vêture différait radicalement selon les classes
sociales au début de notre siècle encore, et jusqu’à la Grande Guerre, qui bouleversa dans son
carnage bien des valeurs séculairement établies. Un ouvrier portait la blouse, la casquette ; il
parlait « populaire ». Un bourgeois se reconnaissait à sa redingote, à son chapeau, et à la tournure
de son français. Il n’y avait que peu de façons de déroger à ces règles fixes, et le théâtre du
boulevard, comme les nouvellistes, faisait grand profit dans ce temps-là de l’incompréhension des
corps sociaux. On montait en épingle les quiproquos nés du choc des idiomes… Gaston Couté,
poète ironique, écrivit pour sa part une courte pochade sur l’anecdote suivante : un ouvrier
discute un soir, au sortir de l’atelier, avec son camarade auquel il confie : « Mon vieux, avec Erness
on a fait une bombe, une bombe à tout casser ! »… Un bourgeois qui flânait sur le trottoir entend
ces paroles effrayantes, et s’élance, « aussi terrifié que s’il eût porté une marmite à
renversement », vers le premier sergent de ville qu’il rencontre afin de dénoncer les dangereux
anarchistes : « “Ils ont fait une bombe, ceux-là”, fit-il, très pâle, au représentant de l’autorité. »
Ces choses, aujourd’hui, ne sont plus… Un Premier ministre dans l’exercice de ses fonctions
peut envoyer son cabinet au charbon : il fait, à la rigueur, jaser les gazettes, mais sans que
s’instaure l’ombre d’un malentendu ! Pour la première fois aussi depuis le Moyen Âge, le costume
est redevenu en partie unique et unisexe, à des nuances près, du haut en bas de l’échelle sociale.
L’habit ne fait plus autant le moine, et le même vêtement en « toile de Gênes » (c’est l’étymologie
de l’américain jeans) se trouve porté simultanément par une foule d’individus, masculins et
féminins, allant de l’étudiant au cultivateur, au professeur, à l’ouvrier diversement qualifié, voire
au cadre supérieur dans la direction… de son jardin ! Cela ne s’était pas vu depuis la robe
égalitaire, au temps du Roman de la Rose.
Pour la première fois enfin depuis les origines de notre nation, le français s’est établi seule
langue d’usage sur le territoire précisément « national » – à l’exception évidente de quelques
« poches de résistance » fort réduites, et de zones hétéroglosses précaires où dominent des
populations émigrées. Qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse – bien à tort ! –, les autres langues
indigènes, qui furent évincées par tous les gouvernements pendant des siècles, sont maintenant
tombées à presque rien… Les nations sont déchues, basque, bretonne, occitane, qui soutenaient
encore en 1890 les idiomes maternels et vernaculaires de plus de la moitié des Français.
En fin de compte, l’abbé Grégoire a eu, après tout ce temps, entièrement gain de cause. En
1989, année festive, les cendres du fameux philanthrope lorrain, avocat des juifs et des esclaves,
qui s’illustra également le premier en réclamant l’anéantissement des « patois », furent portées
symboliquement au Panthéon.
Ainsi, puisque le siècle en mourant nous laisse l’héritage d’un parler « non tant délicat et
peigné comme véhément et brusque », une langue qui a retrouvé, pour ainsi dire par croisement,
un peu de la sève et de la « succulence » que Montaigne lui souhaitait il y a quatre cents ans –
puisqu’un tel idiome n’épouvante plus personne, ou presque, le temps nous a semblé venu de
dresser en toute liberté un état de cette langue de fête. Le Bouquet est un florilège, aussi étendu,
aussi complet qu’il se pouvait, des façons de dire des bonnes gens de toutes les époques. Des
bonnes gens, mais aussi des coquins, des filous, des artistes, des mères de famille – des bandits et
des banquiers !… Nous avons tenté de retracer le parcours de l’imagerie collective en français,
idée par idée, autant que l’on puisse isoler des concepts aux contours souvent imprécis. Nous
l’avons fait principalement sur les quatre siècles au long desquels nous pouvons raisonnablement
recevoir la langue comme nôtre.
En étalant de telles suites de locutions colorées, de proverbes à usage concret, qui sont
l’expression intime d’une population actuelle et passée, l’ouvrage constitue une sorte d’« histoire
du langage privé ». Le Bouquet nous sert à plonger dans l’Histoire que nous aimons, pour nous
présenter à nous-mêmes le miroir de ce que fut notre imaginaire ; car une langue pétrie d’images
porte mieux que de longs discours l’inconscient d’un peuple. Elle masque notre vision intime, mais
à la manière de toute expression poétique, elle la trahit soudain par l’éclat de ses évocations…
C’est vrai que l’on pourrait appliquer aux expressions imagées ce que Montaigne, encore, disait de
la poésie : « Tout ainsi que la voix, contrainte dans l’étroit canal d’une trompette, sort plus aigüe
et plus forte, ainsi il me semble que la sentence, pressée aux pieds nombreux de la poésie,
s’eslance bien plus brusquement et me fiert d’une plus vive secousse. »
Le parler qui frappe est un bon parler.
400 ans d’imaginaire du français, tel est le résultat d’une longue et patiente enquête aux
sources anciennes et contemporaines du parler ordinaire ; ce Bouquet aux cinq cents figures nous
offre une vision du monde qui fut et qui demeurera la nôtre, au moins nous l’espérons, un beau
lopin de siècle !
Le Bouquet des expressions imagées se situe volontairement hors des repères classiques du
« littéraire, populaire, familier ou vulgaire, ou même franchement grossier », que l’on nomme
traditionnellement des « niveaux de langue ». Non par fronde ou mépris des usages, mais
premièrement par respect du lecteur, dont chacun détient son aune… Ensuite il aurait été
arbitraire, en admettant que cela fût envisageable, d’appliquer à des tournures anciennes des
échelles de valeurs depuis longtemps effacées. Nous nous sommes donc tenus à l’écart des
cloisonnements, fort fluctuants au cours de l’Histoire, aussi bien que des effarouchements de la
vertu, sujets, toujours, à de vastes inflexions personnelles. L’ouvrage mêle, « odieusement »
diraient d’aucuns, le haut et le bas langage, le chaud et le froid ; il embrasse le cuit et le cru des
tendances, car tels ne sont pas sa distinction ni son propos.
Outre son utilité « élémentaire » d’ouvrage de documentation, d’outil de travail conçu tout
exprès pour faciliter la cueillette, Le Bouquet permet, de par cette conception « mélangiste », de
suivre l’évolution des perceptions, des idées, des sentiments – ou d’observer leur permanence –
pendant sept ou huit monarchies, deux empires, cinq républiques d’inégales durées, et une courte
dictature. Une manière de parler du temps écoulé qui n’est pas tout à fait innocente, puisque les
remous, les envolées des foules qui ont ponctué ces changements de régime ont souvent activé le
bouillonnement verbal de nos ancêtres émus dans leur conscience et dans leurs désirs. Ces
révolutions, cassures et guerres, ces blessures sanglantes ou glorieuses, échauffourées
idéologiques qui font aussi l’originalité de l’histoire des Français, furent autant de flambées de bois
sec sous le chaudron des mots !
C’est l’homme, et l’homme seul, qui donne leur couleur aux faits les plus intangibles de la vie
– à la mort même… À la MORT, par exemple : quel que soit le diagnostic d’agonie, dernier souffle
ou calme plat de l’encéphalogramme, l’article de la mort a peu varié depuis l’origine des temps. Sa
notion, toutefois, a subi d’importantes modifications, comme la crainte qu’elle inspire – et le
langage de la mort a suivi la mutation des croyances et des incroyances.
e
Au XVII siècle encore, la mort était nommée – sinon vécue ! – comme un « passage » : il
s’agissait de franchir le « pas », entre le royaume des vivants, et l’autre, entretenu par les prêtres
et nourri des espoirs les plus fervents. On allait ad patres, ou communément dans l’autre monde…
La mort était introduction, commencement : on la voulait comme une visite aux ombres – qu’elles
eussent, par culture antique, franchi les rives de l’Achéron sur la fatale barque, ou qu’elles
déambulassent, hélas ! bras dessus, bras dessous, avec les anges de l’« au-delà », les ombres
e
formidables « témoignaient » de ce qui était poursuivi ailleurs… Au XIX siècle, au contraire, la
mécréance désabusée qui s’est emparée des villes, et des couches populaires en particulier,
engendra le cynisme et la dérision de la mort. Au travers des expressions nées entre 1825 et 1860,
la gouaille domine, mais parce que la vision a changé de sens – elle se porte maintenant en
arrière, vers ce que l’on quitte, la fête qui s’éteint avec le dernier souffle… Dévisser son billard,
c’est abandonner la partie, le jeu, les plaisirs de l’amitié ; lâcher la rampe, c’est cesser le combat
du difficile et montueux parcours de l’existence ; remercier son boulanger a quelque chose de
fanfaron : une action de vivant en bravade ; passer l’arme à gauche, expression d’origine
troupière, comme descendre la garde, c’est prendre le repos dû au vaillant petit soldat ! Et puis il y
a le ricanement du prolétaire sceptique, un tantinet féroce dans sa vision vengeresse : manger le
pissenlit par les racines.
Depuis lors, rien. Il faut le noter : c’est le vide phraséologique… Malgré de belles épidémies,
de juteux carnages, depuis un siècle et demi il ne s’est produit aucune invention nouvelle. Les
expressions que nous utilisons aujourd’hui datent toutes de cette période de fraîche
déchristianisation populaire – on dirait que la mort a quitté le champ de la plaisanterie verbale.
Dans notre monde lisse, asséché de merveilleux, où l’électricité a gommé les ombres inspirantes
des murs, la mort c’est la terreur, le néant, l’obsession blanche de nos assurances mécaniques.
C’est la peur, inconsciente mais collective, énorme et prégnante, qui semble avoir tari d’un coup
sec, à mi-chemin dans le second Empire, la gaieté verbale des lorettes et des titis… À nous, gens de
peu de foi, si l’on veut bien autoriser cette légèreté, la mort nous a coupé le sifflet !
À l’inverse, certains domaines se sont réactivés. De nombreux thèmes ont gonflé et renchéri
au fil des années « lumière » – la VITESSE par exemple, propulsée sur le front de l’imaginaire à fond
la caisse. D’autres encore s’étaient amincis et bizarrement interrompus très tôt : telle la MENDICITÉ,
jadis pourtant bien fructueuse, et qui n’a plus donné lieu à quolibet depuis la révolution de 1789.
Comme si les importantes décisions de cette époque remuante avaient résorbé par enchantement
tous les mendiants… La dernière locution inventée dans ce domaine le fut au dernier tiers du
e
XVIII siècle : faire la manche. Encore était-ce au sens de « faire la quête », chez les saltimbanques
e
et autres artistes des rues. La locution est demeurée en usage moyen au XIX , puis elle semblait
avoir à peu près complètement disparu, ignorée de tous dans le public ordinaire… Pourtant elle a
resurgi, tout soudain, à Paris, en 1965-1966, au moment des premiers cafés-théâtres ; les acteurs,
qui faisaient la quête après leur spectacle, dans un chapeau ou dans un filet (comme à l’Absidiole),
la remirent en usage, l’ayant probablement empruntée aux cracheurs de feu, leurs voisins… Par un
phénomène jadis extrêmement classique dans la propagation de la « langue verte » – l’argot des
coulisses –, faire la manche passa en très peu de temps, deux ou trois ans à peine, du monde des
comédiens au grand public, parisien d’abord, national ensuite. La curieuse ironie des évolutions
historiques a fait que la société d’abondance, alors au beau de sa santé, a eu depuis quelques
terribles faux pas ; les mains tendues se sont multipliées au long des trottoirs : « T’as pas cent
3
balles ? », le mot des clochards avinés, est passé insensiblement du stade de réplique de cabaret
à celui de locution… impopulaire !
Traditionnellement, l’archéologie de la BÊTISE a englobé toutes sortes de… bêtes. L’une de ces
sans-cervelle qui, dans sa gravité ridicule, a servi de projection à la sotte prétention des humains,
e
est le dindon – le fameux poulet d’Inde (ou d’Indon au XVI siècle), que dans certaines parties de la
Normandie on appelle encore codinde, comme au Grand Siècle où les consonnes finales restaient
muettes : coq d’Inde… Ce volatile, l’observation est exacte, n’a pas inventé la poudre, pas même
celle d’escampette lorsqu’il est menacé, et c’est avec raison qu’il acquit très vite une solide
réputation de sottise qu’il transmit plus tard à l’homme, de bonne grâce – et à la femme donc : la
dinde ! Par conséquent, le jeune coq d’Inde entra dans l’imaginaire des villes, non pour évoquer le
charme des champs, mais pour souligner l’ennuyeux talent, les basses servitudes de leurs
occupants. Furetière explique en 1690 : « On dit proverbialement d’une pauvre Demoiselle qui est
obligée de se retirer à la campagne pour vivre, qu’elle va garder les dindons, parce qu’on les mène
paître en trouppe. »
e
On trouve explicitement bête comme un dindon, « fort bête », au début du XIX siècle. Or, qui
est sot est facile à tromper : l’imaginaire de la Restauration (monarchique, pas gastronomique !)
traita le dindon comme une sorte de gros « pigeon », celui que l’on plume ; « la dupe », note
Napoléon Landais en 1836, avec l’exemple : être le dindon de la chose… Ce n’est qu’une quinzaine
d’années plus loin, semble-t-il, que la chose se précisa, pour devenir la farce, forme sous laquelle
l’expression nous est conservée : « Il sera le dindon de la farce, il sera dupe dans cette affaire »,
confie, en 1853, le Dictionnaire universel de La Châtre. Quelle est donc cette comédie, ce tour de
passe-passe dont le dindon serait la victime choisie ?… Il n’en existe aucune, ni sur le théâtre
officiel ni dans l’ombre – pas même une fable bien précise. Faut-il voir alors un simple symbole à
plumes ?… Mais pourquoi des citadins peu familiers de cet oiseau à la crête mafflue que l’on mène
« en troupe » auraient-ils choisi de dire le dindon de la farce, plutôt que le pigeon de la farce,
symboliquement équivalent, mais physiquement mieux à leur portée ?
En réalité, l’imaginaire des foules se nourrit plus volontiers de tableaux vivants parmi lesquels
le « faubourien » détache ses cibles favorites. Il existait à Paris – et peut-être dans d’autres villes
de France – un divertissement fort goûté d’un public de tous âges et conditions ; ce spectacle
consistait à chauffer les pattes des malheureux poulets d’Inde sur une plaque métallique, afin de
les faire danser ! Cette pratique, qui eut cours jusqu’au second Empire, datait apparemment du
règne de Louis XV, du moins en privé. Dans un récit très court de 1743, Le Ballet des dindons, le
facétieux Caylus feint d’en attribuer la trouvaille à un jeune seigneur voulant régaler la compagnie
de sa maîtresse pendant un séjour aux champs : « Notre galant, à l’insu de tout le reste du monde,
fit faire, incognito, un petit théâtre dans une grange, comme pour y représenter les marionnettes,
excepté que le rez-de-chaussée du théâtre étoit de fer-blanc, ou, si l’on veut, de tôle ; sous lequel,
en temps et lieu, il fit mettre de place en place des brasiers ardens. À l’heure de la comédie, il fit
tant qu’il y fit venir la jeune demoiselle et toute la compagnie, qui, ne sachant rien, s’assit. Alors on
siffle, la toile se lève, et les violons jouent à l’ordinaire, hors que c’étoit une sarabande bien grave ;
on ne s’attendoit pas à ce que vous allez voir ; c’étoit une bande de poulets d’Inde qui marchoient
à pas comptés, ramassant çà et là des grains pour se nourrir. À mesure que le plancher du théâtre
s’échauffoit, les susdits danseurs sembloient s’animer, et les violons de jouer des airs à l’avenant,
comme gavottes, passe-pieds, menuets, rigaudons, tambourins et cotillons fort en vogue à
l’opéra, avec les gigues et les bourées du temps, dont lesdits poulets d’Inde étoient forcés de
suivre la mesure, à fur et à mesure de la chaleur du dessous du théâtre, qui, devenant
insensiblement tout rouge, c’est alors qu’au son des violons, qui jouoient des tempêtes, des vents
et des furies, on vit tous les dindons s’élever, sauter, s’élancer, bondir à toute outrance, imitant les
entrechats, jetés, pirouettes et gargouillades de nos plus célèbres maîtres : dont l’assemblée s’en
retourna toute avec l’âme réjouie, et les dindons chacun avec les pieds à la sainte Menehoult »
(Caylus, Les Étrennes de la Saint-Jean, 1743).
Si nous aimons l’Histoire, ce n’est pas nécessairement par amour du passé : le passé, nous
l’embellissons toujours afin de le rendre aimable… Nous aimons l’Histoire comme nous aimons les
vieilles demeures, parce qu’elles nous continuent, en amont de nous-mêmes. Les pierres patinées
affublent nos existences inquiètes d’une traîne d’imaginaire solide ; les manoirs pesants, mais
aussi les fermes les plus anciennement burinées, nous forgent des ancêtres – nous aimons blottir
auprès d’eux nos fragilités de passage. Nous, surtout, qui avons dépouillé les certitudes
ancestrales… Au travers des murailles épaisses, des bois rongés, ce sont des arrière-goûts d’âmes
que nous percevons, qui plongent pour nous dans un passé mythique – au fil de ces lignées graves
d’aïeux rassurants que nous imaginons, « odorants », presque… Pour ne rien dire des vestiges de
« prieurés », du parfum des anciens presbytères avec leurs ombres de soutanes, de vieilles
servantes, et de fruits du verger conservés sur la paille.
Au fond, si nous aimons l’Histoire, c’est parce qu’elle allonge nos vies.
Or la langue est la maison commune des peuples – leur domicile spirituel, et parfois leur
unique résidence, pendant longtemps, hors de leurs terres, de leur droit, de leurs usages… La
langue aussi possède ses parquets qui craquent, ses vieilles pendules, ses poutres plusieurs fois
centenaires. Nous y portons velours, drap de lin, atours en camaïeu les jours de fête –
semblablement à ces « maisons de maître » incrustées de lierre, nous habitons la langue des
vieux.
La langue d’un pays étaye son histoire du prodigieux édifice de ses mots, de ses sentences à
l’orthographe mal équarrie qu’il est bienséant de conserver ainsi pour ce qu’elle fleure fort les
anciens parchemins… Les proverbes portent la poussière jaunie du temps retrouvé. Avec peut-être
la force d’une illusion supplémentaire qu’accorde le souffle – car le Verbe est vent ! Le
frémissement de la voix anime tout l’idiome, qui vibre dès qu’il est prononcé, qui s’envole audehors de nous… C’est encore plus troublant à la bouche.
Et parler le français depuis quatre cents ans, voilà une déraison enviable : la plus élégante des
folies !
Lagleygeolle, le 21 avril 1990
1. HORACE (Q. Horatii Flacci), Ode 29, Livre III (traduction P. Daru, 1804).
2. A. DELVAU, Introduction au Dictionnaire de la langue verte.
3. Cf. J.-P. SENTIER , Faut-il déterrer les morts ?, théâtre Mouffetard, nov. 1973.
MODE D’EMPLOI
I. GÉNÉRALITÉS
La singularité de ce livre, ce qui signale sa principale originalité, c’est qu’il présente les
expressions imagées de la langue française sous un double groupement : thématique et
1
chronologique. Cela, aucun ouvrage jusqu’ici n’avait tenté de le faire .
Cette présentation, ajoutée au caractère encyclopédique du contenu qui donne à connaître
aussi bien les tournures obsolètes de jadis que les traits du langage parlé le plus récent et
contemporain en font un outil de travail que nous espérons utile. Ils en font aussi un instrument
de réflexion sur l’évolution du français parlé depuis plus de quatre siècles que couvre la
documentation. Dans la mesure où toute expression plus ou moins vive, ou colorée, voire
proverbiale, a tendance à être assimilée, en France particulièrement, à une manière de parler
familière, voire intime, qui la tient éloignée des fastes de l’esprit et de la représentation officielle
de la pensée, on peut également considérer que Le Bouquet des expressions imagées constitue,
d’une certaine façon, l’approche d’une « histoire du langage privé » des Français.
Le but du Bouquet
Ce livre s’adresse à tous les amateurs de langage imagé – ceux que l’invention, les trouvailles
langagières intéressent, à l’écrit comme au parlé. Quelle que soit l’instruction préalable du lecteur,
ou ses préoccupations quotidiennes, l’ouvrage devrait répondre à quelques-unes de ses questions
sur l’usage, l’ancienneté et la formation d’expressions amusantes, souvent absurdes en apparence,
qu’il entend depuis son enfance ou qu’il est venu à employer lui-même depuis peu de temps à
l’imitation des médias ou de son entourage.
Cependant, le Bouquet a été conçu avec le souci d’aider aussi les professionnels de l’écriture,
particulièrement ceux qui ont affaire au langage parlé. Que ce soit le traducteur en quête d’une
équivalence cocasse pour une expression étrangère insolite, d’aujourd’hui ou d’autrefois, ou bien
le scénariste à la recherche d’un trait piquant pour animer un dialogue, qu’il s’agisse de
journalistes amateurs de proverbes ou de publicistes inventeurs de slogans, ce livre devrait
contribuer efficacement à éclairer leur lanterne. Cela peut-être à cause de sa qualité première,
qui est de faire voyager l’histoire dans la langue.
Quelle langue il traite
Soyons clairs : la seule langue prise en considération dans cet ouvrage est le français. Encore
s’agit-il d’un français métropolitain, et même « central », celui, en gros, que des textes de toute
nature ont enregistré de siècle en siècle, et qui vont du poème dramatique ou grivois au pamphlet,
à la chanson, au livret de vaudeville, aux minutes de procès, à l’immense production romanesque,
aux écrits épistoliers – et jusqu’au Journal officiel le cas échéant. Pis : il faut bien se l’avouer, en ce
qui concerne la partie la plus « populaire », voire argotique, de ce parler familier – celui d’où
jaillissent les images les plus frappantes, sinon les plus osées –, notre langue se trouve, par la force
des choses et de l’histoire, axée principalement sur Paris. Paris, ville témoin et créatrice, qui servit
dès le Moyen Âge de zone de référence, Paris turbulent, melting-pot social et linguistique, qui, dès
e
la fin du XVII siècle – on pourra le constater ici –, joua le rôle de chaudron fondateur du français
parlé populaire qu’il a conservé peu ou prou jusqu’à l’époque contemporaine.
Car, au long des siècles que nous scrutons, le langage privé des habitants de la France fut, on
le sait bien, infiniment plus multiple. Passé Saint-Ouen ou Longjumeau, le fameux Pontoise, si
lointain, ou le célèbre Bagnolet, l’idiome quotidien des bonnes gens s’engouffrait dans des plaines
arables, s’engluait dans des champs de navets… Pour ne rien dire des sept langues parfaitement
étrangères, quoique terriblement « territoriales », en usage dans le pays jusqu’à avant-hier. Mais
ces langues diverses ne furent pas toutes écrites en temps et heure. Aussi, lors même qu’il serait
encore possible, au prix de plusieurs années d’enquêtes sur le terrain, de dresser un état de la
phraséologie hexagonale dans son entier, il serait fort malaisé de cerner l’ancienneté précise – ou
même vague – d’une expression du parler gallo, par exemple, ou de la Lorraine. La seule datation
que l’on puisse raisonnablement attribuer à la phraséologie dialectale, c’est… la nuit des temps !
Par conséquent, sauf à doses homéopathiques – des zestes de picard, des brimborions de
normand –, il ne sera trouvé ici aucune autre langue que le français. Avec une timide exception
toutefois pour la zone nord-occitane, à cause du parler populaire de Lyon que nous avons
enregistré – lequel témoigne d’habitudes langagières plus largement étendues, en particulier vers
le sud de cette grande ville « frontière ». Lyon, elle aussi, a été le lieu de brassages langagiers,
depuis les Romains.
Une lacune néanmoins, d’importance : nous n’avons pas pu, en raison des énormes difficultés
qu’engendre une documentation sérieuse, et du peu de moyens d’action que nous possédons,
inclure pour l’instant les expressions propres au Québec. Étant donné le rôle actif que joue
aujourd’hui la littérature française d’Amérique du Nord, il est bien évident que les éléments
distinctifs du parler québécois auraient dû prendre place dans un ouvrage comme celui-ci.
Autre renoncement, mais réfléchi et volontaire celui-là, la référence à des « niveaux de
langue », qui est une mention coutumière aux lexiques et recueils de cette sorte. En effet, la
classification selon les niveaux sociaux – le plus souvent des appellations d’origine : populaire,
vulgaire, etc. – est déjà largement subjective, et en toute occasion soumise au jugement d’un seul
de ces niveaux ; mais cette démarche serait ici, au plan historique, beaucoup trop aléatoire, pour
ne pas dire purement fantaisiste.
Certes, nos sources portent assez souvent des indications d’époque – du moins les sources
lexicographiques –, mais on ne peut pas les transporter sans ajustement dans le temps présent,
car les termes employés autrefois ont changé de couleur et d’intensité au fil des siècles.
« Vulgaire », utilisé par Oudin en 1640, signifiait alors sous sa plume que le terme désigné était
« employé par le peuple », et qu’il ne l’était pas dans « le beau monde ». Toutefois, il incluait dans
la notion de « peuple » la plus grande partie de la bourgeoisie, commerçante ou tabellionne, toute
roturière. Le terme « vulgaire » s’opposait alors, d’une certaine façon, au monde « noble », et
surtout aux raffinements que tentaient d’introduire les satellites de la Cour. Or le mot s’est
« aigri » en français moderne, il s’est chargé d’un mépris farouche. Quelle serait donc de nos jours
la traduction exacte de la mention d’Oudin ? La notion qu’elle indique n’existe plus vraiment :
devrait-on dire « familier » ? « Populaire » – mais avec quel sens ? « Commun » ?… Les termes
eux-mêmes sont sujets à caution dans leur propre sémantisme. Il ne serait guère raisonnable de
décider aujourd’hui si jeter son bonnet par-dessus les moulins est une manière de parler « du
vulgaire », ou simplement familière, ou bien si elle est devenue essentiellement littéraire.
Le plus sage était donc de renoncer. Sans compter que telle ou telle locution a énormément
varié dans le champ des emplois depuis quatre cents ans ou davantage. Nous ne donnons aucun
étiquetage par conséquent, et mêlons dans une joyeuse pagaille ce qui est du recherché, du
précieux même, du châtié ou du littéraire, ou bien au contraire ce qui appartient au domaine très
familier (parfois grossier) avec toutes les nuances d’argot, ancien et moderne. C’est au lecteur de
faire son tri, s’il le peut. Il choisira selon ses habitudes, son éducation, sa culture ou ses sentiments
personnels, qui ne sont pas nécessairement ceux de son voisin.
Comment est fait le Bouquet
L’idée directrice de cette « encyclopédie thématique » consiste donc à regrouper les
expressions selon leur sens. Au lieu de traiter les locutions séparément, suivant une présentation
alphabétique qui est le classement habituel, et fort utile, des dictionnaires – et ici des index –,
nous les présentons par affinités de sens, à l’intérieur d’un cadre fourni par l’idée générale à
laquelle elles se rattachent et que nous appelons : thème. Toutes les manières de dire
« marcher », « fuir », « manger » ou « mourir » fournissent autant de thèmes.
Selon la complexité de leur contenu, les thèmes ont été subdivisés – ou non – en sousthèmes. Ainsi à MOURIR s’est rattachée assez naturellement l’idée de SUICIDE, et même, puisque l’on
dit manger les pissenlits par la racine pour « être mort », la notion de CIMETIÈRE. Le thème SAVOIR
comporte quatre sous-thèmes : APPRENDRE, EXPLIQUER, EXPÉRIENCE, ÊTRE AVERTI, lesquels ne
correspondent nullement à des idées préconçues sur ce que comporte le « savoir » humain, mais à
un rangement des matériaux qui se sont présentés lors du dépouillement des fichiers (voir ciaprès : « II. Considérations sur les thèmes »).
De surcroît, ainsi qu’il apparaît dans les sommaires qui ouvrent les chapitres, les thèmes sont
présentés côte à côte avec leur « inverse », ou « anti-thème », lorsqu’ils en ont un : INTELLIGENCE
face à BÊTISE, CHANCE face à MALCHANCE, etc. Cela parce qu’une locution « positive » peut très
souvent être employée négativement – et vice versa. Avoir du pot, pour celui qui a besoin d’une
expression disant la malchance, peut fort bien devenir il n’a pas eu de pot – et ainsi de suite,
l’ouvrage étant conçu tout du long selon ce principe d’opposition.
Ces idées générales – ces thèmes – sont réunies quant à elles en des ensembles plus vastes,
que sont les chapitres. Ce qui se rapporte au corps humain sous son aspect physique – grandeur,
grosseur, etc. – est présenté au chapitre CORPS. Ce qui relève d’une activité intellectuelle –
mémoire, oubli, justesse ou erreur, etc. – constitue le chapitre ESPRIT. L’amour et la haine ouvrent
le chapitre SENTIMENTS. La table des matières fournit la liste complète de ces chapitres, au nombre
de dix-huit, ainsi que des thèmes qui les composent.
Aussi chacun des chapitres débute-t-il par la liste des thèmes qu’il comporte, sous la forme
d’un sommaire d’une ou deux pages. De cette façon, le lecteur a le loisir d’avoir d’un seul coup
d’œil une vue « panoramique » de son contenu, avant de choisir la zone qu’il souhaite explorer
plus précisément. Par ailleurs, nous proposons en fin d’ouvrage un Index des thèmes, sous-thèmes
et synonymes qui, parce qu’il inclut les synonymes et autres mots analogues regroupés dans
l’ouvrage en tête des thèmes et des sous-thèmes, multiplie les accès (2 800 mots au total) et
quadrille le corpus d’un réseau serré de sentiers, venelles et chemins de traverse qui conduisent le
flâneur comme le lecteur pressé vers la locution recherchée aussi sûrement que tous les chemins
mènent à Rome.
Dans le même esprit de commodité pour l’usager, un important et exhaustif Index des
expressions alphabétique est fourni immédiatement après le corps de l’ouvrage. La difficulté bien
connue, en ce qui concerne le classement alphabétique des locutions (lesquelles sont par
définition composées de plusieurs mots), est de savoir à quel terme les saisir pour les ranger dans
l’alphabet. Assurément au mot significatif, lorsqu’elles n’en contiennent qu’un seul : un coup de
chapeau se trouvera plutôt à chapeau. Mais où trouver le plancher des vaches ?… Pour remédier
autant qu’il était possible à cet inconvénient, nous avons multiplié les entrées : découvrir le pot
aux roses se trouvera à pot et à roses.
La seconde idée qui a présidé à l’élaboration de l’ouvrage est la présentation des expressions
dans un ordre chronologique à l’intérieur des thèmes. Cette vaste et hasardeuse entreprise a
abouti à des précisions – ou des imprécisions – diverses selon que la venue en usage d’une
locution est aisément repérable ou qu’au contraire sa datation plonge le chercheur dans la
perplexité (voir ci-après : « III. Considérations sur les datations »).
Quatre découpages temporels ont été retenus, qui sont signalés par un carré noir ■ : le siècle
e
entier, sans qu’il soit possible de préciser davantage (ex. : ■ XVII ), et le siècle divisé en trois
périodes pas tout à fait égales, mais suggestives, où l’on distingue le début du siècle, allant de 0 à
e
e
30 (■ d. XVII = 1600-1630), le milieu du siècle allant de 31 à 69 (■ m. XVII = 1631-1669), et la fin du
e
siècle, allant de 70 à 99 (■ f. XVII = 1670-1699). Une cinquième catégorie, réservée à des locutions
dont l’apparition dans l’écrit est nettement identifiable parce qu’elles apparaissent dans un lexique
(Oudin, Delvau, etc.) ou grâce à une première attestation irréfutable, porte la date précise de la
publication. Dans ce cas, la date est annoncée par un carré à demi éclairé (◪ 1668).
Bien entendu, toutes les locutions (séparées entre elles par un rond noir •) qui s’échelonnent
derrière une indication de date ou de période sont à rattacher à cette même date ou période –
cela jusqu’à ce qu’une nouvelle datation apparaisse. Ajoutons que chaque expression est datée
avec la signification qui lui est donnée dans le commentaire suivant et qui justifie sa présence dans
le thème. Une même expression peut fort bien être classée à des dates différentes dans deux
thèmes étrangers l’un à l’autre pour la simple raison que son sens a évolué ou bifurqué dans une
direction imprévue (voir ci-après : « III. Considérations sur les datations », § « Chronologie et
évolution »).
Le moyen de se servir de l’ouvrage
On peut utiliser ce livre de différentes manières, et pour des raisons variées. En premier lieu,
il est toujours possible de le feuilleter, très simplement – d’y butiner, ici et là, un dicton amusant,
une tournure singulière, sans aucun désir ni nécessité d’utilisation immédiate de ces trouvailles.
Une lecture de hasard, donc, et de plaisir, qui ne nécessite aucun guide.
Mais on peut aussi y « entrer » par deux voies, en quelque sorte inverses, qui sont
directement inspirées par le besoin du lecteur. Tout d’abord – selon la véritable vocation de ce
livre, qui est de mettre les idées en images –, c’est à partir d’une notion, même vague, ou d’une
idée générale que l’utilisateur voudra rechercher une ou plusieurs expressions imagées qui lui
manquent, auxquelles il ne songe pas sur le moment, ou qu’il ignore encore. C’est le cas d’un
traducteur embarrassé par une locution étrangère insolite et qui veut savoir s’il existe (ou s’il a
existé par le passé) un équivalent possible à l’image qu’il doit mettre en français. Soit il se référera
à la Table des matières en quête de l’« idée » qu’il souhaite préciser, soit il ira, à partir d’un mot
qui lui vient à l’esprit, consulter l’Index des thèmes, sous-thèmes et synonymes par ordre
alphabétique – tous deux le renverront dans la direction désirée.
Admettons, selon la nuance qui le préoccupe, que ce lecteur choisisse d’explorer la notion de
SECRET ou l’idée de TROUVER. Chacun de ces thèmes le conduira à découvrir le pot aux roses, par
exemple, en compagnie d’autres manières de dire, voisines ou équivalentes. Il pourra aussi fouiller
à sa convenance dans les « anti-thèmes » correspondants : NOTOIRE et… CHERCHER. Il pourra du
reste, de fil en aiguille, parcourir toute la « zone » formée par chacun des centres d’intérêt.
La seconde manière d’utiliser Le Bouquet intéresse celui qui, inversement, est sur la trace
d’une expression particulière, survenue dans une conversation ou rencontrée au cours d’une
lecture, et dont il veut connaître les tenants et les aboutissants. Il débutera son enquête par
l’Index des expressions – par exemple, pour découvrir le pot aux roses, il ira à pot ou à roses.
L’Index lui indiquera le thème unique ou les thèmes successifs dans lesquels la locution est
rangée : SECRET, NOTOIRE (sous-thème DIVULGUER) et TROUVER, avec une mention de page qui est celle
de l’occurrence de l’expression. Il lui restera alors à repérer l’expression dans le thème, à son rang
chronologique, parmi les locutions voisines qui ne manqueront pas d’enrichir le propos. Pour ce
e
qui est du pot aux roses, l’expression, datant du XIII siècle, a de grandes chances d’être située à la
toute première place, en tête du thème !…
La typographie, qui privilégie les locutions par le choix du gras, a été conçue tout exprès pour
faciliter ces repérages successifs. Ainsi l’œil du lecteur pourra-t-il parcourir rapidement les pages
en ne s’attachant qu’aux seules expressions. Ce premier « balayage » pouvant naturellement se
compléter à volonté par la lecture détaillée de l’appareil d’accompagnement, commentaires et
exemples, lesquels ont été établis chacun pour leur part en caractères de moindres dimensions
afin qu’il soit plus aisé de les distinguer à leur tour.
II. CONSIDÉRATIONS SUR LES THÈMES
Quiconque se penche sur la phraséologie d’une langue doit s’attendre à des surprises qui
heurtent son sens de la logique habituelle. La création d’expressions imagées, diffusées par tout
un groupe qui les adopte d’emblée, relève de la poésie collective : un phénomène social
incontrôlable et difficilement manipulable. La démarche nécessaire pour appréhender cette
« production » se doit d’être aussi pragmatique que la création est spontanée.
En d’autres termes, la distribution par thèmes ne peut s’effectuer qu’en utilisant la méthode
expérimentale. Il ne saurait être question de recenser abstraitement un certain nombre de
concepts importants, puis de tracer sur le papier un nombre correspondant de cases afin de les
remplir ensuite – un peu à la manière dont se pratique le tri postal : le préposé lance les lettres
dans des logettes préétablies à mesure qu’il déchiffre leur destination, mais le « trieur de
locutions » s’apercevrait bientôt qu’il tient énormément de dictons sans adresses, avec quantité
de lettres au Père Noël !… En effet, toutes les idées, tous les usages ne donnent pas lieu à création
d’images, quelle que soit leur présence active dans la vie sociale. Il n’y a pas de thème PARDON,
alors qu’OFFENSE existe ; il n’y a pas de thème CATASTROPHE, et Dieu sait si l’humanité en a été
régalée.
Dans la composition de cet ouvrage, nous nous sommes contentés d’observer, de ranger au
plus juste la production séculaire, avec parfois de grandes hésitations, des remords, au fur et à
mesure des découvertes. Nous n’avons pu procéder que par ressemblances. Car dans ce domaine
on doit, en outre, renoncer très vite à l’espérance de synonymie – peut-être plus rare encore en
matière de locutions que lorsqu’il s’agit des termes ordinaires. L’on est contraint d’assembler les
expressions par pure affinité de sens.
Ainsi l’établissement de nos thèmes : nous avons tout d’abord sélectionné un premier
tableau, de manière fort artisanale, en dépouillant partiellement deux des ouvrages capitaux qui
nous ont servi de sources : les Curiositez françoises d’Antoine Oudin, de 1640, et le Dictionnaire de
la langue verte d’Alfred Delvau, de 1867. Ce cadre préalable grossièrement créé, nous n’avons
cessé de le remanier, de l’affiner, de le fragmenter : nous avons ajouté des sous-thèmes, tout en
cheminant, au long des saisies nouvelles, à mesure que l’ouvrage prenait du corps… C’est dire
aussi, clairement, que la subjectivité a joué une grande part dans l’établissement des thèmes que
nous proposons. S’ils sont très inégaux de taille, c’est que certains couvrent des champs
conceptuels plus vastes que d’autres, mais surtout parce qu’il est des champs extrêmement
productifs (le sexe est un de ceux-là), d’autres arides.
Quoi qu’il en soit, chacun des thèmes doit être défini comme un regroupement d’expressions
autour d’une même idée, assez générale ; même si par nature certains sont plus faciles à cerner
que d’autres. Ceux qui se réfèrent à des activités concrètes (boire, marcher) ou à des qualités
observables (grosseur, maigreur) s’alimentent avec une relative cohésion. Les sentiments
demeurent encore aisément identifiables, quoique plus mêlés de nuances ; la peur, la joie sont, en
gros, suffisamment reconnaissables. Mais plus on s’éloigne vers des zones dominées par
l’abstraction – les jugements, les « qualités » –, plus la classification devient arbitraire. Cela ne
signifie pas qu’elle soit pour autant incohérente, mais qu’elle porte immanquablement la marque
des auteurs.
Par ailleurs, chacun des thèmes ou presque (ainsi que les sous-thèmes) procède par deux
degrés d’approximation. D’abord ce que l’on peut appeler le « corps du thème » signalé
visuellement par la vignette
: il est l’essentiel du contenu, et parfois il se suffit seul. Mais, le
plus souvent, vient à la suite une plage de dimensions variables – parfois réduite à une ou deux
expressions – annoncée par le fleuron
; elle constitue une sorte d’additif, comme une banlieue
du thème. Il y est procédé davantage par « association d’idées » que par attirance sémantique
réelle. Nous y avons regroupé des « curiosités », paradoxes, balivernes assez inclassables, mais qui
enrichissent agréablement le propos principal.
C’est dans cette zone « associée » que nous avons placé les proverbes, lesquels, à
proprement parler, ne sont pas tout à fait le sujet de ce livre. Mais ils constituent un domaine si
ostensiblement voisin que nous étions forcés d’en inclure un certain nombre à mesure qu’ils
apparaissaient au long des dépouillements. D’ailleurs, la frontière est un peu flottante : souvent
e
rien ne différencie clairement une expression d’allure un peu générale d’un dicton. Au XVII siècle,
les lexicographes n’appelaient-ils pas ce que nous nommons « locutions » des « façons de parler
proverbiales » ?
En résumé, nous avons essayé d’établir des thèmes commodes, et surtout utiles au travail de
l’usager – ce faisant, il a souvent été nécessaire de trancher dans le vif : certains intitulés, ici et là,
ne sont pas mieux fondés que d’autres, et le lecteur aura le sentiment qu’il ne les aurait pas
appelés comme ça ! Que tel sous-thème serait plus justement placé ailleurs… À sa guise ! Il a fallu
faire des choix, et, pour construire, se garder de trop d’arguties stériles. Cet ouvrage, nourri de la
« sagesse des nations », ne manque pas de façons de dire que le mieux, parfois, est l’ennemi du
bien… En tout cas, nous plaiderions, s’il y avait lieu, pour notre défense, en disant que la gageure
était de taille ! Nous avons avancé sans modèle, sur un terrain qui n’avait été défriché par aucun
devancier. Après tout, il est bien malaisé et quelque peu cruel de découper en rondelles la pensée
d’un peuple.
La polysémie
Ce qui complique encore une entreprise en elle-même fort ardue – et qui porte sans doute le
coup le plus rude à la logique ordinaire ! –, c’est que le sens d’une expression est souvent flottant,
ou multiple, voire contradictoire. Au lieu d’être dotées d’une signification unique, bien repérable
dans un usage fermement établi (ce qui est le cas de quelques-unes d’entre elles), beaucoup de
locutions en possèdent plusieurs, souvent assez éloignées, et se retrouvent ici, par conséquent,
dans deux ou trois thèmes différents. Elles sont alors parfois accompagnées de citations distinctes
(mais non systématiquement) ainsi que de dates d’apparition qui varient (voir ci-après :
« III. Considérations sur les datations »).
Ce phénomène de polysémie est généralement dû à des glissements de sens au cours d’une
évolution séculaire – mais il n’en va pas toujours ainsi. Certaines expressions sont polysémiques
dès leur naissance : on peut l’observer sur bien des créations récentes qui n’ont pas la même
valeur pour tous les usagers. Par exemple, le très contemporain avoir les boules : certains
locuteurs l’emploient au sens d’« être indigné » ou « très en colère », alors que d’autres l’utilisent
au sens d’« avoir peur »… Il y a mieux – et qui porte atteinte à l’idée que nous nous faisons
habituellement du langage –, car il arrive que la même personne l’emploie tantôt dans un sens,
tantôt dans l’autre. C’est selon le moment, l’interlocuteur, l’humeur et le ton de la conversation.
En fait, la polysémie constitue un trait caractéristique du « langage des jeunes », comme on
l’entend dire parfois sur un ton consterné. On a vu dans les années 1980 des mots et des
expressions qui servaient à tout – d’enfer a tenu un certain temps le record des polyvalences.
Dans ce cas, c’est le contexte seul qui sert à déterminer lequel des sens est impliqué, souvent de
manière un peu vague du reste ; y compris le contexte paralinguistique des gestes, de l’intonation,
de l’intention – du temps qu’il fait !… Il en est ainsi souvent, il est vrai, par « misère langagière », un
manque réel de moyens verbaux ; mais il existe aussi chez les adolescents une pauvreté
volontaire, une volonté minimaliste de l’expression. Pour des êtres jeunes, en lutte avec leur
propre insécurité, de vie et de pensée, pour qui la richesse d’émotions neuves et complexes
demanderait des livres – ou des poèmes entiers ! – pour être exprimées, la tentation du mutisme
est grande. C’est alors l’intensité même de ce refus qui est projetée dans une poignée de vocables
à tout dire ; la sécheresse de l’énoncé est chargée de porter l’essentiel du message – et non pas la
valeur conceptuelle des signifiants. Plus ceux-ci sont vides (bof !…), plus ils se prêtent à ce jeu
polysémique.
Ainsi peut-on dire de toutes les époques. Ce jeu qui s’applique aujourd’hui à des adolescents
s’est appliqué, toujours, à des groupes humains pour lesquels la parole était finalement rare, et
pour qui l’émotion allait en premier. Ce fonctionnement dyslexique s’avère à peu près permanent
dans le domaine de la phraséologie imagée, laquelle puise toujours sa source dans un langage
ludique et émotif.
Il n’est donc pas rare qu’une même expression signifie, ou ait signifié à un moment de son
histoire, deux choses assez différentes. Ainsi, à l’œil a d’abord signifié « à crédit » – avec ses
corollaires ouvrir l’œil, « faire crédit », crever un œil, « se voir refuser la continuation d’un crédit »,
etc. – avant d’acquérir son sens moderne de « gratuit ». Les deux significations, l’ancienne et la
nouvelle, ont coexisté pendant près d’un demi-siècle sans que cela pose aucun problème de
conscience, la notion de gratuité l’ayant finalement emporté vers 1900.
Il faut se faire une raison, les expressions n’ont pas toujours un sens bien droit, bien carré, le
même pour tous les individus qui les emploient. Il en est ainsi parce que cette phraséologie, que
l’on pourrait appeler « imaginative », appartient par essence au domaine de l’irrationnel, de la
fantaisie – pour tout dire, après le grand lexicographe Alain Rey, elle est principalement du ressort
de la création poétique. Évidemment cette fantaisie, cette « essence poétique » contreviennent à
la règle d’or tellement clamée de la « rationalité française » : cela explique probablement le rejet,
en France, des expressions imagées du discours un tant soit peu « officiel » ou réputé sérieux.
À n’en pas douter, cette irrationalité suspecte, insoumise au dogme du « un seul mot, un seul
sens », a fait aussi bannir impitoyablement ce mode d’expression du registre scolaire et
universitaire – à un point absurde et dommageable à la qualité de la langue. Il s’est créé à cet
égard, à la fin du siècle dernier, un état d’esprit hostile au moment où l’on tentait d’instaurer à
l’usage des enfants de France – et des adultes fraîchement francisés – un « langage de la raison »
qui devait se tenir artificiellement éloigné de toute expression orale, mal contrôlée par nature, et
jugée « dangereuse » pour la bonne tenue nationale. Un fait révélateur : Le Tour de la France par
deux enfants, ce manuel célèbre publié en 1877, écrit tout exprès pour l’alphabétisation des
masses, ne comporte pas une seule locution imagée.
L’évolution des sens
Corollaire de la polysémie, une autre complication dans la répartition par thèmes surgit avec
l’évolution des sens. Bien sûr, certaines expressions anciennes n’ont jamais varié dans leur emploi
e
depuis des siècles – bâtir des châteaux en Espagne a constamment signifié, depuis le XIV siècle où
elle apparaît, « se mettre en tête des projets irréalisables » (et le record paraît détenu par
découvrir le pot aux roses qui possède sept cents ans de stabilité parfaite !). Mais beaucoup de
façons de dire ont soit acquis un second sens qui a cheminé parallèlement au premier (cf. à l’œil),
soit changé radicalement de signification.
On peut suivre aisément l’évolution de jeter son bonnet par-dessus les moulins, qui signifie
e
depuis le XIX siècle – appliqué seulement à une femme, censée porter cette coiffure – « mener
tout à coup une joyeuse vie, sexuellement dissolue, après une longue période de conformité aux
e
bonnes mœurs »… À sa première apparition, au XVII siècle (une époque où les hommes portaient
encore des bonnets), la locution voulait dire « renoncer à savoir ou à raconter la suite d’une
histoire » et se rapportait vraisemblablement à un jeu populaire ou campagnard. Ici on saisit sans
peine le passage d’un emploi à l’autre, à partir de l’idée de renoncement : renoncer à la vertu, aux
bonnes manières, avec l’imagination facile d’un geste désinvolte, voire égrillard et provocateur de
la part d’une « personne du sexe », normalement tenue de demeurer couverte.
Ces changements complets d’orientation sont relativement commodes à repérer pour le
lecteur qui trouvera à l’Index des expressions les thèmes différents auxquels la locution s’applique
– il lui suffira de noter les dates de ces modifications. Toutefois, nous avons écarté la solution des
renvois systématiques qui auraient considérablement alourdi le commentaire et entravé la
lecture : ce n’est pas la vocation principale du Bouquet de servir d’ouvrage d’étude, mais de tâcher
d’égayer, au contraire, le travail du lecteur.
Plus compliqué est le dédoublement du sens d’une locution à partir d’une période donnée,
c’est-à-dire lorsqu’elle s’octroie une signification différente, tout en continuant à conserver pour
la plupart des locuteurs son sens d’origine. Un exemple probant est fourni par être mal embouché
e
qui, depuis le XVII siècle et encore aujourd’hui pour la plupart des gens en France, signifie « dire
des gros mots, sales ou orduriers ». Or il apparaît que dans une population relativement jeune
(moins de 40 ans), dans la région parisienne en particulier, être mal embouché s’est solidement
établi au sens d’« être maussade, chagrin, de mauvaise humeur ». Un « décrochage » s’est donc
produit, depuis une vingtaine d’années ou davantage, qui donne une seconde strate à la locution :
il s’est opéré un phénomène de dissociation.
Ce processus de glissement, qui a fait prendre la cause pour l’effet et nommer la mauvaise
humeur par les termes liés aux horreurs verbales qu’elle provoque, est intéressant à analyser à
cause du mouvement sociolinguistique qui le sous-tend, dont il est la trace. Un homme de
mauvaise humeur râle, bougonne, et finit, c’est évident, par donner à son entourage des noms
d’oiseaux plus ou moins vigoureux – il se fait traiter en retour de mal embouché. Or l’usure
langagière normale que provoque la répétition des termes, et qui émousse à la longue n’importe
quel mot injurieux, s’est accélérée dans des proportions inouïes au cours des années 1960, à cause
des changements complexes et importants intervenus dans les structures générales et mentales
de la société française et européenne. L’un des effets de la permissivité, au plan du langage, a été
de faire changer de registre beaucoup de termes grossiers, sinon tous – en vérité, de modifier
considérablement la notion de grossièreté elle-même, dans l’usage et les mentalités : en même
temps s’altérait, s’émolliait, pourrait-on dire, la notion d’insolence. Les rigueurs langagières de la
vie familiale, où les interdits de lexique étaient traditionnellement imposés aux enfants,
s’affaiblirent brusquement dans toutes les couches de la société, sous la poussée des opinions
dominantes, de l’usage de la télévision, etc. Au point que ce qui était naguère indicible, surtout à la
maison, devint monnaie courante et pipi d’oiseau ; ce phénomène se produisit du reste un peu
plus tôt qu’ailleurs dans la région parisienne, qui aime conserver en tout quelques longueurs
d’avance… En dépit de quelques tiraillements, de protestations scandalisées de parents et de
grands-parents « normaux », c’est-à-dire respectueux de la norme, il s’est produit au cours des
années qui ont précédé et suivi Mai 68 ce que l’on pourrait appeler un « déverrouillage de
l’odieux ». Des mots comme merde, con, putain, naguère inacceptables dans presque toutes les
familles, ont basculé, assez soudainement en somme, dans le langage familier… Tu m’emmerdes
est devenu, mutatis mutandis, le tu m’ennuies des années 1940.
Dès lors, une différence d’appréciation, invisible, le plus souvent inconsciente, mais énorme,
s’est installée entre la génération des parents « à l’ancienne » et celle des enfants. Pour revenir à
la locution, si le grognement d’un bougon – me fais pas chier ! – attirait toujours la repartie mal
embouché !, celle-ci n’était plus sentie comme participant d’une « mauvaise bouche » quelconque
par des enfants et des adolescents « immunisés ». Aussi ont-ils naturellement appliqué le
qualificatif mal embouché à l’humeur chagrine du locuteur de mauvais poil.
Il reste que, la dissociation s’étant opérée – c’est un fait observable –, il ne saurait être
question de juger si cela était ou non à propos ; ce n’est pas, du moins, le rôle de cet ouvrage qui
se donne pour tâche d’enregistrer les modifications. Les deux locutions font aujourd’hui leur
e
chemin, il convient de mettre être mal embouché dans le thème GROSSIÈRETÉ, à la période d. XVII , et
e
de l’inscrire également dans INCIVILITÉ, à m. XX .
Distinction entre expressions voisines
On observe cependant le mouvement inverse : l’immergence l’une dans l’autre de deux
locutions distinctes à l’origine et qui finissent par être confondues. C’est là une raison qui nous fait
adopter comme règle d’inscrire distinctement les expressions morphologiquement voisines – au
risque de paraître redondants – et de refuser le plus souvent l’amalgame de variantes données
entre parenthèses, sauf dans des cas de synonymie évidente (ex. : bailler et donner). Cette
distinction permet de présenter clairement le moment de leur apparition respective, observé ou
présumé ; mais surtout elle dégage ce que la variante peut avoir souvent de significatif (cf. ciaprès à quelque chose le malheur est bon en 1640, et à quelque chose malheur est bon en 1789).
Sous la variante, enfin, il peut se cacher l’existence d’une autre locution, assez nettement
différenciée, un peu comme une couche d’asphalte peut cacher un pavement gallo-romain…
Un bon exemple du phénomène d’immergence est fourni par cette expression que les
lexiques donnent ordinairement, par commodité, sous la forme être au bout du (de son) rouleau,
avec le sens amalgamé de « fatigue » et de « pauvreté », en lui attribuant pour origine,
indistinctement, le rouleau du gramophone lorsqu’il arrive en fin de course – en y ajoutant
e
toutefois l’influence formelle de la vieille locution du XVII siècle être au bout de son rollet (rester
coi, à bout d’arguments).
Dans la réalité, une observation plus fine permet de distinguer une évolution bien plus
complexe. La forme personnelle être au bout de « son » rouleau apparaît pour la première fois en
1835 (Dictionnaire de l’Académie) dans le langage poli de la société bourgeoise de la monarchie de
Juillet, au sens d’« être à bout de ressources » – « avoir tout épuisé, moyens ou argent », précise
Napoléon Landais en 1836. Il est fort évident que le gramophone, mis au point vers 1875, ne peut
en aucun cas avoir provoqué l’image. En revanche, on peut penser à divers rouleaux, dont l’usage
e
est aujourd’hui disparu, mais qui comptaient dans la vie quotidienne du premier tiers du XIX siècle.
D’abord, le « rouleau de pièces d’or », qui s’épuise facilement, comme on sait ; mais aussi bien le
« rouleau de tabac », assez personnel d’emploi, où l’on coupait peu à peu de quoi alimenter sa
pipe (ou se fabriquer une chique) et qui s’amenuisait d’autant. On peut également, avec autant de
vraisemblance, évoquer le « rouleau de sirop » – c’est ainsi que l’on nommait une « fiole longue
qui contient du sirop : un rouleau d’orgeat » (Napoléon Landais, 1836). Dans tous les cas, à ce
stade, la tournure au bout de son rouleau a quasi certainement subi l’influence formelle de la
e
vieille locution du XVII être au bout de son rollet, « ne savoir plus que dire, que faire » (d’une
certaine manière, avoir épuisé ses ressources d’ingéniosité verbale), laquelle était encore en usage
sous la Restauration dans la même bonne société.
Il semble donc y avoir eu d’abord une remotivation (tabac ?) avec le nouveau vocable
(rouleau) et la signification nouvelle (ressources). Puis il s’est produit une première immergence de
la locution mère (avec rollet, qui disparaît dès lors de l’usage) dans la locution fille (avec rouleau).
Être au bout de son rouleau poursuit donc sa carrière seule tout au long du siècle, chargée à
présent des deux sens : « avoir épuisé tous ses arguments, tous ses moyens », dit Littré. En 1903,
le Nouveau Larousse illustré la relève encore, avec la même signification, comme une « locution
familière ».
C’est alors qu’intervient être au bout du rouleau, expression nouvelle, et distincte, qui
e
n’apparaît qu’au début du XX siècle – au moment où la musique de gramophone, cette fois, fait
fureur. Si une influence formelle du modèle fourni par l’expression précédente est plus que
probable, là encore la nouvelle locution se distingue à la fois par une signification sensiblement
différente, une remotivation complète, une modification de structure légère mais signifiante (du
au lieu de de son). Il s’ajoute à ces éléments un milieu d’emploi carrément autre. Au bout du
rouleau naît en effet dans un registre franchement populaire, au sens précis d’« être sur la fin de
sa vie » – vieux, usé, ou malade, sur le point de mourir. L’image de référence est clairement celle
du rouleau d’un gramophone – lequel est à la fois plus déterminé (le rouleau) et moins
« personnel » ; lorsque cet instrument arrive en bout de course, la chanson s’épuise et finit par
« mourir ». Au cours des années 1920, et dans les milieux ouvriers parisiens, être au bout du
rouleau s’appliquait aussi bien à un malade à l’agonie (un tuberculeux très affaibli, par exemple)
qu’à un outil, un ustensile à ce point usé qu’il en devient inutilisable : « la bagnole est au bout du
rouleau ».
Pour achever le tracé de cette évolution à rebondissements, il semble que la nouvelle
expression ait été attirée assez vite dans le champ de l’ancienne, et qu’elle endossa, dès les
années 1930 probablement, les valeurs de pénurie (l’épuisement des ressources) qui
caractérisaient être au bout de son rouleau – laquelle continuait à être employée parallèlement,
quoique dans un milieu social distinct, plus cultivé, qui n’utilisait pas au bout du rouleau, entaché
de vulgarisme. Cependant, avec les années, il s’est produit un phénomène d’immergence
réciproque, au bout de son rouleau se chargeant à son tour, chez les prolétaires pour commencer,
de l’acception « à la fin de la vie ». En fin de compte, les deux locutions, profitant de la
redistribution partielle des classes sociales après 1950 et de l’interpénétration des langages qui les
distinguaient naguère rigoureusement, en sont venues à être confondues dans l’usage et traitées
en simples « variantes » par les lexiques.
III. CONSIDÉRATIONS SUR LES DATATIONS
La datation des expressions selon la période de leur apparition dans la langue est le
complément presque obligé de leur présentation par thèmes – ne serait-ce que pour leur
attribuer, matériellement, un ordre d’entrée sur la feuille ! Le recours au classement alphabétique
à l’intérieur d’un thème serait en effet trop aléatoire et incohérent. Quant à faire figurer les
expressions au hasard, sans lien, sans rapport entre elles que le sens général qui les réunit, ce
serait fournir un conglomérat sans queue ni tête… Ce serait se priver, surtout, de la très grande
richesse d’informations que crée l’organisation chronologique.
Nécessité des datations
Privé de toute indication d’ancienneté, l’usager se trouve dans l’impossibilité de se livrer à
une réflexion sérieuse ou à l’analyse d’une expression donnée, tant la formation d’une locution,
son aspect formel et son sens, bien souvent, sont liés à l’époque et aux circonstances qui l’ont
suscitée ou accueillie. En revanche, une date solide, étayée par une attestation bien
circonstanciée, peut balayer d’un trait une signification que l’on croyait claire et assurée, surtout si
cette date montre que la locution existait bien avant les événements qu’on lui supposait comme
origine. Cela se joue parfois à quelques années près, témoin s’en foutre comme de l’an quarante,
qui paraissait désigner l’an 40 de la République tant que l’on supposait l’expression créée sous le
Directoire par les ennemis de la Révolution. Or la découverte d’une attestation irréfutable pour
1791, avant qu’il ne fût nulle part question de République, anéantit d’un seul jet cette
interprétation-là et oblige à émettre une hypothèse plus serrée.
Dans un sens inverse, le fait qu’une locution n’apparaisse dans l’usage que très longtemps
après les événements auxquels on l’attribue rend fort douteuse cette attribution même – sans
toutefois l’éliminer radicalement si l’écart de temps n’est pas trop absurde. Ainsi, pour conter
fleurette, qui fleure, certes, une gaillardise de bon aloi et d’humeur ancienne, certains n’hésitent
pas à la faire venir du temps des cours d’amour, en signalant qu’au Moyen Âge les amoureux
s’offraient volontiers des fleurs ! Bien sûr, mais le fait qu’aucun chroniqueur ne l’ait jamais
e
e
employée ni au XV ni au XVI siècle, même les plus salacieux, qu’elle n’apparaisse nulle part avant
e
le XVII , renvoie cette interprétation moyenâgeuse au rang des fantaisies. D’autres envisagent pour
elle une création anecdotique : les gens de Nérac, dans le Lot-et-Garonne, où l’ancienne cour de
Navarre avait un château, croient dur comme fer que l’expression conter fleurette vient d’une
frasque de « Nostre Enrique » (le futur Henri IV), lequel, dans sa jeunesse, avait séduit puis
abandonné une pauvre pastourelle nommée Fleurette. Ils affirment que de cette action grivoise,
qui causa la mort de la pauvre enfant (dont une touchante statuette commémorative orne le
parc), est tiré le fameux dicton conter Fleurette. Or l’expression n’apparaît pour la première fois
e
qu’au milieu du XVII siècle, cent ans après la jeunesse du Vert-Galant… On n’en trouve aucune
trace dans l’entourage linguistique du roi de France et de Navarre, malgré une relative abondance
de témoignages écrits, ni de son vivant, ni après sa mort tragique, ni en français, ni en gascon. Il y
a dès lors très peu de chances que la « pieuse » explication des Néracais possède une once
d’authenticité. Au contraire, il y a toute apparence que cette « origine » a été, comme beaucoup
d’autres, forgée a posteriori, à cause du succès de cette expression venue dans l’usage courant au
e
XVIII siècle. Ainsi progresse la vérité dans ce domaine – comme toujours en histoire – par
accumulation de données, tâtonnements et dépouillements.
Que signifie une datation ?
Repérer l’apparition d’une tournure dans un texte daté – ce qui s’appelle une première
attestation – permet seulement d’affirmer que la locution existait déjà à l’époque dont il s’agit.
Cela ne signifie évidemment pas qu’elle n’avait pas été créée avant cette date-là ! En fait, elle
avait nécessairement cheminé dans l’oral pendant quelques années ou quelques décennies – voire
plus d’un siècle en ce qui concerne les périodes reculées où l’écrit était plus rare. Mais
l’attestation constitue la preuve matérielle que l’expression était employée, sous la forme où elle
est citée, à partir de la date où on la trouve.
Cette apparente simplicité, qui prend l’allure d’une vérité de La Palice, est néanmoins
essentielle, et pas toujours commode à observer dans la pratique. La stricte observation d’une
telle donnée permet pourtant d’écarter bien des fausses pistes et beaucoup de discours oiseux.
Les textes eux-mêmes sont datés par leur première publication – la seule significative. Cela
est vrai pour les textes modernes, et en général pour ceux qui furent rédigés après la diffusion de
l’imprimerie. Pour les écrits plus anciens, qui ont été publiés très longtemps parfois après avoir été
e
e
établis – certains ouvrages du XIII ou du XV siècle ne furent imprimés qu’au siècle dernier –, c’est
la période de leur rédaction, connue ou déduite, qui sert de référence. C’est le cas également des
Mémoires (Commynes ou Saint-Simon), des correspondances (Sévigné ou Flaubert), ou même de
certains écrits littéraires (Diderot) pour lesquels il s’est écoulé jusqu’à plusieurs siècles entre leur
production et leur publication.
Naturellement, une première attestation est par nature provisoire. Elle demeure valable
aussi longtemps que l’on n’en découvre pas une autre, plus lointaine. Conter fleurette, pour
reprendre ce cas, est enregistré une première fois en 1654 : pour l’instant, c’est la meilleure date
que nous ayons. Cela ne garantit pas que l’on ne puisse trouver cette expression dans une
mazarinade datée de 1649, par exemple, et qui n’a encore été repérée par aucun chercheur. Le
travail de datation consiste précisément à « remonter » les premières attestations par des
lectures nouvelles, les plus variées possibles, dans les sentiers les moins battus de la littérature de
toutes les époques. Une activité qui s’apparente, quoique d’une manière lointaine, à la cueillette
des champignons, où il vaut mieux battre les bois qui n’ont pas été visités par d’autres…
e
Heureusement le nombre d’écrits, à partir du XVI siècle surtout, est suffisamment élevé, et
ces écrits sont eux-mêmes suffisamment divers, puisant dans des zones de langage dissemblables
qui s’étendent des parlers de la Cour à ceux des malfrats. Une façon de dire, même la plus triviale,
ne peut guère passer totalement à travers les mailles du filet ainsi tendu – au moins sur une
période un peu longue, et pour les locutions qui furent d’un usage étendu et d’une fréquence
d’emploi normale. Trouver aujourd’hui une attestation de conter fleurette vers 1600 n’est pas
positivement inconcevable – mais c’est très improbable après les dépouillements qui ont été faits
e
des récits amoureux et polissons du début du XVII siècle.
e
Plus on se rapproche de l’époque contemporaine, et au XIX siècle déjà, plus l’abondance
réelle de textes de toutes natures, romanesques ou séditieux, fournit un corpus solide. Moins il y a
de risque, par conséquent, de laisser s’égarer une trouvaille langagière qui aurait eu quelque
popularité. D’autant qu’à part les textes eux-mêmes il existe (depuis la publication du « Nicot » en
1606) un nombre croissant de lexiques, dictionnaires et glossaires plus ou moins volumineux et
exhaustifs, lesquels ont sans cesse balisé d’une manière plus serrée les nouveautés du langage.
Pour ce qui est des dernières décennies, il y a pléthore de journaux, de livres, de BD – on croule
plutôt sous les publications qui utilisent le français tous azimuts ! Et cela est très confortant.
Néanmoins, il demeure toujours un décalage obligé entre l’invention orale d’une tournure et
sa mise sur papier. Même de nos jours, où le langage, comme le reste, bat des records de vitesse,
il peut s’écouler quelques semaines, et plus vraisemblablement quelques années, avant qu’un bon
mot atteigne l’imprimerie. Cela dépend s’il circule dans les milieux mondains de Paris ou parmi les
spirituels loubards des périphéries de Marseille ou de Lyon. À vrai dire, cette notion de « milieu »
est essentielle à l’évaluation d’une antériorité quelconque, et parfois déterminante, car dans tous
les cas les délais sont incomparablement plus longs s’il s’agit d’une phraséologie populaire que si
e
l’on a affaire au parler d’un groupe social proche des « moyens de diffusion ». Au XVII siècle, par
exemple, un trait d’esprit lancé à la Cour a toutes les chances d’être relevé et enregistré par écrit
dans les jours ou les mois qui suivent, alors qu’une calembredaine de cordonnier, si elle a de
l’avenir, mettra près d’un siècle pour se frayer un chemin jusque dans un livre.
Finalement, c’est cette zone intermédiaire du langage – celui des « petites gens » de
l’artisanat ou du commerce – qui est la plus difficile à cerner. C’est parce que ce parler,
simplement populaire, a toujours été le moins « voyant » qu’il a été tenu le plus longtemps à
l’écart des « enregistrements ». Bien plus longtemps que le langage des classes huppées, cela est
évident, mais aussi plus longtemps que l’argot proprement dit : celui des prisons et des bagnes,
que l’on saisit très bien à cause des procès et des procès-verbaux dans lesquels il est entré au
cours des siècles. On connaît beaucoup mieux l’évolution historique de l’argot de la pègre que du
langage des « bonnes gens » qui n’ont jamais trop « fait parler d’eux » !
Les dates et les périodes que nous indiquons dans ce livre sont donc celles du repérage des
e
locutions et non, bien entendu, celles d’une hypothétique création. L’indication « début XX »
e
(■ d. XX ) signifie que l’expression est repérée entre 1900 et 1930. Si une date plus précise est
fournie, ◪ 1925 par exemple, il y a fort à parier que la locution en question s’est formée soit
pendant la guerre de 14-18, soit un peu avant – tout dépend, encore une fois, de sa nature. Si la
date de repérage est ◪ 1905, il est clair que l’expression a pu se créer, sauf exception, au cours des
années 1880 ou 1890.
e
Cependant, lorsqu’on passe au XVII siècle, l’approximation est nécessairement plus lâche. Le
retard à l’enregistrement peut atteindre alors – toujours selon le registre auquel appartient la
e
locution – quatre-vingts ou cent ans. Ainsi ■ d. XVII signifie que la locution écrite est trouvée,
comme un champignon, à cet endroit-là du temps. Elle pouvait être parlée depuis l’époque de
er
François I , ou plus récente, comme plus lointaine encore. De même, la date ◪ 1640, qui est celle
fournie par le dictionnaire d’Oudin, indique que les expressions enregistrées par ce précieux
recueil avaient cours sous le règne de Louis XIII, et de son père Henri IV probablement, c’est-à-dire
un gros demi-siècle au moins avant leur parution dans les Curiositez françoises.
Il convient de préciser ici une importante notion corollaire : si nous sommes en mesure de
repérer, avec les approximations que l’on vient de situer, la naissance d’une expression, nous
sommes en général incapables de dire quand cesse son emploi – pour celles qui ont aujourd’hui
disparu de l’usage. À quel moment une locution qui n’est plus employée devient-elle
définitivement obsolète ? C’est extrêmement difficile à préciser, pour plusieurs raisons.
Il existe d’abord un premier phénomène de rémanence qui est caractéristique des
dictionnaires. Les auteurs de lexiques sont par vocation même des conservateurs : s’ils se
montrent généralement timides pour accueillir les mots nouveaux – avec quelques raisons de
prudence d’ailleurs –, une fois qu’ils les ont, ils les gardent ! Du moins, comme ils s’inspirent
toujours du travail de leurs devanciers, ils hésitent à rejeter la moindre chose dans l’oubli, de peur
d’être accusés de lacunes. Ainsi des termes et tournures oubliés de tous – sauf des dictionnaires !
– sont-ils colportés de siècle en siècle, parfois ornés de l’épithète vieilli.
À notre avis, les dictionnaires en usent fort sagement, car, outre que l’on peut avoir recours à
un lexique pour ces termes-là, justement, que l’on ignore, rien n’est plus fluctuant que la notion
d’archaïsme. D’abord, un terme inusité depuis longtemps dans le discours ordinaire peut resurgir,
se raviver, revenir en bouche comme à la parade. Il n’y a pas si longtemps – dans les
années 1940 –, le mot péage était un mot mort, oublié, un vieux mot des dictionnaires, qui
racontaient qu’au Moyen Âge on devait payer pour passer sur les ponts. Et puis il y a eu le pont
onéreux de Tancarville, les autoroutes… Le mot péage est aujourd’hui clinquant, tout neuf !… et,
pour des personnes de 15 ans qui ignorent tout de son éclipse séculaire, l’un des beaux mots
magiques de leur modernité. Une langue est un réservoir, il est heureux que l’on puisse y puiser en
cas de besoin. À dire vrai, notre espoir, en publiant ce livre, est aussi que quelques-unes de ces
bonnes vieilles locutions que nous donnons en spectacle au lecteur retrouvent, ainsi remises à
flot, une nouvelle vie et vigueur – après tout, il suffit de l’engouement de quelques bons
journalistes !…
Obsolète ? Mais qui peut affirmer qu’un mot ne fait plus partie de la langue dès lors qu’il est
encore employé par des gens, même âgés, en certains endroits du territoire, ou par certaines
classes de la société ? Décider qu’il est désuet, c’est déclarer ces gens indignes de langue ! Faut-il
en juger encore, comme naguère les grammairiens, par le seul usage de la « bourgeoisie parisienne
cultivée » ? Dans la réalité, la sortie d’une expression de la langue se trouve énormément différée
en certains lieux, certains domaines – par certaines gens qui partout perdurent. Surtout, il ne faut
pas penser que lorsqu’une expression nouvelle est née, elle remplace immédiatement l’ancienne.
Il existe une période au moins de chevauchement, dont la durée est éminemment variable, où les
uns emploient la nouvelle, les autres l’ancienne. Tout battant neuf, donné par Oudin en 1640
e
(l’expression date donc vraisemblablement du XVI siècle), a été supplanté, semble-t-il, par tout
flambant neuf, relevé par Delvau en 1867 (donc logiquement créé sous la monarchie de Juillet).
Mais à quel moment peut-on déclarer que le passage s’est accompli, définitivement ? Nous
donnons ici tout battant neuf avec une citation de Georges Darien dans Biribi de 1888 – mais saiton si, dans certains cantons des Alpes ou de Vendée, les bonnes gens ne disent pas encore
aujourd’hui d’un tracteur rutilant de peinture fraîche qu’il est tout battant neuf ?
En fait, ce que l’on pourrait faire à la rigueur, dans un ouvrage tel que celui-ci – si ce n’était la
lourdeur qui résulterait de ce procédé –, serait de fournir une citation très proche de l’apparition
de la locution, une première attestation idéalement (mais certaines expressions nous sont d’abord
connues seulement par les voies d’un lexique – Oudin, etc. – sans ornement contextuel), et de
fournir ensuite, à titre indicatif, la dernière citation qui serait apparue dans la documentation. Or
le ratissage « de queue » systématique nécessaire à ce double traitement – lequel supposerait la
constitution d’un fichier démesuré – n’a évidemment pas été effectué par nos soins, tout entiers
accordés aux « naissances ». Ce que nous avons essayé de faire cependant, lorsque l’occasion
s’est présentée, c’est de fournir une citation proche du « départ » pour les locutions qui sont
encore en plein usage, et, pour les locutions devenues caduques, des citations relativement
« récentes » – les plus éloignées de leur origine en tout cas afin de mesurer leur permanence dans
la langue. Par exemple ◪ 1640 je l’aime comme mes petits boyaux est assorti de la citation la plus
tardive que nous ayons rencontrée : « Elle m’aimait ! Autant que ses petits boyaux », dans une
Parodie de Zaïre de 1732 – cela donne au moins un aperçu de la longévité de cette expression
d’amour extrême.
Ajoutons qu’une « première attestation » se distingue dans cet ouvrage par le fait que la
citation donnée porte la même date que celle du repérage initial. Par exemple ◪ 1851 avoir les
paupières en capote de cabriolet est illustré par une citation puisée chez H. Murger et datée
précisément de 1851. Ces premières attestations « remontent » généralement la date
précédemment admise (1928 pour cet exemple) et elles proviennent dans la quasi-totalité des cas
de notre documentation propre.
Le problème particulier des origines anecdotiques ou littéraires
Contrairement à une croyance commune, il est rare, pour ne pas dire rarissime, qu’une
expression imagée ait pour origine une anecdote. Cependant, il en existe quelques-unes – du
moins en apparence – que l’on croit évidentes dans la mesure où elles se rapportent à des faits
historiques. On dit par exemple c’est un coup de Jarnac pour désigner une action inattendue, voire
traîtresse, qui porte un grave préjudice à celui qui la subit. On le sait, l’allusion est celle d’un duel
qui eut lieu le 10 juillet 1547 dans les fossés du château de Saint-Germain-en-Laye, devant toute la
Cour réunie aux fenêtres, entre La Châtaigneraie et le sire de Jarnac, lequel battit son adversaire,
contre toute attente, à l’aide d’un coup au jarret de son invention, demeuré célèbre. Un premier
mouvement ferait donc dater l’expression de 1547 et même du mois de juillet. Or il en va tout
autrement.
En réalité, l’expression en elle-même, un coup de Jarnac, avec sa forme et son sémantisme
propres, fonctionnant comme une locution autonome, ne se rencontre pas avant la fin du
e
XVII siècle. Cela signifie que l’on n’a parlé d’un coup de Jarnac, pour une action traîtresse en
général, qu’au moins cent ans après les faits : ni Oudin ni personne ne le signale, ce qui, étant
donné le « milieu » – la noblesse et la Cour (milieu le plus favorable qui soit à un enregistrement
précoce) –, constitue quasiment une preuve « par défaut », au moins une très forte présomption
de non-existence. Ce dont on a parlé, abondamment si l’on en croit les allusions fréquentes, c’est
de ce duel étonnant qui frappa les témoins, où le plus faible mais le plus habile avait écrasé le plus
fort (La Châtaigneraie était un bretteur redoutable et Jarnac un freluquet) : une sorte de combat
de David et Goliath. C’est donc d’un récit, parvenu à un niveau presque légendaire, qu’est née,
e
dans la seconde moitié du XVII siècle, l’expression un coup de Jarnac et non de l’anecdote ellemême, tout historique qu’elle soit.
Dans une certaine mesure, il en va de même du mot de Cambronne, qu’il serait erroné de
e
dater de 1815. Ce n’est que beaucoup plus tard, passé le milieu du XIX siècle (première
attestation : 1866), que l’expression signifiant « merde » s’est mise à être employée en tant que
telle. Là encore elle s’est forgée sur des récits, plus ou moins fondés – mais que sait-on vraiment ?
C’est la pudibonderie bourgeoise ultérieure qui a fait douter d’un terme si parfaitement en usage à
l’époque. Toujours est-il que l’on disait, dans la bonne société louis-philipparde des années 1840,
le mot qu’a prononcé le général Cambronne, et l’on racontait à qui mieux mieux des anecdotes sur
Cambronne dans la vie civile bien après Waterloo, faisant des mines pudiques lorsqu’il était
question de « son mot ». Là encore l’expression est nettement séparée, quoique par un temps
moins long, de son histoire fondatrice – elle s’est créée uniquement sur la légende, et non sur
l’anecdote dont nul ne peut dire si elle a eu lieu.
Plus subtile encore est la datation des dictons, proverbes et adages qui sont des allusions
littéraires. La valeur n’attend pas le nombre des années, dit-on parfois – et l’on cite un alexandrin
de Corneille. On en cite d’autres, de Racine, de Molière… Ce précepte de Boileau : cent fois sur le
métier remettez votre ouvrage. Oui mais la question est : depuis quand les cite-t-on ? Doit-on
dater la locution proverbiale la valeur n’attend pas le nombre des années de 1636, l’année où
Corneille fit jouer Le Cid ? Sinon à quel moment doit-on considérer qu’elle a pris son indépendance
et qu’elle apparaît dans le discours séparée de sa source ?
La réponse est délicate, car l’on ne connaît pas les intentions réelles des locuteurs, du reste
cultivés, sous la plume desquels elle apparaît. Ce que l’on peut remarquer toutefois, c’est que le
théâtre classique dont sont extraites ces locutions n’eut une faveur populaire, ou tout au moins
e
un public nombreux et enthousiaste, que lors de sa « redécouverte » au XIX siècle. C’est avec les
années 1840, à cause de la présence de l’étonnante Rachel, jugée sublime dans les rôles de
Camille, de Bérénice, etc., que ce répertoire classique connut soudain une vogue, une ferveur qu’il
n’avait jamais eues à une telle échelle. Là s’établit une connivence suffisante entre un très grand
nombre de gens, qui est la condition pour qu’une allusion littéraire puisse fonctionner, puis voler
éventuellement de ses propres ailes, détachée de l’œuvre même. Ce moment, s’il existe, est
particulièrement malaisé à saisir.
Le cas très particulier des Fables de La Fontaine, qui ont fourni au français un nombre
appréciable de locutions toujours plus ou moins courantes, illustre assez bien ce propos. Les
Fables furent publiées, avec des succès divers, en 1668, 1678-1679 et 1694 principalement. Peuton considérer ces dates comme celles des locutions figées qui en sont issues, soit en toutes lettres
– un vers emprunté qui a fait son chemin seul –, soit par adaptation en une formule qui résume la
morale de la fable ? À l’évidence non. Dans beaucoup de cas, il faudra même attendre que la
e
poussée de l’alphabétisme, au XIX siècle, ait pris suffisamment d’ampleur pour qu’un public
vraiment nombreux ait accès aux Fables, dont les traits « moralisants » deviennent alors des
dictons : la raison du plus fort est toujours la meilleure, etc. La floraison scolaire qui termina le
siècle, avec l’apprentissage par cœur qui la caractérisait, donna aux adages du « bon » fabuliste la
qualité de fonds commun de culture française « populaire », en même temps que la connaissance
des Fables devint un gage d’alphabétisation.
Il est donc peu commode de juger le degré de popularité, à un moment donné, d’une
expression tirée de La Fontaine. Prendre, se tailler la part du lion dans une affaire est adapté de La
Génisse, la Chèvre et la Brebis en société avec le Lion (qui est de 1668). La locution était
e
apparemment assez bien en vogue au début du XIX siècle pour que Vidocq l’emploie en 1828 et
qu’elle soit enregistrée par le Dictionnaire de l’Académie en 1835. Mais, pour quelques
métaphores ainsi nettement situables, beaucoup d’emplois demeurent insaisissables. Cela
d’autant plus que La Fontaine a parfois bâti toute une fable sur une expression populaire
préexistante, à laquelle il a par là même redonné un second souffle.
Chronologie et évolution
Chronologie et évolution
L’une des autres complications – assez nombreuses au demeurant – que l’on rencontre en
voulant dater les expressions imagées provient de l’évolution des sens, avec le phénomène de
dissociation que nous avons décrit. Par exemple, n’être pas piqué des vers apparaît en 1832 au
sens métaphorique (pris au bois) de « solide, sain, plein de sève, de verdeur », appliqué d’ailleurs à
une jeune fille. La locution conservera cette acception d’origine pendant plusieurs décennies –
doublée, dès les années 1840 probablement, par sa variante fantaisiste pas piqué des hannetons
(à cause d’une invasion de ces coléoptères un mois de mai à Paris, où ils mangèrent toutes les
feuilles, laissant les arbres aussi nus qu’en hiver, décharnés, étiolés… « piqués » par ces diables de
hannetons !…).
Il se trouve qu’à partir de la verdeur des gens on a glissé progressivement vers la verdeur
d’une histoire, comme on dit, « un peu forte ». Tant et si bien qu’une histoire qui n’est pas piquée
des vers a fini par signifier un conte franchement grivois – assez salé, même, dans le genre ! Or, à y
e
regarder de près, ce dernier sens appliqué à une histoire n’apparaît pas avant le début du XX siècle
e
(la toute fin du XIX à la rigueur). C’est seulement par un effet rétroactif que nous attribuons cette
nuance salace à l’expression lorsque nous la rencontrons dans un texte des années 1870 par
exemple, où elle signifie seulement « forte », au sens de « juteuse ». Dès lors, comment dater ?…
Devions-nous ne tenir compte que du seul aspect morphologique de la locution et lui accoler dans
tous les cas la date de sa première attestation : 1832 ? Sauf qu’elle ne peut figurer dans le thème
e
GROSSIÈRETÉ qu’à partir de f. XIX , au mieux ; l’y placer dès 1832 serait une erreur d’interprétation
patente.
Nous avons donc résolu de classer chaque fois une locution à la période, ou à la date, qui
correspond au sens défini à la fois par le thème et le commentaire. Ainsi n’être pas piqué des vers
apparaît-il aux thèmes ÂGE (sous-thème JEUNESSE) et ROBUSTE en 1832, et au thème GROSSIÈRETÉ à
e
f. XIX . Assurément, pour toutes ces expressions à glissement de sens – jeter son bonnet par-dessus
les moulins, être mal embouché, etc. –, il eût été souhaitable de pouvoir expliciter par un signe,
typographique ou autre, ce qui était l’acception première et l’acception dérivée, seconde venue.
Malheureusement, cela aurait apporté, dans un classement déjà complexe, une variété d’ennuis
supplémentaires, et nous avons provisoirement renoncé à ces signalisations, au profit d’une
bonne lisibilité de l’ouvrage. Ce sera au lecteur de faire la démarche, et de s’assurer, le cas
échéant grâce à l’Index des expressions, si la date qui est fournie dans un thème est la plus
ancienne de toutes.
Plus simple, au fond, est l’évolution morphologique : si une expression change légèrement de
forme – se simplifie ou s’amplifie, se résume en mots presque identiques –, il suffit de donner
chacun de ces avatars en lieu et place… On aura ainsi, dans le même thème, la lecture directe de
l’évolution. En outre, ce choix permet de ne pas extrapoler et de distinguer des expressions qui ne
doivent pas être confondues.
Ainsi on relève chez Oudin en 1640, pour décrire un bon accord, une amitié proche : ce n’est
qu’un cul et une chemise, « ils sont toujours ensemble, ils ont de grandes intelligences ». De toute
évidence cette fois, il s’agit là de la forme première de l’expression actuelle bien connue être cul
et chemise. À quel moment s’est produit le changement, le passage de l’une à l’autre ? Peut-être
assez tardivement, ou peut-être y a-t-il eu une période de chevauchement très prolongée ? Car
nous ne relevons être cul et chemise pour la première fois qu’en 1894, à Lyon. On peut à la rigueur
en conclure que cette dernière a peut-être vécu longtemps sous la forme d’un régionalisme oral,
avant d’entrer dans des zones de langage ayant fait l’objet de transcriptions, mais la stricte
observance de la règle simple et salutaire énoncée plus haut nous interdit d’extrapoler et de
prétendre qu’être cul et chemise, « sous la forme où elle est citée », date du règne de Louis XV !
1894 est, pour l’instant, son apparition, en attendant mieux.
Par ailleurs, l’observation de la chronologie procure au lecteur quelques joies tranquilles, car
elle constitue une source d’informations très passionnantes. Elle permet en effet de suivre, étape
par étape, l’évolution d’une expression donnée, ce qui est riche en renseignements non seulement
linguistiques, mais également historiques sur les mœurs, les us, les coutumes. Le « langage privé »
touche de près à l’Histoire dans la mesure où les façons de dire sont souvent le reflet des façons
de faire.
Nous disons d’une chose impossible, qui n’arrivera jamais, qu’elle arrivera la semaine des
quatre jeudis, et nous sourions à la pensée de ces jeudis scolaires d’autrefois – du temps où les
technocrates avec leurs moustaches et leurs grands tabliers pleins d’éclaboussures n’avaient pas
encore planté leurs coutelas dans le doux lard des traditions séculaires !… Les quatre jeudis, quelle
invention ! Par manière de parenthèse, notons qu’on ne dit pas pour autant la semaine des quatre
mercredis – nous avons inconsciemment la notion qu’au-delà de l’incongruité des mots, ce serait
faux. On a raison, ce serait absurde, un coup d’œil au thème JAMAIS nous en convaincra. Car on
e
s’aperçoit qu’il y eut d’abord trois jeudis au XVI siècle dans cette fameuse semaine irréelle – et
qu’ils n’avaient aucun lien avec l’organisation scolaire, puisque, avant encore, c’est de deux jeudis
qu’il s’agit, en une époque où les écoles n’avaient aucun congé de toute façon ! En réalité, au
Moyen Âge et encore longtemps après, le jeudi était un jour gras, un jour de ripaille, afin de se
prémunir contre le jeûne du vendredi – une raison analogue à celle qui a fait le « mardi gras » la
veille du commencement du carême. Ah les beaux jeudis, donc, d’onctueuses crèmes, de
piquantes salaisons ! Les jeudis de panse pleine – et de danse alors, pour ne pas faire mentir le
dicton. Un jeudi festif – il nous en reste celui de l’Ascension : choyons-le, il permet les ponts (très
profondément culturels eux aussi), avant que les technocrates aux crânes carrés ne s’avisent d’y
planter leurs sabres !… Bref, jeudi joyeux : à en souhaiter deux dans une impossible semaine… Puis
trois, par surenchère et amour de la trinité. Lorsqu’il fut question d’accorder aux écoliers une
journée de vacances, ce fut, par habitude et longue tradition, le jeudi qui naturellement se
présenta. Par voie de culture, si l’on peut dire. C’est ce qu’apprend un regard sur la chronologie de
ces expressions populaires.
e
Intéressantes aussi sont les strates qui ont abouti, vers le milieu du XIX siècle, à faire la
grasse matinée – avec la nuance qu’il semble y avoir eu entre ce dernier stade (dernier à nos
e
jours : nul ne peut jurer de rien !) et la forme qui le précédait depuis le XVI : dormir la grasse
matinée, les deux formes ayant « chevauché » quelque temps. On disait dormir la grasse matinée
parce que l’on restait au lit pour y dormir vraiment – s’éveiller tard, paresseusement… Faire la
grasse matinée, semble-t-il, d’après les exemples, c’est rester au lit le matin, mais également pour
y flâner, y faire autre chose que dormir si l’on veut. Cela marque un cran supplémentaire dans la
paresse, mais aussi un changement significatif de l’environnement du dormeur… On peut voir dans
cette gradation le reflet d’un confort accru de l’habitat bourgeois, l’importance grandissante
donnée à l’installation de la chambre à coucher entre le premier Empire et le second, et qui
permet dès lors de paresser dans sa chambre sans même être endormi – pour y vaquer à des
occupations intimes. Avec l’autre habitude, qui grandit chez les gens aisés à cette même époque,
d’avoir une chambre à coucher pour soi seul. On partage de moins en moins ce lieu – voire ce lit,
comme jadis ! – avec d’autres membres de la famille. C’est la montée de la notion relativement
nouvelle d’intimité… Dormir ou faire la grasse matinée : sous cette modification de forme anodine
en apparence se cache une transformation profonde des mœurs du temps… Au fond, on est très
e
loin du mauvais coucheur : celui avec qui on partage un lit dans une auberge du XVII siècle et qui
vous empêche de dormir !
Les faux archaïsmes
Parmi les heureuses surprises qu’apporte la chronologie, on peut classer des observations
curieuses à voir – et autrement inimaginables – sur le fonctionnement de la langue. On
remarquera tout d’abord que l’allure générale d’une tournure proverbiale, son aspect ancien,
vieux comme les chemins, rend celle-ci comme plus universelle. On la trouve plus fiable d’avoir
traversé ainsi d’épaisses couches du temps, toute chargée de la sagesse des ancêtres. À bon chat,
bon rat ! Les formules ramassées, assonantes, à l’ancienne, plaisent aux gens : comme le vieux
meuble, c’est du solide !…
Jean de La Fontaine, ce merveilleux poète coureur de jupons, sentit fort bien les valeurs
sentencieuses de l’archaïsme : il en usa. Il en forgea quelques-uns afin de donner une pointe
mieux acérée à ses flèches – et c’est certain, elles ont glissé dans l’air et franchi le temps. Rien ne
sert de courir, il faut partir à point est mieux frappé, plus patiné d’allure, mieux taillé pour la
e
course, en somme, que la formule populaire en vigueur dès le XVI siècle qui lui a servi de modèle :
ce n’est pas tout de courir, il faut partir à temps. L’archaïsme, c’est la forme aérodynamique d’une
sentence…
Ainsi en est-il des poètes – mais il semble que la progression normale de la langue fomente
e
ce genre de glissement vers l’ancien. On disait en 1640 (et au XVI siècle assurément) à quelque
chose le malheur est bon – ce qui nous semble pataud, tout à coup, avec ce le parasite et banal…
Nous, dont l’oreille est accoutumée à la formule elliptique qui fait tellement mieux « proverbe » !
Or notre forme à l’ancienne est relativement récente : à quelque chose malheur est bon n’apparaît
dans notre documentation qu’en 1789. Cela signifie que la sentence s’est « archaïsée » toute
seule, comme une armoire de chêne se patine agréablement !
C’est là un processus surprenant, certes, mais qui a continué de courir, voire de s’amplifier. Le
e
XIX siècle en effet découvrit le Moyen Âge : dès les années 1820, des érudits, des éditeurs
enthousiastes entreprirent de publier des œuvres inédites, poursuivant un travail de lexicographie
et de dépouillement qui avait été commencé, à une moindre échelle, au siècle précédent. La
culture moyenâgeuse prit une coloration un peu mode, renforcée par les traits assez appuyés d’un
romantisme agissant. Il se créa en France, parallèlement à un travail culturel sérieux et efficace,
un « état d’esprit » friand d’archaïsme sous tous rapports, qu’il s’agît de pierres pour la
restauration des châteaux ou de mots pour les constructions dramatiques et romanesques. Ainsi
des travaux de l’architecte Viollet-le-Duc, qui prenait le Moyen Âge pour témoin, pour modèle – et
quelquefois pour cible.
On rencontre donc, dans la phraséologie de cette époque, un certain nombre d’expressions
courantes forgées avec des mots désuets et qui semblent se référer aux très anciennes pratiques.
On parle alors, pour les pièces d’or, d’espèces sonnantes et trébuchantes – la balance appelée
trébuchet donnant à l’oreille l’image d’une vieillerie amusante. Cette monnaie-là semble rouler sur
les tables massives des hostelleries fréquentées par Villon au temps jadis des dames et des neiges
où les gens savaient à l’occasion se payer une pinte de bon sang !… Or se faire du bon sang, au lieu
de mauvais sang, est une façon de parler traditionnelle – mais de là à s’en offrir une pinte ! Dans
la réalité, aussi bien cette locution à forte image que les espèces sonnantes et trébuchantes
n’apparaissent jamais nulle part « sous cette forme » avant… 1830 ! (Espèces sonnantes est
apparu seul, par insistance, vers 1720, tandis que les pistoles trébuchantes existaient dès le
e
XVII siècle.) Ce sont des créations récentes, de faux archaïsmes inspirés par un moyenâgisme
endiablé – l’aspect Viollet-le-Duc du langage.
Mais le plus étonnant sans doute de ces faux archaïsmes se découvre – avec énormément
d’à-propos il faut croire – au thème ÉTONNEMENT. On dit d’une personne qu’un événement
quelconque a fort surprise qu’elle est restée comme deux ronds de frite – et cela est récent, qui
e
reprend deux ronds de flan, datant de la fin du XIX . On dit aussi qu’elle est restée baba, le modèle
des deux précédentes, qui remonte aux environs de 1800. Ces trois expressions appartiennent dès
l’origine à la langue populaire, voire semi-argotique, et sont restées dans le registre familier. Il
manquait à l’usage de tout le monde, mais d’abord à la société « comme il faut », une locution un
tant soit peu coquette, gentiment animée, porteuse du saisissement qu’il fallait… Et bouche bée ?
Rester bouche bée devant un spectacle fascinant est une expression très parlante – si l’on peut
dire ! Elle évoque le menton qui tombe involontairement, la bouche qui reste ouverte,
d’admiration et de surprise mêlées – exactement comme rester baba qui lui fait pendant. Tous les
dictionnaires, si on les interroge, expliquent que bée est le participe passé du très vieux verbe
béer, « être ouvert », qui nous a laissé aussi son participe présent béant, lequel sert encore assez
couramment aux gouffres, aux portes et accessoirement aux fenêtres – sans compter les trous…
Seulement, voilà la surprise : rester bouche bée, la locution, n’existe que depuis les
années 1880 où elle est repérée subrepticement une première fois avant d’entrer véritablement
dans l’usage aux environs de 1900 – un siècle, incidemment, après rester baba qui lui a
probablement servi de modèle formel. Comment cela est-il possible ? Eh bien, très simplement : il
existait une très ancienne expression gueule bée, qui a vécu en authentique archaïsme jusqu’au
e
début du XX siècle, au moins dans les provinces. Gueule bée signifiait naturellement « la gueule
ouverte » et s’appliquait métaphoriquement à une barrique, ou un tonneau, par exemple, dont un
des fonds a été ôté – cela sans aucune nuance de surprise. Malheureusement, rester gueule bée,
qui aurait calqué heureusement rester baba, ne pouvait convenir au langage bourgeois de la fin du
e
XIX siècle, même si l’image était saisissante, à cause de la vulgarité qui stigmatisait le mot gueule.
On a donc créé, assez astucieusement il faut le reconnaître, ce néologisme plus urbain à valeur
d’euphémisme : bouche bée. La nouvelle locution avait le ton qu’il fallait, devant elle un champ
vierge d’emploi, elle fut adoptée en un tournelangue par une vaste population, au point de
paraître ancienne à souhait. Il faut faire une justice : bouche bée est un faux archaïsme, certes,
mais très bien fait ! C’est de l’authentique poésie « populaire ».
IV. BIBLIOGRAPHIE ÉLÉMENTAIRE
La constitution du fichier servant de fondement à ce Bouquet a nécessité, depuis une dizaine
d’années environ, le dépouillement de plusieurs centaines d’ouvrages et de publications très
diverses, allant des grandes œuvres qui forment la littérature française (de Rabelais à Céline), à de
brefs opuscules et pamphlets de quelques pages. Il ne nous a pas paru important d’afficher toutes
ces parutions dans une bibliographie complète, encombrante et assez inutile en ce sens que nous
ne donnons pas en référence les paginations des citations fournies. En effet, nous avons préféré,
par souci de clarté, indiquer chaque fois la date de parution ou de rédaction du texte cité –
information primordiale pour le lecteur –, ce qui nous a incité à écarter pour des raisons de
lisibilité des numéros de pages dont l’utilité est voisine de zéro dans l’usage normal d’un ouvrage
comme celui-ci.
En conséquence, nous nous bornons à présenter succinctement les ouvrages généraux qui
ont servi de piliers à cette compilation historique, ainsi que quelques œuvres spécifiques, peu
connues du public, dont la fréquence d’utilisation réclame quelques mots d’éclaircissement. Les
œuvres les plus récurrentes sont presque toujours désignées en abrégé (ex. : OUD. pour OUDIN).
Quelques œuvres spécifiques au langage parlé
Naturellement, nous avons puisé nos citations dans le domaine commun de la littérature de
toutes les époques ; l’usager ne sera pas surpris de rencontrer ici et là des emprunts au Roman de
Renart ou au Roman de la Rose, à Ronsard, Rabelais, Corneille, Balzac ou Victor Hugo. Cependant,
ces « écrivains de toujours » ayant fait l’objet de dépouillements extensifs par les soins de nos
prédécesseurs – voire de ratissages systématiques comme par exemple la correspondance de
Flaubert par Rey-Chantreau pour le Dictionnaire des expressions et locutions figurées –, il nous
fallait, pour aller plus loin, aller « plus rare ». Nous avons plongé dans une zone d’écrits dont la
plupart sont oubliés, sauf de quelques érudits, ou qui sont introuvables pour quelques-uns d’entre
eux hors de la Bibliothèque nationale. Il s’agit d’auteurs peu connus, ainsi que d’œuvres anonymes
de différentes périodes dont la caractéristique est d’avoir employé abondamment le langage oral
de leur groupe social à une époque donnée.
À l’évidence, ces textes qui balisent l’évolution du français parlé constituent pour notre
domaine singulier des mines de citations utiles. Par conséquent, on trouvera dans le cours de cet
ouvrage des références dont les titres présentent une allure assez énigmatique, en même temps
qu’une fréquence déconcertante pour un lecteur non averti. Cela est d’autant plus sensible sans
doute que nous avons tenu à conserver pour ce corpus de citations anciennes leur orthographe
d’origine. En effet, la manière dont les scripteurs ont essayé de traduire sur le papier les sons du
langage populaire, quelquefois dialectal, devait être respectée sous peine d’incohérence ; cela
donne aux courts extraits que nous proposons un aspect parfois étrange – il suffit généralement
de les déchiffrer à haute voix pour que leur sens s’éclaire pleinement.
Nous inclurons dans un premier groupe une douzaine de textes qui s’étendent du début de la
e
Renaissance au premier tiers du XVII siècle – avant que la langue ne soit entrée dans ce qu’il est
convenu d’appeler la période classique. Il faut signaler tout d’abord, dans les franges de l’ancien
français proprement dit, Le Ménagier de Paris, livre anonyme, « composé vers 1393 par un
bourgeois parisien », un homme qui, autour de la soixantaine, voulut mettre par écrit tout son
savoir et toutes les recommandations pratiques qu’il se jugeait en mesure de fournir à l’usage de
sa très jeune épouse, une orpheline de 15 ans qu’il nomme « chère sœur » ; cela dans le but
explicite de mettre cette femme-enfant inexpérimentée en état de bien « ménager » (conduire) sa
maison et sa vie – fût-ce après la mort de cet époux âgé : « pour servir autre mary se vous l’avez
après moy, ou pour donner plus grant doctrine à vos filles, amies ou autres, se il vous plaist et en
ont besoing ». Émouvante attention, fort digne, et extraordinaire richesse d’informations sur les
e
usages bourgeois de la fin du XIV siècle à Paris : depuis les prières quotidiennes au gouvernement
des domestiques jusqu’à des recettes de cuisine… Le « ménagier » a même recopié à l’intérieur de
son manuscrit (imprimé seulement en 1847) un long poème instructif et moralisant de J. Bruyant :
Le Chemin de pauvreté et de richesse, écrit en 1342.
e
Au XV siècle, à côté des œuvres de Christine de Pisan, de Charles d’Orléans, de Villon et
d’autres, nous signalerons vers 1410 Les Quinze Joies de mariage, un anonyme qui traite gaiement,
en quinze historiettes, de la rouerie traditionnelle des femmes. Un demi-siècle plus tard, les Cent
Nouvelles Nouvelles (dont le manuscrit fut trouvé en 1467) sont l’œuvre d’une trentaine de
rédacteurs anonymes de la cour du duc de Bourgogne, Philippe le Bon. C’est, dans la lignée directe
de Boccace et à l’imitation des Facéties du Florentin Poggio, un recueil de contes brefs et
d’histoires égrillardes. Les Cent Nouvelles Nouvelles eurent une forte influence sur la pratique de
e
la plaisanterie dans tout le XVI siècle, à commencer sur Rabelais lui-même. De la même humeur,
assez misogyne, procèdent Les Évangiles des quenouilles (vers 1470), où des femmes filant
racontent leurs secrets, les histoires qui courent, et se donnent des recettes… de bonnes femmes !
Importants également sont les Mémoires que Commynes, ancien conseiller de Louis XI après avoir
été celui de Charles le Téméraire, écrivit dans les années 1490, et qui furent publiés en 1524. À la
même époque (vers 1491) parut l’œuvre baroque et satirique du Champenois Coquillart.
À côté des « folastreries » de Ronsard, Noël du Fail, « gentilhomme breton », composa dans
le sillage direct de Rabelais quelques récits qui mettent en scène des bonnes gens de son pays : ce
sont les Baliverneries d’Eutrapel, en 1548, les Contes d’Eutrapel et les Propos rustiques. Au début
e
du XVII siècle, cette veine conteuse n’était pas encore asséchée par la tournure fastueuse que
prirent les écrits français après 1630. Le Cabinet satyrique est un poème à tendance grivoise de
1618, Les Caquets de l’accouchée, en 1622, sont un « discours facétieux où se voient les mœurs,
actions et façons de faire de ce siècle ». Le procédé est analogue à celui des Évangiles des
quenouilles, et probablement inspiré de celui-ci : un « secrétaire » note jour après jour les propos
tenus par des femmes assemblées – ici à l’après-dîner dans la chambre d’une bourgeoise
nouvellement accouchée.
L’année suivante, 1623, Charles Sorel publiait la première édition d’un roman qui fut le « beste
seller » de tout le XVII siècle, Histoire comique de Francion (communément désigné par Francion),
dans un langage encore parfaitement vert – les dernières éditions, dans les années 1630, seront
d’ailleurs châtiées et expurgées pour se plier à la bienséance naissante en littérature. Une
comédie anonyme du même temps, Les Ramoneurs, écrite vraisemblablement en 1624 pour le trio
infernal de l’Hôtel de Bourgogne – Turlupin, Gros-Guillaume et Gautier-Garguille –, nous a fourni
une intéressante palette de premières attestations.
e
Un second groupe d’écrits parallèles, dès le milieu du XVIII siècle, relève de ce que l’on a
appelé la « littérature poissarde », à laquelle il faut ajouter ses propres dérivés de la période
révolutionnaire. Ce fut le comte de Caylus, grand érudit, spécialiste des antiquités égyptiennes, fin
lettré et minutieux observateur des façons de son siècle, qui, le premier, aborda l’écriture de
textes qui copiaient le parler, « vulgaire » certes, mais trépidant d’invention verbale, des petites
gens de Paris. Il y eut très probablement (encore que l’attribution de cette pièce soit contestée
par certains) Les Écosseuses, en 1739, qui mettent en scène les écosseuses de pois dans les halles,
haut lieu du langage « poissard ». Puis une série de récits divers, dont Histoire de M. Guillaume,
prétendus Mémoires d’un cocher, en 1740, Les Étrennes de la Saint-Jean, en 1742, Mémoires des
colporteurs, en 1748, bien d’autres encore, qui furent repris dans une édition d’ensemble en 1786
sous le titre générique Les Œuvres badines du comte de Caylus. La mode de ces textes « parlés »
fut bientôt reprise par un jeune contrôleur d’octroi, fils de cabaretier, Jean-Joseph Vadé, qui fut
sacré « poète poissard » avec La Pipe cassée, les Lettres de la Grenouillère, etc. Une foule d’autres
écrits, tous parfaitement anonymes mais dont les auteurs étaient des lettrés, parurent alors dans
cette amusante lignée : Le Goûté des Porcherons, en 1749, mettait en scène le célèbre lieu de
réjouissance populaire – et assurément de débauche – qu’était le quartier des Porcherons aux
portes de la ville ; Madame Engueule, en 1754 ; Le Panier de maquereaux, en 1764. Les Porcherons
sont un long poème héroï-comique en sept chants de 1773, dont le début renvoie explicitement
au début de l’Énéide : « Moi, je me borne à des héros,/Hardis pourfendeurs de gigots. »
Cette importante veine fut prolongée, au moment de la Révolution, par un grand nombre de
pamphlets, de libelles éphémères et parodiques : le Cahier des plaintes et doléances des dames de
la Halle, en 1789, La Bouillie pour les chats, le Dialogue pas mal raisonnable, le Journal des Halles,
le Journal de la Râpée – ces derniers en 1790 ; la plupart, hostiles aux enragés jacobins, utilisaient
le dialecte parisien pour mieux fustiger leurs ennemis. Ce fut aussi la technique du Père Duchesne,
comme des pamphlets qui le combattaient : Le Drapeau rouge de la mère Duchesne, le Grand
Jugement de la mère Duchesne, ou les Étrennes de la mère Duchesne, en 1792 (ceux-ci parmi des
dizaines d’autres).
e
Pour ce qui est du XIX siècle, la moisson est à la fois riche et complexe. Nous signalerons la
parution en 1828 et 1829 de récits en langage argotique signés par le célèbre bandit converti à la
police, Vidocq, sous la forme de Mémoires rédigés sous sa tutelle par Morice, puis Lhéritier. Par
ailleurs, il y eut tout au long du siècle l’importante production chansonnière qui débuta sous la
Restauration avec la gloire de Béranger, mais aussi du populaire Émile Debraux, goguetier et
homme du peuple, auquel on doit également des récits tels que Voyage à Sainte-Pélagie (la
prison), en 1823, Le Passage de la Bérésina en 1826, sans oublier un texte posthume que nous lui
2
avons attribué à juste titre : Les Amours secrètes de M. Mayeux, écrites par lui-même, paru
anonymement en 1832, que nous avons référencé ici en abrégé par Mayeux.
En ce siècle prolixe, un certain nombre d’auteurs, considérés aujourd’hui comme secondaires
par la tradition face aux géants de la plume, jouent ici un rôle spécifique par l’observation qu’ils
ont faite de la langue de leur temps. C’est le cas de Raspail, chimiste et humaniste, et bien sûr
d’Alfred Delvau, qui, outre son Dictionnaire de la langue verte si précieux, a publié des romans et
des récits dans lesquels il accorde une attention particulière aux façons de dire : Les Amours
buissonnières, en 1863, par exemple, ou Du pont des Arts au pont de Kehl, en 1866, qui est le
journal de bord d’un voyage en Alsace qu’il fit en compagnie de son ami Alphonse Daudet. Il faut
citer l’œuvre entière de Henri Murger, rendu célèbre par ses Scènes de la bohème en 1851, titre
original du roman republié plus tard, en 1855, sous l’appellation Scènes de la vie de bohème.
Alphonse Karr, auteur d’une trentaine d’ouvrages d’inspiration fort diverse, analyste passionné de
la société de son temps, fonda, seul, le prototype des journaux satiriques modernes, Les Guêpes,
dès 1839-1840.
e
Cependant, la gaieté n’est pas le fort du XIX , un siècle déchiré par les luttes sociales, les
tensions, les profondes mutations économiques, les guerres coloniales : une époque de transition
qui connut sept régimes politiques différents – une instabilité des institutions jamais rencontrée
auparavant dans l’Histoire, et qui marque le passage de l’État monarchique à l’État républicain, de
l’artisanat et de l’agriculture au monde industriel naissant avec l’accession des masses à la
responsabilité publique… Un siècle dont la production littéraire, en conséquence, est tout entière
tournée vers le sérieux, le tragique, l’expression des idées sombres ou la peinture des mœurs
sordides. La fantaisie, la comédie – le rire, en somme – furent relégués, cantonnés dans les genres
mineurs de la chanson, du vaudeville et du roman léger : des mines d’or pour le traqueur de langue
« relâchée », c’est-à-dire populaire et imagée.
Ainsi se situe l’œuvre très florissante de Paul de Kock, un romancier aussi abondant que
Balzac (et qui comme lui se réclamait de Molière). Relégué aujourd’hui aux oubliettes, il fut la
coqueluche de toute une classe de lecteurs et lectrices, petits et grands bourgeois, enclins à une
lecture de divertissement. Dans toute la France et à l’étranger dans les milieux francophones, la
notoriété de Paul de Kock, bien plus vaste que celle des écrivains devenus « officiels », n’était
égalée que par la gloire de Béranger. Nous avons abondamment fait usage dans nos sources de sa
production heureusement étalée dans le temps : de La Pucelle de Belleville en 1834 à Une grappe
de groseille en 1865.
e
En ce qui concerne la langue parlée, les dernières décennies du XIX sont occupées –
parallèlement à Zola, ou Courteline – par trois types d’écrits particulièrement riches : les romans
de Georges Darien sur la vie militaire – Biribi en 1888, L’Épaulette en 1900 –, les textes argotiques
d’Aristide Bruant et les poèmes de Jehan Rictus à partir de 1897 (Les Soliloques du pauvre). Ayant
passé son enfance dans l’Angleterre ouvrière et urbaine, Gabriel Randon, dit Jehan Rictus,
observait le bas langage du peuple de Paris avec un œil – et une oreille ! – passionné et ému. Enfin
la parution, de 1889 à 1900, d’un journal de tendance anarchiste, Le Père Peinard, entièrement
rédigé en « faubourien » par Émile Pouget, fournit une source de première importance (nous
avons utilisé pour notre dépouillement les extraits publiés par Roger Langlois en 1976 aux éditions
Galilée).
Les sources contemporaines se différencient sans doute moins nettement. Il est bon
toutefois de rappeler l’apport de l’œuvre mal connue de nos jours de René Benjamin (mort en
1948), dont le renom fut acquis grâce à un roman de guerre, le premier du genre, Gaspard, qui
obtint le prix Goncourt en 1915. René Benjamin fut pour le langage parisien du premier tiers de ce
siècle un observateur si minutieux qu’on le croirait muni d’un magnétophone avant l’heure. L’un
de ses textes, Le Palais et ses gens de justice, dont le manuscrit était terminé en 1914, ne put être
publié qu’en 1919 en raison de la mobilisation. Étant donné l’intérêt qu’il y a à distinguer pour
cette période une phraséologie apparue avant ou après la Première Guerre mondiale, nous
donnons pour le Palais la référence 1914, date de l’écriture du texte.
Un cas particulier de double référence est fourni par Antoine Sylvère, dont le second tome
des Mémoires (après Toinou), Le Légionnaire Flutsch, fut publié en 1982 aux éditions Plon. Sylvère
mourut en Auvergne, son pays natal, en 1963 ; le manuscrit où il avait consigné ses souvenirs fut
découvert alors, et l’on sait qu’il fut rédigé à la fin des années 1950. Or Le Légionnaire Flutsch
raconte, avec une mémoire précise, des événements qui eurent lieu en 1905 et 1906 ; le langage
qu’il prête à ses personnages s’avère tellement cohérent et en rapport exact avec ce que l’on
connaît par ailleurs de l’argot militaire d’Afrique, au début du siècle (Sylvère, paisible entrepreneur
en retraite, aurait eu bien du mal à l’apprendre dans son Auvergne au moment de la rédaction !),
que nous sommes tentés de penser, lorsqu’il emploie des termes qui seraient pour nous des
premières attestations d’époque, qu’il les doit vraiment à l’acuité de son souvenir qui lui a fait
conserver les dialogues dans la langue réelle où ils furent prononcés. C’est une interprétation
rendue vraisemblable par la prodigieuse mémoire dont furent dotés certains ruraux d’autrefois.
