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Bactéries anaérobies et résistances aux antibiotiques
Article in Revue Francophone des Laboratoires · September 2018
DOI: 10.1016/S1773-035X(18)30256-9
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6 authors, including:
Rémy Froissart
Anne-Laure Bañuls
French National Centre for Scientific Research
Institute of Research for Development
65 PUBLICATIONS 967 CITATIONS
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Godreuil Sylvain
Institute of Research for Development
154 PUBLICATIONS 1,378 CITATIONS
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SEE PROFILE
Dossier scientifique
Bactéries anaérobies
et résistances aux antibiotiques
Yann Dumont1,2,*, Remy Froissart2, Anne-Laure Bañuls2, Lucas Bonzon1, Hélène Jean-Pierre1,
Sylvain Godreuil1,2
1 Hôpital Arnaud de Villeneuve, CHU de Montpellier, Laboratoire de bactériologie, Université de Montpellier, Montpellier, 191 Avenue du
Doyen Gaston Giraud, 34295 Montpellier Cedex 5, France.
2 UMR MIVEGEC IRD-CNRS-Université de Montpellier, IRD, Montpellier, France.
*Auteur correspondant : [email protected] (Y. Dumont).
RÉSUMÉ
MOTS CLÉS
antibiotiques
◗ bactéries anaérobies
◗ épidémiologie
◗ Europe
◗ résistance
◗
KEY WORDS
anaerobic bacteria
antibiotics
◗ epidemiology
◗ Europe
◗ resistance
◗
◗
© 2018 – Elsevier Masson SAS
Tous droits réservés.
© DR KARI LOUNATMAA/SPL/PHANIE
Le terme « bactéries anaérobies » recouvre de nombreuses
espèces phylogénétiquement très différentes. Ainsi, si on retrouve
quelques résistances naturelles communes, chaque espèce présente des résistances naturelles et une épidémiologie de la résistance différente qu’il faut connaître pour orienter les médecins
vers des antibiothérapies efficaces. Les résistances acquises
peuvent toucher la majorité des molécules utilisées dans les infections à anaérobies, même si dans la majorité des cas les souches
restent fréquemment sensibles aux associations pénicilline inhibiteur de béta-lactamase (et notamment à la pipéracilline tazobactam), aux carbapénèmes et au métronidazole. Cependant, la mise
en évidence de souches multirésistantes parmi les Bacteroides du
groupe fragilis, très fréquemment impliqué dans les infections, les
échecs cliniques associés à ces souches, et l’évolution des résistances pour certains antibiotiques, montre que, comme pour les
entérobactéries au cours des dernières décennies, la situation est
en train de changer. Il est donc essentiel de tester la sensibilité des
souches isolées dans les situations cliniques critiques et pour les
espèces les plus pourvoyeuses de résistance. Pour les souches les
plus résistantes, l’utilisation d’autres classes antibiotiques (oxazolidinones, nouvelles cyclines) devra alors être envisagée.
ABSTRACT
Anaerobic bacteria and antibiotic resistances
The term “anaerobic bacteria” covers many phylogenetically very different species.
Thus, if we find some common natural resistance, each species has natural resistance and epidemiology of the different resistance that must be known to guide
physicians to effective antibiotic therapy.The resistances acquired can affect most of
the molecules used in anaerobic infections, although in most cases the strains are
frequently sensitive to penicillin-beta-lactamase inhibitor associations (and especially
piperacillin tazobactam), carbapenems and metronidazole. However, the demonstration of multiresistant strains among the Bacteroides of the fragilis group, which is very
frequently involved in infections, the clinical failures associated with these strains, and
the evolution of resistance for certain antibiotics, shows that, as for enterobacteriaceae during in recent decades, the situation is changing. It is therefore essential to
test the susceptibility of isolated strains in critical clinical situations and for the most
resistant species. For the most resistant strains, the use of other antibiotic classes
(oxazolidinones, new cyclins) should then be considered.
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Dossier scientifique
Introduction
Comme toutes les bactéries, les bactéries anaérobies
sont sujettes à des résistances aux antibiotiques. Si elles
ne sont pas comparables aux bactéries hautement résistantes émergentes (BHRe) comme les entérocoques
résistants aux glycopeptides ou les entérobactéries
résistantes aux carbapénèmes, les bactéries anaérobies
peuvent exprimer de nombreuses résistances, naturelles
ou acquises. Si elles sont bien connues et maîtrisées
pour certains genres, avec des seuils critiques de CMI
et des fréquences de sensibilité concordantes dans la
littérature, on ne connaît pour d’autres espèces que des
répartitions de concentrations minimales inhibitrices
(CMI), sans bien connaître la corrélation qu’il peut y
avoir entre ces CMI et la probabilité d’un échec clinique.