Nous avons donc résolu de donner comme référence aux citations extraites du Légionnaire
Flutsch, au moins à titre indicatif : SYLVÈRE, 1906-1950, où 1906 indique la date du récit et 1950 la
date de rédaction présumée.
Nous mentionnerons enfin l’œuvre de Raymond Guérin, fréquemment utilisée ici – L’Apprenti
surtout, de 1946 – parce qu’elle contient toute la langue imagée et populaire des années 1920 et
1930.
Lexiques anciens ou peu connus
(NICOT) = Jean Nicot, 1606
Thresor de la langue francoyse tant ancienne que moderne
Dictionnaire français-latin, avec souvent des commentaires en français, qui fut composé par
l’ancien ambassadeur et conseiller du roi Jean Nicot, mort en 1600. Il reprenait, pour le compléter,
un manuscrit du magistrat Aimar de Ranconnet (mort en 1559) – c’est-à-dire que ce dictionnaire
e
donne l’état de la langue au XVI siècle, malgré la date de publication posthume. Le « libraire juré »,
David Douceur, qui se chargea de la première édition en 1606, augmenta le texte de Nicot d’une
grammaire par Jean Masset, et d’un recueil de « proverbes communs en la langue francoyse »,
expliqués et commentés.
(OUD.) = Antoine Oudin, 1640
Curiositez françoises
C’est le premier dictionnaire en date consacré exclusivement aux locutions populaires, à
« plusieurs belles proprietez, avec une infinité de Proverbes & Quolibets, pour l’explication de
toutes sortes de Livres », par Antoine Oudin, « Secrétaire Interprette de sa Majesté » (Paris, 1640).
Nous avons exploité systématiquement ce monument indispensable, qui fournit un état très
précieux de la langue parlée par la petite bourgeoisie parisienne ainsi que par une partie de la
e
noblesse dans la première moitié du XVII siècle, et bien au-delà pour ce qui concerne les classes
populaires, les moins touchées par l’« épuration » du langage entreprise par la Cour pendant le
règne de Louis XIV.
(FUR.) = Antoine Furetière, 1690
Dictionnaire universel, recueilli et compilé par feu Messire Antoine Furetière, Abbé de
Chalivoy, de l’Académie Françoise (La Haye et Rotterdam, 1690)
Il s’agit du premier dictionnaire complet de la langue française, où les termes sont expliqués
sans recours au latin. Indispensable outil de connaissance de la langue « classique », il comporte
également une merveilleuse description de l’idiome familier des classes moyennes à la fin du
e
XVII siècle, incluant les locutions familières, tournures et façons de parler populaires – dites
« vulgaires », au sens de « communes », par opposition à « nobles », en cette époque d’élitisme
exacerbé. Bravant l’humeur des lettrés contemporains, le « romancier du réel » Antoine Furetière,
inventeur de la lexicographie moderne, accueillait dans son œuvre les termes des métiers et des
sciences, contrairement à la pratique aristocratique du temps. Il provoqua par là une vive réaction
de l’Académie française, qui s’opposa à la publication d’un tel ouvrage et vota l’exclusion de
l’auteur de parmi ses membres en 1685. Furetière mourut trois ans plus tard, épuisé par cette
querelle, sans avoir pu voir son dictionnaire imprimé ; il fut édité en Hollande, seule manière
d’échapper aux foudres de l’Académie, en 1690.
(TRÉVOUX) = Trévoux, 1771
Dictionnaire de Trévoux ou Dictionnaire universel, français et latin, vulgairement appelé D. de
T.
La première édition de cet ouvrage, en 1704, fut composée en trois volumes par les jésuites
de Trévoux, dans l’Ain ; elle ne faisait que reproduire, presque ligne à ligne, le « Furetière », dont
elle pillait même le titre. L’ouvrage s’augmenta en plusieurs éditions successives au cours du
e
XVIII siècle ; la dernière de ces versions, celle utilisée ici, fut publiée à Paris en 1771 par une
association de quinze libraires sous l’impulsion de l’un d’entre eux, Louis-Étienne Ganeau, rue
Saint-Séverin, bénéficiaire du privilège du roi. Tout en conservant son titre, devenu traditionnel,
l’ouvrage, qui comportait désormais huit gros volumes in-folio, tenait compte de l’évolution de la
langue commune pendant les deux premiers tiers du siècle, comme aussi des tendances nouvelles
impulsées par les Encyclopédistes.
(N. LANDAIS) = Napoléon Landais, 1836
Dictionnaire général et grammatical
Le grammairien Napoléon Landais composa dès 1834 un dictionnaire « progressiste »
englobant aussi bien les termes techniques que les expressions populaires – la troisième édition,
utilisée par nous, de 1836, un an après la parution du Dictionnaire de l’Académie, tranche sur celuici par sa modernité : « Notre Dictionnaire, au contraire, sentinelle avancée de la langue française,
a pour mission principale de protéger toutes les innovations heureuses, de leur ouvrir un asyle, de
leur offrir le droit de cité. » Par sa date, il constitue un point de repère important avant les
parutions lexicographiques massives de la seconde moitié du siècle.
(QUIT.) = Pierre-Marie Quitard, 1842
Dictionnaire des proverbes
Selon la volonté même de l’auteur, Pierre-Marie Quitard, ce gros recueil d’expressions
proverbiales est guidé par la bienséance : « J’ai toujours déguisé sous des termes mesurés et
décents tout ce qui m’a paru susceptible de mal sonner à des oreilles délicates. » Un tel souci
explique la teneur générale de l’ouvrage, peu « populaire » dans sa conception : « […] je n’ai pas
cherché à le grossir de ces locutions grossières traînées dans les ruisseaux des halles, de ces mots
disgracieux, de ces sales dictons qui se trouvent souvent dans la bouche des gens sans éducation
[…] j’ai laissé dans son bourbier natal toute cette phraséologie de la canaille. » Ennemi déclaré du
positivisme, « mot barbare créé de nos jours et bien digne de ce qu’il exprime », Quitard accueille
sans beaucoup de discernement des anecdotes dont nous ne savons pas où il les a trouvées, et
fournit de longs développements biblico-mythologiques souvent plus « romantiques » que
réellement bien fondés. À vrai dire, nous soupçonnons beaucoup Pierre-Marie Quitard d’avoir
façonné à sa manière un certain nombre d’allégations « historiques », voire quelques-uns de ses
« dictons anciens », dans le but, louable peut-être, mais fort peu scientifique, d’augmenter la
respectabilité de la « sagesse traditionnelle » des nations.
(DELV.) = Alfred Delvau, 1867
Dictionnaire de la langue verte
Ce précieux recueil, inégalé, qui permet de dater de très nombreuses expressions et termes
e
e
populaires au XIX siècle, constitue l’équivalent exact du recueil d’Antoine Oudin au XVII . Alfred
Delvau, romancier, chroniqueur élégant et caustique, mais aussi « enfant du pavé de Paris et d’une
famille où l’on est faubourien de père en fils depuis cinq ou six générations », s’est fait l’artisan
d’une démarche qui est rigoureusement l’inverse de celle de Quitard. Il en diffère autant par
l’intention que par l’objectivité et la précision de sa méthode : « J’ai chassé aux mots comme on
chasse aux papillons – pour mon propre plaisir », assure-t-il. « J’ai laissé aux délicats d’en haut,
aux aristocrates de la philologie, le soin de trier, de classer et d’étiqueter leurs trouvailles de
choix. Ravageur littéraire [les “ravageurs” étaient les écumeurs de ruisseaux d’égout et des bords
de Seine] j’ai obscurément, pendant sept ou huit ans, battu de mon crochet tous les ruisseaux,
promené ma lanterne sourde dans les coins ténébreux, ramassant sans cesse et sans fin, heureux
d’un tesson comme Rousseau d’une pervenche et enrichissant chaque jour mon musée d’un
nouveau débris, sans lui enlever un grain de sa poussière, un atome de sa boue, une parcelle de sa
rouille : tel trouvé, tel conservé. » Paru d’abord en 1866, puis en 1867, l’année même de la mort
d’Alfred Delvau, le Dictionnaire de la langue verte, abondamment utilisé par Émile Zola, reçut une
dernière édition en 1883, accompagnée d’un Supplément par Gustave Fustier.
Les éléments issus de ce Supplément sont indiqués par la mention : DICT. LANGUE VERTE.
(LARCH.) = Lorédan Larchey, 1872
Dictionnaire de l’argot parisien
Rival – et survivant – d’Alfred Delvau, Lorédan Larchey avait fait paraître, de 1858 à 1865,
d’intéressantes Excentricités du langage. Aussi accusa-t-il violemment l’auteur du Dictionnaire de
la langue verte de plagiat… En 1872, après la Commune et ses remous, il reprit ses publications en
six fascicules (F. Polo, libraire-éditeur, au bureau du journal L’Éclipse), leur donnant la forme de ce
dictionnaire « historique, étymologique et anecdotique » qu’il présente comme la « sixième
édition des Excentricités du langage, revue, corrigée, augmentée de moitié et mise à la hauteur
des révolutions du jour ». Homme de cabinet, et non de terrain, Larchey fournit d’abondantes
citations d’auteurs qui constituent souvent des premières attestations (nous les avons souvent
reprises, après le commentaire de Larchey).
(LYON) = Lyon, 1894
Littré de la Grand’Côte, par Nizier du Puitspelu
Ce pseudonyme localier cache un architecte lyonnais, Clair Tisseur (né en 1827), qui avait
passé son enfance et son adolescence parmi les canuts. Il occupa les années de sa retraite à
composer ce recueil de « lyonnaiseries », lui donnant la forme d’un « Littré » affectif, censé
défendre avec humour et fierté – mais aussi une vraie science du langage – le parler de Lyon. En
réalité, Clair Tisseur fit pour Lyon ce que Delvau avait fait pour Paris. Le fait intéressant est qu’un
nombre significatif de ces « tournures lyonnaises » sont en vérité des expressions d’occitan
francisé – à cause, probablement, de l’importante main-d’œuvre ouvrière de la soierie venue des
départements voisins, de langue occitane. Loin d’être cantonnées à la ville des soyeux (ce que
semblait penser l’auteur), beaucoup de ces tournures avaient – et ont encore pour certaines ! – un
vaste usage dans une grande partie de la France du Sud. Fruit d’une mémoire qui englobait les
e
deux derniers tiers du XIX siècle, ce précieux document fut publié en 1894, un an avant la mort de
son auteur.
Remarque : Deux autres ouvrages repères importants – l’Étymologie ou Explication des
proverbes français de Fleury de Belligen (La Haye, 1656) et le Dictionnaire comique de P. J. Le Roux
(Paris, 1718) – ayant été très abondamment cités par plusieurs auteurs, notamment A. Rey et
S. Chantreau (Dictionnaire des expressions et locutions figurées), nous ne les avons utilisés que de
e
« seconde main », de la même manière que les lexiques de Grandval (d. XIX ), Colombey et Halbert
e
(m. XIX ) que cite abondamment Lorédan Larchey.
Lexiques de référence usuels ou contemporains
(LITTRÉ) = Dictionnaire de la langue française, par Émile Littré, 1863-1872
L’œuvre de Littré demeure encore aujourd’hui le pilier de toute recherche sur le français.
(LAROUSSE) = Grand Dictionnaire universel, par Pierre Larousse, 1866-1876
Monument utile, non seulement pour l’agrément de sa lecture, mais parce que l’auteur y
enregistrait parfois des expressions populaires que Littré, plus élitiste, avait négligées ou écartées.
Nouveau Larousse illustré, 1898-1905
Cette refonte du « Larousse », en sept gros volumes, a l’avantage de signaler des expressions
e
familières apparues vers la fin du XIX siècle dans la langue parlée par la petite bourgeoisie,
quelquefois même par le monde ouvrier, mais qui n’appartiennent pas au registre de l’argot
proprement dit. En conséquence, elles ne sont relevées nulle part ailleurs. Exemple : peigner la
girafe, dont le Nouveau Larousse illustré fournit la première attestation.
Le Poilu tel qu’il se parle. Dictionnaire des termes populaires récents et neufs employés aux
armées en 1914-1918 étudiés dans leur étymologie, leur développement et leur usage, par Gaston
Esnault, Paris, 1919
Larousse universel, en 2 volumes, 1922-1923
Important jalon, juste après la Grande Guerre, dans le repérage des tournures ayant survécu
aux armées, et passées dans le langage familier.
Locutions et Proverbes, par Eman Martin, Paris, Delagrave, 1928
Curieux petit recueil de deux cents expressions commentées, avec des explications sur leur
origine, par un érudit discret, fondateur d’un journal de correspondances : Le Courrier de
Vaugelas. Ouvrage posthume, publié en 1928 (d’après un contrat signé par les héritiers en 1888 !)
alors qu’Eman Martin était mort en 1882.
Dictionnaire des locutions françaises, par Maurice Rat, Larousse, 1957
Ouvrage bien documenté, avec appui de citations, pour ce qui est des expressions de la
langue classique – moins fiable pour les origines des locutions populaires. Maurice Rat reprend
parfois sans les critiquer des affirmations fantaisistes de Quitard.
(ESNAULT) = Dictionnaire historique des argots français, par Gaston Esnault, Larousse, 1965
Fruit de toute une vie de recherches érudites, il s’agit d’un monument indispensable à l’étude
du français populaire. Outre l’argot historique, celui de la délinquance proprement dire, Esnault
définit l’argot comme « l’ensemble oral des mots non techniques qui plaisent à un groupe social.
Le groupe, corporatif, écolier, mondain, est plus ou moins cohérent. »
e
(ROBERT) = Le Grand Robert de la langue française, par Paul Robert, 2 édition entièrement
revue et enrichie par Alain Rey, Éd. des Dictionnaires Robert, 1985
Cet ouvrage en neuf volumes représente la forme actuellement la plus achevée de la
description du français moderne et contemporain.
e
(BLOCH et WARTBURG) = Dictionnaire étymologique de la langue française, 5 éd., PUF, 1968
La bible indispensable en matière d’étymologie du français.
La Puce à l’oreille, par Claude Duneton (Stock, 1978), édition revue et corrigée : Balland,
1985 ; Le Livre de poche, 1990
(REY-CHANT.) = Dictionnaire des expressions et locutions figurées, par Alain Rey et Sophie
Chantreau, Robert, 1979
Ouvrage de base, le plus riche et le plus volumineux des dictionnaires consacrés aux
expressions figurées ; le plus varié également, par la diversité et la somme des citations qu’il
propose. Il est l’un des piliers qui ont servi à l’édification du Bouquet, particulièrement pour ce qui
concerne la langue contemporaine.
(CELLARD-REY) = Dictionnaire du français non conventionnel, par Jacques Cellard et Alain Rey,
Hachette, 1980
Il s’agit de la meilleure étude à ce jour de ces termes familiers que tout le monde emploie,
des Premiers ministres jusqu’aux balayeurs, qui ne sont ni de l’argot – même au sens le plus
élargi – ni encore du français reçu par la convention grammaticale et scolaire.
(J. CELLARD) = Ça ne mange pas de pain, par Jacques Cellard, Hachette, 1982
Très intéressant catalogue d’expressions et façons de parler contemporaines et bizarres,
accompagnées le plus souvent d’explications astucieuses et érudites.
(MERLE) = Dictionnaire du français branché, par Pierre Merle, Éd. du Seuil, 1986
Étude des modes langagières des années 1980, essentiellement chez les jeunes et à Paris, par
un observateur direct et souvent ironique.
(BERNET et RÉZEAU) = Dictionnaire du français parlé, par Charles Bernet et Pierre Rézeau, Éd. du
Seuil, 1989
Il s’agit d’un recensement assez exhaustif des phénomènes du français oral contemporain,
expressions imagées comprises. L’observation y est précise et bien complétée par une foule de
citations récentes, avec d’intéressantes précisions concernant l’origine et la datation.
1. Nous avons inventé la méthode, et l’idée même d’un tel classement pour notre fichier, au mois de juin 1986, lors
de la rédaction d’un article sur les expressions de la mort publié dans la revue Autrement en janvier 1987.
2. Cf. C. Duneton, La Goguette et la Gloire, Le Pré-aux-Clercs, 1984.
CORPS
PARTIES DU CORPS
Tête
Visage
Yeux
Nez
Bouche
Dents
Oreilles
Cou
Seins
Ventre
Cul
Jambes
Pieds
Mains
DÉGAINE
Mal foutu
Nudité
Cheveux
Chauve
Poils
Couleurs des gens
HABILLEMENT
Bien sapé
Mal sapé
Vêtements
Accessoires
BEAUTÉ
Coquetterie
LAIDEUR
PROPRETÉ
SALETÉ
ÂGE
Enfance
Jeunesse
Maturité
Vieillesse
GRANDEUR
PETITESSE
GROSSEUR
FORCE
MAIGREUR
FAIBLESSE
Fatigue
FORME
Santé
MALAISE
Évanouissements
MALADIE
SOINS
Maladies
Maladies vénériennes
Remèdes
Guérison
Être malade
Douleur
MOURIR
Être mourant
Être mort
Cimetière
Se suicider
RÈGLES
ENCEINTE
NAISSANCE
Accoucher
Avorter
VUE
Regarder
Mauvaise vue
Strabisme
Borgne
Aveugle
PARTIES DU CORPS
anatomie, carcasse, membres
e
e
■ d. XVII le moule du pourpoint le corps ■ m. XVII 1640 envie sur l’enfant « la marque qu’il
e
apporte du ventre de sa mère » (OUD.) ■ m. XIX 1867 avoir les abattis canailles « avoir les
extrémités massives, grosses mains et larges pieds, qui témoignent éloquemment d’une origine
e
plébéienne » (DELV.) ■ f. XIX épaules en portemanteau tombantes ◪ 1894 le râtelier de l’échine
e
« l’épine du dos. Râtelier, à cause des vertèbres qui font saillie » (LYON) ■ d. XX épaules en
bouteille de Saint-Galmier étroites et tombantes
TÊTE
crâne, caillou
e
e
■ f. XVI le coffre de l’entendement ■ m. XVII 1633 la tête faite en pain de sucre longue et
e
pointue ◪ 1640 le moule du chaperon • le moule du bonnet ■ m. XVIII 1740 la tirelire c’est
probablement l’image de l’objet que l’on frappe pour le briser – la bouche servant de fente paraît
une surdétermination « Notre soldat avoit tiré sa guinderelle, l’autre était un rude cannier, et moi, avec mon fouet, nous
donnions sur les tronches et les tirelires, pendant qu’ils se défendoient avec les tabourets du jardin », CAYLUS, Histoire de
■ m.
e
■ f. XIX 1872 cocarde
M. Guillaume, 1740
e
XIX
1867 boîte au sel « la tête, siège de l’esprit » (DELV.) • grenier à sel
VISAGE
face, figure, gueule, bobine, trombine, tronche, bouille, trogne,
poire, bille, binette
e
e
■ XVI face d’abbé visage rubicond ■ m. XVII 1640 la trogne • un coup de verre « une rougeur
ou pustule sur le visage » (OUD.) • une pleine lune un gros visage • menton de bouis « un grand
menton large, et sans poil » (OUD.) • un coup de bouteille « une rougeur ou pustule sur le visage »
e
(OUD.) • Jean gifflart trompette de Calais une personne qui a les joues enflées ■ f. XVII 1690
visage de pleine lune « celui qui a la face large et grossière ; celui d’une personne grasse et
e
maflée » (FUR.) • un coup de pied en bouteille « rougeur ou bouton au visage » (FUR.) ■ d. XVIII
e
e
1704 menton de galoche ■ f. XVIII taillé à coups de hache aux traits grossiers ■ XIX taillé à coups
e
de serpe • face de lune visage rond ■ m. XIX gueule en coin de rue • avoir le visage comme une
écumoire plein de trous de petite vérole ◪ 1832 visage en lame de couteau long et étroit ◪ 1867
moule à gaufres figure marquée de trous de petite vérole • gueule en pantoufle visage
emmitouflé • morceau de gruyère figure marquée de la petite vérole • poêle à châtaignes
« visage marqué de petite vérole, – par allusion aux trous de la poêle dans laquelle on fait rôtir les
marrons » (DELV.) • bonne gueule visage sympathique • menton en galoche « long, pointu et
recourbé comme celui de Polichinelle » (DELV.) • moule à claques « figure impertinente qui
e
provoque et attire des soufflets » (DELV.) ■ f. XIX 1872 bonne balle « tête ridicule » (LARCH.) • rude
balle « tête énergique, caractérisée » (LARCH.) • pomme de canne « tête ridicule comme celle
qu’on sculpte parfois sur les pommeaux de certaines cannes » (LARCH.) ■ d.
visage amusant
e
XX
bille de clown
YEUX
châsses
e
■ XVI œil de cochon « rond et petit et peu fendu, comme les ont les cochons » (PARÉ, in LITTRÉ)
e
e
■ m. XVI yeux bordés d’écarlate pleins de rougeur tout autour ■ XIX yeux à fleur de tête
e
e
globuleux ■ d. XIX yeux de gazelle au regard plein de douceur ■ m. XIX belle paire de quinquets
yeux émerillonnés ◪ 1833 œil bordé d’anchois « œil aux paupières rougies et dépourvues de cils.
L’allusion sera comprise par tous ceux qui ont vu des anchois découpés en lanières » (LARCH.) « Je
veux avoir ta femme.– Tu ne l’auras pas. – Je l’aurai, et tu prendras ma guenon aux yeux bordés d’anchois », VIDAL, 1833
◪ 1851 yeux en boules de loto « à fleur de tête, comme les grenouilles. On prétend que ceux qui
les ont de la sorte ont beaucoup de mémoire, pour autant que, pour se loger dans la cervelle, elle
est obligée de pousser les yeux en dehors » (LYON) • paupières en capote de cabriolet plissées « Il a
une bonne tête, avec ses paupières en capote de cabriolet et ses yeux en boule de loto, fit Schaunard en tirant un brûle-gueule
◪ 1867 lanternes de cabriolet yeux gros et
saillants « Oh ! c’est vrai ! t’as les yeux comme les lanternes de ton cabriolet… », GAVARNI • yeux de lapin blanc
merveilleusement culotté », H. MURGER, Scènes de la bohème, 1851
e
« rouges, avec des cils blancs » (DELV.) ■ f. XIX 1872 yeux culottés « cernés de bistre » (LARCH.)
◪ 1894 yeux bordés de maigre de jambon avec le bord des paupières rougi • yeux mâchés « se
dit lorsqu’on a les yeux cernés, battus » (LYON) • yeux en trou de pipe « yeux petits, perçants, et à
e
la soute. C’est le contraire des yeux en boules de loto » (LYON) • yeux de percerette idem ■ d. XX
e
yeux en boutons de bottine ronds et petits • paupières en capote de fiacre très plissées ■ m. XX
yeux en trous de bite tout petits • yeux en tête de clou idem
NEZ
pif, tarin, blair
e
■ m. XVII 1640 nez couperosé « tout plein de tannes, et de rougeurs » (OUD.) • un rubis sur le
nez une rougeur ou pustule • camus de Lamballe, un pied et demi de nez de quelqu’un qui a un
long nez • il a été le premier à la foire des nez il a le nez bien long • nez d’as de trèfle un nez gros
et plat • nez troussé de peur des crottes court ou camus • nez de Turquet camus • nez de
pompette long • nez de (en) pied de marmite « nez dont le bord avance et est retroussé » (FUR.)
• nez buriné « gravé ou marqué de petite vérolle » (OUD.) • c’est un mouton de Berry, il est
marqué sur le nez « pour dire qu’une personne a un coup ou une balaffre sur le nez » (OUD.)
e
■ f. XVII 1690 voilà un beau nez à porter des lunettes en se moquant d’un gros ou grand nez • un
nez de rhinocéros « homme qui a un nez gros et éminent ; les Latins le disaient d’un homme fin et
e
rusé » (FUR.) ■ m. XIX 1867 nez tourné à la friandise « nez retroussé, révélateur d’une complexion
amoureuse, – dans l’argot des bourgeois, qui préfèrent Roxelane à la Vénus de Médicis » (DELV.) •
nez où il pleut « nez trop retroussé, dont les narines, au lieu d’être percées horizontalement, l’ont
été perpendiculairement » (DELV.) « Mademoiselle Kid était une petite drôlette, avec un nez où il pleut dedans »,
Stop, Journal amusant, 1870 • nez qui a coûté cher « nez d’ivrogne, érubescent, plein de bubelettes, qui
e
n’a pu arriver à cet état qu’après de longues années d’un culte assidu à Bacchus » (DELV.) ■ f. XIX
1872 nez culotté nez rougi par l’ivrognerie • nez en trompette de nos jours, désigne un petit nez
e
retroussé ; en 1872, LARCHEY indique qu’il s’agit d’un nez très relevé ; et au XVIII siècle, c’est
vraiment l’idée de grande ouverture de narines qui prédomine, cf. « Soudain paroît le roi Henri
[Henri IV]/Avec sa barbe à l’escopette/Et son grand nez fait en trompette,/D’un gourdin les
e
époussetant » (FOUGERET DE MONBRON, La Henriade travestie, 1745) ■ m. XX nez à piquer des
e
gaufrettes long et pointu ■ f. XX nez en pivoine gonflé et rouge, de façon provisoire (signe de
rhume) ou de façon définitive (signe d’alcoolisme)
BOUCHE
bec, gueule, goulot, avaloir, margoulette, museau
e
■ m. XVII 1640 l’épée de Samson les mâchoires • elle s’écoute parler, elle a la bouche près
des oreilles la bouche bien grande et fendue • être bien embouché avoir la bouche grande • les
armes de Caïn les mâchoires • il eût été bon fils de chasse-chien, il a de quoi cacher son pain
bénit il a la bouche bien grande • (il est fils de tonnelier) il a une belle avaloire la bouche grande
• bien fendu de gueule qui a la bouche grande • bec de lièvre « lèvre de dessus fendue » (OUD.)
e
■ f. XVIII 1791 moule à bécots bécot a désigné la bouche avant de désigner le baiser, par
métonymie ; et la bouche est devenue un moule à bécots « me voilà tout de suite transformé […] ma bouche
e
enfumée devient un joli moule à béco orné de trente-deux perles blanches », HÉBERT, 1791 ■ d. XIX chiffon rouge la
e
langue ■ m. XIX dalle du cou, dale « allusion à la pierre d’évier [appelée dalle] dans les cuisines
parisiennes ; elle est percée d’un trou qui sert comme le gosier à l’écoulement des liquides »
(LARCH.) « Avec ces messieurs je bois. Oui, nous nous rinçons la dalle », Léonard, parodie, 1863 ◪ 1833 porte-pipe « Si je
lui payais la goutte, car il aime furieusement à se rincer le porte-pipe », VIDAL, 1833 ◪ 1867 moulin à merde de
« vilaine bouche », le sens est rapidement passé à simplement « bouche » • moule à blagues •
rue au pain « gosier. C’est par là que les aliments passent » (LARCH.) « Commence, mon vieux, par arroser la
rue au pain, dit la chiffonnière en remplissant le verre du voisin », C. RABOU • salle à manger • trou aux pommes de
e
terre • batterie de cuisine « les dents, la langue, le palais, le gosier » (DELV.) ■ f. XIX 1872 manger
la soupe avec un sabre avoir une grande bouche « Une bouche grande à faire croire que le prévenu mange la
soupe avec un sabre (style de régiment) », Courrier de l’Ouest, 1872 ◪ 1894 le chemin de la vallée le gosier
e
■ d. XX 1902 ouvrir un four ouvrir grand la bouche, pour enfourner de la nourriture « Tout le monde a
vu, dans les foires, les gosses se bousculer et ouvrir un four immense pour saisir entre les dents un pain d’épice qui pend au bout
d’une ficelle ? », Mémoires de Casque d’Or, 1902
DENTS
ratiches, crocs
e
■ m. XVII 1640 le râtelier « un beau râtelier : deux rangées de dents bien complètes ; pour dire
e
qu’elles mangent bien, ou qu’elles sont fort belles » (FUR.) ■ m. XVIII clou de girofle « dent gâtée,
dent noire et cassée comme un clou de girofle » (LARCH.) « Madame Cramoisi demanda à Santeuil combien ils
étaient de moines à Saint-Victor.– Autant que vous avez de clous de girofle dans la bouche, dit Santeuil, voulant parler de ses
dents noires et gâtées », SANTOLIANE, 1764
■ m.
e
XIX
1858 touche de piano incisive de grande taille ◪ 1867
amandes de pain d’épice dents noires et rares • être riche en ivoire avoir de belles dents •
racines de buis « dents jaunes, avariées, esgrignées » (DELV.) • avoir une chambre à louer « avoir
une dent de moins » (DELV.) • meules de moulin « les dents, principalement les “molaires”, qui
broient le pain » (DELV.) • n’avoir plus de chaises dans la salle à manger n’avoir plus de dents •
rue du bec dépavée bouche à laquelle des dents manquent • montrer son ivoire montrer ses
e
dents • avoir le jeu complet avoir toutes ses dents ■ f. XIX 1872 bouder aux dominos « avoir des
e
dents de moins » (LARCH.) ■ f. XX sourire émail diamant grand sourire ; référence à une publicité
pour un dentifrice qui fait les dents très blanches et permet donc de sourire… de toutes ses dents
OREILLES
portugaises
e
e
■ m. XIX 1867 feuilles de chou ■ f. XIX 1872 paire d’anses paire de grandes oreilles écartées
COU
e
■ XIV le nœud de la gorge « il convient tout dire en très grant humilité et repentence et n’en riens oublier ne
laissier derrière, et quelque gros morcel qui y soit, il convient qu’il passe oultre le neu de la gorge », Le Ménagier de Paris, 1393
e
■ m. XVII 1640 pomme d’Adam « le cartilage thyroïde, – que le peuple regarde comme la marque
de la pomme que le premier homme mangea dans le Paradis à l’instigation de la première femme,
et dont un ou deux quartiers lui restèrent dans la gorge » (DELV.) • col de grue « un grand col, et
bien long » (OUD.) • le morceau d’Adam la noix du gosier • des salières des creux à la gorge • un
e
e
torticolis « qui a le col de travers » (OUD.) ■ f. XVII 1690 cou de grue bien long ■ f. XIX
cou de taureau cou très large « C’était une sorte de colosse, blond, massif, avec, sur un cou de taureau, une figure
rose de bébé réjoui », E. RAYNAUD, Souvenirs de police au temps de Ravachol, 1925 ◪ 1894 le nœud du cou la nuque
SEINS
poitrine, buste, gorge, nichons, nibards, roberts, roploplots, doudounes
e
e
■ m. XVII 1640 avoir les tétons relevés en bosse « gros et enflez » (OUD.) ■ m. XVIII 1764
ragoût de poitrine « T’as encore une belle nature pour parler d’z’autres ! Est-ce parce que j’nons pas d’ragoût d’poitrine
sur l’estoma ? J’ons la place, plus blanche que la tienne, et j’n’y mettons pas des chiffons comme toi », Amusemens à la
grecque, 1764
e
■ d. XIX une planche à pain une femme plate « M. X.Y. aime les beaux seins ! Il a une tendresse
particulière pour les corsages qui sont sur le point de péter ou qui pètent et, avec lui, les malheureuses planches à pain sont
e
■ m. XIX 1851 boîte au lait « la gorge, – dans
l’argot du peuple, qui se souvient de sa nourrice » (DELV.) « Ah ! les boîtes au lait de ma nourrice, ah ! les
quatre repas de mon enfance, qu’êtes-vous devenus ? », H. MURGER, Scènes de la bohème, 1851 ◪ 1867 avoir des
oranges sur la cheminée « avoir une gorge convenablement garnie, dans l’argot de Breda-Street »
(DELV.) • pommiers en fleurs seins de jeune fille • doublure de la pièce « “ce qu’il y a sous le
corsage d’une robe de femme”, – dans l’argot des bourgeois, qui, quoique très Orgon, sont parfois
de la famille de Tartufe » (DELV.) • gras-double « gorge trop plantureuse » (DELV.) • chouette
jabot poitrine plantureuse • avoir une livraison de bois devant sa porte « se dit d’une femme
e
richement avantagée par la Nature » (DELV.) • devant de gilet « gorge de femme » (DELV.) ■ f. XIX
1872 blague à tabac sein flétri ◪ 1881 œufs sur le plat petits seins ◪ 1883 peau de bouc « sein.
Argot des régiments d’Afrique qui donnent aussi le nom de peau de bouc aux petites outres
goudronnées qui leur servent de bidons » (DELV.) ◪ 1888 il y a du monde au balcon sa poitrine est
e
opulente ■ d. XX avoir de la conversation être fin causeur. L’expression est souvent détournée,
avec un geste de la main devant soi, pour indiquer qu’une femme est pourvue d’une poitrine
opulente : Elle a de la conversation • ne pas avoir de boutique sur le devant avoir de petits seins
fichues dès la première minute », Mémoires de Casque d’Or, 1902
« on pourrait aimer des choses plus bêtes que des gros nichons ! C’est ce que je me tue à expliquer à toutes celles qui n’ont pas
de boutique sur le devant et que la soi-disant injustice de M. X.Y. révolte », Mémoires de Casque d’Or, 1902
◪ 1924 les
rotoplos « elle a le teint battu, les traits tombants, les yeux en forme d’écouteurs et les rotoplos instables »,
Monde où l’on s’abuse, 1924
J. FAYARD, Le
e
■ m. XX seins en gants de toilette plats et tombants « Bitouillou sécha son verre
avec hargne : “On la connaît la fesse du Midi. Des bignoles, ou des charcutières avec le nichon en gant de toilette” », R. FALLET,
Paris au mois d’août, in BERNET et RÉZEAU
VENTRE
estomac, panse, abdomen, bidon
e
e
■ f. XVII 1690 un coffre sans serrure l’estomac ■ m. XIX 1867 panier au pain l’estomac •
e
soute au pain ■ f. XIX 1872 place d’armes « Frappant sur son estomac, un baigneur dit : “Rien à la place
e
d’armes…” », La Vie parisienne ■ m. XX 1951 boîte à ragoût l’estomac
CUL
fesses, derrière, postérieur, croupe, arrière-train, fondement, miches, derche, pétard, popotin
■ f.
XVI
e
lunette au petit rond anus • la face du grand Turc
« son mary qui estoit tout nud sur le lict,
avoit la face du grand Turc tournée de ce costé-là, & fit une canonade si forte et véhémente, qu’elle pensant que c’estoit
l’esclat du tonnerre, jetta par terre tout ce qu’elle tenoit », TABOUROT, Des escraignes dijonnoises, 1588
■ d.
XVII
e
panier
e
aux crottes • la porte de derrière l’anus ◪ 1610 visage sans nez ■ m. XVII la raie du cul
« populairement la séparation qui est entre les deux fesses » (FUR.) ◪ 1640 le trou de la sibylle le
trou du derrière • le siège • le revers de la médaille • le faubourg du cul « la raye, ou l’espace
entre les fesses » (OUD.) • le pelaud • le ponant • le troufignon • visage sur lequel on s’assied •
e
visage qui n’a point de nez • le panier à vesse • le derrière ■ f. XVII 1690 le sous-chantre « le
e
derrière quand il lâche quelque vent » (FUR.) ■ XVIII cadran lunaire « Est-ce l’apothicaire/Qui vient placer
e
e
l’aiguille à mon cadran lunaire ? », Parodie de Zaïre, XVIIIe ■ XIX cadran solaire ■ m. XIX trou d’aix anus
(COLOMBEY) • lune, pleine lune « En voilà une bonne ! il a pris la lune de Pétronille pour sa figure », P. de Kock •
juste-milieu « Mayeux envoya la pointe de sa botte dans le juste-milieu de mademoiselle Justine », RICARD • trou de
balle anus (COLOMBEY) ◪ 1867 verre de montre • moulin à vents • saint Jean le Rond « un des
nombreux pseudonymes de messire Luc » (DELV.) • la rose des vents • département du bas-rein
« la partie du corps sur laquelle on s’assied, et qui depuis des siècles a le privilège de servir
d’aliment à ce qu’on est convenu d’appeler “la vieille gaieté gauloise” » (DELV.) • cible à coups de
pied • quelque part « l’endroit du corps destiné à recevoir des coups de pied » (DELV.) « Toutes les fois
e
que ce gredin-là me tutoie, c’est comme si je recevais un coup de pied quelque part », SARDOU • cadran humain ■ f. XIX
1872 visage, gros visage « derrière. Allusion aux rondeurs qui font office de joues » (LARCH.) •
parties charnues • bas du dos postérieur • centre de gravité « Il se risque… Ne frémissez pas, belle lectrice ;
les don Juan sont très-forts sur la gymnastique. Dès leur plus tendre enfance, ils se sont exercés à tomber sur leur “centre de
e
■ m. XX œil de bronze anus • avoir les fesses en
goutte d’huile molles et tombantes ; en forme de poire
gravité”. C’est là dessus que don Juan est tombé », E. LEMOINE
JAMBES
JAMBES
guibolles, cannes, pattes, gambettes, quilles, flûtes, pincettes,
échasses, poteaux, fumerons, gigots
e
■ m. XVII 1640 s’il passe par la rue des Ménestriers, on prendra ses jambes pour faire des
flûtes il a les jambes menues et fort longues • cul-de-jatte « un homme qui n’a point de jambes et
marche dans une jatte » (OUD.) • de bons gros piliers de grosses jambes • il a beau danser, il est
monté sur des flûtes « il a les jambes longues, menues, et mal faites » (OUD.) • la jambe tout
d’une venue « sans forme, sans gras, aussi grosse en un lieu qu’à l’autre » (OUD.) • il n’a garde de
e
demeurer au logis, il a de bons boute-hors de grosses jambes ■ m. XIX jambes en manches de
veste jambes arquées, disgracieuses « A-t-on vu des gens aussi mal bâtis que ces monstres ! Ils ne sont pas bossus ! Ils
ne sont pas borgnes ! Ils n’ont pas les jambes en manches de veste ! Et (comble de laideur) ils n’ont pas de goitre ! », A. DELVAU,
1842 il a été à Saint-Malo « dicton dont on fait l’application à une personne
dépourvue de mollets, en supposant que les chiens de Saint-Malo les lui ont mangés » (QUIT.)
Du pont des Arts…, 1866 ◪
◪ 1867 la voiture à talons ■ f.
trottent les cuisses
e
XIX
1894 la noix du genou la rotule ■ d.
e
XX
1902 épaules qui
PIEDS
panards, pinces, pinceaux, ripatons, arpions, nougats, petons,
paturons, lattes
e
e
■ m. XVII 1640 madame des plantes la plante des pieds ■ m. XIX 1867 pieds à dormir debout
« pieds plats et spatulés » (DELV.)
MAINS
menottes, pattes, battoirs, patoches, cuillères, paluches, pinces, pognes
e
e
■ XVI ongles de velours « ongles longs et pleins de crasse, d’après Régnier » (FUR.) ■ m. XVII
e
1640 le peigne de l’Allemand • la main du cœur la main gauche ■ XIX le peigne d’Adam la main.
e
Au XIX siècle on disait aussi : du père Adam, avec la fourchette du père Adam (1828), le mouchoir
e
du père Adam (1888), etc., selon les divers emplois de la main ■ m. XIX 1842 avoir les ongles
fleuris « avoir les ongles marqués de petites taches blanches, ou noires, ou rouges » (QUIT.)
DÉGAINE
allure, air, aspect, ligne, silhouette, tournure, touche
e
■ XII être tout d’une pièce « se tenir trop droit, ne pas avoir la taille fine et dégagée » (FUR.)
e
■ m. XVI droit comme un jonc « personne de belle taille et qui se tient fort droite » (FUR.)
e
e
■ d. XVII 1611 de belle défaite « de bonne mine, qui peut trouver bonne fortune » (OUD.) ■ m. XVII
1640 il semble qu’il sort d’une boîte « il est extrêmement propre et poly » (OUD.) • un tortu
bossu un homme contrefait • habillé comme un brûleur de maisons « qui a mauvaise mine, qui a
mine de désespéré » (OUD.) • avoir bonne façon bonne mine, c’est-à-dire belle allure • elle peut
faire du potage en tout temps « elle a des pois dans ses manches, et du beurre sur le visage,
c’est-à-dire un cautère, et du fard » (OUD.) • être troussé comme un pet « assez mal accommodé
ou vestu » (OUD.) • marqué au B « qui a un deffaut de nature, et meschant pour l’ordinaire,
comme bigle, boiteux, borgne, bossu, etc. » (OUD.) • il a la façon d’être honnête homme il a la
mine ou l’apparence • une mine d’excommunié « une mine rude et fascheuse » (OUD.) • elle a un
échalas fiché au derrière elle se tient ou marche fort droit • tenez-vous droit, on fera votre
portrait « façon de parler vulgaire pour dire à une personne qu’elle se tienne droit et de bonne
e
grâce » (OUD.) ■ f. XVII 1690 il porte toujours sa malle (il a toujours son paquet) sur le dos il est
bossu • droit comme un sapin « homme qui se tient fort droit et qui est debout » (FUR.) • il
passera partout homme qui a belle apparence • elle n’est ni tortue ni bossue pour vanter la taille
d’une personne • être tout d’une venue comme la jambe d’un chien « affecter trop de se tenir
e
droit, ne pas être souple et dispos » (FUR.) ■ m. XIX un petit-maître « expression qu’on applique à
un jeune homme qui se fait remarquer par une élégance recherchée dans sa parure, par des
manières libres et un ton avantageux auprès des femmes » (QUIT.) • taille de guêpe taille très fine
• avoir du chic ◪ 1842 un grand flandrin « sobriquet appliqué aux hommes élancés, fluets, de
mauvaise contenance et même un peu niais » (QUIT.) « Je vous promets que le grand flandrin qui est au bout de
la table, à gauche, le nommé Isidore Phétu, qui demeure rue Pavé d’Amour, non loin de la rue de la Pierre qui Rage, mon
1859 n’être pas piqué des
hannetons « être bien conservé, avoir de l’élégance, de la grâce, – dans l’argot du peuple, qui
emploie cette expression à propos des gens et des choses » (DELV.) ◪ 1867 avoir une belle
dégaine « se dit ironiquement des gens qui n’ont pas de tenue, ou des choses qui sont mal faites »
(DELV.) • avoir les abattis canailles « avoir les extrémités massives, grosses mains et larges pieds,
qui témoignent éloquement d’une origine plébéienne » (DELV.) • n’être pas piqué des vers •
e
loucher de l’épaule être bossu • avoir du jus « avoir du chic, de la tournure » (DELV.) ■ f. XIX 1894
e
marquer bien avoir bonne tournure • marquer mal « avoir mauvaise câle » (LYON) ■ XX un rien
e
l’habille de quelqu’un qui a de la classe naturellement ■ d. XX avoir l’air d’avoir chié la colonne •
e
avoir de la gueule avoir belle allure. On a dit dès le XVIII dans le même sens avoir de la figure •
ces messieurs de la famille des gens d’une gravité compassée, dans une attitude de deuil ;
utilisation parodique de la phrase rituelle du maître de cérémonie pendant des obsèques : « ces
messieurs de la famille » « (Bettine aperçoit alors que les hommes se sont tous levés, dans une
attitude sans doute inaccoutumée.) Quoi ?… Ce protocole ?… Un malheur ?… Barzac ?… (Silence.
Sourires contraints.) Ah ! ça, qu’est-ce qu’ils ont tous ?… On dirait ces messieurs de la famille !…
(Elle tape du pied sur le tapis.) Bon Dieu, d’Aigleroc, dites donc quelque chose !… »,
H. KISTEMAECKERS, La nuit est à nous…, 1925 ◪ 1902 bien porter la toilette avoir une élégance
second en un mot, vous y conduira tout à l’heure », VIBERT, Pour lire en automobile, 1901 ◪
naturelle « C’est étonnant comme il portait bien la toilette ! C’est extraordinaire comme tout lui allait bien ! Je crois qu’on
aurait pu l’habiller de quatre sous d’indienne ou de deux sous de percale comme n’importe quel joli trottin du faubourg ! »,
e
■ m. XX blouson noir dès les années 1950, associé au motard un peu
voyou ; la performance de Marlon Brando dans L’Équipée sauvage a sans doute joué un rôle
quant à la constitution de l’image. Le blouson noir fut également un signe d’appartenance à la
e
communauté des rockers ■ f. XX BCBG abréviation de bon chic bon genre, c’est-à-dire ce qui est
censé être « de bon ton » • costard-cravate façon de désigner par son vêtement, avec une
nuance péjorative, l’employé de bureau, le cadre de banque type – la grisaille et l’uniformité du
vêtement représentant celles de la personne elle-même. Dans le même ordre d’idée, on dit aussi
costard trois-pièces • être clean « propre, net et sans bavure (propre, en anglais). Mode clean :
cheveux bien dégagés sur les oreilles, look BCBG, murs blancs, peu de meubles » (MERLE) • être
classe « c’est avoir du chic, de l’allure, et faire montre d’une indiscutable élégance un brin
classique. Nuance de respect » (MERLE) • avoir une tronche de cake une tête déplaisante. Le cake
est boutonneux de fruits confits. Jeu de mots probable sur tranche de cake – sans rapport avec le
sens argotique de tranche, tête (1878), qui paraît une simple coïncidence • mec plus ultra c’est le
e
nec plus ultra du dandy du XX siècle finissant. Le principe est d’abord d’avoir un style, des lunettes
aux chaussettes, quel que soit ce style. Les minets sont toutefois les plus concernés par cette
désignation. Cette expression ne s’emploie déjà plus « Le reste de la bande : y a La Fripe. Un Antillais. Le
chauffeur-livreur des Hannetons. Toujours sapé mec plus ultra », F. LASAYGUES, Vache noire…, 1985 • new wave
« littéralement : nouvelle vague (post-punk) en anglais. La normalité (avec look ambigu quand
même) est la subversion paradoxale. “Tout ce qui a pris, depuis 1978, le contre-pied de l’idéologie
baba, devenue dominante. Pour un jeune d’aujourd’hui, vouloir réussir dans la vie, c’est assez new
wave”, observent Obalk, Soral et Pasche dans leur livre Les Mouvements de mode expliqués aux
parents » (MERLE) • skin « en anglais : peau. Abréviation de skin-head (crâne rasé). Désigne les
néo-fascistes post-punk anglais (et continentaux par la suite) portant treillis, rangers militaires aux
pieds, crâne rasé, n’ayant pas lu entièrement Platon ni vraiment assimilé Descartes et
Schopenhauer… » (MERLE). À noter l’apparition, dans les années 1980, de red skins (skins rouges),
c’est-à-dire de skins d’extrême gauche, fort ennemis des précédents • baba « signifie sage en
sanskrit. Abréviation de baba-cool […] (cool : décontracté, détendu et, par extension, serein, qui
sait tout admettre et tout tolérer) : tout post-soixante-huitard, ex-hippie velléitaire, amateur de
musique planante, de John Lennon (période Yoko Ono surtout), de spiritualité hindoue (d’où son
nom), de peace and love, en est un. […] Philosophiquement, l’authentique baba-cool est
fondamentalement mou et culpabilisé, tiers-mondiste jusque dans ses fibres les plus secrètes,
manichéen et un brin masochiste : l’Occident chrétien, colonialiste, pilleur, tortionnaire,
malfaisant, etc., c’est le Diable ! » (MERLE)
Mémoires de Casque d’Or, 1902
MAL FOUTU
e
■ m. XVII 1640 un gros magot un homme mal fait • un grand mal bâti idem • carêmeprenant avec sa vessie homme mal bâti • il est fait comme il plaît à Dieu « nostre vulgaire se sert
de ces mots, pour dire qu’une personne est assez mal ajustée, ou de mauvaise grâce » (OUD.) • un
franc taupin « un badin, un mal fait » (OUD.) • il est bien vidé pour tourner quatre broches « il est
mal fait, ou de mauvaise grâce » (OUD.) • il est troussé comme une poire de chiot « il est assez
mal ajusté ou mal fait » (OUD.) • il est fait comme quatre œufs « mal fait, de mauvaise grâce »
(OUD.) • il a bonne façon, mais sa mine me dégoûte « c’est un homme mal fait, il est de mauvaise
e
grâce » (OUD.) • c’est un bel homme par mépris un homme mal fait ■ f. XVII 1690 être fait
comme un meneur d’ours « mal bâti, mal accommodé » (FUR.) • être fait comme un vendeur de
e
cochons mal bâti ou mal vêtu • être fait comme un escargot mal fait, mal bâti ■ d. XIX 1829
baron de la Crasse « se dit d’un homme mal bâti, habillé ridiculement, et qui se donne des
e
manières de cour » (CAILLOT, 1829). POISSON (XVII ) a écrit une pièce intitulée Le Baron de la Crasse
e
■ m. XIX 1867 être d’un bon suif « être ridicule, mal mis, ou contrefait » (DELV.)
NUDITÉ
e
■ XVII dans le plus simple appareil ■ d.
XVII
e
à cru « Monsieur le Prince a mandé de Chantilly aux dames
que leurs transparents seraient mille fois plus beaux si elles voulaient les mettre à cru sur leurs belles peaux », SÉVIGNÉ, 1676
e
e
◪ 1611 nu comme un ver au XIII siècle existe déjà nu come vers ■ m. XVII 1640 nu comme la
e
e
main ■ XIX être en costume d’Adam (d’Ève) ■ m. XIX à poil à poil ou à cru, c’est-à-dire à nu, dès
e
le XVII siècle pour les chevaux : « On dit aussi, qu’on monte un cheval à poil, quand on le monte
sans selle et le dos tout nud » (FUR.). Cependant, le jeu sur la nudité physique est déjà présent dans
e
la première moitié du XVIII , par le biais des femmes dénudées que l’on monte aussi. Cf. « Madame
sourit, la paix se fit, mon père s’afficha maquignon, ma mère demeura bel-esprit, et moi, l’on
m’apprit à monter à poil tous les chevaux de l’écurie ; ce qui, dans la suite, m’a été d’une grande
ressource dans la société » (CAYLUS, Mémoires des colporteurs, 1748). Par ailleurs, se dépoiler
e
apparaît dès le XV siècle : « Chacun se despoille, et se couchèrent les deux amants dedans le trèsbeau lit » (Cent Nouvelles Nouvelles, 1467) « Un qui s’est payé la trombine des visiteurs, c’est Valloton : il nous
montre une tripotée de femmes, des jeunes et des vieilles à la baignade, y en a à poil, d’autres en chemise : c’est tout plein
◪ 1867 montrer toute sa
boutique « relever trop haut sa robe dans la rue, ou la décolleter trop bas dans un salon » (DELV.)
e
• montrer son cas « se découvrir de manière à blesser la décence » (DELV.) ■ f. XIX 1872 au
déballage « au déshabillé. “Il est accablé de rhumatismes, ce qui le fait ressembler au déballage, à
ces statuettes que vous avez sans doute remarquées dans la vitrine des bandagistes” » (LARCH.)
◪ 1882 être en asticot « être dans le costume d’Adam et Ève, avant le péché » (DICT. LANGUE VERTE)
gondolant ! Par exemple, ses gravures sur bois sont très chic », Le Père Peinard, 1893
« Madame est modèle ? Ah ! très bien. Et madame pose ?…– Tout ! Voulez-vous me voir en asticot ? », Almanach des
e
Parisiennes, 1882 ■ d. XX
comme le bon Dieu nous a faits
■ m. XIX être volé au déballage « reconnaître dans les charmes d’une femme aimée autant
d’emprunts décevants aux ressources de la toilette » (LARCH.)
e
CHEVEUX
tifs, douilles, tignasse
e
■ m. XVII 1640 cheveux à la pendarde grands ou longs • une hure « une teste mal peignée »
e
(OUD.) • il a neigé sur sa tête il a les cheveux gris ou blancs ■ XIX être blond comme les blés •
e
baguettes de tambour cheveux raides ■ m. XIX être poivre et sel « avoir les cheveux moitié
blancs et moitié bruns. Se dit aussi de la barbe » (DELV.) ◪ 1867 friser comme un paquet de
chandelles ne pas friser du tout, en parlant des cheveux • douilles savonnés cheveux blancs
e
■ f. XIX 1870 à la guillotine « se dit d’une coupe de cheveux où la nuque est tondue jusqu’à la
casquette » (ESNAULT) ◪ 1872 accroche-cœurs mèches de cheveux bouclées et collées sur la
tempe • cheveux en broussaille « cheveux hérissés, mêlés comme les branches d’une
broussaille » (LARCH.) • à tous crins « très-chevelu […] Allusion à la chevelure dont on ne veut rien
retrancher, qu’on laisse pousser à tous crins » (LARCH.) ◪ 1874 coiffure à la chien « se dit d’une
coiffure de femme dans laquelle les cheveux sont ébouriffés et en désordre sur le front » (DICT.
LANGUE VERTE) « À force de voyager en wagon avec des filles bizarrement accoutrées, les cheveux sur les yeux, à la chien… »,
A. DAUDET, Fromont jeune
◪ 1894 frisé comme un chou « se dit de ces gens qui ont les cheveux en
e
astrakan » (LYON) ■ d. XX se faire déboiser la colline se faire couper les cheveux très court, ras sur
l’arrière – généralement après les avoir portés un peu longs ; expression à la mode dans les
e
milieux populaires à Paris dans les années 1920 ■ m. XX la boule à zéro la tête rasée, le cran de la
tondeuse ayant été mis sur 0 « La nuit on se les gelait. On avait froid aux oreilles avec nos boules à zéro », B. BLIER, Les
Valseuses, 1972 • s’être coiffé avec les pieds du réveil fort mal : la raie est de travers, ou il reste un
e
épi… • coupe au bol coupe de cheveux ayant la forme d’un bol renversé sur la tête ■ f. XX coupe
afro afro pour « à l’africaine », bien que ce soit l’Occident qui ait adopté cette mode dans les
années 1970 ; cheveux frisés, dans un arrondi très volumineux autour de la tête • s’être coiffé
avec un pétard mal coiffé ou pas coiffé, ou pour se moquer d’une coiffure où les cheveux sont
dressés en l’air (à l’aide de laque, de gel ou de sucre). Peut-être à partir d’une image classique de
dessin animé : un pétard éclate à la figure d’un des personnages, et celui-ci se retrouve avec un
visage noirci et quelques cheveux épars dressés sur la tête… • être passé entre deux camions
pour dire à quelqu’un qu’il s’est fait « raser » (les cheveux) de trop près
e
■ m. XVII 1640 quand la neige est sur la montagne, le bas est bien froid quand un homme a
les cheveux blancs
CHAUVE
dégarni, déplumé, pelé
e
■ f. XVII 1690 être tondu comme un enfant de chœur bien rasé ou sans cheveux • être ras et
e
e
tondu comme un moine homme pelé ■ XIX tête d’œuf ■ m. XIX 1867 avoir son genou dans le
cou • avoir le front dans le cou « être chauve comme l’Occasion » (DELV.) • coco déplumé tête
e
sans cheveux ■ f. XIX ne plus avoir un poil sur le caillou caillou, tête (1866) • chauve comme un
genou ◪ 1878 ne plus avoir de cresson sur la fontaine ◪ 1879 bille de billard « crâne dénudé et,
par extension, vieillard » (DICT. LANGUE VERTE) « Ah ! mince alors ! si les billes de billard se mettent à
moucharder la jeunesse !… », MEILHAC et HALÉVY, Lolotte, 1879 ◪ 1883 ne plus avoir de mouron
e
e
sur la cage Cf. se faire du mouron : des cheveux ■ d. XX boule de billard tête chauve ■ m. XX
crâne d’œuf sans le moindre cheveu « Il ne bouge pas, il te fixe toi et ta tête rasée, puis il te parle d’une voix émue
qui chante le pardon, quoi que tu aies pu faire, tu restes son fils et il te met une claque violente sur ton crâne d’œuf », R.
DJAÏDANI, Boumkœur, 1999
■ f.
e
XX
piste d’atterrissage pour mouches crâne chauve. On dit aussi
aérodrome à mouches
POILS
e
■ d. XVII 1627 barbe d’avocat, qui croît par articles « une barbe qui vient inégalement en
quelques endroits du menton ou de la joue » (OUD.) « Il a une barbe d’advocat, elle croist par articles […] Er hat
e
ein Item Bart/ein Haar da/das ander dort », D. MARTIN, Les Colloques français et allemands, 1627 ■ m. XVII 1640 barbe
en couenne de lard « rase, courte et rude » (OUD.) • barbe de jardinier, qui croît par bouquets
e
e
■ d. XIX 1828 accroche-cœurs favoris ■ m. XIX 1867 marguerites de cimetière poils blancs de la
e
barbe ■ d. XX pattes de lapin bande de barbe de chaque côté du visage, de l’oreille au menton
« Mathurin ne devait pas marquer cinquante ans. Ce qui le faisait si laid, c’est qu’il n’avait ni barbe, ni pattes de lapin ; il était
tout nu de visage, le nez retroussé à en montrer la morve, la bouche vineuse à croire qu’il sortait de boire », RACHILDE, La Tour
e
◪ 1929 balai de chiottes moustache taillée court ■ m. XX tablier de forgeron pour
e
dire qu’une femme a une pilosité pubienne importante ■ f. XX s’être rasé avec une biscotte fort
mal ; avoir une barbe de plusieurs jours • avoir une moquette un torse fort poilu
e
■ m. XVII 1640 vous devenez bêtes, le poil vous vient sous les aisselles « le poil commence à
vous croistre aux parties cachées » (OUD.)
d’amour, 1916
COULEUR DES GENS
■
XVII
e
jaune comme un coing ■ d.
XVII
e
rouge comme une écrevisse
« “Mais, Robineau, tu vas
comme un cerf ! laisse-nous un peu respirer !… – Je ne respirerai que quand je serai chez moi…” Et Robineau se remet en
marche, quoique la sueur coule de son front, et qu’il soit rouge comme une écrevisse », P.
DE KOCK,
La Maison blanche, 1828
e
■ m. XVII 1640 rouge comme un chérubin • être rubicond rouge de visage • blond d’Égypte
e
« noir ou More » (OUD.) • haut en couleur fort rouge de visage ■ f. XVII noir comme une taupe
homme fort noir ◪ 1690 un visage rissolé « un voyageur, un laboureur, quand ils ont le visage
hâlé, brûlé ou noirci par les ardeurs du soleil » (FUR.) • du bran de Judas « des taches de rousseur
qui viennent sur le visage » (FUR.) • rouge comme un coq • noir comme un ramoneur de
e
cheminée (comme une cheminée) « exagérer et dire que quelqu’un a le visage brun » (FUR.) ■ XIX
rouge comme un homard • noir comme un corbeau se dit d’une personne blanche au teint très
mat « La grande Louise, une ancienne à lui et qui est noire comme un corbeau, vint le voir », Mémoires de Casque d’Or, 1902
e
■ d. XIX pâle comme un suaire « C’est au coin de ce même boulevard Voltaire que, vingt ans plus tard, je devais
retrouver, pâle comme un suaire, perdant son sang en abondance, mais exact au rendez-vous que je lui avais fixé, Leca, Leca
e
■ m. XIX rouge comme un coquelicot • blanc comme
un linge très pâle • jaune comme un citron • rouge comme une pomme d’api « Nestor Richefeu, le
mon dernier amant », Mémoires de Casque d’Or, 1902
plus ancien, celui à qui M. Pichancourt avait délégué ses pleins pouvoirs, était un solide gaillard de vingt-quatre ans, trapu,
courtaud, largement râblé, joufflu et rubicond comme une pomme d’api », A. CIM, Duel à mort, 1894 • jaune
comme de
e
la cire au XVIII siècle, se disait spécialement pour une personne atteinte de jaunisse ; l’idée d’un
teint lié à la maladie est restée « Son visage [à Damiens] était jaune comme de la cire ; l’éclat du jour semblait fatiguer
sa vue ; ses paupières s’ouvraient et se fermaient avec une sorte de mouvement convulsif, mais ses yeux n’avaient point perdu
de leur éclat », Mémoires des bourreaux Sanson, 1862
■ f.
e
XIX
rouge comme une pivoine • rouge comme
une cerise • un teint de brique rouge-brun « D’une taille un peu au-dessous de la moyenne, courtaud, membré et
râblé, Césarin avait de gros yeux bleus, une bouche lippue et forte, un teint de brique », A. CIM, Césarin…, 1897 ◪ 1872
e
boule de son figure tachée de rousseurs, qui sont appelées aussi « taches de son » ■ d. XX blanc
e
e
comme un cachet d’aspirine ■ m. XX bronzé comme un cachet d’aspirine ■ f. XX blanc
(bronzé) comme un lavabo
e
■ m. XVII 1640 elle est de la bonne teinture elle est noire, elle a la chair noire • les putains
sont plus noires « sotte allusion de vulgaire de putains à plus teints, qu’il prononce pus teints »
e
e
(OUD.) ■ f. XVII 1690 rouge comme du feu personne qui rougit ■ m. XIX 1867 mal blanchi
e
e
« nègre » (DELV.) ■ f. XIX 1872 boule de neige « nègre. Ironie de couleur » (LARCH.) ■ f. XX un
bounty noir dehors, blanc dedans : un Noir à la mentalité de petit Blanc « Lies déambule dans les
entrailles de la gare. Il montre patte blanche à une horde de contrôleurs melting-pot. Un bounty lit son numéro de carte
orange tandis qu’un bicot jambon-beurre gonflé aux hormones vérifie le magnétisme de son coupon ; les crèmes chantilly
encaissent les amendes », R. DJAÏDANI, Viscéral, 2007 • une banane
jaune dehors, blanc dedans : un Asiatique
à la mentalité de petit Blanc
HABILLEMENT
équipage, mise, tenue, toilette, ajustement, accoutrement, attifement
e
■ XVI armé de pied en cap « tout armé, armé de toutes pièces » (OUD.) « car, voulant obtempérer
au plaisir du roy, je me estoys armé de pied en cap d’une carreleure de ventre pour aller veoir comment mes vendangeurs
avoient déchicqueté leurs haulx bonnets », RABELAIS, Pantagruel, 1532
■
XVII
e
armé jusqu’aux dents ■ m.
XVII
e
avoir l’air de sortir d’une boîte être vêtu avec une propreté méticuleuse ◪ 1640 la boutique « la
brayette ou fente des chausses » (OUD.) • bannière d’Orléans, des lambeaux un habit déchiré •
montrer le cul avoir son habit déchiré par-derrière • rebiffé comme la poule à gros Jean enfoncé
dans ses habits • vêtu comme un moulin à vent vêtu de toile • habillé en figure qui porte
toujours le même habit • un habit cousu « estroit. Item, bien fait et propre au corps » (OUD.) •
contraint en ses habits « qui n’est pas vestu selon sa condition ; à qui les habits ne sont pas séants
e
et convenables » (OUD.) • des beatilles « petites hardes » (OUD.) ■ f. XVII habit ciré sur le corps
d’une personne « bien fait, bien taillé, [qui ne fait pas] un pli » (FUR.) ◪ 1682 suer dans son
harnais être trop vêtu ◪ 1690 être vêtu comme un oignon « avoir plusieurs vêtements les uns sur
les autres, parce que l’oignon a plusieurs peaux qui l’enveloppent » (FUR.) • crever dans ses
panneaux « être trop serré dans ses habits, par une métaphore tirée des panneaux d’une selle, qui
serrent parfois trop fort un cheval » (FUR.) • rembourré comme un bât de mulet « avoir
beaucoup d’habits les uns sur les autres et que cela grossit beaucoup ; être bien garni d’habits
e
contre le froid » (FUR.) ■ d. XIX être en petite tenue en sous-vêtements – incomplètement vêtu
pour une présentation décente « Comme j’étais ce qu’on appelle en petite tenue de dragon, c’est-à-dire le paniau
volant ou la bannière au vent, je me retirai bien vite », VIDOCQ, Mémoires, 1828 • en bourgeois en civil, pour tout
e
porteur d’uniforme, en particulier pour un policier ■ m. XIX 1867 être tout flambant neuf porter
des vêtements neufs • être en panais être en chemise, sans aucun pantalon • étaler sa
marchandise « se décolleter trop, – dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des
marchandes d’amour » (DELV.) • montrer sa viande « se décolleter excessivement, comme font
les demoiselles du demi-monde dans la rue et les dames du grand monde aux Italiens » (DELV.) •
être pourri de chic « être à la dernière mode, ridicule ou non » (DELV.) • être truffé de galbe idem
e
■ f. XIX 1872 se donner (se pousser) du ballon « porter une crinoline d’envergure exagérée, faire
ballonner sa jupe » (LARCH.) • mettre son chapeau en crâne « le mettre sens devant derrière, à la
façon des tapageurs » (LARCH.) • en Écossais « sans pantalon. Les Écossais ont les jambes nues »
(LARCH.) • être en bannière n’avoir qu’une chemise flottante pour vêtement ◪ 1877 sortir en taille
taille, « nom donné, dans quelques provinces, au corsage, en parlant des femmes » (LITTRÉ). Sortir
en taille, c’est sortir sans manteau. S’emploie toujours à Marseille « Dehors le temps était clair et lumineux.
Hier, Monsieur Hermès avait agréablement supporté son pardessus. Aujourd’hui, Angélique parlait de sortir en taille avec sa
robe rouge », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
e
■ d. XVII 1606 l’habit ne fait pas le moine « tout de mesme tel se void bien armé de pied en
cap, représentant un vaillant homme de guerre, qui bien souvent est un couard et poltron, et
e
partant en tous estats il ne faut juger par l’extérieur seulement » (NICOT) ■ m. XVII 1640 Janvier a
deux bonnets « un vieillard emmitoufflé, ou qui a un bonnet de nuit sous son chappeau » (OUD.)
e
■ f. XVII 1690 il montre tout ce qu’il porte « il ne cache pas bien ses parties honteuses ; pour dire
honnêtement qu’il découvre ce qu’il devrait cacher » (FUR.) • être brave comme un lapin écorché
« se dit proverbialement d’un bourgeois qui a quelque nouvel habit ou parure » (FUR.) • se révolter
« ironiquement, quand une personne se pare avec plus d’affectation qu’auparavant ; ce qui se dit
particulièrement des dévots qui prennent des habits trop mondains » (FUR.) • ventre de son et
robe de velours « il y en a qui font mauvaise chère pour avoir de quoi paraître en habits » (FUR.) •
il vous fait beau voir dans cet habit indécent • être comme un gouverneur de lions « se dit de
celui qui porte toujours le même habit, qui a peur qu’on le méconnaisse […] pour se moquer d’un
e
homme qui ne change jamais d’habits » (FUR.) ■ m. XIX décroche-moi cela « fripier, habillement
d’occasion. Allusion aux crochets qui servent à la montre des revendeurs » (LARCH.) « M. Auguste
s’habille au “décroche-moi cela” ; ce qui veut dire en français : chez le fripier », PRIVAT D’ANGLEMONT ◪ 1842 les agios
e
d’une mariée de village toilette extraordinaire et ridicule ■ f. XIX être chez soi « argot des
couturiers. Se sentir à l’aise, n’être pas gêné dans son costume » (DICT. LANGUE VERTE) « Le langage de
convention recommence entre l’essayeuse et sa cliente : “Sent-elle son corsage ?– Oui, elle y est chez elle” », Le Gaulois, 1881
e
■ d. XX parler chiffons parler de vêtements, de mode, de choses futiles
BIEN SAPÉ
BIEN SAPÉ
e
■ XVI cet habit vous est fait comme de cire « il vous sied bien, il vous joint bien au corps »
e
(OUD.) ■ XVII parée comme une accouchée • être tiré à quatre épingles « être vêtu avec un soin
et une recherche remarquables, – dans l’argot des bourgeois, pour qui “avoir l’air de sortir d’une
e
boîte” est le dernier mot du dandysme » (DELV.) ■ d. XVII 1627 se mettre sur le bon bout « se
parer, se rendre poly, se bien vestir » (OUD.) « E. : Voulez-vous pas aussi vostre escharpe à dentelles et papillotes
d’or ? C. : Si veux, je me veux aujourd’huy mettre sur le bon bout », D. MARTIN, Les Colloques français et allemands, 1627
e
■ m. XVII 1640 brave comme un lapin • en bonne conche « bien vestu, en bon estat » (OUD.) •
bien ajusté « poly, bien vestu et proprement » (OUD.) • homme bien troussé bien ajusté, propre,
de bonne mine • bien tiré « bien ajusté, bien agencé, vestu proprement » (OUD.) • se requinquer
se parer, s’ajuster, qui se dit d’une vieille • se redresser se parer, s’orner, s’ajuster • brave comme
un bourreau qui fait ses pâques « il n’a pas coutume d’être si bien vêtu. Ce proverbe vient de ce
que les bourreaux étaient autrefois obligés de porter des habits chargés de quelque marque de
leur infamie, comme d’une échelle ou d’une potence, pour les distinguer des autres personnes. Il
leur était permis de les quitter quand ils faisaient leurs Pâques, pour la révérence de la fête, auquel
jour ils s’habillaient des plus beaux habits qu’ils voulaient. Pour se moquer d’un homme, ou
e
bourgeois vêtu de neuf » (FUR.) ■ f. XVII 1690 être dans son pontificat « personne qui paraît dans
son plus grand éclat, lustre, soit un magistrat, quand il est dans son siège ; soit une femme parée
de ses plus beaux habits » (FUR.) • un poil n’y passe pas l’autre homme bien propre, bien ajusté •
être parée comme une épousée de village « femme ajustée, qui a trop de menus assiquets ; qui
affecte de se parer de plusieurs ornements mal entendus » (FUR.) • être doré comme un calice
« on dit que des gens sont bien dorez, qu’ils sont dorez comme des calices, pour dire, qu’ils sont
e
braves, qu’ils ont bien de la dorure et de la broderie sur leurs habits » (FUR.) ■ d. XVIII être sur son
dix-huit « dix-huit, c’est le nom qu’on donne en stile bas et populaire à un habit tourné, à cause
qu’il est neuf pour la seconde fois et que deux fois neuf font dix-huit. On dit aussi dans le même
stile bas et populaire de ceux qui sont plus propres qu’à l’ordinaire, qu’ils sont sur leur dix-huit »
e
(TRÉVOUX, 1721) ; le jeu de mots sur deux fois neuf était également utilisé au XVIII siècle par les
e
savetiers : les souliers ressemelés étaient des dix-huit ■ f. XVIII 1773 sur son propre « De tombacle ou
d’argent la boucle/Aussi brillante qu’escarboucle,/Le soulier fin ou gris ou bleu,/Et les talons couleur de feu./Quand sur son
◪ 1777 paré comme une châsse
extrêmement paré, de vêtements et de bijoux. La châsse d’un sanctuaire – objet de contemplation
des pèlerins – était très richement ornée, depuis des temps très anciens ; la châsse de sainte
Geneviève, célèbre à Paris où on la « descendait » en grande pompe, à Notre-Dame, dans les
occasions dramatiques, était parée d’or et de diamants « Je me dispose à faire ce soir cent et une visites, parée
propre est la fringante/Elle est plus leste qu’Athalante », Les Porcherons, 1773
comme une châsse, avec mes deux petits tourtereaux, qui en sont aussi fatigués que moi », MME DE SABRAN, Journal, 27 nov.
1777
■
e
XIX
en grande tenue « leur médecin chef de l’hôpital… je peux dire,
je le connais ! sapé, pardon !… quatre
épingles !… la dague au côté ! ceinturon, vareuse, croix de fer !… pantalon gris, pli impeccable… gants “beurre frais”… il est
venu me voir en grande tenue », CÉLINE, D’un château l’autre, 1957
■ m.
e
XIX
avoir du linge « avoir une fraîche
toilette » (LARCH.) • avoir l’air de sortir d’une boîte ◪ 1833 se mettre (être) sur son trente-et-un
cette expression relevée pour la première fois dans le langage des casernes (ci-dessous), est
formée sur se mettre sur le bon bout et sur être sur son dix-huit. Mais pourquoi trente-et-un ? Le
trente-et-un, sorte de jeu de cartes, et point formant trente-et-un, point gagnant, à ce même jeu,
semble avoir représenté une valeur maximale, « le point suprême » d’un état. Cf., dans l’exemple
d’une peur extrême : « quand je n’ai senti les verds [les fantassins] au dos le treffe [le trou du cul]
me faisait trente-et-un » (VIDOCQ, Mémoires, 1828). Il est raisonnable de supposer que ce
maximum a pris la place de dix-huit, le nombre étant plus élevé donc plus… chic !, ce qui semble
confirmé par les variantes de l’expression, avec des nombres toujours plus élevés : sur son
cinquante-et-un (BALZAC, 1842), sur son trente-six (DELVAU, 1867), sur son trente-deux (GONCOURT,
1885) « Elle s’était mise sur son trente-et-un, et je puis vous assurer qu’elle était bien ficelée », VIDAL, La Caserne, 1833
◪ 1846 se mettre sur son quarante-deux « Je me requinque dar, dar… et je descends sur mon quarante-deux !… je
trouve en bas… un équipage flambant… deux chevaux… un peu chouettes !… », MÉLESVILLE et CARMOUCHE, Le Bonhomme
◪ 1867 brave comme un jour de Pâques richement habillé • faire son faraud « se
donner des airs de gandin quand on est simple garçon tailleur, ou s’endimancher en bourgeois
quand on est ouvrier » (DELV.) • se mettre sur son (grand) tralala s’habiller coquettement,
e
superbement ■ f. XIX 1894 tiré comme une « L » se dit de quelqu’un tiré à quatre épingles
Richard, 1846
e
■ m. XVI ma foi, les beaux habits servent fort à la mine « proverbe mis en vers par Régnier
e
dans sa Macette » (FUR.) ■ m. XVII 1640 les belles plumes font les beaux oiseaux les beaux habits
e
parent les personnes ■ d. XX on se saoule, mais on se nippe ! réponse de quelqu’un qui porte des
habits neufs à celui qui lui en fait compliment
MAL SAPÉ
e
■ m. XVII 1640 troussé comme un pet « assez mal accommodé ou vestu » (OUD.) • troussé
comme une poire de chiot « assez mal ajusté ou mal fait » (OUD.) • troussé comme un cueilleur
de pommes « fait, ou habillé comme un païsan » (OUD.) • montrer le derrière « estre mal vestu,
e
estre deschiré » (OUD.) • fait comme un valet de pique habillé plaisamment ■ f. XVII 1690 être
habillé en vrai carême-prenant « personnes mal mises qui ont des habits hors de mode et
e
extravagants » (FUR.) • être fait comme un vendeur de cochons mal bâti ou mal vêtu ■ XIX être
e
mal ficelé ■ d. XIX 1829 baron de la Crasse « se dit d’un homme mal bâti, habillé ridiculement, et
e
qui se donne des manières de cour » (CAILLOT, 1829) ■ m. XIX 1842 ressembler au bon Dieu de
Gibelou « cette comparaison, qu’on emploie en parlant d’une personne mal accoutrée et chargée
de plusieurs pièces d’habillement l’une sur l’autre, est fondée sur une tradition populaire qui
rapporte que les habitants de Gibelou avaient coutume d’envelopper la statue de l’enfant Jésus de
chiffons de toute espèce » (QUIT.) ◪ 1867 avoir l’air riquiqui « être ridiculement habillée, ou n’être
pas habillée à la dernière mode. Je ne suis pas bien sûr que ce mot ainsi employé ne soit pas une
contrefaçon de rococo » (DELV.) • avoir une sacrée touche être habillé ridiculement ou
pauvrement • être mal fichu « être habillé sans soin, sans grâce » (DELV.) • foutu comme quatre
sous « habillé sans goût et même grotesquement » (DELV.) • être fichu comme un paquet de
e
linge sale « être habillé sans soin, sans grâce » (DELV.) ■ f. XIX 1872 foutu comme l’as de pique
l’as de pique étant, par assimilation de forme, le croupion d’une volaille. « Jadis on appelait “as de
e
pique” un homme nul. “Taisez-vous, as de pique !” (Molière) » (LARCH.) ■ d. XX être ficelé comme
un saucisson être engoncé dans ses vêtements ; être mal habillé, mal ficelé
VÊTEMENTS
fringues, frusques, nippes, sapes, effets, pelures
e
■ f. XVI habit de tous les jours « que l’on porte ou dont on se sert d’ordinaire, et point les
Festes » (OUD.) « S’il m’ayme bien en mes habits de tous les jours, je croy qu’il m’adoreroit, maintenant que je suis brave
e
comme une petite princesse », P. DE LARIVEY, Le Morfondu, 1579 ■ m. XVII 1640 habit tout uni simple, sans
ornement • un cache-bâtard « c’estoit ainsi que l’on appeloit un vertugadin lors que nos Dames
en portoient, d’autant qu’il pouvoit cacher le ventre enflé de grossesse » (OUD.) • un manteau
doublé de vinaigre « un manteau d’estoffe fort légère, et sans doubleure » (OUD.) • de la
e
cochenille « gens vestus d’escarlatte » (OUD.) • chausses à la pendarde longues ■ f. XVII 1690 un
habit de vinaigre habit léger qu’on porte quand il fait froid • être en linge uni quand il n’y a point
de dentelle • habits de dimanche « le peuple appelle les habits de dimanche les plus beaux habits
qu’il ait » (FUR.). On peut supposer que le passage de « habits de dimanche » à « habits du
dimanche » s’est fait rapidement « les parens qui les suivent au même autel où ils se sont mariés ; les garçons de la
fête en habits du dimanche, les rubans au chapeau, le bouquet au côté ; les filles en blanc corset, regardant ce jour-là leur
amant avec plus d’assurance », L. S. MERCIER, Tableau de Paris, 1782
■ f.
XVIII
e
1792 habit de fatigue réservé aux
tâches pénibles, résistant – un habit de travail, quoi ! « […] nous foutons le camp de grand matin sans être vu de
e
qui que ce soit ; lui, déguisé en fort de la halle et moi avec mon habit de fatigue », HÉBERT, 1792 ■ m. XIX 1866 habit à
manger du rôti le plus bel habit « J’ai acheté à cette chère bête une robe de noce, je me suis fait faire un habit à
manger du rôti… », A. DELVAU, Le Grand et le Petit Trottoir, 1866 ◪ 1867 sac au lard chemise • bas de deux
e
paroisses de deux couleurs différentes ■ f. XIX 1883 fusil à deux coups pantalon ◪ 1894 l’habit
que mange de viande « panneau, habit que l’on met dans les grandes occasions, quand on est de
noce, par exemple » (LYON) « Le père Ganachon est ben si fier aujourd’hui ! Il a metu l’habit que mange de viande. –
e
Eh ! c’est pour aller à la réunion publique ! » (LYON) ■ d. XX habit vert habit des membres de l’Académie
française
e
■ XVII il leur faut rabattre les coutures « à ceux qui ont un habit neuf, quand on les frappe
légèrement. Par allusion à ce qu’on dit des tailleurs, qu’ils rabattent les coutures quand ils les
cousent une seconde fois » (FUR.)
ACCESSOIRES
e
■ m. XVII 1640 souliers à l’apostolique sandales • les bottes de l’archevêque Turpin vieilles
et grandes bottes mal faites • mitouffles sorte de gants • être dans la prison de saint Crépin être
trop serré dans ses bottes, dans ses souliers • étui de malice le chaperon d’une femme • il va sur
mule « par allusion, il a les mules aux talons » (OUD.) • il a pleuré pour avoir un collet « pour dire
qu’un homme a un colet d’excessive grandeur » (OUD.) • il a pissé au lit, il a mis la plume au vent
c’est quand un homme porte une plume à son chapeau • souliers à dormir debout larges de
e
semelles ou d’assiette • un cache-nez un masque de femme ■ m. XIX tuyau de poêle « botte à
l’écuyère. Allusion de hauteur, de forme et de couleur » (LARCH.) ◪ 1833 tuyau de poêle « chapeau
rond. Allusion de forme » (LARCH.) « Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit à queue de
morue », T. GAUTIER, 1833 ◪ 1866 suivez-moi, jeune homme « ce sont ces deux grands rubans flottants
au-dessous des cols des manteaux des dames… Une grande couturière de Paris les a appelés
ainsi » (LESPÈS) ◪ 1867 souliers à musique qui craquent lorsqu’on les met pour la première fois •
chapeau en bataille dont les cornes tombent sur chaque oreille • chapeau en colonne « placé
dans le sens contraire, c’est-à-dire dans la ligne du nez » (DELV.) ◪ 1868 pincez-moi ça « énorme
nœud que les femmes portent au bas de la taille, dans le dos, et qui se complète par deux rubans
er
e
très-larges, très-longs et retombant » (Le Figaro, 1 février 1868, in LARCHEY) ■ f. XIX 1872 botte
de neuf jours « botte percée. Mot à mot : voyant le jour par neuf trous » (LARCH.) • décrochezmoi ça « Un “décrochez-moi ça” est un chapeau de femme d’occasion. Que dites-vous du mot, madame ? n’est-il pas neuf et
expressif ?… Au reste, qu’il ne vous fasse pas peur. J’ai vu au carré du Palais-Royal (du Temple) des “décrochez-moi ça” qu’on
eût pu facilement accrocher au passage du Saumon », MORNAND, in LARCHEY ◪
1882 engueuler le trottoir porter des
chaussures éculées, percées « Des souliers éculés avec des semelles… qui engueulent le trottoir », La Vie parisienne,
e
1882 ◪ 1883 mettre du linge sur ses salsifis mettre des gants ■ d. XX col à manger de la tarte un
col empesé, posé sur un plastron, en tissu ou en celluloïd, selon la mode masculine de jadis ◪ 1909
chaussettes à clous chaussures ferrées
e
■ m. XVII 1640 voilà mon songe de cette nuit, un vilain botté « c’est lors qu’on voit un
homme qui porte des bottes contre sa coustume » (OUD.) • petite oie d’habit « des jarretières,
des esguillettes, un cordon de chappeau, etc. » (OUD.) • botter à cru « mettre des bottes sans
avoir rien à ses jambes, mettre les jambes nues dans ses bottes » (OUD.)
BEAUTÉ
charme, grâce, joliesse, distinction, magnificence, piquant,
séduction, somptuosité, splendeur
e
■ m. XVI elle vaut bien le décrotté elle est assez belle ◪ 1531 être fait comme de cire très
e
beau ; allusion probable aux effigies en cire qui étaient à la mode au XVI siècle, particulièrement à
la mort des grands personnages « Factus ad ungueur : Il est faict comme de cire, Il est fort bien faict », R. ESTIENNE,
e
■ f. XVI un miroir à putains « un bel homme » pour OUDIN (1640), un « garçon
e
e
d’une beauté vulgaire » pour LARCHEY (1872) ■ XVII un beau brin de fille ■ m. XVII bien fait de sa
personne « Le 1er février, monsieur le pasteur de Juba fut pendu à un gibet à Montpellier. Il fut regretté, surtout des
femmes, parce qu’il était bien fait de sa personne », Prion, Chronologiette, 1746 ◪ 1640 elle n’est pas trop déchirée
elle est assez belle, « elle mérite bien qu’on la cageole » (FUR.) • il est jeté en moule extrêmement
bien fait • j’aimerais mieux monter dessus que de la mener en laisse cela se dit lorsqu’on voit
une belle femme • je la trouverais mieux dans un lit qu’une puce « c’est pour donner à entendre
Dictionarium, 1531
qu’une femme est grasse et de belle taille » (OUD.) • elle vaut bien un péché mortel « elle est
belle, et mérite d’estre embrassée » (OUD.) • un bon morceau (pour un malade) « une belle
femme, et en bon point » (OUD.) • belle comme le jour • belle sous le linge « depuis le sein
jusqu’aux genoux » (FUR.) • elle n’est pas trop sotte elle est assez belle • un petit trognon « une
gentille petite personne » (OUD.) • j’aimerais mieux qu’elle fût tombée dans mon lit que la grêle
pour dire qu’une femme est belle • un bon bâton à défaire un lit « une femme belle et de bonne
taille » (OUD.) ◪ 1666 être bien tourné(e) joli(e) « Dame, une fille bien tournée a bien des chances pour mal
e
tourner », E.P. LAFARGUE, Fortes têtes, 1904 ■ f. XVII 1676 fait au tour « on dit en ce sens qu’une femme a
les bras faits au tour, pour dire parfaitement beaux, bien faits. Elle a la gorge faite au tour »
(TRÉVOUX, 1771) ; la valeur métaphorique concernant la beauté physique s’est établie dès le
e
siècle, parallèlement au sens d’« objet beau et bien fait », comme sorti des mains d’un
tourneur – cf. « Cet ouvrage est si poli qu’il semble qu’il soit fait au tour » (FUR.) « Entre tous ceux qui
XVII
brilloient à l’entour/De cette nimphe aimable, et faite au tour,/Ce fut à luy qu’elle donna la pomme », BENSÉRADE,
Métamorphoses d’Ovide en rondeaux, 1676 ◪
1690 elle n’est ni tortue ni bossue pour vanter la taille d’une
personne • avoir de beaux restes « C’étoit une bien brave dame, veuve sans enfans, de quarante-deux ans environ,
qui avoit été belle femme, et qui en avoit encore de beaux restes », CAYLUS, Histoire de M. Guillaume, 1740 • un teint de
lys et de roses « pour exprimer une grande blancheur ; pour bien louer une femme ; avoir le teint
blanc, vermeil » (FUR.) • c’est une bonne robe « une belle femme, ou toute autre chose qu’on
estime » (FUR.) • un morceau de roi une belle femme désirable. Il est possible que les
« dégustations » successives de Louis XIV aient influé sur la création de cette locution d’époque
« C’est égal, elle est bien jolie, notre hôtesse ! Des yeux noirs, profonds comme la nuit ; des lèvres rouges, sensuelles ; un teint
mat, plus cire que chair, d’un grain délicat ; une taille… Ah ! c’est un morceau de roi que ce grand gars mange tous les soirs à
son souper ! », A. DELVAU, Du pont des Arts…, 1866
e
e
■ XVIII joli comme un cœur ■ XIX beau comme un astre
e
• être joli garçon ■ d. XIX 1808 aux oiseaux « pour exprimer qu’un homme est très-bien fait,
e
qu’une femme est très-belle, on dit qu’ils sont aux oiseaux » (DHAUTEL) ■ m. XIX taille de guêpe
taille très fine ◪ 1867 balle d’amour physionomie agréable, faite pour inspirer des sentiments
tendres • n’être pas trop déjeté être bien conservé • herbe à grimper « belle gorge ou belles
épaules, – éperons du cœur, compulsoires d’amour » (DELV.) • pas de corset « se dit, à tout âge,
d’une femme dont les appas ont la fermeté de la jeunesse » (LARCH.) • chouette jabot poitrine
plantureuse • avoir une livraison de bois devant sa porte « se dit d’une femme richement
avantagée par la Nature » (DELV.) • quinze ans, toutes ses dents et pas de corset ! « phrase
souvent ironique de l’argot des faubouriens, qui l’emploient à propos des femmes jeunes et bien
faites, ou de celles qui se croient ainsi » (DELV.) « Chabot : Moi, j’suis pas vieux… pas vieux du tout ! Et tu sais…
j’suis pas ingrat !… Quel âge que t’as ? La Carcasse : Dix-neuf ans, toutes mes dents et pas de corset ! », O. MÉTÉNIER, La
• être dans le sac être jolie • avoir des oranges sur la cheminée « avoir une gorge
convenablement garnie, dans l’argot de Breda-Street » (DELV.) • avoir de la dent « être encore
e
beau cavalier ou jolie femme » (DELV.) ■ f. XIX 1872 elle a de ça « elle est riche d’appas » (LARCH.)
• avoir la ligne « avoir une certaine pureté de contours » (LARCH.) « Mon Dieu, elle n’est pas très-jolie ; mais
e
vous savez, elle a la ligne », YRIARTE ■ d. XX un beau ténébreux un homme dont le physique correspond
Casserole, 1889
aux canons romantiques de la beauté • une gravure de mode désigne le plus souvent une femme
belle et bien habillée, comme un mannequin dans un magazine. Quelquefois avec une nuance
péjorative : femme à la beauté trop classique pour avoir du charme, du chien. L’expression est
également utilisée pour parler d’un homme un peu dandy : « Il s’étonnait de sa façon de “poser le pied avec
l’art des suprêmes danseuses” et l’assimilait à “une gravure de mode”, car Duplessys prenait un soin particulier de sa mise », E.
RAYNAUD, Souvenirs de police au temps de Ravachol, 1923 ◪
1905 être bien balancé bien bâti ◪ 1919 une belle
e
carrosserie un beau garçon, une belle fille, par métaphore automobile ■ f. XX dégager (un max)
« “elle dégage un max” : cette femme est d’une beauté renversante » (MERLE) • être canon si
l’expression s’est d’abord appliquée aux femmes, elle a très vite qualifié aussi la beauté masculine,
voire l’esthétique remarquable d’un objet. Son origine reste obscure ; plutôt que les canons de la
beauté, il est toutefois possible qu’elle vienne du canon pièce d’artillerie, celui-ci étant surnommé
« gros cul » – « Nos gros culs ! redit Forn comme de nouveau les canons se remettaient à déchirer
le silence bien plus effrayant que le bruit de leurs gueules » (J. BLANC, Le Temps des hommes, 1948)
– et la beauté des femmes passant traditionnellement par des formes voluptueuses • beau (belle)
comme un camion (tout neuf) très beau, très belle. Il semble que le camion en question fasse
référence aux gros bahuts américains, rutilants et pleins d’ampoules • une bombe
e
■ XVI il n’y a si beau soulier qui ne devienne savate si belle femme qui ne devienne vieille et
e
laide ■ m. XVII 1640 une beauté journalière plus belle un jour que l’autre • il n’y a si belle rose
qui ne devienne gratte-cul « si belle femme qui ne devienne vieille et laide » (OUD.) • tous chats
e
sont gris de nuit « on ne connaît pas si une femme est belle ou laide la nuit » (FUR.) ■ XVIII la
e
beauté du diable celle de la jeunesse ■ m. XIX comme un Jésus de cire beau et délicat « C’est qu’elle
est bien tournée, la demoiselle, quoiqu’elle soit pâle et mignonne comme un Jésus de cire », H. MURGER, Scènes de campagne,
1842 les belles ne sont pas pour les beaux « les hommes les plus beaux ne sont pas les plus
heureux en amour. Les mères et les maris les redoutent et les observent ; les femmes tendres
croient qu’ils s’aiment trop ; les fières ne leur trouvent point assez de soumission ; celles qui
craignent la médisance les jugent dangereux pour leur réputation. Ils coûtent trop cher à celles qui
e
paient ; ils ne donnent rien à celles qui se font payer » (QUIT.) ■ XX la beauté ne se mange pas en
e
salade ce n’est pas la beauté qui rendra vivable le quotidien avec quelqu’un ■ m. XX sois belle et
tais-toi
1856 ◪
COQUETTERIE
e
■ m. XVII 1640 le baille lui goût « quelque ornement qui fait paraître une femme plus belle »
e
(OUD.) ■ f. XVII à vieille mule frein doré (dure) « à une vieille qui se pare ou se farde, par
reproche ; pour se moquer d’une vieille qui se pare pour faire la jeune ; en parlant des vieilles
femmes qui se parent, qui se requinquent » (FUR.) ◪ 1690 être bien sous les armes « être propre et
bien paré pour faire des conquêtes amoureuses » (FUR.) • un visage plâtré « chargé de céruse ou
de tout autre fard qui paraît » (FUR.) • parée comme une épousée « femme qui affecte de porter
e
trop d’ornements ou trop extraordinaires » (FUR.) • parée comme un autel idem ■ m. XIX bien
mis « fashionable » (LARCH.) « Ohé ! ce bien mis, il vient faire sa tête parce qu’il a du linge en dessous », E. SUE ◪ 1867
coup de fion soins de propreté, et même de coquetterie • faire des effets de linge « retrousser
adroitement sa robe, de façon à montrer trois ou quatre jupons éblouissants de blancheur et
garnis de dentelle – de coton » (DELV.) • faire un effet d’ivoire « rire de façon à montrer qu’on a la
bouche bien meublée » (DELV.) • être truffé de galbe « être à la dernière mode, ridicule ou non »
e
(DELV.) • être pourri de chic idem ■ f. XIX faire la bouche en cul de poule « c’est ce que font les
dames aimables quand elles rapprochent les lèvres pour se faire la bouche plus petite » (LYON) •
avoir un pied de rouge sur la figure être trop maquillé ◪ 1872 crevé, petit crevé « jeune élégant
poussant à un degré tout féminin la recherche de sa toilette. “Petit crevé se décollette avec grâce,
épile son menton et cire sa moustache. Son teint délicat connaît les douceurs de la poudre de riz
et du blanc de perle” (YRIARTE). C’est de ce visage blême qu’est venue selon nous l’expression de
“crevé” » (LARCH.) • beau du jour élégant, homme à la mode • vieux papillon « vieillard
conservant les allures galantes de la jeunesse » (LARCH.) • beau fils jeune beau • se badigeonner
« se blanchir artificiellement la figure. Mot à mot : se badigeonner comme un mur » (LARCH.) •
vieux beau, ex-beau « vieil homme ayant conservé des prétentions à une grande élégance »
e
e
(LARCH.) ■ d. XX se faire beau (belle) consacrer à sa toilette plus de soins que d’habitude ■ m. XX
e
se faire un raccord retoucher son maquillage • se faire une beauté se préparer avec soin ■ f. XX
doré sur tranche parfaitement bronzé
e
■ m. XVII 1640 une mouche sur le visage « une petite emplastre de taffetas noir pour faire
paroistre la chair plus blanche » (OUD.) • temps pommelé et femme fardée n’ont point de durée
« le ciel plein de petits nuages se couvre facilement, et le fard gaste le visage d’une femme »
(OUD.)
LAIDEUR
disgrâce, difformité, hideur
e
■ m. XVII 1640 un grand mal bâti homme mal fait • elle est belle au coffre laide de visage et
riche • elle est belle à la chandelle (mais le jour gâte tout) « c’est une raillerie vulgaire pour dire
qu’une femme n’est pas trop belle » (OUD.) • une guenon • elle est toujours crottée, elle n’a
personne qui lui trousse sa jupe elle est laide et personne ne la veut • elle est laide comme un
cul • marqué au B « qui a un deffaut de nature, et meschant pour l’ordinaire, comme bigle,
boiteux, borgne, bossu, etc. » (OUD.) • une nymphe de Guinée « une noire et laide » (OUD.) • c’est
ouvrage de peintre « une fille belle de loin et laide de près » (OUD.) • visage de rebec visage sec
et mal fait • richement laid aussi laid que possible • visage à faire une enseigne à bière un gros
visage mal fait • un masque lui servirait bien • sa coiffure est de crème, elle couvre le lait « c’est
une sotte allusion de laict à laid » (OUD.) • c’est tentation par-derrière et repentance par-devant
« une femme dont la taille, ou l’habit par derrière, fait imaginer quelque chose de beau, et l’on
treuve puis après en la regardant par devant, qu’elle est extrêmement laide de visage » (OUD.) •
délicat et blond comme un pruneau grossier • (elle est comme les mâchicoulis) le haut défend
le bas elle est laide de visage • elle a bien du lait caché sous sa chemise « elle est bien laide ;
c’est une allusion de laict à laid » (OUD.) • laide en cramoisi bien laide • il serait bon dans une
e
chènevière, pour servir d’épouvantail aux oiseaux il a fort mauvaise mine ■ f. XVII 1690 laid
comme un magot • voilà un homme bien vidé laid et malpropre • un visage à étui « homme
fort laid ; noir, rude, couperosé » (FUR.) • un visage de cuir bouilli laid, grotesque • une vieille
sorcière « par injure à une laide qui est âgée » (FUR.) • laid comme un singe • on n’aura point
envie à sa peau personne fort laide • un laid (vilain) mâle « être malfait et difforme » (FUR.) •
remède d’amour « figure grotesque ou repoussante, – dans l’argot du peuple, qui ne sait pas que
e
Mirabeau a été adoré de Sophie » (DELV.) ■ m. XVIII gueule d’empeigne à la fois « sale gueule » et
« fort en gueule » « Aprens gueule d’empeigne, qu’la mère Chaplu n’a jamais rien pris à personne ! », BEAUMARCHAIS, Les
e
e
■ f. XVIII moche comme un pou ■ m. XIX gueule en coin de rue visage laid
et antipathique ◪ 1867 taupin vaut marotte « se dit ironiquement de deux personnes qui ont la
même laideur physique » (DELV.) • taupin vaut taupine idem • n’être pas dans le sac être laide •
e
bille à châtaigne figure grotesque ■ f. XIX laid comme les sept péchés capitaux ◪ 1894 une
figure à faire tourner une sauce blanche « se dit d’un visage où la régularité des traits laisse à
désirer » (LYON) • laid à faire retourner une procession « le fait est qu’il faut être joliment laid »
e
(LYON) ■ m. XX musée des horreurs
e
■ m. XVII 1640 j’aimerais mieux le licol que la bête « pour dire que l’on aimeroit mieux la
chaisne d’or, ou les perles que porte une femme, que sa personne mesme » (OUD.) • il n’y a point
si belle rose qui ne devienne (gratte-cul) gratteau tout enlaidit avec l’âge • je ne romprais pas
mon jeûne pour un si misérable morceau « je ne voudrois pas pécher pour une si laide femme »
e
(OUD.) ■ f. XVII la nuit, tous les chats sont gris on ne connaît point si une femme est belle ou laide
e
e
la nuit ■ m. XIX 1842 sa bouche dit à ses oreilles que son menton touche à son nez ■ m. XX on a
vu assez d’horreurs pendant la guerre expression employée dès la fin des années 1940, par
plaisanterie hyperbolique sur « les horreurs de la guerre », dont la presse et les conversations
regorgeaient. Dans des contextes tels que : « Cache-moi ça, on a vu assez d’horreurs pendant la
guerre ! »
Députés de la halle, v. 1763
PROPRETÉ
netteté, toilette
e
■ m. XVII 1640 propre comme une écuelle à chat « phrase vulgaire, pour dire qu’un homme
e
est propre » (OUD.). Dès la fin du XVII , l’expression acquiert son sens actuel : « qui a seulement
l’apparence de la propreté » • faire le poil « le coupper, et l’ajuster » (OUD.) • sortir d’une boîte
« on dit d’une personne qui est très propre, qu’il semble toujours qu’elle sorte d’une boîte » (FUR.)
e
■ f. XVIII propre comme un lapin « se dit d’un homme qui est d’une propreté remarquable »
(Acad., 1832-35) ; l’expression s’est sans doute forgée par glissement de brave comme un lapin,
e
bien habillé, habillé de neuf ■ m. XIX 1845 propre comme un sou « se dit quelquefois ; à quoi
l’interlocuteur ne manque jamais d’ajouter : “qui a passé par beaucoup de mains sales”. Le fait est
qu’un sou est toujours fort sale. Pourtant Régnier a dit : “Claire comme un bassin, nette comme
un denier.” Les deniers ne devaient pas être plus propres que nos sous » (LYON). On dit aujourd’hui
propre comme un sou neuf, la précision allant bien dans le sens de la remarque précédente ◪ 1867
coup de fion soins de propreté, et même de coquetterie • se passer au grattoir se raser • net
comme torchette « se dit des choses ou des gens excessivement propres » (DELV.), « aussi net que
e
si la “torchette” (torchon) y avait passé » (LARCH.) ■ f. XIX 1881 se faire rafraîchir « se faire couper
les cheveux, la barbe » (DICT. LANGUE VERTE) « L’autre soir, j’étais entré chez un coiffeur du boulevard, avec
e
■ f. XX nickel-chrome propre, neuf, dans un excellent
e
état ; renforcement de c’est nickel, utilisé dès le milieu du XX siècle dans le même sens
e
■ m. XVII 1640 qui veut tenir nette maison, il n’y faut prêtre ni pigeon « que les prestres, et
les pigeons causent bien souvent du mal, ou du mauvais air » (OUD.) • fringuer un verre le rincer
l’intention de me faire rafraîchir… », Gil Blas, 1881
e
ou jeter un peu d’eau dessus ■ XIX nettoyer les écuries d’Augias
SALETÉ
malpropreté, saloperie, crasse, pouillerie
■ m.
XIV
e
1342 les yeux chassieux
« Or voy un villain mautaillié,/Let, froncié, hideux et bossu,/Rechigné,
e
■ m. XVI
grenier à morpions « un homme plein de vermine. Item, une barbe épaisse, et mal peignée »
e
(OUD.) ■ m. XVII 1640 avoir une garnison dans ses chausses « quantité de poüils » (OUD.) • elle
fournirait toute une paroisse de cire elle est fort chassieuse • avoir de l’infanterie dans ses
chausses « des poüils » (OUD.) • gras comme lard à pois sale, plein de graisse • il est honnête
homme, il n’a rien de vilain que le corps c’est un sale personnage • avoir un régiment dans son
pourpoint « quantité de poüils » (OUD.) • ses yeux font de la cire sont chassieux • chassieux
comme un chat de mars extrêmement chassieux • se laisser aller « se négliger, n’avoir point de
soin de s’approprier ou ajuster » (OUD.) • être curieux en linge sale « personne mal propre, qui ne
e
change pas souvent de linge » (FUR.). Curieux signifie propre, bien net ■ f. XVII propre comme une
écuelle à chat « sale et mal mis ; sale et maussade » (FUR.) ◪ 1690 se laisser manger aux poux un
malpropre • voilà un homme bien vidé laid et malpropre • ongles bons à tirer la chair du pot
e
« un mal propre qui laisse croître ses ongles » (FUR.) ■ XIX barbe à poux le peuplement des grosses
barbes est traditionnel. Cf. « La grand’ barbe n’engendre pas/Les sciences plus excellentes/Mais
des morpions et des lentes » (RONSARD, Livret des folastries, 1553) • se croire dans une écurie
e
■ d. XIX pas à prendre avec des pincettes « Quand j’étais partie de la maison, j’étais propre et bien coiffée. Au
crasseux et moussu,/Les yeulx chacieux, plains d’ordure », J. BRUYANT, Le Chemin de pauvreté et de richesse, 1342
bout de deux jours dans ce sacré local, j’étais plus à prendre avec des pincettes. Non seulement j’étais sale, mais tous mes
vêtements étaient fripés à force d’avoir dormi dessus », GUÉRIN, La Peau dure, 1948
e
◪ 1808 sale comme un peigne
■ m. XIX 1841 ongle en (demi) deuil « ongle cerné de crasse noire comme un billet
d’enterrement » (LARCH.) « À qui cette main, monstre, ces ongles en demi-deuil ? », ALHOY, 1841 ◪ 1842 crotté en
archidiacre « c’est-à-dire bien crotté, parce que les archidiacres étaient tenus autrefois de faire à
pied leurs visites, dans toutes les saisons, chez tous les curés de leur archidiaconé » (QUIT.) ◪ 1867
chier des yeux avoir les yeux chassieux • danser des arpions avoir des chaussettes sales • avoir
du persil dans les pieds « se dit d’une femme qui a les pieds sales – à force d’avoir marché »
e
(DELV.) ■ f. XIX 1872 grenadiers (de la garnison) poux de forte taille • sale pâtissier « homme
malpropre » (LARCH.)
e
■ m. XVII 1640 le loup est au bois « c’est quand on a quelque miette ou autre chose sur la
barbe. À pied, sur la pointe ; à cheval, sur la moustache » (OUD.) • avoir des quatre mendiants
« des poüils, des pulces, des punaises, et des morpions » (OUD.) • perles de gueux des lentes • les
mains lavées sont les mains nettes « par une fort mauvaise allusion du vulgaire, les moins lavées,
e
etc. » (OUD.) • elles ont belle queue, nos brebis raillerie, pour dire que l’on est fort crotté ■ f. XVII
1690 gens infâmes « boueur, cureur de puits : mal propres et dégoûtants » (FUR.) • être crotté et
hourdé « quand on revient de ville sale et crotté comme un messager, ou hourdé comme si on
avait travaillé à la maçonnerie à hourder le mur » (FUR.) • porter le deuil de sa blanchisseuse
porter du linge sale
ÂGE
e
e
■ f. XVII 1689 l’âge de raison sept ans ■ m. XIX être poivre et sel « être vieux et jeune ; poivre
et sel, comme on dit de ces chevelures indécises qui ne sont plus brunes et qui répugnent à devenir
blanches » (MONSELET) • l’âge bête la partie de l’enfance ou de l’adolescence qu’il plaît aux adultes
de nommer ainsi « L’âge où la jeune fille rêve au Prince Charmant, et le jeune homme à la Belle-au-Bois-Dormant ! L’âge
bête ! L’âge d’or ! – dont je voudrais bien avoir la monnaie aujourd’hui ! », A. DELVAU, Les Bijoux indiscrets, v. 1860 ◪ 1867
coup du lapin « coup que la nature vous donne vers la cinquantième année, à l’époque de l’âge
e
“critique” » (DELV.) ■ f. XIX prendre du bouchon de l’âge • bien sonnés quand on estime qu’une
personne a davantage que l’âge que l’on annonce ; sans doute à partir des heures sonnées par les
horloges ou les offices sonnés par les cloches d’église « Vous avez beau vous flanquer du rouge et du blanc su’
e
la frimousse, m’ame Levanneur, vous n’en avez pas moins la cinquantaine bin sonnée », A. CIM, Césarin…, 1897 ■ f. XX
balai « an. S’utilise exclusivement pour indiquer l’âge : “Il a bien 25 balais !” Il se trouve
simplement que, de tous les bons vieux termes argotiques bien connus (berge, carat, pige, etc.), la
mode eighties n’a retenu que balai. Et apparemment, on fait très bien (et beaucoup…) avec ! »
(MERLE)
e
■ f. XVII 1690 avoir vu cinquante soleils avoir passé cinquante ans • en avoir dans l’aile
(l’elle) « par une méchante allusion de l’aile avec la lettre L, pour signifier qu’il a passé 50 ans »
(FUR.) • l’âge n’est fait que pour les chevaux « il faut considérer la forme de quelqu’un et non son
e
âge » (FUR.) ■ d. XIX 1811 ça ne nous rajeunit pas ! « se dit à propos d’événements, de faits qui
soulignent précisément l’âge de la personne en question » (ROBERT) « Ah ! vous vous en rappelez, m’sieu
d’Hervincourt ?… C’était vous-même qui présidiez ! Vous étiez à Vitry à c’t’époque. Comme il y a longtemps qu’nous nous
connaissons tout d’même, m’sieu d’Hervincourt ! Hein, ça n’nous rajeunit pas ?… On vous regrette bien, allez, là-bas, à
e
■ d. XX être sans âge d’une physionomie telle que l’on pourrait tout
aussi bien avoir trente ans que cinquante « Ma marraine opina du chef. Elle avait le même costume qu’autrefois.
Vitry… », A. CIM, Césarin…, 1897
Elle était toujours sans âge », J. BLANC, Confusion des peines, 1943
ENFANCE
e
e
■ XVI tendre enfance ■ f. XVI 1584 cela sent la bouillie « c’est une action ou procéder
d’enfant » (OUD.) « Geneviefve, Geneviefve, ta bouche sent encores le laict et la boulie. Tu monstres bien que tu n’es
e
qu’un enfant », O. DE TURNÈBE, Les Contens, 1584 ■ m. XVII être à la bavette fort jeune, enfant • l’enfant
gâté « celuy que la mère caresse le plus » (OUD.) • il est au tétin il est fort jeune • dès le berceau
e
dès son enfance • un (petit) populo un enfant • de la graine d’andouille des enfants ■ f. XVII
1690 petits marmots « enfants ; non encore formés ». À partir de marmot, « figure laide et mal
e
faite, d’un petit volume ; un apprenti peintre fait des marmots » (FUR.) ■ XIX pas plus haut(e) que
ça utilisé quand on rappelle à quelqu’un qu’on l’a connu alors qu’il était encore enfant « MORAND,
gauchement : Il y a longtemps que… quand vous étiez au bourg, en pension, je vous regardais souvent… Je voyais bien que vous
deviendriez une jolie fille… JEANNE, toujours polie : Vous êtes bien aimable. Morand : Vous n’étiez pas plus haute que ça… treize
ans, peut-être !… et déjà, je me disais, cette fillette-là quand elle sera grande, ça sera une belle luronne », M.
DU
VEUZIT,
e
L’Aumône, 1909 ■ d. XX
bout de chou
■ d. XVI 1522 manger son pain blanc le premier « enfant qui a été traité plus délicatement en
jeunesse, qu’il n’aura moyen de l’être étant avancé en âge ; enfant élevé délicatement et qu’on
e
prévoit ne devoir pas avoir beaucoup de bien dans la suite » (FUR.) ■ m. XVII 1640 mauvaise herbe
e
e
■ f. XVII 1690 c’est un grenier à coups de poing « enfant incorrigible, qu’on frappe souvent »
(FUR.) • mon gros pâté « ce que dit un bourgeois à son enfant bien gras et bien nourri » (FUR.) •
mauvaise graine jeune personne dont on pense qu’elle tournera mal • couper la gorge à
quelqu’un « quand on instruit pas bien les enfants, qu’on les laisse vivre dans le libertinage » (FUR.)
e
• il ne vaut pas un coup de poing « enfant informe qu’on a de la peine à élever » (FUR.) ■ m. XIX
1842 les hommes sont de grands enfants « l’enfance passe, mais l’enfantillage reste » (QUIT.)
e
■ f. XIX il grandira, car il est espagnol refrain d’une chanson de La Périchole d’Offenbach
JEUNESSE
e
e
■ XV une fontaine de jouvence ■ m. XVII 1640 jeune chair et vieux poisson « qu’il faut
manger les bestes et les oiseaux jeunes, et les gros poissons. Item, une jeune fille est plus agréable
qu’une vieille » (OUD.) • jeune bois • il n’a pas encore la coquille hors du cul il est fort jeune, et
sans expérience • si on lui tordait le nez, il en sortirait du lait idem • il a encore son premier
e
béguin idem • un jeune tendron une jeune fille ■ f. XVII 1690 elle avait l’âge d’un téton quinze
e
ans • être dans la verte saison • en la fleur de son âge ■ XVIII un blanc-bec « Vous êtes encore des
blancs-becs et vous n’avez pas connu Belle-Rose ; c’est celui-là qui avait le truque », VIDOCQ, Mémoires, 1828 • la beauté
e
du diable se dit de la fraîcheur de la jeunesse et non de la beauté • à la fleur de l’âge ■ m. XIX
avoir toutes ses dents être jeune, en pleine beauté et vigueur « Je ne savais donc rien d’elle – sinon qu’elle
était très jolie, presque spirituelle, et qu’elle avait encore toutes ses dents », A. DELVAU, Les Bijoux indiscrets, v. 1860 ◪ 1832
pas piqué des vers « aussi frais, aussi sain que […] le fruit respecté par les vers » (LARCH.) « C’est
qu’elle n’était pas piquée des vers,/C’est c’qu’il faut à Mahieu », Mayeux, 1832 ◪ 1859 pas piqué des hannetons
« aussi frais, aussi sain que la feuille respectée par les hannetons » (LARCH.) « Une jeunesse entre quinze
et seize, point piquée des hannetons, un vrai bouton de rose », MONTÉPIN ◪ 1867 mois de mourrice « les années
e
qu’oublie volontiers de compter une femme qu’on interroge sur son âge » (DELV.) ■ d. XX 1923 la
génération montante les jeunes qui seront bientôt adultes ; s’utilise au propre – l’âge – comme au
figuré – les débuts dans une activité « M. Méténier est une intéressante, originale figure de la “génération
montante”. Il est à part », E. RAYNAUD, Souvenirs de police au temps de Ravachol, 1923
e
■ m. XVII 1640 il est bon à marier « il sçait faire du feu et couper du pain » (OUD.) • jeunesse
que tu es forte à passer « il est bien difficile qu’on ne fasse pas quelque folie quand on est jeune »
(FUR.) • des jeunesses « des actions inconsidérées de jeunes gens » (OUD.) • barbe de lièvre, qui
e
n’ose sortir de peur des chiens « une barbe qui ne paroist point encore » (OUD.) ■ f. XVII 1690
e
avoir la tête verte « jeune et étourdi, et sujet à se mettre en colère » (FUR.) ■ d. XIX il faut que
jeunesse se passe se dit pour excuser une erreur, un engouement dû à l’inexpérience « Ah ! reprit le
malade avec une exaltation nouvelle… Dieu vous préserve d’une liaison semblable !… On a beau dire : Ah bah ! il faut que
jeunesse se passe… ces amours-là… c’est une pente qui mène à tout », H. MURGER, Le Pays latin, 1851
e
■ m. XIX être bien
conservé paraître plus jeune qu’on ne l’est réellement ; se dit lorsqu’une personne a déjà atteint
un certain âge « Faut pas la tuer, c’te gosse, aurait dit la rouquine, all’ est trop mignonne, or la mignonne gosse allait sur
ses quarante ans et, si bien conservée fût-elle, j’imagine qu’une simple chemise de nuit se prêtait mal à cacher les ravages de
l’âge », E. RAYNAUD, Souvenirs de police au temps de Félix Faure, 1925
◪ 1867 seize ans, toutes ses dents et pas
e
de corset ■ m. XX se faire ravaler la façade du nettoyage de peau au lifting, tout soin qui rajeunit
le visage ◪ 1958 la nouvelle vague « l’expression fut employée pour la première fois en 1958
(journal L’Express) et s’appliqua ensuite à la nouvelle génération de créateurs (surtout de
cinéastes) au début des années 1960 » (REY-CHANT.)
MATURITÉ
■
XVII
e
monter en graine « vieillir, – dans l’argot des bourgeois, qui disent cela surtout à
e
propos des filles destinées à coiffer Sainte-Catherine » (DELV.) • d’un certain âge ■ m. XVII 1640
e
e
être dru • enfant du diable, qui a le derrière velu un homme fait ■ XVIII entre deux âges ■ XIX
e
être bien conservé être « en bon état » pour son âge ; l’idée se trouve déjà au XVIII : « elle est si
bien la même en tout et par tout que je serais tentée de croire qu’on l’a conservée dans une
e
armoire » (MME DE SABRAN, Lettre à Boufflers, 25 avril 1787) ■ f. XIX être dans la force de l’âge
VIEILLESSE
e
e
■ m. XVI 1549 avoir fait son temps avoir vécu, être proche de sa mort naturelle ■ m. XVII être
sur l’âge commencer à vieillir « Sur l’âge, si j’en crois mon intuition […], exprime à merveille ce sentiment que l’on a,
comme du sommet d’une éminence ou au détour d’une route, de découvrir le paysage de la vieillesse. On la domine encore,
1640 elle ne marque plus « elle
est vieille. Métaphore » (OUD.) • une vieille maison reblanchie une vieille femme fardée • une
vieille sempiternelle une fort vieille femme • elle n’est plus bonne à rôtir • vieille mule à frein
doré une vieille femme parée • il a un pied dans la fosse il est fort vieux, il est près de mourir •
c’est le vieux jeu « une femme qui n’est plus dans l’aage de paroistre » (OUD.) • il a neigé sur sa
tête il a les cheveux gris ou blancs • les cochons de son âge ne sont plus bons à rôtir • la
boutique est fermée « se dit à une femme qui ne fait plus d’enfants » (OUD.) • faire la jeune « se
mais, irrésistiblement, on va descendre vers elle », F. NOURISSIER, Bratislava, 1990 ◪
e
dit d’une femme déjà agée qui fait la mignarde » (OUD.) • bonhomme ■ f. XVII 1690 vieux comme
e
les rues extrêmement vieux ■ XVIII être sur le retour « c’est à dire, être vieux » (RICHELET) ; on
e
trouve au XVII siècle être sur le retour de l’âge « Au second demeure une dame de Courbuisson, autrefois la jolie
pâtissière, qu’un gentilhomme picard épris de ses charmes, a épousée après l’avoir entretenue. Elle est un peu sur le retour,
e
mais encore belle, d’une blancheur éblouissante, etc. », RÉTIF, Le Paysan perverti, 1782 ■ m. XIX
1860 ridé comme un
vieux coing « Je sors, et qu’est-ce que je vois ? Non pas une femme ; mais deux femmes. L’une, vieille et ridée comme un
1867 vieux comme Mathieu-salé « par
corruption de “Mathusalem”, un patriarche » (DELV.) • reporter son fusil à la mairie « commencer
à vieillir, – dans l’argot du peuple, qui sait qu’à cinquante ans on cesse de faire partie de la garde
nationale » (DELV.) • marguerites de cimetière poils blancs de la barbe • être démâté être vieux,
impotent • aller en rabattant « vieillir, sentir ses forces s’épuiser. Argot du peuple » (DELV.) •
e
marches du palais rides du front ■ f. XIX prendre de la bouteille ◪ 1872 avoir de la barbe
vieux coing, occupait le premier plan », Mémoires de Jules Léotard, 1860 ◪
« vieillir. On dit d’une histoire déjà connue : “elle a de la barbe” » (LARCH.) ◪ 1879 bille de billard
« crâne dénudé et, par extension, vieillard » (DICT. LANGUE VERTE) « Ah ! mince alors ! si les billes de billard se
mettent à moucharder la jeunesse !… », MEILHAC et HALÉVY, Lolotte, 1879 ◪ 1894 ridé comme une vieille reinette
e
(pomme) • ridé comme le cul d’une vieille ■ d. XX sucrer les fraises allusion au tremblement du
vieillard. La métaphore de la main qui répand du sucre en poudre s’est appliquée à d’autres
desserts : « On éprouve quelque pitié à lire les palabres et les chichis qui s’échangent ces jours-là
entre valétudinaires et sucreurs de tartes ! » (J. RICTUS, Un bluff littéraire, 1903) • vieille taupe
e
■ m. XX un vieux schnock • prendre un coup de vieux vieillir brusquement • le troisième âge
e
■ f. XX ne plus être coté à l’Argus être trop vieux, par référence à L’Argus de l’automobile, dans
lequel un prix de vente est indiqué pour les voitures d’occasion de moins de 8 ans • avoir des
kilomètres au compteur ne plus être de première jeunesse ; métaphore automobile
e
■ m. XVII retomber en enfance devenir sénile ◪ 1640 quand la neige est sur la montagne, le
bas est bien froid quand un homme a les cheveux blancs • un vieux penard « un vieillard
malicieux et desbauché » (OUD.) • dans un vieux pot, on fait de bonne soupe « c’est la response
des femmes aagées lors qu’on les appelle vieilles ; qu’elles ont des attraits ou douceurs aussi bien
que les jeunes » (OUD.) • de la soupe réchauffée « une veufve ou vieille femme » (OUD.) • il n’est
point de si belle rose qui ne devienne gratte-cul « il n’y a pas de si belle personne qui, en
vieillissant, ne devienne laide » (QUIT.) • il n’y a si bon cheval qui ne devienne rosse « point
d’homme si robuste qui ne devienne vieil et caduc » (OUD.) • adieu jeunesse « les vieillards en
toussant usent de ces mots, pour dire que les incommoditez de la vieillesse commencent à les
e
poursuivre » (OUD.) • bonjour, lunettes ; adieu, fillettes ■ f. XVII 1690 c’est un vieux rêveur
(pécheur, péteur) en se moquant d’un vieillard • il n’est pas vieux, mais il se souvient de loin
« ironiquement à un vieillard qui fait le jeune » (FUR.) • un bâton de vieillesse « enfant, neveu qui
sert à secourir un père, un oncle dans sa vieillesse, quand il ne peut plus agir » (FUR.) • vieux
e
comme Hérode « en se moquant d’un vieillard » (FUR.) ■ d. XX secouer le cocotier se débarrasser
des gens âgés • être (devenir) gaga être (devenir) sénile – diminutif populaire de gâteux « L’objet de
tant d’idolâtrie,/Engraissé, d’vient un peu gaga/Il n’a plus d’goût pour les chat’ries/Et s’endort avant l’premier plat », BRIOLET
et VIOLAINES, La Petite Femme qui…, 1904
GRANDEUR
asperge, échalas, escogriffe, géant, gigantesque, immense
e
e
■ XVII monter en graine ■ m. XVII 1640 trente-six côtes un homme excessivement grand •
une grande hallebarde « une femme excessivement haute et menue » (OUD.) • je mangerais des
petits pâtés sur ta tête je suis beaucoup plus grand(e) que toi • d’aussi belle taille que la perche
d’un ramoneur « une femme fort grande et de mauvaise grâce » (OUD.) • une grande perche
idem • mauvaise herbe croît toujours « en raillant des jeunes gens qui croissent trop vite » (FUR.)
• vous parlez d’une hallebarde, mais voilà bien un autre bâton « on dit cecy lors que l’on voit
une grande femme et de belle taille » (OUD.) • grande haquenée femme excessivement grande •
e
enfant de quinze mois un fort grand homme ■ d. XIX une grande bringue « j’ai interrogé la femme de
e
chambre de la patronne, entre autres, cette grande bringue d’Ernestine… », A. CIM, Duel à mort, 1894 ■ m. XIX 1840
dépendeur d’andouilles « homme assez grand pour décrocher les andouilles du plafond dans les
cuisines d’autrefois, plus hautes et mieux pourvues que celles d’aujourd’hui » (LARCH.) « Regarde donc,
Jérôme, vois donc l’grand dépendeux d’andouilles », Catéchisme poissard, 1840 ◪ 1867 asperge montée « personne
e
d’une grandeur démesurée, et, avec cela, maigre » (DELV.) ■ d. XX armoire à glace homme grand
et de carrure imposante • une grande sauterelle une femme très grande et mince • manger la
soupe sur la tête à quelqu’un être plus grand que lui • une grande saucisse • qui n’en finit plus
de quelqu’un de très grand « Besse, un grand colosse qui n’en finissait plus, avait endossé cette nuit-là sa première
tunique », E. CORSY, La Médaille de mort, 1905
e
■ m. XVII 1640 vous n’avez pas perdu votre argent, vous l’avez bien employé « vous avez
e
proffité, en mangeant vous estes creu » (OUD.) ■ f. XVII 1690 de toutes tailles bons lévriers « se
dit au figuré des hommes, parce que la taille n’est pas nécessaire pour le mérite » (FUR.) • un
franc-archer « femme ou fille de grande taille, hardie et libre en paroles et en actions » (FUR.)
e
■ d. XIX 1826 long comme un jour sans pain « ils n’étaient, tout au plus, que un contre vingt renégats, qui vous
ont des sabres en manière de quartier de lune, qui sont longs comme un jour sans pain », É. DEBRAUX, Le Passage de la Bérésina,
e
1826 ■ m. XIX
1842 quand la maison est trop haute, il n’y a rien au grenier « quand une personne
a la taille trop élevée, elle a la tête vide. C’est une opinion fort ancienne et fort répandue que la
nature développe le corps outre mesure aux dépens de l’esprit, et que ce qu’elle ajoute au premier
elle le retranche au second » (QUIT.)
PETITESSE
nabot, court, rabougri, lilliputien, gringalet, nain
e
e
■ m. XVI bas de fesses ■ m. XVII 1640 un avorton • un courcibot un homme gros et court •
petit bout d’homme « on appelle par dérision, bout d’homme, un petit bout d’homme, un homme
extrêmement petit » (TRÉVOUX) • bas de cul • reste de sperme un fort petit homme • un petit
e
manche d’étrille une personne courte et grosse • un petit morpion un fort petit homme ■ f. XVII
1690 n’avoir qu’une coudée « être nain, être fort petit » (FUR.) • pas plus haut(e) qu’un rat
e
personne de fort petite taille ■ m. XVIII 1742 pas plus haut qu’un chou très petit ; il est possible
que cette image prise en bonne part pour un enfant soit à l’origine de l’appellation affectueuse
« mon chou » « Il me demanda si j’étais fou de vouloir entrer en maison à Berne. “Que diable voulez-vous qu’on fasse de
vous, vous n’êtes pas plus haut qu’un chou. Allez, monsieur, vous n’êtes capable de rien. Allez, allez, je vous souhaite un bon
voyage, pauvr’ espèce”, dit-il », J.-H. JAQUEREZ, Mémoires du petit Henry, 1742
■ m.
e
XIX
haut comme ma botte
« Regardez ces petits vieux aux peaux craquelées de rides ; sans bouches, sans regard, hauts comme ma botte. Voilà la
jeunesse dorée d’aujourd’hui ! », REBELL, La Câlineuse, 1898
• bas du dos par politesse plaisante sur bas du cul
« Un petit troupier du 129 […] se mit à déblatérer à haute voix contre la cavalerie ennemie, et comme ses adversaires
l’invitaient au silence avec ces mots : “Ta bouche !… eh ! bas-du-dos !”, cette allusion à sa taille exiguë mit le comble à son
exaspération », E. RAYNAUD, Souvenirs de police au temps de Félix Faure, 1925
◪ 1867 bas de plafond « homme
d’une taille ridiculement exiguë » (DELV.) • bout de cul petit homme ■ f.
e
XIX
1888 pot à tabac
e
personne petite et grosse ■ d. XX espèce de demi-portion • haut comme trois pommes • bout
de zan enfant ou petite personne • court sur pattes « Il était court sur pattes, trapu. Il avait une tête à gifles »,
J. BLANC, Confusion des peines, 1943 ◪ 1902 haut comme un chien assis « Une fois, alors que j’y étais encore, dans
mon lit, un petit journaleux, chic et haut comme un chien assis, se présente », Mémoires de Casque d’Or, 1902
◪ 1905
fausse couche c’est-à-dire avorton « Soyez tranquille, ce ne sont somme toute que des fausses couches qui cachent
leur piètre académie sous beaucoup d’étoffe, mais il n’y a pas lourd de viande dedans », E. CORSY, La Médaille de mort, 1905
e
■ m. XVII pas plus gros que le poing ◪ 1640 dans les petites boîtes, on met (sont) les bons
onguents « un petit homme n’est pas à mespriser » (OUD.) • petit pot tient bien pinte « un petit
e
homme en vaut bien un grand. Item, peut boire autant qu’un plus grand » (OUD.) ■ m. XVIII dans
e
les petits sacs sont les bonnes épices ■ m. XIX grand(e) comme un mouchoir de poche petit(e) ;
se dit essentiellement pour les lieux : cette maison est grande comme un mouchoir de poche. « Le
e
mouchoir se dit aussi mouchoir de poche, pour le distinguer du mouchoir de cou » (LITTRÉ) ■ d. XX
grand comme un mouchoir très petit « La mairie est toute proche ; elle est toujours proche ; le quartier est grand
comme un mouchoir », R. BENJAMIN, Les Justices de paix, 1913
GROSSEUR
corpulence, embonpoint, obésité, rotondité épais, large, volumineux, empâté, gras, replet, rond, ventripotent, ventru,
mastodonte, bouffi, potelé, patapouf, poussah
e
e
■ XVI être chargé de cuisine « être fort gras, surtout si on a un gros ventre » (FUR.) ■ m. XVI
e
gras à lard ■ f. XVI un cul de ménage « un gros derrière. Le reste dit, il y a à boire et à manger »
e
(OUD.) • une grosse dondon ■ m. XVII 1640 un gros effondré homme goulu et fort ventru • un
gros bouffetripe • il y a plus de chair que de sauce • une grosse citrouille « femme dont la taille
est grosse et mal faite » (FUR.) • un boustarin • bourgeois d’Aubervilliers, les joues lui passent le
nez « il a les joues fort enflées, il est fort gras » (OUD.) • un gros bouffi « enflé de visage, ou bien
gros de ventre et de corps » (OUD.) • bon et gros bien gros, fort gros • gras comme un cochon •
un courcibot un homme gros et court • elle est renforcée par la culasse elle a de grosses fesses
• bâtir sur le devant devenir gros de ventre • gras comme un moine fort gras « Il y avoit dans la
maison, M. l’abbé Evrard, qui conduisoit tout. Il étoit gras comme un moine, et cependant il ne mangeoit guère que des petits
• un petit manche d’étrille
une personne courte et grosse • un gros matou de gouttière « un gros garçon, un bon lourdaut »
(OUD.) • elle est bonne à mettre en pâte elle est grosse et grasse • la grosse pâtissière des
carneaux une fort grosse femme ou fille • un gros piffre « un gros homme, enflé de ventre et de
visage. Le mot est corrompu de pfeiffer allemand, qui signifie un joueur de fiffre, ou flûteur »
(OUD.) • le poil lui reluit il est gras, il est bien nourri • il roulerait plutôt que de tomber il est tout
rond, il est extrêmement gros et court • il a bien refait ses joues il s’est bien nourri, il est devenu
e
gras • un gros souffleur de boudins au XVII , « un homme qui est fort gros de ventre » (OUD.), au
e
XIX , « homme qui a le visage rubicond » (DELV.) • un gros tabourin un gros ventre • un tiercelet
d’éléphant un gros lourdaud • elle peut bien nourrir de la volaille, elle a un beau derrière elle a
le cul fort gros • enflé du vent de la huche devenu gras à force de manger du pain • un gros
tampon une personne fort grosse • le ventre à la Suisse gros ventre • un sac à bran « une grosse
pance » (OUD.) • rondin bondin un homme gros et court • en bon point gras et sain • de bons
gros piliers de grosses jambes • une (bonne) pièce de chair « grosse personne stupide » (FUR.) •
un gros pâté une personne fort grasse • une grosse mère œufvée « une fille ou femme grasse et
en bon point » (OUD.) • mardi gras « un homme qui a le visage fort plein, un gros homme » (OUD.)
• avoir la maladie saint Bondon, les joues plates comme une boule « estre fort gras, et en
bonne santé » (OUD.) • la mère aux cailles • une grosse gagui une femme grasse • un gros
e
colintampon • une grosse gouge une grosse fille ■ f. XVII 1690 être (bien) en chair « personne
grasse et en bon point » (FUR.) • être bien fourni « gras et replet ; tous ses membres ont de
l’embonpoint » (FUR.) • gros comme un muid « hydropique, homme fort replet » (FUR.) • un
tambour un gros homme • être chargé de gras-double « homme qui a le ventre si gros, qu’il s’y
fait comme des feuillets sur la peau qui semble se redoubler » (FUR.) • bout du cul un petit
e
homme gros et trapu ■ XVIII gras comme un chanoine les chanoines ont la réputation
e
e
d’engraisser dès le XVII siècle ■ f. XVIII gros comme un tonneau gros, en particulier du ventre
◪ 1785 gros patapouf « Je ne me donnai pas la peine de changer en rien de personnage pour foutre dedans ce gros
e
patapouf », HÉBERT, 1791 ■ d. XIX gras comme une caille « Je ne suis pas d’une santé de fer !… je suis certain que ça
pieds [c’est-à-dire des cailles, des ortolans, etc.] », CAYLUS, Histoire de M. Guillaume, 1740
me ferait beaucoup de mal !… – Je te conseille de te plaindre : tu es gras comme une caille !… – Ça ne prouve rien, on peut être
e
■ m. XIX gros lard ◪ 1867 gras-double « gorge trop
plantureuse » (DELV.) • gros poupard « se dit d’un homme aux joues roses, sans barbe,
ressemblant à un nourrisson de belle venue » (DELV.) • morceau salé femme chargée
d’embonpoint • gros plein de soupe « on [le] dit pour avoir l’occasion de faire un pléonasme »
e
(DELV.). À partir de plein de soupe, « homme dont le visage annonce la santé » ■ f. XIX 1888 pot à
gras et délicat… », P.
DE KOCK,
La Maison blanche, 1828
e
e
tabac personne petite et grosse ■ d. XX avoir de la brioche avoir du ventre ■ m. XX culotte de
cheval cuisses auxquelles la cellulite donne une apparence rebondie • poignées d’amour les
premiers plis graisseux chez un homme, empoignables à hauteur de la taille. Traduction littérale
de l’anglais love handles • bouée de sauvetage extension logique et ventrue des poignées
d’amour, apparaissant quelques années plus tard • gras du bide bedonnant ; beaucoup employé
e
comme insulte, pour traiter quelqu’un d’abruti ■ f. XX abdos Kronenbourg bedaine ne devant rien
à la musculation et tout à la bonne chère, et plus particulièrement à la bière – Kronenbourg étant
pris comme terme générique –, qui fait gonfler l’estomac • durillon de comptoir gros ventre
acquis à force de boire (de l’alcool, faut-il le préciser)
e
■ m. XVII 1640 ce serait dommage qu’il mourût le vendredi « cela se dit d’une personne qui a
le ventre gros. Nostre vulgaire adjouste, il y auroit bien des trippes perdues » (OUD.) • croître
e
comme les oignons « en grosseur, devenir plustost gros que grand » (OUD.) ■ m. XIX 1842 il est de
la nature de l’ours, il ne maigrit pas pour pâtir « c’est ce qu’on dit d’une personne qui prend de
l’embonpoint, quoiqu’elle mange peu et se donne beaucoup de peine » (QUIT.)
MAIGREUR
décharné, efflanqué, étique, hâve, squelettique, sec, maigrichon, fluet
e
■ XII n’avoir que la peau et les os « on dit aussi d’une personne maigre, qu’elle n’a que la
e
peau et les os ; que les os lui percent la peau » (FUR.) ■ XIV sec comme une boise boise étant
probablement une branche « Que j’en devins chétif et maigre/Et aussi sec comme une boise », J. BRUYANT, Le Chemin de
pauvreté et de richesse, 1342
■ f.
XVI
e
avoir la jambe tout d’une venue comme la jambe d’un chien
e
n’avoir guère de gras de jambe ■ m. XVII 1640 un visage cousu maigre et cicatrisé • maigre
comme un hareng soret • une grande hallebarde une femme excessivement haute et menue •
gras comme un clou • sec comme un rebec • il vient de La Rochelle, il est chargé de maigre • la
e
peau lui tient aux os (aux côtes) • dégraisser quelqu’un le rendre maigre ■ f. XVII 1690 devenir
une vraie anatomie personne devenue si maigre par une longue maladie qu’on ne la reconnaît
plus • ce n’est plus qu’un fantôme « personne maigre et décharnée, comme si elle n’avait plus de
corps » (FUR.) • c’est un vrai échalas (il a avalé un échalas) « être maigre et délié » (FUR.). À partir
de échalas, « bois qui sert à soutenir un cep de vigne » • homme hectique « qui est
extraordinairement maigre ; le peuple prononce “étique” » (FUR.) • un cormoran homme
extrêmement sec et maigre • maigre comme un squelette • sec comme un pendu d’été •
devenir une carcasse « devenir fort maigre, soit par maladie, soit par vieillesse, n’avoir que la
peau et les os » (FUR.) ; le terme carcasse est depuis longtemps utilisé de façon péjorative, cf.
« Ha ! vieille carcasse édentée ! Je vous y prendray, vieil resveur ! » (R. BELLEAU, La Reconnue,
e
1578) • avoir la cuisse héronnière homme qui a la cuisse maigre, comme un héron ■ XVIII gras
e
comme un cent de clous par antiphrase ■ d. XVIII sec comme un cotret le cotret étant une
e
branche d’un fagot ■ XIX on lui compterait les côtes • maigre comme un cent de clous « Pendant
que de jeunes ballerines, maigres comme un demi-cent de clous, crevaient devant nous des disques de papier, avec une
élégance gauche de petit trottin qui a mal tourné, le jeune Américain – car il était encore jeune – me mit au courant de ses
travaux », VIBERT, Pour lire en automobile, 1901
• montrer ses salières « se dit d’une femme maigre qui se
décollette trop » (DELV.) • n’avoir que la peau sur les os « Vous n’avez plus que la peau sur les os… vous êtes
e
faible comme un moineau », BALZAC, Le Cousin Pons, 1847 ■ d. XIX une planche à pain une femme plate
e
■ m. XIX un squelette ambulant une personne très maigre • avoir des mollets de coq des jambes
maigres • maigre comme un clou ◪ 1835 un cadavre ambulant ◪ 1842 un gringalet « un homme
maigre, fluet » (QUIT.) • maigre comme un coucou peut-être parce que le coucou est maigre en
e
hiver, ou par jeu phonique sur clou ◪ 1867 jambes de coq maigres ■ f. XIX sec comme un coup de
trique ◪ 1872 ecce homo « homme dont l’extérieur macéré rappelle un christ » (LARCH.) • fils de
e
fer jambes excessivement minces ◪ 1894 avoir les joues avalées ■ d. XX (sec comme un)
e
manche à balai ■ f. XX pouvoir passer sous les portes image de quelqu’un de tellement fin qu’il
peut se glisser n’importe où • taillé dans un bâton de sucette exagérément grand et maigre
e
■ m. XVII 1640 sucer jusqu’au sang rendre maigre • il est comme le rognon « au milieu de la
e
graisse et n’en a point » (OUD.) ■ f. XVII 1690 il a jeûné le carême (il a chu en pauvreté) homme
qui est amaigri • maigre échine « par injure une femme grande, sèche et fort maigre » (FUR.)
FORCE
vigueur, ardeur, énergie, robustesse, verdeur
e
e
■ XVI à corps perdu de toute sa force, avec violence ■ d. XVII à tour de bras de toute sa
e
force ■ m. XVII 1640 comme un âne débâté fort et ferme, avec force et vigueur • à bride
abattue de toute sa force • il te mangerait avec un grain de sel il est beaucoup plus fort que toi
• à double rebras fort et ferme • homme vert vigoureux • être de bonne trempe de bonne
composition ou nature • tenir bon « tenir ferme » (OUD.) • raide comme la barre d’un huis fort
et ferme • à perte d’haleine de toute sa force • homme de bonne pâte robuste • il en
mangerait deux comme toi il est beaucoup plus fort que toi • être fort et raide robuste • être vif
e
« gras, vigoureux, prompt » (OUD.) • à plein bras de toute sa force ■ f. XVII ne pas y aller de main
morte y aller de toute sa force « On dit aussi d’un homme qui a donné un coup violent, et qui a causé quelque
blessure, qu’il n’y alloit pas de main morte », FURETIÈRE, 1690 ◪ 1690 y aller de cul et de tête, comme une
corneille qui abat des noix de toute sa force • être fort comme un Turc « enfant fort robuste et
grand pour son âge » (FUR.) • être bien ferré « homme extrêmement fort sur la matière sur
e
laquelle on l’attaque ; fort et difficile à vaincre » (FUR.) • être ferré à glace idem ■ XVIII avoir les
e
e
reins forts ■ f. XVIII tour de force ce qui exige de la force ■ XIX fort comme un bœuf • avoir une
e
force de Titan ■ d. XIX 1808 dur à cuire « homme solide, sévère, ne mollissant pas » (DHAUTEL) « En
e
voilà un qui ne plaisante pas, en voilà un de dur à cuire », L. REYBAUD ■ m. XIX être une force de la nature • c’est
un bon « c’est un homme solide, à toute épreuve » (LARCH.) « Ce sont des bons. Ils feront désormais le service
avec vous », Chenu • huile de bras « vigueur physique, volonté de bien faire, qui remplace
avantageusement l’huile pour graisser les ressorts de notre machine » (DELV.) ◪ 1866 qui se porte
bien être vigoureux, fort « Je lui fiche une paire de gifles qui se portaient bien », Le Petit Moniteur, 20 juillet 1866
◪ 1867 huile de poignet variante de l’huile de bras • avoir de la pogne « être très fort, et même
e
un peu brutal » (DELV.) ■ f. XIX 1875 être à la redresse « Aussi j’l’aim’, mon beau-frère Ernesse,/Il est à la
r’dresse/Pour nous deux », A. BRUANT, Dans la rue (Lézard), 1889-1909
■ d.
e
XX
armoire à glace homme grand et
de carrure imposante • faire le poids « C’était, entre deux gorgées, un échange satisfait de paris, de pronostics ou
de pedigrees dans un vocabulaire qui lui était familier. J’te répète que Yid la Rafale pourra pas faire le poids devant Ted »,
e
GUÉRIN, L’Apprenti, 1946 ■ m. XX
avoir les reins solides « On lui tire dans le dos/mais elle a les reins solides »,
PRÉVERT,
1944 dur de dur individu violent, coriace – un « costaud du milieu » chez les voyous,
e
selon la datation d’Esnault qui paraît légèrement tardive ■ f. XX en avoir sous la pédale
métaphore cycliste pour dire « avoir des réserves », qu’elles concernent la force physique ou les
ressources intellectuelles
e
■ f. XVI si jeunesse savait et vieillesse pouvait « on ne rencontre pas l’expérience, la sagesse
e
avec la force et la vigueur ; si on pouvait joindre la force et l’expérience » (FUR.) ■ f. XVII 1690 un
clou chasse l’autre le plus fort chasse le plus faible • faire du feu violet « faire quelque chose
avec vigueur et éclat à cause que le feu de bois vert qui est le plus violent, tire sur le violet » (FUR.)
e
■ XVIII 1718 manger quelqu’un à la croque-au-sel « on dit familièrement, par menace, à un
homme que l’on croit plus faible que soi, qu’on le mangerait avec un grain de sel, à la croque au
e
sel » (Acad., 1832-35) ■ XIX de plein fouet « l’expression provient du vocabulaire de l’artillerie, le
e
“tir de plein fouet” étant un tir direct, horizontal et sur un objectif visible » (REY-CHANT.) ■ f. XIX
e
1882 à tout berzingue à tout casser ; ce sens de l’expression a disparu ■ d. XX bras de fer lutte
dont le but est de faire ployer le bras de l’adversaire • ne pas être en sucre être capable de
e
résister physiquement ■ m. XX de choc « efficace et dur dans une lutte » (REY-CHANT). Vient de
l’appellation troupe de choc, c’est-à-dire « de combat effectif », par exemple les unités de
parachutistes. S’applique à des gens actifs, « qui ne se laissent pas faire » : un patron de choc
La Pluie, 1955 ◪
FAIBLESSE
anémie, débilité chétif, délicat, fluet, fragile, frêle, malingre, faiblard freluquet, mauviette
e
e
■ d. XIII être mal en point ■ XIV n’en pouvoir plus « estre vieil, estre foible, estre usé » (OUD.)
e
e
■ m. XVI il n’y a plus d’encre au cornet plus de vigueur ■ f. XVI être réduit en fumée « Celles qui
aiment pour le service qu’on tire d’un homme nerveux et robuste le tiennent tant excité qu’en peu de temps elles le réduisent
en fumée. Elles sont insatiables et ont le diable au corps », P.
DE LARIVEY,
Le Fidèle, 1579
e
■ d.
XVII
e
visage de déterré
« pâle et défait ; il semble avoir été enterré » (FUR.) ■ m. XVII 1640 avoir le nez cassé « estre en
mauvais estat » (OUD.) • avoir mauvais visage être pâle • il n’a plus guère de chose dans le
ventre plus guère de force ou de vigueur • il ne fera jamais vieux os il ne vivra pas longtemps • il
n’a pas besoin de grand hiver « il est foible, il est nécessiteux ; il n’a pas besoin de grande
incommodité, ou de grande despense » (OUD.) • avoir un visage d’appelant « relever de maladie
ou de chagrin » (FUR.) • une pauvre allumelle « une personne faible et en mauvais état » (OUD.)
e
■ f. XVII 1690 un visage de bois flotté « bassement d’un visage pâle, défait, et d’une mauvaise
mine » (FUR.) • une bonne (pauvre) emplâtre « n’a ni vigueur ni santé, il est incapable d’agir »
(FUR.) • avoir les ouïes pâles « homme qui paraît encore à son visage qu’il a été malade, […] ce
e
qu’on dit par métaphore d’un poisson mort » (FUR.) ■ f. XVIII être pâle comme un navet très pâle,
affaibli, souvent sous l’effet de la maladie ou de la peur • c’est une véritable pomme cuite « se
e
dit par ironie d’un homme foible, que tout incommode » (DHAUTEL) ■ m. XIX blanc comme un
linge très pâle « Le baron pâlit et devint blanc comme un linge, seuls ses yeux brillaient de fièvre », VIBERT, Pour lire en
◪ 1867 jambes en coton « flageollantes comme le sont d’ordinaire celles des
ivrognes, des poltrons et des convalescents » (DELV.) • n’aller que d’une fesse « se dit de
quelqu’un qui n’est pas très bien portant, ou de quelque affaire qui ne marche pas au souhait de
celui qui l’a entreprise. C’est l’ancienne expression, plus noble : “N’aller que d’une aile” » (DELV.)
e
■ f. XIX loque humaine personne dans un état de grande faiblesse, quelquefois à cause d’une
pauvreté extrême, quelquefois à cause de l’alcool ou d’autres substances addictives « malgré ce
automobile, 1901
qu’offrait de comique la mine penaude et confite de toutes ces victimes de trop copieuses libations, de toutes ces épaves des
samedis parisiens, je ne pouvais m’empêcher, en les passant en revue, d’un sentiment de commisération. […] Ces loques
humaines, […] maculées de la boue des ruisseaux où elles avaient roulé, avaient pourtant une sensibilité, un cerveau, un cœur,
une famille », E. RAYNAUD, Souvenirs de police au temps de Ravachol, 1923
■ d.
e
XX
petite nature • jambes en
e
flanelle ■ m. XX être à ramasser à la petite cuillère « Le drame de l’arrivée du Français et de l’Anglais. La foule
idiote avait applaudi à tout rompre le Français, pour l’encourager. Excité, il avait voulu forcer, s’était désuni et s’était effondré
sur les genoux, à vingt mètres du poteau. L’Anglais avait terminé tant bien que mal, mais lui aussi, après, on avait dû le
ramasser à la petite cuillère », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946 ■
e
d. XXI deux de tension « C’est la canicule, je suis à deux de
tension, lourd comme un cheval mort », R. DJAÏDANI, Mon nerf, 2004
e
■ m. XVII 1640 il est faible de reins « il n’a pas assez de force ou de pouvoir ; pas assez de
e
biens pour porter une grande despense » (OUD.) • il n’a pas les reins assez forts idem ■ f. XVII
1690 une vraie masette « personne qui ne saurait aller loin à pied, qui ne saurait rien porter »
(FUR.) ◪ 1842 les pots fêlés sont ceux qui durent le plus « les personnes maladives résistent
ordinairement plus longtemps que les autres, parce qu’elles se ménagent » (QUIT.)
FATIGUE
lassitude, épuisement, harassement, exténuation brisé, courbatu, échiné, éreinté, flapi, fourbu, moulu, recru, rendu,
claqué, crevé, esquinté, pompé, vanné, vaseux, vidé, abattu, naze
e
■ XVI avoir les yeux battus « Le malade a les yeux battus ne pouvant reposer ny dormir qu’à grand peine »,
in LITTRÉ
■ m.
XVII
e
ne plus pouvoir mettre un pied devant l’autre on trouve, au
XVI
e
PARÉ,
siècle, ne
pouvoir avancer un pied devant l’autre, en parlant d’un cheval ◪ 1640 avoir le corps tout moulu
« quand on est trop fatigué, soit en courant la poste, soit en couchant sur la dure, en sorte qu’on
sente les douleurs par tout le corps » (FUR.) « L’orage s’apaisa seulement vers l’aube, et nous allâmes nous
• cela me tue les jambes me lasse,
m’incommode les jambes • être sur les dents « las et fatigué, n’en pouvoir plus après un grand
e
travail » (FUR.) • être tout mal bâti fatigué, indisposé ■ f. XVII 1690 travailler (être chargé)
e
comme un mulet porter de gros fardeaux et être très fatigué ■ f. XVIII ne pas pouvoir se traîner
coucher, moulus de fatigue », RACHILDE, La Tour d’amour, 1916
« J’ai souffert toute la journée d’hier d’une migraine dans ton genre, et toute la nuit d’un mal d’estomac affreux, ce qui fait que
je ne peux pas me traîner ce matin », MME DE SABRAN, Lettre à Boufflers, 6 août 1786 • se mourir de fatigue « J’arrive de
souper chez Mme la duchesse de Brissac avec ma grande fille, qui vient de faire son entrée dans une assemblée de soixante
1786 être rendu de fatigue
de la même façon que être mort de fatigue deviendra être mort, être rendu de fatigue deviendra
être rendu, environ un siècle plus tard « Nous avons fait un chemin énorme, et j’étais rendue de fatigue », MME DE
personnes. Je m’en meurs de fatigue », MME DE SABRAN, Lettre à Boufflers, 7 février 1786 ◪
SABRAN, Lettre à Boufflers, 10 juin 1786
e
■ XIX avoir les jambes qui rentrent dans le corps • être à bout à
e
e
bout de forces, épuisé. S’est dit au XVIII d’un cheval fatigué ■ d. XIX figure de papier mâché • être
e
au bout de son rouleau on a dit jusqu’au XVIII être au bout de son rollet. L’expression sous la
e
forme être au bout du rouleau semble s’être remotivée, à la fin du XIX , par le rouleau du
e
phonographe ■ m. XIX souffler comme un cachalot bruyamment ; généralement lorsqu’on est
essoufflé • en avoir plein le cul « C’est comme les pauvres bougres qui en ont plein le cul de cette vache d’existence
et sautent à pieds joints dans la mort », Le Père Peinard, 1893 • être sur le flanc ◪ 1836 une mine de papier
mâché « Là ! qu’est-ce que je disais… une mine de papier mâché ! Toi, qui étais si frais, si rose. Tu vois bien que tu fais trop de
1842 souffler comme un phoque
respirer difficilement, parce que l’on a couru ou parce que l’on a une déficience pulmonaire
folies puisque cela ruine ta santé », P. DE KOCK, Madame de Montflanquin, 1856 ◪
« L’autre se figeait dans un silence boudeur. Il bouffait sa moustache et soufflait comme un phoque », A. GUYARD, La Zonzon,
e
1867 s’esquinter le tempérament ■ f. XIX en avoir sa claque • en avoir plein les pattes •
être sur les genoux ◪ 1883 en avoir marre « Si ça vous plaît, à vous autres, de bouffer des kilomètres, moi, je vous
e
cacherai pas que j’en ai mare », GALOPIN, Les Poilus, in Sainéan, L’Argot des tranchées, 1915 ■ d. XX traîner la patte •
en avoir ras le cul • en avoir plein les guêtres • être rendu être épuisé « Ouf ! Quelle heure est-il ? Onze
heures tapantes. J’suis rendue. Et demain, faut que j’aille au coiffeur », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946 • être mort de fatigue
• être mort la langue allant toujours à l’économie, on ne dit plus être mort de fatigue, mais
simplement être mort ◪ 1910 avoir la rame ◪ 1915 en avoir plein les bottes « être recru de
fatigue » (ESNAULT) ◪ 1922 avoir un coup de pompe « Ensuite, il avait fallu sécher ses godasses et ses pantalons
2011 ◪
au soleil. L’heure du coup de pompe. Même plus de goût à boire. Ne pensaient plus qu’à rentrer chez eux pour roupiller à la
◪ 1925 ne pas avoir les yeux en face des trous être fatigué, soit
parce qu’on n’a pas suffisamment dormi, soit parce que l’heure du réveil est trop récente « On a
revoyure ! », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
marché un bon quart d’heure sur le Montparnasse avant de prendre un tacot… On avait besoin de ça pour nous remettre les
yeux en face des trous », GEORGIUS, Tornade chez les flambeurs, 1956
◪ 1930 être dans le cirage ■ m.
e
XX
◪ 1929 coup de barre fatigue soudaine
avoir le coup de bambou • être K.-O. « Tout à l’heure,
quand la
clarté s’insinuerait dans le compartiment, quand il ferait jour, il verrait ses compagnons de voyage sortir de leur abrutissement,
un peu hébétés, comme des boxeurs qui ont été mis K.-O. Ils s’ébroueraient, s’étireraient, se défriperaient. Certains
• être sur les rotules •
passage à vide période où l’on ne peut produire aucun effort • traîner la savate se sentir faible,
continueraient à dormir ou à faire semblant jusqu’à l’arrivée », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
épuisé, voire un peu malade ; à partir du sens « marcher lentement, dans un certain laisser-aller »,
e
avec l’influence de traîner la patte ◪ 1935 être dans les vapes ■ f. XX être naze • être dans les
choux • être ensuqué du provençal ensuca, « assommé » ; ne pas être en forme, fonctionner au
ralenti, soit parce qu’on n’a pas assez dormi, soit par suite d’une exposition trop longue au soleil
ou à l’alcool, par exemple
e
■ m. XVII 1640 il a les oreilles bien longues « il est fort abbatu de travail, et principalement de
celuy de Vénus » (OUD.)
FORME
e
■ m. XVII 1640 il est plein de vie vivant, il se porte bien • s’aider de ses membres avoir l’usage
libre de ses membres • il est éveillé comme une potée de souris « fort gaillard, fort esveillé »
e
(OUD.) ■ f. XVII 1690 à revendre « se porter bien » (FUR.) • être encore en chair et en os être
e
encore plein de vie ■ m. XIX être frais comme une rose ◪ 1868 frais comme l’œil « D’abord nos jeunes
embaumeuses pourront aller méditer dans le caveau de la tour de Saint-Michel, à Bordeaux, et dans les fameux Campo Santo
souterrains, qui se trouvent dans des cavernes et conservent, habillés et frais comme l’œil, tous les macchabées pendant des
siècles, en Italie », VIBERT, Pour lire en automobile, 1901
■ f.
e
XIX
se sentir (être) d’attaque en pleine forme
« Forn et Xiberta entrèrent dans ma chambre. Ils me tapèrent à tour de rôle sur l’épaule en me demandant si j’avais bien
dormi, si je me sentais “d’attaque” et déballèrent ensuite des victuailles qu’ils étalèrent sur un lit », J. BLANC, Le Temps des
e
■ d. XX se sentir pisser être jeune et vigoureux, avoir la pêche. Probablement par
extension de commencer à se sentir pisser : « Cela se dit d’une fillette de treize à quatorze ans »
(LYON) « Trente ans de restaurant ! Devenir la risée des jeunes ! Se saouler avec des fonds de bouteilles, tous les jours, comme
hommes, 1948
ça, bestialement. Pactot dit le Marin avait beau ricaner, peut-être qu’il finirait comme ça lui aussi. Pour l’instant, il se sentait
pisser, il courait les filles et trouvait que la vie était belle. Grand bien lui fasse ! », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
• les doigts de
e
pied en éventail • les doigts de pied en bouquet de violettes ■ m. XX avoir bouffé du lion
• péter le feu • recharger les accus • tenir la forme • avoir la santé une résistance physique
exceptionnelle ◪ 1960 avoir la pêche « Pour qu’elles soient capables de casser, faut vraiment qu’elles aient envie de
e
le faire. Si c’est simplement par rapport aux mecs, elles peuvent pas avoir la pêche », Paroles de bandits, 1976 ■ f. XX avoir
la frite la frite est une forme aussi bien physique que morale. Formé sur le modèle avoir la pêche, à
partir d’une idée de violence : frite, coup violent, dans ESNAULT : « Plat de frites, matraquage
(1930). » Par ailleurs, au sens de visage : « Tu vois pas la frite que t’as (1953) » « Depuis le temps qu’il
gardait en lui l’histoire des graffiti, il avait la dose de haine suffisante pour avoir la frite au combat », BERROYER, J’ai beaucoup
souffert, 1981 • être bien
dans ses baskets être bien dans sa peau • avoir la patate • péter la forme
• recharger ses batteries reprendre des forces, retrouver la forme ; il s’agit des batteries
d’accumulateurs « La lumière qui envahit ma chambre me recharge les batteries. Je ne me lasse pas d’admirer le
spectacle qui s’offre sous mon nez », R. DJAÏDANI, Mon nerf, 2004
e
e
■ XVI avoir le pied marin ■ m. XVII 1640 j’en porterai bien encore autant « c’est une
response que fait le vulgaire estant interrogé comme il se porte. Il y faut adjouster, si j’avois de
bonnes bretelles » (OUD.) • il a les pieds chauds, il veut jaser « il est à son aise, il a envie de
e
discourir » (OUD.) ■ f. XVII 1690 l’âge n’est fait que pour les chevaux « il faut considérer la forme
de quelqu’un et non son âge » (FUR.) • avoir ses jambes de quinze ans vieillard qui marche bien
SANTÉ
sain, valide
e
■ XVII être solide comme le Pont-Neuf • avoir bon pied bon œil vif et alerte. S’emploie
souvent pour souligner la bonne santé d’une personne âgée. La juxtaposition des termes n’est en
e
usage qu’au XVII , cependant la forme bon pied et bon œil apparaît dans RABELAIS au sens de leste
et vigilant : « Mais Pantagruel fut abille et eust tousjours bon pied et bon œil » (Pantagruel, 1532)
« Quant à moi, j’ai encore bon pied bon œil ; le coffre est solide, et s’il n’y a point d’avarie, je me fais fort de vous enterrer
tous », VIDOCQ, Mémoires, 1828 ■ m. XVII
e
1640 avoir bon visage se porter bien • sain comme un gardon
• avoir tété de bon lait avoir « esté bien nourry ou bien eslevé » (OUD.) • il est fort malade, rien
ne lui demeure à la bouche « par ironie, il se porte fort bien » (OUD.) • il ne lui en faut plus
qu’autant « pour dire vulgairement que l’on est bien guery d’une maladie » (OUD.) • frais comme
e
un gardon ■ f. XVII 1690 avoir la vie dure • faire corps neuf « se rétablir en santé après une
grande maladie et avoir purgé toutes les mauvaises humeurs qu’on avait auparavant » (FUR.)
e
e
■ d. XVIII il nous enterrera tous ! ■ f. XVIII se porter comme un Turc « Je ne t’écris qu’un mot pour te dire
e
que je me porte comme un Turc et que je t’aime comme un fou », Boufflers, Lettre à Mme de Sabran, 3 janvier 1786 ■ XIX
avoir du coffre • avoir l’âme chevillée au corps « Il n’avait pas encore atteint la quarantaine et, bien que sa
chevelure fût sillonnée de précoces fils blancs, il stupéfiait par sa vigueur alerte et juvénile. On lui sentait l’âme profondément
chevillée au corps », E. RAYNAUD, Souvenirs de police au temps de Félix Faure, 1925
■ d.
e
XIX
se porter comme un
e
charme ■ m. XIX avoir la peau dure • solide comme un roc ◪ 1867 beau mâle homme robuste,
plein de santé • figure de prospérité visage qui annonce la santé • avoir le coffre bon • être de
e
bon acabit « avoir un excellent caractère, ou jouir d’une excellente santé » (DELV.) ■ f. XIX
reprendre du poil de la bête « Nous descendions toujours dans la nuit noire, en moiteur, mais pas trop mal,
perpendiculairement sans “chasser”. Nous avions un cornet acoustique pour causer entre nous et, comme l’on dit, nous
commencions à reprendre du poil de la bête », VIBERT, Pour lire en automobile, 1901 • ça se maintient « LA TERREUR : Tu le
connais ? – Lisa : Si je le connais ! C’est un client à moi… d’puis vingt ans ! – LA TERREUR : C’est lui qui t’entretient ? – LISA : Des
fois ! Bonjour, père Chabot ! Ça va bien, c’te santé ? – LE PÈRE CHABOT : Pas mal ! Pas mal ! Ça se maintient ! Garçon ! » O.
MÉTÉNIER, La Casserole, 1889
◪ 1872 boulotter « être en bonne santé. Même image dans “ça roule” »
e
(LARCH.) ◪ 1894 avoir le cul sur le visage avoir une mine florissante de santé ■ m. XX se refaire
une santé
e
■ m. XVI 1534 avoir l’âme de travers cela se dit d’une personne qui vit longtemps « Je excepte les
e
antiques Syracousans et quelques Argives qui avoient l’âme de travers », RABELAIS, Gargantua, 1534 ■ m. XVII 1640 la
santé du corps la chaleur des pieds • la santé n’est pas santé, la maladie est santé « l’équivoque
est, sans T » (OUD.) • il ne mourra jamais si on ne l’assomme • tel a beaux yeux à la tête qui n’en
e
verra pas la fête « tel est bien sain qui ne vivra pas jusques à ce temps là » (OUD.) ■ f. XVII 1690 ne
fais pas un four de ton bonnet, ni de ton ventre un jardinet « un bonnet trop chaud, ou trop de
salade qu’on mange, sont nuisibles à la santé » (FUR.)
MALAISE
dérangement, gêne, troubles, indisposition, embarras
e
avoir mal au cœur « J’aimons tant les bravv demoiselles…/Parlez moi d’ça non d’peronnelles/Qui f’sons
e
l’semblant des mal de cœur/Pour un méchant ver de liqueur », Les Porcherons, 1773 ■ m. XVII 1640 être mal à
cheval mal à son aise • avoir la tête mal faite avoir mal à la tête • un peu mal fait un peu
indisposé ou malade • un peu débauché un peu indisposé • la tête me fend « j’ay grand mal de
teste » (OUD.) • pesanteur de tête « un peu de mal de teste, endormissement » (OUD.) • se sentir
encore d’une maladie en avoir quelque reste d’incommodité • se sentir d’un mal en être
incommodé • il y a quelque chose à refaire à ses pièces « il luy manque quelque chose ; il a
quelque indisposition » (OUD.) • cela me fait lever le cœur • les jambes me faillent j’ai de la
difficulté à marcher • les pieds me fourmillent me démangent • un tour de reins un effort • la
e
cuisine ne va pas bien l’estomac ne digère pas ■ f. XVII 1690 s’être jeté sur le lit quand un homme
e
est indisposé ou paresseux • être (se tenir) au lit idem • garder le lit idem ■ XVIII n’être pas dans
son assiette du vieux mot assiette, au sens propre d’assise, stabilité – assiette d’un cavalier, d’un
avion, etc. –, d’où équilibre, état « normal » d’un individu. La citation suivante montre que la
e
confusion avec l’assiette, vaisselle, existait déjà dans le langage populaire dès la fin du XVIII siècle
■
XVII
« après tout ça seroit vous rendre service car vous êtes si transis de peur que ça vous remettroit peut-être dans votre assiette
ou votre plat ; ah oui ; vous êtes malades à n’en pas douter », La Bouillie pour les chats, 1790
• jeter un triste coton
« 24 février 1781. Madame Bulté vient de partir pour Londres où vraisemblablement elle jettera un triste coton. Il est à
craindre qu’elle n’y meure de faim », BACHAUMONT, Mémoires secrets
■
e
XIX
filer un mauvais coton « se mal
e
porter » (LARCH.) • avoir un point de côté ■ m. XIX 1867 croupir dans le battant « se dit d’une
indigestion qui se prépare, par suite d’une trop grande absorption de liquide ou de solide » (DELV.)
e
• avoir des inquiétudes dans le mollet avoir une crampe • faire du raisiné saigner du nez ■ f. XIX
avoir un pet de travers pet signifie dès 1867 « embarras, manières » (DELV.) ◪ 1872 n’en mener
pas large « être mal à son aise. Se dit soit au physique, soit au moral » (LARCH.) ◪ 1894 être mal en
train être mal dispos • avoir les nerfs du mollet qui se chevauchent avoir une crampe • avoir les
fourmis aux pieds « y avoir des fourmillements. Dans l’expression lyonnaise, l’image est bien plus
forte » (LYON) • être mal à son aise « être un peu fatigué, mal en train, mal fichu » (LYON) • avoir
un doigt de pied sans connaissance « se dit lorsque, par suite d’une fausse position ou pour toute
e
autre raison, on a un doigt de pied engourdi et insensible » (LYON) ■ m. XX être dans le coltar être
dans le cirage, pas bien réveillé, pour raison de fatigue ou d’ivresse « Jusqu’à Bordeaux, rien à signaler.
Sinon que la SNCF on en avait plein le cul. On dormait à moitié, migraineux. Le coltar nous guettait », B. BLIER, Les Valseuses,
• ne pas tourner rond avoir un comportement inhabituel ou excentrique, par fatigue,
e
dépression ou par exaltation – ne pas être dans son assiette ■ f. XX être dans le gaz être ailleurs,
à moitié dans les vapes
1972
e
■ m. XVII 1640 les petits pieds lui font mal « elle est enceinte, et pour ce sujet elle a des maux
de cœur » (OUD.) • il y a commencement à tout « cela se dit à un qui commence à souffrir
quelque incommodité » (OUD.) • les cordeliers ne me demandent rien, mais les jacobins
e
m’étranglent « c’est quand le flegme s’attache dans le gosier » (OUD.) ■ f. XVII 1690 être enfumés
comme des (de vieux) renards « incommodés par la fumée ; à ceux qui demeurent dans une
e
demeure qui fume » (FUR.) ■ m. XX j’ai l’os du foie qui me fait mal se dit par plaisanterie pour
désigner un état patraque sans gravité, comme une gueule de bois, ou pour ironiser sur un faux
malaise donné par quelqu’un comme prétexte d’absence : « Il a l’os du foie qui lui fait mal. »
L’expression était à la mode dans les années 1950
ÉVANOUISSEMENTS
étourdissements, défaillance, pâmoison, syncope
■ m.
XVII
e
e
1640 la tête me tourne « je suis estourdy » (OUD.) ■ XVIII se trouver mal « Apportez
donc du vinaigre à cett’ Dame, elle va s’trouver mal, cet égout de la rue du Bout-du-Monde », Le Panier de maquereaux, 1764
e
e
■ d. XIX voir trente-six chandelles être à moitié assommé par un coup. On disait au XVII voir des
chandelles, puis voir mille chandelles « Ah crois-tu qu’il se laisserait empoigner ? Pas si bête… il te saluerait d’une
e
mûre [un coup de poing sur le nez] que tu en verrais trente-six chandelles », VIDOCQ, Mémoires, 1828 ■ m. XIX 1867
e
tourner de l’œil ■ f. XIX 1883 faire la carpe ◪ 1889 tomber dans les pommes « il est possible que
la locution être dans les pommes cuites attestée dans George SAND (Lettre à Mme Dupin) “être
dans un état de fatigue, d’usure”, très explicable par le sémantisme d’être cuit, soit à l’origine de la
locution moderne » (REY-CHANT.) « Si t’as mal aux pieds ou si ça se coupe entre les cuisses, tu avances à ta place dans
le rang, sans rien dire. Quand ça va trop mal, tu tombes dans les pommes et on s’occupe de toi », SYLVÈRE (1906-1950) ◪ 1894
tourner l’œil « ignoble expression que quelques-uns emploient pour dire “mourir”. Tourner l’œil
signifie surtout chez nous s’évanouir : “Ça lui a si tellement fait d’effet sur le moment qu’elle en a
e
tourné l’œil” » (LYON) ■ d. XX tomber en syncope « Une gross’ dam’ de saisiss’ment,/Tombe en syncop’ sans plus
e
d’manières/Et plusieurs autr’s sur le derrière », MARINIER ET THÉODORE, La Ligne no 3, 1910 ■ m. XX 1935 être dans les
vapes « La paupière à moitié fermée, il semblait dans les vapes. Je le secoue, je le gifle un peu : “Eh ! Pierrot !” Il lève sur moi
des yeux fiévreux. “Tu crois que tu peux parler ?” Il articule un “oui” faiblard… », B. BLIER, Les Valseuses, 1972
MALADIE
affection, mal
e
■ XVI abreuvoir à mouches « une grande playe sur la teste où les mousches peuvent boire »
(OUD.) • couver une maladie ce sens de couver, préparer secrètement, se rencontre dès le
e
e
XIII siècle ■ m. XVII 1640 il a crié au loup « il est enrheumé » (OUD.) • le mal lui a gagné le cœur
« est allé, ou bien a atteint jusques au cœur » (OUD.) • ce mal le mènera jusqu’au terrier « durera
e
jusques au tombeau » (OUD.) • cette maladie l’emportera le fera mourir ■ f. XVII 1690 mettre bas
« mettre à l’extrémité » (FUR.) • il ne l’a guère tenu, mais il l’a bien secoué « en parlant des
maladies qui en peu de temps mettent une personne bien bas » (FUR.) • abreuvoir à taons « une
e
playe qui seigne beaucoup » (FUR.) ■ XVIII cracher de la colle « on dit d’un homme enrhumé, qui
crache beaucoup, qu’il crache de la colle » (TRÉVOUX) • être enrhumé comme un loup très
enrhumé ; peut-être à cause de la « voix » du loup – on disait aussi dans les campagnes tousser
comme un loup « Bonsoir, mon enfant ; je suis enrhumée comme un loup, et si engourdie que je doute, au moment où je
t’écris, si en entrant dans ma chambre, tu aurais le pouvoir de me réveiller », MME
DE
SABRAN, Journal, 9 janvier 1787
e
■ f. XVIII 1787 rhume de cerveau « inflammation de la muqueuse nasale (appelée ainsi à cause de
l’ancienne croyance à une communication entre les fosses nasales et le cerveau) » (TLF) « j’ai une
migraine et un rhume de cerveau comme je n’en ai jamais eu : ma tête est un volcan et mes yeux sont deux fontaines »,
BOUFFLERS, Lettre à Mme de Sabran, 27 mars 1787
■ d.
e
XIX
une fièvre de cheval « Pour me donner une fièvre de
e
cheval, il me suffit d’avaler pendant deux jours du jus de tabac », VIDOCQ, Mémoires, 1828 ■ m. XIX
1867 coup de pied
de jument maladie désagréable
e
■ m. XVII 1640 faire ventre « qui s’entend d’une playe, faire sac, s’accumuler des humeurs au
dessous » (OUD.) • la maladie des enfants de Paris, la tête plus grosse que le poing point de mal
• une maladie qui l’a troussé qui l’a fait mourir • toucher les malades « qui se dit du roi de
France ; les toucher pour les guérir des écrouelles » (OUD.) • les maladies viennent en poste vite •
c’est une maladie de femme un mal qui n’est pas fort grand • mal sur mal n’est pas santé « une
nouvelle incommodité ne guérit pas l’autre, un nouveau dommage incommode fort » (OUD.)
• cloche aux pieds « bube ou vescie pleine d’eau » (OUD.), c’est-à-dire une ampoule • les maladies
s’en viennent à cheval s’en retournent à pied « viennent viste, et se guérissent lentement »
(OUD.) • les mots terminés en -ique font au médecin la nique « comme hidropique, hétique,
e
paralitique, pulmonique, etc. » (OUD.) ■ f. XVII 1690 au cerf la bière et au sanglier la mière ou
barbier « on peut guérir plus aisément de la plaie d’un sanglier, que de celle d’un cerf » (FUR.) •
enfermer le loup dans la bergerie « en chirurgie, quand il se forme un sac dans une plaie qu’on ne
e
laisse pas suppurer et il reste du pus qui se corrompt et qui oblige à la rouvrir » (FUR.) ■ XIX vin sur
e
lait c’est santé, lait sur vin c’est venin ■ m. XIX 1842 compère-loriot « petit aposthème qui se
forme au bord de la paupière et qui s’appelle ordinairement orgeolet ou orgelet, à cause de sa
ressemblance avec un grain d’orge » (QUIT.)
MALADIES
e
■ m. XVII 1640 cirons saint Job (saint Josse), il n’en faut que trois pour faire un ladre « de
grosses galles, et bien larges » (OUD.) • les mains faites en chapon rôti « crochues d’un qui a les
gouttes » (OUD.) • les loups lui mangent les jambes « il a les jambes mangées d’un mal que l’on
appelle loups » (OUD.) • mal saint Fiacre inflammation au fondement • mal de saint épilepsie •
mal saint Mathurin folie • mal de Mahomet épilepsie • mal saint Genou la goutte • avoir des
places sur le corps des marques de gale • mal saint Gilles un cancer • mal saint Main la gale •
mal saint Jean épilepsie • une descente de bois flotté « une fluxion, un rheumatisme » (OUD.) • le
chaud mal la fièvre chaude, c’est-à-dire une fièvre accompagnée de délire • la male bosse la
peste • le haut mal « l’épilepsie, que le peuple appelle aussi mal caduc, qui attaque le cerveau et
e
trouble le jugement » (FUR.) ■ f. XVII 1690 homme hectique « qui a la fièvre hectique ; le peuple
prononce étique. Hectique : forte fièvre presque incurable, qui réside non dans les esprit et
humeurs mais dans les parties solides et qui consume le corps et le ruine petit à petit » (FUR.)
e
■ d. XIX la danse de Saint-Guy mouvements désordonnés et convulsifs, comme font les gens
atteints de chorée gesticulatoire « Fantasio, quoique aussi inquiet que moi de la danse de Saint-Guy du youe
you, sourit comme Palinure », A. DELVAU, Du pont des Arts…, 1866 ■ m. XIX 1867 cracher ses
doublures « rendre ses poumons par fragments, – comme font les poitrinaires » (DELV.)
• princesse galeuse. On dit prince ou princesse, mais on sous-entend de Galles. Cf. aux frais de la
princesse = République = galeuse • avoir mal au gésier avoir une laryngite ou une bronchite
e
■ d. XX s’en aller de la caisse être tuberculeux « C’était depuis qu’il toussait. Un chaud et froid. Bigre ! Deux mois
d’hosto. Janicou aussi avait une sale bobine. Pactot prétendait qu’il s’en allait de la caisse », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946 • avoir
la caisse qui se dévisse avoir une laryngite ou toute maladie touchant les poumons, faisant
tousser « “Je crois qu’ils m’emmènent au bat’ d’Af’, mais j’ai la caisse qui se dévisse.” La laryngite me donnait une voix
curieusement rauque », J. BLANC, Joyeux, fais ton fourbi, 1947
e
■ m. XVII 1640 il a beau bâtir, il a bien des places « cela se dit d’un qui a force marques de
galle, que l’on appelle vulgairement des places » (OUD.) • toux de renard (qui mène jusqu’au
terrier) qui dure jusqu’à la mort • demoiselle de saint Main galeuse • il veut aller à la guerre, il
e
écure ses brassarts « cela se dit d’un galeux qui se frotte les bras » (OUD.) ■ f. XVII 1690 troussegalant « le “colera morbus”, parce que cette maladie emporte son homme » (FUR.)
MALADIES VÉNÉRIENNES
e
■ XVI tomber par pièces « estre fort plein de vérole, et se réduire en pièces, se consommer
e
petit à petit » (OUD.) ■ d. XVII gentil garçon vérolé « Dès l’heure que vous parlez, ce vieil couvercle couvre une
vieille marmite dont les vapeurs pestiférées le renvoyeront gentil garçon », Les Ramoneurs, 1624 ◪ 1627 faire une
e
étable de ses chausses avoir un bubon à l’aine ou une maladie vénérienne ■ m. XVII être poivré
« Il s’en est allé follement divertir avec des filles de joie, et il en tient, le pauvre diable, car il est poivré comme il faut »,
1640 aller à Naples sans passer par les monts « prendre la grosse verolle » (OUD.) •
patient de saint Côme un homme qui a la vérole • aller en Bavière « avoir la grosse verolle, c’est
par allusion de baver, qui arrive à ceux que l’on pense de ce mal là » (OUD.) • il a passé par les
piques il a eu la vérole • se poivrer prendre quelque mal vénérien • heurter à la boutique de
saint Côme « prendre la vérole, et avoir besoin de chirurgien » (OUD.) • le pays (l’île) de
Claquedent « lieu où l’on sue la vérole » (OUD.) • être en mue suer la vérole • il a passé par
e
l’estamine il a eu la grosse vérole ■ f. XVII coup de pied de Vénus « Tu peux la r’mercier la copine/Qui t’a
RICHELET, 1680 ◪
si sal’ment attigé/Allez ! fous l’camp à l’infirmerie/Tu n’en as qu’pour six s’main’s au plus/Mais quoi qu’ j’ai donc ! Jésus !
◪ 1690 gagner une
galanterie « homme avec une femme. Il a gagné une faveur de Vénus qui demande des remèdes »
(FUR.) • faveurs de Vénus « mauvais maux qui se prennent par la fréquentation des femmes »
(FUR.) • mal de Naples « grosse vérole parce que les Français l’apportèrent autrefois du siège
de Naples ; les Italiens au contraire l’appellent “le mal français”. On l’appelle aussi “le vilain mal”
e
ou “la maladie vénérienne” ou absolument “du mal” » (FUR.) ■ m. XIX 1834 crêtes-de-coq
« excroissances d’origine vénérienne » (ROBERT) « Il était dans un état de délabrement physique et moral
Marie !/V’là ! t’as reçu un coup d’pied d’Vénus ! », L. FAURIOL et E. REMONGIN, Sacrée Vénus, 1911
alarmant. Je lui donnai un cordial, qu’il refusa. Ce n’était pas pour cela qu’il était venu me voir. Il avait des crêtes de coq et
e
◪ 1867 gros lot mal de Naples ■ f. XIX
être enrhumé du cerveau par allusion au rhume de cerveau, avoir un écoulement purulent par le
sexe ◪ 1872 chaude-lance « gonorrhée. Allusion à sa cuisson et ses élancements » (LARCH.)
e
■ d. XX avoir la pécole une blennorragie (1903), mais aussi bien un mal vénérien mal défini. Cf.
une comptine moqueuse d’enfants : « Il a la pécole/La peau du cul qui se décolle ! » (Limousin,
v. 1930) ; de l’occitan pecola, même sens – « peut-être de l’italien piccola (petite) par opposition à
e
grosse (vérole) » (ESNAULT) ■ f. XX le nœud en chou-fleur « Faut espérer qu’elles sont pas plombées. Tu sais,
aurait voulu que je l’en débarrasse », J. BLANC, Joyeux, fais ton fourbi, 1947
quand c’est des salopes et qu’elles en veulent, elles te le disent pas. Et c’est comme ça que tu te retrouves avec une chtouille. Si
c’est pas le nœud en chou-fleur ! », BERROYER, Je vieillis bien, 1983
e
■ m. XVII 1640 donner une souvenance « quand les garces donnent quelque mal à un
homme » (OUD.) • un souvenez-vous idem • une pièce pourrie « une garce pleine de vérole »
(OUD.) • on ne l’appelle plus la vérole, on l’appelle l’eussiez-vous « c’est souhaitter la vérolle à
une personne qui en parle » (OUD.) • fille d’orfèvre qui a le nez gravé « qui a le nez gasté de petite
vérole » (OUD.) • il a péché « pour dire qu’on a pris la vérole, ou quelque mal qui en dépend »
(OUD.) • Dieu nous garde de la santé des Allemands et de la maladie des Français « de trop boire
et d’avoir la verolle » (OUD.)
ÊTRE MALADE
atteint, incommodé, indisposé, souffrant
e
e
e
e
■ d. XIII être mal en point ■ d. XVI être (bien) bas ■ m. XVI garder la chambre ■ f. XVI ne
e
battre que d’une aile « estre à demy abbatu » (OUD.) ■ d. XVII perdre le goût du pain être malade
e
■ m. XVII 1640 sur la litière en extrême maladie • il n’en relèvera jamais il mourra de cette
maladie • tomber malade • garder le lit • avoir toujours quelque fer qui loche avoir toujours
quelque mal. « Locher, vieux mot qui signifiait autrefois esbranler n’est plus en usage que dans
cette phrase proverbiale » (FUR.) • être en mauvais équipage en mauvais état • il n’a plus que le
bec « il ne luy reste plus que la parole, le reste de son corps est exténué par la maladie » (OUD.) •
ses affaires sont faites • en avoir dans l’aile « on le dit figurément des hommes dont la santé ou
e
la fortune sont ruinées » (FUR.) ■ f. XVII il ne fera pas de vieux os « il est infirme, il mourra en
jeunesse, maladif » (FUR.) ◪ 1690 être malenpoint « en mauvais état, soit pour la santé, soit pour
e
la fortune » (FUR.) ■ f. XVIII être patraque un peu malade, pas au mieux de sa forme ; à l’origine,
une patraque est une montre détraquée ou une machine fonctionnant mal ; de là, on est passé à
une personne maladive, au fait d’être soi-même en mauvais état de marche « ANDRÉE : Qu’est-ce que
vous avez ? Vous êtes tout drôle. BELVAL : Ne faites pas attention, ce n’est rien… Je suis patraque depuis quelque temps.
ANDRÉE : Comment ! vous êtes souffrant ? Vous ne m’avez pas dit… », M.
DU
VEUZIT et R. NUNÈS, Le Sentier, 1907-08
• être
malade comme un chien « être malade comme tout » (LYON) « J’ai été toute la journée malade comme un
e
pauvre chien, j’en suis quitte à cette heure », BOUFFLERS, Lettre à Mme de Sabran, 4 mai 1786 ■ XIX filer un mauvais
coton « Sa figure fait peine à voir. Elle est toute ridée et toute jaune, avec de vilaines marbrures aux pommettes. Et elle s’est
remise à tousser plus que jamais. Pour moi, elle file un mauvais coton », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946 • être cloué au lit
« Cette affreuse maladie, d’invention moderne, dit-on, me tint cloué plus d’un mois dans mon lit, et en me quittant elle avait
e
■ m. XIX 1867 être attigé très
fatigué, endolori • avoir une mauvaise pierre dans son sac « ne pas jouir d’une bonne santé, être
e
atteint de mélancolie ou de maladie grave » (DELV.) • être mal fichu • à la manque ■ f. XIX 1894
avoir la vessie du cul tournée « (parlant par respect) être constamment en mauvais état de
e
santé » (LYON) ■ d. XX attraper la crève ◪ 1900 se faire porter pâle « Quand l’appel a été fait par le pied de
emporté tous mes muscles et ma force de jarrets », Mémoires de Jules Léotard, 1860
banc (un mec que je ne peux pas blairer), les poilus qui se sont fait porter pâles vont voir le toubib », SAINÉAN, L’Argot des
tranchées, 1915
e
■ m. XVII il n’a pas besoin d’un fort hiver « de celui qui est infirme ou endetté » (OUD.)
◪ 1640 faire un pet à la mort « eschapper d’une grande maladie » (OUD.) • tout va bien mais rien
ne vient « c’est la response vulgaire des malades à qui l’on demande comme ils se portent »
e
(OUD.) ■ f. XVII 1690 obtenir des lettres de répit « convalescent qui a été fort malade et qui vivra
encore quelque temps » (FUR.) • il a la tête plus grosse que le poing en se moquant d’un homme
qui fait le malade • avoir un bon (vilain) manteau pour son hiver « homme à qui la fièvre quarte
commence en automne » (FUR.) • devenir une vraie anatomie une personne « devenue si maigre
e
par une longue maladie qu’on ne la reconnaît plus » (FUR.) ■ d. XX se maquiller faire semblant
e
d’être malade. L’expression a d’abord signifié, au XIX siècle, « simuler des plaies » (en maquillant
sa peau, donc, avec des sucs de plantes, etc.) « Vers neuf heures, un caporal vint demander s’il y avait des
malades. Je dis que je l’étais. – Je vais tenter la réforme, dis-je à Ravier. à force de se maquiller, on arrive à un résultat »,
J. BLANC, Joyeux, fais ton fourbi, 1947
DOULEUR
souffrance
e
■ d. XV faire bobo « bobo, terme enfantin, qui signifie mal léger. On s’en est aussi servi
agréablement dans une chanson. L’amour est un grand bobo » (TRÉVOUX) « Quant n’ont assez fait
dodo/Ces petitz enfanchonnés/Ilz portent soubz leurs bonnés/Visages plains de bobo », C. D’ORLÉANS, Poésie françoise, d. xve •
il n’y a que l’âne qui sent où bât le blesse « celuy qui souffre sent son mal ou dommage » (OUD.)
e
■ m. XVI à petit feu « Ne me fay plus mourir à petit feu, avec ces reproches, et me tire seulement de ce bourbier, si tu
e
■ m. XVII 1640 ce mal me répond dans le ventre
je le sens en cet endroit-là • prendre un pinçon « par allusion de pincer ; se serrer un doigt ou la
main entre deux choses qui nous y laissent la marque imprimée » (OUD.) • la chair me cuit je sens
e
une douleur cuisante ■ f. XVII 1690 j’aimerais autant être en galère je suis misérable, je souffre
beaucoup • j’aimerais autant tirer la rame idem • faire son purgatoire en ce monde personne
e
e
qui a souffert beaucoup de douleurs ■ XVIII souffrir comme un damné on a dit au XVII comme
veux te tirer de celui de la pauvreté », Les Ramoneurs, 1624
e
e
une âme damnée ■ f. XVIII 1779 faire un mal de chien ■ m. XIX 1867 avoir mal au bréchet
souffrir de l’estomac • piler du poivre avoir des ampoules et marcher sur la pointe des pieds, par
suite d’une trop longue marche
e
■ m. XVII rage de cul fait passer mal de dents « une plus forte douleur, une plus forte passion
fait qu’on oublie la moindre » (FUR.) ◪ 1640 le lit est l’écharpe de la jambe il ne faut point
marcher quand on a mal à la jambe • le tour de l’Hôpital « c’est quand les poüils mordent, et que
l’on tourne le col et les espaules » (OUD.) • je sais où le soulier me blesse « je sens mon mal mieux
e
que personne » (OUD.) ■ f. XVII 1690 le sang sort à gros bouillons d’une plaie avec impétuosité,
e
en abondance ■ d. XX douleur exquise « la “douleur exquis” est techniquement une “douleur
intense, aiguë et localisée en un point précis” » (REY-CHANT.). Sur le sens étymologique d’exquis :
e
recherché. On a parlé de tourments exquis, de supplices exquis (XVI ) et aussi de fièvres exquises
SOINS
cure, traitement
e
■ m. XVII 1640 mal de tête veut repaître « qu’il faut manger pour guérir le mal de teste »
e
(OUD.) ■ f. XVII 1690 faire de son corps une boutique d’apothicaire « prendre souvent ou par
précaution des lavements et des médecines » (FUR.) • médecine de cheval « médecine trop forte,
qui n’a pas bien opéré » (FUR.) • employer toutes les herbes de la Saint-Jean « appliquer tous ses
e
soins pour guérir une personne, pour faire réussir une affaire » (FUR.) ■ m. XVIII bouillon pointu
« lavement. Double allusion au clystère et à son contenu » (LARCH.) « “Dieu ! qu’est-ce que je sens ?”
e
L’apothicaire, “poussant sa pointe” : “C’est le bouillon pointu” », Parodie de Zaïre, XVIIIe ■ d. XIX coup de fouet
e
■ m. XIX 1867 se rincer (le fusil) se purger • passer à (par) la casserole « être en traitement pour
la syphilis. On disait autrefois “passer sur les réchauds de saint Côme”. L’une et l’autre expression
font allusion à la chaleur requise par les sudorifiques qui jouent un grand rôle dans la cure »
(LARCH.) • faire une saison « rester une vingtaine de jours à Vichy ou toute autre station thermale,
e
et y prendre des bains minéraux » (DELV.) ■ f. XIX aller à Montretout à la visite médicale • une
douche écossaise alternance de douches chaudes et froides, comme moyen thérapeutique
◪ 1883 se faire retaper le domino se faire arranger la denture • se faire repaver la rue du bec
e
idem ■ d. XX 1916 monter sur le billard subir une opération ; billard : « la table d’opération dans
les hôpitaux. Nos blessés, qui gardent le sourire jusque dans les pires souffrances, ont ainsi baptisé
le meuble trapu et quadrangulaire, où le chirurgien les étend pour trancher, découper, extraire ou
gratter… Les carambolages s’y font souvent hélas ! avec des quilles et les pauvres amputés n’y
voient, comme bandes, que celles du pansement. – Monter sur le billard, être opéré » (DÉCHELETTE,
1916). Il est possible que l’expression soit issue d’un trait d’humour noir, le billard étant l’étendue
de gazon devant les tranchées ; y monter pouvait mettre les tripes à l’air
e
■ XVI prendre du poil de la bête « se guérir par les mêmes choses qui ont causé le mal […] à
celui qui a mal à la tête le lendemain qu’on a fait la débauche : il faut recommencer à boire »
e
(FUR.) ■ m. XVII 1640 il ne se faut toucher aux yeux que du coude « il ne faut rien faire pour le
mal des yeux » (OUD.) • endormir un membre « luy faire perdre une partie du sentiment par le
e
moyen de la friction » (OUD.) ■ f. XVII 1690 il tâche à se ravoir « d’un homme maigre ou
convalescent qui mange bien : il tâche à réparer ses forces, à reprendre sa graisse » (FUR.) •
prendre un bouillon « prendre une portion de suc de viandes ou d’herbes, qui sert à nourrir les
estomacs qui ont de la peine à digérer les gros aliments. On prend aussi des bouillons pour se
rafraîchir et conserver son embonpoint. On donne encore des médecines dans des bouillons »
(FUR.) • heureux le médecin qui vient sur le déclin de la maladie « il a l’honneur de la cure qui se
e
fait par les forces naturelles » (FUR.) ■ f. XX casser un malade s’emploie dans les hôpitaux pour
dire que le malade est mort pendant le traitement
REMÈDES
médicaments, traitement, drogues, médication, orviétan
e
e
■ m. XVI après la mort, le médecin après le mal arrive le remède ■ m. XVII 1640 de la poudre
de perlimpinpin un remède sans effet • de la poudre d’Oribus « par raillerie, un remède sans
effet ; une chose de rien » (OUD.) • onguent miton mitaine « qui n’a point de force, qui ne fait ny
e
bien ny mal » (OUD.) ■ f. XVII 1690 pain de saint Hubert, de sainte Geneviève, de saint Nicolas
« pains bénis avec certaines prières et invocations de ces saints, qui guérissent de la rage, de la
e
fièvre et autres infirmités » (FUR.) ■ d. XIX remède de cheval l’idée est plaisamment développée
dans la Chronologiette de Pierre Prion, en 1744 : « […] ils mêlent une chopine d’eau-de-vie avec autant de
vinaigre, trois ou quatre grosses gousses d’ail piquées. Ils avalent cette potion avec courage ; ce remède les réduit à l’agonie,
cependant ils n’attribuent pas ce malheur au remède, mais toujours à l’accès [de fièvre]. Il n’y a point de cheval de carrosse à
qui on aurait appliqué ce remède intérieur qui ne l’étouffât, somniqu[ât], mais messieurs les paysans ont leur estomac encore
plus résistible que ces derniers animaux […] »
GUÉRISON
rétablissement
e
■ m. XVII 1640 il ne lui en faut plus qu’autant « pour dire vulgairement que l’on est bien guery
d’une maladie » (OUD.) • le lit est l’écharpe de la jambe « qu’il se faut tenir au lict pour la guérir »
e
(OUD.) ■ f. XVII 1690 avoir fait un pet à la mort homme guéri d’une grande maladie • faire corps
neuf « se rétablir en santé après une grande maladie et avoir purgé toutes les mauvaises humeurs
e
qu’on avait auparavant » (FUR.) ■ m. XIX remis sur pied
MOURIR
décéder, expirer, s’éteindre, succomber, trépasser, clamser, crever, claquer, caner, claboter, calancher
e
e
e
■ XV aller de vie à trépas ■ m. XV 1453 y laisser ses houseaux ■ XVI rendre l’âme • se casser
e
le cou • mourir au lit d’honneur ■ XVII payer son tribut à la nature • rendre le dernier soupir
e
■ d. XVII perdre le goût du pain • mourir à petit feu lentement ; se dit lorsque les chagrins et les
peines abrègent les jours, et aussi des effets d’une longue maladie « C’est donc fini ! tout le monde
m’oublie… m’abandonne ! Je ne verrai plus que des vieux… Je n’entendrai plus parler que politique… mais on veut donc que je
meure à petit feu !… », P.
DE KOCK,
La Pucelle de Belleville, 1834
■ m.
XVII
e
1640 perdre la vie • rendre le
cimetière bossu « mourir ; parce qu’on relève la terre en faisant une fosse » (OUD.) • passer le pas
• prendre congé de la compagnie • se laisser mourir • trousser ses chausses • se laisser
répandre • y laisser le moule du pourpoint • tirer ses chausses • mourir tout debout subitement
e
• aller ad patres ■ f. XVII 1690 achever ses jours • achever sa carrière • mourir dans son lit •
achever de vivre • passer comme une chandelle mourir doucement • il faut plier (trousser)
e
bagage il faut mourir ■ XVIII mourir de sa belle mort de vieillesse • laisser ses guêtres quelque
e
part ■ f. XVIII 1786 entrer au monument « M. Metra vient de mourir. […] M. Amateur comme lui vient de faire
des vers à la louange du mort : […] Pour lui, je suis certain qu’au suprême moment,/À son caractère fidèle,/Il eût trouvé moins
dur d’entrer au monument/S’il avait pu lui-même en donner la nouvelle » MME DE SABRAN, Lettre à Boufflers, 3 février 1786
e
e
■ XIX faire la cabriole • faire la cane a donné le verbe caner, mourir ■ d. XIX tourner de l’œil « Du
poison !… Allons, bois… tu vas tourner de l’œil tout de suite », CHENU ◪ 1808 se faire crever la paillasse « se faire
tuer en duel, – ou à coups de pied dans le ventre » (DELV.) • sauter le pas « Ou alors, si vous pouvez pas/Ou
refusez, Vierge Marie,/Vous allez m’trouver ben hardie,/Mais aidez-moi à sauter l’pas !/Et pis prenez-moi avec
Vous !/Emm’nez-moi dans le Paradis », J. RICTUS, La Charlotte prie Notre-Dame, 1904
qu’on dise et quoi qu’on fasse, il faut avaler le goujon », FRANCIS, 1815 ◪
◪ 1815 avaler le goujon « Quoi
1826 descendre la garde « [Conseils d’un vieux
soldat] Mets-toi là, tiens, à côté de ce pilier : tu ajustes ton homme, tu lâches ton coup ; patatras, il descend la garde, toi, tu
e
■ m. XIX se faire trouer la peau se
faire tuer • avaler sa langue • recevoir son décompte « mourir. Dans l’armée, on touche son
décompte, c’est-à-dire son excédent de masse au moment de quitter le service » (LARCH.) « Tué roide
sur le champ de bataille, le beau tambour-major avait, pour parler en style de bivouac, reçu son décompte », RICARD • défiler
rentres la tête dans ta coquille… et enfoncé », É. DEBRAUX, Les Barricades, 1830
la parade « mourir. Mot militaire. On défile quand la revue est terminée. Il s’agit ici de la revue de
la vie » (LARCH.) « Alors tout l’monde défile à c’te parade d’où l’on ne revient pas sur ses pieds », Balzac • la gober « Ce
poltron-là, c’est lui qui la gobe le premier », L. DESNOYERS • avoir son compte « être blessé à mort pour s’être
battu en duel » (DELV.) – plus généralement « mourir, voir finir le compte de ses jours » (LARCH.)
« J’ai mon compte pour ce monde-ci. C’est soldé », L. REYBAUD ◪ 1832 passer l’arme à gauche mourir, par
référence au repos définitif « Toute la famille a passé l’arme à gauche »,
LACROIX, 1832
◪ 1833 avaler sa gaffe
◪ 1835 mourir au champ d’honneur ◪ 1846 glisser « mourir. On dit le plus souvent : “il s’est
laissé glisser”. Quand on glisse, on tombe, et c’est de la grande chute qu’il s’agit ici » (LARCH.) « C’est
là (à un restaurant de la chaussée du Maine), que j’ai appris, entre autres bizarreries, les dix ou douze manières d’annoncer la
mort de quelqu’un : Il a cassé sa pipe, – il a claqué, – il a fui, – il a perdu le goût du pain, – il a avalé sa langue, – il s’est habillé
de sapin, – il a glissé, – il a décollé le billard, – il a craché son âme », DELVAU, in LARCHEY ◪
1855 casser sa pipe « Casser sa
pipe : oh ! c’est déjà vieux ! ça a de la barbe. On a dit depuis “casser son crayon” et on dit maintenant “lâcher la rampe”, ou
“remercier son boulanger” » VILLARS
◪ 1859 dévisser son billard
« Mourier, Dormeuil, et vous Cogniard
féeriques,/Laissez Empis reprendre Feu Waflard…/Nous saurons bien faire aller vos boutiques,/Quand Scribe aura dévissé son
e
◪ 1860 s’habiller de sapin dès le XVIII , dans le même ordre
d’idées, on trouve chemise de sapin : « Arrive-t-on en ce monde, ils [les curés] vous font payer plus
cher l’eau du baptême que si c’étoit du bon vin. Lorsqu’on en part, il faut payer le voyage mieux
qu’à la poste, sans quoi vous vous en iriez comme des péteux : on vous embaleroit, dans un sac,
comme un paquet de linge sale ; point de chemise de sapin ; point de chandeles, une petite croix
de bois, qui fait mal au cœur ; et à peine vous régaleroient-ils, en courant, d’un misérable “de
profundis” » (Cahier des plaintes et doléances des dames de la Halle, 1789) ◪ 1866 lâcher la
rampe « V’là des insecqu’s par tourbillons,/Qui, dès qu’y sont nés, lâchent la rampe/Pis des phalèn’s, des papillons/Qui vont
s’rôtir à toutes les lampes », J. RICTUS, Les Soliloques du pauvre, 1897 • décoller le billard ◪ 1867 avaler sa cuillère
• cracher son âme • avoir la foire • ingurgiter son bilan • laisser fuir son tonneau • perdre son
bâton • épouser la camarde • éteindre son gaz « mourir. Mot à mot : s’éteindre comme un bec
de gaz » (LARCH.) « La pauvre vieille éteint son gaz… Une indigestion d’andouillettes », ABOUT • déchirer son habit •
filer son câble par le bout • plier ses chemises • restituer sa doublure • poser sa chique « moi,
billard ! », A. SCHOLL, La Foire aux artistes, 1859
cinq, six mois !… je posais ma chique !… je devais !… mutilé 75 % ! bernique !… j’ai tenu ! flutazof ! », CÉLINE, D’un château
l’autre, 1957 • casser son
crachoir • ramasser ses outils • remercier son boulanger « mourir. Mot à
mot : n’avoir plus besoin de manger du pain » (LARCH.) • moucher sa chandelle • tortiller de l’œil •
rendre sa canne au ministre • retourner son paletot • rentrer ses pouces « mourir, – dans l’argot
des étudiants en médecine, qui ont eu de fréquentes occasions de remarquer que lorsque la mort
arrive, la main du moribond se ferme toujours de la même manière, le pouce se plaçant en dedans
des autres doigts » (DELV.) • rendre sa clef • rendre son cordon • rendre son permis de chasse
• rendre son tablier • couper sa mèche • déchirer son faux col • épointer son foret • fermer
son parapluie « il a fermé son parapluie », GABIN, in Pépé le Moko, 1937 • déposer ses bouts de manche •
casser son fouet • retourner sa veste • resserrer son linge • rendre son livret • renverser son
casque • renverser sa marmite • remiser son fiacre • remercier son boucher • pousser le
boum ! du cygne « mourir, – dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des garçons de
café et de leur fatigant “boum ! pas de crème, messieurs ?” » (DELV.) • emporter ses cliques et ses
claques • mettre la table pour les asticots • déchirer son tablier • faire sa crevaison • casser sa
canne • rengainer son compliment • avaler ses baguettes ◪ 1868 lâcher la perche « Le plus
e
blakibollé, le plus inconnu pendant sa vie, devient aussitôt qu’il a lâché la perche un grand homme », Corsaire, 1868 ■ f. XIX
1872 avaler sa fourchette • filer son nœud • boire le bouillon « mourir. Allusion au dernier
bouillon que boit un noyé » (LARCH.) « Ce n’est pas la peine que vous essayiez de vous sauver, vous boirez le bouillon
comme nous », L’Éclair, 23 juin 1872 • être réguisé • frapper au monument « mourir. Mot à mot :
frapper à la porte du monument funèbre » (LARCH.). La locution est sans doute plus ancienne que
e
cette première attestation de 1872, la forme entrer au monument existant dès la fin du XVIII siècle
e
(voir plus haut) • baiser la camarde ■ d. XX tourner le coin • avaler son bulletin de naissance
e
■ m. XX aller aux fleurs popularisée par une chanson de Jacques Brel qui évoque le cimetière ;
cependant, l’image est ancienne dans la langue – on trouve mener aux fleurs, mener pendre, en
1486 : « Nous le voulons mener aux fleurs/Pour s’esbattre un petit aux champs » (in ESNAULT)
◪ 1947 la glisser l’idée est de « glisser la pente (fatale) » « Donc on peut dire que le cave est dans le sirop
depuis plus d’une heure ? – Tu crois qu’il va la glisser ? s’inquiéta Jo », A. LE BRETON, Les Pégriots, 1973 ◪ 1950 se viander
d’abord « se tuer accidentellement (1950) » puis « s’entre-tuer dans une rixe (1950) » (ESNAULT) ; a
désormais le sens bien moins inquiétant de « tomber » – même si la chute peut être mortelle !
e
e
■ m. XVI il y a remède à tout, sauf à la mort ■ XVII mourir sur le(s) coffre(s) « mourir
misérablement en suivant la cour, ou au service de quelque grand » (OUD.) • rendre les derniers
e
devoirs à un mort ■ m. XVII 1640 la danse macabée « ou plus vulgairement macabre ; la mort :
on dépeint une danse où des squelets meinent danser toutes sortes de personnes » (OUD.) • ce
sera à mon corps défendant « je ne mourray que le plus tard qu’il me sera possible » (OUD.) •
jeunesse qui veille et vieillesse qui dort, c’est signe de mort • tulipes de saint Innocent des
os de mort • c’est vaisselle d’argent, il n’y a que la façon de perdue « cecy se dit quand il meurt
un enfant à des personnes mariées qui sont encore jeunes » (OUD.) • vie de pourceau « bonne et
courte ; bonne chère et mourir bien tost » (OUD.) • aussi tôt meurt veau que vache « une jeune
personne meurt aussi tost qu’une vieille » (OUD.) • mourir comme les melons (les citrouilles), la
semence dans le corps mourir vierge • chanter le chant du cygne chanter sa fin ou sa mort •
plus l’oiseau est vieil, moins il se veut défaire de sa plume « les vieillards ne veulent point ouïr
parler de mourir » (OUD.) • il vaut mieux en terre qu’en pré « il vaudroit mieux qu’il fust mort que
vivant » (OUD.) • il en sera quitte pour un homme de son pays « il luy coustera la vie » (OUD.) •
somme d’airain la mort • faire sa fosse avec ses dents manger tant que cela fasse mourir
e
■ f. XVII 1690 telle vie, telle fin on meurt de la même manière qu’on a vécu • une nuit qui n’a
point de matin la mort • tous les renards se trouvent chez le pelletier « de là, vient un autre
proverbe qu’on dit en se quittant, “à se revoir chez le pelletier” ; quelque fin qu’on soit la mort
nous attrape et nous irons tous au même lieu » (FUR.) • la fin couronne l’œuvre « ce n’est pas
assez de bien vivre, il faut bien mourir » (FUR.) • nous mourons tous les jours « il n’y a point de
jour que nous ne fassions un pas vers la mort » (FUR.) • le chapelet se défile « quand il meurt coup
sur coup plusieurs personnes d’une même famille, ou d’une cabale » (FUR.) • demeurer pour les
gages être tué • mourir en fraude « ironiquement d’un homme qui meurt insolvable » (FUR.) • il
e
n’y a plus d’huile dans la lampe de celui qu’on voit mourir de vieillesse ■ XIX on ne meurt
e
qu’une fois ■ d. XIX omnibus de coni « corbillard (Vidocq). Mot à mot : voiture de mort » (LARCH.)
e
■ m. XIX 1842 le plus riche en mourant n’emporte qu’un linceul • la sépulture des ânes « au
Moyen Âge, ceux qui mouraient déconfits ou excommuniés étaient jetés dans les champs ou à la
voirie, comme des charognes. C’est ce qu’on appelait la “sépulture des ânes” » (QUIT.) • lorsqu’un
vieux fait l’amour, la mort court à l’entour « l’amour hâte la fin de la vie d’un vieillard. L’amour
chez le vieillard est comme le gui qui fleurit sur un arbre mort » (QUIT.) • amour et mort, rien n’est
e
e
plus fort ■ f. XIX voir Naples et mourir ■ f. XX aller au tapis expression employée par les
médecins anesthésistes lorsqu’un malade meurt sur la table d’opération – peut-être par
rapprochement avec le billard
ÊTRE MOURANT
se mourir
e
■ m. XVI être à l’article de la mort ◪ 1567 avoir la mort entre les dents « Jà ce bon prince avoit la
e
mort entre les dents/Qui tost devoit trancher le filet de ses ans », Le Trophée d’Anthoine de Croy, 1567 ■ XVII être à la
e
dernière extrémité • à (sur) son lit de mort ■ m. XVII faire son paquet faire son testament
◪ 1640 avoir été à la porte du paradis bien près de mourir • il a un pied dans la fosse « il est fort
vieil, il est près de mourir » (OUD.) • il a été jusqu’à la porte près de mourir • secouer le jarret •
être au lit de la mort • sa vie ne tient qu’à un petit filet elle est en extrême danger • au dernier
soupir en mourant • tirer à la fin • raidir le jarret • être aux derniers abois • s’en aller au grand
e
galop ■ f. XVII sentir le sapin ◪ 1690 il est revenu d’un grand voyage agonisant revenu en santé
• il est revenu de loin idem • avoir la mort (l’âme) sur les lèvres • être réduit aux abois (de la
mort) • il va faire un grand voyage (un voyage sans retour) • être à deux doigts de la mort
e
■ XVIII toucher le bout de la carrière « Sauve-toi, lui a dit Baudet effrayé de ce coup ; tu peux vivre encore ; pour
e
moi, je touche le bout de la carrière », RÉTIF, Le Paysan perverti, 1782 ■ XIX recommander son âme à Dieu • filer
e
un mauvais coton « être malade et sur le point de mourir » (DELV.) ■ m. XIX avoir son affaire
« avoir son compte, soit dans un duel, soit dans un souper, – être presque tué ou presque gris.
Argot du peuple » (DELV.) ◪ 1842 sa vie ne tient qu’à un fil • graisser ses bottes recevoir
l’extrême-onction, se préparer à mourir ◪ 1867 se tenir à quarante sous avec son croque-mort
« se débattre dans l’agonie, ne pas vouloir mourir » (DELV.) • chasser les mouches « être à
l’agonie, – dans l’argot des infirmiers, qui ont remarqué les gestes incessants par lesquels les
moribonds semblent vouloir éloigner d’eux des insectes invisibles et peut-être voltigeant en effet
autour d’eux, leur proie de tout à l’heure » (DELV.) • en être à la paille « être à l’agonie, – dans
l’argot des faubouriens, qui font allusion à la paille que l’on étale dans la rue devant la maison où il
y a un malade » (DELV.) • faire ses petits paquets « être à l’agonie, – dans l’argot des infirmiers, qui
ont remarqué que les malades ramassent leurs draps, les ramènent vers eux instinctivement, à
mesure que le froid de la mort les gagne » (DELV.) • être flambé • recevoir son paquet « être
e
abandonné par un médecin, ou extrême-onctionné par un prêtre » (DELV.) ■ f. XIX ses jours sont
comptés ◪ 1894 être à cras « être à toute extrémité. Le marchand, quand il va déposer son bilan,
l’homme quand il va mourir, sont à cras » (LYON)
e
■ m. XVII 1640 il mourrait plutôt un bon chien de berger « un honneste homme mourroit
plustost, qu’un coquin ou meschant, cela se dit, lors qu’on a peur qu’une personne meure dont il
e
ne faut pas faire grand estat » (OUD.) ■ XIX tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir
ÊTRE MORT
décédé, défunt, cadavre, macchabée
e
■ XV partir (sortir) les pieds devant « Par la mort bieu, beau pere, vous ne saulterez a jamais d’icy sinon les
e
piez devant, se vous ne confessez verité », Cent Nouvelles Nouvelles, 1467 ■ f. XVI les dents ne lui font plus mal •
être troussé en malle « lorsqu’une maladie a peu duré, qu’il est mort en peu de temps » (FUR.) « s’il
n’eust trouvé le gué des rivières qu’il luy convint passer à commandement il estoit troussé en malle », Le Réveille-matin des
e
e
■ d. XVII dépouille mortelle cadavre ◪ 1611 être au royaume des taupes ■ m. XVII
1633 tirez le rideau, la farce est jouée la personne est morte « Finis coronat opus, comme dit le docteur ; la
François…, 1574
1640 raide mort tout à
fait mort • s’en être allé comme une chandelle être mort fort doucement • être guéri de tous
maux • il est allé marquer les logis • n’avoir plus besoin de mire être mort. « Icy mire signifie
médecin » (OUD.) • être au pays de par-delà en l’autre monde • il ne mangera plus de pain • y
avoir laissé ses chausses • c’est fait de lui • il a fait son cimetière en ce lieu-là • y avoir laissé ses
e
bottes ◪ 1643 ne bouger ni pied ni patte ■ f. XVII 1690 être en plomb il est mort, dans un
e
cercueil en plomb • y avoir laissé les grègues • avoir acheté un office de trépassé ■ m. XIX 1867
manger des pissenlits par la racine • manger des fraises par la racine « Celle-là est morte et, depuis
longtemps, en train de manger des fraises par la racine », DELVAU, Les Lions du jour, 1867 • taper dans le sap « être
mort et enterré, – dormir du dernier somme » (DELV.). Sap : apocope de sapin, cercueil • être dans
le sixième dessous « être ruiné, ou mort, – forme explétive de “troisième dessous”, qui est la
dernière cave pratiquée sous les planches de l’Opéra pour en receler les machines » (DELV.)
e
■ f. XIX être entre quatre planches ◪ 1872 être dans le trou être enterré ◪ 1889 six pieds sous
terre mort et enterré « La Carcasse. – C’est pas la peine de te démener tant que ça, va, je te l’enlèverai pas, ton vieux !
fin couronne les taupes. Tirez le rideau, la farce est jouée », La Comédie des proverbes, 1633 ◪
Non, mais j’vous demande un peu si ça serait pas mieux à six pieds sous terre, en train de manger du pissenlit par la racine ! »
O. MÉTÉNIER, La Casserole, 1889 ◪
1894 manger les salades par le trognon • labourer du dos reposer au
cimetière
e
■ f. XV vouloir être cent pieds sous terre souhaiter être mort et enterré, par honte ou par
e
désespoir ■ m. XVI 1538 morte la bête, mort le venin le méchant ne peut plus nuire après sa mort
e
e
■ XVII rendre les derniers devoirs à un mort ■ m. XVII 1640 il est tout prêt à revenir il y a
longtemps qu’il est mort • eau bénite des passants « des pierres que les passans jettent sur un
corps enterré auprès d’un grand chemin » (OUD.) être mort de la mort Roland mort de soif • nous
mangerons du boudin, la grosse bête est par terre « cela se dit vulgairement lors que celuy qui
e
nous nuisoit est mort » (OUD.) • une prise de corps par métaphore, un enterrement ■ f. XVII les
morts ont tort « pour dire que, lorsqu’un homme est mort, on rejette sur lui la faute de beaucoup
de choses ; qu’on excuse volontiers les vivants aux dépens des morts » (QUIT.) ◪ 1690 étron de
chien et marc d’argent seront tout un au jour du jugement on ne fera point cas des richesses
après la mort • la levée du corps • deuil joyeux « d’une personne morte qu’on n’aime guère ou
dont on hérite beaucoup » (FUR.) • il y a longtemps qu’il est sec « à celui qui croit qu’un homme
e
est en vie, quoiqu’il soit mort » (FUR.) ■ XIX paix à ses cendres pour honorer la mémoire d’un
e
mort ; quelquefois utilisé ironiquement, avec le sens de bon débarras ! ■ m. XIX 1842 l’honneur
fleurit sur la fosse c’est surtout après la mort d’un homme que son mérite est reconnu et honoré
◪ 1866 bonsoir la compagnie ! « Je me penche un peu, plein d’angoisses : Fantasio est sauvé ! Je m’en réjouis
d’abord, puis je trouve mauvais qu’il n’essaie pas de me tendre la perche. À moins d’un miracle, je ne m’en tirerai pas. Bonsoir
la compagnie ! », A DELVAU, Du pont des Arts…, 1866
• boîte à dominos « cercueil, dans l’argot des
faubouriens » (DELV.). Les dominos sont les os « Toi, à vingt-cinq ans, tu seras dans la grande boîte à dominos », Le
Petit Journal, 1866 ◪ 1867 étui à lorgnette « cercueil, dans l’argot des voyous » (DELV.) • toile
e
e
d’emballage linceul ■ f. XIX ni fleurs ni couronnes ◪ 1883 boîte à violon cercueil ■ d. XX
costume en sapin cercueil – ceux des pauvres étant faits de planches de sapin, et non de chêne
e
e
■ m. XX canadienne en sapin cercueil ■ f. XX casser un malade s’emploie dans les hôpitaux pour
dire que le malade est mort pendant le traitement
CIMETIÈRE
tombe, sépulture, nécropole
e
e
■ m. XVII 1640 le grand saloir « le cimetière » (OUD.) ■ XIX la dernière demeure le tombeau,
la sépulture ; conduire quelqu’un à sa dernière demeure est l’euphémisme d’usage courant pour
e
« assister à son enterrement » ■ m. XIX 1867 camp des six bornes « endroit du cimetière où les
marbriers font leur sieste aux jours de grande chaleur » (DELV.) • le jardin des claqués le cimetière
des hospices • champ de navets évoque plus particulièrement un cimetière rural situé à
e
l’extrémité du village • champ d’oignons • la boîte aux claqués la morgue ■ d. XX le boulevard
des allongés variante citadine du « champ de navets »
SE SUICIDER
se supprimer, se détruire
e
e
■ m. XVII 1640 se défaire soi-même ■ d. XIX se brûler la cervelle • se faire sauter la cervelle
« Un beau jour, il se trouva aux trois quarts ruiné, avec des billets, des engagements considérables auxquels il ne put faire face.
Un geste, et sa famille serait venue à son secours ; un reste de pudeur le retint et il se fit tranquillement sauter la cervelle »,
VIBERT, Pour lire en automobile, 1901
■ m.
e
XIX
1867 se faire sauter le système se brûler la cervelle • se
crever le plafond idem • se signer des orteils « se pendre ou être pendu, – dans l’argot du peuple,
qui fait allusion aux derniers tressaillements des suicidés ou des condamnés » (DELV.) • se faire
sauter le caisson « se brûler la cervelle » (DELV.) « Mais qu’est-ce que ça peut bien foutre à Rothchild que des
milliers de pauvres diables se ruinent, tombent dans la mistoufle, qu’ils se fassent sauter le caisson de découragement, que la
• prendre un bouillon d’onze heures
■ d. XX mettre fin à ses jours ■ f. XX se foutre en l’air se suicider, soit brutalement, soit à petit
feu, en ingurgitant à forte dose diverses substances nocives
e
■ m. XIX 1867 broyeur de noir en chambre « personne qui se suicide à domicile » (DELV.) •
trouver un cheveu à la vie la prendre en dégoût et songer au suicide
femme et les enfants n’aient rien à boulotter », Le Père Peinard, 1889
e
e
RÈGLES
menstrues
e
e
■ XVI avoir son cardinal à cause de la couleur rouge ■ m. XVII 1640 les males semaines • elle
a ses brouilleries « cette femme a ses fleurs, ses mois » (OUD.) • le fourrier de la lune a marqué le
logis • son calendrier est rubriqué • les drogues d’une femme « les fleurs, les menstrues » (OUD.)
• la lune est sur bourbon • elle est malade • le catimini « mot fait à plaisir, les fleurs ou mois de
la femme » (OUD.) • la pluie des mois « les fleurs d’une femme » (OUD.) • le cardinal est logé à la
e
e
e
e
motte ■ f. XVII 1688 avoir les cardinaux ■ XIX avoir ses ours ■ d. XIX avoir ses affaires ■ m. XIX
1832 les Anglais ont débarqué par allusion aux uniformes rouges des troupes anglaises
d’occupation à Paris de 1815 à 1820. La métaphore s’est bien maintenue dans l’époque actuelle
parce qu’elle évoque génialement, selon la remarque de J. CELLARD (Dictionnaire du français non
conventionnel), à la fois les notions d’ennemi gênant, de soudaineté, et même de flot « Enhardi par le
vin que j’avais bu, je bravai cette fois ses prières et ses larmes, je bravai bien plus, je bravai les Anglais qui étaient débarqués, et
je fus vainqueur. Mais je ne pus reconnaître parmi tant de sang s’il s’en mêlait quelque goutte de virginal », É. DEBRAUX,
◪ 1867 voir Sophie l’origine de l’expression n’est pas claire ; toutefois, en argot, une
Sophie est une « prostituée qui fait la prude », et faire sa Sophie veut dire « faire des manières ».
On peut alors supposer que voir Sophie signifiait ne pas avoir de relations sexuelles à cause de la
période de règles • casser la gueule à son porteur d’eau « avoir ses menses » (DELV.) • écraser
des tomates • nos voisins viennent • avoir ses Anglais expression parallèle à les Anglais ont
débarqué, probablement issue d’elle ; elle s’est moins bien maintenue dans le langage
contemporain une fois oubliée sa double motivation : le rouge et l’anglophobie courante au
e
XIX siècle « un ruisseau d’lait,/Mais qu’a tourné, qui s’a aigri,/Comm’ le lait tourn’ dans eun’ crém’rie/Quand la crémière a
ses Anglais ! », J. RICTUS, Les Soliloques du pauvre, 1897 • fleurs rouges
Mayeux, 1832
e
e
■ m. XVII 1640 la lune est en decours, les femmes sont folles ■ m. XX les balancelles à lapin
expression de la région du Havre, désignant les « serviettes hygiéniques » – rémanence du conil
dans le langage
ENCEINTE
ENCEINTE
grossesse, prégnante
e
e
■ f. XVI le lait a caillé • la maladie de neuf mois la grossesse ■ d. XVII faire un enfant à crédit
avant d’être marié « Toute fille qui aura fait un enfant à crédit sera dotée par la ville », BÉROALDE DE VERVILLE • être à
e
quatre pieds ■ m. XVII 1640 il a trouvé besogne faite « que la femme qu’il a espousée estoit déjà
grosse » (OUD.) • elle ressemble ma bourse, elle s’est laissé fouiller « cecy se dit d’une fille qui
s’est laissé emplir le ventre » (OUD.) • elle en tient • la grange est pleine • la grange est pleine
avant la moisson « elle est grosse avant que d’estre mariée » (OUD.) • le mal de neuf mois la
grossesse • quatre pieds en deux souliers • elle a été mordue d’un serpent, le venin lui a enflé
le ventre • les petits pieds lui font mal « elle est enceinte, et pour ce sujet elle a des maux de
cœur » (OUD.) • femme empêchée • manger pour deux « cela se dit d’une femme grosse » (OUD.)
• sa jupe commence à hausser • elle a bu à la bouteille, le bouchon lui est demeuré dans le
e
corps • elle a le ventre relevé en bosse ■ f. XVII 1690 troubler le lait à une nourrice l’engrosser •
son tablier se lève « d’une fille quand elle ne peut plus cacher sa grossesse » (FUR.) • elle en a
e
pour ses neuf mois fille qui s’est laissé engrosser ■ m. XVIII 1739 être logée chez la veuve J’en
Tenons « Et si ! mon enfant, tu dis toujours la même turlure. Eh bien, tu es logée chez la veuve J’en Tenons ? Voyez le grand
malheur ! Si toutes les filles se pendoient pour ça, vraiment, il n’y auroit pas tant de femmes mariées », Les Écosseuses, 1739
e
■ m. XIX 1867 avoir avalé le pépin « être enceinte, – par allusion à la fameuse pomme dans
laquelle on prétend que notre mère Ève a mordu » (DELV.) • se gâter la taille • avoir un
polichinelle dans le tiroir « il n’y a pas plus putains que ces garces-là ; ce qu’elles doivent ramasser dans leurs tiroirs, de
polichinelles à 36 pères, on peut s’en faire une doutance ! », Le Père Peinard, 1893 • avoir le sac plein • tomber sur
le dos et se faire une bosse au ventre « se dit d’une jeune fille qui, comme Ève, a mordu dans la
e
fatale pomme, et, comme elle, en a eu une indigestion de neuf mois » (DELV.) ■ f. XIX enceinte
jusqu’aux yeux prête à accoucher • avoir le ballon ◪ 1872 situation intéressante grossesse
◪ 1883 avoir un fédéré dans la casemate ◪ 1888 gonfler son ballon ◪ 1894 mettre au levain
devenir enceinte • le rouleau de devant grossit, elle va d’abord rendre se dit d’une femme près
e
d’accoucher ■ d. XX être en cloque
e
■ f. XVI prendre (à crédit) un pain sur la fournée « faire un enfant à une fille avant la
e
célébration du mariage » (FUR.) ■ m. XVII 1640 renouveler le lait « engrosser une femme qui a
longtemps donné le tétin » (OUD.) • envie de femme grosse volonté de manger quelque chose •
elle s’est jouée au maître « le maistre l’a engrossée » (OUD.) • il y en a encore un sur le métier la
e
mère est encore enceinte ■ m. XIX 1867 faire lever le tablier engrosser une fille ou une femme
e
■ m. XX faire un enfant dans le dos tomber enceinte volontairement, malgré le désaccord du
« père » pour avoir un enfant ; il semble que ce sens de l’expression soit apparu après celui de
« tromperie »
NAISSANCE
■ f.
XVI
e
emprunter un pain sur la fournée avoir un enfant d’une femme avant de l’avoir
e
e
épousée ■ XVII être du côté gauche bâtard ■ m. XVII 1640 donner le tétin allaiter un enfant • un
coup de hasard un bâtard • il en est sorti des éclats « elle a eu des enfans de cet amour ou
embrassemens » (OUD.)
e
e
■ m. XVI s’il vit, il aura de l’âge ■ m. XVII 1640 une fille qui a fillé qui a eu des enfants • vous
n’avez pas perdu votre temps « cela se dit à une personne qui a quantité d’enfans » (OUD.) • une
truie à pauvre homme « une femme qui fait quantité d’enfans » (OUD.) • il a fermé la porte d’un
enfant qui est venu le dernier • être de la confrérie du pot au lait avoir de petits enfants • le cul
clos « le dernier enfant ; ou le dernier petit d’un animal » (OUD.)
ACCOUCHER
enfanter, engendrer, pondre
e
e
■ XVI être en mal d’enfant en train d’accoucher ■ m. XVII 1640 avaler ses chausses • elle ne
compte plus les jours « cette femme accouche, ou est sur le point d’accoucher » (OUD.) • crier les
petits pâtés « femme en travail d’enfant, qui crie bien haut, qu’elle souffre beaucoup » (FUR.) • se
mettre en deux • être en travail d’enfant « près d’accoucher, sentir les douleurs de
l’accouchement » (OUD.) • arriver à terme « accoucher au bout du temps des neuf mois » (OUD.) •
elle ne fait que secouer le jarret elle accouche avec facilité • délivrer d’un enfant • se décharger
accoucher avant terme • faire des pieds neufs « accoucher d’un enfant, – dans l’argot du peuple,
er
e
qui se souvient, sans l’avoir lu, du livre I , chap. VI, de Gargantua » (DELV.) • pisser des os ■ f. XVII
e
e
1690 faire un pet à vingt ongles ■ m. XIX 1867 pisser sa côtelette ■ m. XX accoucher sans
douleur avec l’aide de produits médicaux qui limitent la douleur
e
■ m. XVII 1640 il faut crier largesse, la femme de notre voisin est accouchée « cette allusion
e
s’explique de soy mesme » (OUD.) ■ m. XIX 1842 servez M. Godard, sa femme est en couches !
s’appliquant « à un homme à qui un enfant vient de naître, c’est une formule de félicitation
équivalant à un “Gloria patri”, une exclamation d’amical et joyeux enthousiasme en faveur de la
paternité » (QUIT.)