Par conséquent, seules des valeurs critiques communes
à l’ensemble des anaérobies (cas du référentiel CASFM)
ou séparés en aérobie à Gram positif ou négatif (cas
des seuils de l’Eucast) ne sont donnés, accompagnées
de quelques règles d’expertises. L’objectif de ce chapitre
est de décrire les résistances observées chez les bactéries anaérobies et leurs mécanismes, illustrées par les
données récentes de la littérature Européenne quant
à leurs incidences.
Résistances naturelles
Le référentiel du Comité de l’antibiogramme de la
société française de microbiologie liste quatre résistances
naturelles chez les bactéries anaérobies : les aminosides,
l’aztréonam (exception faite des Fusobacterium), le triméthoprime et les quinolones. Il est cependant à noter
que, les bactéries anaérobies n’appartenant pas à une
entité phylogénétique unique et ces résultats ayant principalement été mis en évidence chez les Bacteroides et
les Clostridium, des exceptions pourraient être trouvées.
La résistance aux aminosides est directement due au
métabolisme des bactéries anaérobies. Si les ribosomes
d’espèces anaérobies sont bien sensibles à ces molécules, ces dernières nécessitent un transport actif à travers la membrane pour rejoindre leurs cibles. Or, du fait
des différences métaboliques spécifiques aux bactéries
anaérobies, ce transport actif est absent (Clostridium
perfringens) ou déficient (Bacteroides fragilis) chez les
bactéries anaérobies, expliquant l’absence d’activité
de cette famille d’antibiotique [1]. Cependant, comme
pour les streptocoques, une activité synergique de la
gentamicine avec la pénicilline, la clindamycine et, plus
rarement, le métronidazole chez certaines souches de
Prevotella et de Porphyromonas a pu être observée in
vivo et chez l’animal [2]. Cette activité est toutefois à
relativiser, la baisse de pH fréquemment constatée localement lors d’une infection étant un autre mécanisme
limitant l’action de ces molécules.
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La résistance à l’aztréonam est quant à elle due à la
faible affinité de cette molécule pour les protéines liant
la pénicilline (PLP) des bactéries anaérobies, notamment celles des PLP 1 et 3, responsable de l’activité de
cette molécule chez les bactéries à Gram négatif [3].
La résistance au triméthoprime provient d’une forte
activité dihydrofolate réductase des bactéries anaérobies, provoquant une hausse de CMI pouvant aller
jusqu’au centuple comparée à Escherichia coli [4].
L’activité synergique du triméthoprime avec le sulfamethoxazole est toutefois conservée chez une partie
des souches [5].
Enfin, une grande partie des fluoroquinolones possède une faible activité sur les bactéries anaérobies,
dont l’ofloxacine, la ciprofloxacine et la lévofloxacine. Il existe cependant des fluoroquinolones ayant
une forte activité contre les bactéries anaérobies [6].
Parmi celles-ci, seule la moxifloxacine est actuellement
disponible en France, mais des résistances acquises
peuvent être rencontrées.
Bactéries à Gram négatives
Genre Bacteroides
Le genre Bacteroides, et notamment le groupe Bacteroides du groupe fragilis, est le plus grand porteur de
résistance chez les anaérobies. Ces bactéries étant
fréquemment rencontrées en pratique clinique (infections intra-abdominales ou gynécologiques), leurs
résistances naturelles et leurs résistances acquises les
plus fréquentes doivent régulièrement être prises en
compte dans les antibiothérapies probabilistes. Ces
espèces sont naturellement résistantes aux aminopénicillines, au céfamandole, au céfuroxime et à la céfalotine, ainsi qu’à la fosfomycine, aux glycopeptides et
aux polymyxines (colistine et polymyxine B). La présence d’une pénicillinase naturelle (CepA) est associée à la résistance aux aminopénicillines. Cette pénicillinase n’est cependant pas présente ou exprimée
chez toutes les souches, et certaines souches peuvent
donc avoir des concentrations minimales inhibitrices
(CMI) sensibles [7]. La sensibilité des Bacteroides aux
céphalosporines de 3 e génération est considérée
comme médiocre, et tout résultat sensible doit être
considéré comme intermédiaire (CASFM 2013, encore
valable pour l’interprétation des sensibilités chez les
bactéries anaérobies). Les antibiotiques fréquemment
sensibles sur ces espèces sont le métronidazole, les
associations pénicillines-inhibiteurs (contrairement
aux associations céphalosporines inhibiteurs, l’adjonction de ce dernier ne suffisant pas à rattraper la faible
affinité des premières pour les PLP), la céfoxitine, les
carbapénèmes, la clindamycine, la tigécycline, le métronidazole, et aussi le linézolide.