AVORTER
e
■ m. XVII 1640 casser son œuf faire une fausse couche • notre poule a cassé ses œufs « cela
e
se dit quand une femme grosse se blesse, et accouche avant terme » (OUD.) ■ m. XIX 1867 faire
couler un enfant • décrocher un enfant • se faire décrocher
e
■ d. XX faiseuse d’anges avorteuse
VUE
vision, regard
e
■ XVI œil de chat « qui se dit à raison que l’on voit de nuit, ainsi que font les chats » (PARÉ, in
e
e
LITTRÉ) ■ m. XVII 1640 avoir bonne vue ■ XVIII des yeux de lynx le lynx n’a pas une vue
particulièrement perçante, cette réputation lui vient de la confusion avec l’Argonaute Lyncée,
dont la vue était si aiguë qu’il pouvait voir à travers une planche « Le père Mathieu, leur chef, avait des yeux
de lynx, et une telle habitude des hommes, qu’à la première vue il s’apercevait si l’on avait dessein de le tromper », VIDOCQ,
e
e
■ d. XVIII 1721 de visu ■ m. XIX 1867 avoir l’œil américain « voir très clair là où les
autres voient trouble, – dans l’argot du peuple, qui a peut-être voulu faire allusion aux romans de
Cooper et rappeler les excellents yeux de Bas-de-Cuir, qui aurait vu l’herbe pousser » (DELV.)
e
e
■ f. XIX 1894 regard à couper un clou regard qui manque d’amabilité ■ f. XX regard à couper au
couteau regard noir, par attraction de brouillard à couper au couteau, très épais, et à cause de la
menace contenue dans couteau
e
■ m. XVII 1640 être en place marchande « être en un lieu où on ne peut manquer d’être vu.
L’origine de ce proverbe vient des marchands, qui ne manquent guère de se trouver à l’heure sur la
place du change, afin de se faire voir aux autres et éviter le soupçon d’une prochaine
banqueroute » (FUR.) • je suis encore à en voir la première pièce je n’en ai encore rien vu • de la
Mémoires, 1828
e
couleur de M. de Vendôme invisible • avoir vu le loup l’ennemi ■ XIX danser devant les yeux
quand il nous semble voir, en mouvement devant nous, le souvenir de mots ou d’un visage
« Seulement, à cet instant, la dernière lettre de ma marraine où une fois de plus elle me parlait, au nom de ma mère, de mon
e
■ m. XIX 1842 le mal de l’œil, il
faut le panser avec le coude « il n’est guère possible de porter le coude à l’œil. De là ce proverbe
qui s’explique par cet autre : “Qui veut guérir ses yeux, doit s’attacher les mains” » (QUIT.)
indignité, se mit à danser devant mes yeux », J. BLANC, Joyeux, fais ton fourbi, 1947
REGARDER
mater
e
e
■ XVI jeter les yeux sur « Tout le monde jette incontinent les yeux sur Aristide », AMYOT, in LITTRÉ ■ f. XVI
regarder entre (les) deux yeux « regarder quelqu’un attentivement « et avec avidité » (FUR.)
e
regarder au nez regarder une personne effrontément, la dévisager ■ m. XVII 1640 suivre de l’œil
« regarder où une personne va, ne la point abandonner de la veue » (OUD.) • choisir de l’œil
regarder avec dessein • jeter l’œil • guigner une personne « la regarder de travers, ou du coin de
l’œil » (OUD.) • se mettre à la fenêtre « s’advancer pour regarder dehors par la fenestre » (OUD.) •
manger une personne à force de la regarder la regarder avec grande attention • avoir chaussé
ses lunettes de travers avoir mal regardé • regarder du coin de l’œil de côté • chaussez bien vos
e
lunettes « regardez attentivement, et avec soing » (OUD.) ■ f. XVII 1690 ouvrir des yeux grands
comme des salières idem • dévorer (couver) des yeux « regarder attentivement une personne
pour qui on a de la tendresse ou de la jalousie lorsqu’on ne lève pas les yeux de sur elle » (FUR.)
e
■ m. XIX ouvrir les quinquets ◪ 1865 ouvrir les yeux comme des portes cochères regarder les
yeux grands ouverts, par curiosité, étonnement, effronterie, etc. « c’est égal, il y a de la ressemblance dans
le profil… dans les yeux. – Dans les yeux ? Y penses-tu, celle-ci ouvre les yeux comme des portes cochères, et c’est à peine si la
marquise entr’ouvre les siens. Ah ! en voilà une ressemblance que je n’aurais jamais trouvée ! », P.
DE KOCK,
Une grappe de
◪ 1867 allumer ses quinquets regarder avec attention • allumer son gaz idem •
allumer le miston regarder quelqu’un sous le nez • allumer ses clairs regarder avec attention
e
■ f. XIX 1872 balancer ses châsses regarder à droite et à gauche ◪ 1883 se rincer l’œil regarder
complaisamment quelque chose ou quelqu’un « Depuis notre arrivée, vous n’avez cessé de vous rincer l’œil de
groseille, 1865
e
■ m. XX se payer un jeton abréviation de prendre un jeton de
mate (mater : regarder avec insistance, si possible sans être vu) « Tout en servant ses pâtisseries ou ses
toutes ces créatures éhontées… », CHAVETTE
toasts beurrés […] Monsieur Hermès se payait un jeton », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
e
■ m. XVII 1640 vous ai-je vendu des pois qui cuisent mal ? « cecy se dit à une personne qui
e
nous regarde de travers » (OUD.) ■ f. XIX ne pas avoir les yeux dans sa poche être
particulièrement vif, au point que rien n’échappe. Il s’agit peut-être, à l’origine, d’une plaisanterie
e
sur les lunettes – plaisanterie déjà en usage au XVII . Cf. « Œil, se dit aussi des lunettes qui facilitent
les actions de la veüe. Ce vieillard a laissé ses yeux à la maison, il a coustume d’avoir ses yeux
dans sa poche » (FUR.)
MAUVAISE VUE
myope, astigmate, hypermétrope
■
XIII
e
n’y voir goutte négation de l’ancienne langue (comme point, pas ou miette)
e
e
e
particulièrement usuelle au XV siècle ■ m. XVI avoir la vue courte ■ XVII vous avez la berlue
e
« vous ne voyez pas clair, vous vous abusez » (OUD.) ■ m. XVII 1640 n’avoir pas mis ses besicles
« quelqu’un qui se trompe au jugement de quelque chose soit corporellement soit
spirituellement » (FUR.) • il a été au trépassement d’un chat « il a la veue trouble ; il a trop beu,
ou bien il ne voit pas bien clair » (OUD.) • avoir les yeux riants comme une truie brûlée « le regard
ou la veüe fort mauvaise » (OUD.) • avoir la visière mal faite • chausser ses lunettes pour bien
e
voir ■ f. XVII 1690 ne pas voir plus loin que le bout de son nez avoir la vue courte • ne voir ni ciel
e
ni terre n’y voir goutte ■ XIX être myope comme une taupe • avoir une paille dans l’œil un
trouble de la vue « TOUPET (sortant du billard) : C’est étonnant !… je n’ai pas gagné la queue… je me suis même blouzé
e
■ m. XIX 1867 avoir la
vue gogotte « avoir de mauvais yeux, n’y pas voir clair, ou ne pas voir de loin » (DELV.)
e
■ m. XVII 1640 quand on prend lunettes, adieu fillettes « qu’un homme qui se sert de
lunettes n’a plus gueres de vigueur » (OUD.) • il est fin, il regarde de près « allusion du vulgaire,
e
pour dire qu’une personne a la veue courte » (OUD.) ■ f. XVII 1690 avoir le trelu « populaire, qui ne
se dit qu’en cette phrase ; voir une chose autrement qu’elle n’est, avoir la vue trouble. Ce mot
vient du vieux mot français treluire : voir imparfaitement quelque chose par le moyen de quelque
deux fois… il faut que j’aie une paille dans l’œil ! », P.
DE KOCK,
Le Pompier et l’Écaillère, 1837
petit éclat de lumière » (FUR.) ■ m.
e
XIX
carreau (de vitre) monocle
« M. Toupard, cinquante-deux ans,
petite veste anglaise, chapeau capsule, un carreau dans l’œil », Mémoires d’une dame du monde
, 1860 • œil de verre
lorgnon « Ces mirliflors aux escarpins vernis, aux yeux de verre », FESTEAU ◪ 1844 quatre yeux yeux doublés de
lunettes « Voyez donc ce grand escogriffe avec ses quatre-s’yeux », Catéchisme poissard, 1844
STRABISME
louche, bigle
e
■ m. XVII 1640 vendre des guignes en tout temps « estre lousches, par allusion de guigner »
e
(OUD.) ■ d. XIX châsses à l’estorgue « yeux louches (VIDOCQ). Du vieux mot estor : duel, conflit. Des
e
yeux louches, comme on dit dans le peuple, “se battent en duel” » (LARCH.) ■ m. XIX 1842 regarder
en Picardie pour voir si la Champagne brûle « nous disons aussi : “Tourner un œil en Normandie
et l’autre en Picardie” » (QUIT.) ◪ 1867 boiter des châsses « être affecté de strabisme » (DELV.)
• châsses d’occase « yeux louches. Mot à mot : yeux mal assortis, achetés “d’occasion” » (LARCH.)
e
e
■ f. XIX 1872 se battre en duel ◪ 1878 avoir un œil qui dit merde à l’autre ■ d. XX avoir les yeux
e
qui se croisent les bras ■ m. XX avoir une coquetterie dans l’œil avoir un léger strabisme,
presque imperceptible
BORGNE
e
e
■ XVI qui n’a qu’un œil bien le garde ■ m. XIX 1867 boiter des châsses « être borgne » (DELV.)
e
■ f. XIX 1872 tape à l’œil « borgne. Il ferme ou tape un œil » (LARCH.)
AVEUGLE
cécité, non-voyant
e
■ d. XVII 1612 aveugle comme une taupe « je devins muet comme une carpe, aveugle comme une taupe »,
e
Voyage de M. Guillaume en l’autre monde…, 1612 ■ m. XVII 1640 être de la confrérie des Quinze-Vingts • il
a joué son luminaire « il ne voit goutte. Le vulgaire le dit plus salement » (OUD.) • ne voir goutte
e
ne voir point ■ f. XVII 1690 avoir usé (perdu) son luminaire « avoir perdu la vue par excès d’étude
e
ou de débauche » (FUR.) ■ m. XIX 1842 borgne de Provence
e
■ m. XIX 1842 au pays des aveugles les borgnes sont rois
ACTIVITÉS CORPORELLES
GESTUELLE
Gestes
Postures
Grimaces
Démarche
MARCHER
Déambuler
Flâner
S’égarer
Courir
TOMBER
FUIR
Poursuivre
PARTIR
ARRIVER
FAIM
Pénurie
Jeûne, privation
LA TABLE
Les repas
Les ingrédients
LES METS
Soupe
Sucre
La cuisine
Le couvert
Viande
Pain
Fromage
Pâtisserie
MANGER
RIPAILLE
Manger vite
Être repu
Gloutonnerie
Le goinfre
Gourmandise
SOIF
BOIRE
Boire quelque chose
Boire en société
Les boissons
IVROGNERIE
IVRESSE
Les ivrognes
Se saouler
Être ivre
Gueule de bois
VOMIR
CRACHER
Postillonner
CHIER
Colique
Constipation
La merde
PISSER
PÉTER
ROTER
PUER
Mauvaise haleine
CHAUD
Suer
AVOIR FROID
Se chauffer
DROGUES
Fumer
DORMIR
Ronfler
Avoir sommeil
Se coucher
Se lever
Les couches
Insomnies
GESTUELLE
gesticulation, pantomime, contorsion, hochement
e
e
■ d. XVII remuer le panier aux crottes danser ■ m. XVII 1640 faire lever le cul « faire sortir
une personne de son lict, ou de dessus sa chaire » (OUD.) • remuer le pot aux crottes « dancer,
remuer les fesses » (OUD.) • remuer le sac à bran danser • à cul nu le cul contre terre • faire lever
le siège « par métaphore, faire sortir ou lever une personne de sa place, ou de dessus son siège »
(OUD.) • à la rangette l’un après l’autre. « On ne le dit guère que des écoliers à qui on donne le
e
fouet à la rangette quand ils ont tous failli » (FUR.) • hausser le cul se lever ■ f. XVII 1690 sauter
comme un crapaud pas bien • à la queue leu leu « les enfants ont un jeu qui s’appelle à la queue
leu leu quand ils se tiennent l’un l’autre par la robe en marchant. Leu signifiait autrefois loup,
comme s’ils imitaient les loups, qui marchent ainsi à la suite l’un de l’autre » (FUR.) • aller queue à
queue comme les loups « s’entresuivre, arriver l’un après l’autre ; à la file, à la suite l’un de
l’autre. Il est venu demi-douzaine de personnes queue à queue me demander à dîner : l’un après
e
l’autre » (FUR.) ■ d. XIX saut de carpe rétablissement sur les pieds à partir de la position couchée
« D’un coup de reins, que les spécialistes appellent saut de carpe, il fut debout », J. BLANC, Joyeux, fais ton fourbi, 1947
e
■ m. XIX à la file indienne « D’autres se casent tous les jours, tant bien que mal, aux frais des contribuables. Ils arrivent
en file indienne, nombreux et avides, pareils aux animaux sortant de l’arche de Noé », G. DARIEN, L’Épaulette, 1900 ◪ 1867
faire cabriolet « se traîner sur le cul, comme les chiens lorsqu’ils veulent se torcher » (DELV.) •
e
astiquer ses flûtes danser • tomber en frime se rencontrer nez à nez avec quelqu’un ■ f. XIX
monter en chandelle à la verticale • sauter comme un cabri ◪ 1881 cavalier seul « danse plus ou
moins échevelée qu’on exécute seul, dans un quadrille, en face des trois autres personnes qui
complètent la figure » (DICT. LANGUE VERTE) « Peu à peu, elle se laissa aller à exécuter un étourdissant cavalier seul »,
La Vie parisienne, 1881 ◪ 1894 aller en chaîne d’oignons « aller à la suite les uns des autres, comme les
e
canes qui vont en champ » (LYON) ■ m. XX prendre en écharpe par le côté, en travers
e
■ m. XVII 1640 sisez vous sont sept « allusion de six et vous à sisez, vulgaire, au lieu de dire,
seez ou asseez vous » (OUD.) • il est aujourd’hui Saint-Lambert, qui sort de sa place il la perd
« cela se dit en se mettant à la place d’un qui se lève de dessus sa chaire » (OUD.) • tournez de
peur qu’il ne brûle « tournez vous vistement, raillerie vulgaire » (OUD.) • haut le gigot haussez la
e
jambe ■ d. XIX monter à poil(s) sans selle « L’âne est grand et fort ; il n’a point de selle ; le nouveau propriétaire
e
est obligé de le monter à poil », P. DE KOCK, La Maison blanche, 1828 ■ m. XIX tirer sa coupe nager « Rodolphe, qui
nageait comme une truite […], se prit à tirer sa coupe avec toute la pureté imaginable », T. GAUTIER
GESTES
mouvements
e
■ m. XVI prendre son escousse « reculer de quelques pas en arrière pour sauter plus loin en
avant » (DELV.). Escousse : élan « Il se reculla ung bien peu en arrière et print son escousse si bien qu’il saulta tout
e
e
oultre la mer à joinctz piedz », Les Chroniques gargantuines, v. 1535 ■ f. XVI faire hon hocher la tête ■ XVII
e
hausser les épaules on a dit précédemment haulser l’espaulle a mode de Lombars (XIV ) puis
hausser les épaules à l’italienne (1587) – il semble donc que ce geste d’impatience ou d’orgueil soit
venu d’Italie « LA MARIÉE : Mais comment s’fait-il donc qu’il y avoit tant de monde là autour de son confessional ? – LA MÈRE
DUCHESNE (en haussant les épaules) : Et tu t’laisse attrapper comm’ les autres, par c’te mille gueuse d’hypocrisie là ! », Grand
e
■ m. XVII 1640 faire le cul de poule « joindre toutes les pointes des
doigts ensemble en fermant la main » (OUD.) • cacher les saints « couvrir sa gorge ou ses tétons,
qui se dit des filles » (OUD.) • tirer saint Martin par l’épaule ôter le manteau • sommes-nous en
carême pour cacher les saints « cela se dit des filles qui cachent leurs gorges » (OUD.) • il a fait
quelque faux serment « cela se dit lors que la main tremble à une personne et principalement en
tenant un verre » (OUD.) • donner (pousser) du coude avertir une personne • quitter le manteau
« le mettre bas, l’oster de dessus ses espaules » (OUD.) • renverser la médaille montrer le derrière
e
• emboucher une trompette la mettre à la bouche pour sonner ■ f. XVII hocher la tête « d’un
mouvement de tête qu’on lève en haut et dédaigneusement, pour montrer qu’on ne se soucie
guère de quelqu’un. On a beau lui donner de sages instructions, il n’en fait que hocher la tête »
e
(FUR.) ■ f. XVIII étendre ses gigots « étendre ses jambes, les allonger d’une manière peu décente »
e
(DHAUTEL) ■ m. XIX 1867 coquer la camouffle présenter la chandelle • décrocher ses tableaux
« opérer des fouilles dans ses propres narines et en extraire les mucosités sèches qui peuvent s’y
e
trouver » (DELV.) ■ f. XIX 1881 tailler une basane geste obscène de dérision, par allusion à la
basane des fonds de culotte. « En faisant le geste de se taper la cuisse vers l’aine » (ESNAULT) « “C’est
Jugement de la mère Duchesne, 1792
pas d’aujourd’hui qu’t’es cocu ;/gn’y a qu’maint’nant qu’tu t’en aperçois,/ben… c’est arrivé à des Rois,/et pis j’t’emmerde et
◪ 1894 faire cinq sous
« une bonne mère : “Allons, petit cayon, essuie le raisiné de ta menotte et fais cinq sous à la
dame !”, c’est-à-dire touche-lui la main. Curieuse locution qui doit avoir quelque lien de parenté
avec la légende du Juif-Errant, qui en donnant cinq sous donnait tout ce qu’il possédait » (LYON)
e
e
■ d. XX opiner du bonnet faire « oui » de la tête ; par extension du sens ancien ■ m. XX faire un
bras d’honneur « MARIE-ANGE : Ma mort je l’emmerde ! – PIERROT : Je lui fais un bras d’honneur ! – JEAN-CLAUDE : Tiens !
pis… touch’-moi !” Et là d’ssus, a m’taille eun’basane ! », J. RICTUS, Le Cœur populaire, v. 1900
salope ! carre-toi ça dans l’oignon ! », B. BLIER, Les Valseuses, 1972
e
■ m. XVII 1640 ne tirez rien, je payerai pour vous « cela se dit à un homme qui a la main dans
e
ses chausses, et se gratte » (OUD.) ■ f. XVII 1690 mettre pavillon bas « à table quand on ôte son
chapeau pour boire à la santé d’une personne qu’on estime et révère, comme celle du roi, d’une
maîtresse » (FUR.) • l’amour passe le gant « lorsqu’on touche la main de quelqu’un à l’improviste,
sans qu’il ait le loisir de la présenter nue » (FUR.) • faire la patte de velours chat qui met ses griffes
e
en dedans ■ XIX à la ronde, mon père en aura « dicton dont on se sert quand on fait passer
e
quelque chose de main en main » (QUIT.) ■ m. XIX 1842 moucher la chandelle comme le diable sa
mère c’est en arracher la mèche en voulant la moucher ◪ 1867 se pousser du col « se faire valoir,
passer la main sous le menton, près du col, en renversant la tête, est un geste présomptueux »
(LARCH.)
POSTURES
attitudes, positions
e
e
■ f. XII rester comme une souche immobile ■ XVI en croupe derrière quelqu’un, sur un
cheval • gueule bée la bouche ouverte (os apertum, in NICOT). S’est employé pour les personnes et
e
les choses jusqu’au milieu du XIX siècle ; cf. « bée ; il ne s’emploie qu’avec gueule : tonneau
e
à gueule bée, ouvert, défoncé par un bout » (N. LANDAIS, 1836) • de pied coi sans bouger ■ d. XVII
e
1640 faire le panier à deux anses se promener avec une femme à chaque bras ■ m. XVII 1640 se
mettre à son séant « s’asseoir sur le lict » (OUD.) • le ventre au soleil qui ne bouge d’une place •
faire le pot à deux anses « mettre ses mains sur ses costez en signe de gloire, ou de colère »
e
(OUD.) ; au XVI siècle, l’expression signifie simplement « mettre les mains sur les hanches » •
couché le ventre en haut à l’envers • faire le cul de plomb être toujours assis • porter à la vache
(chèvre) morte « lorsqu’on le porte sur son dos, et qu’on tient ses mains par le devant ; jeu
d’enfant : quand on tient quelqu’un sur son dos avec la tête pendante en bas » (FUR.) • les
armoiries de Bourges, un âne dans une chaire « cela se dit quand on voit un maraud ou lourdaut
assis » (OUD.) ◪ 1643 ne bouger ni pied ni patte être immobile ◪ 1668 droit comme un piquet
e
tout droit ■ f. XVII 1690 être là planté comme une quille « homme qu’on voit sur les pieds tout
droit, et qui ne bouge » (FUR.) • droit comme un échalas « se tenir droit avec une affectation
extraordinaire ; pour marquer une grande affectation de se tenir droit, ou d’orgueil ou de gravité »
(FUR.) • droit comme un cierge idem • mettre la main sur les rognons « sur les côtés ; ce qui se
fait par les gens du peuple qui se querellent ou menacent » (FUR.) • branler comme la Bastille « un
homme qui ne bouge pas quand on lui commande quelque chose ; on le dit aussi des choses qui
e
sont fermes et inébranlables » (FUR.) ■ XVIII avoir le cul bouché d’un banc être assis « Tel en chemin
a chanté pouille,/Qui rendu là dès qu’il grenouille,/Qu’il a le cul bouché d’un banc/Change aussitôt du noir au blanc », Les
Porcherons, 1773 • planté droit comme de bouture immobile « Plantés droit comme de bouture,/Ils laissent finir
la mesure,/Après laquelle tous les pas/Se marquent des pieds et des bras », Les Porcherons, 1773
d’une chaise s’asseoir
• se boucher le cul
« c’est elle-même qui m’a dit qu’on l’y avoit z’une fois baillé vingt-quatre sous, pour aller là
e
■ f. XVIII se
mettre en rang d’oignons se placer les uns derrière les autres • faire la planche se tenir à plat sur
le dos sans bouger, en natation « Parce qu’il est cassé par-ci, par-là… et à la nage donc, moi : tel que vous me voyez, je
e
nage comme le poisson dans l’eau ; je vais à brasse, je fais la planche ; ah ! je suis fort », DESFORGES, Le Sourd, 1790 ■ XIX
s’boucher l’cul d’une chaise à c’te chapelle de Notre-Dame », Grand Jugement de la mère Duchesne, 1792
tomber en arrêt s’immobiliser • à la turque accroupi « Gibot, petit homme rabougri, devenu presque olivâtre à
force de rester toujours assis, à la turque, sur une table élevée à la hauteur de la croisée grillagée qui voyait sur la
rue, gagnait à son métier environ quarante sous par jour », BALZAC, Le Cousin Pons, 1847 • les bras
ballants vides, se balançant le long du corps • cloué sur place immobile, à cause d’une émotion
forte : peur, stupeur, etc. « Le modeste serviteur de l’ordre public demeurait cloué sur place, en proie à la plus vive
e
humiliation de sa carrière », A. ALLAIS, L’Affaire Blaireau, 1899 ■ d. XIX 1820 tête-bêche couchés en sens inverse
e
l’un de l’autre ■ m. XIX en chiens de faïence face à face, « aussi raide et immobile qu’un de ces
chiens de faïence employés jadis pour décorer les portes et les perrons » (LARCH.) « nous nous arrêtons
une fois, deux fois, trois fois, pour nous reposer sur le talus de la route, Daudet d’un côté et moi de l’autre, – en chiens de
◪ 1842 se coucher en chien de fusil « rassembler ses
membres, se tenir tout pelotonné dans son lit à cause du froid » (QUIT.) • faire la grue regarder en
faïence », A. DELVAU, Du pont des Arts…, 1866
l’air ◪ 1867 faire le lézard « s’étendre au soleil et y dormir ou y rêver » (DELV.) • pincer de la harpe
e
se mettre à la fenêtre • s’asseoir sur le bouchon par terre ■ f. XIX bouche bée euphémisme
tardif (vers 1880) et d’abord littéraire de gueule bée, la bouche grande ouverte « Mais la gargouille
étend l’index et montre, dans le box des prévenus, Ouf, le vieux relégable, qui, le cou sur un bat-flanc, s’est endormi, bouche
bée », R. BENJAMIN, Le Palais, 1914 •
lézarder au soleil s’étendre par terre, au soleil « Dès qu’il avait gagné une
pièce de trente sous à rentrer du bois ou à porter les colis du roulage, il plantait là sa besogne pour courir les bouchons du
faubourg et lézarder au soleil’, A. THEURIET, Les Enchantements de la forêt, 1881
◪ 1872 poser sa chique et faire le
e
mort rester muet et immobile ■ f. XX poser un cul s’asseoir ; même s’il s’agit toujours de son
propre postérieur, on pose un cul, pas son cul
e
■ XVI avoir les coudées franches « être au large, avoir liberté de bastir, de s’étendre, de se
promener, de tout faire sans être gêné ni repris de personne ; on le dit surtout des libertés qu’on
e
prend à la table, quand on a les coudes sur la table et qu’on y est assis au large » (FUR.) ■ m. XVI
e
que personne ne bouge pour interdire, plaisamment ou non, tout mouvement ■ XVII faire le pied
e
de grue « courtisan qui doit se tenir toujours debout » (FUR.) ■ f. XVII 1690 être tout en un fagot
« homme accroupi, ramassé en rond et qui tient peu de place, comme s’il était lié à la manière
e
d’un fagot » (FUR.) ■ d. XX le petit oiseau va sortir ! ne bougez plus !
GRIMACES
mimiques, singeries, baboue
e
■ XIII faire la figue à quelqu’un « c’est lui montrer le pouce placé entre le doigt du milieu et
e
l’index, pour lui faire nargue » (QUIT.) ■ XIV faire la nique « moquerie, mépris qu’on fait de
quelqu’un par quelque geste qui en porte témoignage et particulièrement en haussant et secouant
le menton » (FUR.)
« Comme des moineaux,/Les jeunes marmots,/Sans une réplique,/Prenant leur essor/Et riant bien
fort,/De loin font la nique », A. TREBITSCH, La Neige, 1910
e
■ XV faire la moue « Et quant vous verrez alumer la sieuye
dedens voz chemineez, faittes lui la moe et pour aussi vray que euvangile, elle s’estaindera acop », Les Évangiles des
e
■ XVI faire les cornes à quelqu’un • payer en monnaie de singe « c’est à dire en
e
gambades et en bouffonneries » (FUR.) ■ XVII faire un pied de nez « Et quand ils sont enchaînés,/Vous leur
e
faites un pied de nez », SCARRON, in LITTRÉ ■ m. XVII tirer la langue ◪ 1640 tourner les yeux à la tête les
renverser • il remue les babines comme un singe qui cherche des poux « il bransle les lèvres »
e
(OUD.) ■ f. XVII 1690 c’est un vrai singe « quand on affecte de contrefaire quelqu’un, d’imiter ses
actions, ses discours, son style. Il y a eu bien des auteurs de notre temps qui ont été les singes de
Balsac, qui ont imité ses figures outrées » (FUR.) • il fait la mine de saint Médard « vieux proverbe,
par corruption, au lieu de dire “comme ces médailles”, que les dessinateurs font souvent
grimacer » (FUR.) • faire le cul de poule « d’une bouche dont les lèvres avancent trop » (FUR.),
e
« faire la moue en avançant les lèvres et en les pressant » (DELV.) ■ m. XIX 1867 rondiner des yeux
faire les yeux ronds • faire l’œil de carpe « rouler les yeux de façon à n’en montrer que le blanc, –
dans l’argot des petites dames, qui croient ainsi donner fort à penser aux hommes » (DELV.)
quenouilles, v. 1470
DÉMARCHE
pas, port
e
■ XV à cloche-pied en sautant sur une seule jambe « Je ne vois rien de bien étonnant à courir comme ces
e
paysans ; moi, je fais six lieues à cloche-pied ! c’est autre chose que ça ! », P. DE KOCK, La Maison blanche, 1828 ■ d. XVII
1624 à pas de loup furtivement, sans faire de bruit – ce qui exige une démarche particulièrement
prudente et calculée « Mais j’entrevoy quelqu’homme d’Église qui s’approche du logis de ceans à pas de Loup, ce qui ne
e
peut estre sans dessein. Écoutons le parler », Les Ramoneurs, 1624 ■ m. XVII 1640 faire la roue comme un paon
« se desmarcher superbement » (OUD.) • elle a le port d’un ange « elle se desmarche de bonne
grâce » (OUD.) • elle passerait sur des œufs sans les casser elle marche fort légèrement • tortiller
des fesses « aller en branslant les fesses » (OUD.) • il se carre comme un pou sur un tignon « il se
desmarche superbement » (OUD.) • il se carre comme un pourceau de trois blancs « il fait le
seigneur, et se desmarche superbement » (OUD.) • tout ce côté-là est à elle « c’est pour se railler
d’une boiteuse qui penche ou boite d’un costé » (OUD.) • porter bien son bois « marcher avec
grâce, se desmarcher bien » (OUD.) • marcher à l’espagnole gravement • aller en pas de larron
doucement, sans bruit • pas d’abbé grave • avoir un échalas fiché au derrière se tenir ou
e
marcher fort droit ■ f. XVII marcher des épaules « marcher pesamment en balançant les épaules
et en se donnant un air d’importance » (LITTRÉ) « Vous voyez des gens qui entrent sans saluer que légèrement, qui
marchent des épaules et qui se rengorgent comme une femme », LA BRUYÈRE, 1688, in LITTRÉ • tortiller du cul « il y a des
coquettes qui tortillent du cul en marchant, qui ont une démarche affectée » (FUR.) ◪ 1690 aller
doux comme un preneur de taupes marcher sans bruit • cheval de carrosse « celui qui marche
grossièrement et en pieds plats » (FUR.) • marcher sur des œufs marcher avec infiniment de
prudence, sur la pointe des pieds – s’emploie aussi au sens figuré pour « avancer très lentement et
e
prudemment dans une affaire délicate » ■ XVIII en zigzag le mot zig zag est attesté en 1662 « Les
e
■ d. XVIII tortiller du cul boiter
e
■ m. XIX faire du (pincer un) feston « avoir une démarche que l’ivresse accidente comme des
festons de broderie » (LARCH.) « Nous nous cavalons, moi et Dodore, en pinçant un feston un peu fiscal », MONSELET •
avoir un port de reine fort élégant ; marcher en se tenant très droite « elles marchent cambrées, le poing
jambes en zig zag, c’est-à-dire, comme un Z », Le Goûté des Porcherons, 1749
sur la hanche, ça leur donne un port de reine, ainsi qu’aime à dire l’explorateur poète en parlant des négresses qui se coltinent
sur le chignon sa baignoire, sa table de bridge, son whisky, son canon de campagne et ses caisses de munitions », CAVANNA, Les
1867 battre le briquet cogner les jambes l’une contre l’autre en marchant • loucher
e
de la jambe boiter • redresser le coco porter la tête haute ■ d. XX traîner la patte • avoir avalé
son parapluie avoir une allure raide et compassée • tirer la jambe « Il traça quelques signes en l’air,
grogna des mots baroques, s’en alla, tirant la jambe et balançant les coudes », RACHILDE, La Tour d’amour, 1916 • tortiller
du croupion se dit d’une démarche sexuellement provocante chez une femme • marcher en
crabe se déplacer de travers • marcher en canard les jambes relativement écartées, les pieds en
dehors
Russkoffs, 1979 ◪
MARCHER
cheminer, trotter, trottiner, arquer
e
e
e
■ d. XVI aller du pied marcher vite ■ m. XVI doubler le pas idem ■ d. XVII 1611 aller (avancer,
e
marcher) comme les écrevisses reculer ; au XVIII siècle, se dit aussi figurément, cf. « La grande colère
du père Duchesne de voir dans la Convention une bougre de clique qui veut la faire marcher comme les écrevisses », HÉBERT,
1792 ■ m. XVII
e
1640 déferrer l’âne aller à pied • battre la semelle « marcher à pied » (OUD.) • je ne
puis hai « je ne sçaurois marcher ou advancer » (OUD.) • aller sur la haquenée des cordeliers
marcher à pied • il a été en ce lieu-là il est allé • bander l’ergot marcher vite • marcher à quatre
pattes « aller les mains en terre » (OUD.) • aller à beaux pieds sans lance • rebrousser chemin
e
retourner en arrière • aller du pied comme un chat maigre cheminer fort bien ■ f. XVII 1690 ne
faire qu’aller et venir « ne point se tenir en repos, marcher toujours » (FUR.) • avoir des œufs de
fourmi sous les pieds « ne pouvoir demeurer en place, avoir grande envie de marcher » (FUR.)
e
■ d. XIX 1808 donner un coup de pied « marcher vivement » (DHAUTEL, 1808), « aller jusqu’à un
e
endroit déterminé » (LARCH.) ■ m. XIX battre l’antif « marcher. Mot à mot : battre le grand
chemin. Antif est un vieux mot qui signifie antique, et se rencontre souvent dans les textes du
moyen âge uni à celui de chemin. Un chemin antif était un chemin ancien, c’est-à-dire frayé »
(LARCH.) ; on dit aussi battre l’antifle ◪ 1842 porter les bouteilles « c’est-à-dire marcher lentement,
comme un homme qui porte des bouteilles marche dans la crainte de les casser » (QUIT.) ◪ 1866
ouvrir le compas marcher à grandes enjambées « en route, à la campagne, j’ouvre le compas tout comme un
autre, je juiferrantise avec enthousiasme », A. DELVAU, Du pont des Arts…, 1866 ◪ 1867 affûter ses pincettes
« courir, ou seulement marcher. Argot des faubouriens » (DELV.) • à pattes pédestrement • piler
du poivre « avoir des ampoules et marcher sur la pointe des pieds, par suite d’une trop longue
marche » (DELV.) • tirer sa longe « marcher avec difficulté, par fatigue ou par vieillesse » (DELV.) •
e
allonger le compas précipiter sa marche ■ f. XIX tricoter des paturons « Seul’ment ces cris-là m’fout’nt la
trouille ;/Ça m’occasionn’ des idées noires,/Et me v’là r’parti en vadrouille/A r’tricoter des paturons », J. RICTUS, Les Soliloques
1894 prendre la voiture des frères Talon
e
■ m. XVII 1640 l’ambassade de Biaronne, trois cents chevaux et une mule « quatre
personnes à pied. Il y a une allusion de cens à sans, trois sans chevaux et une femme » (OUD.) • il
va l’amble comme une truie qui court aux vignes « il chemine de mauvaise grâce » (OUD.) • il n’y
e
a plus que hai « il n’y a plus que fort peu de chemin » (OUD.) ■ f. XVII 1690 aller à pied comme un
Basque « marcher vite et longtemps ; parce que les gens de Biscaye sont en réputation pour cela »
(FUR.) • faire une jambe de vin « quand ceux qui vont à pied prennent du vin pour acquérir de
nouvelles forces » (FUR.) • on irait en pantoufle « en quelque lieu, pour exagérer la beauté du
e
chemin ou la commodité qu’il y a pour y aller » (FUR.) ■ d. XIX sentir les coudes à gauche
« marcher avec ensemble, comme les hommes d’un peloton en sentant les coudes du voisin afin
de se maintenir sur la ligne du guide. Dans une caricature de juillet 1830, Levasseur fait dire à deux
combattants : “Que sentiez-vous en voyant tomber vos camarades à côté de vous ? – C’que
e
j’sentais !… les coudes à gauche” » (LARCH.) ■ f. XIX 1894 brûler le cul à quelqu’un « trope
vulgaire, mais vif, pour indiquer qu’on l’a dépassé à la marche » (LYON)
du pauvre, 1897 ◪
DÉAMBULER
errer, arpenter, vadrouiller
e
e
■ XII tirer sa voie ■ XV tirer son chemin « Le prieur, de loing le voyant venir, cogneut tantost son cas par les
e
demarches lourdes et malseures qu’il faisoit tirant son chemin », Cent Nouvelles Nouvelles, 1467 ■ d. XVII 1606 battre
l’estrade estrade au vieux sens de « route » – mot occitan • battre le pavé « marcher sans cesse
e
dans une ville où on est sans occupation » (FUR.) ■ m. XVII 1640 tenir un chemin le suivre • tirer
vers un lieu s’acheminer • courir les champs aller par la campagne • tirer de longue « advancer
chemin » (OUD.) • courir le pays voir le monde • à travers champs sans suivre de chemin
particulier • aller à Saint-Bezet trotter continuellement • passer chemin « advancer son voyage »
e
e
e
(OUD.) ■ d. XVIII faire la navette ■ m. XVIII 1750 battre la calabre ■ XIX faire un brin de conduite
e
à quelqu’un l’accompagner sur une partie de son trajet ■ d. XIX rouler sa bosse vagabonder,
voyager « j’ai été trimballé d’une colonie à l’autre ; j’ai roulé ma bosse partout, je n’en ai pas amassé davantage », VIDOCQ,
Mémoires, 1828 • brûler le pavé « aller très vite à cheval ou en voiture » (L ITTRÉ) « le pétitionnaire, qui ne
brûle plus le pavé en cabriolet, et qui, au contraire, s’en va nonchalamment les mains derrière le dos, le pétitionnaire, dis-je,
jette enfin les yeux sur cette multitude d’affiches qui couvrent les murs de la capitale », VIDOCQ, Mémoires, 1828
■ m.
1842 aller par quatre chemins aller sans savoir où l’on va, sans avoir un but fixe ■ f.
fouler (polir) le bitume aller et venir sur le trottoir
XIX
e
e
XIX
1872
■ m.
XVII
e
1640 rapporter les cloches d’un lieu « venir avec des vescies [des ampoules] aux
e
pieds pour avoir trop cheminé » (OUD.) ■ f. XVII 1690 faire ses quinze tours « personne qui fait
plusieurs allées et venues inutiles dans la maison » (FUR.) • courir les quatre coins et le milieu de
la ville « on a fait bien du chemin pour quelque affaire ou perquisition » (FUR.)
FLÂNER
se promener, se balader
e
e
■ m. XVI prendre le frais ■ m. XVII 1640 courir la prétentaine « courir de costé et d’autre ; se
pourmener » (OUD.) • un tour de promenade « une petite pourmenade » (OUD.) • traîner çà et là
e
« aller de costé et d’autre » (OUD.) • un petit tour « une petite pourmenade » (OUD.) ■ d. XIX le
e
nez en l’air se promener en prenant le temps de regarder ce qu’il y a autour de soi ■ m. XIX 1867
se balader « nous étions partis pour un voyage au long cours, dans la Polynésie boréale et nous nous balladions des Palaos
aux Carolines et de ces dernières aux Mariannes pour rafler tout le coprah que nous pouvions trouver chez les naturels, avant
que les Allemands ne soient venus nous faire la pige », VIBERT, Pour lire en automobile, 1901
• traîner ses guêtres aller
quelque part, se promener • faire une balade, se payer une balade, être en balade • battre sa
flemme • porter sa scie « se promener avec sa femme au bras » (DELV.) • traîner sa savate
e
quelque part ■ f. XIX faire son persil se montrer • être en vadrouille de « vadrouiller, courir les
rues à l’aventure (pop., Paris, 1890) » et « faire la noce, traîner les cabarets en ville (pop., Paris,
e
1881) » (ESNAULT). Peut-être « fatrouiller, flâner (1606) » a-t-il influencé le sens ■ m. XX faire du
lèche-vitrine
e
■ f. XVII 1690 prendre la bisque « quitter son travail ordinaire pour se promener, se divertir et
surtout quand on le fait rarement » (FUR.)
S’ÉGARER
se perdre
e
■ m. XVII 1640 se perdre dans une foule • il est sur le four de Vanves « en un lieu inconneu,
e
ou esgaré » (OUD.) • se perdre dans les rues ■ m. XVIII 1761 perdre la carte s’égarer, ne plus
savoir où l’on se trouve « Le Chevalier se voyant pris, se débarrassa adroitement du panier, et le campa sur la tête du
Président, qui plus mal adroit, ne pût s’en dépêtrer. Il perdit la carte, et au lieu de rentrer dans l’apartement, il enfila la porte,
e
■ f. XIX
1895 être paumé « paumer, perdre, spécialement perdre au jeu (1835) » (ESNAULT). Être paumé,
être perdu, physiquement ou moralement « en face de moi un grand blondin frisé monté en graine, paumé comme
et culbuta du haut en bas l’escalier en faisant des cris affreux », DESBOULMIERS, Honny soit qui mal y pense, 1761
un veau arraché à sa mère, effaré, triste à crever », CAVANNA, Les Russkoffs, 1979
■ m.
(OUD.)
XVII
e
1640 il est devenu chauve-souris « il s’est perdu, il s’est esvanouy, il a disparu »
COURIR
galoper, cavaler, droper, foncer, tracer, trisser
e
e
■ d. XVI aller comme un chat maigre ■ f. XVI courir à bride abattue, à bride avalée, à toute
e
bride « courir vite, non seulement des chevaux, mais même des hommes » (FUR.) ■ d. XVII fendre
e
le vent courir vite ■ m. XVII 1640 courir comme un verrier déchargé fort vite • escarpiner courir
e
vite • prendre ses jambes à son cou ■ f. XVII 1690 courir par monts et par vaux « en toutes
sortes de lieux hauts et bas » (FUR.) • aller vite comme la foudre « courir et se mouvoir avec
e
grande impétuosité » (FUR.) • courir comme un Basque ■ d. XIX courir comme un lapin très vite •
courir comme un dératé on a longtemps cru qu’un homme à qui on avait enlevé la rate courait
e
plus vite ■ m. XIX 1842 courir comme un râle « le râle est un oiseau de rivage, de l’ordre des
échassiers et de la famille des macrodactyles. Il court avec une très grande vitesse » (QUIT.)
◪ 1846 se déguiser en cerf courir très vite ◪ 1867 se payer une cavale • tirer sa crampe • tricoter
des jambes « Et je me disais que la folie des parades militaires était peut-être dans les veines françaises, et que, toujours,
les gamins à barbe tricoteraient des jambes derrière les tapins tricotant des baguettes sur le ventre de leurs tambours ! »,
J. VALLÈS, Le Tableau de Paris, 1882
e
■ m. XVII 1640 fils de putain qui sera le dernier « nos enfans disent cecy en courant l’un
devant l’autre » (OUD.) • trotter comme pois en pot « viste, et au large » (OUD.)
TOMBER
choir, basculer, culbuter, chuter, dinguer, valdinguer, s’étaler‚ s’affaler, s’écrouler
e
■ m. XVII tomber les quatre fers en l’air ◪ 1640 il est bas de devant il tombe facilement sur le
nez • cul par-dessus tête renversé • tomber le cul en haut « la teste embas et les jambes levées »
(OUD.) • avoir tout couché • danser par terre • tomber de son haut de la hauteur que l’on est •
mettre la main à l’héritage « mettre la main à terre pour s’empêcher de tomber tout à fait »
(FUR.) • faire un parterre • faire le saut • faire un beau saut • mettre la tête où l’on a les pieds
renverser par terre • aller à Versailles « se renverser. Item, estre renversé » (OUD.) • mettre de
l’eau dans ses souliers par le collet de sa chemise tomber dans la rivière • mettre le cul en haut
e
renverser une personne • saut de crapaud par terre • donner du nez en terre ■ f. XVII 1690
s’être laissé répandre être mort, ou tombé • être étendu comme un veau être couché de tout
son long • se rompre le cou « choir, se blesser, bien que ce soit en toute autre partie que le cou »
e
(FUR.) ■ d. XVIII faire pouf « pouf, terme indéclinable et populaire, qui sert à exprimer le bruit que
e
fait un corps en tombant » (TRÉVOUX) ■ m. XIX se casser la gueule « OSCAR (il tire une allumette) : Je frotte
une souffrante pour pas casser vos objets d’art, ou ma gueule. – ESCALDAS (prenant la lampe) : Je vous éclaire », D. LESUEUR, Le
1838 prendre un billet de parterre ce jeu de mots sur le parterre du théâtre
et le sol a bien pu naître dans l’argot des coulisses, comme semble l’indiquer cette attestation
Masque d’amour, 1905 ◪
relevée par P. ENCKELL : « BLOQUET, trébuchant : Hein ? Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qui m’a passé
entre les jambes ? […] un peu plus je prenais un billet de parterre, sans droits », COGNIARD FRÈRES et
MURET, Les Coulisses, 1838 « Le bruit de la chute d’un corps lourd, tombé sur le carreau de la salle à manger, retentit
dans le vaste espace de l’escalier. “Ah ! mon Dieu ! cria la Cibot, qué qu’il arrive ? Il me semble que c’est monsieur qui vient de
◪ 1867 avoir une discussion avec des pavés
« tomber sur les pavés et s’y égratigner le visage, soit en état d’ivresse, soit par accident, – dans
l’argot des ouvriers, qui ont de ces discussions presque tous les lundis, en revenant de la barrière »
(DELV.) • tomber pile choir sur le dos • casser le verre de sa montre tomber sur le
e
derrière ■ f. XIX ramasser une (la) pelle « À l’entrée du parc, sur l’injonction d’un soldat de faction, je voulus
prendre un billet de parterre !” », BALZAC, Le Cousin Pons, 1847
m’arrêter, je dérapai et il m’arriva de piquer une tête et de me fouler vigoureusement le poignet […] Survint un autre soldat qui
démentit la consigne du premier. Mais il était trop tard. J’avais ramassé la pelle et mon poignet me fit mal pendant trois mois
1877 ramasser un gadin d’étymologie obscure, le gadin désigne
soit un chapeau (1866), soit un bouchon, ou plus vraisemblablement un caillou. L’expression est
formée sur la plaisanterie populaire : ramasser quelque chose à terre pour dire « tomber » –
e
laquelle était déjà en usage au XVIII siècle. Cf. « [Françoise] arrache un pied de la table,/Qui d’un
bout tombant en sursaut/Va chercher à terre un tréteau » (VADÉ, 1755) ◪ 1882 ramasser une
gamelle ◪ 1895 ramasser une bûche « Il arrive que l’on trébuche/En remontant son escalier,/Souvent même on
après », J. RICTUS, Journal, 10 avril 1899 ◪
e
ramasse un’ bûche/À plat ventre sur le palier », BELLOCHE et JOULLOT, Zig zag marche, 1904 ■ m. XX
se faire des nœuds
s’emmêler les jambes et tomber • faire un soleil tomber en faisant un tour sur soi-même, jambes
par-dessus tête, particulièrement en cyclisme lorsqu’on passe par-dessus le guidon. Extension de
faire le soleil à la barre fixe, des tours complets en se tenant par les mains • s’emmêler les
e
pinceaux faire une chute en se cognant les pieds ■ f. XX se rétamer la gueule « Y s’est emmêlé les
guiboles/Et s’est vautré dans la ch’minée/S’est rétamé la gueule par terre/Sur ma belle moquette en parpaing/Y avait d’la suie
et des molaires/Le Père Noël est un crétin », RENAUD, Le Père Noël noir, 1981
• se ramasser • se viander « Les autres
m’ont reluqué, l’air si j’allais ou non me viander et me faire des nœuds avec les quilles et tout ça et je me fendais et en fait c’est
en me fendant que je me suis ramassé par terre », A. CAHEN, Zig-Zag, 1976
e
■ f. XVI la tête emporte le cul quand on tombe la tête la première « mais il s’avança tant que la teste
emporta le cul, si que, ne se pouvant retenir à la paille, il tomba tant lourdement sur eux qu’il se rompit presque une jambe »,
e
■ m. XVII 1640 il y en a encore assez pour vous « c’est ce que dit un homme qui
tombe, à celuy qui se rit de sa chute » (OUD.) • un cuius « c’est un équivoque à cul ius. Cul bas, un
homme tombé sur son cul, ou une femme renversée » (OUD.) • il a pêché « cela se dit quand
quelqu’un met le pied dans un trou plein d’eau » (OUD.) • il n’a rien mangé depuis qu’il est levé
« cela se dit, après qu’un homme qui est tombé s’est relevé » (OUD.) • soufflez la chandelle
« raillerie vulgaire dont on use lors que quelqu’un est tombé par terre ; le reste dit, Monsieur est
couché » (OUD.) • il a gagné un double, il a étendu la peau d’un veau « cela se dit lors qu’une
personne s’estend » (OUD.) • il y a un ménétrier enterré là-dessous, il a fait sauter un beau
lourdaud cela se dit quand une personne tombe • saut de Breton croc-en-jambe • il est bon
jardinier, il fait de beaux parterres « c’est une allusion de parterre à par terre lors qu’on voit
tomber quelqu’un » (OUD.) • nous mangerons du boudin, la grosse bête est par terre « cela se dit
e
vulgairement lors que quelqu’un est tombé » (OUD.) ■ f. XVII 1690 adieu la voiture quand on se
P. de LARIVEY, 1576
moque de quelque chose qui se renverse • pêcher un poisson le peuple le dit ironiquement à celui
qui a mis le pied dans l’eau • tomber à la renverse « des personnes qui sont sur le dos. Les
femmes sont sujettes à tomber à la renverse » (FUR.) • si son cul eût été de verre, il eût été cassé
« pour railler ceux qui se laissent tomber » (FUR.) • patatras Monsieur de Nevers exclamation
e
ironique qu’on fait quand on voit tomber quelqu’un ■ m. XIX passer la jambe « donner un crocen-jambe, et par extension, renverser » (LARCH.) « Son ennemi roulait à ses pieds, car il venait de lui passer la
jambe », VIDAL, 1833 ◪ 1842 le tour du Basque « on appelle ainsi le croc-en-jambe, parce que les
Basques sont très habiles à faire ce tour de lutte en portant rapidement un pied sur le jarret d’un
adversaire à qui ils appliquent en même temps un coup dans l’estomac, ce qui le jette aussitôt à la
e
renverse » (QUIT.) ■ m. XX reste avec nous, on fait des crêpes ! ce que l’on dit à quelqu’un qui est
en train de tomber – renforcement de reste avec nous !, même sens
FUIR
décamper, détaler, se débiner, s’esquiver, filer, se carapater‚ déguerpir, se sauver, s’échapper
e
■ XIV mettre les pans à la ceinture il s’agit des pans de la robe, relevés pour faciliter la course
« Et met les pans à la sainture,/Et si t’en cours grant aleure », J. BRUYANT, Le Chemin de pauvreté et de richesse, 1342 •
prendre la clef des champs « Il n’eut gueres esté avant que le ventre luy brouilla et grouilla tellement qu’il fut
contraint de soy bouter en une vieille masure inhabitable, pour faire ouverture au clistere qui demandoit
e
e
la clef des champs », Cent Nouvelles Nouvelles, 1467 ■ XV prendre son sac et ses quilles ■ m. XV
e
prendre le large ■ XVI faire gille « Rien ne semblait plus sûr qu’un si proche hyménée ;/Et parmi ces apprêts, la nuit
d’auparavant,/Vous sûtes faire gille et fendîtes le vent », CORNEILLE, La Suite du Menteur, 1645 • faire la cane a donné
le verbe caner, capituler « Par Dieu, qui fera la cane, de vous aultres, je me donne au diable si je ne le fays moyne en
e
mon lieu et l’enchevestre de mon froc : il porte médecine à couhardise de gens », RABELAIS, Gargantua, 1534 ■ m. XVI tirer
e
ses guêtres ■ f. XVI faire escampe • avoir quelqu’un aux fesses être poursuivi • prendre
e
(gagner) la guérite « s’enfuir et chercher quelque lieu de sûreté » (FUR.) ■ XVII faire un trou à la
lune « car la bonne bête fit un trou à la lune deux jours après, qu’elle m’emporta ce que j’avais de plus beau et de meilleur
pour courir après son abbé », CAYLUS, Histoire de M. Guillaume, 1740 • vider (le pays) • tirer ses grègues « Adieu, dit
le renard, ma traite est longue à faire :/Nous nous réjouirons du succès de l’affaire/Une autre fois. Le galant aussitôt/Tire ses
grègues, gagne au haut,/Mal content de son stratagème », LA FONTAINE, Le Coq et le Renard, m. xviie
• tirer pays « il s’en
e
est enfui, exilé » (FUR.) ■ d. XVII sauver la valise la valise est un sac de cuir porté sur la croupe du
cheval « Vertu bleu, quelle Griffe à saisir un homme au Colet en guise de Lievre. Sauve toy, Galaffre, sauve la valise sans
attendre qu’on t’en fasse autant », Les Ramoneurs, 1624 • enfiler la venelle « Mon vilain craignant qu’après avoir affligé
son badault d’esprit de brocards, je ne vinsse à persécuter son corps à bons coups de bastons, enfila la venelle plus vite qu’un
criminel qui a des Sergens pour ses laquais », SOREL, Francion, 1623
• trousser ses quilles • gagner au pied •
fendre le vent « La paillarde a fendu le vent, sa chambre ouverte d’un coup de pied n’a plus rien sur quoy ma colère se
puisse décharger », Les Ramoneurs, 1624 ◪ 1606 faire un trou à la nuit « s’échapper furtivement, comme si
on faisait un trou à la nuit au clair de lune ; banqueroutier, fugitif » (FUR.) « Ah ventre, ma réputation est
tachée par la gueule insatiable de ce parement de Gibet. Ma putain de sœur aura fait un trou à la nuit », Les Ramoneurs, 1624
e
◪ 1611 trousser ses chausses • gagner pays • tirer ses chausses ■ m. XVII 1640 plier bagage •
gagner les champs • arpenter « fuir viste et à grands pas » (OUD.) • battre aux champs • gagner
la colline • emporter le chat « s’en aller sans payer, ou sans prendre congé » (OUD.) • bander
l’ergot • montrer les épaules • il se rie à ses jambes (talons) « il espère d’eschapper en fuyant »
(OUD.) • jouer de l’épée à deux pieds (à deux jambes) • fuir comme des perdreaux vite •
escarpiner • escamper • faire Jacques déloge « s’enfuir. C’est par allusion de desloger » (OUD.) •
montrer le derrière • les pieds lui démangent il a envie de fuir • gagner la porte « s’approcher de
la porte pour fuir » (OUD.) • faire haut le corps en particulier « un banqueroutier qui s’enfuit »
(FUR.) • jouer du manicordion à double semelle • faire un peigne • avoir une porte de derrière
« un moyen d’eschapper ou fuir » (OUD.) • gagner le taillis « s’enfuir ; se mettre en sûreté, se
cacher dans un bois épais » (FUR.) • jouer des talons • tourner le dos • déloger sans trompette
« fuir bien viste » (OUD.) • trousser son paquet • trousser bagage • il est sorti de son terrier « il
s’en est fuy, il s’est esloigné » (OUD.) • sortir de sa tanière « s’enfuir de son lieu. Sortir de sa
demeure » (OUD.) • montrer les talons • se sauver « fuir. On y adjouste, par les marests » (OUD.) •
lever le piquet • montrer le cul « tourner le dos, s’enfuir ; poltrons, soldats qui fuient » (FUR.) • se
perdre dans une foule quand on est en fuite • prendre ses jambes à son cou probablement une
image de course, tête baissée. On trouve en normand « Mey qui craignais pour ma caboche/Pris
vite men piey à men cos/Et denichy de là bien tos » (L. PETIT, La Muse normande, 1658) • plier son
paquet • il a trouvé ses jambes prêtes « il s’est incontinent mis à fuir » (OUD.) • gagner le haut •
e
chausser les ailes faire fuir ■ f. XVII 1688 prendre la poudre d’escampette « on dit de la poudre
d’escampette quand on prend la fuite » (FUR.) « Moi, quand j’ai vu que nous en avions pour cinq mois d’une
pareille existence, j’ai pris ma petite poudre d’escampette, et me voilà ! », REBELL, La Câlineuse, 1898 ◪ 1690 il s’en est
allé plus vite que le pas il s’est enfui • mettre les voiles « C’est une sale affaire pour toi. – Mais non, on ne
saura pas si c’est moi ou ceux qu’ont mis les voiles qui l’ont brûlé [tué] », E. CORSY, La Médaille de mort, 1905 • gagner la
campagne • tirer de long « quand on se sauve par la fuite, ou quand on chicane, quand on diffère
un paiement » (FUR.) • la peur lui a mis des ailes aux talons • jouer de l’épée à deux talons •
avoir le feu au cul « on dit d’un homme qui s’enfuit fort viste, qu’il court comme s’il avoit le feu au
e
cul » (Fur.) ■ XVIII chier du poivre « Adieu, montfaucon, adieu, bicêtre ; on t’attend à la grêve, va donc, va donc vîte,
tu les fais trop attendre. Que ferai-je ? le chien n’a pas voulu gober l’hameçon ; ce gueux-là me chie du poivre », Les Écosseuses,
1739
• s’enfuir comme des lapins
« LE SUISSE : Oh ! mais falloir pas croire qu’une grand nombre de les soldats
nationales, ces habits bleus, être faits pour mourir en guerre. Eux jamais être pour ça dans une bataille. S’enfouir comme les
• faire haut le pied « on dit encore
figurément et familièrement faire haut le pied, s’enfuir » (TRÉVOUX) « ME PATIN : Où est le Chevalier, Lisette ?
lapins dans un chasse », Le Drapeau rouge de la mère Duchesne, 1792
Qu’a-t-il dit de mon absence, qu’a-t-il fait ? – LISETTE : Il a fait haut le pied, madame, dès que vous avez eu le dos tourné »,
DANCOURT, Le Chevalier à la mode, 1778
■ d.
XVIII
e
battre en retraite
« Monsieur Hermès prit le temps d’écouter.
Ensuite, mais alors seulement, il battit en retraite sur la pointe des pieds, rentra dans les ténèbres de sa chambre, se dissimula
e
■ m. XVIII ficher le camp ◪ 1746 ne pas
demander son reste « c’est, quand on a été battu, fuir sans exiger d’explications – et surtout sans
demander le supplément de coups de pied ou de poing auxquels on pourrait avoir droit » (DELV.)
derrière sa porte sans la refermer », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
« LOUIS (regardant à la porte) : Ah ! pardi, ils s’en vont grand train ; ils ne demandent pas leur reste », CARMONTELLE, Le Sot et les
Fripons, v. 1770
e
■ f. XVIII foutre le camp « Hé ben, j’dis moi, et je l’dirons toujours, que la finition d’tout ça, c’est tous
ces gueux qui menont la barque se foutont de nous ; qu’i n’cherchont qu’à s’mettre sus la conscience pour eux et leux amis, des
tas d’argent ; et que quand i nous auront ben sangsuré jusqu’à la moëlle des os, i foutront l’camp avec not’ argent, et nous
laisseront leux mâtins de chiffons, qui n’vaudront pas un foutre », Grand Jugement de la mère Duchesne, 1792
◪ 1791
jouer des jambes « je craignais […] que vous ne nous foutiez dedans, et qu’encore une fois vous ne jouiez des jambes »,
e
e
détaler comme un lapin ■ d. XIX lever le pied s’enfuir clandestinement – le plus
souvent en emportant de l’argent qui vous a été confié. L’expression – d’après faire haut le pied –
semble s’être appliquée dès l’origine aux notaires « il n’y a pas mieux en guise de notaire. C’est patriarche ; ça
n’est pas drôle et amusant comme était Cardot avec Malaga, mais ça ne lèvera jamais le pied », BALZAC, Le Cousin Pons, 1847 •
se donner de l’air « Le rifflard a battu morasse, et il a fallu se donner de l’air », VIDOCQ, Mémoires, 1828 • brûler la
politesse « Brigadier, dis-je, savez-vous que, malgré les huit jambes de vos chevaux, je pourrais facilement vous brûler la
politesse en me jetant là à droite, dans ce ravin, ou à gauche, dans ce bois ?… », A. DELVAU, Miei Prigioni, 1857 ◪ 1826 jouer
des cliquettes « Bref, v’là les Autrichiens qui prennent leurs jambes à leur cou, et qui s’mettent à jouer des cliquettes »,
e
É. DEBRAUX, Le Passage de la Bérésina, 1826 ■ m. XIX se la briser « abréviation de “briser la politesse” (partir
sans prendre congé) » (LARCH.) « Dans le beau monde, on ne dit pas : je me la casse, je me la brise », LABICHE • jouer
des pattes « Coco n’fais pas d’épates,/J’n’ai pas d’goût pour la Froteska,/Il est temps d’jouer des pattes !/Ah ! ah ! »,
COLMANCE, Chansons, v. 1845 • se la casser « C’est assommant ici. Je me la casse. Cassons-nous la », E. VILLARS • jouer la
HÉBERT, 1791 ■ XIX
fille de l’air date de La Fille de l’air, une ancienne pièce du boulevard du Temple « Dépêchez-vous et
jouez-moi la Fille de l’air avec accompagnement de guibolles », MONTÉPIN • déménager à la cloche (sonnette) de
bois « déménager furtivement en tamponnant la clochette d’éveil adaptée aux portes de
beaucoup d’hôtels garnis » (LARCH.) • filer son nœud • filer comme un zèbre • se lâcher du ballon
« s’enfuir avec la vitesse d’un aérostat » (LARCH.) « Tu te la casses, il se pousse de l’air ou il se lâche du ballon,
nous fendons notre équerre ou nous affûtons nos pincettes, vous vous déguisez en cerf ou vous graissez le tourniquet, ils pincent
• se cavaler « Il faut se cavaler et vivement », CHENU • tirer sa
crampe « fuir. A aussi un autre sens qui n’est pas de notre ressort » (LARCH.) « Elle a pris ses grands
airs et j’ai tiré ma crampe », MONTÉPIN • tirer sa coupe ◪ 1852 se débiner disparaître « Quant à moi, je
maquille une aff après laquelle j’espère pour me débiner, pour m’éloigner de la rousse », Patrie, 2 mars 1852 ◪ 1867 se
carapater se sauver, jouer des pattes • jouer des guibolles • sauver son lard se sauver quand on
est menacé • se la tirer sous-entendu sa crampe • se tirer des pieds « L’emp’reur dit en r’misant sa
leur télégraphe ou ils accrochent leur tender », VILLARS
tiare :/C’est l’moment d’se tirer des pieds./S’ils me revoient encore,/Ils vont m’fair’ musulman,/Et j’sais qu’quand on est
• jouer des paturons •
prendre la tangente on trouve précédemment s’échapper par la tangente (Acad., 1798) « Les p’tit’s
Maure,/Hélas ! c’est pour longtemps », L. LELIÈVRE et E. GIRAUDET, L’Empereur du Sahara, 1904
femm’s gardaient nos vêt’ments,/On s’aperçut, en les r’prenant,/Qu’nos portefeuill’s n’étaient plus d’dans./Pour payer, jugez
• se tirer des pattes • jouer
des flûtes courir, se sauver • filer son câble par le bout • déménager à la ficelle « à l’insu du
propriétaire, la nuit, avec ou sans cordes, par la fenêtre ou par la porte, – dans l’argot des
bohèmes, pour qui le dieu Terme est le diable » (DELV.). Techniquement parlant, c’est « déménager
en descendant les meubles par la fenêtre à l’aide d’une corde » (LARCH.) • fendre l’ergot • se
d’l’embarras !/Ces dam’s avaient pris la tangente », R. GAËL, Y a qu’Montmartre, 1911
pousser de l’air « C’est donc gentil de faire des poufs au monde et de se pousser de l’air ! Ah ! mais, on ne me monte pas le
e
coup », Almanach du hanneton, 1867 • se la courir • se la donner ■ f. XIX mettre les flûtes les flûtes étant
les jambes « Tu sais…, méfie-toi…, l’est moins deux ;/pas d’giries ou… j’te capahute ;/et pis après j’me mets les flûtes,/tant
pir’ pour les canards boiteux », J. RICTUS, Le Cœur populaire, v. 1900 • filer comme un dard ◪ 1872 fendre son
écuelle • jouer des fourchettes • se cramper ◪ 1880 se tirer des flûtes « Quand vient l’moment d’payer,
y en a deux ou trois qui se tirent des flûtes… », Le Monde plaisant, 1880 ◪ 1883 jouer des gambettes • se faire la
paire on trouve précédemment « se payer une paire de pattes (1866) » puis « faire la paire
(1878) » (ESNAULT) « ANGÈLE : Mais, boucle-la donc aussi, toi… C’est vrai, tu me laisses insulter ! – OSCAR (plus bas) : Ferme
que je te dis, et fais-toi la paire », D. LESUEUR, Le Masque d’amour, 1905
◪ 1894 se sauver sans prendre le temps
de dire au cul de venir « décaniller à toute vitesse » (LYON) ◪ 1899 en jouer un air peut-être un
croisement de jouer des flûtes et jouer la fille de l’air « La première fois qu’on va au feu, il est permis d’avoir les
e
grelots, mais jamais d’en jouer un air », SAINÉAN, L’Argot des tranchées, 1915 ■ d. XX faire le mur ◪ 1915 mettre les
bouts de bois les bouts de bois sont les jambes : les cannes, les quilles, etc. On trouve mettre les
baguettes en 1903 « Vers 10 plombes on va au plume en attendant qu’un perco à la graisse d’oie nous dise que les Boches
e
ont mis les bouts de bois », SAINÉAN, L’Argot des tranchées, 1915 ■ m. XX se tailler ◪ 1937 mettre les adjas par
croisement probable avec mettre les bouts, mais on trouve se faire l’abja en 1899 et faisons la
jaja ! dès 1879 au sens de prendre la fuite. Du romani dja !, va ! « tu peux aller dans le xvie, ils te diront
jamais : “J’ai mis les adjas” ou alors “le mec il a refilé son futard dans les tinettes”. Ils chercheront des mots, euh, qui sont bien,
quoi, là », La Mâle Parole, 1975
e
e
■ d. XV sauve qui peut ■ m. XVII 1640 haut le corps, jacquette de gris « va t’en, sauve toy »
(OUD.) • sauve-toi, ferreur d’aiguillettes fuis promptement • il a marchandé au pied et non pas à
la toise il a fui • à vau de route en fuite • sauvez-vous, on cherche les beaux « esloignez vous,
fuyez » (OUD.) • il n’y a plus que le nid « la personne est eschappée » (OUD.) • se sauver par les
marais « par des lieux difficiles et qu’on ne gardait point, à cause du danger qu’il y avait de s’y
enfoncer » (FUR.) • détalons, le marché se passe fuyons • l’oiseau s’en est envolé « cet homme
e
s’est sauvé, il est eschappé, il a fuy » (OUD.) ■ f. XVII 1690 faire le plongeon « se baisser et
s’échapper dans une foule, en sorte qu’on ne paraît plus » (FUR.) • un pied chaussé, l’autre nu
e
« celui qui s’enfuit en grande hâte, qui n’a pas eu le loisir de s’habiller » (FUR.) ■ m. XIX doubler un
cap « c’est faire un détour, soit pour ne pas passer devant un créancier, soit pour éviter l’endroit
e
où il peut être rencontré » (BALZAC, in LARCHEY) ■ f. XIX 1872 tirer (courir) une bordée « faire une
absence illégale. Terme de marine. Allusion aux conditions dans lesquelles les équipages vont à
terre par bordées » (LARCH.)
POURSUIVRE
pourchasser, talonner, traquer
e
e
e
■ d. XVI être aux trousses de ■ d. XVII suivre à la trace ■ m. XVII 1640 poursuivre en queue
« courir après l’ennemy » (OUD.) • faire fuir comme trépillards chasser, donner la chasse •
galoper une personne • serrer de près poursuivre vivement • donner la chasse • chausser les
e
éperons ■ f. XVII 1690 avoir couru comme un loup gris avoir été vivement poursuivi • tailler des
croupières à quelqu’un « l’obliger à fuir, le poursuivre vivement, le faire ailler, trotter et courir, lui
e
e
donner bien de l’exercice » (FUR.) ■ XIX chasse à l’homme ■ m. XIX 1867 filer un sinve suivre
e
quelqu’un • faire la filature suivre quelqu’un ■ d. XX 1926 filer le train suivre l’allure du peloton, en
e
cyclisme ■ m. XX 1935 filer le dur par fusion verbale avec filer le train
PARTIR
quitter, s’éloigner, déloger, calter, se casser, décaniller, se tailler‚ se tirer, se trotter, s’éclipser, riper
■
XIII
e
se mettre au chemin ■
XIV
e
prendre congé de • prendre la clef des champs
« Il n’eut
gueres esté avant que le ventre luy brouilla et grouilla tellement qu’il fut contraint de soy bouter en une vieille masure
inhabitable, pour faire ouverture au clistere qui demandoit la clef des champs », Cent Nouvelles Nouvelles, 1467
e
■ XV tirer
pays « Elle s’en vint devers son oncle, qui luy bailla son cheval, et elle monte et puis tire païs », Cent Nouvelles Nouvelles, 1467
• prendre son sac et ses quilles « les quilles sont prises ici au figuré pour les jambes » (QUIT.) •
trousser ses bagues et ses quilles « Si les laissay illecques trousser les bagues et leurs quilles, et m’en alay reposer »,
e
e
Les Évangiles des quenouilles, v. 1470 ■ XVI se mettre en chemin ■ m. XVI tirer ses guêtres • vider les
e
e
lieux ■ XVII fausser compagnie « quitter la compagnie, abandonner » (OUD.) ■ d. XVII trousser ses
quilles ◪ 1606 faire un trou à la nuit « si aucun part de quelque lieu à la dérobée, sans que
personne en sçache rien, et mesmes lors qu’on l’eust le moins soupçonné, on use de ce proverbe,
Il a faict un trou à la nuict. C’est une métaphore prise des lieux fermez de murailles, ou autre
closture et dont la porte est fermée de nuict, de sorte que ceux qui en voudroyent sortir devant le
jour venu, seroient contraincts de faire une bresche ou pertuis à la muraille pour passer. Cela est
de mesme à ceux lesquels pour n’estre apperceuz de personne, s’en vont de nuict, comme si la
nuict étoit un clos, auquel il faudroit faire un trou, pour passer devant l’arrivée du jour, qui seroit
e
comme l’ouverture de la porte » (NICOT) ■ m. XVII 1640 faire Jacques déloge « partir
précipitamment sans payer son terme ou sans prendre congé de la compagnie » (DELV.) • trousser
(plier) bagage • déloger sans trompette s’en aller sans rien dire • les pieds lui démangent il a
envie de s’en aller • prendre congé de la compagnie s’en aller sans dire adieu • plier ses
chemises • bander sa caisse « s’en aller. Cela est tiré des Tambours qui bandent leur quaisse en
partant d’un lieu » (OUD.) • se dérober d’une compagnie en sortir secrètement • faire haut le
corps • jeter (prendre) ses jambes à son cou « se mettre en chemin, s’en aller ; d’autres disent
pendre, etc. » (OUD.) • trousser (plier) son paquet • sonner la retraite se retirer • sortir de sa
tanière « s’enfuir de son lieu. Sortir de sa demeure » (OUD.) • faire vide aquam, l’eau bénite de
Pâques « s’en aller, sortir d’un lieu. C’est une sotte allusion à vuider, qui signifie sortir. Le vulgaire
prononce, videacan » (OUD.) • se remuer d’un lieu en sortir • faire haut le gigot • montrer les
e
talons ■ f. XVII 1690 mettre les voiles « Mes chers vieux, Quand les Bobosses ont mis les voiles des tranchées avec
tout leur bardin, on a pris le “Saurer” des Galeries Lafayette et sommes à c’t’heure au repos », SAINÉAN, L’Argot des tranchées,
1915 • aller danser un
branle de sortie « être prêt à s’en aller de quelque part, ou en être chassé »
e
(FUR.) • avoir le pied à l’étrier être prêt à partir ■ XVIII tirer sa révérence • lever le camp • lever
l’ancre ■ d.
XVIII
e
1718 décharger le plancher ■ m.
XVIII
e
ficher le camp
« D’abord l’oncle des
mariés/S’oppose à leur effronterie./– Vous n’êtes d’la copagnie,/Dit-il, fichez l’camp sans fracas… », VADÉ, La Pipe cassée,
1746 ne pas demander son reste ne pas insister, se retirer d’un lieu à la suite d’incidents
fâcheux, par crainte de les voir se renouveler. Plaisanterie probable à partir de donner son reste à
quelqu’un « il pensoit en lui-même à la scène de Catherine, et tremblant toujours que quelqu’accident ne découvrît ce qui
v. 1755 ◪
s’étoit passé, il ne demanda pas son reste, prit congé de son oncle et sortit promptement, fort content de sa journée », CAYLUS,
◪ 1753 battre aux champs « SUZON (mettant la boëte dans sa poche) : Oh ! t’es
trop long, je bats aux champs. – NIGAUDET (courant après elle) : Doucement… doucement… comme
vous empochez !… ça ne se donne qu’en sinant. Oh ! donnant, donnant », Madame Engueule,
e
1754 ■ f. XVIII foutre le camp « Pargué, M. l’Suisse, si j’sommes de trop, j’allons foute le camp », Le Drapeau rouge de
e
e
la mère Duchesne, 1792 ◪ 1798 prendre la porte ■ XIX changer d’air ■ d. XIX brûler la politesse
« s’esquiver sans faire la politesse d’un adieu » (LARCH.) « aux approches du Quesnois, je lui brûlai la politesse, et
me dirigeai sur Landrecies », VIDOCQ, Mémoires, 1828 • lever un siège ◪ 1827 se donner de l’air « s’en aller de
quelque part, non parce qu’on y étouffe, mais parce qu’on s’y ennuie, ou parce qu’il est l’heure de
se retirer » (DELV.) ◪ 1828 le coup de l’étrier « Je retrouve ma pièce de cent sous… elle me suffit non-seulement
Œuvres badines, 1746
pour satisfaire à toutes ses réclamations, mais encore à offrir à messieurs du corps de garde, je ne dirai pas le coup de l’étrier,
mais cette petite goutte que le péquin paie volontiers », VIDOCQ, Mémoires, 1828 • filer son
nœud « C’est bon… suivons le
cortège… je file en conséquence mon nœud, sans paraître m’inquiéter de ce que je laisse derrière moi », Vidocq, Mémoires,
e
■ m. XIX 1846 se déguiser en cerf « se retirer avec plus ou moins d’empressement » (DELV.)
◪ 1856 prendre ses cliques et ses claques « Je vais vendre mes seigles du chemin de Larchant pour être prêt à
1828
racheter mes trois arpents du Petit-Barau quand le sabotier prendra ses cliques et ses claques », H. MURGER, Scènes de
e
◪ 1857 à l’anglaise cette formulation a eu au XIX l’acception générale de
« brusquement, sournoisement, sans galanterie » – peut-être générée par les usages des
Britanniques, interprétés par l’anglomanie, parfois acerbe, de l’époque ; voir, ci-dessous, filer à
l’anglaise « Alors je m’esbigne… Qui est-ce qui vient voir la première représentation du drame à Chaumontel ? – Moi. – Et
campagne, 1856
moi aussi. – Je me la casse à l’anglaise, autrement dit sans saluer le bourgeois et la bourgeoise, c’est le grand chic »,
H. MONNIER, Joseph Prudhomme, 1857 ◪
1866 se barrer « j’en ai eu marre de vivre dans ces conditions. Je me suis barrée
1867 vider le plancher • décamper sans tambour ni trompette
« s’en aller discrètement, ou honteusement, selon qu’on est bien élevé ou qu’on a été
inconvenant » (DELV.) • pisser à l’anglaise « disparaître sournoisement au moment décisif » (DELV.)
de chez moi », Paroles de bandits, 1976 ◪
« une après-midi, sur la place de la Bastille, elle avait demandé à son vieux trois sous pour un petit besoin, et que le vieux
•
prendre la tangente « s’échapper de l’école, – dans l’argot des Polytechniciens » (DELV.) • se
e
pousser de l’air s’en aller de quelque part ■ f. XIX mettre les flûtes les flûtes étant les jambes « Tu
l’attendait encore. Dans les meilleures compagnies, on appelle ça pisser à l’anglaise », É. Z OLA, L’Assommoir, 1877
sais…, méfie-toi…, l’est moins deux ;/pas d’giries ou… j’te capahute ;/et pis après j’me mets les flûtes,/tant pir’ pour les canards
• débarrasser le plancher • filer à l’anglaise l’expression est
enregistrée, dans une langue familière de bonne tenue, par le Nouveau Larousse illustré de 1898,
boiteux », J. RICTUS, Le Cœur populaire, v. 1900
qui fournit cette explication assez plausible : « Cette locution vient de ce que, dans les bals, les
soirées, la coutume était depuis longtemps établie, en Angleterre, de se retirer sans aller saluer le
maître ou la maîtresse de la maison, tandis que l’obligation contraire, fort gênante, régnait en
France » « Sont-ils bêtes, ces gens-là, dit-elle, un peu contrariée, en haussant les épaules. Si vous voulez, nous allons filer à
l’anglaise, et les laisser à leur tapage. Nous nous excuserons demain », REBELL, La Câlineuse, 1898 • faire son balluchon
• tourner les talons « Elle n’avait pas plus tôt tourné les talons que j’arrivais de mon côté ! », Mémoires de Casque d’Or,
1902 ◪ 1872 graisser ses bottes se préparer au départ ◪ 1894 se déguiser en courant d’air •
e
prendre son cul par l’oreille s’en aller ■ d. XX se faire la valise « C’est mieux que je me fasse la valise, tu
vois… Une fois coupé en deux je me sentirai enfin tranquille », F. DARD, 1956 • mettre la clef sous le paillasson •
mettre les riquettes « Alors les mecs, ça a tellement bien été, quoi, que les quatre, cinq gars qui étaient là, ils ont été
obligés de mettre les riquettes aussi, eux. Comme ça après il n’y avait plus personne, quoi, on était tous là », La Mâle Parole,
1975 • partir sans laisser d’adresse •
faire le mur « Mon p’tit pote, me dit Cécel, ici, quand qu’on est un homme,
y a jamais d’histoires entre nous. On fait l’mur et on va s’donner ça en douce. Mais ton mec, c’est qu’un fumier. Il est premier
jus, rempilé, foireux, trouillard, dégonfleur et empapaouté », J. BLANC, Joyeux, fais ton fourbi, 1947
• entrer par une
porte et sortir par l’autre s’éclipser rapidement ◪ 1918 mettre les bouts probablement par
abréviation de bouts de bois. Le sens actuel est de « quitter les lieux » plus ou moins
définitivement « Elle a cinquante-cinq ans/Quatre gosses qu’ont mis les bouts/Plus d’mari pas d’amant », RENAUD ◪ 1921
e
changer de crémerie une crémerie étant un café où l’on servait à manger au XIX et au début du
e
siècle, et où la clientèle avait ses habitudes « Si seulement Jo voulait m’écouter, on changerait de crémerie »,
GUÉRIN, La Peau dure, 1948 ◪ 1922 faire la malle s’en aller clandestinement. Peut-être par abréviation
de la malle à quatre nœuds (1914), le balluchon « Ce ne sont pas les coups qui l’éloigneront de son homme.
XX
Cependant, un jour, elle en trouvera un autre, qui la battra aussi, elle le saura avant de le prendre ; mais partira avec lui, sans
bruit ; le soir, elle ne reparaîtra pas, elle aura “fait la malle” », G. BERNARD, Les Bouges de Paris, 1922
◪ 1928 se gicler
e
s’en aller ■ m. XX tailler la route « Laisse tomber, je conseille à Pierrot, une fois le snack bouclé. Qu’est-ce qu’on en a
à foutre de ce merdeux ? On s’est taillé la route, hilares », B. BLIER, Les Valseuses, 1972 • se tailler ◪ v. 1940 se faire la
malle forme réfléchie par attraction de se tailler, se barrer, se la faire, etc. D’abord au sens de
« s’évader », en milieu carcéral « J’ai travaillé deux ans à mon compte et puis il y a eu les événements de Mai 68 et j’ai
des clients qui se sont fait la malle sans me payer. Pas une thune. Rien, et des impôts à payer. C’est là que j’ai abandonné
e
l’artisanat », Paroles de bandits, 1976 ■ f. XX
s’arracher partir, s’en aller
■ m. XVI faire bande à part « se séparer d’une troupe, d’un parti avec lequel on avait quelque
e
liaison » (FUR.) ■ m. XVII 1640 il est allé au haut et au loin « on ne sçait où il est allé ; il s’est
absenté sans rien dire » (OUD.) • ici et ailleurs fait-il bon « qu’il ne faut pas toujours demeurer en
un lieu » (OUD.) • il vaut mieux que vous vous en alliez qu’un muid de vin à un homme qui s’en
va • c’est trop mangé d’un pain « qu’il faut changer de lieu ou de maistre » (OUD.) • il ressemble
le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle « il s’en va lors qu’il est convié » (OUD.)
• elle n’y couvera pas longtemps elle n’y demeurera pas • il ne fait guère d’ordure en ce lieu-là il
e
n’y demeure guère ■ f. XVII 1690 prendre ses jambes sur (à) son cou « se résoudre à partir pour
faire quelque message, quelque voyage ; quand on se résout à faire un voyage à pied » (FUR.) •
buvez un coup, et haut le pied « à ceux qu’on fait partir brusquement » (FUR.) • adieu jusqu’au
e
e
e
revoir jusqu’à la première rencontre ■ XIX fouette cocher ! ■ m. XIX 1842 il n’y a si bonne
compagnie qui ne se quitte « on cite ce proverbe lorsque, sous prétexte de quelque affaire, on
laisse les personnes avec qui l’on se trouve ; mais on s’expose à entendre quelqu’une d’elles y
ajouter ce complément épigrammatique : “Comme disait le roi Dagobert à ses chiens” » (QUIT.)
◪ 1857 en route, mauvaise troupe ! « gracieux dicton que l’on répète lorsqu’on se met en marche
avec des amis » (LYON) « à chaque bout de cette corde, ils ont attaché un des deux vagabonds en question – un vieux,
hideux comme un type de Callot, et un jeune, horrible comme un héros d’Eugène Sue, tous les deux en loques, bien entendu :
Clopin Trouillefou et Tortillard. Puis en route, mauvaise troupe ! », A. DELVAU, Miei Prigioni, 1857
◪ 1867 aller au sabot
e
s’embarquer ■ f. XIX 1894 à la revoyure « au revoir. Expression qu’on ne manque jamais
e
d’employer en se serrant la main au départ » (LYON) ■ d. XX partir, c’est mourir un peu • t’as le
e
e
bonjour d’Alfred ! • être sur le départ on a dit pendant le XVIII et le XIX siècle être sur son départ.
Le changement de formulation est peut-être dû au développement des chemins de fer : un train
sur le départ
ARRIVER
atteindre, débouler
e
e
e
■ XVII faire son entrée ■ d. XVII arriver à bon port ■ m. XVII 1640 tâcher de gagner la ville (la
maison) d’arriver • mettre le pied en quelque lieu y entrer • planter le piquet s’arrêter quelque
e
part • je n’ai encore rien vendu je viens d’arriver • entrer en jeu paraître ■ XIX montrer le bout
e
e
de son nez ■ d. XIX regagner ses pénates l’idée est déjà présente au XVII , avec cependant la
compréhension des pénates, « dieux domestiques ». Cf. « Nous voici retournés à nos dieux
pénates, Madame, qui ne nous garderont pas longtemps, car nous serons à Paris à la fin de
novembre, et je pense que nous vous y retrouverons » (SÉVIGNÉ, 1682) « Émilie, ne fût-ce qu’à quatre
pattes, aurait pu regagner ses pénates, et alors, pour peu que la langue lui revînt, mes démarches étaient infailliblement
divulguées », VIDOCQ, Mémoires, 1828
e
■ m. XIX ficher les pattes « venir. Mot à mot : “mettre les pieds” »
(LARCH.) « Si vous vous permettez de fich’ les pattes ici quand j’y serai », GAVARNI ◪ 1867 montrer son nez « faire
une courte apparition quelque part, – dans l’argot des employés, qui, après avoir montré leur nez à
e
leur ministère, ne craignent pas de lui montrer aussitôt les talons » (DELV.) ■ f. XIX arriver comme
les carabiniers trop tard. Allusion à une opérette d’Offenbach (Les Brigands, 1869) où un couplet
célèbre dit : « Nous sommes les carabiniers […] Nous arrivons toujours trop tard » ; quelquefois, la
référence est explicite : « […] avant la venue des gardiens de la paix que l’on accuse bien à tort d’arriver comme les
carabiniers d’Offenbach, pour ramasser les blessés quand ce n’est pas malheureusement les morts », E. CORSY, La Médaille de
e
■ d. XX sentir l’écurie sursaut d’énergie donné par la sensation d’« arriver au bout » de
quelque chose
e
■ d. XVII 1606 qui parle du loup en voit la queue « quand quelqu’un arrive dans une
compagnie en même temps qu’on parlait de lui ; parce que la présence de celui qui arrive
interrompt le discours qu’on tenait de lui, et qu’on dit que celui là se tait qui a vu le loup » (FUR.)
mort, 1905
e
■ m. XVII 1640 elle est revenue, Denise « c’est pour dire qu’une fille ou femme qui s’en estoit
allée furtivement est de retour » (OUD.) • la foire sera bonne, voici bien des marchands « quand
on voit arriver plusieurs personnes en une compagnie » (FUR.) • le reste de mon écu, rien qui
vaille « cecy se dit en voyant arriver quelque bon compagnon » (OUD.) • s’il est bien planté, il
reviendra « il retournera icy. C’est une allusion au double sens de revenir » (OUD.) • il a bien fait
e
de venir « je ne le fusse pas aller quérir » (OUD.) ■ f. XVII 1690 il faut faire une croix à la
cheminée « quand on est surpris de la visite d’une personne qui avait négligé longtemps de venir
en une maison » (FUR.) • être housé et crotté « comme le sont les voyageurs qui arrivent avec des
houseaux » (FUR.) • être crotté et hourdé « quand on revient de ville sale et crotté comme un
e
messager » (FUR.) ■ m. XVIII face d’homme porte (fait) vertu « ces proverbes signifient que la
présence d’un homme sert beaucoup à ses affaires. Ils s’appliquent particulièrement lorsque
l’arrivée d’une personne dans une société fait changer de mal en bien les propos qu’on y tenait sur
son compte » (QUIT.)
FAIM
famine, fringale, dalle, creux
e
■ XVI crier famine • avoir les dents longues « par Dieu jamais, tous ceux qui estoient à Sagunce n’eurent si
grand faim, jamais Enée et ses compagnons n’eurent les dens si longues que le pouvre diable », NOËL DU FAIL, Les Balivernes
e
m. XVI aiguiser l’appétit donner faim • avoir le ventre creux « n’avoir rien mangé
e
de long temps » (OUD.) ■ m. XVII 1640 affamé comme un chasseur • mes boyaux crient
vengeance • appétit de chien insatiable • il a toujours une aune de boyaux vide « il est toujours
prest à manger. Le reste est, pour festoyer ses bons amis » (OUD.) • la gueule me gagne (me
rabâte) • je sens mon heure • avoir les dents aussi longues qu’un gril avoir grand faim • une
mouche de cuisine un affamé • la mousse lui est crue au gosier « il n’a pas mangé de long
temps » (OUD.) • plaider avec le boulanger « avoir faim, n’avoir point de pain » (OUD.) • avoir plus
envie de mordre que de ruer • il semble à mon ventre que le diable ait emporté mes dents « il y
a long temps que je n’ay mangé » (OUD.) • avoir mal aux dents • les araignées ont fait leur toile
e
sur nos dents il y a longtemps que nous n’avons mangé ■ f. XVII 1690 être affamé comme un
jeune levron « homme qui mange beaucoup ; jeune homme de bon appétit » (FUR.) • le soleil luit
e
dans son ventre homme qui a grand faim ■ XIX crever de faim « qui en voyant son embonpoint, ses
e
proportions de mangeur se figurerait que ce gaillard là crève peut-être parfois de faim ! », J. RICTUS, Journal, 1899 ■ m. XIX
avoir une faim de loup « BELVAL : Pourvu que le dîner n’en soit pas compromis. – ANDRÉE : Le dîner ! il s’agit bien de ça. –
BELVAL : Dis donc, j’ai une faim de loup, moi ! », M. DU VEUZIT et R. NUNÈS, Le Sentier, 1907-08 • avoir l’estomac dans
d’Eutrapel, 1548 ■
les talons ◪ 1836 avoir la fringale selon les étymologistes, fringale vient de faim-valle (faim de
e
e
loup), dont la variante faim-calle a vécu jusqu’au XIX siècle. À la fin du XVIII , fringale est encore
utilisé dans le sens de « faim extrême », cf. « Avez-vous ou ne pas songer à notre garde-manger,
et exposer un million de citoyens à endurer la fringale ? » (HÉBERT, 1791), le sens moins dramatique
du mot n’apparaissant que bien après la Révolution : « Fringale, faim subite dont on est saisi hors
de l’heure des repas : “avoir la fringale” » (N. LANDAIS, 1836) « Hélas ! mademoiselle, dit Rodolphe quand ils
eurent achevé leur repas, grâce à vous, mon estomac est satisfait. Ne satisferiez-vous pas de même la fringale de mon cœur,
qui est à jeun depuis si longtemps ? », H. MURGER, Scènes de la bohème, 1851
◪ 1851 avoir une faim caniche par
plaisanterie sur faim canine « J’emprunterai quelques sesterces à un favorisé de la chance, et je rapporterai de quoi
arroser une sardine ou un pied de cochon. – Va donc, fit Marcel, j’ai une faim caniche ! je t’attends là », H. MURGER,
Scènes de la bohème, 1851 ◪ 1867 passer par l’étamine « souffrir du froid, de la faim et de la
soif » (DELV.) • sauter à la perche « ne pas savoir où manger, – dans l’argot des faubouriens, par
allusion aux efforts souvent vains des singes des bateleurs pour atteindre les friandises placées à
l’extrémité d’un bâton » (DELV.) • rage de dents grosse faim • se coucher bredouille se coucher
sans avoir dîné • avoir toujours des boyaux vides avoir toujours faim • avoir une crampe au
e
e
pylore avoir grand appétit ■ f. XIX avoir la dent ■ d. XX manger avec les chevaux de bois « Et
merde, j’ai beau rouler, jouer les “modernes”, j’avais mauvaise conscience mais j’avais besoin d’un vrai repas, depuis le temps
que je croûtais avec les chevaux de bois et n’éclusais que du Château-la-pompe », A. VERS, Gentil n’a qu’un œil, 1979
la dalle • avoir les crocs
• crever
« Quentin se leva et la porte s’ouvrit. C’était Petit, suivi d’un noir portant notre soupe. –
Chouette, la jafe ! J’avais les crocs, mézigue », J. BLANC, Joyeux, fais ton fourbi, 1947
• claquer du bec ◪ 1914 la
sauter « Si vous pouviez m’envoyer un petit paquet, il serait ici le bienvenu car, soit dit en langage poilu : “On la saute un
peu.” Mettez-y un peu de charcuterie, du lait condensé, mais pas de chocolat et un peu de confiture », Giono, Lettre du 20
e
■ m. XX avoir la boîte à ragoût qui fait bravo • avoir la dalle par abréviation
probable de avoir la dalle en pente, qui signifiait aussi bien avoir envie de manger qu’avoir envie de
e
boire ■ f. XX avoir un creux abréviation d’avoir un creux à l’estomac « les gigots succèdent aux soufflés,
septembre 1917
personne ne m’apporte le moindre canapé, je commence à avoir un creux », B. BLIER, Beau-Père, 1981
e
■ d. XVII ventre affamé n’a point d’oreilles « un homme assiégé ou affamé n’écoute point les
remontrances » (FUR.) ; dans Le Tiers Livre (1546), RABELAIS affirme que « le ventre affamé n’a
e
point d’aureilles » ■ m. XVII 1640 manger des regardeaux « n’avoir rien à manger sur la table et
se regarder l’un l’autre, ou bien regarder manger les autres » (OUD.) • humer du vent ne point
manger • il n’y a point de meilleure horloge que le ventre « l’appétit fait connoistre quelle heure
il est » (OUD.) • mal de tête veut repaître « le mal de tête est souvent un indice du besoin de
e
l’estomac, et dans ce cas on l’apaise en mangeant » (QUIT.) ■ f. XVII 1690 il n’y a ni pain ni pâte il
n’y a rien à manger • aller (venir) faire la guerre au pain « des gens affamés et surtout des valets
qui vont en manger beaucoup ; jeunes gens qui reviennent affamés dans une maison » (FUR.)
e
■ m. XVIII 1748 bouder contre son ventre refuser de manger malgré la faim « Ma mère, qui avait le
cœur bien placé, lui reprocha sa mauvaise humeur pendant le repas ; mon père, qui de temps en temps avait l’esprit juste, lui
répondit : “Cela doit vous prouver, madame, que je puis bouder contre mon ventre, sans que celui des autres s’en ressente” »,
e
■ f. XIX 1872 et du pain ? « as-tu de quoi manger ? Donner des
conseils à un malheureux affamé, il vous ramène à la question par ces mots : “Et du pain ?”
Gavarni montre un trois masque abordant à l’Opéra un domino femelle, qui l’attend, binocle à
l’œil : “Pus qu’ça de lorgnon, dit-il. Et du pain ?” La question déchire d’un seul coup les faux dehors
de cette femme élégante qui n’a peut-être pas dîné pour acheter des gants » (LARCH.) ◪ 1894 j’ai
une faim, que je la vois courir « quand on voit courir sa faim devant soi, c’est que véritablement
CAYLUS, Mémoires des colporteurs, 1748
e
on ne saurait s’abuser sur son existence » (LYON) ■ d. XX ça creuse ! Après la découverte d’un
cadavre en putréfaction, E. Raynaud raconte : « Jaume avait commandé une avalanche de
choucroute […] qu’en tout autre cas, j’aurais qualifiée d’appétissante ; mais nous avions le cœur
encore trop soulevé de dégoût pour y prendre plaisir. Ce n’est pas l’envie de nous restaurer qui
nous talonnait. On dit que les émotions creusent, mais pas du genre de celles que nous venions
d’éprouver. Nous ne nous étions mis à table, mes amis et moi, qu’après une longue station au
lavabo et un décrassage effréné » (Souvenirs de police au temps de Ravachol, 1923)
PÉNURIE
manque, carence, disette, épuisement
■ m.
e
rien à frire rien à manger « La guerre fut en tous lieux si amère… tellement que plus rien à frire
n’entrèrent à Paris », La Juliade, 1651 ◪ 1640 il nous fait chier petites crottes « il ne nous donne gueres à
manger » (OUD.) • la cuisine est fort froide il n’y a rien à manger • il n’y a rien de si froid que
l’âtre idem • mâcher à vide n’avoir rien à manger • être par-delà le pain n’avoir plus de pain au
logis • il n’y en a pas pour sa dent creuse « cela ne suffit pas pour le rassasier » (OUD.) • plaindre
les morceaux donner peu à manger • faire manger des oublies « oublier de donner à manger.
Allusion » (OUD.) • rogner (tailler) les morceaux « donner peu de chose à manger, retrencher les
e
viandes » (OUD.) • il soupe dès le matin de peur de chier au lit il n’a guère à manger ■ f. XVII 1690
ronger son râtelier « de celui qui n’a pas d’emploi, ou de quoi manger » (FUR.) • ronger sa litière
idem
XVII
JEÛNE, PRIVATION
diète
e
■ m. XVII 1640 il est fête au palais « des jours de jeûne ; par une méchante pointe à cause que
le palais de la bouche ne travaille point » (FUR.) • prendre paradis pour famine • dîner (souper)
e
par cœur ne manger point ■ f. XVII faire maigre ne pas manger de viande les jours où l’Église le
défend ◪ 1690 jeûner à fer émoulu « observer le jeûne dans toute sa rigueur. Les Turcs en
e
jeûnant ne mangent rien de tout le jour et se saoulent toute la nuit » (FUR.) ■ d. XIX se la brosser il
semble bien que l’on doive comprendre simplement se brosser la panse (être privé de manger),
métaphore d’un geste de privation, cruel certes, mais réel chez les affamés, qui consiste à frotter
l’estomac dans un mouvement de va-et-vient horizontal de la main, comparable à celui d’une
brosse. La formule de refus ça fait brosse, attestée en 1808 par BOISTE, pourrait également être
e
interprétée ainsi. Se brosser, elliptiquement, n’est attesté que dans la seconde moitié du XIX siècle
« Contes que tout cela ! quand on est désargenté on se la brosse, ou l’on prend un litre, et l’on ne va pas se taper un souper à
l’œil [à crédit] », VIDOCQ, Mémoires, 1828
• faire la tortue « Non ! et pourtant j’ai eu bien de la misère, allez… j’ai fait la
• danser
devant le buffet en 1866, l’expression paraît suffisamment connue au sens de « ne pas manger »
pour donner lieu à un jeu de mots : « À Nancy, le train s’arrête : il y a buffet ! Monselet tressaille toujours à ce mot
tortue quelquefois pendant deux jours, et plus souvent qu’à mon tour », E. SUE, Les Mystères de Paris, 1842
magique, si rassurant pour les estomacs en peine. Daudet et moi, qui sommes de petits mangeurs – surtout lorsque nous avons
déjà dîné, – nous dansons devant le buffet pour nous dégourdir les jambes », A. DELVAU, Du pont des Arts…, 1866
■ m.
e
XIX
dîner en l’air « je dois le dire, j’avais dîné en l’air pour me rendre plus tôt à l’invitation de monsieur Dervincourt, et je
commençais à avoir faim », H. MONNIER, Joseph Prudhomme, 1857 ◪ 1842 le supplice de Tantale « Alors, entourés de
gens qui mangeaient, suffoqués par les émanations de nourritures, le comte et la comtesse de Bréville, ainsi que M. et
• faire
de l’alchimie avec les dents « c’est n’avoir ni pain ni pâte, et mâcher à vide. C’est encore se
refuser la nourriture nécessaire, et chercher, comme l’avare, à remplir sa bourse par l’épargne de
sa bouche » (QUIT.) ◪ 1867 faire la balle élastique ne pas manger • aller voir défiler les dragons
« dîner par cœur, c’est-à-dire ne pas dîner du tout, – dans l’argot du peuple, qui se rappelle le
temps où, ne pouvant repaître son ventre, il allait repaître ses yeux, sous la République, des
hussards de la guillotine, et, sous l’Empire, des dragons de l’Impératrice. Qui admire, dîne ! »
(DELV.) • ne pas chier de grosses crottes avoir mal dîné, ou n’avoir pas dîné du tout • n’avoir rien
dans le cornet être à jeun • se brosser le ventre variation d’un hypothétique se brosser la panse
(voir ci-dessus) : « Se passer de manger, se coucher sans souper » (DELV.) « les birbes s’emplissent la panse
Mme Carré-Lamadon, souffrirent ce supplice odieux qui a gardé le nom de Tantale », MAUPASSANT, Boule-de-Suif, 1880
aux frais des sempiternels dupés qui, eux – toujours roulés ! – continuent à se brosser le ventre », Le Père Peinard, 1897
e
■ f. XIX bouffer des briques du mot brique signifiant miette – s’enfiler des briques (1878).
Cependant, l’expression a dès l’origine été comprise comme n’avoir rien à manger, sinon des
cailloux. Ainsi les variations d’Émile POUGET dans Le Père Peinard : « les milliers de copains
bouffent des cailloux » (1889) ; « il nous faisait bouffer du briche à la terre de brique » (1889) ;
« réduits à boulotter des briques à la sauce aux cailloux » (1894) « Vous êtes riches de la mistoufle du
populo. Qu’il n’y ait plus de déchards, bouffant des briques, lichant du sirop de grenouille, refilant la comète, six fois par
semaine – et vous baisserez le caquet ! », Le Père Peinard, 1892
• se bomber jeûner, se priver. Peut-être une
réfection de faire la tortue « les peinards qui n’ont pas un pelot à gaspiller et qui veulent tout de même zyeuter de la
peinture, faut qu’ils se bombent, sang dieu ! », Le Père Peinard, 1893 • faire balle être à jeun « Les forçats ne sont pas
dégoûtés et quelques taches dans un quart de pain ne sont pas pour faire reculer un fagot de bon appétit et qui fait balle »,
A. HUMBERT, Mon bagne
◪ 1875 faire ballon ◪ 1883 se serrer d’un cran « se priver de. Se serrer le
e
ventre, ne pas manger à sa faim » (DICT. LANGUE VERTE) ■ d. XX la sauter à pieds joints
reformulation probable de sauter à la perche « Comme j’étais plutôt tête de cochon et que les coups ça me faisait
rien, y z’avaient trouvé un moyen de m’avoir. C’était de me fout’ au cachot et de me la faire sauter à pieds joints. Y me
laissaient des deux, trois jours sans becqueter », SYLVÈRE (1906-1950)
• faire balpeau verlan de peau de balle, rien
« Les restes elle les filait dans le parmentier. “Mollo ! elle nous disait, mollo ! Sinon ce soir vous ferez balle-peau !” », B. BLIER,
Les Valseuses, 1972
• se mettre la ceinture subir des privations – de nourriture en particulier « Si j’avais
encore ma femme, j’dirais rien ; une femme trouve toujours de quoi faire d’la soupe ; mais moi, avec les gosses, on s’met la
ceinture, et on attend que monsieur l’blondin joli-cœur, il s’décide à m’servir mon dû ! », R. BENJAMIN, Les Justices de paix, 1913
◪ 1906 grève de la faim protestation s’exprimant par le refus de toute nourriture pendant un
temps plus ou moins long, et parfois jusqu’à la mort « Mise en prison pour neuf mois, elle [miss Davison] y
manifesta encore son ardeur combative en faisant la grève de la faim, en se barricadant dans sa cellule et en tentant de se
suicider », L’Illustration, 14 juin 1913
e
■ m. XX casser la croûte sans remuer les dents « Alors là encore j’ai été à
la Soupe, là. Alors on n’était pas trop riches, quoi, déjà à ce moment-là, on cassait souvent la croûte sans remuer les dents,
• être au régime jockey à un régime frugal, par référence aux jockeys,
obligés de surveiller leur alimentation pour garder leur légèreté
e
■ m. XVII 1640 se fâcher contre son ventre « ne point manger quand on est en colère, jeusner
par dépit » (OUD.) • jeûner entre la mie et la croûte « ironiquement, le jeûne ne l’empêche pas de
e
manger » (FUR.) ■ f. XVII 1690 double jeûne, double morceau « ironiquement à ceux qui mangent
les jours de jeûne plus qu’à l’ordinaire » (FUR.)
hein », La Mâle Parole, 1975
LA TABLE
e
■ m. XVII 1640 mettre cinq et retirer six prendre quelque chose dans un plat • la place du
niais au milieu de la table • pêcher au plat prendre de la viande dans le plat • tenir table
demeurer longtemps à table • il n’y a point de sermon « qu’il n’est pas besoin de se haster de
e
sortir de table » (OUD.) ■ m. XIX 1867 tard-à-la-soupe convive qui se fait attendre
LES REPAS
déjeuner, dîner, souper, gueuleton
e
■ f. XIII 1280 faire belle chère passage du sens de « faire beau visage » à celui de « faire
e
bombance » « Or faisons trestout bele kiere/Tien che morsel, biaus amis dous », Robin et Marion, 1280 ■ f. XVI chère
de commissaire « quand on sert chair et poisson. Ce proverbe n’a commencé que du temps des
Huguenots, car il fallait que les repas qu’on donnait les jours maigres aux commissaires des
chambres mi-parties fussent servis en chair et en poisson, afin que chacun en mangeât suivant le
e
e
e
devoir de sa religion » (FUR.) ■ XVII faire bonne chère bien manger, mais aussi, du XVII au XIX , bien
traiter ses invités. Cf. « Un mois durant, je fus traicté/Comme si leur fils j’eusse esté ;/Certes, si par la bonne chere/On
e
peut soulager sa misère,/Je mangeois là comme un vray loup/Et m’y remplissais jusqu’au cou », SCARRON, 1642 ■ d. XVII
entre la poire et le fromage à la fin du repas. La poire et le fromage ont été associés dès le
e
XIII siècle, dans cet ordre de consommation, comme un régal de fin de repas. Il a symbolisé très
tôt ce moment où « les langues se délient » « Nous en parlerons a souppé entre la poire et le fromage », SOREL,
e
■ m. XVII 1640 un déjeuner d’écolier un bon déjeuner • entrées de table « certaines
viandes que l’on sert au commencement du repas » (OUD.) • un déjeuner de chasseur un bon
déjeuner • traiter en commissaire « faire bonne chère, emplir bien les plats » (OUD.) • une
collation de moine bonne et ample • un dîner d’avocat « un bon disner, et à l’aise » (OUD.) • le
dîner de la brebis « disner sans boire » (OUD.) • le regoubillonnement des chambrières « la
collation avant que d’aller coucher » (OUD.) • un souper de marchand un bon souper, et avec
repos • un goûter de commères « un bon gouster où l’on cajolle fort » (OUD.) • une carrelure de
e
ventre un bon repas ■ f. XVII 1690 faire les bignets « faire une collation à l’époque du carnaval,
Francion, 1623
l’époque des bignets » (FUR.) • un repas de la cigogne « un repas dont les mets sont tellement
e
disposés qu’il n’y a que le maître qui en puisse manger » (FUR.) ■ d. XIX 1828 déjeuner à la
fourchette « se dit d’un déjeuner composé de mets substantiels et solides, de la viande par
exemple » (N. LANDAIS, 1836) ; s’oppose à sur le pouce, en utilisant seulement un couteau « Moi, j’ai
déjà pris du café et du thé ; mais je veux déjeuner à la fourchette, c’est meilleur genre… », P. DE KOCK, La Maison blanche, 1828
e
■ f. XIX 1894 un dîner à chier partout « expression élogieuse, usitée dans la meilleure compagnie,
pour un très beau dîner » (LYON)
e
■ m. XVII 1640 il n’y a pas moyen de sonner si la cornemuse n’est pleine « on ne parle
e
gueres avant d’avoir bien disné » (OUD.) ■ f. XVIII 1792 piqueur d’assiette « sobriquet injurieux
e
que l’on donne à un parasite, à un écornifleur de dîner (DHAUTEL) ; on trouve dès la fin du XVII
siècle piquer les tables, pour « vivre en parasite » ; à partir du vieux sens de piquer, « attraper
(voler) au passage » « Nous connaissons toutes les menées des piqueurs d’assiète de ce vieux tondu », HÉBERT, 1792
e
e
■ d. XIX pique-assiette piquer l’assiette se rencontre dès la fin du XVIII siècle, cf. : « pour être loin
de son camp, loin de ses ennemis, sous la protection de notre canon, à portée de piquer l’assiette
de nos pauvres officiers, et de faire demande sur demande au gouverneur et aux marchands »
e
(BOUFFLERS, Lettre à Mme de Sabran, 17 avril 1786) ■ m. XIX 1842 la table est l’entremetteuse de
l’amitié « à table les haines s’éteignent, les inimitiés cessent et l’amitié se resserre davantage »
(QUIT.) • point de mémoire à table • les morceaux caquetés se digèrent mieux « le plaisir de la
conversation mêlé à celui de la bonne chère est un préservatif contre l’indigestion, parce qu’en
parlant on mange plus lentement, et que les aliments s’imbibent mieux de salive, deux points
importants pour les gastronomes qui tiennent à conserver un bon estomac, et qui pensent avec
e
Brillat-Savarin qu’on ne vit pas de ce qu’on mange, mais de ce qu’on digère » (QUIT.) ■ f. XX on se
téléphone, on se fait une bouffe il semble que l’expression ait d’abord été en usage dans un
certain milieu snob et parisien – pour lequel il est primordial de toujours rester en contact –
comme formule en prenant congé de quelqu’un, sans intention particulière de s’engager à le revoir
très vite. L’expression est désormais utilisée de façon parodique, pour abréger des séparations qui
ont tendance à s’éterniser
LES INGRÉDIENTS
assaisonnement
e
■ f. XVI banquet de diables « où il n’y a point de sel. Ce mot de diable, se met avec toutes
e
sortes de noms, et sert à y donner quelque force » (OUD.) ■ m. XVII 1640 souper de sorciers sans
sel • j’ai vu le roi « on dit ce mot en prenant du sel dans une salière avec les doigts. Un autre
respond, j’ay veu un sot » (OUD.) • voyons si notre hôtesse a bonne tête « si le vinaigre du logis
e
est bien fort » (OUD.) ■ m. XIX la mort au beurre « se dit des mets dont la préparation demande
beaucoup de beurre. Les épinards sont la mort au beurre » (LITTRÉ) • pivois citron vinaigre
e
e
(HALBERT) ■ d. XX emporter la gueule être très épicé ■ m. XX avoir la main lourde mettre trop
d’un ingrédient dans un plat
LA CUISINE
e
■ m. XVII 1640 cuire à la fouée « dans les cendres chaudes, à la cheminée, et non pas au
four » (OUD.) • faire mitonner un potage « faire bouillir, et tremper lentement le pain dans le
bouillon sur un reschaut » (OUD.) • faire la cuisine « assaisonner les viandes » (OUD.) • couver un
mauvais œuf faire une mauvaise nourriture • dresser les viandes « les mettre dans le plat, les
ordonner pour les porter sur table » (OUD.) • barder la volaille « la couvrir d’une trenche de lard
e
au lieu de la larder » (OUD.) • déguiser une viande « l’assaisonner diversement » (OUD.) ■ d. XIX
un cordon bleu une excellente cuisinière « Elles eurent bientôt fait les préparatifs de ce premier festin, d’une
opulence après laquelle elles avaient si longtemps soupiré ; lorsque le gigot fut cuit à point, Suzanne s’occupa de mettre le
couvert… – HENRIETTE : Eh bien ! Frédéric, qu’en dis-tu ? n’arrange-t-elle pas bien ça ? – FRÉDÉRIC : On voit qu’elle s’y entend. –
SUZANNE : Quel’on vienne dire encore que nous ne sommes pas des cordons bleus ! », VIDOCQ, Mémoires, 1828
1857 faire la popote
■ m.
e
XIX
« Puis cette fois-ci nous sommes ravitaillés, on peut faire notre popotte ; c’est l’eau qui nous
manque ; il faut faire quatre kilomètres pour aller en chercher », SAINÉAN, L’Argot des tranchées, 1915
◪ 1867 faire sa
e
tambouille faire sa cuisine ■ f. XIX 1894 fatiguer la salade « l’oucher longtemps et en appuyant,
de manière que les feuilles soient un peu flappies. Les Lyonnais l’aiment mieux ainsi » (LYON)
e
■ m. XVII 1640 faire un tour en cuisine « reconnoistre si les viandes s’apprestent » (OUD.) • ce
bœuf sent sa plume « on l’a mis cuire fort tard, on n’est pas sorty du lit assez matin pour le faire
e
cuire » (OUD.) ■ f. XIX 1894 cuisinier brandouille « “qui fait la sauce aux grenouilles”, ajoute-t-on
souvent » (LYON)
LE COUVERT
e
■ d. XVII mettre le couvert « couvert, signifie aussi la nappe, la couverture de la table, et
encore plus particulièrement ce qui sert à chacun des conviez, comme l’assiette, la serviette, la
cuiller, le couteau, et la fourchette. On a mis le couvert dans cette sale » (FUR.) « À quelque temps de là,
des officiers masquez et fort bien vestus vinrent mettre le couvert et l’on servit ensuitte le souper », SCARRON, Le Roman
comique, 1651 ■ m. XVII
e
e
1640 un couvert une assiette et ce qui s’ensuit ■ f. XVII 1690 lever la nappe
desservir • mettre la nappe « mettre le couvert sur la table pour manger ; quand on reçoit la
compagnie chez soi, lorsque les autres apportent de quoi manger et quand on fournit seulement le
bois, la chandelle et autres menues nécessités » (FUR.)
e
■ m. XVII 1640 servir à plat couvert « servir à la grandeur » (OUD.) • batterie de cuisine
e
e
■ f. XVII 1690 il serait bon à châtrer un moine méchant couteau ■ f. XIX 1872 bête à cornes
« fourchette. Les cornes sont les dents, qui étaient au nombre de deux dans les anciennes
fourchettes » (LARCH.)
LES METS
plats, bouffe, bectance, becte, frichti
e
e
e
■ XVI artillerie de gueule vivres ■ m. XVI munitions de gueule provisions ■ m. XVII 1640
enfants de Dieppe « des harencs, parce qu’on les apporte de ce lieu là » (OUD.) • chapon de
Normandie « une crouste de pain dans de la bouillie » (OUD.) • les quatre mendiants des
noisettes, des amandes, des figues et des raisins • du sucre volant du miel • viande de
commissaire chair et poisson • marchandise du palais quelque chose à manger • du lolo « mot
d’enfant, de la bouillie » (OUD.) • œufs à la huguenote « cuits avec du jus d’éclanche [d’épaule de
mouton] » (OUD.) • le morceau honteux « le dernier morceau d’un plat, – dans l’argot des
bourgeois, qui n’osent pas y toucher, malgré les sollicitations de leur appétit, parce que la “civilité
puérile et honnête”, le leur défend » (DELV.) • pâtés d’ermite des noix • un morceau pour
boucher la bouteille « un peu de pasté ou d’autre viande après avoir beû, pour oster le goust et la
e
senteur du vin. Raillerie » (OUD.) ■ f. XVII 1690 un juste-au-corps « la croûte d’un pâté qui
enferme le lièvre » (FUR.) • pot pourri « ragoût composé de plusieurs éléments friands qui n’a
e
e
point de nom particulier » (FUR.) ■ XIX quelque chose à se mettre sous la dent on trouve au XVIII
la variante mettre quelque chose sur la dent : « On ne vit pas de l’air ; et, en attendant que la
besogne aille, faut mettre quelque chose sur la dent » (Dialogue pas mal raisonnable, 1790)
e
■ d. XIX lait de poule boisson censée être fortifiante, à base de jaune d’œuf, lait et sucre, et
quelquefois aromatisée (muscade, cannelle, etc.). Pour N. LANDAIS (1836), c’est simplement du
e
« jaune d’œuf délayé dans du lait » ■ m. XIX 1867 connaître le journal « savoir de quoi se
compose le dîner auquel on est invité » (DELV.) • cataplasme au gras épinards • faire la trempette
déjeuner d’un morceau de pain dans un verre de vin
e
e
■ XVII à la croque-au-sel sans autre assaisonnement que du sel ■ f. XVII 1690 les merlans
sont viandes de laquais, de postillons « ils n’empêchent point de courir pour trop charger
e
l’estomac » (FUR.) ■ m. XIX 1867 déjeuner de perroquet « biscuit trempé dans du vin, qui permet
d’attendre un repas plus substantiel » (DELV.) • naviguer sous le cap Fayot « [quand] l’équipage,
e
ayant épuisé les provisions fraîches, est bien forcé d’entamer les légumes secs » (DELV.) ■ f. XIX
1872 marcher, marcher tout seul « se dit du fromage et des aliments corrompus où les vers
grouillent assez pour donner à cet objet matériel une sorte de vie, au figuré, “pour le faire
marcher”. “Cela danse”, indique le plus haut degré de la décomposition, dans le même ordre
d’idées » (LARCH.)
SOUPE
e
■ m. XVII 1640 soupe à la jacobine « avec du fourmage » (OUD.) • soupe à l’ivrogne « du pain
trempé dans le vin. D’autres veulent que ce soit de la soupe à l’oignon » (OUD.) • soupes de prime
e
« souppes avec du fourmage » (OUD.) ■ f. XVII 1690 soupe de vendangeur « soupe qu’on fait avec
des choux blancs ou pommés et avec du pain bis dont on nourrit les vendangeurs » (FUR.) • soupe
au (de) perroquet du pain trempé dans du vin ■ f.
graisse, mot à mot : sans yeux » (LARCH.)
e
XIX
1872 bouillon aveugle « bouillon sans
SUCRE
e
■ d. XIX enfant de chœur « pain de sucre (VIDOCQ). Allusion à sa petite taille et à sa robe
e
blanche » (LARCH.) ■ f. XIX 1872 chien noyé « morceau de sucre trempé dans du café noir. Plus
petit et moins trempé, c’est un canard » (LARCH.)
VIANDE
bidoche, carne, barbaque
e
e
■ XVI la pièce de bœuf l’ordinaire ■ m. XVII 1640 une perdrix riante une tête de mouton •
une langue qui n’a jamais menti « une langue de bœuf, de veau, de mouton, etc. » (OUD.) • des
petits pieds « des petits oiseaux à manger, comme des perdrix, des beccasses, des cailles, des
allouettes » (OUD.) • des bêtes qui ne pètent point « des petits oiseaux à manger » (OUD.) • pain
bénit d’Écosse « du foye de bœuf » (OUD.) • munition de gueule au pluriel, l’expression signifie
« provisions » ; OUDIN la spécialise en la définissant comme « de la viande » • un bas de soie « des
pieds de pourceau. Les valets de cabaret entendent bien ce mot cy » (OUD.) • un bon Jean « par
renversement du mot, un jambon » (OUD.) • du brésil « de la chair de bœuf salée et fumée qui
devient rouge et ferme comme du brésil [bois extotique de couleur rouge] » (OUD.) • du nanan
« mot enfantin, de la viande » (OUD.) • de la venaison de Poissy du bœuf • un alléluia « par
allusion des premières lettres, un Alloyau, pièce de bœuf » (OUD.) • accolade de lapereaux « deux
e
lapreaux ensemble pour les faire rostir » (OUD.) ■ f. XIX 1872 pièce de résistance « gros morceau
de viande sur lequel un maître de maison compte pour satisfaire l’appétit de ses convives »
(LARCH.)
e
■ m. XVII 1640 viande de gentilhomme, il y a à manger pour lui et pour ses chiens « une
teste de veau, ou autre viande pleine d’os » (OUD.) • fesser le gigot « manger d’ordinaire un gigot
ou esclanche au soir à la mode des pensionnaires d’un Collège » (OUD.) • c’est Durandal « par
e
allusion, de la viande bien dure » (OUD.) ■ f. XVII 1690 dure comme la pierre, c’est de la pierre
« pour mépriser une viande » (FUR.)
PAIN
artiche
■ f.
XVII
e
du gros Guillaume « du gros pain destiné dans les maisons de campagne pour la
e
nourriture des valets de cour » (FUR.) ■ m. XIX 1867 artie de Meulan pain blanc • artie de Grose
Guillaume pain noir ■ f. XIX 1872 boule de son « pain de munition. Il contenait autrefois
beaucoup de son » (LARCH.) • larton savonné « pain blanc. Mot à mot : aussi blanc que du linge
savonné » (LARCH.) • larton brutal « pain noir. Mot à mot : pain brut » (LARCH.)
FROMAGE
frometon, frogomme
e
■ d. XIX boussole de refroidi « fromage de Hollande, dit tête de mort (VIDOCQ). Allusion à la
e
boule formée par ce fromage. On dit aussi “boussole de singe” » (LARCH.) ■ m. XIX 1867 entrecôte
de brodeuse morceau de fromage de Brie • côtelette de perruquier même chose
PÂTISSERIE
gâteaux
e
■ m. XVII de la conserve de four de la pâtisserie • petit métier « des cornets faits de paste et
e
de sucre » (OUD.) ■ m. XX de l’étouffe-chrétien pâtisserie trop lourde
MANGER
bouffer, becqueter, avaler, dévorer, grignoter, se nourrir, briffer,
croûter, boulotter
e
e
■ f. XV faire Gaudeamus faire bonne chère ■ m. XVI avoir l’appétit ouvert comme la
e
gibecière d’un avocat bon appétit • manger un morceau rapidement ou légèrement ■ f. XVI se
e
torcher le bec de • une lippée un bon repas ■ d. XVII une franche lippée « mon vilain voudra ses lipées
e
franches jusques à nous amener bien souvent des Escornifleurs », Les Ramoneurs, 1624 ■ m. XVII 1640 carrelure de
ventre « réfection plantureuse, – dans l’argot du peuple, qui éprouve souvent le besoin de
raccommoder son ventre déchiré par la faim » (DELV.) • amasser ses bribes, mettre ses bribes
ensemble manger de compagnie • aller par mer ou par terre manger du poisson ou de la chair •
faire dégourdir une viande « la cuire à demy, et la manger » (OUD.) • il s’en lèche encore les
doigts « il achève de manger une viande » (OUD.) • ils auront bientôt décrotté cela « ils l’auront
bien tost mangé » (OUD.) • cotonner le moule du pourpoint emplir son estomac • nous sommes
en beau chemin « en estat de bien manger » (OUD.) • envie de femme grosse volonté de manger
quelque chose • manger en loup seul, en son particulier • jeûner entre la mie et la croûte ne pas
jeûner • remuer le porte-mors • ruer bien en cuisine « manger fort bien, estre habile mangeur »
(OUD.) • rompre le carême « manger des viandes deffendues » (OUD.) • rembourrer le pourpoint
• mettre tout à profit • emplir son pourpoint • jouer des orgues de Turquie des dents, manger •
il lui passera bien loin des côtes il n’en mangera point • faire tout net manger tout ce qu’il y a •
jouer des mâchoires • mâcher de haut manger avec peu d’appétit • manger de haut manger
sans appétit • manger en housse « disner avec son manteau sur ses espaules » (OUD.) • se
donner de quelque chose par les joues en manger tout son saoul • il fait comme les grives, il vit
d’air il mange peu • fripper (le pouce) • manger dans son sac manger seul, en son particulier •
tenir bonne table se traiter bien • tirer aux dents (avec les dents) « métaphore, manger quelque
chose » (OUD.) • tromper le diable « desjeuner devant que d’aller à la messe » (OUD.) • se donner
de quelque chose à travers le corps manger • homme de grande ou petite vie qui mange
beaucoup ou peu • manger son avoine en son sac manger seul • écumer la marmite « en tirer
une partie de la viande et la manger devant qu’il soit temps de disner » (OUD.) • courir la poule
picorer • n’ayez pas peur qu’il fasse tort à son corps « ne doutez pas qu’il ne mange bien, qu’il ne
fasse bonne chère » (OUD.) • habile à la soupe « qui n’a point d’autre perfection que de bien
manger » (OUD.) • il a toujours dix aunes de boyaux vides pour festoyer ses bons amis il a
e
toujours bon appétit ■ f. XVII faire honneur à un repas bien manger ◪ 1690 bien se rembourrer
le ventre faire un bon repas • manger son pain tout sec « faire mauvaise chère ; n’avoir rien à
manger avec son pain » (FUR.) • s’escrimer des armes de Samson « jouer des mâchoires, parce
e
que Samson défit les Philistins avec une mâchoire d’âne » (FUR.) ■ XVIII faire un gueuleton « C’est
aussi-là qu’un beau dimanche,/La Tulipe en chemise blanche,/Jean-Louis en chapeau bordé,/Et Jérôme en toupet
cardé,/Chacun d’eux suivi de sa femme,/À l’image de Notre-Dame,/Firent un ample gueuleton »,
VADÉ, La Pipe cassée, v. 1755 • ne pas avoir la gale aux dents manger beaucoup • casser (une) la
croûte « Monsieur Rodolphe… nous entrerions au “Panier Fleuri”… ni moi ni madame nous n’avons déjeuné… Nous parlerions
e
de nos petites affaires en cassant une croûte », E. SUE, Les Mystères de Paris, 1842 ■ m. XVIII manger comme un
e
moineau très peu ■ XIX dévorer à belles dents • taper dedans se servir copieusement dans un
plat ; sert très familièrement d’invite : allez-y, tapez dedans ! Cette façon de dire est très ancienne
et vient des époques où l’on prenait les viandes directement au plat en les piquant avec le
couteau ; on la rencontre avec le verbe férir, frapper. Cf. le moine glouton qui, ayant déjà liquidé
une langue de bœuf, est mis en présence d’un plat de tripes : « De la il se tire a ces trippes belles et
grasses, et fiert dedans comme ung loup dedans les brebis » (Cent Nouvelles Nouvelles, 1467)
e
■ d. XIX dire un mot à casser la croûte, s’attaquer à une nourriture « je préfère le coin du feu et une bonne
table, chose que l’on trouve difficilement en courant le monde. Mademoiselle, vous serait-il agréable que nous disions un mot
au pâté et au saucisson ? », P.
DE KOCK,
La Pucelle de Belleville, 1834
■ m.
e
XIX
1842 manger des perdrix sans
orange « le jus de l’orange a été regardé comme la véritable sauce de la perdrix. De là cette
expression pour dire : manger quelque chose sans l’apprêt qui lui convient » (QUIT.) ◪ 1866 casser
le cou à « Chère belle, ne viendrez-vous pas casser le cou à un fricandeau ce soir ? », LESPÈS, 1866 ◪ 1867 chamailler
des dents • se mettre quelque chose dans le cornet • se coller quelque chose dans le tube le
tube est l’estomac • déchirer la cartouche • estropier un anchois « manger un morceau pour se
mettre en appétit ; faire un déjeuner préparatoire » (DELV.) • jouer des dominos • se coller
quelque chose dans le fusil • repiquer sur le rôti en demander une nouvelle tranche • donner un
coup de fourchette • jouer des badigoinces • torcher un plat manger ce qu’il contient • se
remplir le battant • sucer la fine côtelette déjeuner à la fourchette • se pousser dans le battant
boire ou manger, mais surtout boire • jouer des mandibules • se garnir le bocal • se passer par le
coco « manger. Comparaison de l’estomac humain à celui du cheval. Le refrain populaire de la
Botte à Coco en a donné l’idée à l’armée et au peuple » (LARCH.) • se mettre quelque chose dans
e
le cadavre • nettoyer un plat manger ce qu’il contient • charger la canonnière ■ f. XIX 1872
tortiller du bec • se fourrer dans le tube • nourrir son cadavre • se caresser l’angoulême « boire
et manger. Mot à mot : se caresser le palais, “mettre en gueule”, du vieux mot goule (gueule).
Nous avons encore goulu et goulafre (glouton) » (LARCH.) « Il y en a qui ne se sont pas encore caressé
l’angoulême depuis la veille », E. D’HERVILLY ◪ 1875 se caler les joues bien manger « Ce que voulait le populo de
1789, c’était vivre mieux que sous l’ancien régime ; il voulait se caler les joues, se remplir la panse, et n’être plus sous la coupe
1883 se passer quelque chose sous le nez •
s’en pousser dans le cornet, l’escarcelle, le fusil ◪ 1894 ne faire que tordre et avaler « manger
avec une telle faim qu’on ne prend pas le temps de mâcher » (LYON) ◪ 1896 faire un sort à ex. :
e
faire un sort à un gâteau, ne pas en laisser une miette ■ XX manger le nez dans son assiette sans
e
regarder personne, sans parler ■ d. XX se taper la cloche taper pour absorber date du milieu du
e
XVIII siècle. « Se taper (quelque chose), Manger, boire copieusement (1804) [cf. “se taper un
souper à l’œil”, Vidocq, 1828]. S’emplir : Se taper le fusil, la tête (et leurs syn.), manger (pop.
1900) » (ESNAULT) « En dehors de ça il fallait tout de même clâper. À condition de savoir nager, on pouvait se taper la
cloche confortablement dans l’usine », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946 • s’en mettre derrière la cravate « Et si seulement ils
des nobles, des prêtres et des bourgeois », Le Père Peinard, 1889 ◪
s’étaient contentés d’un simple café au lait, comme lui ! Il leur en fallait des complications. Ils ne pensaient donc qu’à s’en
mettre derrière la cravate ? Comme ça, au saut du lit, la plupart d’entre eux se composaient de véritables menus », GUÉRIN,
• se caler les amygdales bien manger • s’en foutre plein la lampe la forme s’en
mettre semble être apparue en euphémisme « Puis on va becqueter ; comme le cuistot fait de la becquetance
maous pépère, on s’en fout plein la lampe », SAINÉAN, L’Argot des tranchées, 1915 • s’expliquer avec manger de, par
plaisanterie sur « dire un mot à » « Et puis on s’expliquait avec des ailes de poulet toutes juteuses avec bientôt des
haricots verts qui finissaient de mijoter là-bas sur le gaz », J. MECKERT, Les Coups, 1942 ◪ 1903 se taper la cerise « Les
L’Apprenti, 1946
copains, eh, les copains, on va toujours se taper la cerise avec une bonne soupe mitonnée ! », R. BENJAMIN, Gaspard, 1915
◪ 1926 casser la graine l’expression apparaît beaucoup plus tôt dans le Lyonnais au sens de
« boire un coup » ; elle est donnée comme une variante (altération ?) de casser la grune en 1894
« Tout à l’heure, pendant le lunch, alors que les rupins casseraient la graine tranquillement, ce serait pour lui la galoperie
effrénée entre le rez-de-chaussée et les sous-sols », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
■ m.
e
XX
faire popote manger
ensemble. « Popote, Cuisine, – dans l’argot des troupiers, qui ont trouvé là une onomatopée
heureuse : le clapotement du bouillon dans le pot-au-feu, des sauces dans les casseroles, etc.
Signifie aussi table d’hôte » (DELV.) « Jean est prisonnier… Sa musette pleine de patates chipées à la réserve. Qu’il
m’apporte à la baraque. J’en file la moitié à Maria. Le reste, je me l’empiffre avec Paulot Picamilh, nous avons décidé de faire
popote pour le meilleur et pour le pire », CAVANNA, Les Russkoffs, 1979 • casser la dalle
e
e
■ d. XVI à table ! ■ m. XVI 1552 nos chevaux n’en iront que mieux « c’est ce que disent les
bons compagnons lors qu’ils sont à table, parce qu’on tient qu’on est plus léger après avoir
mangé » (OUD.) « Et ne parlent improprement ceulx qui par long voyage au matin beuvent et desjeunent, puys disent : nos
e
chevaulx n’en iront que mieulx », Rabelais, Le Quart Livre, 1552 ■ m. XVII 1640 pain coupé n’a point de maître
« cecy se dit en prenant le pain d’un autre à table » (OUD.) • je suis de deux paroisses « cecy se dit
à table lors que l’on mange des deux costez, que l’on met la main en divers plats » (OUD.) •
plaindre les morceaux « n’estre pas content qu’un autre mange » (OUD.) • les dents lui
démangent il veut mordre, ou ronger • attendre de la main gauche « manger toujours de la main
droite en attendant les absents » (OUD.) • attendre comme les moines font l’abbé « attendre les
absents toujours en mangeant » (OUD.) • si vous crevez à la table, je mourrai à vos pieds « je ne
vous abandonneray point quand il sera question de manger » (OUD.) • tout fait ventre tout est
bon à manger, et principalement à ceux qui ont bon appétit • la viande prie les gens « mangez, ne
vous faites point prier » (OUD.) • il va à la messe des trépassés, il y porte pain et vin dicton qu’on
emploie en parlant d’un homme qui va à la messe après avoir bien déjeuné • gens de mauvaise
vie « par métaphore, gens qui font mauvaise chère » (OUD.) • tripes frites sont écrites au papier
des pauvres gens « cela se dit lors que l’on parle de manger des tripes. Le reste dit en mauvaise
rime, Aussi sont bien des riches quand ils n’ont point d’argent » (OUD.) • il fourre tout dans son sac
il mange tout ce qu’il gagne • Dieu a fait les planètes et nous faisons les planets « allusion à plats
nets, nous vuidons les plats » (OUD.) • il fait comme les bons chevaux, il s’échauffe en mangeant
e
il ne se refroidit point à table • avoir une belle avaloire une grande gorge ou grand gosier ■ f. XVII
1690 faire un prisonnier « manger quelque morceau entre deux verres de vin » (FUR.) • avoir loué
son ventre s’être engagé d’aller manger chez quelqu’un • faire gras manger de la viande les jours
défendus • vivre à table d’hôte « lorsqu’il y a un prix fixé pour chaque repas et qu’on n’est pas
obligé de compter par pièces » (FUR.) • faire un repas de brebis manger beaucoup sans boire • il
faut servir Dieu avant sa panse ne pas déjeuner avant d’aller à la messe • être comme la mule du
pape, qui ne boit ni ne mange qu’à ses heures « un fantasque qui ne veut pas manger hors de ses
repas » (FUR.) • il faut joindre nos bribes ensemble « se dit parmi le peuple : il faut souper
ensemble et porter chacun notre souper […] il n’y a tel festin que de gueux, quand toutes les
bribes sont ramassées » (FUR.) • boucher la bouteille « prendre un morceau de pain après avoir
e
bu, de peur de sentir le vin » (FUR.) ■ f. XVIII manger à la gamelle « être à l’ordinaire des soldats et
e
des matelots » (Acad., 1832-35) ■ m. XIX n’être pas gras à lécher les murs avoir suffisamment à
manger ◪ 1842 brebis qui bêle perd sa goulée « il ne faut pas perdre en paroles un temps qu’il
importe d’employer à l’action. Ce proverbe s’applique particulièrement pour signifier qu’à table il
ne faut pas trop parler, si l’on ne veut pas être dupe de l’avidité des convives » (QUIT.) • mange
pour vivre et ne vis pas pour manger mais il est si doux de creuser sa fosse avec les dents ! • on
n’a jamais vu chèvre morte de faim « pour signifier qu’il y a de l’avantage à prendre l’habitude de
n’être point difficile sur les aliments et de manger de tout » (QUIT.) • qui dort dîne
MANGER VITE
e
■ m. XVII 1640 travailler à la tâche • aller vite en besogne • il ne lui en faut que montrer •
être habile à la soupe • étourdir les morceaux • il gèle, tout se prend « l’on prend tout ce qu’il y
a dans les plats, on mange fort viste ; par allusion de prendre à se prendre, qui signifie se
congeler » (OUD.) • il n’en a pas fait à demi il l’a mangé promptement • mettre les morceaux en
double se hâter de manger • il ne faut point lire la vie de sainte Marguerite, nous avons belle
délivrance « cela se dit quand on voit la compagnie manger fort viste ou de bon appétit » (OUD.)
e
■ d. XIX 1815 manger sur le pouce manger du pain accompagné de viande que l’on tranche,
bouchée après bouchée, sur le pouce. C’est le casse-croûte, qui s’oppose au repas pris à table –
e
d’où l’idée d’en vitesse, déjà présente au début du XIX « Quels peuvent être les plaisirs de cet homme ? car
enfin la nature n’attache l’homme à son existence que par un plaisir. La nourriture ? Il vit de pain et de cervelas ; et il mange
e
■ m. XX manger avec un lance-pierres l’image
évoque la rapidité avec laquelle les morceaux sont jetés dans la bouche
sur le pouce », RASPAIL, Lettres sur les prisons de Paris, 1831
ÊTRE REPU
rassasié
e
■ m. XVII 1633 les premiers morceaux nuisent aux derniers « quand on a bien mangé on ne
sçauroit plus rien manger » (OUD.) ◪ 1640 mangez de nos prunes, nos pourceaux n’en veulent
plus « cecy se dit lors qu’on nous présente quelque viande dont on est saoul » (OUD.) • j’en ai
jusqu’au goulet « je suis fort saoul, je suis plein jusques au gosier » (OUD.) • il s’en est donné au
cœur joie il en a mangé tout son saoul • le ventre lui rit « il a le ventre bien plein, il a bien disné »
e
(OUD.) ■ m. XIX 1867 en avoir sa claque « avoir assez bu ou assez mangé, c’est-à-dire trop mangé
ou trop bu » (DELV.)
e
■ m. XVII 1640 nous avons bien dîné, pendu soit-il qui l’a gagné « c’est une allusion de
gaigner qui signifie aussi mériter » (OUD.) • il fera bientôt de la toile, il a tout filé « il a tout beu, ou
mangé ; il n’a rien de reste » (OUD.) • le compliment du cordelier « un grand mercy après avoir
disné » (OUD.) • il a la fièvre de veau, il tremble quand il est saoul « il est poltron ou paresseux
e
après avoir mangé » (OUD.) ■ f. XVII 1690 après bon vin, bon cheval « on fait plus de diligence,
quand on a bien repu » (FUR.)
GLOUTONNERIE
bâfrer, s’empiffrer, se gaver, se goinfrer
e
■ XVI manger à s’en faire crever la panse • avoir les yeux plus grands que le ventre ■ m. XVI
e
e
n’avoir pas la goutte aux dents manger énormément quand l’occasion se présente ■ f. XVI
e
manger comme un loup dévorer, manger beaucoup ■ m. XVII 1640 dauber des mâchoires
manger avidement • manger à crève-sangle excessivement • aller bien vite à l’esteuf manger
avidement • il se tient mieux à table qu’à cheval il est friand, il est grand mangeur • il ne fait que
tordre et avaler il mange goulûment • faire sa fosse avec ses dents « manger tant que cela fasse
mourir » (OUD.) • ne faire qu’un repas par jour « qui dure depuis le matin jusqu’au soir ; il mange
sans cesse » (OUD.) • (il ressemble les procureurs) il relève mangerie « recommencer à manger
par goinfrerie, après avoir fait un grand repas » (FUR.) • son moulin va toujours il mange sans
cesse • il a toujours le morceau au bec il mange sans arrêt • avoir le gosier pavé « manger des
viandes trop chaudes sans se brûler ; goinfre qui avale quelque chose de trop chaud » (FUR.) • faire
trembler le lard au charnier être grand mangeur • il est dégoûté en fruitage, il aime mieux deux
œufs qu’une prune c’est un grand mangeur • avoir plus grands yeux que grande panse « il y a
plus de viande sur la table qu’il n’en sçauroit manger, et toutefois il croit de n’en avoir pas assez »
e
(OUD.) • il nous arracherait volontiers les morceaux de la bouche ■ f. XVII 1690 avoir un
estomac d’autruche « homme qui mange beaucoup, ou des viandes difficiles à digérer ; il
digérerait le fer, il mange excessivement sans être incommodé » (FUR.) • manger comme un
chancre goulu, grand mangeur • il avalerait la mer et les poissons il mange beaucoup, c’est un
grand goulu • branler la mâchoire manger goulûment • avoir plus grands yeux que panse « ne
pas être content de ce qu’on nous donne à manger, quoiqu’on en ait plus qu’on ne peut digérer ; il
se fait servir beaucoup plus qu’il ne lui faut » (FUR.) • il en avalerait autant qu’une truie de lait
clair un goinfre qui mange goulûment de quelque chose • être saoul comme une grive (un
cochon, un dogue) « avoir mangé à crever ; goinfre » (FUR.) • déjeuner à fond de cuve « à
crever, manger comme si on voulait emplir une cuve, un grand vaisseau » (FUR.) • il avalerait la
marmite des cordeliers « un goulu gors » (FUR.) • décharger sa colère sur un pâté (un jambon)
e
« gros mangeur ; manger de bon courage et avidemment » (FUR.) ■ m. XIX 1834 manger comme
un ogre ◪ 1842 deux gloutons ne s’accordent point en une assiette « pas plus que deux chiens
après un os » (QUIT.) • avaler comme un coucou ◪ 1867 taper sur les vivres se jeter avec avidité
sur les plats d’une table, manger gloutonnement • être porté sur sa gueule • n’avoir de courage
qu’à la soupe homme doué de plus d’appétit que de courage • être porté sur sa bouche « ne
songer qu’à boire et à manger plutôt qu’à travailler » (DELV.) • donner un bon coup de gueule
e
manger avec appétit ■ f. XIX se taper la tête se goinfrer • s’en fourrer jusque-là ◪ 1883 torcher
les plats avoir appétit ◪ 1894 se bourrer le fusil • se taper le fusil « Je sons allés au banquet électorable. Y
en avait qui fesiont des discours. Nous, je nous sont tapé le fusil à en faire partir la culasse », Littré de la Grand’Côte, 1894
■ d.
e
XX
1902 bouffer comme quatre « Nous nous trouvions en cabinet particulier et il y avait encore, déjeunant
avec nous, une manière de moraliste bouffant comme quatre, ainsi qu’un dernier personnage, jésuite en veston ne pipant
guère et n’en pensant pas moins », Mémoires de Casque d’Or, 1902
e
■ m. XVII 1640 morceau honteux « le dernier qui demeure dans le plat, qu’on n’ose prendre
de peur de passer pour trop goulu » (FUR.) • les mouches ne volent pas en ce temps-ci « pour
donner à entendre que la viande n’est pas en danger de se gaster, à un qui en mange
excessivement » (OUD.) • il en mangerait autant qu’un évêque en pourrait bénir en grande
quantité • il a un trou sous le nez qui lui fait porter mauvais souliers il est gourmand, il mange
e
tout ■ f. XVII mener une vie de cochon ne penser qu’à manger et dormir ; être gras et goulu
◪ 1690 c’est du grain de mil dans la gueule d’un âne goulu à qui on présente peu de choses à
manger • on fait ventre de tout (tout fait ventre), pourvu qu’on puisse entrer « proverbe de
goinfre et d’un boute-tout-cuire » (FUR.) • une carrelure de ventre « repas qu’un goinfre ou un
parasite ont été faire quelque part et qui ne leur a rien coûté » (FUR.) • jamais Gargantua n’y fit
œuvre à un homme qui mange excessivement • vous allez trop vite à l’offrande, vous ferez choir
M. le curé « pour reprocher à quelqu’un qu’il mange trop goulûment, qu’il met trop souvent la
e
main au plat, ou qu’il fait quelque autre importunité » (FUR.) ■ m. XIX 1842 il ne faut pas se
déchausser pour manger cela « c’est ce que dit un gaillard de bon appétit, à la vue d’un mets qu’il
se flatte d’avaler promptement, sans crainte d’en avoir l’estomac surchargé » (QUIT.)
LE GOINFRE
glouton, goulu, vorace
e
■ m. XVII 1640 un gros crevé un homme qui mange beaucoup • gros boyau un grand mangeur
• un gros effondré « homme goulu et fort ventru » (FUR.) • grand’gueule insatiable • un fripesauce « goinfre, boute-tout-cuire, écornifleur » (FUR.) • un avaleur de pois gris « un grand
mangeur, un gourmand » (OUD.) • un grand gosier « homme goulu, grand mangeur » (FUR.) •
gueule fraîche un bon goulu • gorge chaude un goulu • un gros bouffetripe un grand mangeur •
e
un engoulevent « un bon avalleur ; un bon beuveur, par allusion d’engouler » (OUD.) ■ f. XVII 1690
boute-tout-cuire « goinfre qui ne trouve rien de mauvais, qui veut manger en une fois tout ce qu’il
y a à la maison » (FUR.) • pile-miche grand mangeur, « autrefois », dit Furetière ; piler signifie
« bien manger » • un mangeur de viandes apprêtées « un homme qui aime à faire bonne chère
et qui d’ailleurs est fainéant, et qui ne se met point en peine de travailler » (FUR.) • un bon
dégoûté « bon drôle qui aime la débauche, la bonne chère, tout ce qui est bon, qui ne manque pas
e
d’appétit » (FUR.) ■ XVIII père Labutte « ami du vin et du plaisir, qui satisfait ses goûts en cachette,
afin que rien ne vienne troubler ses jouissances. Le père Labutte est un religieux mendiant
[imaginaire] dont le nom a été popularisé par une vieille chanson [mais personne ne la connaît].
Sterne a parlé de ce personnage […] : “Le père Labutte qu’on a tant chanté, qui boit quand
personne ne le voit, et qui a bu sans que personne ne l’ait vu” » (QUIT.) ; transformation probable
e
de il l’a bue (la bouteille, etc.), prononcé l’a butte ■ m. XIX va-de-la-bouche « À ces va de la bouche, tu
faisais l’œil et te trouvais heureux », MONSELET • joli coup de fourchette beau mangeur, homme de grand
appétit • belle fourchette idem « Nous rentrâmes donc au château et après un petit bout de toilette nous étions bien
attablés devant une immense cheminée où brûlaient gaîment des bûches énormes – des bûches de Noël, – mon ami, le curé du
village, qui passait encore pour une belle fourchette, malgré ses soixante ans, et deux ou trois jeunes fils des châtelains des
environs, camarades du baron de Poullaouen », VIBERT, Pour lire en automobile, 1901
GOURMANDISE
e
■ m. XVI 1531 être sur sa bouche sujet à ses appétits « Gulosus gulosa gulosum, Gourmant, goulu, qui est
e
sur sa bouche », R. ESTIENNE, Dictionarium, 1531 ■ XVII être de l’ordre des coteaux pour désigner de fins
e
gourmets. Être un « amateur de bons vins » dans BOILEAU ■ m. XVII 1640 du bon bon « mot
d’enfant, quelque chose de bon à manger » (OUD.) • un galaffre un gourmand • un gouillafre idem
• chatter « estre friand, gourmander, manger des friandises » (OUD.) • la langue me dit vas-y vasy « j’ay grand désir de manger de cette viande là » (OUD.) • les perdrix lui puent il est friand •
soldat de Brichanteaux « gourmand et poltron. On y adjouste, qui mange toute nuit » (OUD.) • un
gros soupier qui aime fort le potage ou la soupe • un tire-lardon un friand • être sur son ventre
parler de manger, être gourmand • du pousse-avant « quelque délicatesse à manger avec son
pain » (OUD.) • manger son pain en son sac manger seul comme un gourmand • quelque chose
pour dégraisser les dents « du fruit ou quelque délicatesse après le repas » (OUD.) • une lèchee
frion une friande ■ m. XVIII être un bon vivant « Ce n’était pas le Doyen d’à-présent ; mais c’était un bon vivant,
qui faisait la meilleure chère du monde ; je m’en souviens comme si j’y étais ; il nous donna un dîner excellent », CARMONTELLE, Le
Chanoine de Reims, v. 1770
RIPAILLE
orgie, surabondance, bombance, noce, gueuleton
e
■ f. XIII 1280 faire belle chère passage du sens de « faire beau visage » à celui de « faire
e
bombance » « Or faisons trestout bele kiere/Tien che morsel, biaus amis dous », Robin et Marion, 1280 ■ XV croquer
e
la pie faire bonne chère ■ XVI table d’abbé où l’on fait bonne chère • mettre tout par écuelles
e
« faire grande débauche, manger tout ce qu’on trouve » (FUR.) ■ m. XVI 1531 se traiter bien « Vous
e
e
vous traictés bien, vous vivés bien aise, vous faictes grosse chère », ESTIENNE, 1531 ■ f. XVI 1585 faire ripaille ■ XVII
faire bonne chère bien manger, mais aussi, du
XVII
e
au
e
XIX
, bien traiter ses invités. Cf.
« Un mois
durant, je fus traicté/Comme si leur fils j’eusse esté ;/Certes, si par la bonne chere/On peut soulager sa misère,/Je mangeois là
comme un vray loup/Et m’y remplissais jusqu’au cou », SCARRON, 1642
e
■ d.
XVII
e
faire la vie se réjouir, faire la
débauche ■ m. XVII 1640 la bedondaine « chanson ou vie de goulu. Proprement l’espace entre le
nombril, et le bas du ventre » (OUD.) • jouer de l’épée à deux mains « manger de l’une, et boire de
l’autre » (OUD.) • il ne parle que d’enchérir le pain il ne désire que boire et manger • brûler la
chandelle par les deux bouts consommer sans discrétion • allé en Angoulême « par allusion
d’engouler. Avallé, beu ou mangé » (OUD.) • la Saint-Pansart « carême-prenant. Un jour que l’on
fait bonne chère » (OUD.) • se bien traiter le corps faire bonne chère • vie de goulu bonne chère •
faire gode chère « bonne. Le mot est corrompu du Flamand » (OUD.) • il n’est point traître à son
corps il fait bonne chère • faire ses pois au lard faire bonne chère • faire tuer le veau gras « faire
bonne chère pour se réjouir d’un bon succès » (OUD.) • refaire son nez faire bonne chère et
e
devenir gras ■ f. XVII mener une vie de cochon ne songer qu’à manger et dormir ◪ 1690 boire le
petit doigt (le petit coup) gaillard faire une petite débauche entre honnêtes gens • hausser le
temps faire bonne chère • aller du lit à la table et de la table au lit « d’une vie débauchée et
fainéante » (FUR.) • faire chère lie faire grande chère • faire des rôties de quelque chose « en
manger ou en boire avec avidité ou avec profusion » (FUR.) • bien officier à table « boire et
manger copieusement, faire bien son devoir de dîner » (FUR.) • avoir les pieds sous la table, les
coudes sur la table boire et se réjouir • faire la Saint-Martin « faire bonne chère ce jour-là (on
tue le cochon ce jour-là) » (FUR.) • il s’en est calé les joues « un homme qui a mangé son bien en
débauche » (FUR.) • être bon frère « bon vivant, bon compagnon qui n’aime qu’à rire et à faire
bonne chère » (FUR.) • mettre couteaux sur table se préparer à faire grande chère • branler le
menton bien manger, faire débauche • faire un tronçon de chère lie un bon repas • branler la
e
mâchoire « en débauche, s’exciter à boire et à manger » (FUR.) ■ XVIII casser l’éclanche éclanche :
« Épaule de mouton séparée du corps de l’animal. Jusqu’en 1835, l’Académie déclarait, après
Furetière, que l’éclanche était la cuisse du mouton séparée de l’animal, autrement dit le gigot »
(LITTRÉ) « Mamzelle Giroux s’ajuste,/Met son mantelet :/Bachot y tout s’endimanche,/Prenant Cornichon,/Tous trois vont
casser l’éclanche/Au premier bouchon », VADÉ, La Pipe cassée, v. 1755 • se mettre en goguette « Sucer, comme on dit,
le cruchon,/Chanter la mère Gaudichon,/S’ébaudir, se mettre en goguettes », Les Porcherons, 1773 • faire bombance
e
e
de bombance, masculin au XVI siècle, ripaille – dérivé de bobant, orgueil, étalage de vanité au XIII .
« Fuyez les banquetz et les dances,/Les chaînes d’or, les grands bombances,/Les bagues et les
grands atours » (RONSARD, 1553) « Ces hommes, qui profitaient de toutes les occasions pour extorquer l’argent des
condamnés, faisaient bombance, et ne se refusaient rien », VIDOCQ, Mémoires, 1828 • faire un gueuleton « C’est aussi-là
qu’un beau dimanche,/La Tulipe en chemise blanche,/Jean-Louis en chapeau bordé,/Et Jérôme en toupet cardé,/Chacun d’eux
e
■ d. XVIII 1718
se donner une culotte « faire excès de boire ou de manger. Donné déjà par le Dictionnaire de
LEROUX, 1718. Synonyme d’un terme fréquemment employé : “S’en donner plein la ceinture” »
e
(LARCH.) « Un ivrogne ferait bien mieux de s’acheter un pantalon que de se donner une culotte », COMMERSON ■ m. XVIII
suivi de sa femme,/À l’image de Notre-Dame,/Firent un ample gueuleton », VADÉ, La Pipe cassée, v. 1755
1740 remplir son jabot bien manger ■ f.
XVIII
e
1789 être en ribote « Aussi quand on est le dimanche en
ribote, faut s’en mettre dans le ventre pour huit jours, au risque de se faire du mal, ou ne pas s’en mêler ; mais, d’un autre
côté, quand on a le pied dans les vignes du Seigneur, quand on est soul, adieu les affaires du ménage », Cahier des plaintes et
1799 se faire des bosses faire ripaille « À chaque repas j’nous f’rons des
e
bosses au ventre », Chanson, 1799, in ESNAULT ■ XIX donner un grand fricot expression québécoise qui
signifie « offrir un repas plantureux » ; en France, de « ragoût de viande », le sens de fricot est
e
passé à « repas » en général ■ d. XIX 1821 en patrouille « Quatre jours en patrouille, pour dire en folies
e
bachiques », Cabarets de Paris, 1821 ■ m. XIX se donner une bosse se gaver « Ma foi, tant pis, dit Schaunard en
lui-même, je vais me donner une bosse et faire un balthazar intime », H. MURGER, Scènes de la bohème, 1851 ◪ 1834 faire
la noce « C’que d’mandez, réserviste ? – Mon Colonel, c’est pour une permission… – Les v’là bien, s’crongnieugnieu !
doléances des dames de la Halle, 1789 ◪
1867 s’en faire
péter la sous-ventrière • reprendre du poil de la bête continuer le lendemain les débauches de la
veille • être porté sur sa gueule aimer les bons repas et les plantureuses ripailles • s’en faire
péter le cylindre « se dit de toute chose faite avec excès, comme de manger, de boire, etc., et qui
pourrait faire éclater un homme, – c’est-à-dire le tuer » (DELV.) • faire un extra « faire une petite
noce, une petite débauche de table » (DELV.) • s’en faire éclater le péritoine manger ou boire avec
e
excès ■ f. XIX faire la bombe l’expression apparaît dans les années 1880, en abréviation de
bombance – peut-être en cette période d’attentats, par parodie des bombes anarchistes. En tout
cas, l’expression était encore fraîche dans le langage populaire de la fin du siècle, comme l’atteste
ce curieux conte de G. COUTÉ : « Hier soir à la sortie des ateliers, deux ouvriers se promenaient paisiblement sur le
n’pensent qu’à foutre le camp. Faire la noce à Paris, pas vrai ? », C. LEROY, Le Colonel Ramollot, 1883-84 ◪
trottoir, causant entre eux et fumant leurs cigarettes. Soudain l’un d’eux s’écria en s’adressant à son camarade : “Mon vieux,
avec Ernesse on a fait une bombe, une bombe à tout casser !” Un bon bourgeois recueillit avec effroi cette bribe de
conversation et s’en alla la porter, aussi terrifié que s’il eût porté une marmite à renversement, à un sergent qui dormait à côté
d’un bec de gaz. “Ils ont fait une bombe, ceux-là”, fit-il, très pâle, au représentant de l’autorité qui ouvrit les yeux », COUTÉ, « La
1872 être rond comme balle avoir bu et mangé
avec excès • être en liche faire bombance ◪ 1883 noce de bâtons de chaise orgie ◪ 1899 se
taper le chou bien manger ; synonyme de se taper la tête ; l’expression a été très à la mode dans
e
les milieux ouvriers à Paris, dans les années 1920-1930, au sens de « faire un gueuleton » ■ d. XX
s’en mettre plein la gueule pour pas un rond ◪ 1926 la tournée des grands-ducs allusion aux
fastueuses bamboches des grands-ducs de Russie lors de leurs séjours à Paris, à la Belle Époque.
Dans les années 1920, les chauffeurs de taxi invitaient leurs clients à la tournée des
« établissements de grands-ducs », cabarets et boîtes de nuit de luxe « Les diplomates, le haut personnel
Bombe », Revue littéraire et sténographique du Centre, 1898 ◪
des ambassades, et les duchesses douairières, dont s’emplissaient les loges, allaient pouvoir s’encanailler sans dommage. Ça
allait être comme une tournée de grands-ducs, une descente dans les bas-fonds de Paris, une petite débauche, faite en bonne
compagnie », E. RAYNAUD, La Vie intime des commissariats, 1926
■ m.
e
XX
1939 se farcir le chou bien manger et
bien boire
e
■ m. XVI après la panse vient la danse « on veut avoir les plaisirs de Vénus, après ceux de
e
Bacchus » (FUR.) ; l’idée existe dès le XV siècle, on la trouve dans VILLON : « la dance vient de la
e
pance » ■ f. XVI être aises (heureux) comme rats en paille « gens qui se sont rendus maîtres
d’une maison, qui y font grande chère avec dissipation des biens du maître ; avoir abondance de
e
vivres, et les manger en repos » (FUR.) ■ d. XVII entre la poire et le fromage « pendant le dessert,
lorsqu’on est entre deux vins, qu’on dit les bons contes et les bons mots ; en parlant de la gaieté
e
qu’on a à la fin d’un repas » (FUR.) ■ m. XVII 1640 travailler à ses pièces « manger, boire, coucher
avec sa femme » (OUD.) • quand fera-t-on un trou à vos chausses ? « quand voulez vous que
nous beuvions ensemble, que nous nous réjouissions » (OUD.) • ventre de velours, robe de foin
« bonne chère et mauvais habits. Le contraire est, ventre de foin, etc. » (OUD.) • vie de pourceau
« bonne et courte ; bonne chère et mourir bien tost » (OUD.) • quand voulez-vous qu’on vous
arrache une dent ? « quand boirons nous ensemble, quand nous réjouirons nous » (OUD.) • les fols
font les banquets et les sages les mangent « qu’il ne faut point faire de despenses en festins mal
à propos » (OUD.) • le saut de l’Allemand du lit à la table • le diable soit chicheté « faisons bonne
chère ; cela se dit lors qu’on est en train de se bien traitter » (OUD.) • il vaut autant se dépouiller
ici qu’à la taverne « le vulgaire au cabaret use de ces paroles lors qu’il est en train de faire bonne
chère » (OUD.) • il est comme les chevaux de trompette, il boit à tout gué « il boit et mange par
e
tout où il se rencontre, et lors qu’il en est question » (OUD.) ■ f. XVII 1690 il est bien fou qui
s’oublie « de celui qui est dans un grand repas, une bonne occasion de profiter ; fou qui s’abstient
de manger, de s’enrichir » (FUR.) • il ne faut pas laisser perdre les bonnes coutumes « en parlant
de quelque fête où on se réjouit, où on fait quelque goinfrerie » (FUR.) • il n’y a que la première
pinte chère « rien ne coûte quand on est échauffé à la débauche » (FUR.) • payer bien son écot
être divertissant à table • enfants de messe de minuit (qui cherchent Dieu à tâtons)
« débauchés, qui vont au cabaret sous prétexte d’aller à la messe qui se célèbre le jour de la nuit
e
de Noël ; débauchés qui se servent de ce jour-là pour favoriser leur débauche » (FUR.) ■ f. XVIII
1793 autant de pris sur l’ennemi « Je commence à dépecer quelques perdrix et je me fous sur la conscience une
e
bouteille du plus chenu, c’est autant de pris sur l’ennemi », HÉBERT, 1793 ■ m. XIX 1842 vie courte et bonne « on
dit presque toujours courte et bonne, en sous-entendant vie. C’est le mot des amis de la joie, pour
signifier qu’ils ne tiennent pas à se ménager une longue existence en renonçant à l’abus des
plaisirs. Au dicton courte et bonne, les gens sensés répondent par cette remarque qui en est le
e
corollaire : C’est la vie du cochon » (QUIT.) ■ f. XIX encore un que les Prussiens n’auront pas
comme autant de pris sur l’ennemi, qui apparaît un siècle plus tôt, et autant que les Boches
n’auront pas, ci-après, cette expression se dit par plaisanterie lorsqu’on se prépare à se délecter
e
de mets ou de boissons, que l’ennemi, réel ou imaginaire, ne pourra donc nous prendre ■ d. XX
autant que les Boches n’auront pas
SOIF
e
■ XVI cracher blanc « avoir soif, pour s’être enivré trop la veille, – dans l’argot du peuple, qui
e
employait cette expression du temps de Rabelais » (DELV.) ■ m. XVI la langue me pèle pour dire
qu’on a très soif • avoir le gosier sec avoir soif et, plus spécialement, avoir tout le temps envie
d’une boisson alcoolisée « ANDRÉE : Vous me comprenez. Ce ne sont pas les femmes, qu’elle vous reproche. (Geste de
boire) – LORET : Ah ! la… Quoi ! Ce n’est pas de ma faute. J’ai le gosier sec, moi. – BARDICHON : Souvent. – LORET : Toujours… Ainsi,
e
■ m. XVII 1640 avoir des
grenouilles dans le ventre • altéré comme un chasseur fort altéré • il n’y a pas de moyen de
filer sans mouiller de manger sans boire • le dîner de la brebis « disner sans boire » (OUD.) • c’est
trop filé sans mouiller trop mangé sans boire • le feu est à la cheminée « le gosier est altéré, ou
e
eschauffé pour avoir mangé des espices ; il faut boire » (OUD.) ■ f. XVII 1690 avoir la pépie « avoir
soif, maladie des oiseaux, état normal des ivrognes » (DELV.) « Le vin que j’avons demandé,/Morceau d’chien
en ce moment, je boirais bien quelque chose », M. DU VEUZIT et R. NUNÈS, Le Sentier, 1907-08
mal accommodé,/Viendra-t’y ?… J’avons la pépie…/Sers-nous donc, z’échappé d’voyerie », Le Goûté des Porcherons, 1749
e
■ m. XIX 1867 cracher du coton • cracher des pièces de dix sous • passer par l’étamine souffrir
e
e
du froid, de la faim et de la soif ■ f. XIX 1872 être à sec n’avoir rien à boire ■ d. XX 1918 l’avoir sec
« Tellement que je l’avais sec, j’en crachais blanc comme du coton », M. AYMÉ, La Vouivre, 1943
e
■ m. XVII 1640 faire mourir de la mort Roland de soif • j’ai bien faim de pisser, si vous aimez
l’eau chaude « cecy se dit à qui nous demande à boire importunément » (OUD.)
BOIRE
se désaltérer, pomper, écluser, siffler, picoler, siroter, souffler, lamper
e
e
■ XV boire un coup ■ m. XV 1460 abattre la rosée « s’éclaircir la vue en buvant » (ESNAULT)
e
e
■ f. XV 1491 boire à pleins pots beaucoup ■ XVI se rincer le gosier « En rinçant nos gosiers avallons nos
miettes », O. BASSELIN
■ m.
XVI
e
boire à longs traits beaucoup et lentement ■ m.
XVII
e
humecter le
lampas ◪ 1640 faire rubis sur l’ongle « lorsqu’en débauche on vide si bien un verre, qu’il n’en reste
qu’une goutte qu’on verse sur l’ongle et qui est si petite qu’elle ne s’écoule point, quoi qu’on
renverse le pouce » (FUR.) • abreuver le mors • hausser le cul « boire ; parce qu’on hausse le cul
du verre » (OUD.) • hausser le gobelet • délier brunette « oster le bouchon de la bouteille afin de
boire » (OUD.) • boire à même le pot • décoiffer une bouteille « en oster le bouchon et boire »
(OUD.) • étancher la soif • boire au grand bassin dans la rivière • hausser le coude • flûter pour
le bourgeois • arroser le porte-mors « boire, mouiller la bouche » (OUD.) • souffler à l’encensoir
• boire à petits traits peu à la fois et souvent • siffler pour le bourgeois • hausser le godet • plier
le coude • boire net boire tout ce qu’il y a dans le verre • hausser le temps • avaler sans corde
ou sans poulain « boire, par allusion d’avaller, qui signifie descendre le vin dans la cave » (OUD.) •
e
envoyer au pays bas ■ f. XVII 1690 le vin de l’étrier « dernier coup qu’on boit, quand on est prêt à
e
monter à cheval ou à cheval même » (FUR.) ■ XVIII sucer le cruchon « L’artisan […]/Travaillant comme un
vrai forçat,/Des six jours se fait un carême/Pour pouvoir le septième/Sucer, comme on dit, le cruchon », Les Porcherons, 1773
■ m.
XVIII
e
laver sa gueule
« Pour ne point paroître bégueule,/Le beau sexe lave sa gueule/Et Pitanche tout aussi
◪ 1754 lever le coude « expression métaphoricobachique, qui signifie être fort adonné au vin » (DHAUTEL) « lorsqu’on se décide à lever le siège, Fontaine, qui
e
avait un peu levé le coude, était un peu plus qu’en pointe de gaieté », VIDOCQ, Mémoires, 1828 ■ f. XVIII 1792 boire
(avaler) un canon un canon est un verre de vin d’environ 12,5 cl « Vous autres braves sans-culottes qui, en
sec/Que si c’étoit du Romestec », Les Porcherons, 1773
avalant un canon ou en étouffant un enfant de chœur, riez à gorge déboutonnée en lisant mes joies et mes colères », HÉBERT,
1792
e
e
■ XIX faire cul sec boire le contenu d’un verre d’un seul trait ■ d. XIX 1828 le coup de l’étrier
« Je retrouve ma pièce de cent sous… elle me suffit non-seulement pour satisfaire à toutes ses réclamations, mais encore à
offrir à messieurs du corps de garde, je ne dirai pas le coup de l’étrier, mais cette petite goutte que le péquin paie volontiers »,
e
■ m. XIX se rincer le sifflet « Là, plus d’un buveur venait se rincer le sifflet », Colmance • se
rincer le bocal « bocal, estomac (1835) » (ESNAULT) « En m’voyant d’un’ pareill’ purge/M’êtr’ rincé l’bocal,/Ma
femme, à mon r’tour, s’insurge :/Y a du pet dans l’bal », J. JEANNIN, Chansons, 1889 ◪ 1836 s’affûter le sifflet « Faut pas
VIDOCQ, Mémoires, 1828
◪ 1867 se passer par le coco
avaler, boire, manger • remplir son jabot • avoir le gosier pavé « boire les liqueurs les plus fortes
sans sourciller » (DELV.) • se pousser dans le battant « boire ou manger, mais surtout boire »
(DELV.) • s’arroser la dalle • à la régalade « boire en renversant la tête en arrière et en élevant la
aller chez Paul Niquet/Six fois l’jour, s’affûter le sifflet », P. DURAND, Chansons, 1836
bouteille de façon que les lèvres ne touchent pas celle-ci » (DELV.) • sucer un verre le boire • se
rincer le tube • jeter dans le plomb avaler • étouffer (éventrer) une négresse boire une
bouteille ; le vin rend la bouteille noire, et la bouteille est toujours comparée à une femme
(cf. fillette). On trouve, plus tardivement, le moins violent décoiffer une négresse • se rincer la
dalle dalle, synonyme métaphorique de gosier, a pu prendre la place de celui-ci « Quelle chierie ! que se
dirent au bout d’un moment les cinq types ; rinçons-nous la dalle, ça tuera le temps. Y en a un qui se détache et va en peinard
• s’arroser le jabot • siffler le guindal guindal :
« verre, dans l’argot des bouchers » (DELV.) • se coller quelque chose dans le fusil manger ou
e
boire • jouer des badigoinces boire • casser le cou à une négresse vider une bouteille ■ f. XIX
boire en suisse on trouve avec son suisse dans les Mémoires de VIDOCQ (1828), puis faire suisse
(1849, in ESNAULT). Boire en suisse est probablement une évolution de ces locutions. Toutes trois
signifient « boire seul ». Les libations solitaires des portiers d’immeubles qui s’ennuyaient dans leur
loge ont pu motiver l’expression « Le soldat ne peut boire avec son suisse [concierge], puisqu’il n’en a pas, donc il boit
seul », LARCHEY ◪ 1872 se rincer le cornet, l’avaloir • se caresser l’angoulême « boire et manger. Mot
à mot : se caresser le palais, “mettre en gueule”, du vieux mot goule (gueule). Nous avons encore
goulu et goulafre (glouton) » (LARCH.) « Il y en a qui ne se sont pas encore caressé l’angoulême depuis la veille »,
E. D’HERVILLY ◪ 1883 se passer quelque chose sous le nez • s’en pousser dans le cornet, l’escarcelle,
chercher un vieux coup de picton », Le Père Peinard, 1890
le fusil ◪ 1894 casser la graine (la grune) « boire un coup. Quand vous recevez une visite à la
campagne, vous devez toujours offrir un verre de quoi que ce soit […] vous devez dire d’un air
aimable à votre visiteur ou à votre visiteuse : “Voulez-vous casser une grune avec moi ?” » (LYON)
e
■ d. XX s’envoyer (se jeter) derrière la cravate boire, le plus souvent goulûment « […] la femme tronc,
dès qu’on l’avait ramenée dans sa loge, courait comme une dératée, jusqu’au premier bistrot où elle “s’envoyait un kil de
rouge derrière la cravate” », J. BLANC, Joyeux, fais ton fourbi, 1947
• s’en jeter un contraction de se jeter un
verre derrière la cravate
e
■ m. XVII 1640 soufflez-moi dans l’œil « cela se dit à un valet qui retourne de la cave, pour
sçavoir s’il n’a point beu de vin » (OUD.) • il en boirait autant qu’une truie ferait de lait clair en
grande quantité • il n’y a pas charge « le verre n’est pas assez plein pour boire un bon coup »
(OUD.) • se laver les tripes « boire, ou humer quelque chose de liquide » (OUD.) • vous prenez de
la peine tout plein « par allusion ou équivoque, emplissez le verre » (OUD.) • ce verre n’est pas
catholique « le reste est, il ne tient pas la foy, par allusion de foy à fois. Il est trop petit, il ne tient
pas assez pour boire une fois » (OUD.) • il ne semble pas qu’une mouche y ait passé « cela se dit
quand une personne a beu fort peu d’une liqueur. Item, au contraire, que l’on a vuidé le verre
jusques à la dernière goutte » (OUD.) • nous ne mangerons pas tout nous en boirons une partie •
il est comme les canes, toujours le bec en l’eau il boit à tout moment • une flûte d’Allemand un
grand verre • ce verre n’est pas de jauge il est trop petit • un boit-tout un verre sans pied
e
• bourrabaquin « un grand verre. Hors d’usage » (OUD.) ■ f. XVII 1690 les salines engendrent la
goutte « bassement, elles [les salines : chair ou poisson salés pour les conserver] font boire
e
beaucoup et jusqu’à la dernière goutte » (FUR.) ■ XIX sobre comme un chameau très sobre
e
■ m. XIX 1842 le vin donné aux ouvriers est le plus cher vendu « les travaux corporels
augmentent la soif, dit Brillat-Savarin. Aussi les propriétaires ne manquent jamais de fortifier les
ouvriers par des boissons, et de là le proverbe, que “le vin qu’on leur donne est toujours le mieux
vendu” » (QUIT.) ◪ 1867 ne pas s’en aller sur une jambe « boire un second verre ou une seconde
bouteille, – dans l’argot des ouvriers, qui ont une manière à eux de marcher et de faire marcher les
gens » (DELV.)
BOIRE QUELQUE CHOSE
e
■ m. XVII 1640 trousser un verre de vin • prendre patience « boire du vin. Les bonnes
femmes appellent ainsi le vin » (OUD.) • mettre de l’huile dans la lampe du vin dans le verre •
boire un bon coup un grand verre de vin • avaler le vin sans poulain • mettre son corps en bière
« par allusion du mot de bière, boire de la bière » (OUD.) • mettez cela sur votre conscience buvez
ce verre de vin « N’est-il pas encore ben endévant de ne pouvoir se mettre sur la conscience un pauve poisson de rogome
e
■ f. XVII 1690 boire de
e
rouges bords « boire des verres tout pleins de vin » (FUR.) ■ m. XVIII sabler un verre de vin de
sabler, boire tout d’un trait, fort vite (LITTRÉ), à cause du mouvement vif avec lequel on jetait en
sable, c’est-à-dire au moule, le métal en fusion. Ce sens de sabler a été d’un usage courant au
e
e
XVIII siècle et jusqu’à la fin du XIX « nous allâmes souper à notre jardin […] si vous épousez ma sœur Barbiche, je veux
sans débourser quatre sous », Cahier des plaintes et doléances des dames de la Halle, 1789
que ceci soit de la [sic] poison pour moi (dit-elle en sablant une rasade de vin-rosai) si je ne signe le contrat pour elle », CAYLUS,
e
■ f. XVIII boire sa goutte une goutte fut d’abord une petite quantité
d’alcool, avant de correspondre à un petit verre d’eau-de-vie (et de devenir la goutte) ; dans
l’exemple ci-après, il est impossible de déterminer de quel alcool il s’agit : « J’envoie faire foutre tous ces
Les Étrennes de la Saint-Jean, 1742
◪ 1792
étouffer un enfant de chœur boire un verre de vin rouge, par allusion à la robe rouge que
e
portaient les enfants de chœur ■ d. XIX le coup du milieu l’habitude d’avaler un alcool fort au
milieu du repas (cf. plus loin « faire un trou ») s’est répandue chez les gastronomes du premier
Empire « Le coup du milieu, d’absynthe, d’eau-de-vie de première qualité, ou d’autres boissons du même genre, était
citoyens actifs, et, pour me consoler, je m’en vais boire ma goutte à un petit café du port au bled », HÉBERT, 1791
d’obligation, et lorsqu’un convive tentait de s’y soustraire, M. de La Reynière lui faisait observer qu’il n’était pas là pour son
e
■ m. XIX asphyxier le pierrot
« boire un verre de vin blanc. Allusion de couleur. Pierrot est blanc » (LARCH.) « J’étais-t-allé à la
barrière des Deux-Moulins, histoire d’asphyxier le pierrot », La Correctionnelle, journal • boire la
goutte un verre d’eau-de-vie « Voyons, m’sieu Adnot, vous m’donnerez bin deux sous ? C’est pour boire la goutte. Je
n’l’ai pas encore bue d’aujourd’hui, parole ! Et ça m’manque ! », A. CIM, Césarin…, 1897 • prendre un bock boire un
verre de bière « ANDRÉE : Attendez, Belval va arriver. – LORET : Belval ! Encore lui. On ne peut même pas prendre un bock
plaisir, mais qu’on était en séance », FORTIA DE PILES, Nouveau dictionnaire français, 1818
sans la permission de Monsieur Pierre. Et vous voulez qu’il soit sympathique à vos amis, cet écrivassier ? », M. du VEUZIT et
1850 tuer le ver « boire un verre de vin blanc en se levant, – dans l’argot
des ouvriers chez qui c’est une tradition sacrée » (DELV.). Pour LARCHEY, boire de l’eau-de-vie
R. NUNÈS, Le Sentier, 1907-08 ◪
« Réveillés à trois heures du matin par notre hôte et par la pluie, – l’une battant les carreaux, l’autre grattant à la porte, – nous
où bientôt viennent s’installer le bon forgeron et ses deux
apprentis. Les ouvriers ont partout les mêmes habitudes : partout ils tuent le ver », A. DELVAU, Du
descendons dans la salle commune du cabaret,
pont des Arts…, 1866 ◪ 1865 étouffer (étrangler, plumer, asphyxier) un perroquet « “cette
locution signifie, dans le langage des ateliers, prendre un verre d’absinthe” (Bayeux). Allusion à la
couleur verte du liquide qui teinte le verre dont la main du buveur étrangle le cou. Le perroquet
est ordinairement de cette couleur » (LARCH.) « Quelques vieux absinthiers préfèrent courir le risque de plumer un
perroquet de plus », La Vie parisienne, 1865 ◪ 1867 s’éclairer le fanal boire un verre de vin ou d’eau-de-vie
• fioler le rogome boire de l’eau-de-vie • fesser le champagne boire des bouteilles de vin de
champagne • se raboter le sifflet boire un verre d’eau-de-vie ou de vin • faire un trou « boire un
verre de cognac ou de madère au milieu d’un repas, afin de pouvoir le continuer avec plus
d’appétit » (DELV.) • se laver les yeux « boire un verre de vin blanc le matin en se levant, – dans
l’argot du peuple, pour qui c’est une manière d’y voir plus clair » (DELV.) • écraser un grain pour
DELVAU (1867) : « boire un canon de vin sur le comptoir du cabaretier ». Pour LARCHEY (1872) :
« boire la goutte. Nous croyons cependant cette expression plus applicable à l’alcool, dans lequel
on conserve quelques grains de verjus » • coup de gaz coup de vin • chasser l’humidité « boire le
vin blanc ou le petit verre du matin » (DELV.) • coup d’arrosoir « verre de vin bu sur le comptoir du
cabaretier » (DELV.) • consoler son café « mettre de l’eau-de-vie dedans. Habitude normande, –
e
très parisienne » (DELV.) ■ f. XIX sabler le champagne boire du champagne pour célébrer une
fête, un événement, généralement à plusieurs. Le verbe sabler, dans son sens général de boire vite
(cf. ci-dessus), a été de bonne heure associé au champagne, parmi d’autres vins. Ainsi chez
VOLTAIRE : « Ce vieux Crésus, en sablant du champagne/Gémit des maux dont souffre la
campagne », et MARMONTEL : « [Il] calculait combien une femme de cinquante ans pouvait vivre
encore en sablant tous les soirs sa bouteille de champagne » (1787). Pourtant il semble que ce soit
e
seulement à la toute fin du XIX siècle que la locution sabler le champagne ait formé une
e
expression isolée, symbole de festivité, telle qu’elle s’est développée au cours du XX . Avant cette
époque, le contexte de joyeuse célébration est traduit par d’autres formules, telles que faire
sauter le champagne, qui évoque plutôt le bruit du bouchon : « Permettez-nous d’abord de boire à
votre santé… allons, morbleu ! fesons [sic] sauter le champagne » (P. DE KOCK, 1837). Ces
considérations réduisent à rien les pseudo-explications, trop facilement colportées, selon
lesquelles on aurait saupoudré les flûtes de sucre fin, de façon à faire mousser davantage le
liquide au moment où il était versé « […] oisifs et jouisseurs, engraissés de la sueur du peuple et sablant le champagne
avec des filles de joie », MARTIN DU GARD, 1930, in ROBERT ◪ 1872 se camphrer s’adonner à l’eau-de-vie •
étrangler la douleur boire un verre d’eau-de-vie ◪ 1882 faire fondre une chandelle boire une
bouteille de vin « La chiffonnière faisait alors un bout de toilette avant d’aller faire fondre une chandelle dans le sous-sol du
e
père Graindesomme », Le Réveil, 1882 ■ d. XX 1902 se faire une mousse boire une bière « En ce temps, pour
oublier ce qu’on disait de moi, je me faisais une mousse, et, vous me croirez si vous voulez, mais à force je n’avais plus un poil de
sec : j’étais devenue poivrote », Mémoires de Casque d’Or, 1902
e
■ XV abattre le brouillard pour OUDIN (1640), le sens est simplement celui de « boire le
matin ». La variante chasser le brouillard (1833) signifie pour DELVAU (1867) « boire le vin blanc ou
e
le petit verre du matin » et pour LARCHEY (1872) « boire un verre d’eau-de-vie » ■ m. XVII 1640
pour les trépassés « allusion à traits-passez, pour les verres de vin qu’on a beus » (OUD.) • voulezvous mander quelque chose à la rivière, il s’en va laver les tripes « cela se dit, estant prest
d’avaller un verre de vin » (OUD.) • en mettre un en prison « boire trois verres de vin, celuy du
milieu est emprisonné entre les deux autres » (OUD.) • faire un prisonnier idem • faire jambe de
vin « quand ceux qui vont à pied prennent du vin pour acquérir de nouvelles forces » (FUR.)
e
■ f. XVII 1690 allumer la lampe « verser du vin dans un verre à quelqu’un pour l’obliger à boire »
(FUR.)
BOIRE EN SOCIÉTÉ
e
■ m. XVII 1640 boire d’autant « boire l’un à l’autre, et beaucoup » (OUD.) • tope tope « je
tiens le coup que vous me portez à la santé d’un tel » (OUD.) • le porter boire à quelqu’un •
laissons l’ivrognerie et parlons de boire « beuvons, réjouissons nous » (OUD.) • vidons cette
affaire buvons • boire à celui qui a la main plus près du cul à la santé de qui tient le pied du verre
e
e
e
■ XVIII choquer les verres trinquer ■ m. XVIII porter un toast à ■ f. XVIII faire sauter les pintes
fêter quelque chose en buvant ensemble ; la pinte est une mesure de liquide (la pinte de Paris
valait 0,93 l) et, par métonymie, le récipient (avec ou sans couvercle) contenant cette quantité de
liquide ; faire sauter, au sens de « faire sortir une chose du logement dans lequel elle est retenue »
e
• faire sauter le bouchon « pour dire boire dru et sec, sans se griser » (DHAUTEL) ; au XIX siècle,
peut-être sous l’influence de faire sauter les pintes, l’expression a pris le sens de « fêter quelque
chose », en particulier avec une bouteille de champagne ou de tout autre vin mousseux, dont le
e
bouchon saute bruyamment de son logement ■ m. XIX s’en aller sur une jambe ne boire qu’une
tournée « Dès l’aube, on s’offre la goutte, on s’offre le canon, on s’offre le rhum, on s’offre l’absinthe ou le bitter, et l’on ne
veut jamais s’en aller sur une jambe », LA BÉDOLLIÈRE ◪ 1867 rincer la dalle offrir à boire à quelqu’un • une
politesse en vaut une autre « un canon doit succéder à un autre canon », une politesse étant une
« offre d’un verre de vin sur le comptoir » (DELV.) • rincer le bec offrir à boire à quelqu’un • rincer
le fusil idem • rincer la corne idem • rincer la gargoine idem • offrir une tournée payer à boire •
avoir une épingle à son col « avoir un verre de vin, payé d’avance par un camarade, à boire sur le
comptoir voisin de l’atelier » (DELV.) • rincer la dent offrir à boire à quelqu’un • marquer le coup
e
trinquer • rincer la margoulette à quelqu’un lui payer à boire ■ f. XIX vider chopine boire avec
d’autres ; s’utilise encore comme invitation plaisante : allons vider chopine ! « L’établissement Milent
était ce modeste comptoir, ouvrant rue de la Chapelle, où vidaient chopine, mêlés aux rouliers du gros camionnage, les cochers
de fiacre de la station voisine », E. RAYNAUD, Souvenirs de police au temps de Ravachol, 1923
e
■ m. XVII 1640 mouillons, il fait beau sécher buvons • jouer sur nouveaux frais faire
apporter du vin après le repas • que le vin ne manque non plus que la parole que nous en ayons
en quantité • au bon joueur, la balle vient toujours à la main « l’on porte toujours le verre à
e
celuy qui boit bien » (OUD.) ■ f. XVII 1690 tromper la calebasse « tromper son compagnon, boire
ce qui est dans la calebasse en son absence » (FUR.) • boire aux anges « quand on ne sait plus à la
santé de qui boire » (FUR.) • on ne saurait faire boire un âne s’il n’a soif « à ceux qui refusent de
e
e
boire une santé qu’on leur a portée » (FUR.) ■ d. XIX cric-croc « à ta santé » (GRANDVAL) ■ m. XIX
1842 épeler en rasades « boire autant de coups qu’il y a de lettres dans le nom de la personne
dont on porte la santé » (QUIT) • vous saurez ma pensée « c’est ce que nous disons à une
personne qui boit dans le verre où nous venons de boire, parce que le verre est imprégné
d’émanations récentes auxquelles on peut bien supposer quelque influence sympathique » (QUIT.)
e
■ d. XX ça s’arrose
LES BOISSONS
breuvages
e
e
■ XVI eau bénite de cave vin • de la purée de septembre du vin ■ m. XVII 1640 vin bourru
« c’est une sorte de vin blanc, doux et trouble, que l’on ameine de Champagne » (OUD.) • vin
chargé « noir, de couleur plus vine » (OUD.) • un trait de vin « un coup, un verre » (OUD.) • de la
dépense « du vin d’eau, de l’eau que l’on jette sur le marc après en avoir tiré le vin » (OUD.) • vin
de monsieur de la fontaine eau • à six et sept, tout passe par un fosset « le tavernier n’a qu’une
sorte de vin, et le fait payer diversement » (OUD.) • il est parent d’un roulier d’Orléans nommé
Guinget ce vin est fort petit et mauvais • sirop vignolat vin • la douce torture « du vin ; parce
qu’ayant beu on dit tout ce que l’on sçait » (OUD.) • vin de monsieur du puits eau • baptiser le vin
mettre de l’eau dedans • c’est du vin à fendre les pierres un vin excellent • vin de deux oreilles
mauvais vin • huile de septembre vin • du ginguet « petit vin verd, et fort mauvais » (OUD.) • vin
e
d’une oreille bon vin • du vin enragé de l’eau ■ f. XVII 1690 boire du bon on sous-entend vin •
un juste-au-corps « burlesquement, une bière » (FUR.) • chasse-cousin « mauvais vin dans un
e
logis » (FUR.) ■ m. XVIII bouteille à quinze bouteille de bon vin « Il nous fit avaler plus de la moitié d’une
bouteille à quinze, qui n’en valait pas six, comme c’est la coutume », CAYLUS, Histoire de M. Guillaume, 1740 • sacré chien
« eau-de-vie de mauvaise qualité, qui emporte le gosier » (DELV.) « Les voilà parties chez Caplaine où elles
e
demandent un demi-septier de sacré chien », VADÉ, in LARCHEY ■ f. XVIII 1789 sacré chien tout pur même sens
« mais avec tout ça, s’ils mettent le nez sur la marchandise, on vous fait payer une forte amende ; et pour une topette de sacréchien tout pur, vous êtes encofrées aussi – ben que si on avoit trouvé sus-vous la sainte-empoule de Reims », Cahier des plaintes
◪ 1793 parfait amour liqueur parfumée à la violette, à base de
citron ou de cédrat, avec de la girofle et de la cannelle, mais aussi d’autres ingrédients qui varient
selon la recette : coriandre, géranium, orange, vanille, etc. « Après avoir vidé plusieurs flacons de parfait
e
amour et de sacré chien tout pur, je demande les papiers », HÉBERT, 1793 ■ d. XIX lait de poule « jaune d’œuf
délayé dans du lait » (N. LANDAIS, 1836) « Ce ne sont pas d’affreuses vieilles à qui il ne manque qu’un balai rôti pour
et doléances des dames de la Halle, 1789
être des sorcières ; et ce sont des vieux très drôles, qui doivent dormir sous d’immenses bonnets de coton, ayant bu bien chaud
◪ 1808 bouillon d’onze heures breuvage
empoisonné. Onze heures étant la « dernière heure » du jour, il s’agit d’un jeu de mots : bouillon
de la dernière heure, celui qui annonce – et donne – la mort • un verre de doux « un verre de
e
liqueur sucrée, par opposition à un verre de liqueur forte ou “rude” » (DHAUTEL) ■ m. XIX bouillon
de canard eau « Jamais mon gosier ne se mouille/Avec du bouillon de canard », DALÈS • pousse-café petit verre de
cognac pris après le café « Ensuite nous avons pris le café, le pousse-café, le repousse-café », VOIZO • lavement au
leur lait de poule », R. BENJAMIN, Les Justices de paix, 1913
verre pilé « verre d’eau-de-vie. L’alcool éraille le gosier comme le verre pilé » (LARCH.) « Todore fait
venir deux lavements au verre pilé que nous avalons en douceur », MONSELET • pivois savonné vin blanc (HALBERT) •
tord-boyaux eau-de-vie très forte, de mauvaise qualité
« Beaucoup de ces avaleurs de tord-boyaux en
connaissent le goût depuis un demi-siècle », J. VALLÈS, Le Tableau de Paris, 1882 ◪
1841 petit homme noir « broc de
vin. Allusion à sa couleur noirâtre » (LARCH.) « Bourgeois, ajouta Boizamort, passe-nous un petit homme noir »,
LADIMIR, 1841 ◪ 1859 bavaroise aux choux verre d’absinthe et d’orgeat ou d’absinthe anisée « Pour ne
pas rester en affront, je propose l’absinthe […] Robert nous apporte deux bavaroises aux choux », MONSELET, Le Musée secret
◪ 1867 faux col la mousse d’une chope de bière • ratafia de grenouille eau • cassepoitrine « eau-de-vie poivrée, dans l’argot du peuple » (DELV.) « La casserole s’est rouillée sur le mur, la
de Paris, 1859
couronne s’est desséchée. Mais elle tient bon tout de même, embaumée qu’elle est par l’odeur du casse-poitrine et la fumée
e
■ f. XIX jus de chaussette café trop léger • bureau arabe
« en Afrique, du vin avec du sucre s’appelle un état-major. De l’absinthe mêlée avec de l’orgeat
s’appelle un bureau arabe » (LARCH.) • bleu, petit bleu « gros vin dont les gouttes laissent des
taches bleues sur la table » (LARCH.) • château-la-pompe expression parodique qui désigne l’eau
que l’on boit par nécessité, faute d’avoir du vin d’un bon cru ; cf. château margaux, etc. « Le picton
du tabac », J. VALLÈS, Le Tableau de Paris, 1883
qui leur passa par le trou du cou est un poison de la famille du Château-la-Pompe, n’ayant pas deux liards de parenté avec les
raisins », Le Père Peinard, 1894 • un
blanc-cass du vin blanc avec du cassis, c’est-à-dire un kir • un mêlée
cass mélange d’alcool fort (le plus souvent de l’eau-de-vie) et de cassis ■ m. XX du gros rouge qui
tache du vin rouge de la plus mauvaise qualité • un petit noir un café, pris le plus souvent le matin
au comptoir, avant d’aller travailler ; dans la logique habituelle d’économie de la langue, on a dit
d’abord un petit café noir, avant d’abréger ; cf. « J’admirais leur allure aisée, leur poitrine jetée en avant, tandis
que la mienne se creusait de plus en plus. Les pans de leur pardessus quand ils marchaient flottaient librement ; sortant du bar
où ils étaient allés prendre leur petit café noir, ils laissaient sans l’accompagner de la main la porte automatique se refermer
avec bruit derrière eux ; dans un grand élan je souhaitais d’avoir bientôt moi aussi une place », M. ASTRUC, Trois mois payés,
1930
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■ XVI la dive bouteille c’est-à-dire divine – expression de RABELAIS ■ m. XVII du vin de
Brétigny qui fait danser les chèvres « du vin fort verd » (OUD.) « Eh bien qu’en dis-tu ? Ce vin-là seroit-il pas
bon à faire des custodes ? Il est rouge et verd, c’est du vin à deux oreilles, ou du vin de Brétigny, qui fait dancer les chèvres », La
1640 vin de singe « qui fait sauter et rire » (OUD.) • du vin de Nazareth
« du vin qui passe à travers du nez, lors qu’on rit en beuvant » (OUD.) • ce vin est bon à faire des
rideaux, il est vert et rouge « c’est une allusion à verd, qui signifie aspre » (OUD.) • rouge au soir,
blanc au matin/c’est la journée du pèlerin « lorsque le ciel est rougi par le soleil couchant, on
peut en conclure qu’il n’y a que des vapeurs légères qui se dissipent au premier souffle de l’air, au
lieu de se condenser pour se résoudre en pluie, comme font les nuages noirs, imperméables aux
rayons lumineux […] On rappelle en même temps une observation météorologique et un précepte
d’hygiène, par une double allusion à la couleur du ciel et à la couleur du vin, qu’on recommande de
boire blanc le matin et rouge le soir » (QUIT.) • vin de cerf qui fait pleurer • vin de Lyon « qui rend
furieux, ou querelleux » (OUD.) • vin de pie qui rend bavard • vin de porc qui fait vomir • vin de
renard « qui rend subtil ou malicieux » (OUD.) • vin trouble ne casse pas les dents « que l’on peut
boire du vin bien que trouble » (OUD.) • vin d’âne « qui rend la personne assoupie après avoir trop
Comédie des proverbes, 1633 ◪
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beu » (OUD.) ■ f. XVII 1690 vin sur lait, c’est souhait ; lait sur vin, c’est venin ■ f. XIX 1894 il
semble que le bon Dieu vous descend dans le gosier en culottes de velours « locution d’origine
ecclésiastique. Ne se dit pas quand on boit du Brindas, mais bien un vin chaud, généreux, velouté,
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pénétrant » (LYON) ■ m. XX être au régime sec ne pas boire d’alcool
IVROGNERIE
alcoolisme, saoulographie, intempérance
e
e
■ XV croquer la pie boire gaillardement ■ XVI charmer les puces « boire beaucoup ; par ce
e
moyen nous ne sentons plus les pulces qui nous mordent » (OUD.) ■ m. XVI faire l’amour à une
e
bouteille ◪ 1534 boire comme un templier beaucoup ■ f. XVI rincer le godet « adonnez à toute espèce
de gourmandise & ivrognerie, tesmoin les beaux nez & tant bien illuminez de ces anciens Docteurs, la suffisance desquels ne
e
■ m. XVII boire comme un trou
◪ 1640 décoiffer la bouteille « débauche : la vider, la boire » (FUR.) • boire en demoiselle « avaller
à grands traits, boire viste et avidemment » (OUD.) • grenouiller boire souvent • boire sec bien
boire, « boire de grands coups, sans rien laisser dans son verre » (FUR.) • boire tanquam sponsus
beaucoup • boire comme un Suisse beaucoup • mal de pipe ivrognerie • boire à tire-larigot
beaucoup • boire comme il faut beaucoup • hausser (plier) le coude « bien hausser le coude,
bien boire » (FUR.) • churlupper boire excessivement • boire à ventre déboutonné beaucoup •
souffler au bourrabaquin bien boire ; bourrabaquin ou bourraquin, « grand flacon de cuir avec
lequel les religieux mendiants faisoient la quête » (Glossaire de la langue romane, 1808) – une
e
gourde, quoi ! ■ f. XVII 1690 aimer le piot • boire à longs traits « en débauche : de grands coups »
e
(FUR.) ■ m. XVIII 1754 lever le coude boire à longues rasades « Ça n’a pas d’ordre, ça aime trop à lever le
e
coude », PRIVAT D’ANGLEMONT ■ m. XIX 1842 boire comme un chantre sans doute par altération de
gist qu’à bien rincer le godet », Dialogue d’entre le maheustre et le manant, 1593
chancre • boire comme un sauneur beaucoup ◪ 1867 casser le cou à une négresse vider une
bouteille • s’en fourrer dans le gilet boire à tire-larigot • tomber une bouteille la vider, la boire •
tordre le cou à une bouteille la boire • faire (fêter) des chapelles « faire des stations chez tous
les marchands de vin » (DELV.) • étouffer une bouteille « la boire, la faire disparaître jusqu’à la
dernière goutte » (DELV.)
e
■ m. XVII 1640 Dieu nous garde de la santé des Allemands et de la maladie des Français « de
trop boire et d’avoir la verolle » (OUD.) • prendre du poil de la bête « boire le matin, quand on a
trop bu le soir ; se guérir par les mêmes choses qui ont causé le mal ; à celui qui a mal à la tête le
lendemain qu’on a fait la débauche : il faut recommencer à boire » (FUR.) • nous ne demeurerons
pas derrière, la plus petite de nos bêtes tire bien le moindre de la compagnie boit beaucoup •
voilà bien tiré pour une jeune bête « voilà beu un grand coup » (OUD.) • on ne peut filer si l’on
ne mouille « proverbe usité parmi les buveurs, pour dire qu’il faut humecter fréquemment le
gosier quand on mange ; car de même qu’on ne peut bien tordre la filasse sans la mouiller, de
e
même on ne peut bien tordre les morceaux sans les arroser » (QUIT.) ■ m. XIX 1867 coup de
bouteille « rougeur du visage, coup de sang occasionné par l’ivrognerie » (DELV.)
LES IVROGNES
alcoolo, poivrot, pochard, soiffard, saoulard
■ m.
XV
e
sac à vin « ivrogne. On dit qu’il est sujet au vin, pris de vin, que le vin lui sort par les
e
yeux, qu’il cuve son vin, quand il dort ; alors on dit qu’il a un vin de pourceau » (FUR.) ■ m. XVII 1640
rinceur de gobelet un bon buveur • il eût été bon chantre, il entonne bien « c’est une allusion au
double sens d’entonner, il boit bien » (OUD.) • une chocaillon « une femme qui boit beaucoup de
vin » (OUD.) • Maître Jean l’ivrogne curé de Pomponne • il ressemble à la bonne chambrière, il
en boirait un seau sans s’enivrer « il boit excessivement sans se gaster de vin » (OUD.) • il boirait
la mer et les poissons • il a le nez comme la sébile d’un pressoir tout rouge à force de boire •
pilier de cabaret (de taverne) « un yvroigne, un qui ne bouge du cabaret » (OUD.) • bouchon de
cabaret qui ne bouge du cabaret • il a un hérisson dans le ventre, s’il ne boit il le pique « il est
grand buveur, il est fort altéré » (OUD.) • il est comme la madeleine, il a toujours la boîte à la
e
main « il tient le verre ; il boit à toute heure » (OUD.) ■ f. XVII 1690 nez de betterave nez rougi par
e
l’ivrognerie • nez boutonné • nez bourgeonné • nez enluminé ■ m. XIX 1842 il est de l’ordre de
la boisson c’est un franc buveur • faire le métier de la grenouille « c’est boire et babiller ; double
occupation des ivrognes » (QUIT.) ◪ 1844 avoir un trou sous le nez être grand buveur « C’n’est pas
tout encore, sachez que c’te pécore a z’un trou sous l’nez impossible à combler », Catéchisme poissard, 1844 ◪ 1867 se
livrer à la boisson prendre des habitudes d’ivrognerie • nez qui a coûté cher (à mettre en
couleur) « nez d’ivrogne, érubescent, plein de bubelettes, qui n’a pu arriver à cet état qu’après de
longues années d’un culte assidu à Bacchus » (DELV.) • cousine de vendange « fille ou femme qui
fait volontiers débauche au cabaret » (DELV.) • avoir une gueule d’empeigne « avoir le palais
assuré contre l’irritation que causerait à tout autre l’absorption de certains liquides frelatés »
e
(DELV.) • avoir la gueule ferrée idem ■ f. XIX avoir la dalle en pente ◪ 1872 poivreau « ivrogne. De
poivre » (LARCH.). On écrit aujourd’hui poivrot « Je me pique trop le nez, je préfère en finir avec mon existence. Ce
e
sera un poivreau de moins », Le Moniteur, 10 septembre 1872 ■ d. XX avoir une bonne descente • ne pas
e
avoir une tête à sucer de la glace la métaphore remonte au XIX siècle, cf. « Et Louis, qui ne s’est
pas rougi le nez à sucer de la glace le long des gouttières, s’empresse au rendez-vous » (DELVAU,
e
Les Heures parisiennes, 1865). Cela dit, la glace dans les boissons – une habitude prise au XVIII
siècle – n’a pas toujours eu bonne presse auprès des hygiénistes ; témoin cette étonnante
réflexion de RASPAIL, cité par LAROUSSE en 1872 : « L’abus de la glace est souvent tout aussi
pernicieux que celui des boissons alcooliques » ◪ 1902 n’avoir plus un poil de sec par opposition à
être sec, n’avoir rien à boire ; quand on n’a plus un poil de sec, c’est que l’on s’est bien imbibé « En
ce temps, pour oublier ce qu’on disait de moi, je me faisais une mousse, et, vous me croirez si vous voulez, mais à force je
n’avais plus un poil de sec : j’étais devenue poivrote », Mémoires de Casque d’Or, 1902
e
■ m. XVII 1640 battre la bouteille battre un ivrogne • si tu étais prêcheur, tu ne prêcherais
que de boire « tu parles ordinairement d’yvroigner » (OUD.) • ce vin-là n’est pas soutenant c’est
quand on voit tomber un ivrogne • visage de pressurier plein de rougeurs à force de boire • se
e
peindre le nez « boire, et se faire devenir le nez rouge » (OUD.) ■ f. XVII dieu des visages
boutonnés Bacchus, d’après SAINT-AMANT ◪ 1690 il a plus bu que je ne lui en ai versé « en voyant
un ivrogne » (FUR.) • on voit bien à ses yeux que sa tête n’est pas cuite « d’un ivrogne : que le vin
e
lui a donné dans la tête, qu’il a bu du casse-tête » (FUR.) ■ f. XVIII 1792 il y a un dieu pour les
ivrognes « s’emploie pour évoquer le fait qu’une personne a bien de la chance d’avoir échappé au
e
sort funeste que lui réservaient son inconscience et ses erreurs » (BIARD) ■ m. XIX 1842 ce que le
e
sobre tient au cœur est sur la langue du buveur ■ f. XX durillon de comptoir gros ventre acquis
à force de boire (de l’alcool, faut-il le préciser)
IVRESSE
ébriété, saoulerie, biture, cuite
e
e
■ m. XVII 1640 donner sur le timbre enivrer • donner sur l’oreille idem ■ f. XVII 1690 mal
saint Martin « ivresse, à cause qu’autrefois se tenaient des foires pour la vente du vin vers la St
e
Martin, où on buvait beaucoup » (FUR.) ■ m. XIX 1867 taper sur la cocarde se dit d’un vin trop
généreux qui prodigue l’ivresse • taper sur la boule griser, étourdir • gueule de bois ivresse •
avoir la Marianne dans l’œil « clignoter des yeux sous l’influence de l’ivresse » (DELV.), la
Marianne étant la République
e
■ m. XVII 1640 mettre un homme dedans « l’enyvrer. Et luy faire perdre pour toute la
e
compagnie » (OUD.) ■ m. XIX 1842 le vin entre et la raison sort
SE SAOULER
s’enivrer, biberonner
e
■ XVI charmer les puces boire beaucoup le soir avant de se mettre au lit, « par ce moyen nous
ne sentons pas les puces qui nous mordent » (OUD.) « Après avoir embrassé et charmé les puces, il dort toutes
e
ses deux oreilles », Contes d’Eutrapel, v. 1580 • boire comme une éponge beaucoup ; à la fin du XX siècle,
l’idée est inversée, et éponger signifie « manger pour compenser le trop-plein d’alcool absorbé » –
e
on crée une éponge pour pouvoir boire ! ■ m. XVI 1534 boire comme un templier « s’enivrer,
parce que ces chevaliers dans le temps de la décadence de leur ordre buvaient par excès » (FUR.)
e
■ m. XVII boire comme un trou boire par excès ◪ 1640 déchausser Bertrand • mettre de la paille
dans ses souliers • se coiffer • se brider • charger • s’imprimer • se gâter de vin • coiffer roline
e
• votre chien m’a mordu « je me suis enyvré de vostre vin » (OUD.) • fesser ses poules ■ f. XVII
e
1690 s’enivrer de son vin « boire tout seul et par excès » (FUR.) • mettre pinte sur chopine ■ XVIII
se piffer « Au commencement les donzelles/Pour boire font les péronelles,/Puis après les six premiers coups/À leurs grivois
e
rivent les cloux/On rit, on se piffe, on se gave,/On fait retourner à la cave », Les Porcherons, 1773 ■ f. XVIII 1791 s’en
foutre par-dessus les bretelles « […] je me promets de faire sauter les pintes… Je mène avec moi la mère Duchesne ;
l’ami Jambart ; […] et l’ivrogne Renaud, chef de mes colporteurs, qui seront aussi de cette fête bachique, et nous allons nous en
foutre par-dessus les bretelles », HÉBERT, 1791
• s’en foutre une pile à partir de piler, bien manger, au
XVII
e
e
siècle ■ XIX se saouler la gueule « Moi, vous savez, j’suis qu’un boulot,/j’connais qu’mon travail dès l’matin/et si des
fois j’me soûle la gueule,/c’est censément qu’dans mon méquier/on fait qu’avaler d’la poussière », J. RICTUS, Le Cœur populaire,
e
■ d. XIX se mettre dedans « Quand on trinque avec une fille aimable, il est permis de se mettre dedans »,
DÉSAUGIERS ◪ 1821 prendre une culotte « Avec mon ami Pied-d’Vigne,/Parfois, sans tintouin,/J’vas prendre un’ culotte
v. 1900
indigne/Du côté d’Saint-Ouen », J. JEANNIN, Chansons, 1889
■ m.
e
XIX
se poivrer ◪ 1859 se rincer la corne se
griser, la corne étant l’estomac « Si je me rince la corne quelquefois chez le mastroquet, c’est pour me consoler »,
MONSELET, Le Musée secret de Paris, 1859 ◪ 1867 être folichon commencer à se griser • se piquer le nez
« voilà le principal motif de mes punitions. J’en ai encore quelques-unes pour ivresse. Mon Dieu, oui ! Je me suis piqué le nez
• chauffer le four « chauffer le four, d’où cuite, pour ivresse
complète, la quantité des liqueurs chauffant l’estomac de l’ivrogne » (SAINÉAN, L’Argot parisien,
1920) « Il me restait encore quatre francs. J’avais chauffé le four depuis samedi », MONSELET • se pocharder
quelquefois », G. DARIEN, Biribi, 1888
« s’ivrogner, vivre crapuleusement » (DELV.) • fêter la Saint-Lundi se griser et même se saouler •
se saouler « se goinfrer de vin ou d’eau-de-vie à en perdre la raison » (DELV.) • être en train
commencer à se griser • se tuiler « s’enivrer ; succomber sous l’ivresse comme sous une averse de
tuiles, ou boire à en avoir bientôt le visage érubescent, c’est-à-dire couleur de tuile neuve » (DELV.)
• se poisser • se sculpter une gueule de bois commencer à se griser • faire jambe de vin boire à
tire-larigot • se culotter le nez • avoir son caillou commencer à se griser • prendre une barbe
e
■ f. XIX prendre une cuite « Allons, avancez-moué-z’un verre…/Je veux prend’e eun’ cuite à tout casser/Et l’souer
couché dans un foussé », COUTÉ
◪ 1872 s’empoivrer « s’enivrer. Mot à mot : s’empourprer, devenir
poivre » (LARCH.) • avoir son extrait de barbe ◪ 1881 prendre une pistache ◪ 1883 prendre une
biture biture a eu le sens de « repas copieux » (1825), puis de « forte dose de spiritueux » (1867).
e
Le sens de « se saouler » s’est répandu à la fin du XIX siècle et surtout pendant la guerre de 14-18,
époque où son origine maritime était encore ressentie : « L’expression générale de boire, et
surtout de boire à l’excès, est rendue par des images correspondant aux occupations
professionnelles : un marin prend sa biture et le typographe prend la barbe ; un cocher, avant de
se mettre en route, graisse les roues » (SAINÉAN, L’Argot parisien, 1920) « Au seuil du poste des ÉclusesSaint-Martin, ils s’arrêtèrent pour suivre l’ombre du regard. – Voilà un particulier qui tient une jolie cuite ! fit l’un. – Oui, mince
de biture ! répondit l’autre. Et les deux sergots rentrèrent au corps de garde », P. BONNETAIN, Charlot s’amuse, 1883
se piquer la ruche ruche : nez (1899)
e
■ m. XX
« N’empêche que y s’est pas gêné/M’avait d’jà ruiné la moquette/Dans
l’canapé s’est écroulé/Pour s’piquer la ruche à l’anisette », RENAUD, Le Père Noël noir, 1981
■ f.
e
XX
se faire sauter les
plombs « En attendant le retour aux alpages, le vieux il prend son panard comme il peut. Y s’fait sauter les plombs au gros
e
rouge », F. LASAYGUES, Vache noire…, 1985 ■ d. XXI se mettre minable se saouler au dernier degré, se
mettre dans un état pitoyable
ÊTRE IVRE
e
e
■ f. XV saoul comme une grive ■ XVI 1552 avoir coiffé son heaume le heaume alourdit la
tête et aveugle celui qui en est casqué ; l’image est probablement très ancienne « Car j’ay bien cogneu
e
au respondre/Que de crainte de se morfondre/Elle avait coiffé son heaume », JODELLE, L’Eugène, 1552 ■ XVII être
e
pompette dès le XVI siècle, un nez à pompettes est un nez d’ivrogne • être rond • avoir le sac
plein • être entre deux vins « Adieu, ma fille, en voilà assez pour des gens entre deux vins », SÉVIGNÉ, 1677 • être
pris de vin « Elle dit qu’elle étoit princesse d’un autre pays que la France : mais comme elle n’en étoit jamais sortie que pour
aller à Marseille, et qu’elle étoit comme qui diroit un peu prise de vin, elle dit qu’on la nommoit la princesse Très-volontiers »,
CAYLUS, Les Bals des bois, 1745 ■ d. XVII
e
e
1611 cuver son vin ■ m. XVII être joli garçon « Un soir néantmoins que
j’étois attablé avec le sieur Valvins de Blignac, et eschauffé par la boisson, et qu’il estoit jà tout joli garson […] », Mémoires des
1640 il n’a garde de me manger « c’est pour dire qu’un homme est bien yvre
ou bien saoul » (OUD.) • il est si saoul qu’il ne saurait dire deux il est fort ivre • être grec • beau
garçon bien ivre • avoir sifflé la linotte « avoir un peu trop bu ; avoir bien bu et quand il y paraît ;
être à demi ivre » (FUR.) • avoir sifflé la rôtie idem • être bien arrosé • bridé de vin • ivre comme
une soupe « bien ivre ; les gens du nord ne quittent point la table qu’ils ne soient ivres à ne voir
goutte, à ne pouvoir se remuer » (FUR.) • enfariné • haut en couleur « rouge de visage pour avoir
trop beu » (OUD.) • il n’a garde de tenir à la poêle, il est bien enfariné • il se porte bien • être
plein « être ivre – à ne plus pouvoir avaler une goutte, sous peine de répandre tout ce qu’on a
e
précédemment ingéré » (DELV.) • être (bien) imprimé ■ f. XVII avoir le vin gai ◪ 1690 être gris
« avoir bu beaucoup de vin et commencer à être ivre » (FUR.) « Voilà une farce de fort mauvais goût, fit
Perdriel entre ses dents. Il est gris ! Sûrement il est gris ! », REBELL, La Câlineuse, 1898 • avoir humé le
piot • mettre le pied dans les vignes du Seigneur « mais, d’un autre côté, quand on a le pied dans la vigne du
Seigneur, quand on est sou, adieu les affaires du ménage », Cahier des plaintes et doléances des dames de la Halle, 1789 • il
en a dans le casque « il a la cervelle un peu brouillée, soit de vin, soit de folie. En ce sens il est
bas » (FUR.) • avoir les dents mêlées « être si ivre qu’on ne peut pas desserrer les dents » (FUR.)
e
e
■ XVIII être un peu gai ■ d. XVIII 1718 être dans les vignes du Seigneur « lorsque Dubois aspira à devenir
bourreaux Sanson, 1693 ◪
cardinal, il n’eut pas grande peine pour faire déchirer son acte de mariage ; il envoya au curé un de ses émissaires, qui n’eut
qu’à amener tout doucettement et en conversant de chose et d’autre à table, le bon curé dans les vignes du seigneur, pour
faire le coup convenu dans le registre oublié sur une chaise », RASPAIL, Almanach pour l’année 1867
■ m.
XVIII
e
plein
comme un œuf ◪ 1756 être dans les brindezingues être complètement ivre. « Ce terme vient du
vieux mot brinde : toast. “Ces grands hommes firent tant de brindes à vostre santé et à la nostre,
qu’ils en pissèrent plus de dix fois” (Lettre curieuse envoyée au cardinal Mazarin par ses nièces,
e
Paris, 1651) » (LARCH.) « Tiens, toi, t’es déjà dans les brindezingues », VADÉ, 1756 ■ f. XVIII être empaffé • être
e
e
dans les vignes • avoir le vin amer • avoir le vin mauvais ■ XIX plein comme une outre ■ d. XIX
1808 avoir un coup de soleil « être à demi gris, avoir une pointe de vin » (DHAUTEL) « Ma foi, ça n’s’ra
qu’à la brune qu’finira c’gueuleton sans pareil. En parlant d’ça j’pourrais bien attraper un p’tit coup de soleil… Mais voyons si
j’ai encore de la braise », LAMIRAL, Le Savetier en goguette, 1838 ◪
1821 être paf « Puis l’on se mit à sabler le champagne
en l’honneur de Lafayette, du club des refroidis, de la frigorifico-exécution et de l’exposition de 1900 et le lendemain matin les
ingénieurs américains et mon pauvre ami étaient paff – avec un s au moins – comme des bourriques », VIBERT, Pour lire en
automobile, 1901
e
■ m. XIX avoir un coup de sirop le sirop est très probablement à l’origine du cirage
(1915) « le chapelier […] prit tranquillement la porte. Les camarades ne s’aperçurent pas de son départ. Lui, avait déjà un joli
coup de sirop. Mais, dehors, il se secoua, il retrouva son aplomb », Z OLA, L’Assommoir, 1877 • être éméché • avoir son
casque « Il me demande si je veux m’humecter, je lui dis que j’ai mon casque », MONSELET • poussé de boisson
« Quand il y en a un qui est poussé de boisson jusqu’à la troisième capucine, il lui met une adresse sur le dos, et l’emballe dans
• avoir son fade • être en riole être en train de s’amuser, être gris •
jusqu’à la troisième capucine « complètement ivre. C’est-à-dire qu’il en a par-dessus le menton.
La troisième capucine est près de la bouche du fusil » (LARCH.) « Veuillez excuser notre ami, il est gris jusqu’à
la troisième capucine », H. MURGER, Scènes de la bohème, 1851 • avoir son (petit) jeune homme pour
DELVAU : « être complètement ivre, de façon à se laisser mater et conduire par un enfant » ; pour
LARCHEY : « être gris. Mot à mot : avoir bu le broc de quatre litres que les marchands de vin
appellent Petit homme noir » « Un individu en blouse qui semblait avoir son petit jeune homme », G. DE NERVAL •
avoir sa cocarde « J’y voyais en dedans. Todore ne parlait pas. Robert nous dit : “Vous avez votre cocarde” », MONSELET •
avoir son plumet « N’est-ce pas j’dois vous faire l’effet d’avoir c’qui s’appelle un plumet ? Messieurs, c’est le picton ! »,
VOIZO • être raide comme la justice « être ivre sans vouloir le paraître, se redresser avec
un sapin », La Correctionnelle
affectation » (LARCH.) « Dis donc, Jules, tu as bien dîné ? – Il est raide comme la justice », MONSELET ◪ 1833 ému,
légèrement ému « troublé par les fumées du vin. Le buveur ému est sur le point de s’attendrir »
(LARCH.) « Girard et Maret-Bois-trop rentrèrent au quartier légèrement émus, et on ne put les réveiller à l’appel du soir »,
VIDAL, 1833 ◪ 1839 en avoir dans le toquet « Chez Dénoyer j’entre, un peu dans le toquet », DECOURCELLE, 1839
◪ 1867 avoir son affaire pour DELVAU : « être presque gris ». Pour LARCHEY : « être ivre-mort » •
avoir sa barbe • avoir une culotte être complètement ivre « (Il reste insensible à l’appel de sa fille ; même
comme elle le secoue trop fortement, il roule sous la table avec un bafouillage incohérent ; puis il se tait et reste immobile.
Maria en le voyant tomber a un mouvement de recul. De loin, elle le contemple avec mépris). MARIA : Ce qu’il est bu !… Il est
rien complet ! (Charlot enhardi s’est avancé vers son père et l’examine curieusement). – CHARLOT : Mince ! quelle culotte !!… Il
• être bien • être vent dessus, vent
dedans • être parti « être gris, parce qu’alors la raison s’en va avec les bouchons des bouteilles
vidées » (DELV.) • avoir son panache • avoir une petite pointe avoir bu un verre de trop • avoir
un coup de chasselas • rond comme une futaille ivre mort • avoir un sabre • être poivre être
abominablement gris • avoir fumé une pipe neuve • avoir sa prune • être parti pour la gloire
être saoul • plein comme un boudin • avoir son paquet être complètement ivre • être en
goguette « être de bonne humeur, grâce à des libations réitérées » (DELV.) • avoir sa pointe •
avoir sa (une) cuite être saoul • avoir son compte • avoir une chique • être allumé « être sur la
pente de l’ivresse, soit parce qu’on a bu plus que de raison, soit parce qu’on a trop regardé une
jolie fille » (DELV.) • être chargé on peut peut-être rapprocher cette expression de l’aveyronnaise
avoir chargé sur un essieu, utilisée à propos d’un homme ivre qui titube comme une charrette au
e
chargement mal équilibré ■ f. XIX avoir du vent dans les voiles le premier sens est « être gonflé,
se sentir décidé après boire (marins, 1835) ». ESNAULT estime d’autre part que « le sens tituber est
abusif (sauf ironie), car on peut bien porter la toile, être dur à enivrer (marins, 1833) ». C’est
cependant ce sens de tituber qui est compris « Même quand ces messieurs et dames de l’étage avaient du vent
en dit pas long en c’moment », M.
DU
VEUZIT, Le Noël des petits gueux, 1909
dans les voiles et que ça chahutait ferme dans un appartement, même si on ne se gênait pas devant lui, et même si on l’invitait
à participer à la beuverie, il n’était pas sûr que sa chanson aurait été bien accueillie », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946 • être
raide
• gris comme un Polonais « Il écoute nos histoires, nous distribue du tabac, et, quand il est gris comme un Polonais,
nous fait chanter en chœur », G. DARIEN, Biribi, 1888 ◪ 1872 voir en dedans « être en état d’ivresse.
S’applique aux ivrognes illuminés qui se tiennent eux-mêmes de longues conversations » (LARCH.) •
plein comme un sac • avoir une pente « être ivre à trébucher sur un terrain plat comme sur une
pente » (LARCH.) • être dans le brouillard être absorbé par l’ivresse ◪ 1883 partir pour la gloire •
en avoir une vraie muffée • être schlass • en avoir une charretée être complètement ivre
e
■ d. XX avoir un coup dans l’aile • avoir un verre dans le nez • être saoul comme un cochon •
être beurré la locution est mystérieuse. Elle vient peut-être de l’argot des imprimeurs, où l’encre
est aussi appelée beurre. Une feuille portant trop d’encre est une page beurrée, c’est-à-dire
noircie – à rapprocher de être noir (voir ci-dessous) ◪ 1911 être mûr « Soit, lui dis-je, ma poulette :/Je
t’offre un’ mominette !/Nous prîmes six apéros,/Six litr’s de picolo,/De la saucisse et des œufs durs,/Si bien que l’soir nous étions
mûrs », XAM et ALCIDE, Pulchérie, 1911 ◪
1915 être noir « En fait j’aime qu’être bourré, les ailes que ça fait, qu’on croit un
peu qu’on les aura toujours… Et là j’étais vraiment noir comme de l’encre et ciré et tout de sorte qu’un bloc de trois tonnes me
e
■ m. XX être bourré
comme un coing renforce être bourré, plein d’alcool (1935). Mais l’image n’est pas claire. Il s’agit
probablement du coin à fendre du bois, sur lequel on frappe – et d’un curieux croisement avec
bourré de coups. C’est l’image d’être roué, hébété d’ivresse • être beurré comme un petit LU
peut-être sur le modèle de bourré comme un coing. Augmentatif de être beurré. Allusion directe
aux petits-beurre de la marque Lefèvre-Utile (fondée en 1886), qui devinrent célèbres sous le sigle
LU. Les petits LU, insistait la réclame dans les années 1930, sont faits au beurre « Ils te prennent pour
serait tombé dessus j’aurais continué mon chemin comme si de rien… », A. CAHEN, Zig-Zag, 1976
une mère, jouent les petits garçons en se réfugiant dans tes bras en chialant parce qu’ils sont beurrés comme des petits lu ! »,
• rond comme une queue de pelle il semble que la queue de la pelle ne soit
ainsi nommée que dans le cas d’ivresse. Il pourrait y avoir un souvenir de la queue, barrique de
90 litres, dans la formation de l’expression. Rond comme une queue donnant d’une part rond
comme une barrique, qui garde l’image, et rond comme une queue de pelle par remotivation d’un
e
mot oublié ■ f. XX avoir les dents du fond qui baignent image cocasse d’un estomac fortement
en crue • ne pas être clair « Alors, pour esquiver les coups, Hamel avait créé un langage qui lui permettait d’entrer
BERTEAUT, in CELLARD-REY
dans la casbah sans que le daron s’en aperçoive. Les jours où il n’était pas clair, il grattait la porte d’entrée, en miaulant à
quatre pattes, pour éviter le judas », R. DJAÏDANI, Boumkœur, 1999
• être raide démâté renforcement de être
e
raide ; tellement ivre ou drogué que l’on ne tient plus debout. À noter qu’au XIX siècle démâté a
eu le sens de « désorienté, décontenancé »
e
■ XVII paroissiens de Saint-Jean-le-Rond « de la paroisse saint Jean le rond : yvre. Par
allusion de rond, qui signifie la mesme chose » (OUD.) « Car, quand j’devrions tous de guinguois/Nous fichant par
terre à-croix-pile,/Retourner et gagner la ville/En bons Paroissiens d’Saint Jean-l’-rond,/Revenant d’fêter leur
Patron ;/Nous faut pitancher tant qu’la gueule/Fasse en renaclant la bégueule », Les Porcherons,
e
1773 ■ m. XVII 1640 sac plein dresse l’oreille « un homme saoul se réjouit » (OUD.) • faire des SS
quand on est ivre « chanceler, marcher de travers » (OUD.)
GUEULE DE BOIS
e
■ XVI cracher blanc « avoir soif, pour s’être enivré trop la veille, – dans l’argot du peuple, qui
e
employait cette expression du temps de Rabelais » (DELV.) ■ XVII reprendre du poil de la bête
« on dit aussi à celui qui a mal à la tête le lendemain qu’il a fait la débauche, qu’il faut reprendre
e
du poil de la bête, qu’il faut recommencer à boire » (FUR.) ■ d. XVII 1611 cuver son vin « Hé quoy,
n’étrangleray je, ne bruleray je, ne noyeray je point ce detestable yvrogne qui en a fait si mauvaise garde ? Non, il faut attendre
qu’il ait cuvé son vin afin qu’il se sente mourir », Les Ramoneurs, 1624
■ m.
e
XIX
1867 avoir mal aux cheveux
e
■ f. XIX avoir la gueule de bois « Mon cher Will, j’ai, comme tu dis dans ton horrible argot de Paris, la gueule de bois
e
et cependant je n’ai pas mangé trop de saumon, moi, je n’ai point fait la noce », VIBERT, Pour lire en automobile, 1901 ■ d. XX
e
1930 être dans le cirage ■ f. XX avoir le casque c’est-à-dire la tête lourde ; l’image est ancienne,
et l’expression a d’abord signifié « être ivre » ; on peut supposer que la remotivation par le casque
de moto (qui enserre la tête et la fait paraître plus grosse) a joué dans le glissement de sens
VOMIR
rendre, dégueuler, gerber, dégobiller
e
■ XVI rendre sa gorge « Bien, ma plume, n’en parlez plus… Vous me feriez rendre ma gorge », MAROT, in LITTRÉ •
écorcher le renard « Et tous ces bonnes gens rendoient là leurs gorges devant tout le monde, comme s’ilz eussent
escorché le regnard, et en mourut dix ou douze de peste », RABELAIS, Pantagruel, 1532 ■ XVII
de vomir
e
avoir mal au cœur envie
« J’aimons tant les bravv demoiselles…/Parlez moi d’ça non d’peronnelles/Qui f’sons l’semblant des mal de
e
■ m. XVII 1640 rendre compte • jeter du cœur
sur le carreau • jeter des lances à feu « rendre gorge après estre yvre » (OUD.) • jeter des fusées
idem • tirer du cœur • rendre tripes et boyaux « on dit proverbialement d’un homme qui a
beaucoup vomi et avec grand effort qu’il a vomi tripes et boyaux, tripes et boudins » (FUR.) •
appeler huet « la voix de celuy qui rend gorge approche du mot ; d’autres disent huguet apporte la
e
e
jatte » (OUD.) ■ XIX avoir le cœur au bord des lèvres envie de vomir ■ m. XIX rendre ses comptes
« vomir. Mot à mot : rendre les comptes que vous demande un estomac trop chargé » (LARCH.) « À
la dix-huitième canette, le néophyte rendit ses comptes », MICHU ◪ 1833 jeter la cargaison pour sauver le navire
cœur/Pour un méchant ver de liqueur », Les Porcherons, 1773
expression soldatesque pour vomir ◪ 1867 lâcher une fusée • jeter son lest « se débarrasser
involontairement du déjeuner ou du dîner dont on s’était lesté mal à propos » (DELV.) • revoir la
carte « rendre son déjeuner ou son dîner, – ce qui est une façon désagréable de s’assurer de ce
e
e
qu’on a mangé » (DELV.) • piquer un renard • compter ses chemises ■ f. XIX aller au refil ■ d. XX
appeler Arthur • aller aux miettes « il y avait un mec qui en avait un bon coup dans les plumes, quoi, là, je dis à une
fille : “Il est en train d’appeler Arthur.” Elle me dit : “Où que c’est qu’il est Arthur ?” Alors elle cherchait Arthur. Et pourtant
quand t’appelles Arthur c’est quand tu vas aux miettes, quand tu rends, quoi, que t’as des haut-le-cœur. Bon, ben, qu’est-ce
que tu veux, il y en a qui comprennent pas », La Mâle Parole, 1975
e
■ m. XX plonger au refil « J’ai mal au cœur, elle dit.
On s’arrête. Elle descend respirer un coup d’air frais. Je l’accompagne. Elle chancelle, s’appuie contre la carrosserie… Je l’abrite
sous mon imper… Elle tremble, elle a la sueur au front, ça y est : elle se plie en deux, elle plonge au refil en longues giclées
e
■ f. XX avoir la gerbe en circulation à partir de 1970 ; de
gerber (1925) : vomir – image dégoûtante du vomissement en gerbe
brunâtres !… », B. BLIER, Les Valseuses, 1972
CRACHER
mollarder, glaviotter, crachoter, expectorer
e
■ m. XVII 1640 une huître « un gros flegme, un gros crachat » (OUD.) • cracher un jacobin
« un gros crachat ou flegme » (OUD.) • baveux comme un pot à moutarde un homme qui bave
e
e
fort ■ f. XVII 1694 cracher ses poumons tousser fortement ■ m. XIX 1867 avoir des flumes « être
d’un tempérament pituiteux » (DELV.) • faire des huîtres « cracher beaucoup et malproprement »
(DELV.) • lâcher son gluau cracher malproprement
e
■ m. XVII 1640 j’ai dans la gorge un jacobin qui m’étrangle « en parlant de quelque gros
flegme ou crachat, à cause qu’elle est blanche comme l’habit d’un Jacobin » (FUR.)