De nombreux mécanismes de résistance peuvent
être retrouvés chez Bacteroides. Le principal méca-
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Dossier scientifique
Les bactéries anaérobies
inhibiteurs de béta-lactamase pour lesquelles moins
nisme de résistance à la céfoxitine est une diminution
de 1 % des souches étaient alors résistantes [12].
de l’affinité de certaines PLP à cette molécule, mais
Ces taux de résistance relativement faibles ne doivent
cette résistance peut aussi être imputable à un autre
pas pour autant rassurer : de nombreuses souches multype de béta-lactamase, CfxA, transportée par un élétirésistantes (résistance à au moins 3 classes d’antibioment génétique mobile [7,8]. La béta-lactamase de
tiques différentes) ont été décrites depuis le début des
type métalloprotéinase CfiA (aussi appelée ccrA) peut
années 2000, causant plusieurs décès. De même, un clone
être responsable d’une perte d’activité de l’ensemble
portant nimB et cfiA en plus de plusieurs autres gènes
des béta-lactamines, mais de nombreuses souches
de résistance aux antibiotiques (tet, erm) a été récemconservent une sensibilité aux carbapénèmes du fait
ment mis en évidence dans plusieurs pays d’Europe [14].
d’une expression variable du gène en fonction de l’inCe clone semble toutefois garder une sensibilité à la
sertion d’un promoteur efficace en amont (élément
tigécycline, au linézolide et, dans une moindre mesure,
d’insertion notamment) [7]. Une imperméabilité de la
à la moxifloxacine.
paroi peut être associée à chacun de ces mécanismes,
renforçant la résistance et diminuant l’effet des inhibiteurs [9].
Genre Prevotella
De nombreux types de gènes nim ont été mis en éviLe genre Prevotella, séparé du genre Bacteroides depuis
dence chez des Bacteroides, portés soit par des plasla fin des années 1980, est naturellement résismides, soit par des transposons. Ils entraînent
tant aux sulfamides, à la fosfomycine, à
une diminution de la sensibilité au
l’acide fusidique, et aux glycopeptides.
métronidazole, mais d’autres mécaCe genre ne possède pas de pénicillinismes de résistance non-transnase constitutive, et peut donc être
De
nombreuses
missibles à cet antibiotique sont
sensible aux pénicillines sans inhiaussi rencontrés [10]. Plusieurs
souches
biteurs. De nombreuses souches
gènes de résistance aux macrosont toutefois porteuses du
multirésistantes
ont
lides et apparentés ont été
gène cfxA, induisant une résisdécrits chez Bacteroides (gènes
été décrites depuis le
tance aux pénicillines mais sur
erm, linA, mefA, msrSA), parfois
début
des
années
2000,
laquelle les inhibiteurs sont actifs
retrouvés associés dans une
[15,16].
Cette béta-lactamase à
même souche, et fréquemment
causant plusieurs
spectre
étendu
peut aussi induire
responsables de résistances in
décès
une
résistance
au
céphalosporine
vitro [7]. Le gène tetQ est respone
de
3
génération,
mais
elle n’est pas
sable, quant à lui, de la majorité des
active
sur
la
cefoxitine
[17].