POSTILLONNER
e
■ f. XVII 1680 écarter la dragée « parler à quelqu’un de si près que sa salive tombe sur celui à
e
qui on parle » (FUR.) ■ m. XIX envoyer des postillons « crachotter en parlant » (LARCH.) « Les élèves de
M. G. projettent ce qu’on appelle des postillons dans un certain monde », A. MARX ◪ 1867 écarter du fusil « envoyer,
en parlant, une pluie de salive au visage de son interlocuteur » (DELV.) ; « se dit des personnes qui
ont des dents de devant qui leur manquent, et par ainsi envoient des éclats de salive en éventail »
(LYON)
CHIER
faire caca, déféquer, caguer, déponer
e
■ XVI faire caca « le père Duchesne à la tête des braves sans-culottes […] marchera sur le crâne de tous les rois, et
e
fera caca sur leurs trônes », HÉBERT, 1792 • faire (aller à) ses affaires ■ m. XVI aller du derrière ◪ 1538 aller
à la selle la selle étant la chaise percée sur laquelle on accomplissait ce besoin à l’intérieur d’une
demeure ◪ 1564 décharger son thomas il s’agit peut-être d’un jeu entre estomac et thomas
e
e
■ d. XVII lâcher la croupière • faire son cas ■ m. XVII 1640 lâcher l’aiguillette « destacher ses
chausses pour descharger son ventre » (OUD.) • aller du corps • aller à la chaire • faire bon pour
un autre • le fondement lui échappe • faire son fait • lâcher le ventre • parler à son procureur
• il fait tout sous lui « il lasche de la matière fécale » (OUD.) • poser une sentinelle « descharger
son ventre en quelque lieu descouvert » (OUD.) • faire une selle • parler à un homme • gâcher du
gros « par métaphore tirée des maçons, descharger son ventre » (OUD.) • aller à l’estrade « aller
descharger son ventre. Le mot vient de strada Italien » (OUD.) • défoncer • aller où le roi va à
pied « aller à ses affaires, – dans l’argot du peuple. C’est précisément pour y avoir été que Henri III
e
fut blessé mortellement par Jacques Clément, qui le frappa sur sa chaise d’affaires » (DELV.) ■ XIX
e
poser culotte ■ d. XIX filer la mousse faire ses besoins (GRANDVAL) • vider son sac c’est-à-dire ses
e
intestins ■ m. XIX mettre flamberge au vent se déculotter dans la nature. Flamberge est alors
compris comme le pan de chemise ◪ 1867 aller à flaquada • aller chez Jules • filer le câble de
proue • poser un pruneau • faire ronfler le (ronfler du) bourrelet • être sur son trône • aller
chez Simon • rendre visite à monsieur du bois • grand tour « résultat de la digestion, – dans
l’argot des enfants et des grandes personnes timides » (DELV.) • faire une commission • déposer
e
une pêche • poser un factionnaire ■ f. XIX 1883 poser une pêche ◪ 1894 faire ses petits besoins
e
■ m. XX mouler un bronze
e
e
■ d. XVII passer par l’arc saint Bernard « se gaster d’ordure » (OUD.) ■ m. XVII 1640 faire
comme le crocheteur, décharger à la porte « la salleté de celuy-cy, laisse deviner au lecteur ce
que ce peut estre » (OUD.) • faire une omelette (son cas) dans ses chausses « lascher tout
e
dedans, les emplir de matière fécale » (OUD.) ■ m. XIX 1867 la veuve Thomas la chaise percée •
écrire à un juif « se servir de papier, non pour faire une lettre, mais comme aniterge » (DELV.)
COLIQUE
chiasse, courante, diarrhée, foire
e
e
■ m. XVI bénéfice de ventre ■ d. XVII 1627 (je n’ai que faire d’avocat) mes affaires sont
claires « j’ay le flux de ventre ; c’est une allusion au mot d’affaires, qui signifie aussi l’excrément »
(OUD.) « J’ai la foire, je n’ay que faire d’advocat, mes affaires sont claires », D. MARTIN, Les Colloques français et allemands,
1627 ■ m. XVII
e
1640 la va-tôt « allusion à va tost, le flux de ventre » (OUD.) • avoir la courante « le
e
e
flux de ventre, parce qu’il fait courir à la garderobe » (OUD.) ■ m. XIX 1867 qui-va-vite ■ f. XIX
1883 perdre sa clef ◪ 1894 avoir la caquerelle « parlant par respect, avoir la vasivite » (LYON)
CONSTIPATION
e
■ f. XVII chier des carottes « homme constipé qui a de la peine à vider son ventre ; il y a un
e
proverbe pareil en italien » (FUR.) ■ m. XIX chier (faire) des cordes « aller péniblement à la selle »
(LITTRÉ)
LA MERDE
excréments, caca, crotte
e
■ m. XVII 1640 du mortier • du muse bâtard • tarte bourbonnaise un étron • lie de froment
• de la plus fine « allusion à la fine moutarde » (LARCH.) • il a trouvé un hasard « un estron en son
e
chemin » (OUD.) • boue de blé ■ m. XIX 1867 orphelin de muraille « résultat solide de la
e
digestion » (DELV.) ■ f. XIX 1894 colombine de chrétien « la colombine est la fiente du pigeon.
Colombine de chrétien (on dit aussi colombine de personne) est un euphémisme gracieux et
délicat, que les gens distingués emploient au lieu d’un vilain mot » (LYON)
e
■ m. XVII 1640 un étron volant « enveloppé dans une feuille de papier, et jetté par la
fenestre » (OUD.) • un mouchoir sans ourlet « du papier à se torcher le derrière » (OUD.)
PISSER
faire pipi, uriner
e
e
■ XVI faire de l’eau ■ m. XVII 1640 vider la vessie • abattre la muraille « pisser contre un mur,
e
raillerie vulgaire » (OUD.) • tomber de l’eau • faire place à un verre de vin ■ f. XVII 1690 lâcher
e
e
(de) l’eau ■ XVIII lâcher l’écluse « Allons ! il faut lâcher l’écluse du bas rein », Parodie de Zaïre, XVIIIe ■ m. XIX
1867 changer l’eau de ses olives • lâcher les écluses • se soulager • faire pipi • faire le petit tour
e
• faire pleurer son aveugle ■ f. XIX 1872 faire le petit « uriner. Par opposition à faire le gros qui
veut dire… le reste » (LARCH.) ◪ 1894 changer l’eau de son canari « parlant par respect.
Euphémisme délicat pour Évacuer le superflu de la boisson. Quoique ça, il est familier » (LYON)
e
■ d. XX prendre une ardoise aller pisser dans un urinoir public, pour hommes, de type
vespasiennes, dont le fond est fait d’une haute plaque d’ardoise sur laquelle coule de l’eau : les
pissotières. L’expression complète était prendre une ardoise à l’eau (1933). La version courante en
milieu étudiant à partir de 1955 était se payer une ardoise « Il avait envie de pisser. Une pissotière en vue. Il
s’y précipita. Cette eau qui coulait sur l’ardoise, est-ce qu’elle était bonne à boire ? Tu viens prendre une ardoise, disait toujours
e
Paolo », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946 ■ m. XX
faire pleurer le gosse
e
■ m. XVII 1640 avez-vous point peur de tomber, vous vous tenez à peu de chose « cela se
dit lors que l’on voit une personne qui pisse, et tient son membre » (OUD.) • cette eau a bien de la
peine à venir il lui faut donner vent cela se dit quand une personne pète en pissant
PÉTER
vesser, prouter
e
■ m. XVI un pet de boulanger qui porte son bran « c’est une allusion du mot de bren [c’est-àdire la partie grossière du son] ; un pet accompagné de matière fécale » (OUD.) ; on trouve
l’expression dans RABELAIS • un pet de ménage « un pet accompagné de matière fécale. On
adjouste, il y a à boire et à manger » (OUD.). Pour LYON, ce pet est au contraire « honnête et
e
simple » ; l’expression est également utilisée par RABELAIS ■ XVII lâcher un vent ■ d.
XVII
e
1611 un
e
pet de maçon (qui porte son mortier) un pet accompagné de matière fécale ■ m. XVII 1640
donner un pet en coque « petter dans sa main et la mettre proche du nez d’un autre » (OUD.) •
avoir laissé la porte de derrière ouverte • faire un pet cendrier « petter proche du feu et souffler
les cendres » (OUD.) • jouer des soufflets • il a tué son pourceau, il se joue de la vessie • laisser
un secret une vesse • avoir le vent à commandement péter quand on veut • un faux-bourdon
e
au fond de ses chausses un bon gros pet ■ f. XVII 1690 avoir mangé des œufs de fourmi lâcher
e
beaucoup de vents ■ m. XIX 1836 lâcher son gaz « péter. Allusion à la nature et à l’odeur de
l’expulsion » (LARCH.) « D’autres dans un coin, mais sans honte, lâchent le gaz et font des renards », Chansonnier, 1836
◪ 1867 avoir la peau trop courte « faire, en dormant, des sacrifices au dieu Crépitus, – dans
l’argot du peuple, qui croit que le corps humain n’a pas une couverture de chair suffisante, et que
lorsque l’hiatus de la bouche se ferme, l’hiatus opposé doit s’ouvrir, d’où l’action de “crepitare” »
(DELV.) • tirer le canon • ronfler du bourrelet • faire une incongruité • ouvrir sa tabatière
« crepitare sournoisement, sans bruit, mais non sans inconvénient, – dans l’argot du peuple, qui, en
parlant de cet inconvénient, ajoute : Drôle de prise ! » (DELV.). L’explication de LARCHEY est inverse :
« Péter. Allusion au bruit qu’on faisait en ouvrant les tabatières sans charnière. “Que son ponent te
e
serv’ de tabatière”, L’Après-Souper de la Halle, xviiie » ■ f. XIX 1872 ouvrir sa cassolette « vesser. Mot à mot :
répandre des parfums trop connus » (LARCH.) ◪ 1894 faire des pets comme des coffres « énorme !
se serait écrié Flaubert » (LYON) • des vesses à couper avec un sabre « se dit de gaz très épais »
e
(LYON) ◪ 1896 lâcher une perle ■ m. XX lâcher une perlouze
e
■ m. XVI 1532 péter comme un roussin se dit d’un « homme qui pète souvent, qui est sujet
e
aux ventosités » (FUR.) ■ m. XVII 1640 prenez garde au compte, il en échappe par-derrière « l’on
dit cecy à une personne qui pette » (OUD.) • cette eau a bien de la peine à venir, il lui faut donner
vent cela se dit quand une personne pète en pissant • à la barbe du palefrenier qui panse la bête
cela se dit quand un homme pète • de la poudre à canon « des naveaux, et autres viandes
venteuses. Parce qu’elles font petter » (OUD.) • soufflez, je m’en vais quérir de la paille cela se dit
à une personne qui pète • il a été au grenier sans chandelle, il a apporté de la vesse pour du foin
e
e
■ f. XVII 1690 le sous-chantre « le derrière quand il lâche quelque vent » (FUR.) ■ m. XIX 1867
e
prout ! prout ! ■ f. XIX 1894 une petite mouche fait péter un gros âne « (parlant par respect)
c’est, sous une forme plus attique, le grain de sable dans l’urètre de Cromwell, dont parle Pascal »
(LYON)
ROTER
éructer
e
■ m. XVII 1640 à la barbe du palefrenier qui panse la bête « cecy se dit à une personne qui
rotte ou qui pette » (OUD.) • appeau à prendre des truies un rot • un soupir d’Allemand un rot •
un étron pour le quêteur cela se dit à une personne qui rote • un courcaillet de truie un rot •
n’oubliez pas la confrérie des pourceaux « on se sert de ces mots lors que quelqu’un rotte »
e
(OUD.) ■ m. XIX 1867 soupir de Bacchus éructation • venir au rapport se dit de tout ce qui
e
e
provoque l’éructation ■ f. XIX 1894 remords d’estomac renvois ■ m. XX ac-crochez les wagons !
souligne un rot sonore
PUER
sentir mauvais, empester, chlinguer, cocotter, taper, fouetter, renifler
e
e
■ m. XVI sentir l’épaule de mouton « de ceux qui puent par les aisselles » (FUR.) ■ m. XVII
1640 corner • sentir le gousset « sentir une certaine odeur que rendent les aisselles des rousseaux
quand ils sont eschauffez » (OUD.) • sentir l’homme « avoir une mauvaise senteur en soy » (OUD.)
e
• sentir le pied de ménage ■ f. XVII 1690 sentir le bouquin sentir mauvais ; le bouquin est un
vieux bouc • sentir le faguenas chose qui pue • sentir le pied de messager « d’un rousseau qui
e
pue du fromage trop affiné » (FUR.) ■ XVIII sentir le bouc « Pfff !! Oh ! n’approchez pas si près, Césarin ! s’écrie
M. Michaux, en se bouchant les narines. Oh ! le bouc ! Pfff !! Vous sentez !… – Non, m’sieu Michaux. – Comment, non ? Je vous
dis que si, moi ! Pfff !! – … mande bien pardon, m’sieu Michaux. J’pue, c’est possible ; mais c’est vous qui sent ! », A. CIM,
e
■ f. XVIII 1777 une odeur sui generis « chaque fleur a une odeur sui generis, c’est-àe
dire de son espèce, qui lui appartient en propre » (P. LAROUSSE) ■ d. XIX 1801 puer comme une
e
punaise ■ m. XIX 1867 chlinguer des arpions puer des pieds ; chlinguer (1846) représente la
traduction de l’allemand schlagen, « taper » ou « fouetter » en parlant de la pluie – les deux
termes signifient « puer » en argot • sentir le lapin « suer abondamment et désagréablement sous
e
les aisselles » (DELV.) • essence de chaussette sueur des pieds ■ f. XIX 1872 extrait de chaussettes
mauvaise odeur provenant des pieds • chlinguer de l’orteil sentir mauvais des pieds • couper la
chique à quinze pas se faire sentir de loin
Césarin…, 1897
MAUVAISE HALEINE
■ f.
e
1690 il ferait bon trompette, il a l’haleine forte il a l’haleine puante et vineuse
■ d. XIX danser tout seul « infecter de la bouche (Grandval). On abrège maintenant en disant
danser » (LARCH.) ; l’allusion est probablement qu’une personne qui a très mauvaise haleine a du
e
mal à trouver un(e) partenaire pour danser ■ m. XIX tuer les mouches au vol hyberbole qui
suppose une haleine véritablement « empoisonnée » ; au reste, il semble que la mauvaise haleine
e
n’ait commencé à incommoder les gens qu’au XIX siècle – peut-être est-ce un signe qu’avant le
e
XIX l’haleine « forte » allait naturellement de soi « Tiens, Paul s’est lâché du col ;/Est-y fier depuis qu’il
promène/Clara, dont la douce haleine/Fait tomber les mouches au vol », COLMANCE • couper la gueule, couper la
gueule à quinze pas « avoir une haleine impossible à affronter, même à une distance de quinze
pas, – dans l’argot des faubouriens, impitoyables pour les infirmités qu’ils n’ont point » (DELV.)
e
XVII
◪ 1867 avoir avalé une chaise
percée se dit à propos de quiconque a l’haleine homicide • chlinguer du bec • haleine cruelle
« c’est-à-dire fétide, – dans l’argot des gens de lettres, qui ne veulent pas dire “haleine
homicide” » (DELV.) • remettez donc le couvercle ! « disent les voyous à quelqu’un qui a l’haleine
fétide, pour l’empêcher de parler davantage » (DELV.) • clapoter du triangle • vesser du bec
« avoir l’haleine pire que cade » (DELV.) • vezouiller du bec « avoir une haleine à la Paixhans »
(DELV.) • trouilloter du goulot avoir l’haleine homicide ; trouilloter (1832), « sentir mauvais »,
dérive du vieux mot rural trouille ou drouille, qui signifiait « colique » • repousser du corridor
repousser concrétise l’image de celui qui pue tellement que les gens s’écartent de lui • repousser
du tiroir « avoir l’haleine cousine germaine du lac Stymphale » (DELV.) • plomber de la gargoine •
danser du bec avoir une haleine douteuse • chlinguer du couloir • plomber de la cassolette
« fetidum halitum emittere » (DELV.) • casser du bec avoir une haleine infecte. « Casser a ici le
sens de couper, ce qui donne, mot à mot : couper de son bec… celui des autres » (LARCH.) • avoir
e
laissé le pot de chambre dans la commode • avoir mangé ses pieds puer de la bouche ■ f. XIX
1872 plomber du goulot sentir mauvais de la bouche • repousser du fusil « sentir mauvais de la
bouche. Jeu de mots sur les bouches de l’arme et de l’individu, ainsi que sur leur action répulsive »
(LARCH.) ◪ 1883 dégringoler de la mansarde sentir mauvais de la bouche • évacuer du couloir
idem • repousser du goulot avoir une haleine fétide « on lui tire un peu brutalement les oreilles, le matin, pour
« Quand elle a mangé du cerv’las,/Ça vous coup’ la gueule à quinz’ pas », COLMANCE
le punir d’avoir, pendant la nuit, abusé de la permission à lui accordée de repousser du goulot », G. DARIEN, Biribi, 1888
CHAUD
tiède, brûlant, bouillant, torride, caniculaire
e
■ m. XVII 1640 quand ce serait pour la bouche du roi la viande est trop chaude • faire brouer
e
un peu bouillir • la fraîcheur de M. de Vendôme la plus grande chaleur du jour ■ d. XIX 1826
taper sur la coloquinte coloquinte : tête (1809) « Mais c’était pas tout ça ; il y avait là, comme dit la chanson, un
polisson d’soleil, qui vous tapait sur la coloquinte, et qui vous séchait l’béguin d’une rude manière », É. DEBRAUX, Le Passage de
e
■ m. XIX 1842 chaud comme une caille « la première fois que j’ai entendu ce
dicton, c’était à l’école. Il gelait à pierre fendre, et je me plaignais de ne pouvoir me réchauffer la
nuit. Un petit camarade m’expliqua qu’il couchait avec son père et sa mère, et que grâce à
l’absence de ventilation ou plutôt grâce à l’excès de ventilation, “i z’équiant chauds comme trois
cailles” » (LYON) ◪ 1867 coup de feu • abbaye ruffante four chaud
la Bérésina, 1826
SUER
transpirer, dégoutter, exsuder
e
■ m. XVII 1640 être tout à nage tout mouillé de sueur • tout en eau en sueur • la raie du cul
lui sert de gouttière « il sue extrêmement, il dégoutte de sueur » (OUD.) • qu’on a chaud en ce
temps-ci, ma commère « les deux premières syllabes font l’équivoque, C.. a chaud ; la chaleur est
grande en cette partie là pendant l’Esté » (OUD.) • qu’on sue en ce temps-ci « c’est la mesme
e
allusion de syllabes. Et ainsi de plusieurs autres qui sonnent de mesme » (OUD.) ■ f. XVII 1682 suer
dans son harnais être trop vêtu ◪ 1690 être en nage « en sueur, tout mouillé, soit pour s’être
échauffé, soit pour avoir été à la pluie, soit dans une crise de maladie » (FUR.) « Vous voyez bien dans
e
e
quel état est le prince, il est tout en nage », CAYLUS, Les Manteaux, 1746 ■ d. XVIII être en eau ■ f. XVIII trempé
comme une soupe être mouillé, de sueur ou par la pluie. En dépit de ce qui a pu être dit sur cette
e
expression, le fait que la comparaison soit venue en usage à la fin du XVIII siècle seulement – au
moment où le mot soupe désigne le potage, et non plus la tranche de pain –, il semble bien qu’il
s’agisse d’un jeu de mots sur tremper la soupe. Cf. « Mon cher Spark, si nous ne nous hâtons, nous
allons être trempés avant notre soupe… – Tu crois ?… La pluie me répond pour Daudet – à verse »
(A. DELVAU, Du pont des Arts…, 1866) « Je m’éveillais, j’étais trempé comme une soupe ; l’eau coulait de mon front,
e
■ m. XIX 1867 sentir le lapin « suer
abondamment et désagréablement sous les aisselles » (DELV.) • cuire dans son jus avoir très
chaud
e
■ m. XVII 1640 aller en Suède « aller suer la vérole ; allusion à suer » (OUD.) • aller en Surie
« aller suer la vérole » (OUD.)
qu’on l’aurait ramassé à la cueillère », VIDOCQ, Mémoires, 1828
SE CHAUFFER
e
■ m. XVII 1640 gagner un fagot « s’eschauffer en marchant ou travaillant, et par ce moyen
espargner le fagot » (OUD.) • garder les tisons demeurer auprès du feu • se chauffer à l’espagnole
« au soleil. Nostre vulgaire le dit d’une autre sorte : mais je le tais à cause de l’impiété » (OUD.) •
e
se rôtir auprès du feu se chauffer à son aise • se chauffer aux dépens de Dieu au soleil ■ f. XVII
e
1690 prendre l’air d’un fagot « se chauffer légèrement et en passant » (FUR.) ■ d. XIX 1828 battre
la semelle « Non loin de là, une centaine de gens mal vêtus, hommes et femmes, circulent dans la rue. Ceux-ci battent la
semelle ; ceux-là ramènent avec violence leurs deux bras sur la poitrine ; d’autres préfèrent se réchauffer en avalant au cabaret
e
■ m. XIX faire un tour de broche « faire un tour
de broche, se mettre très près du feu pour se chauffer. Cela ne se dit que dans une compagnie où
la politesse défend d’occuper longtemps le foyer ; on dit à celui qui a froid : Faites un tour de
broche, c’est-à-dire chauffez-vous de tous les côtés, mais un instant seulement » (LITTRÉ, 1863)
◪ 1842 se chauffer à la cheminée du roi René au soleil ◪ 1867 faire petite chapelle relever une
jupe pour se chauffer à un feu de cheminée, « comme ont la pernicieuse habitude de le faire les
e
femmes du peuple, qui s’exposent ainsi à des maladies variqueuses » (DELV.) ■ f. XIX 1894 bain à la
religieuse « c’est quand les femmes, se mettant devant un grand feu, troussent leur cotte par
devant et l’agitent pour chasser l’air chaud par dessous » (LYON)
voisin un petit verre de consolation », VIDOCQ, Mémoires, 1828
■ f.
XVII
e
1690 ôtez-vous, je ne veux point d’écran si épais « à celui qui se met devant un
e
■ f. XVII 1690 ôtez-vous, je ne veux point d’écran si épais « à celui qui se met devant un
autre pour empêcher qu’il ne se chauffe » (FUR.)
AVOIR FROID
grelotter, (se) cailler, (se) geler, (se) peler, frissonner
e
e
■ XVII claquer des dents ■ m. XVII 1640 battre le tambour avec les dents trembler de froid •
le pays (l’île) de Claquedent lieu où l’on tremble de froid • trembler le grelot « quand on tremble
e
si fort de froid que les dents font un bruit semblable au grelot » (FUR.) ■ d. XIX avoir la chair de
e
e
poule ■ m. XIX passer par l’étamine « souffrir du froid, de la faim et de la soif » (DELV.) ■ d. XX se
e
geler le cul ■ m. XX se cailler • se les cailler c’est-à-dire les couilles ou les fesses ; en usage
fréquent à partir des années 1950 • se cailler les miches miche a le sens de « fesses » dès la fin du
e
e
XIX , par « image du pain fendu » selon ESNAULT • se les geler ■ f. XX se cailler les meules les fesses
• se peler le cul avoir extrêmement froid
DROGUES
stupéfiants, came
e
■ f. XX fumer un joint c’est-à-dire une « cigarette » de haschich (dit plus couramment shit) ou
de marijuana (herbe ou beuh), pure ou mélangée à du tabac • fumer un pétard idem « “On va s’fumer
un pétard dans la cour pendant que vous causez magouille !” elle lance Badette », F. LASAYGUES, Vache noire…, 1985 • être
accro être dépendant de la drogue. De accroché : traduction, dans les années 1970, de l’anglais
hooked « Si elle est accro elle pourra pas décoller. On d’vient guimauve avec la poudre, tu l’sais bien. Nan, j’vais faire du vent,
moi ! Un force 9 ! Y faudra ça pour l’arracher ! », F. LASAYGUES, Vache noire…, 1985 • se faire une ligne de cocaïne •
se faire un rail idem • se piquer se droguer par voie intraveineuse • se faire un fixe idem • être
clean ne plus se droguer • être raide démâté renforcement de être raide ; tellement ivre ou
e
drogué que l’on ne tient plus debout. À noter qu’au XIX siècle démâté a eu le sens de « désorienté,
décontenancé »
FUMER
cloper
e
e
■ d. XIX fumer comme une locomotive beaucoup ■ m. XIX 1867 en griller une fumer une
e
pipe ou une cigarette ■ f. XIX 1872 en brûler une fumer une pipe ◪ 1882 en bourrer une idem
« Après déjeuner, M. Cherbuliez revient à son cabinet, et, – détail naturaliste, – allume une pipe ; en bourre une, dirait Zola »,
e
■ d. XX fumer comme un sapeur beaucoup • fumer comme une cheminée •
fumer raide beaucoup « De beaux messieurs, la crème de la population, viennent se recréer un brin de votre
compagnie. Vous buvez sec, vous fumez raide », Mémoires de Casque d’Or, 1902 ◪ 1911 fumer comme un pompier
e
e
■ m. XIX 1867 se flanquer du terreau dans le tube priser ■ d. XX la cigarette du condamné la
e
dernière cigarette, traditionnellement accordée au condamné à mort ■ m. XX barreau de chaise
gros cigare
Événement, 1882
DORMIR
reposer, pioncer, roupiller
e
■ XIII dormir comme un loir « homme bien endormi, parce que les loirs, les marmottes
e
dorment dix mois de l’année » (FUR.) ■ XIV gésir grandes matinées « Charnalité si est quant l’en quiert le
désir de la chair, comme dormir en bons lits, reposer longuement, gésir grandes matinées, et au matin quant l’en est bien aise
l’en oit sonner la messe, l’en n’en tient compte et se tourne-l’en de l’autre costé pour
e
rendormir », Le Ménagier de Paris, 1393 ■ XV dormir comme un sabot le sabot – ou cibot – est
une vieille forme de toupie que l’on fouette. Quand elle tourne très vite, elle produit un
« ronflement » et semble immobile • faire dodo « Quant n’ont assez fait dodo/Ces petitz enfanchonnés/Ilz
portent soubz leurs bonnés/Visages plains de bobo », C. D’ORLÉANS, Poésie françoise • dormir comme une souche
en son lit et
e
e
l’équivalence souche-immobilité date de la fin du XI siècle ■ m. XV 1467 prendre la longue
e
crastine paresser au lit. De crastine (XIII ) : lendemain, et plus particulièrement lendemain de fête
« Chacun jour se levoit une heure ou deux devant jour et laissoit sa femme prendre la longue crastine jusques a VIII ou
e
■ f. XV dormir comme une vache
profondément • la grasse matinée croisement probable de crastine, lendemain, et de cras, forme
ancienne de gras, signifiant à la fois gras et épais. La paresse se fait sentir dans la formulation
intermédiaire le cras de la matinée. Cf. « Il a bien pris a son delit [plaisir]/Le cras de ceste
matinée/Va le appeler, va, po senée [insensée]/Di qu’il se lieve » (Miracles de Nostre Dame, fin
e
XV ). L’influence de grande matinée et la valeur agréable de gras, mol et onctueux, ont dû être
e
déterminantes « Monseigneur Vaille-que…vaille/Juge de grasses matinées », COQUILLART, 1491 ■ XVI dormir la
grasse matinée l’expression semble s’être progressivement chargée d’une valeur tendancieuse :
IX heures, ou si longuement qu’il lui plasoit », Cent Nouvelles Nouvelles, 1467
« On dit, qu’une femme dort la grasse matinée, pour dire, qu’elle se lève tard, et qu’elle se tient au lit pour devenir grasse,
pour faire du lard », Furetière, 1690 • dormir en
chien « au soleil pendant la chaleur. Item, un peu devant
le repas » (OUD.) ■ f. XVI dormir sur ses deux oreilles profondément « Ainsi après avoir théologalement
e
charmé les puces […], il dort sur toutes ses deux aureilles », N. DU FAIL, Œuvres facétieuses, 1585 ■ m. XVII 1640 cogner
le clou s’endormir bien fort • coucher comme l’épée du roi dans son fourreau dormir tout vêtu •
e
e
parler à Canabot ■ f. XVII 1690 dormir de lièvre les yeux ouverts ■ XVIII dormir comme une
soupe sans doute par altération de dormir comme une souche « notre grande Catin dormoit comme une
soupe ; j’avois beau la réveiller, ça vous dormoit comme une pierre », Les Écosseuses, 1739 • faire le tour du cadran
e
dormir douze heures d’affilée ■ d. XVIII taper de l’œil taper a ici le sens argotique de « boucher »
e
– de tap : sorte de bouchon de liège « Il y avoit près d’une heure que je tapois de l’œil au mieux, quand je m’entends
e
réveiller par deux voix qui parloient auprès de moi », CAYLUS, Histoire de M. Guillaume, 1740 ■ m. XVIII ne faire qu’un
somme faire sa nuit sans s’éveiller ◪ 1734 dormir comme une marmotte très profondément « Je
suis endormie ce soir comme une marmotte ; mais je t’aime comme une bonne femme qui ne pense qu’à son mari depuis le
matin jusqu’au soir », MME DE SABRAN, Journal, 28 déc. 1787
■
e
XIX
être dans les bras de Morphée ■ d.
e
XIX
dormir à poings fermés profondément « il finit par me trouver sous mon parasol végétal, dormant à poings fermés
– comme on dort sur les volcans », A. DELVAU, Du pont des Arts…, 1866
◪ 1812 dormir du sommeil du juste
e
■ m. XIX tourner l’œil s’assoupir « Trois ou quatre méchantes chopines… et ça tourne l’œil », GAVARNI • jouer de
l’orgue « Il prenait toujours une stalle sur le derrière de l’orchestre, afin de ne pas être dérangé. Il s’y installait
commodément, et là “il piquait son chien”, comme nous disions au collège ; “il cassait sa canne”, comme nous disions
aujourd’hui ; “il jouait de l’orgue”, comme disent les titis ; ou bien “il roupillait”, selon les linguistes », PRIVAT D’ANGLEMONT
◪ 1866 faire la grasse matinée le passage de dormir à faire la grasse matinée, au milieu du
e
XIX siècle, élargissait le sens de l’expression séculaire à « prendre mollement ses aises », ne pas se
lever le matin, même étant éveillé, « se prélasser dans son lit jusqu’à une heure plus avancée que
de coutume » (fût-ce pour bavarder, lire ou jouir de quelque autre plaisir) – alors que l’emploi de
dormir demeurait attaché, littéralement, au sommeil tardif. Ainsi, à la même date et dans le même
texte, Delvau distingue les deux formes : « Pourquoi alors nous as-tu fait réveiller à quatre heures
du matin ? J’aurais si volontiers dormi la grasse matinée, moi que la Nature a créé loir et dont la
Société a fait un coq ! » (A. DELVAU, Du pont des Arts…, 1866) « Nous faisons la grasse matinée, d’abord pour
nous reposer, ensuite pour réfléchir un peu à l’itinéraire que nous allons adopter. L’imprévu, c’est bien ; mais il ne faut pas que,
• piquer un chien dormir pendant la
journée • casser sa canne ◪ 1867 piquer une romaine au camp • tourner de l’œil s’endormir •
boucher ses pruneaux • dormir en chien de fusil « c’est prendre en dormant une posture qui
donne au corps la forme d’une S ou du morceau de fer qu’on abat sur le bassinet de certaines
e
armes à feu lorsqu’on veut tirer » (DELV.) • mettre le chien au cran du repos ■ f. XIX piquer un
e
roupillon roupiller existe dès la première moitié du XVIII siècle : « Je vais chercher à roupiller un
e
somme, dans le jardin, à la belle étoile » (Caylus, Histoire de M. Guillaume, 1740). Au XIX , les
expressions piquer un… sont courantes pour dormir. Roupillon est attesté dès 1883 (DICT. LANGUE
VERTE) ◪ 1872 casser son pif « allusion à la position d’un dormeur dont la tête perd son point
d’appui et s’incline brusquement en avant » (LARCH.) ◪ 1883 un coup de traversin par plaisanterie,
un somme « Je suis libre comme l’air. Or, le meilleur emploi que je puisse faire de ma liberté, c’est de me rendormir. –
sous prétexte d’imprévu, nous nous exposions à retourner sur nos pas », ibid.
Donnons-nous encore un bon coup de traversin, ajoute-t-il en employant le style facétieux », MONSELET, Mon dernier-né, 1883
e
■ d. XX dormir comme une bûche remotivation de la souche ◪ 1908 en écraser la force du verbe
peut donner lieu à toutes les queues stylistiques qu’on veut : « il en écrasait comme un fer à repasser » ;
e
« vous en écrasez comme une enclume », A. CAHEN, Zig-Zag, 1976 ■ m. XX faire la planche « quand j’ai travaillé on
faisait dix heures par jour, ben, quand t’avais fait dix heures dans le bâtiment, quand t’es môme, que tu revenais le soir, hein,
ben là le premier truc que tu faisais, quoi, à huit heures et demie, neuf heures, ben c’était d’aller faire la planche. T’avais pas
besoin de te droguer, là, t’avais ton compte », La Mâle Parole, 1975
■ d.
XVII
e
1611 faire du lard ceux qui aiment à dormir longtemps font du lard ■ m.
XVII
e
1640
e
e
■ d. XVII 1611 faire du lard ceux qui aiment à dormir longtemps font du lard ■ m. XVII 1640
couché le ventre en haut à l’envers • bailler de l’endormie donner une potion qui endort
e
■ f. XVIII la Belle au bois dormant allusion au conte de Perrault, symbole d’un lieu où tout dort
profondément « Tout dort autour de moi, comme dans le palais de la Belle au bois dormant », MME DE SABRAN, Journal, 8
e
■ m. XIX ronfler à cri « feindre de dormir » (HALBERT) ◪ 1842 qui dort dîne ◪ 1867
e
chauffe la couche homme qui aime ses aises et reste volontiers au lit ■ f. XIX un sommeil de
gendarme de celui qui ne dort que d’un œil
janvier 1787
RONFLER
e
■ m. XVII 1640 compter ses écus « il remue la teste en dormant, il dort et ronfle » (OUD.) • se
cochonner « se dit des petits enfans qui font le cochon en dormant » (OUD.) • jouer à la ronfle
« quand on dort profondément, et qu’il ronfle ; c’est ainsi qu’on nommait autrefois le point au
e
piquet » (FUR.) • souffler ses choux ■ f. XVII 1690 souffler des pois « agiter ses lèvres en dormant
pour expirer l’air par petits coups secs » (DELV.)
AVOIR SOMMEIL
sommeiller, somnoler
e
■ XV faire des petits yeux avoir très envie de dormir « Chacun rendit graces à Dieu, faisant très petits
e
yeux, et ne demandant que le lit », COMMYNES, Mémoires sur Louis XI, xve ■ m. XVII 1640 ajournement pour aller
coucher (dormir) • le crieur de sablon a passé par ici « cela se dit lors que l’on commence à
fermer les yeux, de grand sommeil que l’on a, comme si ce crieur en avoit jetté dedans » (OUD.) •
le petit bonhomme me prend le sommeil • assignation de couche quand on bâille d’envie de
e
dormir • je commence d’avoir de la poudre dans les yeux je m’endors ■ f. XVII 1690 le petit
homme lui a jeté du sable dans les yeux « personne qui s’endort ; comme si cela l’obligeait à les
e
fermer » (FUR.) ■ m. XVIII tomber de sommeil « Mais en voilà bien assez pour aujourd’hui, mon ami : je tombe de
e
sommeil, et la plume me tombe des mains », Mme de Sabran, Lettre à Boufflers, 29 juin 1786 ■ XIX bâiller comme une
e
e
huître ■ m. XIX 1867 le marchand de sable est passé ■ f. XIX bâiller à se décrocher la mâchoire
« Donc, je le rencontrai à l’Exposition, en train de bâiller à se décrocher la mâchoire. – Qu’est-ce que tu as ? – Je m’ennuie
formidablement », VIBERT, Pour lire en automobile, 1901
◪ 1894 le petit homme de Saint-Just c’est lui qui
apporte le sommeil « Allons, mon boson, je vois à tes yeux que le petit homme de Saint-Just est arrivé : faut aller au
e
pucier ! », Lyon, 1894 ■ d. XX piquer du nez • piquer des clous « somnoler en position assise. Par
référence aux mouvements de la tête, qui plonge de temps à autre. En ce sens “cogner des clous”
est usuel au Québec » (BERNET et RÉZEAU)
e
■ m. XIX 1842 un bon bâilleur en fait bâiller deux • étourdi comme le premier coup de
matines « c’est-à-dire comme un homme qui est éveillé par le premier coup de matines, et qui,
étant encore à moitié endormi, ne sait ce qu’il fait » (QUIT.)
SE COUCHER
s’allonger, s’étendre, se pieuter, se pager
e
■ m. XVII 1640 aller à la halle aux draps • se coucher en chapon « si tost que la nuit est
venue » (OUD.) • aller chercher demain • bonsoir mon père et ma mère, les derniers couvrent le
feu « bon soir, à Dieu, je me recommande. Raillerie vulgaire » (OUD.) • le saut périlleux « par
e
raillerie, de la table au lict » (OUD.) ■ f. XVII 1690 faire la méridienne « lorsqu’on se couche après
le dîner [c’est-à-dire le repas de midi] ou qu’on prend un peu de repos ; ceux qui se lèvent de
e
matin en été, peuvent faire honnêtement la méridienne » (FUR.) ■ m. XIX 1863 se coucher comme
les poules très tôt ◪ 1867 éteindre son gaz • se fourrer dans la filasse se mettre au lit • aller au
e
pieu aller se coucher • rouler sa viande dans le torchon ■ f. XIX 1889 se bâcher « On va fermer ! C’est
le moment ! V’là la coterie qui défile et la Carcasse aussi ! Faut pas qu’elle aille se bâcher tranquille ! », O. MÉTÉNIER, La
e
■ f. XX aller faire téter les puces aller au lit. Variation sur aller au pucier. Création
locale du Limousin, par allusion plaisante, en milieu rural, à faire téter les veaux
Casserole, 1889
SE LEVER
e
e
■ f. XVI au saut du lit au réveil ■ m. XVII 1640 se lever dès le soir « dire de se lever le
lendemain de fort bonne heure, et n’en rien faire » (OUD.) • se lever matin pour baiser le cul à
Martin de peur qu’il n’y ait presse « c’est une raillerie que l’on dit à ceux qui parlent de se lever
de bonne heure » (OUD.) • dénicher du lit faire lever, faire sortir du lit • faire honneur au soleil, le
e
e
laisser lever le premier se lever tard ■ d. XX réveil en fanfare ■ f. XX avoir eu une panne
d’oreiller ne pas s’être réveillé à l’heure prévue, et donc être en retard ; jeu sur panne de réveil
LES COUCHES
e
■ XVI coucher sur la dure par terre « Ça me scie le dos, foutre, de voir des ci-devant fermiers-généraux, de gros
boutiquiers […] dormir sur le duvet, tandis, foutre, que nos braves volontaires couchent sur la dure et manquent de tout »,
e
■ m. XVII 1640 il a le cul d’ambre, il enlève la paille il dort ou couche sur la paille •
loger à la belle étoile (à l’enseigne de l’étoile) coucher au milieu des champs « Rodolphe vivait depuis
HÉBERT, 1793
quelque temps plus errant que les nuages, et perfectionnait de son mieux l’art de se coucher sans souper ou de souper sans se
coucher ; son cuisinier s’appelait le Hasard, et il logeait fréquemment à l’auberge de la Belle-Étoile », H. MURGER, Scènes de la
bohème, 1850 • paillarder «
par allusion, coucher sur la paille » (OUD.) • halle aux draps « le lit, dans
e
l’argot des faubouriens » (DELV.) ■ f. XVII coucher à la belle étoile « on dit qu’un homme […]
couche à la belle étoile, pour dire qu’il n’a point de logement, qu’il couche dehors à la campagne »
(FUR.) « Ils trouvent la vie de Bohême une existence pleine de séductions : ne pas dîner tous les jours, coucher à la belle étoile
sous les larmes des nuits pluvieuses et s’habiller de nankin dans le mois de décembre leur paraît le paradis de la félicité
humaine », H. MURGER, Préface à Scènes de la bohème, 1850
e
■ XVIII autel de plume un lit, apparemment pris
e
dans son sens érotique ; A. DELVAU cite cette chanson égrillarde du XVIII siècle : « À Damon vous
avez tout permis/Pour l’hymen qu’il vous avait promis/ […] Avez-vous pu l’en croire à son
e
serment ?/Ceux que l’on fait sur un autel de plume/Sont aussitôt emportés par le vent » ■ m. XIX
1867 coucher à la corde « passer la nuit dans un de ces cabarets comme il en existait encore, il y a
quelques années, aux alentours des halles, assis et les bras appuyés sur une corde tendue à
hauteur de ceinture » (DELV.) • coucher dans le lit aux pois verts coucher dans les champs, à la
belle étoile
e
■ m. XVII 1640 un licencié « c’est une allusion à lict sans ciel ; un lict où il n’y a point de ciel ou
de dessus » (OUD.) • un tour de lit « proprement d’un lict à housse ; l’estoffe qui couvre ou
e
environne un lict » (OUD.) ■ m. XIX 1867 camp des six bornes « endroit du cimetière où les
marbriers font leur sieste aux jours de grande chaleur » (DELV.)
INSOMNIES
e
■ XIV avoir la puce à l’oreille « être fort éveillé ou inquiet ; ou avoir quelque passion agréable
e
qui l’empêche de dormir » (FUR.) ■ m. XVI ne pas fermer l’œil ne pas arriver à dormir « Le vent est si
fort que ma maison en est ébranlée. Je voudrais qu’il ne m’empêchât pas de dormir, car voilà deux nuits que je n’ai pas fermé
l’œil à cause de mon rhume », MME DE SABRAN, Lettre à Boufflers, 8 février 1786
■ m.
XVII
e
1640 il ne dort non plus
e
qu’un jaloux (qu’un lutin) il ne dort point • perdre le repos ne pas dormir ■ f. XVII ne dormir que
e
d’un œil ■ f. XVIII ne pas fermer l’œil de la nuit être agité par des soucis, ou des douleurs, qui
empêchent de dormir ; il semble que le renforcement de la nuit ne soit pas apparu avant la fin du
e
XVIII siècle « Mais, avec tout cela, je n’ai pourtant pas fermé l’œil de la nuit ; ce charmant sourd n’a pas sorti un instant de
e
ma cervelle », DESFORGES, Le Sourd, 1790 ■ d. XIX passer une nuit blanche une nuit sans sommeil.
e
L’expression est relativement tardive, et la légende inventée par QUITARD au XIX siècle, selon
e
laquelle il s’agirait de la veillée d’armes du chevalier médiéval, ne résiste pas à l’examen. Au XVII ,
on a appelé nuits blanches, par opposition à une nuit noire, très obscure, les fêtes illuminées par
des feux d’artifice données par la duchesse du Maine – telles que les évoque SAINT-SIMON : « Celuici […] se dévoua jusqu’à la dernière indécence à toutes les fantaisies de Mme du Maine. Il y
introduisit son frère le chevalier ; ils furent de toutes les fêtes de Sceaux, de toutes les Nuits
blanches. » VOLTAIRE indique plus tard : « […] nous avons des nuits blanches comme à Sceaux. » Il
semble que ce soit par allusion à ces réjouissances pyrotechniques célèbres, au cours desquelles
les gens passaient la nuit pour ne se coucher qu’à l’aube, que l’expression est née – vers la fin du
e
e
XVIII siècle. Elle était déjà bien établie au sens d’une « nuit sans sommeil » dès le début du XIX
dans le langage populaire « j’ai des ampoules d’une grosseur… ! si cela continue, je passerai une nuit blanche », VIDOCQ,
e
Mémoires, 1828 ■ f. XIX
dormir en gendarme faire semblant de dormir pour mieux guetter
e
■ f. XVII 1690 un mauvais coucheur « un homme qui fait de bruit la nuit, qui découvre son
camarade, qui l’empêche de dormir » (FUR.) • donner la malnuit « le peuple croit que l’on peut
donner la malnuit, faire des charmes qui empêchent quelqu’un de dormir » (FUR.)
SEXE
SEXE FÉMININ
SEXE MASCULIN
SÉDUCTION-DRAGUE
Plaire
Amants et maîtresses
DÉSIR
Bander
CARESSES
Fellation
Baisers
BAISE
Coït masculin
Coït féminin
CHAUD LAPIN
MASTURBATION
PLAISIR
VIRGINITÉ
DÉPUCELAGE
IMPUISSANCE
HOMOSEXUALITÉ
COCUAGE
GARCE
SEXE FÉMININ
vulve, con, chatte, chagatte, minette, motte, moule, cramouille
■ m.
XVI
e
le comment à nom
« Le bonhomme Génébrard avait épousé une jeune belle mignonne fille, avec
laquelle étant couché, l’ayant baisée, il lui mit la main à son comment à nom », BÉROALDE DE VERVILLE
■ d.
XVII
e
l’entre-
deux « Je viens de baiser ma maistresse :/J’ai tant frotté son entre-deux,/Qu’elle s’est escorché la fesse », Chansons folastres
et prologues, 1612 • la porte de derrière l’anus, dans un contexte de sodomie « Si par cas fortuit elles veulent
e
ouvrir la porte de derrière, elles serrent les lèvres », TABARIN, v. 1618 ■ m. XVII 1640 le bas d’une femme • une
crevasse une femme • la boutique • le cripsimen « mot fait à plaisir » (OUD.) • écrevisse de
muraille « une araignée. Le vulgaire l’entend pour la nature de la femme » (OUD.) • le calibistrix •
loger au large « d’une femme qui a grand, etc. » (OUD.) • le mont de Vénus le pénil, la motte • la
pièce du milieu • porte cochère « grande nature de femme » (OUD.) • le devant d’une femme •
l’abricot d’une femme « la nature, par similitude de la fente » (OUD.) • mesure de saint Denis,
plus grande que celle de Paris « grande nature de femme » (OUD.) • le combien • entre-deux de
e
molue « la pièce entre le ventre et la creste » (OUD.) ■ d. XX 1905 le baba « le sexe de la femme
(libertins, 1905) » (ESNAULT). J. CELLARD commente le mot ainsi : « Le transfert de sens joue […] sur
l’humidité parfumée commune aux référents ; enfin sur la faible résistance à la pénétration et sur
l’idée d’une “dégustation” facile » (DFNC)
e
■ m. XVII le beau sexe les femmes ◪ 1640 il n’y a point de pire bête que celles qui ont deux
trous sous la queue les femmes sont mauvaises • double trou une femme • elle n’a garde de
péter au feu, elle est bien fendue « elle a grand, etc. C’est par similitude des marrons que l’on
fend de peur qu’ils ne pettent » (OUD.) • un compagnon (garçon) fendu une fille • les femmes
peuvent mieux comprendre que les hommes « l’équivoque s’entend en partageant le mot de
comprendre en deux » (OUD.) • cette femme-là est bien connue « par allusion, elle est bien
e
fournie de nature » (OUD.) ■ f. XVII 1690 la race en est éteinte « ironiquement, en parlant des
e
bonnes femmes » (FUR.) ■ m. XIX la plus belle moitié « le sexe féminin. Mot à mot : la plus belle
moitié du genre humain. On abrège aussi en disant “la belle moitié” » (LARCH.) « Je ne vois pas pourquoi
on obligerait “la belle moitié” à vivre avec l’autre », E. VILLEMOT • drogue mauvaise femme • l’éternel féminin
les qualités innées et permanentes de « la femme », voire son idéalisation ; il s’agit d’une phrase
de GOETHE à la fin du second Faust (1831) : « L’éternel féminin attire vers le ciel » « la part une fois faite
à ses manies souvent paradoxales, c’est un observateur remarquable, de l’éternel féminin surtout », E. GOT, Journal, 17 avril
1872
SEXE MASCULIN
vit, pénis, phallus, verge, bite, biroute, dard, braquemart, nœud, pine, queue, quéquette, zizi, zob, zigounette, chibre
testicules, couilles, roustons, roubignolles, burnes, roupettes,
valseuses, coucougnettes
■
XV
e
parties honteuses ■ m.
XVI
manche que l’on nomme le laboureur de
e
le laboureur de nature « Les autres enflaient en longueur par le
nature », RABELAIS • avoir un beau membre • être bien
emmanchétout ce qu’on porte ◪ 1534 branche de corail
« L’une la nommoit ma petite dille, l’aultre ma
pine, l’aultre ma branche de coural, l’aultre mon bondon, mon bouchon, mon vibrequin », RABELAIS, Gargantua, 1534
le pot au lait les testicules ■ d.
◪ 1546
e
1627 bâton de mesure « Je porte un baston de mesure,/Dont quinze
e
poulces de loungueur,/Par les effects de la Nature,/Amortiroit vostre langueur », Ballet des quolibets, 1627 ■ m. XVII 1640
le onzième doigt le membre viril • le bagage • la courte mot enfantin • le courtaud • l’engin •
les triquebilles les testicules • le doigt qui n’a point d’ongle « le membre viril » (OUD.) • la
marque de la vaisselle même sens • la pièce du milieu • le fourrier de la nature • un cabochon
de rubis le prépuce • l’instrument • le lingot d’amour • le manche • le paquet de l’épousée le
membre viril • la pine « le membre ; mot enfantin » (OUD.) • la queue • la quine • les dandrilles
les génitoires • la verge • le vivandier de nature • le boudin • olives de Poissy des testicules • les
trois pièces le membre viril et les testicules • l’outil • frère Jacques le membre viril ; il semble,
d’après ce sens, que la fameuse chanson enfantine Frère Jacques puisse avoir une origine moins
innocente qu’il n’y paraît, si toutefois elle est ancienne • un beau chasse-mouches un beau
membre • la boutique ce terme s’emploie indifféremment pour un homme ou une femme dans
l’expression montrer toute sa boutique • le bout le petit bout désigne souvent, en termes
e
e
maternels et enfantins, le pénis d’un petit garçon ■ XVIII bijoux de famille testicules ■ f. XVIII bien
e
monté qui a un sexe de dimensions généreuses ■ XIX anguille de caleçon
e
■ XIV en avoir deux être homme, être viril. Cet euphémisme pour deux couilles paraît vieux
e
comme le monde ; ce que suggère cette équivoque du XIV siècle (il s’agit de dés) « Si en ai deux, ce
XVII
n’est pas gas, qui au hocher chieent sor as [aussi j’en ai deux, ce n’est pas une blague, qui au “branler” tombent sur l’as] », in
e
■ m. XVII 1640 une fille qui a le bas-ventre fait comme un naveau un garçon • peu de
chose fait grand bien « cecy s’entend de plusieurs façons ; mais la raillerie tend au membre viril »
(OUD.) • il est bien avitaillé « par allusion, bien fourny de membre viril » (OUD.) • un veau
retourné, qui a la queue devant un homme • petit chien belle queue petit homme grand, etc. •
un cure-dent d’Auvergne un engin de mulet • ce n’est pas grand cas « pas beaucoup de chose. Il
s’applique par raillerie au membre viril » (OUD.) • verges saint Benoît, il n’en faut qu’un brin pour
e
en faire une poignée jeu de mots égrillard sur verge ■ XIX si ma tante en avait, ce serait mon
LITTRÉ
oncle réponse que l’on fait à quelqu’un qui échaffaude des projets, des théories, etc., sur des
e
suppositions gratuites ■ f. XIX 1894 porter à gauche, porter à droite sous-entendu : ses organes
sexuels. « Termes de tailleur. Manière particulière, selon les goûts de chacun, de porter le
pantalon, dont les tailleurs disposent l’enfourchement en conséquence », dit pudiquement le Littré
de la Grand’Côte (LYON, 1894)
SÉDUCTION-DRAGUE
avances
e
■ XVII faire la cour « cageolleries, caresses qu’on fait aux dames pour s’en faire aimer, pour
les épouser. Il y a longtemps que ce jeune homme fait la cour à cette veuve, qu’il lui fait les doux
yeux. Il fait la cour à cette vieille, il la flatte, pour tâcher d’attraper sa succession » (FUR.) • faire
e
de l’œil lorgner amoureusement ■ m. XVII 1640 dire le mot « faire des rencontres, dire des
gaillardises » (OUD.) • conter goguettes dire des gaillardises • fille de sergent qui a les yeux pleins
d’assignations « qui a les yeux amoureux, et attrayans » (OUD.) • muguetter une fille « luy faire
l’amour » (OUD.) • faire les doux yeux « courtiser des yeux. Nostre vulgaire dit, faire les doux yeux
et les vingt-quatre paupières, faisant sottement allusion de doux à douze » (OUD.) ◪ 1644 courir le
e
guilledou à partir de courir le guildron, ou guildrou, au XVI siècle, courir l’aventure ou les mauvais
lieux « À croire qu’elles le faisaient exprès pour l’exciter. Pas étonnant que le Marin aille courir le guilledou après ça ! Il avait
beau dire qu’elles ne l’intéressaient pas, la vue de tous leurs appas devait bien finir par le chatouiller au bon endroit », GUÉRIN,
◪ 1645 courir la prétentaine « prétentaine ou prétantaine. Il n’a guère d’usage que
dans cette phrase de style familier : courir la prétantaine ; pour dire aller, venir ; courir çà et là
sans sujet, sans dessein. On dit qu’une femme court la prétantaine ; pour dire, qu’elle fait des
promenades, des voyages contre la bienséance, ou dans un esprit de libertinage » (TRÉVOUX)
e
◪ 1654 conter fleurette de fleurettes ou florettes : bagatelles et balivernes au XVI siècle, plus
précisément « certains petits ornements de langage et termes doucereux dont on se sert
ordinairement pour cageoller les femmes » (FUR.) « Oh ! mon cher Édouard, tu ne me feras pas accroire que tu
L’Apprenti, 1946
aies formé le projet d’épouser cette petite chevrière ! Tu voudrais peut-être me le laisser supposer, pour qu’alors, respectant
un amour si pur, je n’allasse plus conter fleurette à la jeune fille !… Cela ne serait pas maladroit !… », P.
blanche, 1828 ■ f. XVII
e
DE KOCK,
La Maison
faire les yeux doux « Chaque fois qu’elle passait devant l’endroit où je travaillais, elle me faisait
les yeux doux », É. DEBRAUX, Mayeux, 1832 ◪ 1690 faire des amitiés caresser quelqu’un pour l’engager à
nous aimer • conter des douceurs « cageoller une femme, et absolument : “il lui en conte” : il lui
en veut, il en est amoureux » (FUR.) • jouer de la prunelle « coquette qui tâche de s’attirer des
amants en ménageant des œillades ; femme qui fait quelques mouvements de l’œil pour donner
de l’amour » (FUR.) • faire l’amour « on dit qu’un jeune homme fait l’amour à une fille quand il la
recherche en mariage. On le dit aussi odieusement quand il tâche de la suborner. On dit qu’une
femme fait l’amour quand elle se laisse aller à quelque galanterie illicite. Il y a aussi des amours
brutaux, monstrueux et contre nature » (FUR.) • jeter le mouchoir « distinguer une femme et lui
faire agréer ses hommages et son cœur » (DELV.) « Robineau, fêté, adulté, cité, et ne sachant de quel côté jeter
le mouchoir, veut cependant rendre, à la société de la ville, les politesses qu’il en reçoit », P. DE KOCK, La Maison blanche, 1828
e
■ XVIII pousser sa pointe « s’avancer dans une affaire quelconque, – mais surtout dans une
affaire amoureuse » (DELV.) « Que de projets ma tête avorte tour à tour !/Poussons toujours ma pointe et celle de
e
■ m. XVIII battre le briquet « se disait d’un
amoureux ou d’un galant qui débitait ses sentiments à l’objet de sa recherche ou de son amour »
(NISARD). Afin d’« allumer sa flamme » ? « Allez, allez, belle figure propre à faire du saindoux ; si vous n’battez pas
l’briquet mieux qu’ça, l’amadoue ne prenra pas, j’vous en avartis », VADÉ, Les Racoleurs, 1756 ◪ 1739 avoir la fesse
tondue « savoir plus d’un tour, avoir l’adresse, l’habileté et la souplesse de conscience d’un roué.
Se dit principalement d’un galant, d’un séducteur » (NISARD) « Le grand Cornichon en savoit plus d’une nichée.
C’étoit un dru qu’avoit la fesse tondue, beau diseur, ayant la parole en bouche ; il ne donna point de
relâche à sa mie qu’il ne lui eût replâtré son méfait », Les Écosseuses, 1739 ◪ 1745 faire des yeux
de carpe frite « Un jour, c’étoit pendant le grand chaud de l’été, s’étant retiré dans une grotte qui étoit au bord de ce
l’amour », Le Rapatriage, comédie-parade, xviiie, in DELVAU
canal, il vit une belle grande carpe, mais grande comme une personne : ce qu’on remarquait encore davantage, c’étoit ses
yeux ; jamais on n’en avoit vu de si tendres. C’est de-là qu’on a dit des amans qui regardent tendrement leur belle : qu’ils font
e
■ f. XVIII lever une fille « “jeter le mouchoir” à
une femme qu’on a remarquée au bal, au théâtre ou sur le trottoir » (DELV.) « La poule en question, il l’a
des yeux de carpe frite », CAYLUS, Recueil de ces Messieurs, 1745
peut-être seulement levée tout à l’heure, comme ça, dans la rue, ou en sortant du métro et il n’a pas encore couché avec »,
GUÉRIN, La Peau dure, 1948
■ d.
e
XIX
faire fiasco « échouer dans une entreprise amoureuse » (DELV.)
e
■ m. XIX faire des mamours cajoler pour séduire ◪ 1834 faire des yeux en coulisses « regard
tendre et provocateur » (DELV.) « M. Troupeau se penche vers sa femme et lui dit à l’oreille, en faisant des yeux en
coulisses : Je monte dans notre chambre à coucher… suis-moi, j’ai à te parler en tête-à-tête… », P.
DE
KOCK, La Pucelle de
1842 le coq de la paroisse (du village) « un galant qui courtise toutes les belles du
lieu » (QUIT.) • entendre la devise c’est-à-dire les propos galants ◪ 1867 courir la gueuse les filles
• lever un homme au souper « s’arranger de façon à se faire inviter à souper par lui » (DELV.) •
faire le joli cœur débiter des sornettes aimables aux femmes ; faire des « effets de torse » auprès
d’elles « Tournant autour des gross’s poulettes/À seul’ fin de les épater,/Il tir’ ses gants, fait des mirettes,/Y a pas moyen d’lui
résister/Il a du chic, de la prestance,/Il fait le coq, le joli cœur », V. DAMIEN, L. MICHAUD, CH. THUILIER FILS, Soldat d’un sou, 1911 •
dire des mamours tenir des propos galants, dire des gentillesses • œil en tirelire regard chargé
d’amour, provocateur, à demi clos • lever une femme au crachoir « la séduire à force d’esprit ou
de bêtises parlées » (DELV.) • chauffer une femme « Toutes ses lettres disent : “je vous aime ! aimez-moi ! sinon
je me tue !!!” Répéter cela pendant trois mois, cela s’appelle, dans la langue don juanique, chauffer une femme », E. LEMOINE •
coucher en joue une femme « lui faire une cour sur le sens de laquelle elle n’a pas à se
e
méprendre » (DELV.) ■ f. XIX faire du plat à l’origine, le plat de la langue, c’est-à-dire « le
bavardage, les belles paroles » (LITTRÉ) « Julie ne fut pas insensible au plat que lui faisait l’ouvrier. Elle avait passé la
trentaine, il fallait se ranger », A. BRUANT, Les Bas-Fonds de Paris, v. 1890 • faire du genou incitation amoureuse à
Belleville, 1834 ◪
l’égard de sa voisine (ou de son voisin) de table « Toto, n’oublie pas de mettre Tranchant à côté de la femme de
bésange. – As pas peur. – Il faut que ce soir il lui fasse du genou ! – Je sais. J’ai du turbin !… », R. BENJAMIN, Le Palais, 1914 •
proposer la botte si l’expression elle-même paraît relativement récente, la botte – acte sexuel –
e
apparaît dès le début du XIX siècle. Cf. Jean fier à la botte (v. 1830). La forme la (et non une)
semble indiquer une abréviation de la botte florentine – les premiers emplois de l’expression fort
cavalière ont peut-être eu, en effet, un contexte pédérastique « En se promenant le long de l’oued il avait
été suivi par un indigène cossu qui, visiblement, le trouvait girond et mourait d’envie de lui proposer la botte », SYLVÈRE (1906-
◪ 1888 faire des yeux de merlan frit dès 1872, LARCHEY donne « œil de merlan frit, œil
pâmé », et cite un texte de 1652 où l’association œil-merlan est déjà présente : « Enfin cet
homme de brelan a les yeux faits comme un merlan » (Troisième Suite de Parlement burlesque)
e
■ d. XX faire du pied faire des attouchements clandestins sous la table, du bout du pied, dans des
intentions libertines. La chose, synthétisée assez tardivement dans une locution particulière, est
vieille comme les repas. Cf. « Il prestoit ses yeulx a l’ostesse, sans espergner par dessoubs la table
le gracieux jeu de piez » (Cent Nouvelles Nouvelles, 1467) « D’abord, j’aime pas comment y reluque Cécelle.
1950)
J’me demande si y fait pas du pied sous la table. Elle a de brusques mouvements de genoux, la Cécelle ! », F. LASAYGUES, Vache
• faire du charme ◪ 1901 faire du gringue ◪ 1902 serrer de près tenter d’enlacer ou
enlacer une femme « Il venait d’apercevoir que je n’étais plus seule et que j’étais serrée de près par un inconnu »,
Mémoires de Casque d’Or, 1902 ◪ 1925 faire du rentre-dedans attitude du « flirt pressant », selon la
e
définition de G. ESNAULT ■ m. XX les prendre au berceau très jeunes, sous-entendu ses conquêtes
e
■ f. XX montrer ses estampes japonaises invitation sans ambiguïté, faisant référence à l’érotisme
de ces estampes. On répond ironiquement à qui nous invite à boire un dernier verre, ou autre
formule approchante, par cette autre : Tu veux me montrer tes estampes japonaises ? –
soulignant ainsi que l’on n’est pas dupe du but fornicateur de l’invitation • vous habitez chez vos
parents ? formule rebattue et pourtant toujours utilisée par les dragueurs en guise d’entrée en
matière • vous marinez chez vos harengs ? variation burlesque sur la précédente • se prendre un
râteau essuyer un échec : voir sa proposition ou son discours ignoré par la ou les personnes
auxquelles on s’adresse ; en particulier dans une tentative de drague. Vient plus probablement du
râteau, instrument utilisé par les croupiers de casino pour ramasser argent et jetons, que du
e
râteau agricole ■ d. XXI lâcher l’affaire laisser tomber, renoncer à aller plus loin, en particulier
dans une relation amoureuse « Ils tirent la langue, des gouttes de sueur clapotent sur le sol. – T’imagines, si tu veux
noire…, 1985
sortir avec Sabrina, c’est encore neuf étages au-dessus… lâche l’affaire, vanne Teddy. – Tu dis ça parce que t’as pas la condition
physique… », R. DJAÏDANI, Viscéral, 2007 • tu
me donnes ton 06 ? charmante demoiselle, accepteriez-vous
de me communiquer votre numéro de téléphone portable ?
e
■ m. XVII 1640 ce n’est que du foin, les bêtes s’y amusent « nos filles respondent cecy à qui
leur demande ce qu’elles ont sous le linge qui leur cache la gorge » (OUD.) • il n’est pas trop
dégoûté « il a raison de demander ce qui est beau et bon. Cela se dit d’un homme qui fait l’amour
à une belle fille ; ou qui désire quelque chose qui mérite » (OUD.) • femme qui écoute, et ville qui
parlemente est à demi rendue « qu’une honneste femme ne doit point prester l’oreille aux
discours des hommes » (OUD.) • la douce chose, accolez ce poteau « nos femmes du commun
peuple se servent de ce mot, lors que quelque badin les cajolle » (OUD.) • adressez ailleurs vos
offrandes « addressez vous à une autre personne ; response des filles à ceux qu’elles refusent en
e
amour » (OUD.) ■ f. XVII 1690 les lunettes, les cheveux gris sont des quittances d’amour on ne
doit plus songer à la galanterie en cet état • elle a crainte que le tablier se lève fille qui se défend
des poursuites amoureuses qu’on lui fait par peur de tomber enceinte • filer le parfait amour
« cageoller une femme dans les formes » (FUR.) • l’heure du berger « l’heure favorable aux
amants » (FUR.) « MOULÉ (à part) : Enfin nous sommes seuls… voici l’heure du berger […] lorsque j’obtiens enfin un moment
de tête-à-tête avec vous, permettez-moi d’en profiter pour vous renouveler le serment d’un amour plus qu’éternel… ah !
Victoire… répondez à ma flamme », P.
DE
KOCK, Le Pompier et l’Écaillère, 1837
■ m.
e
XIX
c’est un petit-maître
« expression qu’on applique à un jeune homme qui se fait remarquer par une élégance recherchée
dans sa parure, par des manières libres et un ton avantageux auprès des femmes » (QUIT.) ◪ 1842
jamais honteux n’eut belle amie « en amour il faut être entreprenant. Les honteux [les timides]
ne gagnent rien auprès des femmes ; elles sont comme le paradis, qui veut qu’on lui fasse
e
violence, suivant l’expression de l’Évangile » (QUIT.) ■ f. XIX 1872 œil marécageux œil langoureux,
à demi noyé • œil américain œil séducteur ◪ 1894 chasser à la caille coiffée « se dit du chasseur
qui cherche plus les bonnes fortunes que les bonnes chasses. Une caille avec une coiffe, cela
e
donne l’idée de bien des femmes. Seulement elles ne sont pas toutes aussi grasses » (LYON) ■ d. XX
e
tableau de chasse nombre de conquêtes amoureuses ■ f. XX casser la cabane réduire à néant les
efforts entrepris par quelqu’un d’autre en vue de persuader, de séduire. Particulièrement dans la
drague « Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Tu peux me le dire ? J’ai foutu un peu de bière sur la robe de l’invitée. Si tu veux la tirer,
c’est quand même pas avec ça que je t’ai cassé la cabane », BERROYER, Je vieillis bien, 1983 ■
e
d. XXI y a de la cuisse il y
a des filles, on va pouvoir draguer
PLAIRE
charmer
e
■ d. XVII donner dans la vue « PHILIPPES : Plust à Dieu qu’elle fût à disputer entre luy et moy à la pointe de l’épée.
– MARTIN : Elle vous a donc bien donné dans la vue », Les Ramoneurs, 1624
■ m.
XVII
e
homme à bonnes fortunes
e
◪ 1640 donner dans la visière donner de l’amour ■ m. XVIII 1755 donner dans l’œil « plaire, –
dans l’argot des petites dames, qui l’emploient aussi bien à propos des gens que des choses dont
elles ont envie. J’ai trouvé dans Le Tempérament, tragédie-parade de 1755 : “Il m’a donné dans
l’œil” » (DELV.) « je craignais, malgré tout ce que tu m’as dit, que cette Tiennette ne te donnât dans l’œil, et que n’allasses
e
t’en amouracher », RÉTIF, Le Paysan perverti, 1782 ■ m. XIX avoir du chien ◪ 1838 faire des caprices
« séduire à première vue, inspirer des caprices » (LARCH.) « J’en fais t’y des caprices ! Aussi, avec une balle
comme ça, on peut tout se permettre », LAMIRAL, 1838 ◪ 1867 taper dans l’œil reformulation de donner dans
l’œil « Tu pars ? demanda Bleuette. – Oui, j’ai r’fait l’pante qui s’en va. Il a l’sac. – Qui t’a dit ça ? – L’espérience. C’est un
pante chic qui vient de province pour acheter des tableaux. J’lui ai tapé dans l’œil. Il a dit qu’il allait à l’hôtel et qu’y
m’rejoindrait cette nuit », REBELL, La Câlineuse, 1898 • un
bourreau des cœurs le bourreau étant non celui qui
tue, mais celui qui « torture » « des brunes, des blondes, des rousses ! Lui aussi aurait atteint le mille e tre de Don Juan
e
– en moins de temps que Don Juan ! Lui aussi avait été le bourreau des cœurs », DELVAU, Les Lions du jour, 1867 ■ d. XX
gueule d’amour homme qui a du succès auprès des femmes ◪ 1925 faire une touche
« La jeune
femme le regardait. Allait-elle lui parler ? Peu probable. Il souhaita d’ailleurs qu’elle se taise. Il ne saurait pas dominer sa
confusion. J’ai fait une touche, aurait dit Palisseau. Ils étaient marrants ! Dès qu’une femme jetait les yeux sur eux, ça y était :
e
■ m. XX avoir un ticket ticket, « femme qui suscite le
désir de la connaître (1943) » puis « invite galante, marque d’intérêt de la part d’une personne du
sexe opposé (1950) » (ESNAULT). Avoir un ticket : plaire à quelqu’un, surtout physiquement « Regardeils avaient fait une touche », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
moi cette blondinette, il soupire, la mort dans l’âme… Putain elle a l’air ferme !… […] Elle doit bien aller la môme, elle doit
aimer ça la petite salope… Ça a 20 ans à tout casser… Tiens ! regarde ! on a le ticket je te dis !… », B. BLIER, Les Valseuses, 1972
e
■ m. XV 1469 un grand abatteur de bois un fanfaron, qui se vante de faire beaucoup plus de
e
prouesses qu’il n’en fait, surtout en amour ■ XVI c’est un grand dépuceleur de nourrices « pour
e
se mocquer d’un qui se vante d’estre grandement favorisé des dames » (OUD.) ■ f. XVII 1690 vous
êtes un chaud lancier « à un fanfaron qui se vante de beaucoup de choses qu’il peut faire et
particulièrement en prouesses d’amour » (FUR.)
AMANTS ET MAÎTRESSES
e
■ m. XVII 1640 relancer une femme « par métaphore, la suivre de loin pour la joindre en
quelque lieu » (OUD.) • une personnière « une garce ou concubine qui tient le lieu d’une femme
e
mariée » (OUD.) • un ami à gages le mignon d’une femme ■ m. XIX amant (ami) de cœur « les
femmes galantes nomment ainsi l’amant qui ne les paye pas ou qui les paye moins que les autres.
La Physiologie de l’amant de cœur, par M. Constantin, a été faite en 1842. Au dernier siècle, on
disait indifféremment ami de cœur ou greluchon. Ce dernier n’était pas, comme on le croit
aujourd’hui, un souteneur. Le greluchon ou ami de cœur n’était et n’est encore qu’un amant en
sous-ordre auquel il coûtait parfois beaucoup pour entretenir avec une beauté à la mode de
mystérieuses amours. “La demoiselle Sophie Arnould, de l’Opéra, n’a personne. Le seul Lacroix,
son friseur, très-aisé dans son état, est devenu l’ami de cœur et le Monsieur” (Rapports des
inspecteurs de Sartines, 1762). Ces deux mots avaient de l’avenir. Monsieur est toujours bien porté
dans la langue de notre monde galant. L’ami de cœur a détrôné le greluchon ; son seul rival porte
aujourd’hui le nom d’Arthur » (LARCH.) • être avec • miché sérieux amant riche et généreux. « Le
miché sérieux équivaut à l’entreteneur… Les jeunes gens se disent souvent, comme un mot
d’ordre : “Messieurs, ne parlez pas à la petite une telle, elle est ici avec son miché sérieux.” Le
même individu se désigne aussi par ce mot : ponteur. Ce dernier mot, pris dans le vocabulaire des
jeux, vient du verbe ponter » (CADOL, in LARCHEY) • bonne amie « J’appris dernièrement, vers trois heures de
l’après-midi, que ma bonne amie me trompait avec un officier de cavalerie », A. MARX ◪ 1851 faire une femme nouer
une intrigue amoureuse avec elle « En attendant, il a fait une femme superbe, dit un autre en voyant Rodolphe
s’enfuir avec sa danseuse », H. MURGER, Scènes de la bohème, 1851 ◪ 1867 être sur le sable « n’avoir pas de
maîtresse, – dans l’argot des souteneurs, que cela expose à crever de faim » (DELV.) • amant de
carton « amant sans conséquence, – dans l’argot des petites dames » (DELV.) • avoir eu les
faveurs d’une femme avoir été son amant • avoir quelqu’un avoir un amant « Ce soir-là, la jeune fille,
n’ayant personne, voulait avoir quelqu’un. Avoir quelqu’un ! Quelle singulière physionomie ont certains mots accouplés ! Avoir
quelqu’un ! N’avoir personne ! Quelqu’un, c’est vous, c’est moi, c’est le premier venu qui passe, et qui a le moyen d’aimer – à la
hâte – deux jolis yeux, une jolie bouche, une jolie taille », DELVAU, Les Lions du jour, 1867
DÉSIR
ardeur
e
e
■ f. XV avoir le cul chaud avoir beaucoup d’appétit sexuel ■ XVI faire venir l’eau à la bouche
« Le recit que luy avoit fait son amy luy avoit fait venir l’eau à la bouche ; il veut en passer son envie. Sa femme luy dit en
e
■ f. XVI 1579
avoir le diable au corps avoir un appétit sexuel dévorant, éprouver un désir violent pour quelqu’un
riant : “Seigneur Dieu ! vous estes de belle humeur ce soir” », TALLEMANT DES RÉAUX, Historiettes, v. 1660
« […] celles qui aiment pour le service qu’on tire d’un homme nerveux et robuste le tiennent tant excité qu’en peu de temps
elles le réduisent en fumée. Elles sont insatiables et ont le diable au corps », P. DE LARIVEY, Le Fidèle, 1579
e
■ d. XVII donner
e
dans la vue donner de l’amour ou du désir ■ m. XVII 1640 cela échauffe la caillette • plaider aux
consuls « c’est par allusion ou division du mot, lors que les femmes suent en cette partie de leur
corps » (OUD.), car le l de consul ne se prononçait pas, non plus que la plupart des consonnes
finales • la chair lui démange « il a des ressentiments de luxure » (OUD.) • je voudrais qu’elle
m’eût fait un pet aux testicules « je voudrois avoir couché avec elle » (OUD.) • le sang me bout
dans le corps « j’ay une extrême envie ou désir » (OUD.) • il en veut à cette femme-là « il a du
dessein pour elle » (OUD.) • sécher sur le pied « se consommer d’amour, de désir, ou
d’impatience » (OUD.) • donner dans les yeux donner de l’amour ou du désir • y a-t-il moyen d’en
découdre ? « c’est demander à une femme si elle veut, etc. » (OUD.) • la coquille lui démange
e
« elle a des ressentiments de nature. Elle est en aage d’estre mariée » (OUD.) ■ f. XVII 1690 en
e
valoir la peine « d’une belle femme à qui on fait l’amour » (FUR.) ■ XVIII être porté sur la chose •
être appétissante « […] belle brune aux seins blancs et fermes qui, la nuit durant, me raconta sa vie et ses malheurs. Elle
était appétissante et m’affirma qu’elle m’avait dans la peau. Pour moi, son corps seul m’intéressait », J. BLANC, Joyeux, fais ton
e
e
■ m. XVIII être à croquer dès le XVII siècle, croquer une femme, en obtenir les faveurs.
Le sens semble avoir toujours été celui de manger, de dévorer, et non de peindre. Cf. « Aussi le
bonnet à picot/Monté tout frais en misticot,/Dont la fille atiffe sa tête/Lui fait trouver un air
honnête :/Il ne faut après qu’un chignon,/Puis à croquer c’est un trognon » (Les Porcherons, 1773)
fourbi, 1947
« Nous avons ensuite parlé de Laurette. – Oh ! la bonne petite créature ! en vérité, elle est à croquer ! », RÉTIF, Le Paysan
d’étage.
e
n’être pas de bois « Elle était une femme, aussi. Et peut-être pas de bois. S’envoyer le garçon
e
Pourquoi pas ? », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946 ■ m. XIX porter à la peau « exciter le désir » (L ARCH.)
perverti, 1782
■
XIX
◪ 1867 allumer son pétrole « s’enflammer l’imagination, – dans l’argot des petites dames, qui
savent combien l’homme est inflammable. On dit aussi “Allumer son gaz”, – ce qui, en effet, est
une manière de prendre feu » (DELV.) • femme ragoûtante qui excite l’appétit des amoureux
e
■ f. XIX ne pas s’embêter utilisé au conditionnel, pour dire que quelqu’un est désirable « En matière
de plaisanterie, je me mis à émettre – trop haut pour mon malheur ! – l’opinion qu’une femme ne s’embêterait pas avec un
◪ 1872 avoir des idées avoir d’amoureux désirs
démon de midi passion amoureuse qui est censée saisir les hommes vers la cinquantaine :
beau brin [d’homme] pareil », Mémoires de Casque d’Or, 1902
e
■ d. XX
le midi de la vie ◪ 1902 avoir l’œil allumé par le feu du désir « Si de devant comme de derrière la femme
répond à leur idéal du moment, ils s’avancent en se dandinant et vous lancent quelque blague inepte ou grossière. Je ne le leur
reproche pas. N’est pas spirituel qui veut et l’homme dans ces moments-là ne s’appartient guère. Au reste leur œil allumé parle
suffisamment pour eux et il n’y a pas une femme au monde qui ne connaisse cette éloquence-là », Mémoires de Casque d’Or,
1902
■ m.
e
XX
mettre flamberge au vent acte d’exhibitionnisme masculin
« Dans une foule, même
composée en bonne proportion de rigolos et d’exhibitionnistes, c’est la moralité qui l’emporte. Flamberge au vent, mais
pruderie en tête », G. CONCHON, L’État sauvage, 1964
• être en retour de caresses être en manque « Et puis cet
enflé-là, je ne sais pas ce qu’il avait, quoi, s’il était en retour de caresses ou quoi que ça soit, à chaque coup que tu grattais sur
les grandes portes […] d’un seul coup t’entendais gratter, et puis mon Henri qui fonçait là, vroum ! à fond de train, quoi, là, la
e
■ f. XX être agaçante « de l’anglais to tease, taquiner,
agacer, dont l’un des sens dérivés est “avoir une attitude sexuellement provocante”. Une loute
salement agaçante n’est pas autre chose qu’une fille drôlement […] excitante. NB : Ne se
masculinise jamais. Un type agaçant reste donc, et sans ambiguïté aucune, un insupportable
raymond » (MERLE) • être godillante « se dit d’une femme sexuellement incitative (qui fait goder
ou bander). Excitante. “Tu sais qu’t’es mignonne, dans ta petite combinaison ? Tu serais même
godillante !…”, dit Gérard Depardieu à Miou-Miou dans le film de Bertrand Blier Tenue de soirée
(1986). À la différence d’agaçante, godillante peut s’utiliser au masculin. Un homme pourra donc
être jugé godillant par une femme, ou par un gay, bien évidemment ! » (MERLE) • grimper aux
rideaux être en état de manque sexuel ou de désir intense, en parlant d’une femme. S’agit-il de
grimper aux rideaux pour atteindre la tringle ? • être chaud sur quelqu’un « avoir sexuellement
très envie de quelqu’un » (MERLE) • elle est très cul « il émane d’elle, de son attitude et de ses
propos, une sensualité débordante » (MERLE) • j’en ferais bien mon quatre-heures cette personne
e
excite ma gourmandise sexuelle, je la croquerais volontiers ■ d. XXI être chaud bouillant se dit
particulièrement quand on est dans un désir sexuel difficilement contrôlable, par amplification
de être chaud(e), « donner l’impression d’être insatiable sexuellement parlant »
e
■ m. XVII 1640 vous ne seriez pas bon pour couver, vous êtes trop chaud « vous avez trop
de haste, ou de désir » (OUD.) • monsieur aime l’entre-deux et madame la queue • il y a plus de
goût à un grain de poivre qu’à un muid de chaux « qu’une femme brune ou noire est plus
agréable et plus vive qu’une blanche » (OUD.) • de la poudre à grimper « quelque viande qui excite
e
à luxure » (OUD.) ■ XIX changement d’herbage réjouit les bœufs « Certes, tu es, j’en suis convaincu
tête dans la barrière, quoi », La Mâle Parole, 1975
d’avance, mille fois mieux, mille fois plus avenante et appétissante que ta… lingère ; mais tu as le tort irrémédiable d’être
l’épouse, c’est-à-dire le devoir, la règle et l’habitude : ta lingère, si laide qu’elle soit, a l’inestimable avantage d’être, elle, la
nouveauté, l’inconnu ; le fruit défendu, pour comble ! Voilà pourquoi ton coquin de mari se sent attiré vers elle. Hélas ! oui, ma
fille, c’est désolant, mais c’est comme ça. Depuis que le monde est monde, changement d’herbage a réjoui les bœufs ! »,
A. CIM, Histoire d’un baiser, 1894
BANDER
triquer, mouiller, goder érection
e
■ d. XVII dresser l’oreille « Mais l’ayme un con estroit dont la bouche vermeille/Donne appétit de foutre, et faict
dresser l’oreille/Au courtaut qui le sent et le met en chaleur », Le Cabinet satyrique, 1618 ■ m. XVII
e
1640 entrer en rut
• la colique cornue l’érection du membre • faire revenir la pâte (la viande) « métaphore, faire
l’érection » (OUD.) • sitôt que votre four sera chaud, la pâte sera levée « si tost que vous serez
preste nous travaillerons, l’érection sera faite » (OUD.) • la pâte est levée « métaphore ; l’érection
est faitte » (OUD.) ■ m.
e
avoir une crampe d’amour « Le grivois à l’aspect des lieux qu’il envisage,/Où
e
nichent mille attraits qu’il lorgne tour à tour,/Se sent atteint d’une crampe d’amour », VADÉ, Conte, v. 1750 ■ f. XIX avoir
la gaule « Nibé, Môme !… Alorss… t’es ma “neuve” ?/Ben, j’en r’viens pas…, j’en suis comm’ saoul,/j’peux pus cracher…, j’ai
e
l’sang qui m’bout ;/tu parl’s si pour toi j’ai la gaule ! », J. RICTUS, Le Cœur populaire, v. 1900 • l’avoir en l’air ■ d. XX
XVIII
e
réveil en fanfare l’érection du matin ■ m. XX avoir la trique de triquer, bander, attesté
antérieurement « Eh ! Jean-Claude ! je bande pas ! – Ben quoi ? Moi non plus !… Je vois pas pourquoi on banderait ! Elle est
pas là, Kiki Caron ! – D’habitude, le matin, j’ai la trique… », B. BLIER, Les Valseuses, 1972 • bander comme un âne très
fort, à la mesure de la taille du membre de l’animal « Je veux vérifier ta température… Je bandais comme un âne
et elle continuait de jouer la doctoresse. Quelque chose clochait, elle n’avait pas l’air de plaisanter », R. DJAÏDANI, Mon nerf,
2004
CARESSES
attouchements, privautés, pelotage, mamours, câlins, étreinte, tripotage
e
■ m. XVII la petite oie ensemble de caresses qui peuvent être, ou non, des préliminaires ;
DELVAU dit clairement : « Le travail – attrayant – qui précède le coït ; pelotage des couilles de
l’homme par la femme, gamahuchage de la femme par l’homme, etc., etc. La petite oie est moins
indigeste – pour la pine – que la grande oie : il y a des gens qui s’en contentent – de peur de
vérole » (Dictionnaire érotique moderne, 1864), alors que BALZAC est bien prude : « Suivant la
jurisprudence amoureuse de cette époque, Marie de Saint-Vallier octroyait à son amant les droits
superficiels de la petite oie. Elle se laissait volontiers baiser les pieds, la robe, les mains, le cou ;
elle avouait son amour […] mais elle restait intraitable… » (Maître Cornélius, 1831) « Elle avait déjà
laissé prendre la petite oie à un homme qui la cajolait », TALLEMANT DES RÉAUX, v. 1660 ◪ 1640 donner la cotte verte
« c’est une liberté de France ; on met de l’herbe sous la juppe d’une fille en se jouant dans un pré
e
ou autre lieu où il croist de l’herbe » (OUD.) ■ f. XVII 1690 bouillir du lait cette façon de dire
« masturber un homme » (à cause du lait désignant traditionnellement le sperme) se déduit de la
note suivante de FURETIÈRE : « Il me semble qu’on me bout du lait, on me donne de vains
amusements qui ne me satisfont pas. L’origine de ce proverbe est obscène » (1690). Quels autres
« vains amusements » pourraient être « obscènes », si ce ne sont, à tout le moins, des caresses
érotiques appuyées qui font comme du « lait qui monte » au moment de l’ébullition ? • patiner
une femme « lui manier les bras, le sein… Il n’y a que les paysannes et les servantes qui se laissent
patiner. Ce n’est point la mode de patiner parmi le beau monde » (FUR.) « Laissez-moi tranquille,/Mon
gentil docteur,/Vous êtes habile,/Vous allez au… cœur./Quand on m’patine, ça m’rend nerveuse,/Je suis chatouilleuse »,
e
F. MONTREUIL, La Chatouillée, 1911 ■ m. XIX
faire des mamours de m’amour, mon amour, comme m’amie,
mon amie (cf. ma mie) • faire patte d’araignée « passer doucement et habilement les quatre
doigts et le pouce sur le membre d’un homme, et ses tenants et aboutissants, afin de provoquer
une érection qui ne viendrait pas sans cette précaution » (DELVAU, Dictionnaire érotique, 1864) •
feuille de rose anulingus ◪ 1844 faire soixante-neuf « c’est faire tête-bêche, les deux chiffres (69)
le disant éloquemment » (DELVAU, 1866) « Ça les mettait en joie de voir deux morues, sur un matelas, qui se faisaient
e
69 ou une feuille de rose », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946 ■ f. XIX 1890 mettre la main au panier « Si j’habitais la Maison
Meublée comme toi, y a longtemps que je me la serais envoyée, concluait Cambrecis. Tu lui as mis la main au panier, au moins ?
Monsieur Hermès rougissait, gêné. Pourquoi les hommes respectaient-ils si peu les femmes ? », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
e
■ m. XX jouer au docteur • jouer au papa et à la maman • jouer à touche-pipi ces trois
expressions désignent les attouchements sexuels enfantins ou, par dérision, ceux d’adultes ne
passant pas à « l’acte » « et derrière ces portes, et derrière ces murs, des belles mômes qui ne voudraient pas être
seules, des pénitentes qui ne l’étaient pas, des épouses suries qui auraient bien voulu l’être, des mal baisées, des bien baisées,
des parties de touche-pipi et des parties pas assez touchées », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
e
■ m. XVII 1640 dame touchée, dame jouée « quand une femme se laisse toucher, elle passe
outre avec facilité » (OUD.)
FELLATION
e
e
■ m. XIX tailler une plume ■ d. XX faire des pompiers pratiquer la fellation. Autant que l’on
puisse se fier à la mémoire extrêmement précise d’Antoine SYLVÈRE, particulièrement en matière
e
de dialogues, l’expression aurait déjà eu cours à la Légion dans les premières années du XX siècle
« Il y a que la nuit que c’est embêtant. On me ferme avec Mohammed qui a tué le juif et avec Ali qui a volé les moutons. Ils sont
embêtants.
Ils me réveillent quand je dors pour me faire faire… des pompiers », SYLVÈRE (1906e
1950) ■ m. XX faire une pipe l’image est peut-être née de la comparaison avec faire une pipe :
une cigarette « Tenté et intimidé, en même temps. Pourtant, il ne serait pas le premier. Elles étaient là pour ça. Et puis, il
se ferait faire seulement une pipe. Comme ça, pas de risque ! », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946 • tailler une pipe par
croisement avec tailler une plume « Elle s’est fait un décrochement de mâchoires à force de tailler des pipes ! »,
F. LASAYGUES, Vache noire…, 1985 • brouter la tige
BAISERS
bises, bisous, bécots
e
■ XVI laisser aller le chat au fromage « cecy se dit d’une femme qui se laisse embrasser »
e
(OUD.) ■ m. XVII 1640 faire capture embrasser une femme • elle a fait la folie elle s’est laissé
embrasser • lécher le morveau baiser continuellement • elle a passé par les piques elle a été
embrassée • un tour de bec • il lui a fait, vous m’entendez bien il l’a embrassée • une prise de
corps embrasser une femme • baiser à la pincette « tenir le menton en baisant » (OUD.) • se
ranger au montoir « par métaphore, se laisser embrasser, qui se dit d’une fille » (OUD.) • un coup
e
de bec ■ d. XIX faire des langues fourrées désigne principalement un baiser lingual « Il se demandait
encore si elle n’avait pas été un peu amoureuse de lui, malgré ses airs, et si ce n’était pas pour ça qu’elle avait refusé de
coucher. Ces langues fourrées qu’elle lui faisait ! », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
■ m.
e
XIX
1867 se sucer le trognon
s’embrasser, se bécoter • se sucer la pomme « Prenaient tous leurs repas au lit. Se levaient seulement parfois, au
milieu de la nuit, en grand tralala et sortaient. Le reste du temps, demeuraient pagés, à se sucer la pomme », GUÉRIN,
• se bécoter s’embrasser à chaque instant • se relicher le morivau s’embrasser
tendrement • coup de torchon « baiser, – dans l’argot des faubouriens, qui, sans doute, veulent
parler de ceux qu’on donne aux femmes maquillées, dont alors les lèvres “essuient” le visage »
(DELV.) • baiser en godinette « baiser sur la bouche en pinçant les joues de la personne, – sans
e
doute comme baisent les grisettes des romans de Paul de Kock » (DELV.) ■ f. XIX fricassée de
museaux « La troisième casserole/Prenant la parole/Dit : J’étais dans un jeun’ ménage/Qui s’contentait pour tout
L’Apprenti, 1946
potage/Jour et nuit de me mettre au chaud/Pour fair’ des fricassées d’ museau/Et tous les neuf mois, allez donc/Ils y ajoutaient
1894 faire mimi donner un baiser • faire mimi à la
pincette « c’est un baiser qui se fait d’une manière aimable en tirant les deux joues de la personne
embrassée (pour autant qu’alors on ne peut pas l’embrasser sur les joues) » (LYON) • se passer des
saucisses s’embrasser avec la langue « Mossieu l’Comissair’ de Police,/y s’lichaient, s’passaient des saucisses,/t’ene
e
veux-t’y-t’en-veux-en-voilà », J. RICTUS, Le Cœur populaire, v. 1900 ■ d. XX 1927 rouler un patin ■ m. XX rouler
une galoche peut-être à cause du menton en galoche, image crue destinée à casser le romantisme
de la chose. Mais aussi par jeu probable sur patin compris comme la chaussure de patinage, avec
une recherche de trivialité outrancière • rouler une pelle « (Elle se tourne vers sa copine :) Oh ! Madame est
occupée. Pardon. Les deux autres sont encore en train de se rouler des pelles », BERROYER, Je vieillis bien, 1983 • se sucer les
amygdales hyperbole qui désigne un baiser très profond
e
■ m. XVII 1640 les baisers sont retournés « nos filles du vulgaire usent de ce mot envers ceux
qui leur demandent un baiser, on ne baise plus à la bouche, on baise au derrière » (OUD.) • la
grande amitié quand un pourceau baise une truie « le vulgaire se sert de ce quolibet voyant un
gros valet baiser une servante, ou bien un homme baiser une laideron » (OUD.) • fils de boulanger
qui aime la baisure qui aime à baiser • baisez-moi au cul, la bouche est malade « c’est une
e
response à un importun qui demande un baiser » (OUD.) ■ m. XIX 1867 essuyer les plâtres « se dit
[…] ironiquement des Gandins qui embrassent des filles trop maquillées » (DELV.)
un p’tit lardon », BRIOLET et LELIÈVRE, Les Casseroles, 1905 ◪
BAISE
coït, acte vénérien, accouplement, copulation
e
■ XV chevaucher sans selle la citation suivante comporte un sous-entendu grivois « Je croy, dist
Agnechon la Pelee, que la gavele viengne plus tost de boire trouble vin ou autre beuvrage trouble et especialement de
• faire des folies de son corps selon la belle
: « Faire des folies de son corps, en parlant des personnes du
chevauchier sans selle », Les Évangiles des quenouilles, v. 1470
définition des moines de TRÉVOUX
sexe, la même chose que s’abandonner » « Je ne sçay se c’estoit de paour/Qu’il ne feist follye de son corps »,
COQUILLART, 1491 • faire la bête à deux dos l’une des plus vieilles images de la langue française
désignant l’accouplement « Il ne vous fault pas celer que nostre homme, et neuf en fasson et en mariage, du temps de
feu son père et sa mère avoit esté bien court tenu ; et en toute rien luy estoit et fut défendu le mestier de la beste à deux dos »,
e
m. XV faire la besogne « Il me dit que pour la mort dieu il oseroit bien entreprendre
e
de faire la besogne huit ou neuf fois par nuit », Cent Nouvelles Nouvelles, 1467 ■ XVI frotter son lard employé par
RABELAIS (1532) « elle ne devoit pas mesler ses pacquets avec les siens, et frotter son lard de si près au sien », N. DU FAIL,
Œuvres facétieuses, 1585 • le faire • planter le cresson • faire l’amour « j’aimerais mieux que tous les laquais de
Cent Nouvelles Nouvelles, 1467 ■
la Cour courussent sur le ventre de ma femme que d’estre abstraint à ne point faire l’amour », Les Caquets de l’accouchée,
1622 ■ d. XVI
e
faire la chosette « Que Dieu vous envoist huy mal an/Et en mal estraine vous mecte/Pour quoy ne ferons
e
la chosette/Cest qui tient la paix en maison », Moralité du lymon et de la terre, v. 1525 ■ f. XVI jouer du croupion •
e
se donner du bon temps « Et cependant elle se donnait du bon temps avec des amis jeunes », BRANTÔME ■ XVII
e
danser le branle du loup ■ d. XVII tirer un coup l’assimilation du coup sexuel au coup d’arquebuse
e
s’est opérée dès le début du XVII siècle, dans une image quasi évidente. Cf. « Quand le bon Iean
eut tiré ces grands coups/Se démasque, lors le voyant la belle/Et qu’est-cecy mon mary ? (ce ditelle) » (Le Cabinet satyrique, 1618) « J’ai passé vingt et un jours à Valence sans m’ennuyer, mais j’y ai tiré une
trentaine de coups. J’avais quatre filles en activité de service, appelées toutes les quatre Vicenta », MÉRIMÉE, Lettre à Stendhal,
• la danse du loup (la queue entre les jambes) « Il lui enseigna la danse du loup, la queue entre les
jambes », BÉROALDE DE VERVILLE • donner le picotin • jouer au trou madame « Il est très dangereux de jouer au
1833
e
■ m. XVII 1640 de l’andouille après souper • la basse danse
• connaître charnellement • frotter la couenne • faire la cricon criquette • manger de la chair
crue • dauber des fesses • la vieille danse • juger le procès sur l’étiquette • bailler du foin à la
mule • remuer le gigot • haler du dos • le jeu de Cipris • on lui a haussé sa jupe « on l’a
embrassée, etc. » (OUD.) • lire dans le livre où l’on tourne les feuillets avec les genoux • danser
les matacins • jouer des basses marches • le pain des pauvres gens • faire passer le pas • faire
la pauvreté « l’action charnelle. Le vulgaire y adjouste, de quoy les chiens se battent » (OUD.) •
ravauder • rembourrer le bas (le bât) • jouer à cul contre pointe • jouer au piquet • danser sur
le ventre • mettre Villejuif dans Pontoise • l’un portant l’autre métaphore, l’homme sur la
femme • la paix de la maison • branler • exploiter au pays bas • jouer des orgues • les noces
des chiens • pêcher des étrons à la ligne être sodomite • ils jouent à la fossette • hocher l’arbre
e
pour en avoir du fruit • fringuer • fourgonner • fouailler • de l’avoine au point du jour ■ f. XVII
1690 avoir eu quelques libertés avec « homme qui a eu des privautés suspectes avec une
e
femme » (FUR.) ■ XVIII faire une partie carrée le sens érotique de la « partie de plaisir à quatre »
e
semble s’être développé dès le XVIII siècle « Une grosse Louise était avec toi, au sortir d’un mauvais lieu. Tu lui as
e
demandé, si elle ne connaissait pas quelque amie, pour faire partie carrée », RÉTIF, Le Paysan perverti, 1782 ■ m. XVIII
1739 mettre des arrhes au coche donner un acompte amoureux « par ci par là, quelquefois, dans l’occasion
trou madame avec elle », TABARIN, 1618
◪ 1752
donner l’aubade « faire ce qu’un mari fait à son réveil à sa moitié » (LE ROUX) ■ d. XIX effeuiller la
e
marguerite ■ m. XIX le devoir conjugal « la conjonction charnelle due entre mari et femme »
il avoit mis des arrhes au coche, ou, si vous voulez, pris un pain de brasse sur la fournée », Les Écosseuses, 1739
e
(LITTRÉ) ◪ 1832 faire une façon bien que rare d’emploi, cette façon de parler paraît avoir ses
racines très loin dans la langue populaire. Cf., pour quelqu’un de puceau : « Nostre homme est
neuf en fasson et en mariage » (1462) « Un soir, elle vint à ma boutique, m’embrassa, me fit mille agaceries et finit
par me dire qu’elle avait bien envie de faire une façon ; je lui dis que j’allais fermer la boutique et que nous ferions ça sur le
comptoir », É. DEBRAUX, Mayeux, 1832
◪ 1867 faire une partie de traversin dormir à deux • partie fine
e
rendez-vous amoureux dans un cabinet particulier ■ f. XIX 1872 faire des bêtises • faire des
horreurs « en venir des paroles à l’action » (LARCH.), les horreurs étant des propos libertins ◪ 1879
faire boum « Il n’ignorait pas comment se pratique cette agréable chose que les petites ouvrières appellent : faire
boum ! », HUYSMANS, Les Sœurs Vatard, 1879 ◪ 1889 s’envoyer quelqu’un « Un beau gars, la Terreur ! C’est égal, je me
e
■ XX baiser comme un lapin l’expression a d’abord
signifié « baiser beaucoup » – ce que l’on supposait être le fait de gens ayant beaucoup d’enfants,
une mère de famille nombreuse étant une lapine ; un autre sens, à l’ère de la contraception et
e
toujours issu de l’observation des lapins, s’est superposé au premier : « baiser très vite » ■ d. XX
e
sacrifier à Vénus faire l’amour. Le terme sacrifice s’est employé dès le début du XIX pour l’acte
vénérien, et la Vénus populaire désignait une prostituée (1864) « Affolée d’avoir sacrifié à Vénus, la veille, elle
l’envoierais bien ! », O. MÉTÉNIER, La Casserole, 1889
demande votre secours pour en éviter la conséquence obstétricale. Donnez-lui deux solutions immédiates », Le Canard
enchaîné, mai 1982
• faire des galipettes • la danse du ventre
« J’arriv’ chez moi et j’trouv’ en ch’mise de
nuit,/Faisant la danse du ventr’, ma bonne et mon mari./C’est du joli ! », LÉO LELIÈVRE et PAUL MARINIER, Madame Pipelet au
◪ 1915 aller aux fraises « chercher un lieu écarté propice aux ébats amoureux » (REYCHANT.). Il s’agit en effet de « fraises des bois ». Cf. « Sous les doux parfums du printemps,/Ell’ va,
pour charmer son amant,/Le dimanche,/Sous les branches,/Cueillir la p’tit’ frais’ des bois »
e
(V. WILLEMS, Bécot d’amour, 1911) ■ m. XX partie de jambes en l’air si la partie semble récente, la
jambe en l’air continue une vieille image érotique. Cf. « T’as perdu ta roideur la jambe en l’air »
(1754), et plus anciennement : « Des jambes son col elle acolle,/Et pendant qu’en branle du cu/Ses
pieds passaient la cabriole » (Le Cabinet satyrique, 1618) « Ils avaient dû se déshabiller car l’une des filles avait
cinéma, 1911
dit : Moi, je m’en fous, je garde ma chemise. Au moins, elles, elles n’avaient pas fait de résistance ! Après, ç’avait été une
fameuse partie de jambes en l’air », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
• jouer à zizi-panpan • faire des partouzes « Lily
faisant des partouzes avec le maître d’hôtel de sa mère et finissant d’ailleurs par coucher avec sa mère même », GUÉRIN,
L’Apprenti, 1946 • s’envoyer en
l’air c’est l’image de la culbute – équivalent de tomber – croisée avec
e
celle du septième ciel « Jamais je ne me suis envoyée en l’air comme avec lui », GUÉRIN, La Peau dure, 1948 ■ f. XX
c’est un bon coup ! cette personne « est sexuellement douée de ressources et d’imagination »
(MERLE)
e
e
■ d. XVI être tendre du bas de complexion amoureuse ■ f. XVI être réduit en fumée « Celles qui
aiment pour le service qu’on tire d’un homme nerveux et robuste le tiennent tant excité qu’en peu de temps elles le réduisent
1584 danser le branle de un
dedans et deux dehors figurant dans Les Contens, de O. DE TURNÈBE (1584), cette expression fort
expressive quant à la position du sexe masculin a eu un franc succès, sans pour autant, à notre
e
connaissance, être reprise par d’autres auteurs ■ XVII à qui veut jouir d’aile, il lui faut lever la
cuisse jeu sur aile et elle. « C’est par équivoque d’elle, qui veut jouir d’une femme : autrement
en fumée. Elles sont insatiables et ont le diable au corps », P. DE LARIVEY, Le Fidèle, 1579 ◪
e
pour bien trencher l’aile d’un chapon il faut premierement en lever la cuisse » (OUD.) ■ m. XVII
1640 coucher au grand lit dormir avec le maître ou la maîtresse • la joie du monde « l’action
charnelle. Les aveugles appellent ainsi la clarté ; et les chastrez disent que ce sont les testicules »
(OUD.) • en amour, les apprentis sont aussi savants que les maîtres on fait l’amour naturellement
• la sauce vaut mieux que le poisson « l’ornement vaut mieux que la personne ; l’assaisonnement
que la viande. On l’explique ordinairement de l’acte vénérien » (OUD.) • l’homme est le feu, la
femme est l’étoupe, et le diable vient qui souffle « qu’il ne faut pas laisser un homme et une
femme en particulier à cause de leur fragilité » (OUD.) • il y a de quoi travailler chez les maîtres
« il y a force femmes mariées qui nous peuvent faire courtoisie sans nous marier » (OUD.) • un
cousin qui apporte du boudin à sa cousine « un qui visite une femme sous prétexte d’estre son
parent, avec dessein de coucher avec elle » (OUD.) • l’heure du berger « la vraye occasion de
pouvoir obtenir ce qu’on désire, et principalement de jouir d’une femme » (OUD.) • les moines
exhortent les dames de donner à leur convent « partagez le mot vous entendrez l’équivoque »
e
e
(OUD.) ■ XIX la chair est faible • faire chambre à part ne plus avoir de relations sexuelles ■ d. XX
1926 la famille tuyau de poêle une famille incestueuse ou un groupe de gens qui vivent ensemble
et ont des relations sexuelles « à la ronde » ; l’image est celle des tuyaux qui « s’emmanchent » les
e
uns dans les autres ■ m. XX le café du pauvre • crac boum hue ! « onomatopée exprimant la
fougue dans une relation sexuelle » (BERNET et RÉZEAU). Doit sa popularité au refrain de la chanson
Les Play-Boys (1966), interprétée par Jacques Dutronc : « Moi, j’ai un piège à filles, un piège tabou,
un joujou extra, qui fait crac boum hue, les filles en tombent à mes genoux… »
COÏT MASCULIN
e
■ XV rompre une lance « l’un avait rompu trois lances, l’autre quatre, l’autre six », Cent Nouvelles Nouvelles,
1467 • faire son devoir « Et quand il la cuide accoler et baiser et au surplus faire son devoir », Cent Nouvelles Nouvelles,
e
e
1467 ■ f. XV donner dedans posséder une femme ■ XVI rompre un bois « Le marié avait envie de rompre
e
un bois en faveur de sa nouvelle espouse », MONTAIGNE, in LITTRÉ • coureur de bague ■ m. XVI empeser la
chemise d’une femme • agiter ses rognons • saigner une femme entre les deux gros orteils
e
■ f. XVI foutre un coup c’est le sens propre de l’expression, le coup cristallisant la notion de
violence de l’acte sexuel « Je te donne pour tes estreine/Un vit de deux pieds et demy/Qui fout six coups d’une haleine »,
e
Le Cabinet satyrique, 1618 • pousser sa fortune cette fortune-là est un bijou de famille ■ d. XVII
enfoncer des portes ouvertes le sens premier consiste en une plaisanterie érotique ; cf. OUDIN :
« Coucher avec une nourrice, et croire qu’elle est pucelle » « Notre vieil Belier en ruth vient la Lance en
arrest, capable d’enfoncer quelque porte ouverte. Avancez, Monsieur le Docteur, est ce pas vous ? », Les Ramoneurs, 1624
e
■ m. XVII 1640 il a fait la folie la faute • avoir à faire à une femme • s’enivrer de son vin « user
trop avec sa propre femme » (OUD.) • mettre la cheville dans le trou • jus d’andouille sperme •
cogner une femme • quand l’aiguille est rompue par la pointe, elle travaille du cul l’équivoque
est aisée à entendre • mettre une corde à l’épinette • faire faire la culbute renverser une femme
• décrotter une femme • se démoeller « habiter par excès avec une femme » (OUD.)
• embrocher une femme • huile de reins sperme • tremper son lardon dans la lèchefrite •
trouver la jointure le milieu d’une femme • monter une femme • relancer une femme
l’embrasser, coucher avec elle • ramoner la cheminée d’une femme • prendre du poil de la bête
« On dit aussi il est mort parce qu’il a trop pris du poil de la bête. C’est-à-dire qu’il a trop baisé de femmes », RICHELET, 1680 •
abreuver le roussin • saboter une femme • voir une femme • user avec une femme • faire
compter les solives à une femme la mettre à l’envers ; faire l’acte vénérien • trousser la jupe à
une femme • mettre le diable en enfer • accrocher une femme • se percher par métaphore, se
mettre sur une femme • passer sur le ventre à une femme • y tremper son pain • secouer les
puces à une femme • faire passer par les piques embrasser une femme, coucher avec elle •
monter sur la bête • planter le mai au sens propre (voir « Fêtes »), on « plante le mai » (un arbre)
sur la place du village pour fêter à la fois l’arrivée du printemps et les jeunes filles. Le mai est
également un symbole des mariages à venir, donc de relations sexuelles • ajuster une femme
« maintenant faire l’acte charnel. Et pour ce sujet l’on prend garde à ne pas user de cette phrase,
elle est bien ajustée » (OUD.) • habiter avec une femme • grimper une femme monter dessus •
dérouiller le braquemart • débarbouiller une femme • enfiler une femme « Si vous ne voulez pas vous
laisser enfiler,/Par mon chien aussitôt je vous fais enculer », L. PROTAT • jouer aux dames rabattues • se jucher au
cru se coucher sur une femme • abreuver le courtaud • connaître une femme « user avec elle »
(OUD.) • avoir la compagnie d’une femme • faire comme le chaudronnier, mettre la pièce
auprès du trou « ce mot s’explique de soy mesme à qui veut penser à la malice » (OUD.) • bricoler
e
e
une femme ■ XVIII pousser sa pointe en termes d’escrime, profiter de son avantage ■ d. XIX
traiter comme une aiguille c’est-à-dire « enfiler » – l’aiguille étant (elle aussi) pourvue d’un
« chas » « Étant à Londres, j’ai traité en aiguille une fille charmante. J’écrivais le lendemain à quelqu’un que cette fille était
une beauté telle qu’il ne s’en trouvait nulle part dans la bonne société, mais qu’elle était trop vertueuse pour mon usage, et
qu’en la traitant comme une aiguille, il me semblait coucher avec la duchesse de Broglie », Mérimée, Lettre à Stendhal, 1833
■ m.
e
XIX
chevaucher à l’antique pratiquer la sodomie
« Jaquet ignorant la pratique/D’Hypocrate et de
Gallien/chevauchait un jour à l’antique/Margot, que chacun connaît bien », THÉOPHILE, in L. de LANDES, Glossaire érotique de la
e
■ f. XIX 1872 tirer sa crampe préalablement, on trouve crampe au sens
e
d’érection dès le XVIII siècle. Cf. « Pendant qu’il médecinait sa crampe/À la Ferme avec Furibond »
e
(« la Ferme » est un bordel) (Le Coup d’œil purin, 1773) ◪ 1883 tremper sa mouillette ■ m. XX
e
tremper son biscuit ■ f. XX tremper sa nouille la nouille est le sexe masculin « Mes copines ! Tu sais bien
langue française, 1861
que je les connais pas plus que toi ! – Ah, c’est quand même toi qui les as convoquées. Moi, j’t’épaule, c’est tout. – Tu
m’épaules ! Arrête ! Tu dis ça, mais tu seras bien content de tremper ta nouille si ça se présente ! », BERROYER, Je vieillis bien,
1983
e
■ d. XVI loger en dépit des fourriers « coucher avec une garce qui est bien fournie de, etc. »
e
(OUD.) ■ m. XVI emprunter un pain sur la fournée « coucher avec une fille avant que de l’avoir
e
espousée » (OUD.) ■ m. XVII 1640 être logé au large « coucher avec une garce qui est bien fournie
de, etc. » (Oud.) • abuser d’une fille coucher avec elle et la tromper • travailler à ses pièces
« manger, boire, coucher avec sa femme » (OUD.) • châtrer une femme « luy oster les testicules
du derrière. Il faut par conséquent les y avoir mises auparavant » (OUD.) • (être savetier) travailler
en vieux cuir coucher avec une vieille • le mariage de Jean des vignes, chacun prend son paquet
le lendemain « coucher avec une femme ou une garce, et s’en aller le matin sans la revoir » (OUD.)
• il est fils de fripier, il recoud les vieilles hardes il couche avec une vieille • troubler le lait
« coucher avec une nourrice et l’engrosser, ou au moins l’eschauffer » (OUD.) • il est (fils de)
charpentier, il veut mettre la cheville dans le trou « il veut commettre le péché de luxure » (OUD.)
COÏT FÉMININ
e
■ XVI ouvrir l’écaille • laisser aller le chat au fromage « fille qui succombe à la tentation
e
amoureuse. Forfaire à son honneur » (FUR.) ■ m. XVI voir la feuille à l’envers « faire voir à
quelqu’un la feuille à l’envers, la renverser sur l’herbe dans les bois » (FUR.) « Sitôt, par un doux
badinage/Il la jeta sur le gazon./– Ne fais pas, dit-il, la sauvage,/Jouis de la belle saison./Pour toi, le tendre amour m’engage/Et
pour toi je porte ses fers ;/Ne faut-il pas, dans le jeune âge,/Voir un peu la feuille à l’envers ? », RÉTIF, Contemporaines, in
e
■ m. XVII 1640 plaider aux consuls « c’est par allusion ou division du mot, lors que les
femmes suent en cette partie de leur corps » (OUD.) • tabourer des fesses • porter en croupe
« qui se dit d’une garce, admettre l’homme » (OUD.) • jouer du luth renversé du cul • jouer du
serre-croupière « estre garce » (OUD.) • jouer à cul levé • jouer de la croupe « se dit par
e
e
métaphore d’une garce » (OUD.) ■ f. XVII accorder les dernières faveurs ■ f. XIX faire la planche
e
sens érotique – en jeu de mots avec le sens propre (sur l’eau) qui date du début du XIX « L’soir de sa
DELVAU
noc’, la p’tit’ Rose,/Au Lac Saint-Fargeau/Au garçon d’honneur propose/Un’ joute en pleine eau/Inquiet d’elle, chacun
s’démanche/À fouiller l’local…/On la r’trouv’ fesant la planche :/Y a du pet dans l’bal », J. JEANNIN, Chansons, 1889
e
■ d. XX se
faire tringler « Monsieur Hermès se leva. Est-ce que ça la gênait de croûter dans la même pièce où elle s’était fait tringler ?
Il n’aurait pas cru qu’elle pouvait être aussi pudique », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946 ◪ 1906 passer à la casserole c’est-àdire être sauté ; se dit pour tous, hétérosexuels comme homosexuels « Eh, le môme, disait un grand, tu
veux y passer à la casserole ? Il lui courait après, la bite à la main. Laisse-le, il a pas douze ans ! », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
e
■ m. XVII 1640 femme couchée et bois debout, on n’en voit jamais le bout « que ces deux
choses en une telle disposition conservent toujours leurs forces, et ne se dissipent jamais » (OUD.)
• le monde renversé la femme sur l’homme • la peau d’un chrétien est bonne pour échauffer
l’estomac d’une fille « il la faut faire coucher avec un homme pour la guérir » (OUD.) • il la faut
couvrir de la peau d’un chrétien idem • serrer les jambes comme un homme qui dévale dans
un puits « les ouvrir fort larges. Cela se dit d’une mariée » (OUD.)
CHAUD LAPIN
baiseur
e
■ m. XVI fils de boucher, qui aime à tâter la chair « d’un qui touche volontiers la gorge des
filles ou des femmes » (OUD.) ◪ 1558 chasser aux conins (conils) « par allusion de conin, courir
après les femmes, faire l’amour » (OUD.) « Il trouva façon de s’accorder avec le petit chien qu’ils iraient chasser aux
connils chacun à leur tour », BONAVENTURE
DES
PÉRIERS, Contes et joyeux devis, 1558
■ m.
XVII
e
1640 il est de
l’abbaye de Lonchamp, il tient des Dames « cela se dit à Paris d’un homme qui aime les
femmes » (OUD.) • le coq du quartier « celuy qui couche avec les femmes » (OUD.) • changement
de corbillon fait appétit de pain bénit « le changement plaist, et principalement de femmes »
(OUD.) • le réveille-matin d’une dame un ruffian • un taureau banal un luxurieux • il a mangé ses
cerises (ses guignes), il en est à ses gogues « il est gaillard. Allusion de gogues qui est une sorte de
fruit à gogues, qui signifie gaillardise » (OUD.) • gai comme Perrot gaillard • être dru être gaillard •
e
amoureux des onze mille vierges qui aime toutes les femmes qu’il voit ■ f. XVII 1690 un âne
débâté « homme trop abonné aux femmes ; homme dangereux pour les femmes » (FUR.) • vert
galant « jeune homme sain et vigoureux, qui est propre à faire l’amour, à rendre aux dames de
e
bons services » (FUR.) ■ m. XVIII 1759 un homme à ça euphémisme pour « un baiseur », prompt à
saisir sa chance « Vous pouvez t’être ensemble et j’en ai peu d’ombrage,/Tu sçais combien je sçai que tu sçais être
e
sage ;/Et lui de son côté n’est pas t’un homme à ça » TACONET, Jérôme et Fanchonnette, 1759 ■ f. XVIII être de la foire
d’empoigne « être porté aux attouchements grossiers à l’égard des femmes » (NISARD) • un
chaud de la pince jeu de mots sur chaud lapin. « Homme ardent aux plaisirs vénériens ; bon
e
fouteur » (DELVAU, 1866) ■ m. XIX 1837 hommes à femmes homme de galante humeur ◪ 1867 vade-la-lance « ami de la gaudriole, en paroles et en action » (DELV.) • faire ses fredaines aimer le
cotillon • tromboler les gonzesses « aimer les filles, – dans l’argot des maquignons » (DELV.)
e
e
■ f. XIX être porté sur la bagatelle la bagatelle désigne, depuis le milieu du XIX siècle, le plaisir
vénérien – ce qu’en termes plus génériques on nomme la chose • le coq du village ◪ 1872 porté
e
(fort) sur l’article luxurieux ■ m. XX être porté sur la question
e
■ XVI c’est un grand dépuceleur de nourrices « pour se mocquer d’un qui se vante d’estre
grandement favorisé des dames » (OUD.) • il est comme le poireau, il a la tête blanche et la
queue verte vieillard vigoureux « Tu me reproches mon poil grisonnant et ne consydere point comment il est de la
nature des pourreaux esquelz nous voyons la teste blanche et la queue verte, droicte et vigoureuse », RABELAIS, Pantagruel,
e
■ m. XVII 1640 ils sont bossus, les cimetières « c’est pour se mocquer d’un qui croit que
toutes les femmes l’aiment, en disant qu’il n’en a gueres fait mourir d’amour » (OUD.) • il a les
oreilles bien longues « il est fort abbatu de travail, et principalement de celuy de Vénus » (OUD.)
e
■ f. XVII 1690 les boiteux sont de bons mâles et vigoureux en amour « ce proverbe vient d’une
réponse que firent les Amazones pour se moquer des Scythes qui voulaient les persuader de se
rendre à eux, en leur disant qu’elles ne seraient plus caressées par des boiteux comme étaient
tous les mâles de ce pays là, parce qu’elles leur tordaient les jambes en naissant, afin de demeurer
toujours les maîtresses. Cette réponse passa d’abord en proverbe chez les Grecs puis chez les
autres nations » (FUR.) • un dénicheur de fauvettes « un homme adroit et d’intrigues, qui fait de
bonnes découvertes, et surtout en matière de femmes » (FUR.) • être bien découplé « vert galant,
jeune homme bien taillé et bien vigoureux : il donnerait bien sur le gibier ». À partir de « découpler,
e
détacher les chiens couplés deux à deux pour les lâcher après le gibier » (FUR.) ■ m. XVIII 1739
avoir la fesse tondue « savoir plus d’un tour, avoir l’adresse, l’habileté et la souplesse de
conscience d’un roué. Se dit principalement d’un galant, d’un séducteur » (NISARD) « Le grand Cornichon
1532
en savoit plus d’une nichée. C’étoit un dru qu’avoit la fesse tondue, beau diseur, ayant la parole en bouche ; il ne donna point de
relâche à sa mie qu’il ne lui eût replâtré son méfait », Les Écosseuses, 1739
GARCE
baiseuse
e
■ m. XVII loger sur le devant être garce ◪ 1640 elle ressemble aux balances d’un boucher,
qui pèsent toutes sortes de viandes • une caille coiffée • une coureuse (de rempart) • une
bonne commère une femme gaillarde • chienne chaude « injure qui se dit à une femme
desbauchée » (OUD.) • ficheuse • une fille de mauvaise garde difficile à garder • une louve « une
femme très-luxurieuse, une grande putain » (OUD.) • une linotte coiffée • elle joue volontiers à
l’homme elle fait volontiers l’acte charnel • garçonnière « fille qui ne bouge d’avec les garçons »
(OUD.) • garçonner « qui se dit des filles. Hanter les garçons » (OUD.) • une galloise • une droüine
• une drôlesse • elle en donne aux chiens et aux chats elle s’abandonne à toutes sortes de
personnes • une dévergondée « une effrontée, une desreiglée » (OUD.) • jouer des mannequins
« estre garce, se prostituer » (OUD.) • fille perdue débauchée • du plâtre au sas « une fort belle
garce. Métaphore » (OUD.) • un râtelier à testicules « une grosse garce » (OUD.) • jouer au
reversis « se prostituer, se laisser renverser » (OUD.) • avoir les talons courts « tomber facilement
à la renverse, se laisser embrasser, se prostituer » (OUD.) • se laisser aller « qui se dit d’une femme,
se laisser corrompre, se laisser embrasser » (OUD.) • habillée (faite) en j’en veux « qui a la mine
d’une garce » (OUD.) • demander le matou « par métaphore, courir après le masle, avoir des
chaleurs qui fassent courir après les hommes » (OUD.) • de la chair fraîche ◪ 1645 courir la
prétentaine « prétentaine ou prétantaine. Il n’a guère d’usage que dans cette phrase de style
familier : courir la prétantaine ; pour dire aller, venir ; courir ça et là sans sujet, sans dessein. On
dit qu’une femme court la prétantaine ; pour dire, qu’elle fait des promenades, des voyages contre
e
la bienséance, ou dans un esprit de libertinage » (TRÉVOUX) ■ f. XVII 1690 voilà de nos sœurs des
coureuses, des filles débauchées • vierge de corps de garde fille facile « Vierge de corps de garde, veuxtu te taire ? tu as fait trois enfants avant de te marier », DU LAURENS, Imirce, ou la Fille de la nature, 1776 • paillasse de
corps de garde « femme qui boit de l’eau-de-vie, qui s’abandonne aux soldats, et qui n’a pas
besoin de boire de l’eau-de-vie pour s’abandonner au premier venu » (MERCIER, Tableau de Paris)
e
■ m. XVIII 1766 amoureuse comme une chatte d’une femme particulièrement lascive « Je ne
m’aviserai point de faire le revêche. Je suppose que dans cette occasion la baronne ne la fit point non plus : outre qu’on la disoit
amoureuse comme une chatte, je ne lui étois point indifférent », DU LAURENS, Le Compère Matthieu, 1766
■ f.
XVIII
e
1789
chaude de la pince « elle étoit naturellement un peu chaude de la pince ; mais dame aussi ce n’est pas sa faute, et si on
enfermoit toutes les femmes qui avont cette maladie, je n’en verrions pas beaucoup, nous les premières », Cahier des plaintes
e
femme de petite vertu • une Marie couche-toi là « femme
e
facile, – trop facile » (DELV.) ■ m. XIX petite drogue « coureuse. De droguer : attendre » (LARCH.)
◪ 1851 une de plus une fille nouvellement déniaisée et tombée dans le petit monde des grisettes
entretenues « Dis donc, murmura l’un des canotiers à l’oreille de son camarade, en lui désignant Marianne, c’est une belle
et doléances des dames de la Halle, 1789 ■ XIX
fille que cette villageoise. – Oui, répondit l’autre, avec six mois de paresse pour lui blanchir les mains, un brin de pâleur
parisienne mêlée à son teint campagnard, et une robe de soie sur le dos au lieu d’un sac, ça en ferait une de plus ! »,
1867 belle de nuit « fille qui hante les cafés et les bals » (DELV.) • putain
comme chausson extrêmement débauchée • demoiselle du Pont-Neuf « femme banale, dans le
cœur de laquelle tout le Paris galant a le droit de circuler » (DELV.) • je ne sais qui femme de
mœurs plus que légères • avoir rôti le balai « se dit d’une fille qui a eu de nombreuses aventures
galantes, par allusion aux chevauchées sabbatiques des sorcières » (DELV.) • avoir vu des
e
cavalcades avoir eu de nombreux amants ■ f. XIX avoir la cuisse hospitalière (légère) ◪ 1881
avoir la cuisse gaie être de mœurs faciles « Très gentille avec son petit nez en l’air ; je parie qu’elle a la cuisse gaie,
hein ! », La Vie parisienne, 1881 ◪ 1894 une fille qui a les yeux tournés à la fricassée « se dit d’une fille
de tempérament amoureux. Ainsi quelqu’un qui a un grand appétit tourne volontiers les yeux du
e
côté du fricot » (LYON) ■ d. XX mettre du cœur à l’ouvrage apprécier les rapports sexuels ;
l’expression a d’abord concerné les prostituées, qui avaient plus ou moins le cœur à l’ouvrage,
c’est-à-dire qui étaient plus ou moins vaillantes dans l’exercice de leur métier, cf. « […] Mimile
allait et venait, talonnant les paresseuses, tirant du fond du débit où elles s’oubliaient à boire
celles qui manquaient de cœur à l’ouvrage, signalant les défaillances à leur seigneur et maître,
e
chargé du châtiment » (E. RAYNAUD, Souvenirs de police au temps de Ravachol, 1923) ■ m. XX être
portée sur la question « juste je peux vous dire que Nicole sur la question elle était portée pas qu’un peu. Oh, là là, ces
H. MURGER, Le Pays latin, 1851 ◪
râles infinis ! Plus de “mon cœur”, une fois au page… mon machin en salut nazi, sans défaillance je m’attaquais à des records de
durée », A. BOUDARD, La Cerise, 1963
■ f.
e
XX
garage à bites fille qui couche avec tous les garçons qui se
présentent
e
■ XVI avoir la mine d’être tournée à la friandise « fille qui a la mine d’être de complexion
e
amoureuse ; “n’avoir point le nez tourné à la religion” » (FUR.) ■ m. XVII 1640 l’épousée est
e
friande « on dit cecy lors qu’il pleut le jour des nopces » (OUD.) ■ f. XVII 1690 aller à la guerre
« une fille qu’un homme entretient quand elle va chercher quelque chose à profiter dans une
passade » (FUR.) • jouer du manicordion « fille qui a eu quelque amourette secrète qui a duré
e
longtemps sans faire de bruit. Burlesquement » (FUR.) ■ m. XIX femme du demi-monde « femme
née dans un monde distingué dont elle conserve les manières sans en respecter les lois. Le succès
d’une pièce de Dumas fils a créé le mot » (LARCH.) • faire un faux pas pour une jeune fille ou une
femme, se laisser séduire ; accorder ses faveurs dans des circonstances que la morale et le qu’endira-t-on réprouvent « Je t’avais prévenu de veiller sur ta nièce. – Ah ce bois de Romainville est terrible pour les faux pas !
Je connais ça… », P. DE KOCK, La Pucelle de Belleville, 1834 ◪ 1842 elle a passé le pont de Gournay, elle a honte
bue proverbe qu’on appliquait généralement à une femme de mauvaise vie ◪ 1858 biche
« lorette. Abréviation de biche d’Alger, synonyme poli de chameau » (LARCH.) « Une biche, il faut bien se
servir de cette désignation, puisqu’elle a conquis son droit de cité dans le dictionnaire de la vie parisienne, se trouvait cet été à
e
Bade », Le Figaro, 1858 ■ f. XIX
1872 forte biche « lorette élégante » (LARCH.)
MASTURBATION
branlette, onanisme
e
■ XVI se branler « Cela me donna l’habitude de me branler et je la conserve encore », É. DEBRAUX,
Mayeux, 1832
e
■ d. XVII gratter son devant se disait d’une fille en mal d’amour ◪ 1618 branler la pique « J’aymerois
e
mieux bransler la pique/Que de foutre en paralytique/Le plaisir gist au remuement », Le Cabinet satyrique, 1618 ■ m. XVII
1640 faites-vous faire des chemises neuves « cela se dit à une fille vieille et laide, afin de s’en
e
pouvoir frotter le devant » (OUD.) • jouer du poignet « faire le péché de mollesse » (OUD.) ■ XIX
faire le poireau d’amour le poireau comme équivalent du sexe masculin est une comparaison qui
e
remonte au XVII siècle « Dam’ !… j’ai fait l’jacqu’ moi, et par trop,/L’poireau d’amour pour caus’ de dèche/La crèm’ de
ma race doit êtr’ sèche/Comm’ la moell’ morte du sureau », J. RICTUS, Les Soliloques du pauvre, 1897
■ d.
e
XIX
la veuve
poignet « quand pour vous achever, elle se met de profil et fait semblant de regarder au loin en se soulevant sur la pointe des
pieds, c’en est fini de vous. Faut la douche froide ou la veuve poignet pour vous soulager », F. LASAYGUES, Vache noire…, 1985
e
e
■ m. XIX mauvaises habitudes ■ f. XIX 1883 jouer au billard anglais • se taper • se la tirer • se
coller une douce • se coller un rassis « c’est pas avec ton sou par jour, qu’y te faut rien que pour payer ton savon,
que tu pourras te payer des odalisques. T’en seras quitte pour te “coller un rassis” quand ça te démangera trop » SYLVÈRE (1906e
◪ 1888 se taper la colonne on trouve en 1820 se polir la colonne ■ d. XX se taper une
pignole « Monsieur Hermès et elle restèrent seuls dans la chambre. Ça l’embêtait un peu, parce que, l’avant-veille, il s’était
1950)
justement tapé une pignole. Il avait peur de ne pas être en forme. Heureusement, Totoche avait des principes. Non, pas dès le
premier jour ! », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946
■ m.
e
XX
se taper une branlette diminutif hypocoristique formé
e
sur branler et se branler dont l’usage est constant depuis le XVI siècle
PLAISIR
jouissance, orgasme, volupté
e
■ d. XX prendre son fade le fade est la « part » d’un butin (1821, ESNAULT). Prendre son fade
est donc « prendre sa part » de plaisir. L’image est la même que dans prendre son pied où pied est
également la « part » (1872, ESNAULT). Prendre son pied n’est plus compris comme « part » mais
comme « membre », synonyme direct de « plaisir » ; prendre son fade a suivi la même évolution et
est de ce fait utilisé en dehors de l’idée de « part » et même de plaisir sexuel « La campagne alentour
prenait son fade avec le soleil et ça éclaboussait en myriades de bourgeons », B. BLIER, Les Valseuses, 1972 • prendre son
pied voir ci-dessus ◪ 1928 prendre son panard panard a d’abord eu le sens de « soulier » (1898)
puis celui de « pied » (1910) « On avait baisé un bon coup et elle avait pris son panard, crois-moi », BERROYER, Je vieillis
e
■ m. XX prendre son pinglot « prépare-toi à prendre ton pinglot ; aujourd’hui, j’ai envie de t’enculer en te
tirant les oreilles, je sais que tu adores ça », BERROYER, J’ai beaucoup souffert, 1981 • c’est le pied ! exclamation
vedette des années 1968 et suivantes, à partir de prendre son pied, pour exprimer toutes sortes de
satisfactions, sexuelles ou non. Un superlatif courant fut le pied d’acier, et même : « Oh ce n’est
pas le grand rêve, le pied d’acier bleu » (J.-L. BORY, 1973) • s’envoyer en l’air c’est l’image de la
bien, 1983
culbute – équivalent de tomber – croisée avec celle du septième ciel « Jamais je ne me suis envoyée en l’air
comme avec lui », GUÉRIN, La Peau dure, 1948
VIRGINITÉ
pucelage
e
■ XV elle n’a pas encore fait folie de son corps « elle est pucelle. Item, cela se dit des choses
e
qui n’ont point encore servy » (OUD.) ■ m. XVII 1640 son pucelage se moisit elle est vieille fille •
cette fille est mûre « aagée, en estat d’estre mariée » (OUD.) • mourir comme les melons (les
e
citrouilles), la semence dans le corps mourir vierge ■ XVIII l’être • l’être encore « Je le suis encore,
e
m’a-t-elle dit en riant », Rétif, 1786 ■ d. XIX être comme une rosière « Par exemple ! vous ?… dit la portière. Vous
voulez n’à cette heure me faire accroire que vous n’êtes à votre âge, comme n’une rosière… à d’autres ! », BALZAC, Le Cousin
Pons, 1847
e
■ m. XIX 1834 coiffer sainte Catherine « rester vieille fille, – dans l’argot des bourgeois »
(DELV.) « Moi, cela me fait grand plaisir pour cette pauvre Adrienne… qui a déjà manqué plusieurs fois de se marier… et qui
aurait bien pu… sans vous, rester pour coiffer sainte Catherine. Mais après tout c’est une bonne fille ! », P. DE KOCK, La Pucelle
de Belleville, 1834 ◪
1836 une fleur de Marie « virginité (Vidocq). Allusion à l’Immaculée » (LARCH.)
DÉPUCELAGE
défloration
e
■ XVI laisser aller le chat au fromage « perdre tout droit à porter le bouquet de fleurs
d’oranger traditionnel. L’expression est vieille, – comme l’imprudence des jeunes filles. Il y a
même à ce propos, un passage charmant d’une lettre écrite par Voltaire à une abbesse qui lui
avait fait présent d’un chat : “Je ne le nourris (le chat) que de fromages et de biscuits ; peut-être,
madame, qu’il n’était pas si bien traité chez vous ; car je pense que les dames de *** ne laissent
pas aller le chat aux fromages et que l’austérité du couvent ne permet pas qu’on leur fasse si
e
bonne chère” » (DELV.) • ouvrir l’écaille dépuceler une fille • croquer la pomme au XIII siècle déjà,
e
la pomme représente le « fruit défendu » ■ m. XVI 1558 pucelle de Marolle (à Jean Guérin) une
fille qui n’est pas vierge, soit parce que c’est une « garce », soit parce qu’elle est mariée « Les trois
e
pucelles de marolles se couchent, et les maris après », B. DESPÉRIERS, Contes et joyeux devis, 1558 ■ m. XVII avoir perdu
ses gants ◪ 1640 mettre une fille en perce • écrire sur le parchemin vierge • on cuit chez elle
« elle sent encore la douleur de la défloration » (OUD.) • elle a payé son boulanger, il ne lui cuit
plus « par allusion de cuire. La douleur cuisante de la défloration est passée » (OUD.) • elle n’est
pas encore dépucelée « cecy s’applique à toutes sortes de choses, pour dire qu’elles n’ont point
e
encore servy » (OUD.) ■ f. XVII elle s’est laissé trousser la jupe « elle a fait faux bond à son
honneur » (FUR.) ◪ 1690 perdre la plus belle rose de son chapeau « fille qui perd la fleur de sa
e
virginité » (FUR.) ■ XVIII avoir vu le loup « se dit de toute fille qui est devenue femme sans passer
par l’église et par la mairie » (DELV.) « Allons, allons, commandant, ne faites pas l’enfant ; vous savez bien qu’on n’est
pas de zinc. Et puis, voulez-vous que je vous dise ? continue-t-il plus bas. J’ai été volé ; elle avait vu le loup », G. DARIEN,
e
• casser son sabot ■ m. XIX 1867 sauter le pas • y avoir passé « se dit d’une jeune
fille qui n’est plus digne de porter à son corsage le bouquet de fleurs d’oranger emblématique »
(DELV.) • l’avoir perdu • casser sa cruche • damer une fille « la séduire, – ce qui, du rang de
L’Épaulette, 1900
e
demoiselle, la fait passer à celui de dame, de “petite dame” » (DELV.) ■ d. XX toucher au capital
d’une jeune fille la dévergonder ; par un double jeu de mots sur « toucher » (entamer) et
« capital » (ce qui fait sa valeur) « Le gaillard lui réclam’ quéqu’chose,/Comme il frétille Ah ! l’animal/Il veut lui
prendre sa rose,/J’vas lui dresser procès-verbal/S’il touche à son capital ! » OUVRARD, Toujours l’amour, 1904
IMPUISSANCE
e
■ m. XVI il n’y a plus d’encre au cornet « plus de vigueur ; et plus licencieusement, les vases
spermatiques sont vuides » (OUD.) • être de frigidis et maleficiatis de froide nature, impuissant
e
e
■ f. XVI un Jean qui ne peut « impuissant ; ce qui est un terme de triquetrac » (FUR.) ■ m. XVII
1640 prince de Hongrie un châtré • amoureux de carême, qui n’ose toucher à la chair amoureux
froid • il est hongre châtré • un non sunt « un chastré. Le vulgaire le prononce, nonson » (OUD.) •
il ressemble les veaux d’un an « il ne voit point les femmes. Le reste dit, il ne… ny tette » (OUD.) •
être léger de(s) deux grains être châtré • la petite Hongrie « les chastrez » (OUD.) • c’est une
froide queue un impuissant ou de nature fort froide • il est logé à Baffroy « par allusion à bas
froid, il est de froide nature, ou impuissant » (OUD.) • être pétri d’eau froide d’humeur ou de
nature fort froide • passer de B dur en B mol « perdre la vigueur ou cesser l’érection en l’acte
e
charnel » (OUD.) ■ f. XVII 1690 vous êtes un chaud lambin « ironiquement, à ceux qu’on veut
taxer de froideur » (FUR.) • ses plus grands coups sont rués « d’un vieillard pour dire qu’il devient
e
impuissant » (FUR.) ■ f. XIX 1867 chanteur de la chapelle Sixtine « homme qui, par vice de
conformation ou par suite d’accident, pourrait être engagé en Orient en qualité de “capi-agassi” »
e
(DELV.) ■ f. XX verge en cou de cygne courbée, et qui ne permet donc pas d’avoir de rapports
sexuels
e
■ m. XVII 1640 mon devant vit de ses rentes, il ne fait rien « c’est une raillerie dont se
servent les femmes, pour dire qu’elles ne sont pas embrassées de leurs maris » (OUD.) • nouer
e
l’aiguillette « charmer un homme afin qu’il ne puisse user avec sa femme » (OUD.) ■ f. XVII 1690
quand il neige sur les montagnes, il fait bien froid dans les vallées les vieillards sont impuissants
• vous êtes un chaud lancier « ironiquement, à ceux qu’on veut taxer de froideur ; à un fanfaron
qui se vante de beaucoup de choses qu’il peut faire et particulièrement en prouesses d’amour »
(FUR.)
HOMOSEXUALITÉ
inverti, pédéraste, sodomite, pédale, pédé, tapette, tante, tantouze,
lope, lopette, folle lesbienne, gouine, gougnote, gousse bisexualité
e
■ m. XVII 1640 garçon fillette un efféminé • tenir de la quenouille être efféminé • pêcher
e
des étrons à la ligne être sodomite ■ f. XVIII 1789 la botte florentine botte étant pris au sens des
escrimeurs. « Enculage d’un homme ou d’une femme – par allusion aux habitudes pédérastiques,
vraies ou supposées, des habitants de Florence » (DELVAU, Dictionnaire érotique, 1866) « Elle ne prend
aucune précaution contre la botte florentine qui pourrait la menacer », A. DE NERCIAT, Les Aphrodites, 1793 • donner dans
la manchette « une vingtaine de chevaliers grimpans pour le moins aussi insolens que leux maîtres, autant de femmes qu’ils
entretenont, pour les autres da, car il y a gros qu’ils n’y mettont pas le pouce, et même le bruit courre qu’ils donnent dans la
e
manchette avec leurs jockais », Cahier des plaintes et doléances des dames de la Halle, 1789 ■ d. XIX
en être « aimer la
pédérastie » (VIDOCQ, 1836). « Sur ce terrain honteux, les synonymes pullulent ; ils prouvent la
persistance d’un vice qui semble éprouver, dans les deux sexes, le besoin de se cacher à chaque
instant derrière un nom nouveau. Nous rappelons ici pour mémoire et sans leur donner ailleurs
une place, les mots : pédé, pédéro, tante, tapette, corvette, frégate, jésus, persilleuse, honteuse,
rivette, gosselin, emproseur, émile, gousse, gougnotte, chipette, magnusse, etc., etc. » (LARCH.)
e
e
■ m. XIX 1867 puce travailleuse lesbienne ■ d. XX être de la jaquette le départ de cette
expression demeure incertain – cependant une origine lyonnaise paraît possible si l’on tient
compte d’une acception particulière du mot, adaptée à une métaphore grivoise : « Jacquette.
C’était un tout petit, tout petit triangle de grosse toile qui, aux bèches, remplaçait le caleçon et
faisait office de feuille de vigne. À chaque pointe était attachée une sifecelle. Celles de devant
s’attachaient autour du corps de manière à former ceinture et celle de derrière, passant entre les
cuisses, venait s’attacher aux reins. De mauvais plaisants faisaient semblant de se tromper et
mettaient la jacquette par derrière. C’était une source d’inépuisables plaisanteries » (Littré de la
Grand’Côte, LYON, 1894) • être à voile et à vapeur être à la fois homosexuel et hétérosexuel, en
parlant d’un homme. Les termes de bateau sont liés à l’homosexualité depuis longtemps :
« Frégate – jeune pédéraste. Terme des bagnes. Corvette – jeune sodomite. Terme usité au
e
bagne » (VIDOCQ) ■ m. XX être de la cale deux homosexuel ; expression propre aux marins pour qui
la cale 2 désigne l’anus • pédé comme un phoque la comparaison ne semble pas fondée d’un
point de vue zoologique. La plaisanterie serait née par l’intermédiaire de souffler comme un
phoque, énormément. Mais les suppositions sont nombreuses quant à l’origine de l’expression •
bonne bourre ! • petit couple couple d’homosexuel(le)s ◪ 1935 être de la pédale selon certaines
sources, l’expression pourrait avoir pris naissance, dans les années 1920, au Vélo-Club de
e
Levallois, sous la forme les pédales qui craquent (cf. C. DUNETON, La Puce à l’oreille) ■ f. XX bique
et bouc homosexuel à la fois passif et actif. Bisexuel • marcher à l’huile et au vinaigre être
bisexuel(le) • CD-cassettes bisexuel
COCUAGE
tromper, coiffer
■
XIV
e
être cocu être trompé par son conjoint ; le mot cocu a d’abord désigné seulement
e
e
l’oiseau (au XII ), appelé plus tard coucou (XVI ) ; « l’emploi figuré est dû au fait que la femelle du
e
coucou aime à changer de compagnon » (BLOCH et WARTBURG) ■ m. XVI cocu en herbe « avant que
d’estre marié ; qui espouse une putain » (OUD.) • un Jobelin bridé un cornard ; le jobelin est un
e
sot, un niais, au moins depuis le XV siècle ; si Rabelais a fait de Jobelin Bridé le nom d’un
« maistre » sot, l’expression est utilisée par d’autres à la même époque ; cf. « Et voyla trop tost
maryé, qui en est Jobelin bridé » (R. DE COLLERYE, 1536) ◪ 1558 cocu en gerbe « cornard après estre
e
e
marié » (OUD.) ■ f. XVI parent de Moïse cornard • les faire porter les cornes ■ d. XVII 1623 la
cour des aides « des personnes qui aident à faire un homme cocu » (OUD.), « aller à la cour des
aides, se dit d’une femme qui trompe son mari en faveur d’un ou de plusieurs amants » (DELV.)
e
■ m. XVII sa femme l’a fait Jean lui a été infidèle, un Jean étant « un sot ; un cornard. Ce mot est
tiré de zuane italien, et n’a point d’affinité avec le nom de St Jean » (Oud.) ◪ 1640 il est chair et
poisson cocu et maquereau • un bon Jean un cornard • un Jeannin idem • bonhomme cornard •
chevalier de Cornouaille idem • double Jean « un double cocu ou cornard » (OUD.) ou « celui
dont la femme fait beaucoup de scandale » (FUR.) • donner un coup de fourche faire cornard •
voyager en Cornouaille devenir cornard • c’est le plus beau corps nu « l’équivoque sonne, le plus
beau cornu » (OUD.) • envoyer en Cornouaille faire un homme cocu ou cornard • avoir peur des
cornes « d’estre fait cornard » (OUD.) • la confrérie d’Actéon les cocus ou cornards • aigrettes de
e
Pan des cornes ■ f. XVII 1690 mettre un beau panache sur la tête de son mari femme infidèle •
faire porter le bouquet à son mari être infidèle • être coucou quand la femme fait des infidélités
e
e
conjugales ■ d. XIX faire une (des) queue(s) dès le début du XIX siècle, faire la queue signifie
tromper, jouer des mauvais tours à quelqu’un. Cf. « Ce bon roi avait des courtisans qui lui faisaient
la queue » (É. DEBRAUX, 1826) « A t’faisait des queues, c’est certain./Mais quoi, c’était-y eun’ raison ?/c’était h’encor
e
qu’eun’ pauv’ mignarde/qui connaissait pas l’mal du bien », J. RICTUS, Le Cœur populaire, v. 1900 ■ m. XIX aimer avec un
jaune d’œuf « tromper. Allusion à la couleur du cocuage » (LARCH.) « Vous murmuriez à l’oreille de
madame Cocodès : Je vous adore ! – Avec un jaune d’œuf, vous répond-elle », MONSELET • chauffe la
couche « mari trompé et content » (LARCH.) « Les maris qui obtiennent le nom déshonorant de “chauffe la
couche” », BALZAC ◪ 1836 l’être « être trompé par sa maîtresse ou par sa femme » (L ARCH.) « C’est notre
◪ 1837 faire des traits « faire des traits à sa femme, la
tromper en faveur d’une autre, la “trahir” » (DELV.) « Pompon ! Pompon prenez garde, si j’apprends que vous me
faites des traits, je me vengerai d’abord… », P. DE KOCK, Le Pompier et l’Écaillère, 1837 ◪ 1842 porter la cornette « on
disait autrefois d’un homme qu’“il portait la cornette” lorsque sa femme “portait la culotte” ;
mais aujourd’hui cette expression […] s’emploie dans le même sens que “porter des cornes” »
(QUIT.) ◪ 1867 accommoder au safran « faire une infidélité conjugale. Allusion de couleur »
(LARCH.) « Je ne suis pas fâché qu’elle ait accommodé au safran ce voltigeur de Louis XIV », E. AUGIER • mari malheureux
• se forger des idées « concevoir des soupçons sur la fidélité d’une femme » (DELV.) • en porter
« être trompé par sa femme, – dans l’argot du peuple, qui fait allusion aux “cornes” dont la
tradition orne depuis si longtemps le front des maris malheureux » (DELV.) • en faire porter
tromper son mari • dernier de Paul de Kock « galant homme qui a eu le tort d’épouser une
sort… C’en est fait… je le suis »,
DE
PERTHES, 1836
femme galante, – dans l’argot des bourgeoises qui n’osent pas dire Cocu, titre d’un roman de Paul
de Kock en vogue il y a trente ans » (DELV.). Ce fut, en effet, la formule qu’employèrent les gens
pour réclamer Le Cocu chez les libraires, à sa parution en 1832 : « Avez-vous le dernier de Paul de
Kock ? » • confrère de la lune « galant homme qui a eu le tort d’épouser une femme galante »
(DELV.) • donner un coup de canif dans le contrat « Et puis ces messieurs, comme ils se gênent pour donner des
coups de canif dans le contrat ! La Gazette des tribunaux est pleine de leurs noirceurs, aussi nous sommes trop bonnes »,
e
f. XIX 1883 faire des paillons infidélité commise par une femme à l’égard de son homme
(ou du souteneur) ; « on pensera […] à la coutume de l’Est, qui voulait qu’une jeune fille fasse
remettre un paillon (une petite corbeille de paille) au prétendant évincé pour lui signifier son
congé » (CELLARD) « À mon vieux typ’ j’étais fidèle,/Je n’lui faisais jamais d’paillons ;/J’étais un’ petit’ femme modèle/Car il
FESTEAU ■
m’donnait des picaillons », GARNIER et LÉMON, Ça n’te coût’ra rien, 1904 ■
e
d. XX aller voir ailleurs « Pour qu’il n’aille pas
voir ailleurs,/Si des fois ça s’rait plus meilleur,/Elle s’met en quatr’ pour son chéri,/La p’tit’ femm’ qu’aim’ bien
son mari », BRIOLLET et VILAINES, La Petite Femme qui…, 1904
e
■ d. XVII bains de Valentin « voyez le sujet de cecy dans Francion, c’estoit un vieillard qui s’alla
baigner de nuit dans le fossé d’un Chasteau pour se rendre habille à coucher avec sa femme, qui
e
fut pendant cela desbauchée par un autre » (OUD.) ■ m. XVII 1640 la parenté des hannetons, qui
s’entretiennent par le cul « gens qui commettent adultère, et se disent parens » (OUD.) • il est
bon à faire un arc, il est encorné des deux bouts « il est cornard, et a des cors aux pieds » (OUD.)
e
• il a l’encolure d’un cornard il en a la mine ■ d. XX il est cocu, le chef de gare rengaine
moqueuse, d’origine obscure, qui se chante sur l’air de Il était un petit navire
SENTIMENTS
AMOUR
Être amoureux
Être aimé
HAINE
Antipathie
Rivalité
AMITIÉ
Sympathie
Accord
DISCORDE
Désaccord et disputes
CONFIANCE
MÉFIANCE
COURAGE
PEUR
Faire peur
INQUIÉTUDE
Tourments
Jalousie
COLÈRE
Se mettre en colère
Mettre en colère
MAUVAISE HUMEUR
GAIETÉ
Bonne humeur
Choses drôles
TRISTESSE
S’amuser
Pitreries
ÉMOTION
RIRE
PLEURER
Rire forcé
Soupirs
ENNUI
Choses ennuyeuses
BONHEUR
Satisfaction
MALHEUR
GOÛT
Avoir envie de
DÉGOÛT
AMOUR
affection, attachement, inclination, adoration, passion
e
■ m. XVI y tenir comme à (aimer comme) la prunelle de ses yeux • aimer plus que ses yeux
e
plus que tout ■ XVII élever un enfant dans du coton le gâter de caresses ; l’expression repose sur
une pratique concrète : on plaçait dans du coton les nouveau-nés fragiles et particulièrement les
prématurés ; ainsi, en mars 1696, le petit Louis du Plessis, futur duc de Richelieu, séducteur et
scandaleux maréchal, né deux mois avant terme, fut-il conservé dans une boîte de coton pendant
e
trois mois (il mourut à 92 ans passés) ■ m. XVII 1640 il s’est jeté dessus comme sur une bête
empruntée avec affection • c’est son cœur ce qu’il aime le plus • le jeu de Cipris l’amour •
gagner le cœur d’une personne s’acquérir l’affection • vouloir du bien aimer une personne •
c’est toute ma vie c’est ce que j’aime le plus • ma petite fressure « mot de mignardise, ma
mignonne, mon cœur » (OUD.) • prendre (avoir) à cœur une chose s’y attacher avec affection •
bon sang ne peut mentir « que l’on a quelque affection réservée pour ses parens » (OUD.) • mon
e
tout ce que j’aime le plus • l’heure du berger l’heure, l’occasion favorable aux amants ■ f. XVII
voir quelqu’un d’un bon œil le considérer, l’aimer ◪ 1690 mon petit trognon « à un enfant, par
manière de caresse » (FUR.) • être pendu au cou de quelqu’un « une mère a toujours ses enfants
e
pendus à son cou : elle les caresse souvent » (FUR.) ■ m. XVIII chou d’amour terme d’affection ;
c’est ainsi que la dauphine Marie-Josèphe appelait son fils aîné, le duc de Bourgogne (1751-1761).
Plus tard, la reine Marie-Antoinette employait le même terme envers son fils (futur Louis XVII)
e
■ f. XVIII la lune de miel selon REY-CHANTREAU, « calque de l’anglais honeymoon » ◪ 1784 mon
e
petit chou « Eh, bonjour, mon petit chou ! », L’Écouteur aux portes, 1784 ■ XIX l’âme sœur • à la franche
marguerite « l’amant est curieux, inquiet. Il veut pénétrer l’avenir pour lui arracher le secret de sa
destinée. […] Lorsqu’il va rêvant dans la prairie, il cueille une marguerite, il en arrache les feuilles
l’une après l’autre, en disant tour à tour : “Elle m’aime, pas du tout, un peu, beaucoup,
passionnément.” Si la dernière feuille amène “pas du tout”, il gémit, il se désespère ; si elle amène
“passionnément”, il s’enivre de joie, il se croit destiné à la félicité ; car la marguerite est trop
e
franche pour le tromper » (QUIT.) • qui aime bien châtie bien ■ d. XIX se donner corps et âme •
e
effeuiller la marguerite ■ m. XIX avoir à la bonne avoir de l’amitié ou de l’amour pour quelqu’un •
papa, maman gâteau « se dit des parents qui gâtent leurs enfants. Jeux de mots sur le verbe
gâter, et sur le gâteau qui le symbolise d’ordinaire » (LARCH.) ◪ 1842 on revient toujours à ses
premières amours « parce qu’on espère y trouver un bonheur que ne donnent point les autres »
(QUIT.) • l’affection aveugle la raison « on n’aperçoit pas ordinairement les défauts des personnes
qu’on aime, et souvent même on prend ces défauts pour des qualités, car l’illusion est un effet
nécessaire du sentiment, dont la force se mesure presque toujours par le degré d’aveuglement
qu’il produit » (QUIT.) ◪ 1865 ma poule formule câline adressée à une enfant, une jeune fille ;
aujourd’hui, on dit plus volontiers ma poulette « Lucinette, va causer là-bas avec monsieur, nous autres, nous
nous occupons de choses sérieuses… C’est pas ton affaire ; va, ma poule ! », P. DE KOCK, Une grappe de groseille, 1865 ◪ 1867
se charpenter le bourrichon « s’enflammer à propos de n’importe qui ou de n’importe quoi »
e
(DELV.) ■ f. XIX 1883 avoir ou n’avoir pas la corde « trouver ou non la note saisissante et
e
pathétique pour exprimer le sentiment et la passion » (DICT. LANGUE VERTE) ■ d. XX une mère poule
l’idée est ancienne : « Elle voit paraître [en songe] ce que Jésus-Christ n’a pas dédaigné de nous
donner comme l’image de sa tendresse : une poule devenue mère, empressée autour des petits
e
qu’elle conduisait » (BOSSUET, Anne de Gonzague, in LITTRÉ) ■ f. XX papa poule on parle de mère
poule et non de maman poule ; pour le père, il semble nécessaire d’adoucir la figure traditionnelle
d’autorité en utilisant papa
e
■ m. XVI être vouée à un autre saint « elle est promise à une autre personne, elle a de
e
l’inclination pour un autre » (OUD.) ■ f. XVI un clou chasse l’autre une passion chasse l’autre •
une truie songe toujours bran une personne songe toujours à ce qu’elle affectionne ◪ 1592 un
poulet un billet galant. « Le Duchat pense que la dénomination de poulet donnée aux billets
d’amour, est venue de ce que ces sortes de billets étaient pliés en forme de poulets, à la manière
dont les officiers de bouche, dit-il, plient les serviettes auxquelles ils savent donner différentes
e
figures d’animaux » (QUIT.) ■ XVII il n’y a si vieille marmite qui ne trouve son couvercle • billet
e
doux ■ d. XVII 1606 il n’est nulles laides amours « pour signifier que tout cela qu’on ayme et
e
qu’on a en affection, on le trouve beau quel qu’il soit » (NICOT) ■ m. XVII 1640 qui m’aime aime
mon chien • soleil de mars « qui esmeut et ne résout point ; une femme qui donne de l’amour, et
ne permet rien » (OUD.) • le feu le plus couvert est le plus ardent l’amour le plus caché est le plus
e
e
violent • qui aime Bertrand aime son chien ■ XVIII mains froides, cœur chaud ■ XIX loin des
e
yeux, loin du cœur cf. au XIV siècle : « De ce qu’œil ne voit, cuer ne deult » (J. BRUYANT, 1342) •
e
qui m’aime me suive ! ■ m. XIX 1835 une chaumière et un cœur un amour simple et naïf.
L’expression est tirée d’un vaudeville de SCRIBE (1835) « Peu m’importe où je suis, lui répondis-je, pourvu que tu y
sois avec moi ! – Ah ! me dit-il en riant, tu es de l’école une chaumière et un cœur », H. MURGER, Le Pays latin, 1851 ◪ 1842
aime-moi un peu, mais continue « pour dire qu’on préfère une affection modérée mais durable,
à une affection excessive qui est sujette à passer promptement » (QUIT.) • il faut connaître avant
d’aimer « maxime bonne pour l’amitié, mais inutile pour l’amour, qui n’est jamais déterminé par la
réflexion » (QUIT.) • amour et mort, rien n’est plus fort • l’amour et la pauvreté font ensemble
mauvais ménage • quand on n’a pas ce que l’on aime, il faut aimer ce que l’on a • l’amour
apprend aux ânes à danser l’amour polit le naturel le plus inculte • feindre d’aimer est pire
qu’être faux-monnayeur • à battre faut l’amour « les mauvais traitements font cesser l’amour »
(QUIT.) • l’amour ne loge point sous le toit de l’avarice • lorsqu’un vieux fait l’amour, la mort
e
court à l’entour • l’absence est l’ennemie de l’amour ■ d. XX ce n’est pas de l’amour, c’est de
la rage • l’amour vache les relations amoureuses qui comportent plus de coups et d’insultes que
de caresses et de mots doux
ÊTRE AMOUREUX
e
■ XVI amoureux de carême timide • se coiffer d’une femme en devenir amoureux • se
e
coiffer d’amour devenir amoureux ■ m. XVII 1640 il en est amoureux comme un coquin de sa
besace il l’aime excessivement • il en meurt il en est extrêmement amoureux • être piqué au jeu
• un amoureux transi « un amoureux froid ou sot » (OUD.) • en tenir (pour quelqu’un) « depuis
quelques jours j’ai remarqué un nouveau galant… un jeune homme très bien couvert qui vient bien souvent manger des huîtres
et causer avec l’écaillère… ou il aime passionnément les huîtres, ou il en tient pour l’écaillère », P.
DE KOCK,
Le Pompier et
• perdre les pieds pour une personne en être extrêmement amoureux • sécher sur
le pied « se consommer d’amour, de désir, ou d’impatience » (OUD.) • mourir tout debout être
passionnément amoureux • bridé d’amour amoureux passionné • je l’aime comme mes petits
e
boyaux je l’aime extrêmement « Elle m’aimait ! Autant que ses petits boyaux », Parodie de Zaïre, 1732 ■ f. XVII
1690 venir comme un papillon se brûler à la chandelle devenir fortement amoureux • n’avoir
e
d’yeux que pour quelqu’un ■ XVIII aimer comme un charme passionnément • amour
platonique amour chaste, sans consommation charnelle « Je te prie de ne pas me refuser la prière que je te
l’Écaillère, 1837
fais, celle de venir me voir : tu me rendras bien heureuse, sans toutefois penser qu’à l’amour platonique », Mémoires de Jules
Léotard, 1860
■ m.
XVIII
e
1745 faire des yeux de carpe frite « Un jour, c’étoit pendant le grand chaud de l’été,
s’étant retiré dans une grotte qui étoit au bord de ce canal, il vit une belle grande carpe, mais grande comme une personne : ce
qu’on remarquait encore davantage, c’étoit ses yeux ; jamais on n’en avoit vu de si tendres. C’est de-là qu’on a dit des amans
qui regardent tendrement leur belle : qu’ils font des yeux de carpe frite », CAYLUS, Recueil de ces Messieurs, 1745
◪ 1746 le
coup de foudre « Veuve de très-bonne heure, elle goûtoit à vingt ans avec une parfaite indolence les tristes agrémens
d’une liberté dont elle ne sentoit pas le prix ; un de ces coups de foudre, rares à la vérité, mais que l’amour lance de tems-entems pour prouver qu’il porte aussi son tonnerre, causa dans son esprit, dans son cœur, dans son caractère un changement qui
e
échappa aux yeux même de celui qui l’avoit causé », CAYLUS, Les Manteaux, 1746 ■ d. XIX
en pincer pour « Tu perds ton
temps. M’sieu n’en pince pas pour toi. – Ah ! c’est bien vilain, ça. – Comment, vilain ? – Dame ! j’suis assez jolie pour qu’on
• filer le parfait amour pour QUITARD, « c’est nourrir longtemps un
amour tendre et romanesque » ; pour DELVAU, c’est « s’abandonner aux douceurs de l’amour
platonique » ; c’est ce sens que l’on retrouve dans la citation de P. DE KOCK ci-après. De nos jours,
l’expression signifie « vivre un amour partagé et sans nuages » « J’irai chez elle ce soir… Ce soir, non ; ce
m’aime », REBELL, La Câlineuse, 1898
serait trop prompt ! Je me suis promis de ne plus aller si vite en intrigue, de tâcher de connaître d’abord le caractère de celle
qui me plaît, de ne point laisser paraître mes sentiments avant d’être sûr des siens, et déjà je prends feu ! je m’enflamme !… je
voudrais tout obtenir !… Ah ! je suis incorrigible ! Je ne saurai jamais filer le parfait amour », P. DE KOCK, Mon voisin Raymond,
■ m.
e
recevoir un coup de soleil tomber amoureux « Mesdemoiselles, nous avons reçu un coup de
soleil soigné », VILLARS • vivre d’amour et d’eau fraîche « se dit ironiquement – dans l’argot de Breda1823
XIX
Street – de l’amour pur, désintéressé, sincère, celui “Qu’on ne voit que dans les romans/Et dans les
nids de tourterelles…” » (DELV.) • avoir un chien pour un homme être folle de lui • se donner des
noms d’oiseaux roucouler amoureusement « Nous nous donn’rons des noms d’oiseaux », HARDY ◪ 1841 avoir
le béguin réfection tardive sur le vieux verbe s’embéguiner : « Prendre sottement de l’amour »
(OUD.), qui est l’idée d’être coiffé de quelqu’un – par le biais de l’ancienne forme avoir le béguin à
e
l’envers (XVI ), la tête retournée par l’émotion amoureuse « Quand Souris épousa Mlle Mathilde Duval, Leuillet
fut surpris et un peu vexé, car il avait pour elle un léger béguin », MAUPASSANT, Boule-de-Suif, 1880 ◪ 1842 en avoir dans
l’aile « cette expression est une allusion à l’état d’un oiseau blessé à l’aile, qui ne peut plus voler.
Elle s’emploie en parlant d’une personne amoureuse à qui sa passion ne permet plus de voltiger,
ou d’une personne qui a éprouvé quelque disgrâce » (QUIT.) ◪ 1855 avoir un cheveu pour un
homme être folle de lui « Le seigneur Hildebrand de Coucy-Coucy, mon voisin de château… me fait une cour des plus
assidues… Il me lance des coups d’œil que je qualifierai d’américain… Il a une tocade pour moi très prononcée, et moi, de mon
côté, je n’en rougis pas… J’ai un cheveu pour lui !… », SIRAUDIN et CHOLER, La Dame de Francboisy, 1855
hanneton pour quelqu’un « J’ai pour toi un furieux hanneton »,
◪ 1861 avoir un
LEFEBVRE et DESCHAMPS, L’Amour du trapèze, 1861
◪ 1867 se toquer « s’éprendre subitement d’amour pour un homme ou une femme » (DELV.) •
avoir le casque « avoir un caprice pour un homme, – dans l’argot des filles » (DELV.) • avoir un
e
hanneton dans le plafond être fou de quelqu’un ou de quelque chose ■ f. XIX avoir dans la peau
« Vous allez m’dir’que j’aurais pu/la quitter pour en prendre eune aute !/Mais moi d’abord, que voulez-vous,/j’suis pas papillon
pour deux sous ;/et pis, pour dir’la vérité,/y avait vraiment qu’ell’ qui m’plaisait ;/c’te femm-là, j’l’avais dans la peau ! »,
J. RICTUS, Le Cœur populaire, v. 1900
• avoir dans le sang « Je sens qu’ma poitrin’ se détraque ;/Tu m’aimais trop, moi
j’t’ai dans l’sang,/Que veux-tu ? I’ fallait qu’ça craque,/Aujourd’hui me voilà su’l’flanc », P. D’AMOR, J’t’ai dans l’sang, 1904
◪ 1872 se monter le bobéchon « se passionner. Comparaison de la flamme du cœur à celle de la
bougie » , dit joliment LARCHEY, se référant à bobèche, « petite pièce mobile et évasée qu’on
adapte aux chandeliers » (LITTRÉ). Mais le bobéchon (par jeu de mots sur bobèche) est la « tête » en
argot, il s’agit donc tout bêtement de se monter la tête – amoureusement parlant ◪ 1888 faire des
e
yeux de merlan frit ■ d. XX avoir un pépin pour quelqu’un avoir un caprice, une fantaisie, le
béguin ; cf. ESNAULT, « caprice de cœur (filles, 1883) » « Quand on a un pépin pour une dame, on lui suce la
pomme et elle vous caresse le citron pendant que vous lorgnez ses oranges », H. TINANT, Nos origines, 1910 • faire tourner
la tête rendre amoureux « La p’tit’ lingèr’ du régiment/Est un’ joli’ brunette,/Aux homm’s de tout l’casernement/Ell’
fait tourner la tête », RIMBAULT, Voui mignonne, 1904 • aimer à en crever « je quittais cette ville et les amis que j’y avais
sans un adieu, le cœur de plus en plus mordu par le chagrin, tout plein de cette Paquita que j’aimais à en crever… », J. BLANC, Le
e
■ f. XX être accro très épris, comme si la personne aimée était une drogue •
être love d’abord chez les babas des années 1970, cette expression un peu cucul, il faut le
reconnaître, semble être réapparue trente ans plus tard dans les cités de banlieue
e
■ m. XVII 1640 rassotté d’amour « qui se dit des vieillards ; fol amoureux » (OUD.) •
amoureux des onze mille vierges « on appelle ainsi celui qui devient amoureux de toutes les
femmes qui s’offrent à sa vue » (QUIT.) • il n’y a point de belle prison ni de laides amours les
e
amoureux trouvent toujours beau ce qu’ils chérissent ■ XIX avoir un cœur d’amadou tomber
e
facilement amoureux ■ m. XIX ver de terre amoureux d’une étoile réplique de Ruy Blas (1838),
Temps des hommes, 1948
passée à la postérité pour exprimer l’amour sans espoir d’un pauvre soupirant pour une beauté
irrémédiablement inaccessible de par sa situation, sa fortune ou sa célébrité ◪ 1842 il aimerait
une chèvre coiffée « expression qu’on emploie en parlant d’un homme qui s’éprend de toutes les
femmes quelques laides qu’elles soient » (QUIT.) ◪ 1867 cœur d’artichaut « cœur inconstant, livré
à autant de caprices que le cœur de l’artichaut compte de feuilles » (LARCH.) « Ton cœur est un artichaut.
Donne-m’en une feuille », Almanach du hanneton, 1867
ÊTRE AIMÉ
e
■ d. XVII 1625 être la coqueluche de quelqu’un « c’est être l’objet de ses préférences, de son
admiration, l’objet dont il raffole, l’objet dont “il est coiffé”, comme on dit. Cette façon de parler
fait allusion à la “coqueluche”, espèce de bonnet autrefois fort à la mode, dont les dames se
paraient » (QUIT.) « Il y sut répondre avec tant de grâce, et le démêler avec tant d’esprit, de finesse, de liberté, de
e
politesse, qu’il devint bientôt la coqueluche de la cour », SAINT-SIMON ■ m. XVII 1640 donner dans les yeux donner
de l’amour ou du désir • donner dans la vue idem • carabiner le cœur donner de l’amour
e
■ m. XIX 1867 être à la bonne
HAINE
animosité, aversion, inimitié
e
■ m. XIV il me regarde de travers (comme un chien qui emporte un os) il me voit d’un
e
e
mauvais œil ■ m. XVI regarder quelqu’un de côté avec hostilité ■ XVII être amoureux comme un
e
chardon « point du tout » (OUD.) ■ d. XVII 1606 avoir une dent de lait sur aucun « luy porter
haine dès jeunesse » (NICOT) « si elle [Marie-Antoinette] veut que j’oublions ses farces, elle n’a d’autre parti à prendre
qu’à ne plus conserver de dent de lait contre lui [Necker] », Cahier des plaintes et doléances des dames de la Halle, 1789
e
■ m. XVII 1640 il en est amoureux comme un chien d’un bâton il le fuit • porter une dent à
quelqu’un • couver une haine la conserver en soi • avoir à contrecœur • tenir son cœur avoir
de l’animosité • il lui veut mal de mort il le hait extrêmement • voir de mauvais œil • ennemi
e
juré • il l’aime comme les choux (il voudrait l’avoir mangé) ■ f. XVII 1680 être à couteaux tirés
« ennemis jurés, prêts à se battre, à se nuire l’un à l’autre, à tout moment » (FUR.) « Je vais partir, et je
n’ai pas voulu m’en aller sans vous voir. Après avoir vécu ensemble comme nous l’avons fait, ce serait stupide d’être ainsi, à
1690 leurs chiens ne chassent pas ensemble deux ennemis
• être prêts à se sauter aux yeux « être extrêmement ennemis, en procès, en querelle, prêts à se
dévisager » (FUR.) • être prêts à se manger le blanc des yeux idem • leurs flûtes ne s’accordent
e
pas ensemble deux personnes qui se veulent du mal ■ m. XVIII prendre quelqu’un en grippe
prendre en aversion soudaine, avec l’idée qu’il s’agit d’un caprice d’humeur et que l’hostilité n’est
pas justifiée « Entre nous, en le rappelant d’ici on a bien secondé les vues du ministre qui l’avait pris en grippe, et le souhait
couteaux tirés… », REBELL, La Câlineuse, 1898 ◪
de nos prétendus amateurs parce qu’il mettait le prix aux bonnes choses qu’ils veulent avoir pour rien. Je suis désolé de son
absence », DIDEROT, Lettre à Falconet, mai 1768
■ f.
XVIII
e
ne pas pouvoir sentir quelqu’un « avoir
répugnance à le rencontrer, à lui parler, le haïr enfin » (DELV.) ■
e
XIX
vouer aux gémonies
« C’est
embrouiller la question. Ils la brouillent davantage encore lorsqu’ils vouent les anarchistes aux gémonies… Un peu de
philologie : Collectivistes ou communistes ? », La Guerre sociale, 1906 •
ne pas porter dans son cœur « La baronne,
en dépit du surcroît de considération dont elle jouissait en raison du “beau geste” de la Roubelier, ne me portait pas dans son
cœur et me préparait un tour à sa façon », J. BLANC, Le Temps des hommes, 1948
■ d.
e
XIX
avoir quelqu’un dans le
nez « c’est le “Ne pouvoir sentir”, de l’argot des bourgeois » (DELV.)
« Dans le nez toujours tu
auras/Macarons et cabestans » (Tu détesteras toujours les dénonciateurs et officiers de police), VIDOCQ, Les Voleurs, 1836
• avoir dans le pif « Qui aurait dit, il n’y a pas deux mois que je me serais laissé embêter par un calotin ? – Et moi, observa
Raoul, tu sais comme je les avais dans le piffe », VIDOCQ, Mémoires, 1828 • la bête noire de quelqu’un provient du
e
e
croisement de l’ancienne expression être la bête de quelqu’un aux XVII et XVIII siècles – « C’était
la bête de la nouvelle Dauphine qui ne s’épargnait pas à lui nuire auprès du roi » (SAINT-SIMON) – et
de la bête noire, animal fantastique dont on menaçait les petits enfants – qui, en ville, pouvait être
le commissaire. Cf. Furetière : « Les artisans qui voyent un commissaire qui va en police,
l’appellent la beste noire. » La résolution des deux antipathies paraît presque achevée dans la
période révolutionnaire : « Le républicanisme est un mode de gouvernement, par lequel les
intrigans remplacent le souverain, pour régner à sa place ; […] pour régner avec sûreté, il faut
tromper le peuple, il faut l’égarer, il faut lui faire peur du roi comme de la bête noire » (Dialogue
pas mal raisonnable, 1790) « M. Bertrand […] a pris la direction du Journal des chasseurs, un des plus amusants recueils
que je connaisse – il n’en est pas moins la bête noire de ces messieurs de la Liste Civile », A. KARR, Les Guêpes, avril 1841
e
■ m. XIX je t’aime avec un jaune d’œuf je ne t’aime pas du tout ◪ 1842 ne pas pouvoir voir
quelqu’un en peinture « le haïr, le détester extrêmement » (DELV.) « souvent je rencontre chez elle le soir,
un certain comte de N… qui croit avancer ses affaires en faisant ses visites à onze heures, en lui envoyant des bijoux tant qu’elle
en veut ; mais elle ne peut pas le voir en peinture. Elle a tout, c’est un garçon très riche », A. DUMAS, La Dame aux camélias,
e
1867 il me sort « il m’est insupportable » (LARCH.) • il me sort par le cul ■ f. XIX sortir par les
yeux ◪ 1894 craindre comme le feu « se dit de quelque chose ou de quelqu’un pour lequel on ne
e
nourrit pas une tendresse inépuisable » (LYON) ■ d. XX se mettre quelqu’un à dos avoir un
comportement qui vous fasse mépriser ou détester « Il s’est foutu tout le monde à dos !… on l’a pas assez
saccagé ce raciste indigne !… dépeçons sa veuve !… », CÉLINE, D’un château l’autre, 1957 • ne pas porter quelqu’un
dans son cœur • avoir à la caille de mouscaille, merde « Quand je demandais quéqu’ chos’ à quéqu’un, avant,
comment ça se passait, hein ? Y m’avait à la caille du premier coup », SYLVÈRE (1906-1950) • avoir à la crotte ◪ 1914 ne
1848 ◪
e
pas pouvoir blairer ■ m. XX avoir la haine éprouver une violente aversion ; cette construction
nominale s’est formée à cause de la « faiblesse » du mot haïr – je te hais fait littéraire « C’est vrai que
Philippe avait la haine. Il les aurait bouffés… ça se voyait dans ses yeux », Paroles de bandits, 1976 • la gerbe « l’horreur,
le dégoût » (MERLE) ; l’attitude d’une personne ou son être même peut nous faire gerber • avoir la
e
rage la haine ■ d. XXI avoir le seum du mot arabe sèmm, « venin » ; éprouver une colère mêlée de
haine
e
■ m. XVII 1640 il vaut mieux en terre qu’en pré « vieux avare, homme inutile : on ne perd rien
e
à sa mort ; en parlant de quelqu’un dont on souhaite la mort » (FUR.) ■ f. XVII 1690 traiter de Turc
e
à Maure « à la rigueur et en ennemi déclaré » (FUR.) ■ m. XIX 1842 regard de basilic « c’est une
ancienne croyance populaire, encore existante chez les paysans, que les vieux coqs pondent
quelquefois un œuf qui éclot dans le fumier et produit une espèce particulière de basilic, reptile
redoutable auquel on attribue le pouvoir de tuer par son seul regard quiconque s’y trouve exposé,
et de se tuer lui-même quand il se voit dans une glace » (QUIT.)
ANTIPATHIE
■ m.
XVII
e
battre froid ne plus parler à quelqu’un, ne lui faire aucune amabilité ; signifiait, au
e
e
siècle et encore au début du XVII , « calme, impassible » : « Hé Sainte Nitouche, tant tu te bas
froid, encore que ta coquille ne laisse pas de bailler attendant la marée » (Les Ramoneurs, 1624)
XVI
« Depuis cette aventure, je ne remis de longtemps le pied chez elle, et ailleurs je lui battis si froid, que je lui fis perdre l’habitude
de me venir chercher », SAINT-SIMON ◪
(OUD.) ■ m.
e
XIX
1640 il n’a pas envie de me vendre « il ne me loue ou prise gueres »
être en froid avec quelqu’un être en délicatesse « Nous sommes en froid avec ma belle-
sœur, mais ma fille, qui a toujours gardé son indépendance, a continué à voir assidûment sa tante », REBELL, La Câlineuse, 1898
◪ 1867 la donner à la bourbonnaise regarder quelqu’un d’un mauvais œil • se faire à quelqu’un
e
« perdre de la répugnance qu’on avait eue d’abord à le voir » (DELV.) ■ f. XIX se regarder en chiens
de faïence avec une antipathie manifeste, sans se parler, comme des gens qui sont brouillés ou
rivaux « J’imagine que la princesse Mathilde et le duc d’Aumale devaient se regarder en chiens de faïence. […] – Il y a
pourtant, entre eux, le cadavre du duc d’Enghien », E. RAYNAUD, Souvenirs de police au temps de Félix Faure, 1925
■ d.
e
XX
regarder quelqu’un comme une bête curieuse
RIVALITÉ
antagonisme, concurrence
e
■ m. XVII 1640 deux loups après une brebis « deux hommes qui prétendent une mesme
chose » (OUD.) • il ressemble les grands chiens, il veut pisser contre la muraille « il veut faire
comme les grands, il veut faire comparaison avec ceux qui sont plus que luy » (OUD.) • deux
e
chiens après un os « deux personnes qui prétendent une mesme chose » (OUD.) ■ f. XVII 1690
jouer à boute-hors « être concurrents en faveur, tâcher de se détruire l’un l’autre ; tâcher de
débouter son collègue, son rival, son compétiteur » (FUR.) • faire assaut de réputation « quand
deux personnes illustres en quelque art ou science, disputent ensemble à qui fera voir le plus de
capacité » (FUR.) • courir sur les brisées d’autrui « enchérir sur un autre, vouloir obtenir ce qu’un
e
autre voulait avoir » (FUR.) ■ m. XIX 1867 faire la pige à défier, se mesurer à, faire concurrence
« Depuis quelques semaines, pour faire la pige à l’hippopotame Dupuy, ils ont, eux aussi, changé leur fusil d’épaule », Le Père
• couper un effet « distraire les spectateurs en parlant avant son tour, détourner leur
e
attention à son profit et au préjudice du camarade qui est en train de jouer » (DELV.) ■ f. XIX
course au clocher probablement d’après un ancien jeu de fête villageoise ◪ 1886 se tirer la bourre
Peinard, 1899
e
lutter ■ d. XX se bousculer au portillon vers 1920, et jusqu’aux années 1960, le portillon du métro
parisien, qui se fermait automatiquement lors de l’arrivée d’un nouveau train en station,
empêchait le flot des voyageurs d’accéder au quai, provoquant des bousculades dans la foule qui
essayait de le franchir jusqu’au dernier moment • les places sont chères on ajoute parfois il n’y en
aura pas pour tout le monde. Allusion à leur rareté par suite de l’affluence que provoque un
événement sensationnel – match de boxe, exécutions capitales (du temps où celles-ci étaient
publiques et occasionnaient la location des fenêtres donnant sur la place), etc. ◪ 1905 marcher
sur les plates-bandes de « Et je suis sûr que cela doit vous laisser indifférent qu’elle m’ait fait des avances cette nuit. Et
voyez combien je suis scrupuleux, je n’ai pas voulu marcher sur vos plates-bandes. – LE CAPORAL : Vous avez eu tort de vous gêner
pour moi », M. ARGUILLIÈRE, La Grande Famille, 1905
■ m.
e
XX
un panier de crabes une équipe de gens qui
e
cherchent à s’évincer mutuellement pour prendre la direction des affaires ■ f. XX marquer à la
culotte « serrer de près un rival. Du vocabulaire des sports, du football notamment » (BERNET et
RÉZEAU)
e
■ f. XVII tirer au (court) bâton « lorsqu’un plus petit est compétiteur avec un plus grand, qu’il
lui conteste quelque avantage ; quand un inférieur conteste la préférence, la prééminence contre
e
un supérieur » (FUR.) ■ f. XVIII 1798 rompre une (des) lance(s) avec quelqu’un « se mesurer à lui
à quelque exercice, à quelque jeu d’adresse, lui disputer un avantage, une supériorité » (QUIT.)
e
e
■ f. XIX lutte pour la vie traduction de l’anglais struggle for life ■ d. XX loi de la jungle loi du plus
fort
AMITIÉ
tendresse, camaraderie, copinage
e
■ f. XVI par dessous le bras cette variante ancienne de bras dessus, bras dessous est toujours
e
en usage au Québec ■ m. XVII 1640 ils sont bien ensemble • camarades comme cochons
« grandement familiers » (OUD.) ; selon certains, cochon serait une déformation de soçon ou
sochon, « compagnon, associé, camarade » (GODEFROY) ; le pléonasme serait alors dû soit à un
oubli du mot originel, soit à une répétition plaisante pour insister sur le caractère de réelle
proximité – cf. le contemporain copains comme copains • être comme les deux doigts de la main
• il ne me saurait être plus proche, s’il n’est mon père il est fort proche de moi • frère juré • ce
n’est qu’un cul et une chemise « ils sont toujours ensemble, ils ont de grandes intelligences »
(OUD.) • ils sont grands cousins • bras dessus, bras dessous « en se saluant, et s’embrassant avec
e
affection » (OUD.) • frapper sur l’épaule « caresser une personne » (OUD.) ■ f. XVII être cousu
avec quelqu’un être toujours avec lui ◪ 1690 se tenir (par le cul) comme des hannetons
« plusieurs gens alliés en même famille ; ceux qui sont toujours ensemble, ou s’allient dans leur
famille » (FUR.) • suivre quelqu’un comme une ombre, être l’ombre de quelqu’un accompagner
toujours quelqu’un • c’est sainte Geneviève et saint Marceau « deux amis inséparables, deux
personnes qu’on voit toujours ensemble » (FUR.) ; saint Marceau (ou Marcel), évêque de Paris,
patronna sainte Geneviève, future patronne de Paris – selon la légende, tous deux ont sauvé la
e
ville au V siècle • c’est saint Roch et son chien idem ; selon l’hagiographie, saint Roch, infecté par
la peste, se serait réfugié dans une forêt et aurait survécu grâce à un chien qui chaque jour volait
un pain pour le lui apporter • être toujours pendu à la ceinture de quelqu’un être toujours avec
lui • sauter au cou de quelqu’un le baiser, le caresser, l’embrasser « si vous [Louis XVI] saviez, par exemple,
le plaisir que vous nous avez fait quand je vous avons vu la cocarde du Tiers-État, si j’avions osé et si vous n’aviez pas été si
pressé pour retourner à Versailles, je vous aurions embrassé et sauté au col », Cahier des plaintes et doléances des dames de la
e
f. XVIII amis comme cochons « manière basse et triviale de parler, pour exprimer que
des personnes qui, naguères, se détestoient, se sont rapprochées par intérêt, et affectent de se
e
donner réciproquement de grands témoignages d’amitié » (DHAUTEL) ; au cours du XIX siècle,
e
l’expression a évolué vers le sens de, simplement, « être inséparables » ■ d. XIX avoir des atomes
e
crochus (avec quelqu’un) ■ m. XIX vieux frère terme d’amitié, d’affection « Les jours n’avaient pas de
Halle, 1789 ■
fin. Forn à qui je demandais trois fois l’heure quand nous partions pour Madrid me répondait : T’inquiète pas, vieux frère.
◪ 1835 être à tu et à toi avec quelqu’un
« vivre familièrement avec quelqu’un, être son ami, ou seulement son compagnon de débauche »
(DELV.) « Chose a pris depuis quelque temps la fâcheuse habitude de le charger de ses corvées. – Cependant, il ne peut refuser
e
ce service à un ami avec qui il est à tu et à toi », H. MURGER, Propos de ville…, 1858 ■ f. XIX 1872 être dans la
Bientôt. On s’en occupe », J. BLANC, Le Temps des hommes, 1948
chemise de quelqu’un ne pas le quitter, être au mieux avec lui ◪ 1894 être cul et chemise se dit
e
de deux personnes intimement liées ■ d. XX la fine équipe • être pot de colle ◪ 1904 ma vieille
e
branche peut-être une réfection de mon vieux poteau (fin XIX ) afin d’indiquer que l’on est du
même bois ! « [SCHYSTAS] Je vais vous donner connaissance de la lettre qu’il écrit comme excuse, à notre spirituel directeur (il
déploie la lettre). – L’AUTEUR, exaspéré : Il ne manquait plus que cela… c’est une infâme cabale !… – SCHYSTAS, lisant au public :
“Ma vieille branche…” (à part) C’est peut-être un peu familier… enfin !… (pause) – L’AUTEUR, furieux : Ça, c’est trop fort ! », A.
e
■ f. XX claquer la bise ce n’est pas simplement faire la bise pour dire
bonjour, c’est manifester de la chaleur et de l’enthousiasme en voyant quelqu’un « Oh, cousin, me salua
DOYEN, Bounika et Schystas, 1904
Momo en claquant la bise, ça va, ou quoi ? » A. GUYARD, La Zonzon, 2011
e
■ XVI il faut manger un muid de sel avec quelqu’un pour le connaître un muid de sel vaut
3
e
e
2,4 m , c’est dire le temps qu’il faut ! ■ d. XVII 1617 qui bien ayme bien chastie ■ m. XVII 1640
ami de delà l’eau mauvais ami • il faut donner quelque chose à l’amitié « avoir égard, ou souffrir
e
pour le sujet » (OUD.) ■ f. XVII mettre en ligne de compte prendre en considération « les grâces
qu’on reçoit de ses amis, les services qu’on leur rend, suivant qu’on en fait plus ou moins d’état »
(FUR.) ◪ 1690 c’est à la mort et à la vie (c’est à la vie et à la mort) « amitié qui doit toujours durer,
e
ou tout autre engagement » (FUR.) ■ f. XVIII un baiser Lamourette réconciliation éphémère.
Allusion à l’abbé Lamourette, député à l’Assemblée législative, qui, en 1792, tenta une
réconciliation générale durant laquelle les députés s’embrassèrent les uns les autres. La paix fut
de courte durée : Lamourette mourut sur l’échafaud en 1794, et l’on fit des gorges chaudes de ce
e
baiser de paix • les petits cadeaux entretiennent l’amitié ■ XIX affinités électives • qui aime bien
e
châtie bien • qui m’aime me suive ! ■ m. XIX mon bon « terme d’amitié. Abréviation de “mon
bon ami”. On dit aussi “cher bon”, ce qui est encore plus prétentieux » (LARCH.) • mon bonhomme
« mot d’amitié. Il est souvent protecteur » (LARCH.) « Oui, mon bonhomme, s’écria le loup de mer, j’ai fait une
fois le tour du monde », A. MARX ◪ 1842 il faut connaître avant d’aimer « maxime bonne pour l’amitié,
mais inutile pour l’amour, qui n’est jamais déterminé par la réflexion » (QUIT.) • il faut se dire
beaucoup d’amis, et s’en croire peu « parce que, en se disant beaucoup d’amis, on peut obtenir
quelque considération, et, en se croyant peu d’amis, on est moins exposé à se laisser tromper par
ceux qui abusent de ce titre » (QUIT.) • Dieu me garde de mes amis ! Je me garderai de mes
ennemis • les amis de nos amis sont nos amis « c’est-à-dire qu’ils ne doivent pas nous être
indifférents, et qu’ils ont des droits à nos égards » (QUIT.) • il ne faut pas laisser croître l’herbe sur
le chemin de l’amitié il ne faut pas négliger ses amis • l’amitié rompue n’est jamais bien soudée
« il n’y a guère de réconciliation tout à fait sincère ; la défiance ou la trahison s’y mêlent presque
toujours » (QUIT.) • il faut éprouver les amis aux petites occasions et les employer aux grandes •
un bon ami vaut mieux que cent parents « ce proverbe a sa raison dans un autre : “Beaucoup de
parents et peu d’amis” » (QUIT.) • au besoin on connaît l’ami • qui cesse d’être ami ne l’a jamais
été • le faux ami ressemble à l’ombre d’un cadran « cette ombre se montre lorsque le soleil
brille, et elle n’est plus visible quand il est voilé par les nuages » (QUIT.) ◪ 1867 cœur d’artichaut
« homme à l’amitié banale ; femme à l’amour vénal. On dit : “Il”, ou “Elle a un cœur d’artichaut, il
e
y en a une feuille pour tout le monde” » (DELV.) ■ m. XX ça n’empêche pas les sentiments ! être
lucide ne veut pas dire de ne pas aimer
SYMPATHIE
e
e
■ m. XVI trouver grâce aux yeux de quelqu’un ■ m. XVII 1640 un boute tout cuire un bon
e
compagnon • un enfant sans souci un bon compagnon ■ XIX être de tout cœur avec quelqu’un
e
■ d. XIX 1828 avoir à la bonne éprouver de la sympathie pour quelqu’un, se montrer conciliant en
conséquence ou lui accorder de petits avantages auxquels il n’aurait normalement pas droit.
e
G. ESNAULT y voit une ellipse de à la bonne fois (aimer à la bonne fois est courant au XVIII ) « Je peste
contre le quart-d’œil [le commissaire de mon quartier] qui ne m’a pas à la bonne [qui ne m’aime pas] », VIDOCQ, Mémoires,
e
■ m. XIX 1835 un bon zigue relevé en 1835 au sens de « camarade » par G. ESNAULT, lequel
donne aussi ziguette pour « servante », dans le Beaujolais en 1828. L’étymologie avancée par
BLOCH-WARTBURG, selon laquelle il s’agirait d’une altération par zézaiement de gigue, « fille
enjouée », demeure plausible si le féminin a précédé « Tu es toujours le bon zigue d’autrefois ? », MAUPASSANT,
1828
1867 être à la bonne inspirer de la sympathie, de l’intérêt, de l’amour • bonne
e
gueule visage sympathique • être dans les petits papiers de on trouve, dès le XVI siècle (dans
BONIVARD, Advis et devis de l’ancienne et nouvelle police de Genève, v. 1562), être dans les papiers
L’Ami Patience, 1883 ◪
« Il fut suspendu de ses fonctions de professeur de droit romain pour son plaidoyer dans l’affaire des dragons-Couronnel. Les
étudiants le portèrent en triomphe et lui donnèrent une sérénade qui dura trois nuits. Ceci ne pouvait le mettre dans les bonnes
e
■ d. XX la cote d’amour
favoritisme qui fait noter un élève au-dessus de son niveau et, par extension, le fait de favoriser
quelqu’un • petite tête ! exclamation qui exprime la sympathie ; était très à la mode dans les
grâces du parquet, ni dans les petits papiers de la préfecture », P. FÉVAL, Bouche de fer, 1862
milieux ouvriers parisiens des années 1930
ACCORD
entente, concorde, complicité, alliance
e
■ m. XVI faire une cote mal taillée « faire un compte en gros, et s’accorder facilement »
e
(OUD.) • tomber d’accord ■ XVII avoir affaire à quelqu’un être en rapport avec quelqu’un •
s’entendre comme larrons en foire « être en grande intelligence ; mais toujours en mauvaise
part » (FUR.) • de concert après s’être « concerté », avoir pris une décision commune « Soit d’hasard,
soit de concert, Boufflers alla le même lendemain chez Mme de Maintenon, où les portes lui étoient toujours ouvertes, et y
e
■ d. XVII faire bon ménage s’accorder bien ensemble ◪ 1606
tous frappés à un même coin il s’agit du coin (poinçon) dont on frappait les pièces de monnaie
e
■ m. XVII 1638 être en bonne intelligence avec ◪ 1640 toucher à quelqu’un « estre allié,
appartenir » (OUD.) • dos à dos « qui sont accordez, qui ne plaident plus » (OUD.) • les bons
comptes font les bons amis « qu’il faut compter souvent, et s’accorder » (OUD.) • nouer la partie
avec quelqu’un conclure, contracter, résoudre • être à pot et à feu (à pot et à rôt) avec
quelqu’un « avoir un commerce d’amitié, vivre familièrement avec lui » (DELV.) • ils accordent
bien leurs vielles ils sont en intelligence • deux têtes dans un bonnet (chaperon) deux personnes
qui s’entendent fort bien entre elles • arrêter un marché conclure • un bon dégoûté « un bon
compagnon » (OUD.) • ils accordent bien leurs flûtes ils sont en intelligence • à l’amiable
« pacifiquement, doucement » (OUD.) • la paille d’entre-deux d’accord • tenir compagnie
trouva le Maréchal de Tessé », SAINT-SIMON
e
accompagner ■ f. XVII se donner le mot il s’agit à l’origine du « mot du guet », donné chaque soir
à la compagnie de garde dans une ville – le mot de passe • comme un seul homme ◪ 1690 être
faufilés ensemble « deux personnes qui sont toujours ensemble, et liées d’amitié ou d’intérêt »
(FUR.) • les deux font la paire « deux personnes ensemble qui ont les mêmes qualités, et qui sont
e
bien appariées, mais on n’en use guère qu’en mauvaise part » (FUR.) ■ m. XVIII 1740 se mettre à
l’unisson « Quoi qu’il en coûte, on doit se mettre à l’unisson,/Et tout sacrifier pour avoir le bon ton », BOISSY, Les Dehors
e
f. XVIII 1792 être du même bord « Quelqu’autre jeanfoutre de la Convention […], et qui sera de
e
leur bord, proposera de revenir au premier chant de matines […] », HÉBERT, 1792 ■ XIX accorder ses violons se
mettre d’accord ensemble pour tenir les mêmes propos dans une affaire, coordonner les actions
e
■ d. XIX 1821 manger à la même écuelle avoir des intérêts communs • passez-moi la casse, je
vous passerai le séné « faisons-nous des concessions mutuelles ; donnons-nous des avantages
mutuels » (REY-CHANT.) ; la casse et le séné étaient des éléments particulièrement familiers à
l’ancienne pharmacopée, surtout pour la préparation des lavements – il est probable que la
e
connotation première, et ironique, de cette locution (au XVIII siècle ?) a été « aidons-nous à nous
e
soulager mutuellement le ventre » ■ m. XIX fumer le calumet de la paix se réconcilier ◪ 1842 être
ensemble comme Robin et Marion c’est-à-dire en parfaite intelligence ◪ 1865 se mettre au
diapason imiter l’humeur ou les manières de la société dans laquelle on se trouve, pour faire
trompeurs, 1740 ■
plaisir ou pour ne pas se faire remarquer. Vient de l’usage du diapason dans les salons où l’on
chantait en duo « M. Turq se met à rire aux éclats, sa femme l’imite, et comme cela dure longtemps, les deux jeunes gens
jugent convenable d’en faire autant, afin de se mettre au diapason de la famille Turq », P.
DE KOCK,
Une grappe de groseille,
e
■ f. XIX trouver un modus vivendi c’est-à-dire une « manière de vivre », un terrain d’entente
provisoire, alors qu’un désaccord subsiste • mettre les choses au point trouver un accord, en
précisant certains éléments, en détaillant une façon de procéder, en trouvant une solution à des
e
divergences, etc. ◪ 1881 être dans la note ■ d. XX faire ami-ami • avoir partie liée avec
quelqu’un • être en famille avec des personnes que l’on connaît bien ou dont on partage les
intérêts ou les réactions « Je n’ai jamais peur dans nos grandes réunions, comme vous dites. Un lien subtil et invisible
1865
renoue les uns aux autres. Fût-on cinq mille, six mille, on est en famille », SÉVERINE, Causerie à l’Odéon concernant la chanson de
Paris, 1905 ◪
1914 faire bloc « Comme un des trois docteurs s’irrite, Me Atlas se fâche, et, de sa voix de géant qui n’est
pas toujours bon, quand son cas s’embarrasse : Le devoir du docteur est de répondre ! Il a ses responsabilités ! L’accusée n’en a
◪ 1920 la paix sociale le bon
accord entre les classes, par opposition à La Guerre sociale – titre d’un périodique « subversif » du
e
début du XX siècle ; cent ans plus tard, il ne s’agit plus d’accord : l’expression est désormais utilisée
par les gouvernants et dirigeants pour qualifier l’utilité des aides (stages, formations diverses, etc.)
apportées aux plus démunis – « ça ne sert à rien, ça ne leur donne pas de travail, mais ça les
occupe ; ça garantit la paix sociale » –, celle-ci étant donc juste devenue l’absence de révolte « Ne
pas ! […] Le malheur est que ces trois médecins font bloc », R. BENJAMIN, Le Palais, 1914
vous en faites pas, patron ! dit Amadou. C’est notre intérêt commun et réciproque de ne pas répandre des conversations… qui,
e
si elles restent entre nous, peuvent aider la paix sociale », R. BENJAMIN, Amadou, bolcheviste, 1920 ■ m. XX
c’est OK c’est
d’accord • faire copain-copain • passe-moi la moutarde, je te passerai le sel phrase qui
symbolise des échanges de bons procédés abusifs entre deux personnes, ou deux partis, qui
monopolisent ainsi l’activité, le pouvoir, etc. ; altération dérisoire de passez-moi la casse, je vous
passerai le séné
e
■ f.XVI qui a compagnon a maître « en une partie un compagnon ne peut rien faire sans
e
l’adveu de l’autre » (OUD.) ■ m. XVII 1640 le denier à Dieu « une pièce que l’on donne pour
arrester un marché » (OUD.) • il faut hurler avec les loups « il se faut accommoder aux personnes
e
avec lesquelles on se rencontre » (OUD.) ■ f. XVII 1690 aller de conserve « se dit des vaisseaux qui
vont en mer de compagnie pour se défendre, s’escorter et se secourir » (FUR.) • qui a bon voisin a
e
bon matin la tranquillité d’un homme dépend en partie de son voisin ■ m. XIX 1842 les corbeaux
ne crèvent pas les yeux aux corbeaux les gens de la même espèce ne se nuisent pas entre eux • il
est plus difficile d’accorder les philosophes que les horloges • dis-moi qui tu fréquentes et je te
e
dirai qui tu es ■ m. XX la trêve des confiseurs l’arrêt momentané des hostilités de la vie politique
pendant les fêtes de fin d’année, où les traiteurs et les confiseurs règnent en maîtres sur la vie
sociale
DISCORDE
mésentente, dissension, différend
e
e
■ XVI être amis comme le chien et le chat ■ d.XVI mettre le feu aux étoupes « allumer de la
dissension » (OUD.) « eh ben, c’étoit la robinaille qui envoyoit sa valetaille, sans faire semblant de rien, débaucher nos
hommes et nos enfans, et mettre de cette manière le feu aux étoupes », Cahier des plaintes et doléances des dames de la
e
e
■ m. XVI faire bande à part se séparer des autres ■ f. XVI rompre (briser) la paille
« dissoudre l’amitié, rompre la bonne intelligence » (OUD.) • querelle d’Allemand « fondée sur peu
de sujet », dit OUDIN, qui développe : « il m’a fait une querelle d’Allemand : il a tasché de se mettre
mal avec moy sans occasion ; il a pris un sujet assez léger pour m’offenser » ; mais OUDIN écrit
également : « facile à estre appaisée », ce qui ne semble pas être toujours le cas, cf. « un capitaine
normand […] fust attaqué d’une querelle d’Alemant par le seigneur Do et les siens, et tué sur le
champ » (P. DE L’ESTOILE, Mémoires-Journaux, v. 1575) ; en 1808, DHAUTEL note l’évolution du sens :
il s’agit toujours d’une querelle sans sujet, mais déclenchée « sous le seul prétexte de se
e
débarrasser de quelqu’un qui est à charge » ■ XVII jeter de l’huile sur le feu on trouve « comme
e
qui jetterait de l’huile dedans un feu » dans Francion (1623) ■ d. XVII il y a du mauvais ménage de
la dissension ◪ 1616 semer la zizanie la zizanie étant la mauvaise herbe, l’ivraie des Évangiles, d’où
le sens de discorde « Malheureux sont ceux qui sèment la zizanie dans une famille, dans une communauté, parmi les
e
peuples », FURETIÈRE, 1690 ■ m. XVII 1638 en mauvaise intelligence ◪ 1640 faire deux lits « estre en
dissension, ou en divorce » (OUD.) • il me veut mettre mal avec vous « il me veut faire entrer en
dissension » (OUD.) • cet homme a chié dans ma malle « j’ai rompu tout commerce avec lui, je ne
m’y veux plus fier après ce qu’il m’a fait » (FUR.) • être aux épées et aux couteaux « en grande
querelle ou dissension » (OUD.) • ils ont quelque chose à démêler ils ont quelque différend • ils
s’accordent comme chiens et chats • il faut mettre une barre entre eux deux comme aux
méchants chevaux cela se dit lorsque deux personnes s’accordent mal • semer de l’ivraie de la
dissension • rompre avec quelqu’un se séparer • ils font des querelles sur la pointe d’une
aiguille pour peu de sujet • des piques des noises ou dissensions • il y a de la merde au bâton « il
y a quelque deffaut, quelque mauvaise intelligence, ou action » (OUD.) • c’est un bon apôtre « un
bon compagnon, par ironie » (OUD.) • tirer au bâton « disputer une chose avec opiniastreté »
(OUD.) • on ne peut durer à lui « on ne se peut accorder avec luy, il est fascheux » (OUD.) • il est
e
mal avec lui en dissension • être en Castille ■ f. XVII 1690 elles ne mangeront pas un minot de
sel ensemble deux personnes de différente humeur qui s’associent ; un minot de Paris représente
3
e
environ 0,035 m – c’est dire si ces personnes ne s’aiment pas ! ■ XIX être en bisbille être brouillés
• s’entendre comme chien et chat • il aura affaire à moi en guise de menace à l’égard de
quelqu’un « Trois mois de prison, je vous demande un peu ! Et dire qu’il a fini son temps et qu’on va le remettre en liberté !
e
mais il va avoir affaire à moi ! », A. ALLAIS, L’Affaire Blaireau, 1899 ■ m. XIX 1835 tirer à hue et à dia « Puis, qu’il y ait
Halle, 1789
de l’entente, que les uns ne tirent pas à hue, les autres à dia ! D’autant plus que s’il n’y a pas de solidarité entre les bons
◪ 1842 avoir castille avec
quelqu’un « dans le langage familier, signifie un différend, une petite querelle » (QUIT.) ◪ 1867
être en délicatesse avec quelqu’un « être presque brouillé avec lui ; l’accueillir avec froideur »
e
(DELV.) ■ d. XX il y a de l’eau dans le gaz l’atmosphère est à la dispute. L’expression repose sur un
incident technique précis dans la distribution du gaz de ville. Le gaz de houille utilisé dans les
années 1920 était chargé d’une forte quantité de vapeur d’eau. La condensation créait des poches
bougres, c’est eux qui en supportent les conséquences », Le Père Peinard, 1889
d’eau qui obstruaient fréquemment les canalisations en plomb ; chaque immeuble était d’ailleurs
muni de siphons permettant de purger les tuyaux lorsque le gaz n’arrivait plus. L’irrégularité dans
l’arrivée du gaz aux réchauds des ménagères se traduisait par une flamme orangée, annonciatrice
de coupures inopinées. Il y avait de l’eau dans le gaz ! Source de mauvaise humeur, et
certainement de disputes dans les ménages lorsque le repas n’avait pu être préparé à temps –
d’où la métaphore, qui signifie que « rien de va plus » ! • chercher des noises réfection moderne
e
de chercher noise, probablement sous l’influence de chercher des crosses ■ m. XX ça va chier des
e
bulles ! ■ f. XX foutre la zone semer la pagaille • ramasser les morceaux tenter de réparer les
dégâts après un vif désaccord, aux conséquences importantes
e
■ f. XVI pomme de discorde • ne demander que plaies et « figurément de ces esprits malins
e
qui ne cherchent qu’à faire naître des querelles » dit Furetière à la fin du XVII siècle, donnant
comme expression complète : « il est comme le chirurgien, il ne demande que plaies et bosses » ;
e
au XVI siècle, l’expression cite plaisamment les barbiers, qui étaient encore chargés de soigner les
petites blessures ; cf. : « les gouverneurs des villes et places, tant roiaux qu’autres, qui ne
demandoient que plaie et bosse, comme les barbiers » (P. de L’Estoile, Mémoires-Journaux,
e
v. 1575) ; au XVIII siècle, la tournure de l’expression devient plus couramment ne chercher que
e
plaies et bosses ■ f. XVII 1690 le diable est bien aux vaches « quand il est arrivé quelque sujet de
e
querelle qui fait bien du bruit dans la maison » (FUR.) ■ m. XIX faire battre des montagnes semer
la discorde là où elle est la plus inattendue ◪ 1842 avocat du diable expression « qu’on applique à
quelqu’un qui parle en faveur des vices, qui soutient des opinions contraires aux doctrines de la
e
foi » (QUIT.) ■ f. XIX 1894 brouille de canailles ne dure pas « c’est ce que me disait ma mère,
e
quand j’étais brouillé avec le chat » (LYON) ■ m. XX 1945 rideau de fer formule inventée par
Churchill (iron curtain), dans un télégramme daté du 12 mai 1945, pour exprimer la coupure qui,
selon lui, existe désormais entre l’est et l’ouest de l’Europe
DÉSACCORD ET DISPUTES
querelle, chamaillerie, conflit, brouille
e
■ m. XVI tenir tête « disputer contre une personne avec opiniastreté » (OUD.) • se prendre de
e
paroles ■ m. XVII chercher noise « cela n’est pas d’une bonne cousine. Si je cherchais noise, vous m’auriez fourni en
cet endroit un beau sujet de garder contre vous quelque chose sur mon cœur », SÉVIGNÉ, 1670 • avoir maille à partir
« maille, petite monnoye de cuivre valant la moitié d’un denier ». Partir signifie « partager ». Avoir
maille à partir signifie donc « un partage difficile, voire impossible, à faire », d’où l’idée de
querelle, de désaccord. La première forme était maille à départir « Pourquoi ne serais-tu pas député ? Tu
viendrais en aide à ton pays, d’abord, et à ton ami ensuite. Je m’explique. Voici ce qui aura lieu si tu ne te présentes pas. À ta
place, le comité mettra un niais avec lequel j’ai déjà eu maille à partir. Je ne puis guère appuyer sa candidature », REBELL, La
1640 nous n’avons garde de nous mordre « nous sommes fort esloignez de nous
accorder » (OUD.) • se bander contre quelqu’un se déclarer ennemi ou contraire • je ne me
Câlineuse, 1898 ◪
chausse pas à son point « je ne suis pas de mesme humeur, de mesme volonté, de mesme
nature » (OUD.) • un chercheur de midi « un impertinent. Item, un larron, un querelleux » (OUD.) •
avoir des prises • se manger le blanc des yeux « ils se disputent ou crient à toute heure, ils sont
e
toujours en dissension » (OUD.) ■ f. XVII 1690 prêter le collet à quelqu’un « lui tenir tête en toutes
sortes de disputes et contestations » (FUR.) • être toujours appointés contraires « se contredire
toujours, lors qu’on est de différentes opinions et de différents intérêts » (FUR.) • ajustez vos
flûtes « se dit à des musiciens dont les instruments ne sont pas d’accord, ou à des gens qui ont
ensemble quelque contestation » (FUR.) • l’un veut du mou, l’autre veut du dur gens qui se
contrarient • faire la vie à quelqu’un « burlesquement des réprimandes et querelles domestiques
qui se font avec grand bruit. Quand cet homme a été au cabaret, sa femme lui a fait une belle vie,
une terrible vie » (FUR.) • repousser (renvoyer) l’esteuf « répliquer vertement, repousser une
injure qu’on a soufferte, par une plus forte » (FUR.) • avoir de grosses paroles avec quelqu’un se
mettre en état de le quereller « Dans le temps que messieurs les procureurs déclamaient devant monsieur le juge la
cause de leur partie, monsieur le curé et monsieur Gruvel, procureur fiscal, ont eu ensemble un petit démêlé, de là ils en sont
e
une bordée d’injures les bordées, par
e
assimilation aux salves des canons à bord d’un navire, sont, dès la fin du XVII siècle, de belles
engueulades « C’étoit le seul homme qui l’eût subjugué, qui ne lui passoit rien, et qui lui lâchoit quelquefois des bordées
e
effroyables, sans que Monsieur le Duc osât souffler », SAINT-SIMON ■ m. XVIII laver son linge sale en famille se
disputer et régler ses différends au sein du groupe, sans mêler aucun témoin extérieur. Napoléon
e
avait fait sa devise de : « C’est en famille qu’on lave son linge sale » ■ f. XVIII le torchon brûle (à
la maison) « se dit de deux amants qui se boudent, ou de deux amis qui sont sur le point de se
fâcher » (DELV.). Jeu de mots probable avec torchon, violence : les coups ne sont pas loin ; ils
brûlent, au sens « tout près, tout près » ? « Je ne suis plus son Jujule,/Son chou, son rat, son trognon ;/L’torchon
e
brûle à la maison », DALÈS ■ d. XIX 1828 ne pas l’entendre de cette oreille « J’offre au cabaretier deux francs
venus à de grosses paroles », Chronologiette de Pierre Prion, 1754 ■ XVIII
cinquante centimes, tout en lui promettant de lui apporter le surplus le lendemain ; mais il ne l’entend pas de cette oreille-là »,
e
VIDOCQ, Mémoires, 1828 ■ m. XIX
prise de bec « Entendez-vous son organe ? Elle a une prise de bec avec Angelina »,
Les
1842 disputer sur la pointe d’une aiguille « c’est-à-dire sur une chose qui n’en vaut
pas la peine, sur la moindre bagatelle » (QUIT.) ◪ 1867 marcher sur le pied « chercher querelle à
quelqu’un, – une querelle d’Allemand ; saisir le moindre prétexte pour se fâcher » (DELV.) • avoir
des mots avec quelqu’un se fâcher avec lui « En rentrant du bal avec ton amant, vous avez eu des mots, et il t’a
flanquée à la porte », MONTÉPIN • il y a de l’oignon « on va se fâcher, on est sur le point de se battre, –
Étudiants, 1860 ◪
e
par conséquent de pleurer » (DELV.) ■ f. XIX se bouffer le nez • ça a chié « J’aime pas me faire rembarrer
devant le môme. Je lui ai filé un coup de pied, mais le sien a glissé du frein. On est rentrés dans le cul d’une bagnole qui était
devant. Oh, là, j’aime autant te dire que ça a chié ! », BERROYER, Je vieillis bien, 1983
• il y a de l’orage dans l’air
◪ 1881 chercher des crosses chercher la querelle ◪ 1883 avoir des petits pois à écosser
e
ensemble avoir des démêlés avec quelqu’un. Dans les pièces du théâtre de foire du XVIII siècle, les
e
poissardes écossant ensemble les pois passent leur temps à se disputer ■ d. XX porter le pet
locution précédée de « aller au pet, porter plainte, faire un esclandre (1847) » et de « furer du pet,
chercher chicane (1928) » (ESNAULT) « Les voisins portent le pet quand il joue trop avec les poignées des gaz. Les
•
s’engueuler comme du poisson pourri • je t’en foutrai s’emploie pour marquer son désaccord et
son mécontentement, avec une reprise partielle des propos de l’interlocuteur « Il a appelé le vieux :
poulets se ramènent, justement la moto c’était de la fauche, ils la cherchaient », BERROYER, J’ai beaucoup souffert, 1981
“Padre ! Padre !” qu’il faisait dans la nuit. Je t’en foutrai, enfant de garce, du padre ! », J. BLANC, Le Temps des hommes, 1948
• s’empailler (sur quelque chose) se disputer fortement ◪ 1904 tourner au vinaigre tourner à la
grave dispute ; dans Le Père Duchesne, en 1791, HÉBERT parle de tourner notre vin en vinaigre, pour
dire « gâcher la situation » ; par ailleurs, la vinaigrette est une correction « L’autre élève le ton ; ça tourne
au vinaigre ; la moutarde nous monte au nez », A. PAJOL, Restaurant fin-de-siècle, 1904 ◪ 1926 faire des étincelles
e
■ m. XX il y a de l’électricité dans l’air il y a une tension extrême entre les personnes, une dispute,
un éclat peuvent survenir à tout moment – cela risque de faire des étincelles « Laura, assise sagement à
l’arrière de la voiture s’agite, mal à l’aise. Quand il y a de l’électricité dans l’air, elle déteste être prise à témoin », M.-F. HANS,
Du côté de la vie, 1990 • on
ne va pas y passer la nuit pour manifester son impatience face à la lenteur
e
de quelque chose, en particulier d’une discussion qui se perd en chipotages ■ f. XX too much « en
anglais : trop. On dit trop ou too much, indifféremment » (MERLE) Et quand c’est trop, c’est trop…
La version anglaise semble déjà hors d’usage ; mais trop est très couramment utilisé • règlement
de comptes à OK Corral en référence au western portant ce titre, se dit par plaisanterie quand
deux personnes s’engueulent violemment, se disent leurs quatre vérités • se friter s’engueuler
violemment ; on est rapidement passé des coups physiques aux coups verbaux
e
■ m. XVII 1640 chien hargneux a toujours l’oreille déchirée « il arrive toujours quelque
accident aux gens querelleurs » (OUD.) • mettre une personne en tête « opposer une personne
e
e
pour disputer, etc. » (OUD.) ■ f. XVII 1690 avoir la pince bonne chicaneur ■ XIX querelles de
clocher au sens propre : entre gens de villages voisins, pour des motifs purement locaux. Se dit de
disputes à l’intérieur d’un même parti, d’une même secte, qui ont des causes minimes et de peu
e
d’intérêt ■ m. XIX 1842 c’est le couplet des procureurs « c’est-à-dire une invective simulée, une
gronderie qui n’a rien de sérieux, une plaisanterie d’usage et sans conséquence. Allusion à la
conduite des procureurs qui se disputent vivement pour les droits de leurs clients, quand ils sont à
l’audience ; mais qui, au sortir de là, ne se souviennent plus de leur feinte colère et se retirent
comme de bons amis, en se donnant le bras » (QUIT.)
CONFIANCE
créance, foi, fiabilité, crédit, assurance
e
■ XIV acheter chat en poche c’est-à-dire sans regarder, sans vérifier ; poche avait
anciennement le sens de « sac », il a toujours ce sens en Occitanie « je crus ce qu’elle m’en disoit après
l’avoir bien regardé ; car la méfiance est la mère de sûreté, et l’on ne doit jamais acheter chat en poche ; enfin elle avoit raison,
e
■ f. XV
à crédit sur la croyance, la foi de ; en confiance. Cf. « Nous croyons, jugeons, agissons, vivons et
e
mourrons à crédit, selon que l’usage public nous apprend » (CHARRON, De la sagesse, XVI ). Notons
n’y a rien de tel que d’acheter de bonnes marchandises ; quand on paye bien, faut être servie », Les Écosseuses, 1739
que cette phrase, citée par LITTRÉ, a pu donner à CÉLINE l’idée de son titre Mort à crédit « Ceux qui
gouvernoient ledit roy appellerent en cour, en authorité et à crédit [en confiance] ledit duc de Lorraine pour en avoir part et
aide », COMMYNES, Mémoires sur Louis XI, f. XVe ■
e
m. XVI se reposer sur quelqu’un s’appuyer sur lui, lui faire
e
confiance « reposez-vous-en sur moi : asseurez vous en sur ma parole, j’en auray le soin », OUDIN ■ f. XVI se fier sur
une planche pourrie « se fier sur une fortune ou une espérance qui n’est pas trop bien fondée »
e
(FUR.) ■ f. XVII 1690 faire fonds sur quelqu’un « s’assurer sur sa parole, sur sa bonne foi ; en être
assuré » (FUR.) • à yeux clos « aveuglément et sans examiner les choses. Je me confie tant en
vous, que je signerai tout ce que vous m’enverrez à yeux clos » (FUR.) • venir la gueule enfarinée
« c’est-à-dire dans l’espérance d’obtenir ce qu’on désire, avec une sotte confiance,
e
inconsidérément » (QUIT.) ■ m. XIX 1857 un vote de confiance une approbation aveugle donnée
par avance à un projet dont on ignore les détails, par assimilation aux votes des députés « après un
coup d’œil négligent sur la carte, il approuva la commande. C’était ce qu’on appelle un vote de confiance, car il ignorait
◪ 1867 être dans les petits papiers
de quelqu’un avoir sa confiance, son affection • sentir le coude à gauche « avoir confiance en
e
soi et dans l’amitié de ses camarades ; se sentir appuyé, soutenu, encouragé, etc. » (DELV.) ■ f. XIX
e
les yeux fermés en toute confiance ■ d. XX être en famille avec des personnes que l’on connaît
bien ou dont on partage les intérêts ou les réactions « Je n’ai jamais peur dans nos grandes réunions, comme
absolument ce qu’il allait manger », H. MURGER, Les Vacances de Camille, 1857
vous dites. Un lien subtil et invisible renoue les uns aux autres. Fût-on cinq mille, six mille, on est en famille », SÉVERINE, Causerie
à l’Odéon concernant la chanson de Paris, 1905
◪ 1916 s’amener comme une fleur sans prévenir, en étant
sûr que l’on sera bien reçu
e
■ f. XV j’t’en crois pour marquer sa confiance dans ce que dit quelqu’un ou pour approuver
e
ses propos ■ m. XVII 1640 laissez faire à Georges, c’est un homme d’âge « proverbe fait du
temps du cardinal “George” d’Amboise, ministre d’État : quand on parlait des affaires publiques,
on disait : “laissez faire à George, c’est un homme d’âge” : il s’en fallait rapporter à sa bonne
e
conduite et à sa grande intelligence » (FUR.) ■ d. XIX on lui donnerait le bon Dieu sans confession
« elles n’avaient que des vertus, il leur aurait donné le bon Dieu sans confession », VIDOCQ, Mémoires, 1828
MÉFIANCE
suspicion, défiance, doute
e
■ f. XVI comme (de) la peste l’expression se rencontre avec différents verbes : éviter comme
la peste, se garder comme de la peste, fuir comme la peste. Il s’agit dans tous les cas de se méfier
au plus haut point, se garder d’une personne que l’on estime dangereuse ou nocive ; dans le même
ordre d’idées, Hébert, en 1792, donne la variante redouter comme la gale « Bonsoir, mon pauvre ami ;
gardons-nous de ces gens-là [les médecins] comme de la peste ; pour moi, je suis bien déterminée à ne mourir que de ma
main », MME DE SABRAN, Journal, 1787 • sujet à caution
dont il faut se méfier ; « “tout ce qu’il dit est sujet à
caution” : grand hâbleur qui ment souvent : ce qui se dit au propre de ceux qui paraissent
beaucoup par leur train et leur dépense et qui n’ont aucun bien pour se soutenir, ni pour payer ce
qu’ils prennent à crédit ; “homme sujet à caution” : il est sujet à mentir, dérober, tromper » (FUR.)
e
« Les promesses des amoureux sont trop sujettes à caution pour s’y fier que de bonne sorte », Les Ramoneurs, 1624 ■ XVII
être sur le qui-vive « constamment sur le qui-vive, elle n’est pas moins circonspecte dans ses paroles que dans ses
e
démarches », VIDOCQ, Mémoires, 1828 ■ d. XVII ◪ 1606 un averti en vaut deux « un homme qui est sur ses
gardes est dangereux à attaquer » (FUR.) « Cependant de peu d’inconvénient, je m’en vais en advertir ces messieurs
e
qu’ils y prennent garde. Un adverti en vaut deux » C. DE PLAIX, Le Passe-par-tout des Pères Jésuites, 1606 ■ m. XVII 1640
gens de delà l’eau « dangereux, à qui l’on ne se doit pas fier » (OUD.) • il y a de la merde au bâton
« il y a quelque deffaut, quelque mauvaise intelligence, ou action » (OUD.) • regarder de près
prendre garde fort exactement • prendre garde à « Mme FRANGEOT : Pour moi, je ne m’y fierais pas ; car il y a
une de mes amies qui m’a dit qu’il faut bien y prendre garde ; elle prétend qu’il semble qu’ils aient chacun cinq ou six mains, on
les trouve toujours partout », CARMONTELLE, Les Voisins et les Voisines, v. 1770 • il y
a de l’oignon « il y a quelque mal
caché, quelque chose qui ne va pas bien » (OUD.) • je sais de vos nouvelles « je sçay de quelle
nature vous estes, je vous connois. J’ay appris les mauvaises actions que vous avez faites » (OUD.)
• entrez, il ne vous mangera pas « il n’est pas si mauvais ou si fort en colère que vous le croyez »
(OUD.) • il y a bien des si beaucoup de choses à dire ou à considérer • il n’y a point de fiat il ne s’y
faut pas fier • il y a anguille sous roche « il y a quelque chose de captieux dans une affaire qu’on
e
nous propose » (FUR.) ■ f. XVII 1690 je ne prendrai pas de vos almanachs « votre conseil sur
l’avenir, vos prédictions ne sont pas sûres » (FUR.) • la mariée est trop belle « quand on se défie
e
d’une affaire qu’on propose, parce qu’on y voit trop d’avantages » (FUR.) ■ d. XVIII se tenir sur ses
gardes « Depuis qu’on savait que j’étais blessé, les soldats étaient continuellement à la quête pour me chercher dans les
e
métairies. Je ne l’ignorais pas. Aussi me tenais-je sur mes gardes », Journaux camisards, 1730 ■ m. XVIII y regarder à
e
deux fois il semble que ce soit une forme superlative de y regarder de près ■ XIX se la donner
« Pour relever une affaire, par exemple, faut être bien sapé […] si les gens te voient en costume, ils se la donnent pas du tout.
Mais si t’es là avec tes cheveux longs, ton blouson et des yeux gros comme ça en train de regarder les bijoux, ils vont dire : Tsss,
tsss ! Celui-là, y a quelque chose qui est pas clair », Paroles de bandits, 1976 • trop
poli pour être honnête il faut se
méfier des gens trop serviables, trop polis, qui cachent peut-être par là de mauvaises intentions
e
■ d. XIX se courir « se méfier (Vidocq). De l’ancien verbe se courir : se couvrir, se protéger »
(LARCH.) • comme on connaît ses saints, on les honore on se méfie des gens que l’on sait être
e
fourbes ou dangereux ■ m. XIX pas très catholique « L’assassin avait été arrêté. […] On ne sait plus à qui se
fier ! – Il me paraissait pas très catholique, fit Ernest », J. BLANC, Confusion des peines, 1943 ◪ 1842 il y a du gnac
« c’est-à-dire quelque chose de suspect dont il faut se défier » (QUIT.) • la défiance est mère de
sûreté « c’est-à-dire qu’il faut toujours être sur ses gardes pour éviter d’être trompé » (QUIT.) • il y
a là-dessous de la gabegie « c’est-à-dire quelque intrigue, quelque manège, quelque artifice dont
il faut se défier » (QUIT.) ◪ 1867 donnez-la ! méfiez-vous • faire des ragoûts « éveiller des
soupçons » (DELV.) • se forger des idées « concevoir des soupçons sur la fidélité d’une femme »
e
(DELV.) ■ f. XIX ne pas savoir si c’est du lard ou du cochon il s’agit peut-être d’une variation
parodique et paysanne de ni chair ni poisson, jouant sur l’absurde « Les prolos et les galonnards en étaient
e
comme des tomates ; ils ne savaient plus si c’était du lard ou du cochon », Le Père Peinard, 1900 ■ f. XX ça craint faut se
méfier • pas clair fait ou personne devant inspirer la méfiance • pas net idem • il y a un loup il
convient de se méfier car la situation présente un aspect louche, peu clair, quelque chose qui ne
convient pas ; vient peut-être du loup qui, au théâtre, signifie « moment de flottement », ou du
loup qui, dans l’argot des typographes, signifie « absence de texte, solution de continuité dans la
copie » (DELVAU, 1883)
e
■ m. XVII 1640 chat échaudé craint l’eau froide « quand on a été attrapé en quelque chose,
on craint tout ce qui a l’apparence d’une nouvelle surprise » (QUIT.) • compère, je me fie à vous
« l’autre respond compère, c’est folie à vous. Qu’il ne faut pas toujours fier à ceux de sa
connoissance » (OUD.) • signez-vous, vous voyez le méchant « vous avez un mauvais compagnon
devant vous. L’allusion est au mot de meschant qui signifie le diable parmy le vulgaire » (OUD.) • si
je me chargeais de lui, je me chargerais de bois vert « j’entreprendrois un affaire pour un fol »
(OUD.) • soufflez-moi dans l’œil « cela se dit à un valet qui retourne de la cave, pour sçavoir s’il
e
n’a point beu de vin » (OUD.) ■ f. XVII 1690 il faut se méfier de ces animaux qui ont deux trous
sous la queue femelles • il n’y a pire eau que l’eau qui dort « il faut se méfier des sournois et
e
mélancoliques » (FUR.) • il faut se garder des gens qui n’ont rien à perdre ■ f. XVIII 1781 nage
toujours et ne t’y fie pas invite à la méfiance, à ne pas se faire trop d’illusions « Mme du Vivier s’oppose
seule à l’exécution de ce projet, mais je ne veux pas la quitter et je crois sans blesser la délicatesse, pouvoir profiter de l’amitié
qu’elle a pour moi et j’ose dire qu’elle me doit. Elle m’a promis de m’en donner des marques, sur tout cela, nage toujours et ne
e
t’y fie pas », FLORIAN, Lettres…, 30 avril 1781 ■ d. XIX
l’enfer est pavé de bonnes intentions
COURAGE
bravoure, cran, énergie, fermeté
e
e
■ m. XVI à tête baissée courageusement ■ f. XVI 1574 mettre le cœur au ventre à quelqu’un
« lui faire prendre courage, l’exciter à faire quelque action vigoureuse » (FUR.). Il ne s’agit pas
d’une erreur anatomique : ventre a longtemps désigné l’ensemble thorax et abdomen contenant
les entrailles : cœur, poumon, foie, etc. Avoir le cœur au ventre, c’est donc avoir le cœur bien
e
e
placé ■ XVII se battre comme un lion • avoir vu le loup ■ d. XVII 1611 brave comme l’épée qu’il
e
porte fort vaillant • vaillant comme son épée fort brave ■ m. XVII 1640 reprendre cœur
reprendre courage • avoir du sang aux ongles « avoir du courage et bien savoir se défendre »
(FUR.) • un richard sans peur un homme hardi • il a monté sur l’ours « il n’est pas homme qui
s’espouvente facilement » (OUD.) • avoir le cœur en bon lieu • sentir son cœur avoir du
ressentiment et du courage • branler comme la Bastille ne pas avoir peur • le cœur bien assis, la
e
cervelle bien assise « estre courageux, et judicieux » (OUD.) ■ f. XVII 1690 c’est un diamant sous
les marteaux « homme ferme et constant, qui résiste aux persécutions. Par une vieille erreur
populaire qui a fait croire qu’un diamant ne peut être brisé par les marteaux ; ce qui est si faux
qu’un orfèvre en cassera autant qu’on voudra » (FUR.) • être hardi comme un lion • avoir
(mettre) le feu sous le ventre à quelqu’un « lui faire prendre courage, l’exciter à faire quelque
action vigoureuse » (FUR.) • marcher (aller) la tête levée « hardiment et sans rien craindre ; il ne
e
craint aucun reproche » (FUR.) • être un lion brave et courageux ■ XVIII avoir du sang dans les
veines « Bande de lâches, vous pouvez nous fusiller, fainéants que vous êtes, mais cela ne nous empêchera pas d’emmener
e
cette fripouille. Avancez si vous avez encore un peu de sang dans les veines », E. CORSY, La Médaille de mort, 1905 ■ f. XVIII
avoir du poil au cul comme souvent, cul reste sous-entendu et est remplacé par un autre mot,
cf. « Anglais, craignez tous ce luron,/La faridondaine, la faridondon,/Il aura du poil au…
sourcil/Biribi ! » (La Capitulation de YorkTown, 1781) ◪ 1793 être à poil résolu « Des bougres à poil,
e
e
■ XIX avoir du coffre ■ d. XIX 1808 dur à cuire « homme
insensible à la douleur, physique ou morale » (DELV.) « Eh bien ! sergent, qu’avez-vous donc ! je vous croyais un
dur à cuire », VIDOCQ, Mémoires, 1828 ◪ 1826 n’avoir pas froid aux yeux « être courageux. Les lâches
déterminés à vivre libres ou mourir », HÉBERT, 1793
e
pleurent et le froid fait pleurer » (LARCH.) « Ces gaillards-là n’auront pas froid aux yeux », Rienzi, 1826 ■ m. XIX
c’est un bon « c’est un homme solide, à toute épreuve » (LARCH.) « Ce sont des bons. Ils feront désormais le
service avec vous », CHENU ◪ 1836 avoir du poil au cœur « avoir du courage. Le poil est un insigne de
virilité. Le plus souvent cœur est remplacé par un autre mot qui a la même lettre initiale » (LARCH.)