Comme
résistances à la tigécycline observées,
pour
le
genre
Bacteroides,
des
gènes
de résismême si d’autres gènes ont été décrits [7].
tances
aux
macrolides
et
apparentés
(erm
notEnfin, il n’a pas encore été décrit de souche résistamment)
et
aux
cyclines
(tetQ)
ont
été
décrits
[17],
tante au linézolide, mais cet antibiotique reste peu
ainsi que la présence de gènes nim, et notamment le
fréquemment testé, même dans les cas les plus
gène nimI chez P. baroniae (qui pourrait être constitutif
problématiques [11].
chez cette espèce, mais n’est pas systématiquement
Certains taux de résistances observés en Europe
exprimé) [18].
sont relativement faibles : environ 90 % des souches
Deux études européennes récentes, une publiée par
sont sensibles à l’association amoxicilline acide claUlger Toprak et al. portant sur 508 souches, et l’étude
vulanique, et aussi à l’association pipéracilline-tazoT.E.S.T. portant sur 1 106 souches, montrent que le
bactam (à l’exception notable de B. thetaiotaomigenre Prevotella est fréquemment sensible aux assocron, pour lequel entre 55 % et 70 % des souches
ciations pénicilline-inhibiteur (> 90 %), à la cefoxitine
sont sensibles) et à la céfoxitine, plus de 95 % des
(99,6 %), aux carbapénèmes (> 99 %), au métronidazole
souches sont sensibles au méropénème et plus de
(> 99 %) et à la tygécycline (100 %). La moxifloxacine
99 % au métronidazole [12,13]. La clindamycine, à l’inreste fréquemment sensible (81,7 %) mais, à l’instar
verse, est régulièrement retrouvée résistante. Alors
des Bacteroides, un tiers des souches sont résistantes
que seulement 12 % des souches étaient résistantes
à la clindamycine [13,19].
avant les années 1990, leur fréquence a fortement
augmenté : si moins de 22 % des B. fragilis stricto sensu
Genre Porphyromonas
restent sensibles, les autres espèces ont un taux de
résistance avoisinant les 50 % [13]. De même, le
Le genre Porphyromonas, lui aussi distingué du groupe
taux de résistance à la moxifloxacine s’élève jusqu’à
Bacteroides depuis la fin des années 1980, est naturel13 % [12]. L’ensemble de ces résistances est en
lement résistant à la fosfomycine et aux polymixines.
augmentation nette depuis le début des dernières
Peu de résistances ont été décrites en Europe chez les
années, surtout pour les associations pénicillines
différentes espèces de Porphyromonas. Seule la présence
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d’une béta-lactamase de type CfxA a été décrite [20].
Les études rapportent de très faibles taux de résistance
pour l’amoxicilline, les associations pénicilline-inhibiteurs, la clindamycine et le métronidazole [21]. Il faut
cependant noter que des résultats radicalement différents ont été obtenus dans une étude Colombienne, où
des taux de résistance de 20 à 25 % ont été observés
pour l’amoxicilline, la clindamycine et surtout le métronidazole [22].
Genre Clostridium
Les Clostridia présentent des résistances naturelles aux
polymyxines et à la fosfomycine. Cependant beaucoup
d’espèces possèdent des résistances propres. C. perfringens est sensible à l’ensemble des béta-lactamines
(céphalosporines comprises), à l’inverse de C. difficile qui
possède une résistance naturelle aux céphalosporines
et à la céfoxitine. C. innocuum possède une résistance
de bas niveau à la vancomycine (mais pas à la teicoplanine) du fait d’une modification des précurseurs du
Genre Fusobacterium
peptidoglycane [29]. Les espèces C. butyricum, C. closLes Fusobacterium possèdent une résistance naturelle
tridiiforme et C. ramosum peuvent posséder des bétade bas niveau aux macrolides. Deux espèces, F. varium et
lactamases. Celles de C. butyricum sont sensibles aux
F. mortiferum, possèdent de plus une résistance natuinhibiteurs de béta-lactamase, mais celles portées
relle à la rifampicine. La production d’une bétapar C. clostridiiforme et C. ramosum ne peuvent
lactamase est possible, mais reste cepenêtre inactivées aux concentrations théradant rare [21]. Très peu de résistances
peutiques. C. tertium, enfin, est résistant
ont été décrites jusqu’alors dans ce
à l’ensemble des béta-lactamines, au
genre [21].
métronidazole et à la clindamycine,
Peu d’études récentes
ne laissant comme seules alternaGenre Veillonella
tives que les glycopeptides et les
se sont intéressées aux
Les espèces du genre Veillooxazolidinones. Des résistances
taux de résistance des
nella possèdent un bas niveau
à la clindamycine et aux cyclines
de résistance aux macrolides,
clostridia, à l’exception
liées à des gènes erm (ermQ et B
et une résistance aux glycopepchez C. perfringens, et ermB et Z
de C. difficile
tides. Environ 60 % des souches
chez C. difficile principalement) et
sont résistantes à la pénicilline, et
tet (tetP nottamment), respective40 % à l’amoxicilline [23]. Un peu
ment, ont été mises en évidence.
plus de 10 % des souches ont une
Peu d’études récentes se sont intéresrésistance à la tétracycline, de par l’acsées aux taux de résistance des clostridia, à
quisition d’un gène tetM [24].
l’exception de C. difficile. L’étude T.E.S.T. rapporte
chez C. perfringens des taux de sensibilité de 82 % pour
la pénicilline, 90 % pour la clindamycine, 98 % pour la
Autres bacilles à Gram
pipéracilline-tazobactam, et enfin plus de 99 % pour le
métronidazole et le méropénème [13]. Wybo et al. ont
négative
rapporté en 2014, sur une collection de souches belges,
Suterella wadsworthensis présente fréquemment une
des taux de sensibilité similaires (sans distinguer les
résistance au métronidazole, à la pipéracilline et à
espèces de clostridia), ainsi que des taux à 90 % pour la
l’association pipéracilline tazobactam. L’amoxicilline
céfoxitine, 100 % pour l’amoxicilline acide clavulanique,
acide clavulanique, la cefoxitine et le méropénème
et 66 % pour la moxifloxacine [30].
sont très sensibles. Un quart des souches observées
Pour l’espèce C. difficile, outre un très faible niveau de
présentaient une résistance à la clindamycine [25].
sensibilité à la clindamycine, les souches restent très
Chez les souches de Campylobacter, C. gracilis peut
sensibles au métronidazole et aux glycopeptides, ainsi
présenter des résistances à la pipéracilline avec et
qu’aux carbapénèmes [31].
sans tazobactam, ainsi qu’à la clindamycine et à la
tétracycline. L’espèce C. rectus apparaît souvent senGenre Actinomyces
sible [26].
Les bactéries du genre Actinomyces sont naturellement
Les Desulfovibrio sont résistants à la pipéracilline
résistantes au métronidazole (absence du métabolisme
avec ou sans tazobactam, et à la céfoxitine. Cerciblé), mais sont fortement sensibles aux aminopéniciltaines souches sont porteuses d’une béta-lactamase
lines. Des souches de sensibilité diminuée à la pipérainhibable par l’acide clavulanique. L’imipenème et le
cilline-tazobactam ont été rencontrées chez certaines
métronidazole ont une très bonne activité [27].
espèces (A. europaeus, A. funkei et A. turicensis), ainsi qu’à la
Enfin, les Dialister restent très sensibles, même si
ceftriaxone (A. europaeus) [32]. Le linézolide et la clindacertaines souches présentent des sensibilités dimimycine sont aussi très fréquemment sensibles et peuvent
nuées à la pipéracilline, à la rifampicine ou encore au
donc être utiliser en alternative aux pénicillines [33].
métronidazole [28].
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Dossier scientifique
Les bactéries anaérobies
Genre Propionibacterium
Les Propionibacterium sont aussi naturellement résistants
au métronidazole, et sont très sensibles aux aminopénicillines et aux céphalosporines, ainsi qu’à la vancomycine, aux fluoroquinolones et au linézolide [34,35].
Cependant, en Europe, des résistances à l’érythromycine et à la clindamycine sont observées chez plus 15 %
des souches de P. acnes, avec de fortes disparités en
fonction des pays, la Croatie présentant par exemple
deux tiers de souches résistantes [35]. Les résistances à
la tétracycline sont principalement dues à une mutation
de l’ADN 16S, pouvant toucher les autres cyclines [36].
Dans les infections osseuses ou sur matériel, une association avec la rifampicine (qui possède un effet anti-biofilm)
est intéressante. Cette molécule ne doit cependant évidemment pas être utilisée en monothérapie, et des résistances acquises ont été décrites dans plusieurs phylotypes,
illustrant le risque de résistance acquise par mutation [37].
Genre Lactobacillus
Les espèces hétérofermentaires sont naturellement
résistantes au glycopeptides (L. brevis, L. casei et paracasei,
L. fermentum, L. confusus, L. plantarum, L. reuteri, L. rhamnosus) du fait du remplacement des terminaisons D-Ala des
précurseurs du peptidoglycanes par D-Ser ou D-lactate.