« Quoi ! dit-il, ta valeur lassée !… Popule, as-tu du poil au cœur ? », A. LAGARDE, Le Bonhomme Popule, 1836 ◪ 1867 se
monter la tête « se donner un courage factice, soit en buvant, soit en se répétant les outrages
qu’on a subis et dont on veut tirer raison » (DELV.) • avoir du poil du courage • être d’attaque
« être solide, montrer du sang-froid, du courage, de la résolution dans une affaire » (DELV.) • ne
pas se moucher sur sa manche « être hardi, résolu, expérient, “malin” » (DELV.) • bon cheval de
e
trompette homme qui ne s’effraie pas aisément ■ f. XIX 1875 être à la redresse « des gars bien, un peu
retors à la négociation, mais des gars à la redresse, ancienne école, code de l’honneur, Lino Ventura, tout ça… », A. GUYARD, La
◪ 1894 avoir du poil aux dents « se dit d’un brave qui ne commence à trembler que
e
lorsqu’il voit sa tête à quinze pas devant lui » (LYON) ■ d. XX avoir des couilles au cul • n’écouter
que son courage • avoir du cran « Ces grands seigneurs d’autrefois, la plupart morts à la guerre ou en duel, avaient
du cran », E. RAYNAUD, Souvenirs de police au temps de Félix Faure, 1925 • serrer les dents se préparer à faire front
à une situation douloureuse • avoir le cœur bien accroché
e
e
■ XII aux armes ! ce que l’on se dit pour se donner du courage ■ XVIII tête froide, cœur
e
chaud avoir à la fois sang-froid et courage ■ m. XIX 1842 si le diable sortait de l’enfer pour se
battre, il se présenterait aussitôt un Français pour accepter le défi
Zonzon, 2011
PEUR
alarme, effroi, épouvante, frayeur, terreur, affolement, frousse,
pétoche, trouille, appréhension, crainte
e
e
■ XII mourir de peur ■ m. XVI plus mort que vif « L’individu arrêté, plus mort que vif, comprenant que cet
instant allait décider de sa vie, se mit à pousser des cris de terreur effrayants », E. CORSY, La Médaille de mort, 1905 • il est
e
de bas or, il craint la touche « il a peur d’estre battu » (OUD.) ■ m. XVII 1640 on lui boucherait le
derrière d’un grain de millet « poltron qui a peur » (FUR.) • battre le tambour avec les dents •
chier dans ses chausses de peur « estre extrêmement espouvanté » (OUD.). • il l’a eu belle « il a
eu grand’peur » (OUD.) • trembler comme la feuille ou une feuille, les feuilles… être
e
« extrêmement espouvanté » (OUD.) À partir du XVIII siècle, l’expression signifie toujours le plus
souvent trembler de peur, mais le tremblement peut être dû à une autre émotion forte « Le 10 et le
11 dudit mois, les sieurs Champagne, Rébuffat et Jacques, second fils de ce dernier, ont eu ensemble de grands démêlés. Tout le
monde, surtout les femmes et filles, tremblaient pire que les feuilles de la forêt de la Garenne. La peur, la crainte et l’effroi a
• avoir
peur de son ombre s’épouvanter de rien • le cul me fait lappe lappe j’ai grand-peur • le cul lui
fait tif taf il a grand peur, il tremble de peur • pisser de peur avoir grand-peur • avoir la fièvre •
e
les fesses lui font taf taf il tremble de peur • le cœur lui bat ■ f. XVII 1690 il se fourrerait
volontiers dans un trou poltron qui a peur • tout lui fait ombre tout lui nuit, tout lui fait peur • on
e
le ferait cacher dans un trou de souris homme qui a bien peur ■ XVIII avoir chaud aux fesses •
trembler comme un lapin la citation de la Chronologiette, ci-dessus, contient peut-être un jeu de
mots (les feuilles de la forêt de la Garenne) qui forme donc une double entente entre trembler
e
comme une feuille et trembler comme un lapin (de Garenne) ■ XVIII ne pas se le faire dire deux
e
fois ■ d. XVIII battre la générale avec les dents la générale est une batterie de tambour pour
annoncer le rassemblement « enfin donc, tant y a que la peur me prit si bien, que je battois la générale avec les dents ;
e
oh ! dame, on auroit peur à moins, je vous en réponds », Les Écosseuses, 1739 ■ m. XVIII 1751 avoir la venette avoir
une grande peur, une vive alarme ; probablement de vener, forme populaire de vesser (selon
LAROUSSE), et donc l’équivalent de avoir la foire, la trouille, etc. On peut penser aussi à un mot
fantaisiste désignant les allers et venues de celui qui a la colique – même chose que la courante
été très grande au moment qu’on a vu mettre les armes blanches au vent », Chronologiette de Pierre Prion, 1749
« et si on vous eût mouché là, dites ! Tous les grivois en avient la venette ; car vous êtes aimé, vous ! Et morguienne, vous,
monsigneur, vous équiez-là d’un beau sang-froid, pas vrai ? et tandis que je tremblions tous pour vous », COLLÉ, Journal
historique, août 1751 ■ f. XVIII
e
être pâle comme un navet sous l’effet de la peur « – Dites-moi, Benoît, ce qui
vous a fait peur ? – Peur ! Oh ! j’ai pas eu peur, monseigneur !… j’ai seulement été étonné, v’là tout ! – Il ment comme un tireur
de dents ! s’écrie mamzelle Cheval ; il avait si ben eu peur, que le lendemain, en nous disant ça, il était encore pâle comme un
e
e
croire sa dernière heure arrivée ■ d. XIX rentrer dans un
trou de souris • avoir le trac d’abord sous la forme avoir la tracque (1830) – désigne une peur
violente –, probablement de trac, tremblement : « Exprime le bruit d’une chose qui se remue avec
e
violence » (FUR.). Au XIX siècle, on parle du trac de la guillotine, etc. – cf. BRUANT : « J’veux pas
e
qu’on dise que j’ai eu l’trac/De la lunette » (v. 1900). À partir des premières années du XX siècle,
même si elle continue à être utilisée par tout un chacun – cf. « ANDRÉE : Peut-être ( on sonne). On a
sonné. Ce sont eux (elle écoute). – BELVAL : Déjà ! – ANDRÉE : Non, c’est un fournisseur. – BELVAL : Je
respire… j’ai eu un trac… » (M. du VEUZIT et R. NUNÈS, Le Sentier, 1907-08) –, l’expression semble
s’être spécialisée dans l’appréhension particulière que les comédiens, les chanteurs éprouvent
avant d’entrer en scène « LE PIANISTE : Vous n’avez pas le trac, je suppose ? – LOUISE : Je l’ai toujours, le trac, et je crois
navet », P. DE KOCK, La Maison blanche, 1828 ■ XIX
bien que je l’aurai toute ma vie. Dieu sait si nous devrions être cuirassés, nous autres. Les débuts, ça nous connaît ! Eh bien,
non, c’est chaque fois la même frousse ! Tenez, touchez mes mains, croyez-vous qu’elles sont froides ! », M. ARGUILLIÈRE, La
Grande Famille, 1905
• avoir la chair de poule
« il arrive à Paris une nuée de gens qui, il n’y a pas soixante ans,
n’auraient même pas osé parlé de ce terrible voyage sans avoir la chair de poule », VIDOCQ, Le Paravoleur, 1830
• se faire
un monstre de « s’effrayer d’une chose qui n’a rien d’effrayant » (LANDAIS) ■ m.
e
XIX
avoir la
colique ◪ 1858 avoir la frousse « Leur acte n’est guère qu’une foutaise, eh bien, sacré pétard, il a foutu une frousse
du diable à tous les galonnés », Le Père Peinard, 1890 ◪ 1866 ne pas en mener large « avoir peur, se faire
humble et petit » (DELV.) « Il n’en mène pas large en ce moment, la barbe rousse ! murmura l’orateur des voyous pour
◪ 1867 avoir froid
aux yeux « avoir peur » (DELV.) • avoir le taf • avoir la foire • caner « avoir peur, s’enfuir, faire la
e
cane ou le chien » (DELV.) ■ f. XIX avoir les grelots sans doute un jeu de mots sur grelotter de
e
peur ; l’image est ancienne : au XVI siècle, on disait trembler le grelot pour « trembler de froid, de
peur » « La première fois qu’on va au feu, il est permis d’avoir les grelots, mais jamais d’en jouer un air [de s’enfuir] », SAINÉAN,
1915 • avoir les colombins « la colombine est la fiente du pigeon » (L YON) • avoir la cagade la
cagada, du verbe cagar, chier, est tout simplement la chiasse – avoir la cagade est donc un
équivalent exact de avoir la trouille « Qué que ça nous fout que les républicains huppés aient la cagade ? Ce n’est pas
leur situation que nous défendons », Le Père Peinard, 1898 • avoir la chiasse « C’est égal, si j’étais un gas qu’a le sac, au
lieu d’être cette vieille savate de vieux que je suis, j’aurais rien la chiasse ! », Le Père Peinard, 1892 • se faire un monde
qui la gredinerie de Cœurderoy ne faisait pas un pli », A. DELVAU, Le Grand et le Petit Trottoir, 1866
e
de ◪ 1872 avoir les foies au début du XIX siècle, on disait avoir les foies blancs « Salaud ! Y tourne des
mirettes !/Ah ! on m’y r’prendra eune aut’fois/à voyager comme eun’galette/avec un garçon qu’a les foies ! », J. RICTUS, Le
◪ 1877 avoir une peur bleue ◪ 1891 avoir la trouille « Mais les crapules de richards
e
commencent à avoir la trouille », Le Père Peinard, 1893 ■ d. XX serrer les miches • les avoir en pince
coupante avoir les fesses terriblement serrées par la peur « Le môme il n’était pas fier, quoi, il les avait un peu
Cœur populaire, v. 1900
• ne bander que d’une • jouer des castagnettes ◪ 1910 avoir
les grolles trembler de peur ◪ 1916 avoir les flubes de fluber, trembler. Équivalent de avoir les
grelots. D’abord sous la forme le flub : « De quoi ? de quoi ? Monsieur a le flub ? Monsieur veut se
trotter ? » (G. DARIEN, Biribi, 1888), puis le flube : « La fille, pas rassurée, continua : “Si tu l’as
décollé, nous allons être emboucanés, j’ai le flube que nous nous fassions épingler ici. Décarrons
le plus tôt possible” » (E. CORSY, La Médaille de mort, 1905) • avoir les jetons relevé d’abord dans
l’infanterie coloniale ; G. ESNAULT fait dériver l’expression de jeter de la dysenterie (Alger, 1905) au
sens où « le cheval jette des crottins » • avoir les chocottes à partir de chocotte, dent (1887). On
trouve également : « Chocotter, trembler de peur, “claquer des dents” (1936) » (ESNAULT) « Alors ?
en pince coupante », La Mâle Parole, 1975
que je lui ai fait. Qu’est-ce que c’est que cette histoire-là ? Ça me fout les chocottes à la fin. Tu vas bien finir par m’expliquer ce
que c’est ? », J. MECKERT, Les Coups, 1942 ◪
1917 avoir les copeaux « Elle avait un genre plutôt éculé. Une candidate-
épave. Fallait voir l’œil crochu que lui faisait l’homme du zinc. À croire qu’il avait les copeaux qu’elle parte sans payer », GUÉRIN,
e
■ m. XX perdre les pédales on trouve précédemment : « Quitter les pédales, être
décontenancé, perdre son assurance (1911) » (ESNAULT) « On nous apprend à rester calme, à faire le tour des
L’Apprenti, 1946
problèmes et à décider vite et juste. Or, dans le cas présent, je perdais complètement les pédales », F. DARD, L’Homme de
• avoir la pétoche « Ma meilleure arme pour qu’il se tienne à carreau, c’était la trouille. Je faisais tout
pour lui foutre les jetons et ça m’était relativement facile, vu que moi aussi j’avais la pétoche », B. BLIER, Les Valseuses, 1972 •
chier dans son froc • trembler dans sa culotte • avoir le trouillomètre à zéro « Il en est pas encore au
l’avenue, 1962
stade du froc souillé. Simplement le trouillomètre à zéro. Jacques estime que c’est insuffisant et lui tire une balle dans le pied »,
B. BLIER, Les Valseuses, 1972
• avoir les joyeuses qui font bravo les joyeuses désignent les testicules
« Oh ! dis-donc, t’aurais vu mon Jaune d’œuf [surnom d’un camarade], dis-donc, il avait les joyeuses qui faisaient bravo, et tout
ça. Il est reparti, il était tout pâle », La Mâle Parole, 1975 • avoir la trouille au
cul « Lui ne peut rien faire si elles ne sont
pas d’accord. Il enrage, il a la trouille au cul, et il a rudement raison, moi aussi je devrais l’avoir, la trouille au cul, je l’aurais si
j’avais un peu plus les pieds sur terre au lieu de planer dans les extases des premières amours », CAVANNA, Les Russkoffs, 1979
e
■ f. XX être une chochotte de l’idée de personne un peu maniérée, qui fait la délicate (et
d’homme efféminé, d’homosexuel), on est passé à celle de personne qui s’effraie d’un rien, qui a
peur de tout, d’une piqûre comme d’une araignée ; la proximité de son de chocotte a dû jouer dans
l’apparition de ce sens dérivé
e
■ d. XVII il ne faut jamais trembler qu’on ne voie sa tête à ses pieds « il ne faut point avoir
e
peur sans sujet » (OUD.) ■ m. XVII 1640 tel menace qui a grand-peur « cecy se dit à un qui est
poltron, et qui fait des menaces ou rodomontades » (OUD.) • craindre la harpe avoir peur d’être
pris • il faut le faire monter sur l’ours « à un enfant qui a peur ; d’un homme qui a peur, comme
e
on fait des enfants » (FUR.) ■ f. XVII 1690 tel menace qui tremble « celui qui menace a souvent
e
plus peur que celui qu’il menace ; à un fanfaron » (FUR.) ■ f. XVIII avoir plus de peur que de mal
« Le régisseur du théâtre, témoin de leur accident, s’est empressé de descendre avec un médecin, afin de leur faire donner tous
les secours nécessaires ; mais les deux amis avaient eu plus de peur que de mal », P.
e
DE KOCK,
La Pucelle de Belleville, 1834
e
■ XIX la peur donne des ailes ■ m. XIX 1842 il a vu la mariée « expression qu’on applique à
quelqu’un qui a été troublé par une fausse alerte. On demande à ceux qui arrivent à la hâte de la
découverte en témoignant de la frayeur, “s’ils ont vu la mariée” » (QUIT.)
FAIRE PEUR
e
e
■ m. XVI faire dresser les cheveux en (sur) la tête ■ m. XVII 1640 battre le chien devant le
lion « corriger une personne en présence de l’autre, pour luy donner de la crainte » (OUD.) • la
donner bien chaude « donner bien de l’appréhension » (OUD.). On peut penser que la désigne la
e
sueur ■ f. XVII 1675 glacer le sang dans les veines « Vous devez penser, cher monsieur, si tout cela faisait
grandir en moi un sentiment de terreur indicible : j’ai pourtant toujours été brave, mais cette fois le sentiment de mon
impuissance en face du scalpel scrutateur me figeait le sang dans les veines, c’est le cas de le dire », VIBERT, Pour lire en
e
◪ 1690 faire suer un homme faire une grande peur ■ XVIII donner des sueurs
e
froides ■ f. XVIII faire trembler la volaille par ironie ; l’expression apparaît sous la plume de
e
Rabelais, mais ne semble pas s’être répandue avant la fin du XVIII siècle « Les volontaires que l’on
automobile, 1901
raille,/Lorsqu’ils sont rangés en bataille,/Ont pourtant un air, une taille,/À faire trembler la volaille », Journal de la cour et de la
e
ville, 1792
■ d.
panique
« l’obscurité augmente sa terreur et celle de Baisemon ; le trot mesuré du cheval de Doudoux retentit
XIX
tourner les sens l’idée est que les sens chavirent sous l’emprise de la peur
continuellement à leurs oreilles, et pour leur tourner les sens, Godibert se met à siffler un pas redoublé. – Monsieur, entendezvous le sifflet ? dit Grilloie d’une voix tremblante », P.
DE KOCK,
La Pucelle de Belleville, 1834
■ m.
e
XIX
1867 coquer le
e
taf • faire une souleur à quelqu’un • coller le taf ■ f. XIX foutre la chiasse « N’importe, c’est un petiot
commencement : primo, c’est des bons exemples ; deuxiémo, ça donne de l’espoir aux prolos qui voient qu’on n’est pas tous
ça fout la chiasse aux grosses légumes », Le Père Peinard, 1892 • foutre la trouille
« Seul’ment ces cris-là m’fout’nt la trouille ;/Ça m’occasionn’ des idées noires », J. RICTUS, Les Soliloques du pauvre, 1897 •
avachis ; troisiémo,
donner froid aux os « Ces souvenirs donnent froid aux os ; l’on songe avec terreur à cet amas de guenilles humaines
qu’on va voir secouées, tout à l’heure, par le vent affreux de la folie », J. VALLÈS, Le Tableau de Paris, 1882 • faire froid
dans le dos terrifier au plus haut point ; souvent parce qu’un caractère sadique se manifeste dans
e
ce qui a été dit ou fait ■ d. XX foutre les jetons « J’te cause pas d’Lenouif ! C’est lui qui me fout les jetons. Y
m’espionne. L’espionne tout l’monde. Des yeux d’fouine qu’il a ce mec. Pas franc pour un rond », F. LASAYGUES, Vache noire…,
1985
e
■ m. XVII 1640 le filourdi « mot composé de fil ourdy, dont on fait peur aux petits enfans, le
commun peuple dit, le filourdy est derrière luy, qui s’entend de la chemise » (OUD.) • faire la peur
tout entière « une peur qui est suivie du mal » (OUD.) • on a toujours peur d’une bête « cela se
dit à un qui veut nous faire peur » (OUD.)
INQUIÉTUDE
agitation, angoisse, souci, tourment, émoi, tracas
e
■ XVII être sur le qui-vive « constamment sur le qui-vive, elle n’est pas moins circonspecte dans ses paroles que
e
dans ses démarches », VIDOCQ, Mémoires, 1828 ■ m. XVII 1640 être logé chez Guillot le songeur « il a
quelque méchante affaire qui le rend pensif, ou sujet de rêver profondément aux moyens d’en
sortir » (FUR.) • être en cervelle • on connaît à ses yeux que sa tête n’est pas cuite « qu’il a
quelque fascherie, etc. » (OUD.) • il a peur que terre lui faille « il craint sans sujet qu’il luy manque
e
quelque chose » (OUD.) ■ f. XVII 1690 mettre (tenir) quelqu’un en cervelle « le mettre en peine,
en inquiétude, qu’on lui a fait espérer quelque chose dont il attend impatiemment le succès »
(FUR.) • sa tête donne bien du mal à ses pieds homme inquiet • aller et venir comme pois en pot
e
il est inquiet, il fait plusieurs allées et venues ■ d. XVIII rire jaune « [Chamillard était] très entêté, très
e
opiniâtre, riant jaune avec une douce compassion à qui opposait des raisons aux siennes », SAINT-SIMON ■ m. XVIII 1740
e
être sur le gril ■ f. XVIII 1792 manger du fromage « éprouver un dépit secret, s’impatienter, être
extrêmement contrarié, sans pouvoir faire éclater son mécontentement » (DHAUTEL) « Quelle joie, quel
plaisir de lui voir manger du fromage, lorsqu’on vint lui annoncer que le chef de ses mouchards était arrêté », HÉBERT, 1792
◪ 1793 se mettre la cervelle à l’envers se tourmenter à propos de quelque chose ; tourner la
e
e
cervelle est fréquent au XVII siècle et on trouve renverser la cervelle au XVIII « Le poètreau qui voulait
gagner un habit noir, se mettait la cervelle à l’envers pour rimailler en l’honneur de tous les talons rouges [les nobles] », HÉBERT,
e
e
■ XIX tourner comme un ours en cage ■ d. XIX être aux cent coups extrêmement inquiet,
agité « Hotot n’y était pas, et la rivale de Félicité était aux cent coups, ses yeux s’échappaient de leur orbite, ses lèvres se
1793
couvraient d’écume ; elle pleurait, elle fulminait, c’était une épileptique, une énergumène », VIDOCQ, Mémoires, 1828
e
■ m. XIX être chiffonné inquiet, contrarié ◪ 1867 jeter un froid « commettre une incongruité
parlée, dire une inconvenance, faire une proposition ridicule qui arrête la gaieté et met tout le
e
monde sur ses gardes » (DELV.) ■ f. XIX s’en faire une montagne par allusion probable à une fable
de LA FONTAINE où un souriceau prend des taupinières pour des montagnes « il trouvait son petit truc
pratique, expéditif !… c’est tout !… comme moi je trouve mon style pratique, expéditif, certes ! c’est tout !… et que j’en
démords pas ! tudieu ! qu’il est le très simple, expéditif… oh ! mais que c’est tout !… j’en fais pas pour ça des montagnes !
• se faire
des cheveux l’expression ne paraît pas une simple ellipse de cheveux blancs. Le sens s’est
j’aurais de quoi vivre, je serais pas forcé, je le garderais pour moi !… pardi !… », CÉLINE, D’un château l’autre, 1957
probablement croisé avec celui de cheveu, tourment. Cf. « Cheveu, Inquiétude, souci aussi
tourmentant qu’un cheveu dans le gosier » (LARCH.) « Tous ne prennent pas la chose aussi placidement : y en a
qui se font des cheveux, se rongent le sang. Ils ne rêvent qu’à une chose, la liberté ! », Le Père Peinard, 1889 •
numéroter ses abattis afin de pouvoir les retrouver après le combat. On trouve les abattis
canailles (1867) pour « des pieds et des mains massifs et plébéiens » (DELV.) « À leur place, je
◪ 1883 se faire de la bile faire de la bile est
e
considéré au XVII siècle comme un signe pathologique, une façon de rendre son sang mauvais.
Cf. « Je m’arrête donc à vous conjurer, si je vous suis un peu chère, d’avoir un soin extrême de
votre santé. Amusez vous, ne rêvez point creux, ne faites point de bile, conduisez votre grossesse
à bon port » (SÉVIGNÉ, 1671). Cependant l’expression actuelle n’apparaît au sens de « se faire du
e
souci », « s’inquiéter », qu’au dernier tiers du XIX siècle dans le langage familier « Leur république est en
numéroterais mes abattis, nom de dieu ! », Le Père Peinard, 1892
péril et ces jean-foutre ne se font pas plus de bile que s’il s’agissait d’un coup d’État en Patagonie », Le Père Peinard, 1898
◪ 1899 se faire de la mousse « Tu vois mon lingu’ ? N’te fais pas d’mousse ;/avant d’crever ton amoureux,/j’lard’rai ta
e
bell’ petit’ frimousse ;/comm’ ça… tu f’ras pus d’malheureux ! », J. RICTUS, Le Cœur populaire, v. 1900 ■ d. XX être sur les
e
e
dents de la fin du XVI siècle au début du XX , l’expression signifiait « être fatigué, épuisé, sur les
genoux ». Le sens actuel, « agité, actif ou inquiet », ne semble pas antérieur au premier tiers du
e
XX siècle « Les dimanches où la famille du vétérinaire venait à Claquebue, celle d’Honoré était sur les dents depuis quatre
e
heures du matin », M. AYMÉ, La Jument verte, 1933 ■ m. XX se mettre la rate au court-bouillon « se
tracasser, se faire du mauvais sang, se donner de la peine » (BERNET et RÉZEAU) • s’emmerder la
bite en chiant grossièreté qui constitue une simple expansion de s’emmerder, au sens de
« rencontrer des difficultés » ou « se tourmenter » ◪ 1948 se faire du mouron réfection de se
faire des cheveux ; mouron signifie « poil » dès 1878. Cf., pour la calvitie, il n’a plus de mouron sur
la cage « Mais il s’en faisait, Pierrot, il se faisait un mouron du diable. C’est pas qu’il avait peur de mourir, faut tout de même
e
pas pousser. Non, il paniquait seulement pour ses couilles, et il était furax », B. BLIER, Les Valseuses, 1972 ■ f. XX flipper
dans ses santiags « les choses ne se présentent pas sous les meilleurs auspices » (MERLE).
L’expression semble déjà n’être plus usitée. On dit simplement « flipper » – le terme est apparu en
France vers 1975, dans le milieu de la drogue (to flip), pour dire « perdre la boule sous l’effet de la
drogue » ; il a immédiatement pris le sens plus général d’« être angoissé » • ne pas en mener
large dans ses creepers idem ; le sens de l’expression est moins fort que celui contenu dans ne pas
en mener large, qui exprime vraiment la peur. Les creepers sont des chaussures à large semelle de
crêpe et à boucle
e
e
■ XV endurer et souffrir tout comme un vieil ours emmuselé ■ XVII à Dieu ne plaise !
e
■ m. XX guerre des nerfs affaissement du moral de l’ennemi par l’attente, l’intimidation, etc. S’est
e
appliqué à la dernière guerre ■ f. XX t’inquiète ! « abréviation hyperfréquente de ne t’inquiète
pas ! T’inquiète, j’assure ! (ne te fais aucun souci, je m’en charge) » (MERLE)
TOURMENTS
e
■ XIV avoir la puce à l’oreille à l’origine, signifie être tourmenté, torturé par quelque chose :
« estre dans quelque appréhension ; avoir quelque affaire qui nous sollicite » (OUD.) « Charles en fist
telle joie, ne fist mais la peroille [Charles en conçut une joie jamais égalée] : Mais encore en aura telle puce en l’oroille, Dont il
aura peour de perdre corps et terre », GIRART DE ROSSILON,
e
XIV
■ m.
XVI
e
ronger le sang
« COLINET. Vous estiez-vous pas
devisé/À présent de melencolie ? – LE MARY. Et c’est je ne sçay quel folye/Qui à la fin le sang me ronge », Farce, in Ancien
théâtre français, m.
XVI
e
e
■ XVII mourir à petit feu « Ne me fay plus mourir à petit feu avec des reproches, et me tire
e
seulement de ce bourbier, si tu veux te tirer de celui de la pauvreté », Les Ramoneurs, 1624 • avoir du
tracas ■ m. XVII
1640 il se démène comme un procureur qui se meurt il se remue, il se tourmente fort • être en
purgatoire extrêmement tourmenté ou mal traité • faire manger des poires d’angoisse donner
de la peine à une personne • ballotter une personne « tourmenter, l’envoyer de l’un à l’autre »
e
(OUD.) • servir de fléau tourmenter ■ f. XVII 1690 compter les heures « homme qui est dans une
grande impatience, une grande affliction, qui souffre beaucoup de douleur » (FUR.) • se gratter
l’oreille « avoir quelque chagrin qui inquiète, peine à se souvenir de quelque chose » (FUR.) •
j’aimerais autant être en galère (tirer la rame) je suis misérable, je souffre beaucoup • faire son
purgatoire en ce monde personne qui a souffert beaucoup de douleurs • avoir du tintouin
« tintouin, se dit aussi figurément et bassement, d’une inquiétude d’esprit. La nouvelle de cette
banqueroute donne bien du tintouin à ceux qui y sont interessez » (FUR.) • avoir martel en tête « il
e
a quelque chose qui lui donne du souci, du chagrin, de l’inquiétude, de la jalousie » (FUR.) ■ XVIII se
taper la tête contre les murs • se faire du mauvais sang bien qu’attestée seulement au
e
XVIII siècle dans son sens purement métaphorique, l’expression apparaît très tôt – comme la
croyance que le tourment et la colère gâtent le sang. Cf. « Dame, vous m’avez fait trois grans
desplaisirs et courroux, se je puis vous ne me ferez mie le quart ; et je sçay bien que ce vous a fait
faire mauvais sang : il vous convient saignier » (Le Ménagier de Paris, 1393) « Il attend dix minutes, vingt
minutes, une demi-heure, une heure, d’abord il s’impatiente, puis il se fait du mauvais sang, ensuite il s’inquiète, enfin viennent
les soupçons et les grandes alarmes », VIDOCQ, Mémoires, 1828
■ d.
XVIII
e
se mettre martel en tête
« À la fin,
pourtant, cela me mit martel en tête, de sorte que je me suis mis à les espionner pendant longtemps, sans rien voir de ce que
disoit mamselle Douceur, que je vis bien qu’elle n’étoit qu’une bavarde », CAYLUS, Histoire de M. Guillaume, 1740
■ f.
XVIII
e
e
manger son sang ■ d. XIX se manger les sangs « Fleuriot se désespérait, il jurait, il tempêtait du matin au soir ;
du soir au matin il était dans un véritable accès de rage ; tous les hommes de l’équipage, suivant une expression fort usitée
parmi les gens du peuple, se mangeaient les sangs », VIDOCQ, Mémoires, 1828
■ m.
e
XIX
faire tourner les sangs
◪ 1842 le supplice de Tantale « Alors, entourés de gens qui mangeaient, suffoqués par les émanations de nourritures,
le comte et la comtesse de Bréville, ainsi que M. et Mme Carré-Lamadon, souffrirent ce supplice odieux qui a gardé le nom de
• quand il dort, le diable le berce « mot proverbial dont on se
sert en parlant d’un homme inquiet, impatient, malicieux, qui ne songe qu’à tourmenter les autres,
et qui se tourmente lui-même » (QUIT.) ◪ 1867 avoir quelque chose dans le casaquin « être
inquiet, tourmenté par un projet ou par la maladie » (DELV.) • se faire du potin « se faire du
e
mauvais sang, s’impatienter à propos de médisance ou d’autre chose » (DELV.) ■ f. XIX se faire un
sang d’encre c’est-à-dire « noir » – du mauvais sang • se ronger les sangs variante de se manger
e
■ d. XX supplice chinois • en baver « Dans les brancards, je tirais comme un percheron, tout content d’en baver et
Tantale », MAUPASSANT, Boule-de-Suif, 1880
e
de sentir ma force », CAVANNA, Les Russkoffs, 1979 ■ m. XX
en chier, en chier des bulles • en baver des ronds
de chapeau sous l’influence de en baver, en chier des bulles, etc., cette métaphore de
l’émerveillement a fini par désigner la souffrance d’un effort épuisant
e
■ m. XVII 1640 je sais où le soulier me blesse je sens mon mal mieux que personne • il n’y a
que l’âne qui sent où le bât le blesse « celuy qui souffre sent son mal ou dommage » (OUD.)
JALOUSIE
e
e
■ XVI jaloux comme un tigre ■ f. XVI 1579 être rongé par le ver (de la jalousie) « Il faut que je
croie qu’elle se soit pourvue d’un nouvel amant. Et voilà le ver qui me ronge et me rend très malheureux », LARIVEY, Le Fidèle,
e
e
■ d. XVII il en est jaloux comme un coquin de sa besace fort jaloux, il l’aime fort ■ m. XVII
1640 la maladie des femmes la jalousie • avoir froid aux pieds « estre jaloux » (OUD.) • avoir mal
e
à la tête • rabat-joie « un mary jaloux ou de mauvaise humeur » (OUD.) ■ m. XIX 1867 se forger
e
des idées « concevoir des soupçons sur la fidélité d’une femme » (DELV.) ■ m. XX jaloux comme
un pou probablement sur le modèle de fier comme un pou, duquel avaient déjà dérivé vexé
comme un pou, moche comme un pou – comme un pou étant ainsi devenu peu à peu équivalent de
comme tout, d’une idée de maximum
1579
COLÈRE
courroux, emportement, irritation, exaspération, fureur, rage,
furie, rogne
e
e
e
■ XII écumer de rage ■ XVI avoir le feu à la tête ■ m. XVI quelle mouche vous a piqué ?
e
« qui est-ce qui vous choque ? pourquoi vous mettez-vous en colère ? » (FUR.) ■ XVII devenir
chèvre • prendre la mouche « On dit aussi, Prendre la mouche ; pour dire, se piquer, se fâcher sans sujet et mal à
propos », FURETIÈRE, 1690 • monter sur ses grands chevaux « parler en colère et d’un ton hautain »
(FUR.) « Je vous loue, mon cousin, de n’être point monté sur vos grands chevaux pour vous plaindre du maréchal d’Estrées »,
SÉVIGNÉ, 1681 • hors de ses gonds « J’en dirai un trait, entre mille, qui, parti d’un excellent principe, mit le Roi hors de ses
gonds et révolta toute la cour deux ou trois ans auparavant », SAINT-SIMON • faire le diable à quatre « homme
e
furieux et emporté tant dans sa colère que dans la poursuite de quelque chose » (FUR.) ■ d. XVII
froncer le sourcil « tesmoigner de la colère ou du mescontentement, faire une mine rude » (OUD.)
e
■ m. XVII 1640 décharger sa colère la passer • crever (dans ses habits) • la couleur lui monte au
visage • votre chien mord-il encore ? « estes vous encore mauvais, ou en colère » (OUD.) • la
lune est sur bourbon • se donner de la tête contre le mur « estre en une extrême colère ou
désespoir » (OUD.) • il rompra tout si on ne le marie « cela se dit en riant d’un homme qui est en
colère » (OUD.) • dire les patenôtres du singe « claquer des dents, de colère ou autrement ;
gronder, grommeler » (OUD.) • crever dans ses panneaux être en une extrême colère • regarder
noir regarder d’un œil plein de colère • se mordre les pouces être fort en colère • se manger les
doigts être en grande colère • fumer de colère • moitié figues, moitié raisins « à demy en colère,
sans trop tesmoigner son altération » (OUD.) • jeter son feu passer ou décharger sa colère •
n’être pas à soi être transporté de colère • s’emporter « se laisser transporter de sa colère ou
autre passion » (OUD.) • se mordre les doigts être en grande colère • passer sa colère ◪ 1649
e
casser sa pipe crever de rage ■ f. XVII 1690 jeter feu et flamme contre quelqu’un « être fort en
colère, invectiver fort contre lui » (FUR.) « Aussi Rebel et Francœur jettent-ils feu et flamme. Ils disent que tout est
perdu, qu’ils sont ruinés », DIDEROT, Le Neveu de Rameau, v. 1774 • écumer comme un verrat • monter sur ses
ergots (argots) « menacer, être en colère, parler audacieusement aux autres et
impétueusement » (FUR.) • prendre le mors (frein) aux dents « faire quelque escapade, il s’est
emporté comme font les chevaux qui ne se laissent pas gouverner par la bride ; aussi de ceux qui
sont revenus de leur emportement et qui s’appliquent à leur devoir. S’emporter en toute licence :
on le dit aussi en un sens contraire et en bonne part : revenir d’un grand emportement et
s’appliquer fortement à l’étude, à sa profession » (FUR.) • avoir le cœur gros avoir le cœur plein de
dépit ou de colère • le feu lui est monté au visage il s’est mis en colère • se mettre aux champs
e
s’emporter de colère ■ XVIII se tenir à quatre se contenir tout en enrageant, ne pas oser éclater
e
■ f. XVIII lâcher les cataractes • se manger les pouces être en rage « MLLE PATIN : Je ne sais ce qui me fera
le plus de plaisir, d’épouser le Chevalier, ou de désespérer Monsieur Serrefort. – LISETTE : La bonne personne ! – MLLE PATIN : Il se
mangerait les pouces de rage », DANCOURT, Le Chevalier à la mode, 1778 ◪
1784 se fâcher tout rouge « Un marchand
de bœufs de l’Antakara est venu l’autre jour m’offrir une jolie commission. Je me suis fâché tout rouge », REBELL, La Câlineuse,
1898
◪ 1794 la barbe lui en fume il est très dépité, « bouillant » de colère
« François, l’Autrichien
s’aperçoit, mais trop tard, de la faute qu’il a faite, d’avoir tiré sa rapière contre les Républicains ; la barbe lui en fume et à bon
droit : il voit ses escadrons enfoncés et poursuivis de toutes parts », Les Casse-Gueules, 1794
■ m.
e
XIX
voir rouge
■
e
XIX
la rage au cœur
« Ils ont peur de la justice. Puis, la misère rend toujours lâche. Ils ne voient pas rouge, ils rient
jaune », J. VALLÈS, Le Tableau de Paris, 1882
• avoir les yeux qui sortent de la tête • la trouver mauvaise
◪ 1842 faire l’olibrius « s’applique assez souvent à quelqu’un qui fait le méchant, le furieux »
(QUIT.) ◪ 1867 être à genoux devant sa patience « se contenir tout en enrageant, ne pas oser
éclater » (DELV.) • traiter du haut en bas « parler à quelqu’un avec colère, – et même avec
mépris » (DELV.) • avoir la chèvre • il n’y a pas de bon Dieu « phrase elliptique de l’argot du
peuple, qui ne sent pas le fagot autant qu’on pourrait le croire au premier abord ; elle signifie
simplement, dans la bouche de l’homme le plus en colère : “Malgré tout, je ferai ce que je veux
faire, rien ne m’arrêtera” » (DELV.) • se manger le blanc des yeux « se dit de deux personnes qui
e
se regardent avec colère, comme prêtes à se jeter l’une sur l’autre et à se dévorer » (DELV.) ■ f. XIX
1872 avoir son bœuf • colère bleue « colère violente, […] allusion à la teinte que les sentiments
excessifs amènent sur les figures sanguines » (LARCH.) « Il les laisserait ! Puis, à Paris, en ne les trouvant plus,
colère bleue ; et c’est moi qui aurais tort, moi qui ne m’occuperais de rien !… », R. BENJAMIN, Le Pacha, 1911 ◪ 1894 fumer
e
(sa pipe) être mécontent, rager en dedans ■ d. XX 1901 se cailler le sang se mettre en colère à
s’en faire tourner le sang, in ESNAULT ◪ 1902 je l’aurais bouffé ! quand quelqu’un nous a énervé au
plus haut point, a fini par nous mettre en colère « Il venait d’apprendre, je ne sais comment, que j’étais native
d’Orléans et il ne tarissait pas […]. Et cela continua un bon quart d’heure. Le mufle était remonté ; toujours il retombait sur la
pucelle, toujours il retournait à Orléans. Je l’aurais bouffé ! », Mémoires de Casque d’Or, 1902
◪ 1918 l’avoir sec
« il
sortait pas de sa réflexion… il était assez marrant avec son énorme crâne… mais Laval le trouvait pas si amusant !… même il
e
1926 être en pétard ■ m. XX prendre le mors
aux dents par attraction de prendre la mouche, le sens de l’expression tend à évoluer vers la
susceptibilité, l’agitation sourcilleuse « ADRIANO : Écoutez, franchement, je ne trouve pas… – PAOLA : Comme vous
commençait à l’avoir sec ! », CÉLINE, D’un château l’autre, 1957 ◪
prenez le mors aux dents tout de suite ! », A. ROUSSIN, La Coquine, 1961 • piquer sa crise ◪
1936 se cailler rager, in
e
ESNAULT ■ f. XX avoir les glandes l’expression désigne les glandes du cou, gonflées par la colère ;
elle s’accompagnait à l’origine d’un geste démonstratif • piquer son bœuf piquer sa crise « Belle
victoire à retardement pour Yvette, qui a bien eu raison de ne pas piquer son bœuf, car ces messieurs de la famille sont d’un
susceptible » Le Canard enchaîné, octobre 1982
• avoir les abeilles
« “[…] si tu veux, tu peux m’en parler. Ça te
soulagerait.” Et il a posé sa main avec une bagouze en fer-blanc au pouce sur mon épaule. Sa main, sur mon épaule. D’un coup,
j’ai eu les abeilles », A. GuYARD, La Zonzon, 2011
◪ 1985 le glandomètre au maximum
« Cécelle sourit jaune.
Badette sourit blanche. Et moi j’ai le rat de la colère en travers du larynx. Le glandomètre au maximum. “Arrête tes vannes
Mandrax ! j’lance abruptement. (À Cécelle :) Tu vois pas qu’y s’fout de toi. Merde, dis kêk chose !” », F. LASAYGUES, Vache
noire…, 1985
e
■ XV que diable fais-tu ? que diable veux-tu ? « qui sert d’interrogation estant en colère »
e
(OUD.) ■ m. XVII 1640 je tuerais un mercier pour un peigne « homme fort emporté de colère, ou
en mauvaise humeur » (FUR.) • bran de la bête et de celui qui me l’a vendue « imprécation pour
qui nous desplaist ou nous sert mal » (OUD.) • le jeu se tournera en merde après avoir bien joué,
on se mettra en colère • cent ans ce n’est guère, mais jamais c’est beaucoup « cela se dit à une
personne, qui asseure estant en colère de ne retourner jamais en un lieu » (OUD.) • foin de la bête
et de celui qui me l’a vendue « c’est une sorte d’imprécation estant en colère » (OUD.) • le sang
lui est monté au visage il a rougi de colère ou de honte • se fâcher contre son ventre ne point
manger par colère • si je croyais mon courage « si je me laissois emporter à ma colère ou
passion » (OUD.) • la chanson de Montélimar « le reste est assez entendu du vulgaire, il suffit de
dire que l’on se sert de ce quolibet estant en colère » (OUD.) ; nous ne connaissons pas « le reste »,
avis aux lecteurs ! (note des auteurs) • je tuerais un peigne pour un mercier « quolibet renversé,
e
pour dire que l’on est fort en colère » (OUD.) ■ f. XVII 1690 mettre des armes entre les mains d’un
furieux « d’un homme en colère ; figurément de ce qu’on peut fournir à quelqu’un qui peut lui
aider à nuire aux autres. Louer un satirique, c’est mettre des armes entre les mains d’un furieux »
(FUR.) • je voudrais être au centre de la terre « en colère, je voudrais être bien loin ou bien
caché » (FUR.) • apaiser comme les enfants avec une pomme à ceux qui ne tiennent pas leur
e
e
colère ■ XIX la colère est mauvaise conseillère ■ m. XIX 1842 l’eau échauffée prend plus vite la
gelée « proverbe employé figurément pour signifier que la trop grande ardeur qu’on met à faire
une chose est sujette à se refroidir bien vite, ou que le caractère le plus prompt à se livrer à
l’emportement est aussi le plus prompt à en revenir » (QUIT.) • qui se fâche a tort « on n’a recours
aux invectives que quand on manque de preuves. Entre deux controversistes, il y a cent à parier
contre un que celui qui aura tort se fâchera » (QUIT.) • la colère se passe en disant l’alphabet « la
réflexion est le meilleur moyen pour réprimer les premiers mouvements de cette passion
impétueuse » (QUIT.)
SE METTRE EN COLÈRE
e
■ XVI prendre la chèvre « se fâcher, se mettre en colère légèrement » (FUR.) « Prenez que la raison
e
■ XVII
décharger sa bile • mettre le feu aux poudres se mettre en colère, déclencher un scandale, faire
éclater une situation déplaisante « Les clients, il s’en foutait. La Direction, il l’envoyait sur les roses. Il fallait qu’il
lui eût mis de l’eau dans son vin ou que son amitié d’autrefois fût fâchée d’avoir pris la chèvre », VADÉ, 1744
éclate. Il attendait seulement que le Petit Père mette le feu aux poudres, tendu, fébrile, agissant dans une sorte d’état
second », GUÉRIN, L’Apprenti, 1946 • être colère
« adjectivation traditionnelle du parler faubourien entrée
dans l’usage branché » (MERLE) • décharger sa rate « […] Il faut qu’enfin j’éclate,/Que je lève le masque et
décharge ma rate », MOLIÈRE, Les Femmes savantes, 1668 • avoir le sang chaud se mettre facilement en colère
e
■ m. XVII 1640 avoir des chaleurs de foie des mouvements de colère, des promptitudes •
s’échauffer dans son harnais se mettre en colère • se mettre en colère « se fascher » (OUD.) •
combattre son ombre se mettre en colère sans occasion • avoir (la) tête chaude « estre coléric »
(OUD.) • avoir la tête près du bonnet « se mettre facilement en colère, s’emporter » (FUR.) • la
moutarde me monte au nez « il commence à s’impatienter, à se fâcher » (FÉRAUD) « L’autre élève le
ton ; ça tourne au vinaigre ; la moutarde nous monte au nez », A. PAJOL, Restaurant fin-de-siècle, 1904 • se prendre à
e
son ombre se mettre en colère sans occasion ■ f. XVII 1690 n’être que feu et salpêtre prompt à
se mettre en colère, emporté • se mettre en campagne « homme prompt et colère. Quand on lui
dit quelque chose qui ne lui plaît pas, il s’échappe, il s’emporte » (FUR.) • être trop fumeux trop
prompt, trop sujet à se mettre en colère • ce n’est que fiel (sel) et vinaigre « homme prompt et
e
colère, peu sociable » (FUR.) ■ m. XIX 1867 se manger les sens s’impatienter, se mettre en colère
e
■ f. XIX se foutre en rogne • son sang n’a fait qu’un tour ◪ 1872 soupe au lait « homme colère.
e
e
Le lait bouillant déborde avec rapidité » (LARCH.) ■ d. XX se foutre en bombe ■ m. XX se mettre
en boule d’avoir les nerfs en boule ou de l’image du hérisson « Les reproches entraient en lui comme des
blessures. Ça bouleversait aussitôt ses traits. C’était cet air de chien battu qui devait foutre ses supérieurs en boule », GUÉRIN,
e
■ f. XX faire un caca nerveux râler, se plaindre, se mettre en colère… différents
degrés de mécontentement sont possibles • péter un câble se mettre dans une violente colère •
péter une durite même sens
e
■ f. XVII 1690 mettre de l’eau dans son vin « revenir de son emportement ; être plus modéré,
plus adouci, lorsqu’on est revenu de ses emportements » (FUR.) • baptiser son vin idem
L’Apprenti, 1946
METTRE EN COLÈRE
e
e
■ XVI irriter les frelons ■ XVII jeter de l’huile sur le feu animer encore ceux qui sont déjà en
e
colère ■ d. XVII échauffer les oreilles « Mercy Dieu, luy dit la femme en se courrouçant, si tu m’échauffes une fois
les oreilles, je manieray le tien de telle façon que je te l’arracheray et le jetteray aux chiens », SOREL, Francion, 1623
e
◪ v. 1600 mettre le feu sous le ventre à quelqu’un ■ m. XVII 1640 mettre un homme dedans • il
me semble que l’on me bout du lait « on me fasche quand on me parle de la sorte, quand on
veut me persuader mal à propos » (OUD.) • aigrir une personne • passer la mouche devant les
yeux • mettre dans le bateau • mettre quelqu’un aux champs « le provoquer, le mettre en
e
colère » (OUD.) • faire bigoter ■ f. XVII 1690 sauter aux nues « quand on lui opiniâtre quelque
e
e
chose qui le met fort en colère » (FUR.) ■ XVIII pousser à bout ■ m. XIX 1842 il ne faut pas attiser
le feu avec l’épée « maxime symbolique de Pythagore, pour signifier qu’il ne faut pas irriter une
personne courroucée. Nous disons dans le même sens : “Il ne faut pas jeter de l’huile sur le feu” »
e
(QUIT.) ◪ 1867 monter quelqu’un l’exciter contre quelqu’un ■ f. XIX 1894 faire monter quelqu’un
à l’échelle « s’amuser à exciter quelqu’un en le mettant sur des sujets où il s’emporte. C’est une
e
plaisanterie très goûtée » (LYON) ■ m. XX chatouiller les oreilles souvent dans « Il ne faut pas trop
lui chatouiller les oreilles. » L’image initiale est celle d’un chien irascible • jouer avec les nerfs de
quelqu’un « Cicéron, lui, qui continuait de jouer avec mes nerfs, je le priai un jour (une chaise à la main comme argument)
d’avoir à me foutre dorénavant la paix », J. BLANC, Joyeux, fais ton fourbi, 1947
e
■ m. XVII 1640 vous me baisez, vinaigrier « vous me faschez. Le vulgaire dit le quolibet plus
salement » (OUD.). Peut-être le vulgaire disait-il « vous me foutez » • vous me fiancez « vous me
e
faschez. Le vulgaire use d’un mot plus sale » (OUD.) ; même remarque ■ m. XIX 1842 craignez la
colère de la colombe « n’irritez pas une personne d’un naturel doux, car son emportement est des
plus terribles ; ne provoquez pas le courroux d’une femme, car elle ne connaît point de bornes
dans sa fureur » (QUIT.)
MAUVAISE HUMEUR
e
e
■ XVI n’être pas toujours en ses bonnes en bonne humeur ■ XVII rire du bout des dents
« faire mauvaise mine, estre fasché, estre en estat de pleurer. Le vulgaire y adjouste, comme saint
e
Médard » (OUD.) ■ d.XVII froncer le sourcil « tesmoigner de la colère ou du mescontentement,
e
faire une mine rude » (OUD.) ■ m. XVII 1640 il a vu son cul en se levant • avoir la tête mal faite •
il s’est levé le cul le premier • humeur bourrue « fascheuse, extravagante » (OUD.) • un hibou un
homme de mauvaise humeur, un mélancolique • un moine bourru « une humeur mélancolique,
un homme retiré, et de mauvaise conversation » (OUD.) • rire jaune comme farine « il ne rit pas
de bon cœur, il est fasché, il fait mauvaise mine » (OUD.) • une mine à tâter vinaigre « mine rude,
visage renfroigné » (OUD.) • il a bu du vinaigre il fait mauvaise mine • être attrayant comme la
porte d’une prison désagréable • une pie-grièche « une femme criarde et de mauvaise humeur et
qui querelle toujours, à cause du bruit opportun qu’elle fait comme une pie » (FUR.) • une
enveloppe « une personne ennuyeuse, incommode, maladroite » (OUD.) • dire les patenôtres du
singe « claquer des dents, de colère ou autrement ; gronder, grommeler » (OUD.) • triste comme
un bonnet sans coiffe de mauvaise grâce • quand il rit, les chiens se battent il est de très
mauvaise humeur • rabat-joie « homme rébarbatif, ou quelques accidents fâcheux qui viennent
troubler la joie de ceux qui sont en humeur de se réjouir ; qui vient troubler la jouissance de ceux
qui sont en train de se divertir » (FUR.) • humeur noire mélancolique, fâcheuse • un merlan frit
une personne de mauvaise grâce • mal de saint Acaire « opiniastreté, humeur acariastre » (OUD.)
• faire le groin faire mauvais visage • gratter sa tête être fâché • esprit bourru mal fait, de
e
mauvaise humeur ■ f. XVII 1690 mettre son bonnet de travers « être chagrin et quereller tout le
monde » (FUR.) • n’entendre point raillerie « d’un critique, d’un homme sévère et rébarbatif : il
veut faire toutes choses à la rigueur » (FUR.) • être gracieux comme un fagot d’épines « rude,
rébarbatif, d’une humeur bourrue » (FUR.) • cela est charmant comme une porte de prison • les
e
charrettes de la rue lui nuisent un bourru ■ XVIII être de mauvais poil en continuation probable
e
de changer de poil, d’humeur ■ m. XVIII être d’une humeur massacrante « Tiens ne m’agonie pas de
e
complimens, car je suis dans mon humeur massacrante », Le Panier de maquereaux, 1764 ■ f. XVIII 1792 manger du
fromage « éprouver un dépit secret, s’impatienter, être extrêmement contrarié, sans pouvoir faire
éclater son mécontentement » (DHAUTEL) « Quelle joie, quel plaisir de lui voir manger du fromage, lorsqu’on vint lui
e
annoncer que le chef de ses mouchards était arrêté », HÉBERT, 1792 ■ XIX s’être levé du pied gauche • se retirer
sous sa tente allusion à l’épisode d’Achille abandonnant la lutte, dans l’Iliade • être d’une humeur
e
de chien ■ d. XIX vilain monsieur « un homme difficile à vivre, d’humeur maussade » (LANDAIS)
e
◪ 1827 faire le pet (P) « faire mauvaise mine » (GRANDVAL) ■ m. XIX taper sur les nerfs mettre de
mauvaise humeur • la trouver (l’avoir) mauvaise « À force de poireauter, il a fini par la trouver mauvaise et par
comprendre que ses nouveaux maîtres – malgré leur étiquette républicaine – étaient aussi crapuleux que les dirigeants vieux
• faire la tête bouder, être de mauvaise humeur
◪ 1867 sale monsieur « individu d’une moralité équivoque ou d’un caractère insociable » (DELV.) •
avoir mangé de l’oseille « être d’un abord désagréable, rébarbatif ; avoir la parole aigre, être
“grincheux” » (DELV.) • être dans ses lunes « avoir un accès de mauvaise humeur, de
misanthropie » (DELV.) • sale bête • ne pas valoir cher être d’un caractère désagréable • faire sa
lippe bouder • avoir sa chique • être comme un crin « être d’abord difficile. Le crin est raide et
e
piquant » (LARCH.) ■ f. XIX être à cran l’image est probablement celle d’une arme à feu, d’un
pistolet dont le chien remonté sur le plus haut cran est ainsi « prêt à partir » « La gradaille est à cran de
modèle, impérialistes ou royalistes », Le Père Peinard, 1898
voir le prestige du militarisme couler à l’égout – un bain de sang serait nécessaire pour éviter le fiasco ! », Le Père Peinard,
• avoir un pet de travers pet signifie, dès 1867, « embarras, manières » (DELVAU) • jamais le
mot pour rire « Et puis jamais le mot pour rire, jamais savoir si on est content du travail ! Faut convenir, patron, que vous
n’êtes pas un homme ordinaire », RACHILDE, La Tour d’amour, 1916 • faire la gueule ◪ 1872 avoir son Arnaud
1899
◪ 1894 regard à couper un clou regard qui manque d’amabilité • faire la bobe « faire une grimace
en allongeant les deux lèvres pour marquer la mauvaise humeur : “Tiens, t’as don pas amené ta
e
bourgeoise ? – Te sais ben, le fait toujours la bobe” » (LYON) ■ d. XX être sur les nerfs • avoir les
nerfs en pelote • ne pas être dans un de ses bons jours • pas à prendre avec des pincettes « LE
CAPORAL
■ m.
: Il n’était pas à prendre avec des pincettes. – BERTRAND : Ah ! là ! là ! », M. ARGUILLIÈRE, La Grande Famille, 1905
e
XX
être à ressort agité, prêt à bondir – peut-être par influence de à cran « Elles disent que vous
partirez d’ici !… vite !… Décidément le cul-de-jatte est à ressort, foutu tronc ! on redescend, on dit pas “au revoir”… nous
revoilà dans la grande cour, pas plus avancés… », CÉLINE, Nord, 1960 • faire
un nez de trois pieds de long faire la
e
tête ; on dit aussi de six pieds de long, de dix pieds de long ■ f. XX avoir les boules par évolution
de la notion de tristesse vers celle de mauvaise humeur, de déception « Y’a pourtant des rockys/Qu’ont dû
avoir les boules/En m’voyant applaudi/Même par les babas cools/Quel panard ! », RENAUD
e
■ m. XVII 1640 il tuerait un mercier pour un peigne « homme fort emporté de colère, ou en
mauvaise humeur » (FUR.) • la maladie des femmes « mauvaise teste, mauvaise humeur » (OUD.) •
marchand qui perd ne peut rire « qui perd ou reçoit du dommage ne peut estre de bonne
humeur » (OUD.) • moitié figues, moitié raisins « à demy en colère, sans trop tesmoigner son
e
altération » (OUD.) ■ f. XVII 1690 sur quelle herbe avez-vous marché ? « en raillerie à un homme
e
pour lui reprocher la bonne ou mauvaise humeur où il est » (FUR.) ■ f. XVIII avoir marché sur une
mauvaise herbe « se dit d’une personne qui est dans son jour de mauvaise humeur » (DHAUTEL)
GAIETÉ
joie, allégresse, enjouement, jubilation, exultation, hilarité
e
e
■ m. XVII être en liesse du vieux mot liesse (XIII ), allégresse ◪ 1640 avoir son compte « estre
content ; avoir ce que l’on désire ; avoir le visage gay » (OUD.) • se goberger se réjouir • il ne peut
tenir dans sa peau « il est dans une extrême joye » (OUD.) • éveillé comme une potée de souris,
comme un chat qu’on fouette, etc. « fort gay, fort esveillé » (OUD.) • il me semble que je vole
« j’ay un extrême contentement » (OUD.) • il est plus aise qu’un pourceau qui se gratte fort
e
content • il est gai comme Pierrot ■ f. XVII avoir le vin gai ◪ 1690 être ératé comme une potée
de souris jeunesse gaie et éveillée • avoir toujours un pied en l’air « il est allègre, remuant,
coureur ; se dit d’une personne gaie » (FUR.) • faire noise « se réjouir, mais maintenant il ne se dit
plus qu’en mauvaise part » (FUR.) • il croit tenir Dieu par les pieds il est joyeux du succès de
quelque affaire ◪ 1698 être gai comme un pinson « Bonne ouvrièr’, courageuse à l’ouvrage,/Insouciante et gai’
comme un pinson,/De ses chansons, de son joyeux ramage/Et de sa joie, elle emplit la maison », G. SIBRE, Ce qu’elle deviennent,
e
■ f. XVIII voir tout couleur de rose c’est-à-dire sous son aspect agréable, avec optimisme ;
l’idée de l’illusion de cette façon de voir est présente dès l’époque d’apparition de l’expression,
cf. « […] ce n’est point en faisant des motions couleurs de rose, mais en exécutant avec fermeté
e
les décrets de l’assemblée […] » (HÉBERT, 1791) ■ m. XIX voir tout en rose ◪ 1842 faire une (des)
gorge(s) chaude(s) de quelque chose on le dit des personnes qui se réjouissent d’une chose
e
■ f. XIX sauter comme un cabri • avoir toujours le mot pour rire la citation ci-après détourne
l’expression en petite blague : « Mais la joie du commissariat, c’était le garçon de bureau, un jeune, un débutant lui
1904
aussi. […] Tempérament de débrouillard, de déluré. Même pour le décrochage d’un pendu déjà vert ou la manipulation d’un
“macchabée” en décomposition, il avait toujours le “petit mort pour rire” », E. RAYNAUD, Souvenirs de police au temps de
◪ 1880 se taper le cul par terre jubiler ◪ 1894 ne plus se sentir pisser peut-être à
e
partir de pisser de rire « Elle est si contente de se marier qu’elle ne se sent plus pisser », LYON, 1894 ■ d. XX ne pas
Ravachol, 1923
e
se laisser abattre • se taper sur les cuisses ■ m. XX être (tout) jouasse être joyeux, être content
e
e
■ f. XVII 1690 le tombeau de la mélancolie le vin, les contes pour rire ■ m. XIX 1842 alléluia
d’automne « le peuple appelle ainsi, dans quelques endroits du midi de la France, une joie
inconvenante et déplacée, comme le serait un “alleluia” chanté à l’office des morts qu’on fait en
automne » (QUIT.) • il ne faut pas chômer les fêtes avant qu’elles soient venues « c’est-à-dire, il
ne faut pas se réjouir d’avance. Une joie prématurée peut être frustrée dans son attente ; elle
n’est bien souvent que le prélude de la douleur. “Tel rit vendredi qui dimanche pleurera” » (QUIT.)
BONNE HUMEUR
■
XVI
e
être en ses bonnes « être bien disposé. Mot à mot : être en ses bonnes heures »
(LARCH.) « Vous ne poviez à heure venir plus oportune… Nostre maistre est en des bonnes. Nous ferons tantost bonne chère »,
e
e
RABELAIS, Pantagruel, 1532 ■ XVII prendre les choses du bon côté ■ XVIII être de bon poil en
e
continuation probable de changer de poil, d’humeur ■ m. XIX 1867 être à la fête • être en
e
goguette « être de bonne humeur, grâce à des libations réitérées » (DELV.) ■ f. XIX être dans un
bon jour • avoir le mot pour rire « Alors, le mot pour rire m’arrivait tout naturellement, parce que rien ne sert la
e
bonne humeur comme le calme de l’esprit », Mémoires de Casque d’Or, 1902 ■ d. XX s’être levé du bon pied
e
■ m. XX 1960 avoir la pêche « Pour qu’elles soient capables de casser, faut qu’elles aient vraiment envie de le faire. Si
e
c’est simplement par rapport aux mecs, elles peuvent pas avoir la pêche », Paroles de bandits, 1976 ■ f. XX avoir la frite
la frite désigne une excellente forme aussi bien physique que morale. Formé sur le modèle avoir la
pêche, à partir d’une idée de violence : frite, coup violent ; dans ESNAULT : « Plat de frites,
matraquage (1930). » Par ailleurs, au sens de visage : « Tu vois pas la frite que t’as (1953) » « Toi t’as
les boules moi j’ai la frite/C’est pas du Bashung non mon pote c’est du Nietzsche », RENAUD • avoir la patate variante
due à l’association frite-pomme de terre
e
■ f. XVII 1690 sur quelle herbe avez-vous marché ? « en raillerie à un homme pour lui
reprocher la bonne ou mauvaise humeur où il est » (FUR.)
CHOSES DRÔLES
e
e
■ m. XVII 1640 c’est une farce une plaisante chose ■ f. XVII 1690 cause grasse « sur un fait
inventé, que les Clercs de la Basoche plaidaient autrefois pour se divertir le jour du Mardi Gras, et
qu’on a abolie depuis peu, à cause des ordures et libertinages dont elles étaient souvent remplies.
Quand on plaide au Palais quelque cause plaisante, on dit encore que c’est une cause grasse »
e
(FUR.) ■ f. XVIII chose farce chose amusante « À propos de cloches, il me souvient de l’histoire assez farce d’un
e
bougre de calotin […] », HÉBERT, 1790 ■ m. XIX 1867 rigolo-pain-de-seigle (pain-de-sucre) extrêmement
amusant • c’est rigolo c’est plaisant, c’est drôle • être rigolboche être excentrique, amusant,
e
e
drôle • être d’un bon bouchon être singulier, plaisant, cocasse ■ f. XIX à pisser de rire ■ d. XX ça
vaut dix ! c’est particulièrement drôle ; dix étant la meilleure note des écoliers • une bien bonne
une histoire drôle • ça paye ! • c’est crevant c’est-à-dire à crever de rire « tu sais, voir Leca, qui est un
homme superbe, en somme, jouer les rôles de nounou sur un bateau, non ! cela, c’est plus crevant que tout ce qu’on peut
e
■ f. XX c’est pas triste ! « euphémisme à l’anglaise pour
qualifier quelque chose de proprement hilarant à un degré quelconque » (MERLE)
imaginer ! », Mémoires de Casque d’Or, 1902
S’AMUSER
e
e
■ m. XVII 1640 se donner du bon temps vivre joyeusement ■ m. XVIII 1763 s’en donner
prendre d’un plaisir avec excès (DELV.) « LE FIACRE : Vos danseuses me sont connues, j’en ai mené dans plusieurs rues
et dans des endroits comme il faut […]. J’en ai voituré deux il y a quelques jours à une noce, où elles s’en sont bien donné »,
TACONET, L’Impromptu de la Foire, 1763
■ d.
e
XIX
1808 se mettre en riole « s’amuser pendant le temps du
e
travail » (DHAUTEL) ■ m. XIX 1867 se payer une bosse de plaisir s’amuser beaucoup • rigoler à
vingt-cinq francs par tête s’amuser beaucoup • se faire des bosses s’amuser énormément
e
■ f. XIX se payer une pinte de bon sang rire et s’amuser franchement. Reformulation d’allure
littéraire et archaïsante de se faire du bon sang – probablement sous l’influence de la littérature
post-romantique « Sa Justice de Paix, c’est sa maison préférée, son plus plaisant théâtre ! Pleine à faire craquer les murs,
et c’est à qui s’y paiera la meilleure pinte de bon sang, du juge, des plaideurs, ou des malins derrière, toujours avides de
1872 c’est pour la rigolade c’est histoire de
quelque histoire piquante », R. BENJAMIN, Les Justices de paix, 1913 ◪
rire « Il est vrai, qu’au fond, tout cela était bien spéculatif et un peu pour la rigolade, car mes parents m’avaient trop bien
élevé pour que je crusse à toutes ces balivernes », VIBERT, Pour lire en automobile, 1901 ◪ 1881 être à la rigolade « Le
vieux ronchonnait contre les jeunes gens qui sont trop à la rigolade, et pas assez à l’étude », Réveil du Père Duchêne, 1881
◪ 1894 se faire la bosse s’amuser, se divertir ■ d.
e
XX
1902 une partie de rigolade
« Dès que neuf
heures du soir sonnaient, nous étions dehors toutes les deux et commençaient les bals infâmes, les tournées de vin et les parties
e
de rigolade », Mémoires de Casque d’Or, 1902 ■ f. XX
s’éclater s’amuser
PITRERIES
jovialité
e
■ XVII un boute-en-train « se dit figurément d’un homme qui anime les autres, soit au plaisir,
e
soit au travail » (TRÉVOUX) ■ d. XVII défrayer la compagnie défrayer au sens de « fournir » – ici en
e
bons mots. Faire rire – parfois à ses dépens ■ m. XVII 1640 un enfant sans souci « un bon
compagnon » (OUD.) • faire le sibilot le badin, le bouffon • défrayer les autres de rire donner sujet
de rire à toute une compagnie • c’est un Roger Bontemps « dénomination proverbiale qu’on
applique à un homme qui n’engendre point mélancolie et ne songe qu’à mener joyeuse vie »
e
(QUIT.) ■ f. XVII 1690 payer bien son écot être divertissant à table • il ferait rire un tas de pierres
il est fort plaisant • il n’engendre point la mélancolie homme qui vit sans souci • c’est un bon
e
gros réjoui « homme gras et en santé, qui ne cherche qu’à rire et à se divertir » (FUR.) ■ XIX faire le
pitre • un pince-sans-rire « homme caustique qui dit les choses les plus bouffonnes sans se
e
e
dérider » (DELV.). Pincer sans rire s’est dit dès le XVI siècle ■ d. XIX bon enfant personne brave,
simple, facile à vivre « c’était sur elle que je comptais pour obtenir la liste complète de tous les amis de Joubert et de
Constantin : comme j’étais bon enfant avec elle, elle me mit promptement en rapport avec eux », VIDOCQ, Mémoires, 1828
e
e
■ m. XIX 1867 bon nière bon vivant, bon enfant ■ f. XIX faire le zouave la tenue particulière des
zouaves (pantalon bouffant et chéchia) a dû amuser les foules • faire le mariole faire le malin,
amuser la compagnie par des tours physiques plutôt que par des traits d’esprit ◪ 1872 il est bon il
est amusant, il est comique ◪ 1880 faire le Jacques faire l’imbécile. Expression à la mode dans le
parler populaire des années 1890 ; d’abord battre le Jacques (1875). Peut-être à partir de Jacques
Bonhomme, surnom du niais, du mal dégourdi « Depuis que j’suis dans c’tte putain d’Afrique/À faire l’Jacqu’ avec
un sac su’l’ dos,/Mon vieux frangin, j’suis sec comme un coup d’trique,/J’ai bientôt plus que d’la peau su’ les os », A. BRUANT,
Dans la rue, 1889-1909 ◪
1899 en avoir de bonnes plaisanter, être drôle « D’abord suffoqué jusqu’à l’asphyxie,
Blaireau, maintenant, croyait à une farce, à une excellente farce de son avocat. – Vous en avez de bonnes, monsieur
Guilloche ! », A. ALLAIS, L’Affaire Blaireau, 1899
e
■ d. XX faire des tours de con « y en a un qui se sera passé la gueule
au cirage pour venir sur les rangs, un autre qui se sauvera quand on commandera “Garde à vous !”. Et t’sais, les idées
manquent jamais à la Légion quand y faut faire des tours de con. Tu verras ça ! C’est quand même mieux que le civil », SYLVÈRE
• déconner à pleins tubes plaisanter sans cesse, être un boute-en-train • faire l’œuf
faire le zouave, le zigoto, le con « Je me surpasse !… Je suis théâtre, orchestre, danseuses ! tous les “ensembles” à la
fois… moi tout seul !… Je fais l’œuf !… je sautille, je jaillis hors de ma chaise !… », CÉLINE, Bagatelles…, 1938 ◪ 1908 faire le
zigoto « faire le zigoteau, faire le malin (pop., 1901). Le zig est énergique et sympathique, le
e
zigoteau en est la caricature » (ESNAULT) ■ m. XX faire le guignol • faire l’andouille
(1906-1950)
TRISTESSE
affliction, amertume, chagrin, morosité, cafard, nostalgie, peine,
abattement, mélancolie
e
■ XIII en perdre le boire et le manger « il dient por eus losengier/qu’ils ont perdu boivre et mangier/et je le
e
voi, les ganfleors/plus gras qu’abez ne que priors », LORRIS, Roman de la Rose, v. 1225 ■ f. XV vouloir être cent pieds
e
sous terre avoir « quelque chagrin violent qui fait avoir du dégoût pour la vie » (Fur.) ■ XVII avoir
le cœur serré « J’ai le cœur serré de ma petite fille ; elle sera au désespoir de vous avoir quittée et d’être, comme vous
e
e
dites, en prison », SÉVIGNÉ, 1676 ■ d. XVII 1606 bonne mine et mauvais yeux ■ m. XVII 1640 avoir un
visage d’appelant relever de maladie ou de chagrin • triste comme un bonnet de nuit sans coiffe
« de mauvaise grâce, ou mélancolique » (OUD.), la cause en étant, selon FURETIÈRE, « qu’un bonnet
en cet état est sans ornement et sans propreté » • avoir la tête mal faite être mélancolique • il
semble qu’il ait mis tous ses parents en terre il est extrêmement triste • sécher sur le pied
« estre en grande peine ou mélancolie » (OUD.) • la mélancolie le mine le consume • un songecreux un mélancolique • serrer le cœur affliger • le cœur me saigne j’ai un grand regret • se
battre les joues se repentir • un hibou « un homme de mauvaise humeur, un mélancolique »
e
(OUD.) • le cœur me crève ■ f. XVII sécher sur pied « homme qui a un grand sujet de tristesse, qui
a du chagrin, de l’affliction, qui se meurt d’ennui » (FUR.) ◪ 1690 avoir les ouïes pâles « homme qui
paraît encore à son visage qu’il a été malade, ou quand il s’y voit quelque grande marque de
chagrin ou d’affliction, ce qu’on dit par métaphore d’un poisson mort » (FUR.) • compter les
heures « homme qui est dans une grande impatience, une grande affliction, qui souffre beaucoup
de douleur » (FUR.) • visage d’excommunié « pensif, abattu, morne, mélancolique, pâle, défait »
e
(FUR.) • on ne sait où le soulier blesse lorsqu’on a quelque mal ou affliction secrète ■ d. XVIII
fendre le cœur « Vous me percez l’oreille en me fendant le cœur ;/Finissez, grande Reine,/Finissez des hoquets qui me font
trop de peine », BOISSY, Le Triomphe de l’intérêt, 1730
■ m.
XVIII
e
avoir des idées noires des idées sombres,
voire des idées de mort, de suicide « J’ai beau repousser les idées noires qui assiègent mon esprit, j’ai beau retenir les
larmes qui me roulent dans les yeux, les idées noires et les larmes reviennent toujours », BOUFFLERS, Lettre à Mme de Sabran, 17
juillet 1786 • donner du
noir « Je suis descendu avec elle, elle m’a dit que cette aventure de mariage donnait du chagrin.
“Cela vous donne aussi du noir, chevalier, et je me repens de vous l’avoir dit” », CORBERON, Journal intime, 1775 ◪ 1760 triste
comme un bonnet de nuit abréviation de triste comme un bonnet de nuit sans coiffe « Son métier est
triste comme un bonnet de nuit, lorsqu’elle lève les yeux, elle ne voit plus rien vis-à-vis d’elle qui la comble de satisfaction »,
MARIE-JOSÈPHE
DE
SAXE, Lettre du 9 mai 1760
◪ 1762 voir les choses en noir ◪ 1767 broyer du noir
e
l’expression fait suite à voir noir et faire du noir, courants au XVIII siècle. Il se pourrait que la
notion de broyer soit liée non seulement à la technique des peintres préparant leur couleur (à
laquelle on l’associe habituellement) mais aussi à une théorie de la digestion en faveur à
l’époque : « Selon une opinion nouvelle, les membranes de l’estomac broyent les aliments que l’on
prend, comme une meule, et c’est ainsi que se fait la digestion » (TRÉVOUX, 1771). On pourrait alors
comprendre que le cerveau broie, à son tour des idées noires « M. Le Romain […] que sa mélancolie retient
dans l’obscurité de sa cahute, où il aime mieux broyer du noir dont il puisse barbouiller toute la cahute », DIDEROT, Lettre à
Sophie Volland, 1767 ■ f. XVIII
e
1787 faire mal au cœur causer de la peine, du chagrin « et précisément je me
suis trouvée à côté de ton ancienne Dulcinée du Tokoso, qui t’écrivait à Spa deux lettres d’un si bon ton qu’elles me faisaient
e
■ XIX errer comme une âme en peine se promener
tristement, sans but ni raison • mi-figue mi-raisin ne pas avoir le moral. Ce sens est ancien : « Et
m’en allay chez le voisin,/Moictié figue, moictié raisin,/N’ayant n’y tristesse, ni ioye » (Le Cabinet
satyrique, 1618) • pousser au noir voir les choses sous le jour le plus pessimiste • un crève-cœur
mal au cœur », MME DESABRAN, Journal, 12 mai 1787
« Il n’eut, de toute sa vie, que deux gros chagrins, deux gros crève-cœur », E. RAYNAUD, Souvenirs de police au temps de Félix
e
■ m. XIX 1842 avoir le cœur gros avoir du chagrin ◪ 1867 bonnet de nuit sans coiffe
homme mélancolique • broyeur de noir en chambre « écrivain mélancolique ; personne qui se
e
suicide à domicile » (DELV.) ■ f. XIX en avoir gros sur le cœur • en avoir gros sur la patate • faire
e
une tête d’enterrement dès le début du XX siècle, gueule a tendance à remplacer tête ◪ 1872
bonnet de nuit homme triste et silencieux ◪ 1894 avoir le noir « avoir l’esprit tourné aux choses
e
tristes, le plus souvent sous une influence physique » (LYON) ■ d. XX avoir le cafard apparaît dès
1895 sous la forme avoir un cafard, des idées noires (ESNAULT) « Jamais F.-B. n’a rabattu de ma joie quand
Faure, 1925
j’étais optimiste, et il savait trouver le mot qu’il faut pour m’encourager quand j’avais le cafard », J. BLANC, Le Temps des
hommes, 1948 • avoir le cœur lourd
• avoir du vague à l’âme • se laisser aller être triste, déprimé et
être dans l’incapacité de réagir « Dans mon lit, je pleurai encore, si fort que mon voisin de lit me tendit des bonbons,
comme à un gosse. – Pleure pas, mon petit, pleure pas ! Tu vas revoir le pays. Faut pas te laisser aller », J. BLANC, Joyeux, fais
e
◪ 1915 avoir le bourdon des idées noires, par imitation de cafard ■ m. XX avoir le
moral à zéro • avoir une gueule à caler des roues de corbillard développement hyperbolique de
la tête d’enterrement • avoir les boules avoir le cafard ; vers 1965, dans le langage des taulards
(Fresnes). Les boules désignent les testicules ; peut-être y a-t-il eu allusion à la frustration sexuelle
du prisonnier, à l’état dépressif qui en découle, par assimilation avec l’idée du « cœur gros », du
e
« cœur lourd », expression traditionnelle de la tristesse ■ f. XX avoir le blues « en anglais : cafard,
ton fourbi, 1947
vague à l’âme. Entre dans le langage branché via l’univers musicos. “Je me traîne un vieux blues de
l’enfer” (je n’ai pas vraiment le moral en ce moment) » (MERLE) • avoir le moral dans les
e
chaussettes ■ d. XXI être en bad très triste ; origine probable dans le vocabulaire de la drogue :
être dans un bad trip, « en descente »
e
e
■ XVII chevalier à la triste figure cette épithète a été attribuée à Don Quichotte ■ d. XVII
chacun sent son mal « en se plaignant de quelque affliction et dont on ne veut pas dire la cause »
e
e
(FUR.) ■ m. XVII 1640 triste qui n’a criste qui n’a point d’argent est mélancolique ■ m. XVIII figure
d’accident « figure triste, effarée et rendue telle comme à la nouvelle de quelque fâcheux
e
e
accident » (NISARD) ■ m. XIX triste comme un lendemain de fête ■ d. XX ces messieurs de la
famille des gens d’une gravité compassée, dans une attitude de deuil ; utilisation parodique de la
phrase rituelle du maître de cérémonie pendant des obsèques : « Ces messieurs de la famille »
« (Bettine aperçoit alors que les hommes se sont tous levés, dans une attitude sans doute inaccoutumée :) Quoi ?… Ce
protocole ?… Un malheur ?… Barzac ?… (Silence. Sourires contraints.) Ah ! ça, qu’est-ce qu’ils ont tous ?… On dirait ces
messieurs de la famille !… (Elle tape du pied sur le tapis.) Bon Dieu, d’Aigleroc, dites donc quelque chose !… », H. KISTEMAECKERS,
La nuit est à nous…, 1925
ÉMOTION
émoi, trouble
e
e
■ m. XVI changer de couleur sous l’effet d’une émotion : surprise, inquiétude, joie, etc. ■ XVII
avoir le cœur serré « J’ai le cœur serré de ma petite fille ; elle sera au désespoir de vous avoir quittée et d’être, comme
e
vous dites, en prison », SÉVIGNÉ, 1676 • aller droit au cœur ■ m. XVII avoir les larmes aux yeux ◪ 1632
toucher la grosse corde « quand on parle d’une chose qui doit faire du bruit, ou toucher vivement
celui à qui on parle » (TRÉVOUX) ◪ 1640 un feu de paille « émotion qui ne dure pas longtemps,
entreprise qu’on n’achèvera point ; d’une colère, d’un amour ou d’une autre passion qui fait
e
beaucoup de bruit et qu’on juge ne pas devoir durer longtemps » (FUR.) ■ XVIII avoir le cœur sur
les lèvres être fortement ému, troublé « J’ons près d’li, tout comm’ dans les fièvres,/La voix dans l’cu, l’cœur sur les
e
lèvres », Les Porcherons, 1773 • trembler comme une feuille ou la feuille, les feuilles… À partir du XVIII
siècle, l’expression signifie le plus souvent, comme avant, trembler de peur, mais le tremblement
e
peut désormais être dû à une autre émotion forte ■ XIX toucher la corde sensible la corde
e
comme point sensible, à toucher ou non, est une figure déjà utilisée au XVII siècle (in MOLIÈRE).
Cf. « C’étoit une corde que je voulois lui faire toucher le premier, pour sentir, au son qu’il lui
donneroit, le ton que je devois prendre à cet égard » (SAINT-SIMON) • à fendre l’âme d’une manière
extrêmement touchante, émouvante • il doit se retourner dans sa tombe s’il entendait cela, il
e
serait très vivement contrarié, choqué ■ d. XIX être aux cent coups « être bouleversé ; ne savoir
plus où donner de la tête » (DELV.) « Mme Lefèvre s’aperçut que sa bourse – une antique petite pochette de cuir, en
forme de blague à tabac, qu’elle avait toujours soin de glisser sous une pile de draps – avait disparu. Voilà la brave dame aux
cent coups ! Elle se précipite hors de chez elle, tombe chez ses voisins et leur conte la chose », A. CIM, Césarin…, 1897
•
battre la chamade chamade, à l’origine, « terme de guerre. C’est un certain son de tambour, ou de
la trompette, que donne un ennemi pour signal qu’il a quelque proposition à faire » (FUR.) « Quant à
lui, il n’avait jamais vu le blocus si complet ; il entendait son estomac battre la chamade, et il trouvait déplacé que le mauvais
destin prît sa philosophie par la famine », HUGO, Notre-Dame de Paris, 1832
• avoir l’air tout chose avoir l’air
e
bouleversé ■ m. XIX faire tourner les sangs causer une grande émotion ou inquiétude ; tourner
signifie « cailler » et le pluriel correspond à une façon de dire rurale • blanc comme un linge très
pâle, le plus souvent à cause d’une émotion violente, d’une mauvaise nouvelle apprise
brutalement • avoir des larmes dans la voix parler d’une manière très émue, comme quelqu’un
qui est près d’éclater en sanglots ◪ 1867 être tout chose « être ému, attendri » (DELV.). Au
e
e
XVIII siècle, signifiait « être dans un état désagréable » ■ f. XIX son sang n’a fait qu’un tour •
avoir la gorge serrée • être rouge comme une pivoine ◪ 1894 être tout en dare « être tout agité,
tout ému, hors de soi. “La Francine est tout en dare, son pipa veut pas la marier au Jirôme” »
e
(LYON) ■ d. XX coup au cœur un choc, une émotion vive causée par la surprise • passer par toutes
les couleurs de l’arc-en-ciel éprouver des émotions violentes, peur ou colère ; par allusion
hyperbolique aux altérations du visage • faire tout drôle ressentir un sentiment d’étrangeté ou de
bizarrerie, un choc émotionnel « Quand je le vis sans sa soutane, en complet de ville, avec une valise à la main, cela me
fit tout drôle », J. BLANC, Confusion des peines, 1943 • une voix mouillée où l’émotion est forte et où les
larmes ne sont pas loin
e
■ f. XVII 1690 un feu caché sous la cendre « amour, colère, vengeance quand elles paraissent
e
e
assoupies » (FUR.) ■ m. XVIII 1741 à froid sans émotion ■ d. XX une sensibilité d’écorché vif • ça
creuse ! Après la découverte d’un cadavre en putréfaction, E. RAYNAUD raconte : « Jaume avait
commandé une avalanche de choucroute […] qu’en tout autre cas, j’aurais qualifiée
d’appétissante ; mais nous avions le cœur encore trop soulevé de dégoût pour y prendre plaisir.
Ce n’est pas l’envie de nous restaurer qui nous talonnait. On dit que les émotions creusent, mais
pas du genre de celles que nous venions d’éprouver. Nous ne nous étions mis à table, mes amis et
moi, qu’après une longue station au lavabo et un décrassage effréné » (Souvenirs de police au
e
temps de Ravachol, 1923) ■ m. XX faire pleurer dans les chaumières attendrir. Souvent à propos
d’articles ou de films visant à faire sensation, à émouvoir – pour nul autre motif que le succès
commercial
RIRE
rigoler, se bidonner, se marrer, se gondoler, se poiler, se tordre
e
■ XVI rire à ventre déboutonné « rire de toute sa force. Rabelais pour se moquer de cette
phrase y ajoute : car autrefois on se boutonnoit le ventre » (FUR.) • s’éclater de rire formule
e
redevenue à la mode à la fin du XX siècle. Sous la forme elliptique s’éclater, a le sens plus général
e
de s’amuser ■ m. XVI rire à gorge déployée signifie « fort ». Cette locution s’est lexicalisée avec
e
e
rire, mais on en trouve du XVI au XVIII siècle d’autres utilisations : « Mais, il faut premier voir un
tour là-haut, appellant à gorge déployée : Diane, Diane, ma sœur, ouvrez la chambre » (Les
Ramoneurs, 1624) ; « Le vieux Caravas mourut aussi, qui alloit mentir partout à gorge déployée »
(SAINT-SIMON) « Le Gentil-homme luy ayant accordé cette petite requette, se mit en apres si fort a penser aux plaisants
succès qu’il venoit d’entendre, qu’il le pensa resveiller, en riant à gorge desployée », SOREL, Francion, 1623 • rire si fort
e
qu’on pourrait lui arracher les dents c’est-à-dire tant sa bouche est largement ouverte ■ XVII rire
sous cape sous cape, sans le montrer, en le cachant « L’esprit malin, voyant sa contenance,/Riait sous cape,
e
alléguait les trois fois », LA FONTAINE, Belphégor, m. XVII • éclater de rire « rire fort » (OUD.) « Il est étrange que pour
tous les Français, un homme politique, grand ou petit, c’est surtout un monsieur qui prononce de beaux discours. Peu importe,
qu’il ait du jugement. Bismarck et Disraëli firent éclater de rire lorsqu’ils parlèrent pour la première fois en public, cela ne les a
pas empêchés, je pense, d’être de grands hommes d’État… », REBELL, La Câlineuse, 1898
• rire aux anges « quand on
rit seul et sans sujet » (FUR.). DELVAU donne à cette expression une signification curieuse : « sourire
doucement en dormant » « Toutes ces idées lui donnoient une joie qui le faisoit rire, comme l’on dit,
e
aux anges », CAYLUS, Les Étrennes de la Saint-Jean, 1742 ■ d. XVII 1606 se chatouiller pour rire rire
sans raison ; « ceux lesquels à tous propos et souvent sans aucun subjet se forgent des occasions
telles quelles pour rire et gaudir, on leur met ce dicton au devant, assavoir qu’ils se chatouillent
d’eux mesmes pour se faire rire. C’est à dire sans que d’ailleurs leur en soit donné suffisante
e
occasion » (NICOT) ■ m. XVII s’épanouir la rate « rire tout son saoul » (OUD.). Les recherches des
e
chirurgiens de la fin du XVI siècle amenèrent à rendre la rate responsable de bien des maux ; son
engorgement provoquant des humeurs mauvaises, il convenait de la décharger, la déboucher,
l’épanouir par le rire. À l’inverse, le mal de rate désignait plaisamment la tristesse. Cf. « Quiconque
aura le mal de rate/Lisant ces vers gays et joyeux,/Ie veux mourir s’il ne s’esclate/De rire et ne
pleure des yeux » (Le Cabinet satyrique, 1618) « La Puisieux s’en est épanoui la rate, Mademoiselle n’osait lever
les yeux, et moi j’avais une mine qui ne valait rien », SÉVIGNÉ, 1671 ◪ 1640 crever de rire rire excessivement • rire
sous son bonnet (chapeau) « rire secrettement en soy mesme, en présence de la personne dont
e
e
on se mocque sans qu’elle s’en apperçoive » (OUD.) ■ f. XVII 1675 rire aux larmes ■ XVIII rire
comme un bossu rire énormément, aux éclats, d’une chose drôle ; « on peut accepter l’idée que
l’association bossu-homme gai ou sarcastique représente un thème culturel » (REY-CHANT.) • à
e
mourir de rire • rire aux éclats ■ d. XVIII rire dans sa barbe « Chamillart, qui, jusque-là, s’était contenté de
rire dans sa barbe, ne put s’empêcher de rendre à son tour un lardon au contrôleur général », SAINT-SIMON ◪ 1718 avoir le
fou rire un rire involontaire et incontrôlable généralement déclenché par un spectacle incongru
e
dans une circonstance grave ; on trouve d’abord la forme rire fou (1694) ■ XIX se tenir les côtes
e
au XVII siècle, on disait se tenir les côtés « Mince de rigolade ! ricane Albert. L’autre jour, en lisant le compte rendu
e
de la bataille de Gravelotte, je me tenais les côtes. C’est tordant ! », G. DARIEN, L’Épaulette, 1900 ■ d. XIX se désopiler
e
la rate désopiler au sens de « déboucher » ■ m. XIX rire comme un peigne c’est-à-dire en
montrant toutes ses dents ◪ 1842 rire comme un coffre selon QUITARD, le dessus des coffres
(meubles de luxe autrefois) était garni de cuir que l’on décorait d’inscriptions, de figures, de
« peintures généralement fort drôles, fort joyeuses et fort bizarres » ◪ 1858 se donner une bosse
de rire curieuse variation sur rire comme un bossu, peut-être par assimilation à se faire des bosses
(1799) ou une bosse (1807) – se régaler, se gaver, s’en mettre plein la lampe ◪ 1867 faire un effet
d’ivoire « rire de façon à montrer qu’on a la bouche bien meublée » (DELV.) • rire comme un cul
e
rire sans desserrer les dents ■ f. XIX s’en payer une bosse de se payer une bosse de rire, comme
on peut s’offrir un bon repas « D’autant plus qu’elle était très rigolboche, car histoire de s’en payer une bosse, mes
types avaient collé sur les voitures des squelettes anatomiques, méli-mélo avec les ensoutanés de Saint-Lazare », Le Père
Peinard, 1889
• s’en payer une tranche
« Oh ! ceuss’ là minc’ de rigolade,/On s’en paye eun’ tranch’ chez les
• se
payer une pinte de bon sang rire et s’amuser franchement. Reformulation d’allure littéraire et
archaïsante de se faire du bon sang – probablement sous l’influence de la littérature postromantique « Sa Justice de Paix, c’est sa maison préférée, son plus plaisant théâtre ! Pleine à faire craquer les murs, et c’est
chiens :/Museaux dans l’cul en enfilade,/Y fil’nt, y trott’nt, y connaiss’nt rien… » J. RICTUS, Les Soliloques du pauvre, 1897
à qui s’y paiera la meilleure pinte de bon sang, du juge, des plaideurs, ou des malins derrière, toujours avides de quelque
histoire piquante », R. BENJAMIN, Les Justices de paix, 1913 •
se tordre de rire • rire comme une baleine peutêtre un renouvellement de l’image du peigne, de l’effet d’ivoire, à cause de la représentation
caricaturale et populaire du cétacé ; comme une baleine marque l’intensité du rire, puisque
l’expression est également utilisée avec se tordre ou se rouler de rire ; cf. « Quand ma mémoire
me dira : “Ici, Casque d’Or, souviens-toi : tu t’es tordue comme une baleine !”, j’écrirai sans
ambages : “Ici Casque d’Or se roula comme une baleine !” De même, si j’ai pleuré, sans attendre
vous le saurez ! » Mémoires de Casque d’Or, 1902 • pisser de rire rire beaucoup ◪ 1880 se taper le
e
cul par terre hyperbole pour se tordre de rire, jubiler ■ d. XX se fendre la gueule image évidente,
e
dont on trouve des prémices au XVIII siècle : « Qu’il est gentil. Y s’fâche ! – Y rira : sa bouche
commence à s’fendre » (VADÉ, 1755) • sourire en coin • se marrer par antiphrase de se marrer,
« s’ennuyer ». Il est remarquable que le mot s’emploie parfois aujourd’hui ironiquement, par une
seconde antiphrase, au sens de « s’ennuyer » – ex. : qu’est-ce qu’on se marre ! – reprenant ainsi sa
valeur d’origine à l’insu des utilisateurs • être plié en quatre « vous pouviez lui parler !… lui raconter la
R.A.F. ! vous le faisiez tordre, plier en quatre ! pouffant saugrenu que vous étiez !… », CÉLINE, D’un château l’autre, 1957
◪ 1901 se boyauter se tordre, comme sous l’effet d’une colique – mais de rire. Peut provenir
d’avoir le boyau de la rigole ouvert – réfection populaire de se désopiler la rate « Pas d’angoisses
existentielles pour eux. Motivés, qu’ils sont. Pas descendus pour rien. Sauf que Camille se boyaute sous cape », BERROYER, J’ai
e
■ m. XX se fendre la pipe rire ; la pipe désigne la tête • se fendre la pêche
e
■ f. XX hurler de rire « quand on ne dérilarynxe pas encore, mais qu’on rigole un bon coup (à ne
jamais utiliser, ça fait terriblement plouc), on hurle de rire. Éviter également éclater de rire, qui est
un poil ringardos. Un spectacle à hurler de rire, c’est un spectacle comportant des passages
amusants. Sans plus » (MERLE) • se fendre la poire « Le flash ! La méga-vision ! (et là, Badette imite l’accent
e
l’espagnol à se fendre la poire !) », F. LASAYGUES, Vache noire…, 1985 ■ d. XXI se taper une barre de rire • se taper
des barres avoir le fou rire, se marrer vraiment beaucoup, à en avoir des crispations douloureuses
dans le ventre – des « barres à l’estomac » « Quand je repense à ma grand-mère, sa bravoure et ses mseumenes,
beaucoup souffert, 1981
ça me ramène à mon enfance. Je me tape des barres tout seul. – Pourquoi tu rigoles ? », R. SANTAKI, Des chiffres et des litres,
2012
e
e
■ XVII plus on est de fous, plus on rit ■ m. XVII 1640 qui rit le vendredi pleure le dimanche
« proverbe du vulgaire » (OUD.) • je ris de la bouche « c’est une response du vulgaire, à un qui veut
savoir de quoy l’on rit » (OUD.) • ris, Jean, on te frit des œufs « pour se mocquer d’un niais qui rit
mal à propos » (OUD.) • il y en a encore assez pour vous « c’est ce que dit un homme qui tombe, à
celuy qui se rit de sa chute » (OUD.) • je ne suis pas barbier pour me montrer les dents « cela se
e
dit à une personne qui rit par excès en descouvrant ses dents » (OUD.) ■ XIX pince-sans-rire
« homme caustique, qui blesse les gens sans avoir l’air d’y toucher, ou qui dit les choses les plus
bouffonnes sans se dérider » (DELV.)
RIRE FORCÉ
e
■ XVII rire du bout des dents « quand on n’a pas envie et sans force » (FUR.) « Oh dam’, tout le
monde ne peut pas en avoir de si belles que mamselle Godiche, dit Babet, en riant du bout des dents, comme Saint-Médard »,
e
■ m. XVII 1640 ris d’hôtelier « ris qui ne passe pas le nœud de la
gorge, ris feint ou intéressé » (OUD.) • rire jaune comme farine pas volontiers • un ris ne passe
e
pas le nœud de la gorge rire forcé ■ f. XVII 1690 le ris (rire) de saint Médard « mal volontiers ; ris
forcé et du bout des dents » (FUR.) ; « saint Médard était invoqué contre les maux de dents. Pour
spécifier cette vertu, les artistes le représentaient naïvement la bouche entrouverte pour
découvrir ses dents, esquissant un sourire [censé être] encourageant pour les malades qui avaient
recours à lui » (L. RÉAU, 1955) • ris sardonien « forcé et amer qui ne passe pas le nœud de la
gorge ; c’est un proverbe latin fondé sur ce qu’il y a une herbe venimeuse en Sardaigne, qui fait
une telle contraction des muscles du visage de ceux qu’elle tue, qu’ils semblent rire » (FUR.) • rire
jaune comme safran « par une antiphrase, pour dire qu’on n’a guère envie de rire » (FUR.)
e
■ d. XVIII rire jaune « rire à contre-cœur, quand on voudrait ou pleurer de douleur ou écumer de
rage » (DELV.) « [Chamillard était] très entêté, très opiniâtre, riant jaune avec une douce compassion à qui opposait des
CAYLUS, Histoire de M. Guillaume, 1740
raisons aux siennes », SAINT-SIMON
PLEURER
brailler, braire, chialer, pleurnicher, sangloter
■ m.
XII
e
1165 mener chaudes larmes ■
XIV
e
pleurer comme une Madeleine
« Non mie blanc
comme Hélaine,/Non mie plourant com Magdaleine,/Non Argus, mais du tout avugle,/Et aussi pesant comme un bugle », Le
e
• fondre en larmes pleurer fort ■ XV la larme à l’œil l’envie de pleurer « Parmy
e
les gens rire la lerme à l’ueil,/Son semblant feindre, souffrir douleur/Et ne s’en oser plaindre », A. CHARTIER, in LITTRÉ ■ m. XV
Ménagier de Paris, 1393
e
1464 pleurer à chaudes larmes ■ XVI pleurer comme une vache « sans sujet, et laschement »
e
(OUD.) ■ f. XVI pleurer comme un veau « La Roine régnante (comme bon sang ne peut mentir) le pleura fort et à
bon escient ; la Roine-mère, pour la forme, selon sa coustume ; le cardinal de Bourbon, comme un veau », P.
e
DE
L’ESTOILE,
■ d. XVII chier des yeux pleurer abondamment ; l’expression fut très
e
courante dans le langage populaire du XVII siècle « En lieu de conté me n’afere,/Fleurenche, je me mis à braire,/
e
À viper, à chié des yeux », L. PETIT, La Muse normande, 1658 ◪ 1624 des larmes de crocodile au XVI siècle, on
Mémoires-Journaux, v. 1587
trouve la forme larmes de cocodrile. « Larmes d’un hypocrite, une feinte douleur qui ne tend qu’à
surprendre quelqu’un. Les pleurs des courtisannes sont des larmes de crocodile ; larmes feintes de
ceux qui versent des pleurs sans être véritablement affligés » (FUR.) « BONNE : Vous me faites une telle pitié
que vous regardant mes yeux à peine se peuvent tenir de pleurer ; hé ! la pauvre petite menonne. – MARTIN : Bon, voilà des
e
■ m. XVII les larmes
aux yeux • avoir le don des larmes pleurer facilement • pleurer comme un enfant
abondamment, sans pouvoir retenir ses larmes « Tous les gardiens de la paix présents pleuraient comme des
larmes de Crocodille qui celebrent les prochaines funérailles d’un pucelage », Les Ramoneurs, 1624
◪ 1640 faire la
lèchefrite « pleurer ou faire la mine d’un pleureur ; parce que la bouche ou la lèvre s’eslargit en
forme de lechefritte » (OUD.) • faire la lippe « faire mauvaise mine ; advancer la lèvre en
e
pleurant » (OUD.) • grand bêleur grand pleureur ■ f. XVII 1690 couper la voix sanglots qui
e
empêchent de parler ■ d. XIX avoir toujours la larme à l’œil être toujours sur le point de pleurer
e
■ m. XIX 1865 y aller de sa larme « ne pas craindre de se montrer ému, au théâtre ou dans la vie,
à propos d’un événement touchant, réel ou fictif. Argot des gens de lettres et des faubouriens »
(DELV.) « Ah ! comme je croyais bien que tout cela était arrivé ! Comme “j’y allais de ma larme !” Comme je m’attendrissais
bien sur les malheurs de la jeune première », DELVAU, Les Heures parisiennes, 1865 ◪ 1867 pleuvoir des châsses •
enfants et pourtant ces hommes n’étaient pas des femmelettes », E. CORSY, La Médaille de mort, 1905
lansquiner des châsses • chigner des yeux • châsser des reluits • chier des châsses ■ f.
e
XIX
pleurer toutes les larmes de son corps ◪ 1872 il y a de l’oignon « il y a des gémissements.
Allusion aux pleurs que l’oignon fait verser » (LARCH.) « S’prend’ de bec, c’est la mode, et souvent il y a de
l’oignon », DUPEUTY, in LARCHEY • lâcher le robinet « pleurer. Mot à mot : lâcher le robinet de la fontaine
des larmes » (LARCH.) ◪ 1883 baver des clignots ◪ 1894 baver comme un escargot « pleurer
abondamment. “As-te vu la Catiche à son mariage ? Quand i z’ont étendu le panaire sus le
e
chignon, elle bavait comme n’escargot” » (LYON) ■ d. XX être au bord des larmes très ému, sur le
point de pleurer de tristesse ou de joie
e
■ f. XVI lâcher la bonde à ses larmes « les laisser couler » (FUR.) ; on trouve dès le milieu du
siècle détouper la bonde dans le même type de contexte, cf. « mais à l’instant qu’elle eut getté
l’œil sur le cors mort de Rhomeo, elle commença à destoupper la bonde à ses larmes »
e
(P. BOAISTUAU, Histoires tragiques, 1559) ■ m. XVII 1640 nos souris ont soif « cela se dit lors qu’on
e
voit pleurer un enfant » (OUD.) ■ f. XVII 1690 il rit comme on pleure à Paris en se moquant d’un
enfant qui pleure • être sur le pont de sainte Larme « ironiquement à un enfant qui témoigne
e
quelque envie de pleurer » (FUR.) ■ m. XIX 1842 femme rit quand elle peut et pleure quand elle
e
veut • à toute heure, chien pisse et femme pleure ■ d. XX pleure pas, tu la reverras ta mère !
SOUPIRS
e
e
e
■ m. XVII 1640 jeter des soupirs ■ XIX à fendre l’âme ■ f. XIX 1894 des soupirs comme des
pets de vache « “cette jeune personne poussait des soupirs comme des pets de vache” c’est-àdire de très gros soupirs » (LYON)
ENNUI
ENNUI
barbe, monotonie, désœuvrement, emmerdement, lassitude,
langueur, spleen
e
■ XV mourir sur bout probablement de l’idée d’une fleur qui fane sur sa tige (sèche sur pied)
« Helas ! je vous pris, si vous n’en sentez nulles, aiez au moins compassion de moy qui meurs sur bout si je ne voy bien bref ma
e
e
■ d. XVII 1608 tuer le temps ■ m. XVII 1640 pousser le temps à
l’épaule « dilayer, user de delay ; passer le temps avec peine » (OUD.) ■ 1671 sécher sur le pied la
locution se rencontre dès 1640, époque à laquelle elle signifie « estre en grande peine ou
mélancolie » (OUDIN) ; son sens a ensuite évolué vers « s’ennuyer » « J’ai fort envie de savoir des nouvelles
dame », Cent Nouvelles Nouvelles, 1467
de ce pays-là. Je suis accablée de celles de Paris ; surtout la répétition du mariage de Monsieur me fait sécher sur le pied »,
e
◪ f. XVII 1690 béer aux corneilles « être oisif, s’ennuyer, ne rien faire. Il y a bien des
courtisans qui béent aux corneilles, qui sont longtemps à la Cour sans rien attraper » (FUR.) •
SÉVIGNÉ, 1671
e
e
compter les heures s’ennuyer beaucoup ■ XIX errer comme une âme en peine ■ d. XIX en avoir
plein le dos « être assommé d’ennui » (LARCH.) « Tu sais que j’ai de la maison plein le dos ? », DÉSAUGIERS
e
■ m. XIX se regarder dans le blanc des yeux n’avoir rien à faire ni rien à dire. S’ennuyer en
compagnie de quelqu’un « Vous pensez bien que je ne me résigne pas à cet abandon. Nous ne pouvons pas rester ainsi
sans cesse au coin de notre feu à nous regarder dans le blanc des yeux », H. MONNIER, Joseph Prudhomme, 1857 ◪ 1867 se
faire vieux avoir hâte de partir « Je me fais vieille sur cette grande route, heureusement déserte à cette heure… J’ai
hâte d’arriver à Blois », A. DELVAU, Par un beau soir d’été, 1867 • piler du poivre s’ennuyer à attendre •
s’emmerder à vingt-cinq francs par tête s’ennuyer considérablement • faire suer « ennuyer
outrageusement par ce qu’on fait ou par ce qu’on dit ; faire lever les épaules de pitié ou de
dédain » (DELV.) « Vous me dites mignonne, avec l’accent de l’âme : Tais-toi donc ! tu me fais suer », Almanach du
hanneton, 1867 • n’être pas à la noce s’ennuyer • fumer sans pipe et sans tabac s’ennuyer •
s’embêter comme une croûte de pain derrière une malle s’ennuyer extrêmement. « Mot à mot :
dessécher d’ennui » (LARCH.) « Va dîner avec Monsieur Colomb au restaurant. – Et toi tu te morfondras comme une
e
croûte de pain derrière une malle ? », R. BENJAMIN, Grandgoujon, 1919 ■ f. XIX s’emmerder à cent sous de
l’heure la valeur monétaire de l’ennui mortel peut varier « Dans la nuit de vendredi dernier, quatre pauvres
pioupious et un caporal étaient à cet endroit et s’y emmerdaient à vingt francs l’heure », Le Père Peinard, 1890 •
s’embêter comme un rat mort ◪ 1883 se marrer s’ennuyer à mourir. De l’espagnol mareo, mal de
mer et ennui. Ce sens a peu subsisté après 1900. Cependant : « ANGÈLE (se tournant vers les autres en
affectant une gaieté folle) : Eh ben, les enfants ? On se marre quand la Môme pose sa chique [On s’ennuie quand je me tais] ?
Qu’est-ce qui me défie de descendre l’escalier avec mon arpion dans la pince ? Elle prend son pied droit dans la main »,
e
d. XX en avoir fait le tour être blasé d’une chose que l’on connaît
trop bien, où il n’y a plus rien à découvrir ; métaphore d’un monument que l’on a admiré de tous
les côtés « Ce salaud de printemps il m’avait réveillé une belle maladie, nom de Dieu. J’étais plus assez, avec moi seul, j’en
avais marre de moi, j’en avais fait le tour », J. MECKERT, Les Coups, 1942 • se faire tartir tartir, « chier » en argot,
est utilisé depuis au moins le début du xixe siècle ; l’expression se faire tartir est donc
D. LESUEUR, Le Masque d’amour, 1905 ■
probablement plus ancienne que ses attestations écrites ■ m.
mort
e
XX
se faire chier comme un rat
CHOSES ENNUYEUSES
e
■ m. XVII c’est la mer à boire « se dit de toute chose ennuyeuse ou difficile à faire ; et de
toute affaire qui traîne en longueur et ne peut aboutir » (DELV.) ◪ 1640 une enveloppe « une
personne ennuyeuse, incommode, maladroitte » (OUD.) • long comme un jour sans pain • la
e
chanson de Robin un discours ennuyeux ■ f. XVII 1690 un robinet d’eau tiède personne aux
discours ennuyeux • une longue litanie (kyrielle) « une longue suite de personnes, de titres ou de
paroles qui composent un récit ennuyeux » (FUR.) • longue comme un jour de jeûne chose
e
e
ennuyeuse ■ XIX vieille barbe individu ennuyeux ■ m. XIX ennuyeux comme la pluie ◪ 1867
donner la migraine à une tête de bois « être excessivement ennuyeux, – dans l’argot des gens de
e
lettres. L’expression appartient à Hippolyte Babou » (DELV.) ■ f. XIX être rasoir ennuyeux ; se dit
aussi bien de quelqu’un que de quelque chose « L’ÉLÈVE : Ah ! la ferme !… LE PROFESSEUR : Hein ? Qu’est-ce que vous
dites ? L’ÉLÈVE : Je dis : la ferme, c’est rasoir ! », MATRAT et VERSE, Premier début, 1904
■ d.
e
XX
être chiant comme la
pluie
BONHEUR
félicité, enchantement, euphorie, ravissement, extase, contentement,
béatitude, aise, bien-être
e
■ XV être ravi au troisième ciel c’est-à-dire « emporté au ». Dans la cosmologie de BÈDE, au
e
XIII siècle, la Terre est entourée de sept cieux sphériques : l’air, l’éther, l’olympe, l’espace
enflammé, le firmament des astres, le ciel des anges, le ciel de la Trinité « Il est ravy trop plus hault qu’aux
e
tiers cieulx/Et prend pour soy tousjours la chose au mieulx », A. CHARTIER, d. XVe ■ m. XVI heureux comme des petits
e
rois ■ XVII être bien aise • avoir des jours filés d’or et de soie « Je souhaite à Pauline des jours filés d’or et
e
de soie, mais avec un autre que son amant de Rome », SÉVIGNÉ, 1689 ■ m. XVII être sur un lit de roses les anciens
Sybarites, amoureux des voluptés, dont HÉRODOTE raconte qu’ils bannirent les coqs de leur cité par
crainte d’être éveillés trop matin, sont traditionnellement représentés allongés sur des lits de
roses ◪ 1640 mordre à la grappe « il est ravy, il prend un extrême plaisir » (OUD.) • il est en son
lustre « il est fort content, son visage fait paroistre son contentement » (OUD.) • ne pouvoir tenir
en sa peau « estre ravy d’aise » (OUD.) • faire revenir le cœur réjouir • je n’en prendrai pas dix
écus je suis extrêmement aise de cela • chère entière « bien à soupper, et une femme à coucher
la nuit avec soy » (OUD.) • c’est un grand coup (un coup du ciel) un grand bonheur • il nage il est
extrêmement aise • être à gogo être à son aise • heureux comme un poisson dans l’eau fort à
son aise • il a été tout jeune et joyeux de le faire « il a esté bien heureux ou bien aise, ce luy a
e
esté une grande faveur » (OUD.) ■ f. XVII ne pas être à plaindre ◪ 1690 être comme un coq en
pâte « homme bien couvert et bien chaudement dans son lit, et qui ne montre que la tête », un
coq étant « un notable bourgeois » (FUR.) • reposer son humanité « en raillerie, se mettre à son
aise, chercher ses commodités » (FUR.) • les mains sous le menton, les coudes sur la table à sa
e
e
commodité ■ m. XVIII être heureux comme un roi ■ f. XVIII voir tout couleur de rose c’est-à-dire
sous son aspect agréable, avec optimisme ; l’idée de l’illusion de cette façon de voir est présente
dès l’époque d’apparition de l’expression, cf. : « […] ce n’est point en faisant des motions couleurs
e
de rose, mais en exécutant avec fermeté les décrets de l’assemblée […] » (HÉBERT, 1791) ■ d. XIX
être au troisième ciel « MOULÉ : Quel charmant repas !… Je suis au troisième ciel !… – TOUPET (à part) : Oui… oui… mais tu
pourras bien descendre à la cave tout-à-l’heure », P. DE KOCK, Le Pompier et l’Écaillère, 1837
• être aux anges comme
au paradis. Peut-être sous l’influence de rire aux anges « J’étais aux anges ; je passai une journée délicieuse »,
e
VIDOCQ, Mémoires, 1828 ■ m. XIX voir tout en rose • la couler douce vivre confortablement « Ah ! je ne
sais pas quand il se passera, mais j’ai un fier béguin pour toi. Tu la couleras douce avec moi, je t’en réponds », L.
DE
NEUVILLE
◪ 1842 être dans la gloire de Niquée « c’est-à-dire au comble de la joie, de la satisfaction, de la
prospérité, dans l’enivrement des plaisirs et des honneurs » (QUIT.). Qu’est-ce que Niquée ? La
princesse Niquée, mère de dom Flo