En dehors de cette résistance, il y a peu d’unité entre
les espèces. Quatre profils de sensibilités ont été décrits
par Golstein et al. en 2015 [38] :
◗tgroupe VR1 (L. casei, paracasei et rhamnosus) résistant
à la vancomycine et à la ceftriaxone
◗tgroupe VR2 (L. fermentum, vaginalis, etc) résistant à la
vancomycine mais moins fréquemment sensible à la
ceftriaxone
◗tgroupe VS1 (groupe L. gasseri/johnsonni, L. jensenii)
sensible à la vancomycine, aux carbapénèmes et au
linézolide
◗tgroupe VS2 (L. acidophilus, crispatus, delbrueckii, iners,
oris) sensible à la vancomycine et aux carbapénèmes,
mais pas au linézolide.
D’autres molécules sont inconstamment sensibles : les
fluoroquinolones, les pénicillines avec et sans inhibiteurs,
la daptomycine et la cefoxitine [38].
Parmi les Mobiluncus, M. curtisii est résistant au métronidazole, tandis que la moitié des souches de M. mulieris
sont sensibles.Toutes deux sont sensibles aux béta-lactamines, à la vancomycine, à la clindamycine [41].
Enfin, parmi les cocci à Gram positifs anaérobies (Finegoldia magna, Peptoniphilus harei…), peu de résistances
sont décrites à l’exception de la pénicilline et la clindamycine. Dans une étude européenne publiée en 2008,
seules 7 % des souches arboraient l’une ou l’autre de
ces résistances [42].
Conclusion
Au cours d’une infection, l’utilisation des principaux
antibiotiques anti-anaérobies est dans la plupart des
cas efficace sur les bactéries anaérobies en probabiliste.
Cependant, leur phylogénie complexe est associée à de
nombreuses résistances naturelles. Plusieurs critères
peuvent justifier d’une exploration de leurs sensibilités : sévérité de l’infection, infection dans un site où les
antibiotiques diffusent mal, espèce ayant une résistance
naturelle à l’antibiotique utilisé, etc. À cela s’ajoute le
fait que plusieurs antibiotiques très efficaces contre les
bactéries anaérobies sont aussi des antibiotiques critiques, comme l’association pipéracilline tazobactam ou
les carbapénèmes. Dans le but de réduire leurs consommations, et donc le risque de sélection de résistance,
il est justifié de tester des molécules ayant un impact
moindre sur le microbiote. Lorsque l’utilisation d’une
cycline ou de la clindamycine est envisagée, il est essentiel de vérifier la sensibilité à ces molécules pour éviter
la diffusion et sélection des souches résistantes déjà
nombreuses. Enfin, un clone multi-résistant de B. fragilis
doit savoir être suspecté. La persistance d’une activité
de la tigécycline et du linézolide dans ces cas en font
des bons candidats pour une thérapie de sauvetage. QQ
Liens d’intérêts :Yann Dumont déclare avoir des liens avec
MSD France, Correvio, et Pfizer PFE France. Les autres
auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.
Points à retenir
◗tLes bactéries anaérobies présentent, sauf quelques
exceptions, des résistances naturelles diverses
◗tChez le genre Bacteroides, du fait de la description de
Autres Gram positifs
Les espèces d’Eubacterium et les anciens Eubacterium
ayant été rebaptisés (Slackia, Flavonifractor, Eggerthella,
Atopobium…) sont sensibles à la plupart des antibiotiques. Des résistances aux céphalosporines de 3e génération ont néanmoins été décrites [39].
Le genre Bifidobacterium est sensible aux béta-lactamines, y compris les céphalosporines de 3e génération.
La sensibilité aux fluoroquinolones, à la clindamycine et
aux cyclines est variable [40].
nombreux mécanismes de résistance, il est essentiel de
tester les principaux antibiotiques utilisés pour dépister les
rares souches résistantes.
◗tLes résistances à la clindamycine et aux cyclines sont
communes chez beaucoup d’espèces d’anaérobies.
◗tLes carbapénèmes sont fréquemment sensibles, mais
leur impact sur le microbiote doit les faire utiliser avec
modération
◗tLe métronidazole, bien que classiquement décrit comme
l’un des principaux antibiotiques anti-anaérobies, fait l’objet
de résistances naturelles chez plusieurs espèces
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Dossier scientifique
Références
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REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES • N° 505 • SEPTEMBRE-OCTOBRE 2018
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